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dimanche 14 janvier 2024

Sherlock Holmes, l'aventure musicale - un musical des frères Safa d'après Sir Arthur Conan Doyle.

Sherlock Holmes

l'aventure musicale


Livret, paroles & mise en scène : Julien et Samuel Safa
Musique : Samuel Safa

D'après le personnage créé par Sir Arthur Conan Doyle
 
Avec : Bastien Monier, Harold Simon, Marie Duhamel...
 
Sur la scène du Théâtre du 13ème art du 18 février au 4 mars 2023
 
En tournée dans toute la France depuis octobre 2023

    Londres, 1910. La nouvelle défraie la chronique : la statue Aztèque du dieu Tlaloc, joyau du grand musée national, a été volée ! Le célèbre détective privé Sherlock Holmes est en charge de l'enquête, accompagné de son fidèle acolyte le docteur Watson. Mais voici qu'une jeune détective, Emma Jones, se retrouve elle aussi sur la piste du crime. Séduit par ses talents et sa détermination, Sherlock lui propose alors de faire équipe, au grand dam du Dr.Watson. L'affaire les mènera bien au-delà d'un simple vol. Au rendez-vous : une grande aventure teintée de mystères, d'étranges intrigues et de conspirations inattendues ! Pour résoudre cette énigme, les héros devront parcourir le monde, percer les secrets des Indes, découvrir les rites du Mexique ou encore s'enquérir au coeur de l'Irlande ! Seront-ils capables de retrouver la statue et de confondre les coupables ? Les réponses promettent de bien belles surprises !
 
*** 


    Il y a deux ans, nous avions eu l'occasion d'aller voir l'excellent musical Le tour du monde en 80 jours, alors en tournée, de passage près de chez nous. Cet hiver, Sherlock Holmes, l'aventure musicale, que nous avions loupé à Paris l'an dernier, se donnait en représentation dans la même salle, aussi n'avons-nous pas hésité longtemps avant de prendre nos billets. Sur scène, on s'apprêtait notamment à retrouver Harold Simon, génialissime Phileas Fogg qui revenait cette fois dans le costume du Dr Watson. Ajoutons à cela que ce Sherlock Holmes avait récolté le Trophée de la comédie musicale du meilleur spectacle jeune public 2023 (à côté duquel était passé le musical adapté de Jules Verne) et tout semblait réuni pour en faire un moment inoubliable.
 
Trailer du spectacle
 
    On ne connaissait pas les frères Safa, si ce n'est de nom : leur précédent (et premier) spectacle, Pirates, le destin d'Evan Kingsley, avait en effet connu un certain succès. Pour autant, le risque quand on part avec de trop grosses attentes, c'est celui d'être déçu. Le tour du monde en 80 jours était encore trop présent à notre esprit pour que Sherlock Holmes ne souffre pas de la comparaison. Et avouons-le, il a un peu souffert. Le spectacle semble davantage dans l'univers d'un Hergé que d'un Sir Arthur Conan Doyle : pour retrouver une statue volée dans un musée, Holmes et Watson voyagent de par le monde et traversent plusieurs contrées des plus exotiques aux plus dépaysantes : Inde, Mexique, Irlande... – ce qui renforce encore un peu plus le jeu des comparaisons avec Le tour du monde. De craquage de codes en embuscades, ils n'hésitent pas à s'envoler à bord d'un avion alors que de dangereux assassins leur tirent dessus, ou à goûter des piments extraforts en échange d'informations (!?).
 

