Pages

lundi 20 juillet 2015

Northanger Abbey - Jane Austen

Northanger Abbey, John Murray, 1817 - Multiples éditions et rééditions françaises depuis 1824, dont la nouvelle traduction par Michel Laporte, éditions Flammarion, 2015.



  A Bath, où elle séjourne avec des amis de la famille, la jeune Catherine Morland se lie d'amitié avec Eleonor Tilney et son frère, le séduisant Henry. Ces deux derniers l'invitent à passer quelques temps à la campagne, dans leur manoir de Northanger Abbey, vieille demeure médiévale, où ils vivent avec leur père veuf. Dans cette demeure gothique qui semble abriter des secrets inavouables, l'imagination fertile de Catherine entre en ébullition...



*** 

  Lorsque les éditions flammarion m'ont proposé ce partenariat, je n'ai pu résister à la superbe couverture de cette réédition toute pimpante, avec le texte nouvellement traduit de Michel Laporte. Michel Laporte, excellent traducteur mais aussi auteur qui a su à merveille rajeunir le récit de Jane Austen, sans trahir pour autant le classicisme de l’œuvre et de l'époque. La qualité du texte sert donc merveilleusement bien la volonté de mettre à disposition des plus jeunes ce roman d'une des plus grandes auteures britanniques, même si ce n'est pas là son livre le plus connu.

J.Austen vers 1790.
  D'ailleurs, contrairement aux autres ouvrages plus renommés de J.Austen, je n'avais jamais été introduit à celui-ci ne serait-ce que par une adaptation télévisée, comme cela avait été le cas pour d'autres (Orgueil et préjugé en tête, forcément). Bien que souvent relayé au rang secondaire de ses écrits, cette histoires serait pourtant la toute première qu'elle ait écrite, en 1797, soit bien avant d'être publiée. Northanger Abbey, initialement intitulé Susan, ne sera édité que vingt ans plus tard, après le décès de l'auteure. Ecrit juste après un séjour à la station balnéaire de Bath qui avait semble-t-il énormément inspiré J.Austen, ce roman est peut-être celui dont l'héroïne ressemble le plus à l'auteure du temps de son adolescence, à savoir une jeune femme gracile et romanesque.

  En effet, Catherine Morland est une vraie-fausse héroïne très banale, tant d'aspect que de personnalité. La description d'ailleurs peu flatteuse qu'en fait l'auteure m'a beaucoup surpris, d'autant que Catherine est une jeune fille qui, "lâchée" dans la vie mondaine, souffre de sa méconnaissance du Monde et de ses bienséances. Aussi, elle suit et subit des événements et rebondissements qui renvoient à ce que chaque nouvelle jeune fille peut avoir à traverser en passant à l'âge adulte : certes, l'époque a changé mais on retrouve à chaque génération ses rites de passages. Pas de doute, c'est là un roman d'apprentisage! En revanche, il faut avouer que cette Catherine m'a parfois... un peu ennuyé. Férue de lecture, cette adolescente maladroite et hésitante en société ne vit qu'au travers de ses romans, qui influencent sa façon de faire et de penser, et lui font monter en tête d'épingle toute situation vécue. Du coup, la jeune fille se pose beaucoup de questions et de monte beaucoup la tête face à la moindre décision ou au moindre événement, accentuant son côté naïf, parfois ridicule.

Catherine essayant de se faire peur à la lecture des mystères d'Udolphe.
(gravure d'une édition de 1833)

  Heureusement, ce tempérament risible est contrebalancé par une ironie non-dissimulée : Jane Austen se sert en effet de son histoire pour critiquer la vie mondaine de Bath autant que les goûts littéraires qui faisaient fureur à l'époque, pastichant au passages certaines œuvres célèbres en son temps. On trouve ainsi de multiples clins d’œil aux best-sellers contemporains à l’œuvre de Jane Austen, surtout au roman gothique Les mystères d'Udolphe, qui passionne l'héroïne et la laisse rêveuse de vivre des mésaventures aussi palpitantes que son roman favori... Malheureusement, ces nombreuses références nécessitent une connaissance aigüe de la littérature et pourront donc poser quelques problème aux trop jeunes lecteurs...

Les thermes de Bath au XIXeme.

En bref: Réédition d'un classique de la littérature anglaise, cette nouvelle publication de Northanger Abbey vaut surtout pour sa toute nouvelle traduction qui, sans trahir l'esprit de l’œuvre, facilitera la découverte de Jane Austen aux jeunes lecteurs.

Un grand merci aux éditions Flammarion pour ce partenariat!

2 commentaires:

  1. Je suis presque tentée d'ajouter un énième volume à mon rayon Austen puisqu'il s'agit d'une nouvelle traduction, mais le texte n'a-t-il pas été tronqué? Qu'appelles-tu "pour les plus jeunes"? J'ai lu Northanger Abbey à l'adolescence dans une traduction classique, sans éprouver de difficulté.
    J'ai un faible pour les moments cultes : quand Henry Tilney parle chiffon avec ces dames-"he understands muslins!"-et quand Catherine à l'Abbaye se fait un film avec ce qui se révèle être une note de blanchisserie.
    Il y a une bonne adaption de ce livre avec Felicity Jones et JJ Feild, adorables tous les deux, et Carey Mulligan dans le rôle d'Isabella Thorpe.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et moi j'adore le passage où elle veut aller "enquêter" en nocturne et qu'elle se laisse jusqu'à minuit avant de fureter dans les couloir mais que "Lorque minuit sonna, Catherine dormait depuis une demie-heure" C'est tordant ahaha.
      Je ne crois pas que le texte soit tronqué (rien est indiqué dans ce sens en tout cas) mais j'ai souvenir d'une ancienne traduction qui m'avait beaucoup déplu. Je ne sais plus chez quel éditeur exactement, mais le traducteur en faisait des tonnes, c'était très pompeux, très lourd, avec des contre sens gros comme le nez au milieu de la figure (et du vocabulaire malheureusement passé de mode aujourd'hui, même pour une oeuvre qui a de l'âge). Et justement, cette nouvelle traduction arrive à balayé ce côté "vieillot", à rajeunir un peu le texte sans pour autant utiliser un langage sms, bien entendu, et tout en respectant les codes de rigueur de narration d'une histoire classique.
      J'ai vu qu'il y avait une version TV et je meurs d'envie de la découvrir!

      Supprimer