    C'est probablement cette absence de l'univers propre à Conan Doyle qui s'est faite la plus criante car si les acteurs se débrouillent tous très bien, on ne peut nier que la seule chose qu'il y a de fidèle, au bout du compte, ce sont les noms des personnages. Remplacez-les par d'autres et vous obtiendrez une aventure certes sympathique, mais sans aucun autre élément holmésien distinctement identifiable. On en vient à se demander si les frères Safa ont déjà ouvert un livre de Conan Doyle ou s'ils se sont contentés d'utiliser le nom (et le rayonnement) du célèbre détective. Quand bien même ce serait le cas, même l'imaginaire collectif qui s'est construit indépendamment de l'oeuvre originale depuis le XIXème siècle est ici sous-employé, alors qu'elle aurait permis dans le cas présent de se sentir a minima en lieu connu (on n'aurait, par exemple, pas été contre voir une casquette à double-visière, ne serait-ce que pour le clin d’œil). Les caractères des protagonistes ne sont pas davantage fidèles à leurs modèles littéraires, de même que certaines façons d’interagir entre Holmes et Watson n'auraient jamais eu leur place dans les ouvrages de Conan Doyle.

 
    L'enquête menée par nos deux personnages est qui plus est rythmée par des indices qui n'ont rien de vraisemblables et qui constituent plutôt des faiblesses pour le scénario, sans compter quelques choix scéniques et esthétiques qu'on a encore du mal à comprendre (à l'image de ces acteurs en costume de piments géants – qui auront au moins eu le mérite de nous faire rire). A part la chanson Dans les rues de Londres, sympathique et entrainante, on réalise n'avoir retenu aucune mélodie (alors qu'on avait fredonné plusieurs jours d'affilée au moins trois ou quatre chansons du Tour du monde). On va malheureusement continuer dans la comparaison, mais, au final, là où Le tour du monde en 80 jours était un musical familial qui avait de quoi enchanter les grands autant que les petits, ce Sherlock Holmes plaira majoritairement aux plus jeunes.
 

    Vous devez nous trouver affreusement snob, n'est-ce pas ? Rassurez-vous, nous reconnaissons tout de même d'excellentes qualités à ce spectacle. Au risque de jouer les groupies, on se doit d'évoquer Harold Simon : bien que ne jouant pas le rôle principal, il est certainement celui qui se démarque le plus par sa voix (il ne manque d'ailleurs pas de s'amuser avec à l'occasion de plusieurs scènes ou chants, témoignant ainsi de son talent). Acteur, il est aussi designer graphique et c'est lui qui a conçu l'intégralité des décors virtuels. Projetés sur des toiles et des éléments en relief, ces décors animés très réussis accentuent la dimension BD de ce musical par leur aspect ligne claire tout-à-fait réjouissant. En plus des décors, cette technique permet très judicieusement et très esthétiquement de mettre en image, de façon quasi-cinématographique, le schéma de pensée de Holmes lorsqu'il décrypte un code secret ou tente de résoudre un casse-tête. Le processus s'anime face au public et permet ainsi aux spectateurs de suivre le procédé d'analyse ou de résolution pour un résultat visuellement enthousiasmant. Cette approche moderne du décor permet aussi des scènes d'action très convaincantes: la course-poursuite en avion est à ce titre particulièrement réussie et le public vit une expérience... vertigineuse !


En bref : Si l'apocryphe n'est jamais un problème dès lors qu'il s'agit d'un héros comme Sherlock Holmes, l'absence de sentiment de familiarité, en revanche, est dommageable. Ce Sherlock Holmes n'a en effet d'holmésien que le nom, le reste étant très éloigné de l'univers de Conan Doyle. Ce spectacle familial plaira surtout aux plus jeunes, mais tout le monde saura en revanche apprécier la modernité de la mise en scène et le décor virtuel, qui permettent un résultat quasi-cinématographique, tout en jouant avec les codes visuels du jeu-vidéo et de la BD.

2 commentaires:

  1. Malgré les bémols, je suis bien tentée ! Merci pour la découverte.

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  2. Dommage que l'univers de Conan Doyle ne soit pas plus présent mais si le spectacle passait par chez moi, je n'hésiterais pas à m'y rendre en gardant à l'esprit de ne pas y chercher le charme des livres de l'auteur. Merci pour la découverte :)

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