Pages

dimanche 7 novembre 2021

Sale temps pour les sorcières (Agatha Raisin enquête #9) - M.C. Beaton.

Agatha Raisin and the witch of Wyckhadden
, St Martin's press, 1999 - Editions Albin Michel (trad. de A.Juste-Thomas), 2018.

    Traumatisée après qu’une coiffeuse rancunière l’a shampouinée à la crème dépilatoire, Agatha Raisin se réfugie incognito dans un hôtel de la côte en attendant que sa chevelure repousse. N’ayant plus rien à perdre, elle consulte également une sorcière réputée pour ses talents. Miracle, la magie opère, mais pour peu de temps, car la sorcière est retrouvée assassinée … Agatha renoue aussitôt avec ses réflexes de détective, aidée par l’inspecteur Jimmy Jessop, ensorcelé par ses charmes. À moins que ce ne soient les effets du philtre d’amour qu’Agatha a acheté à la pauvre sorcière ?
 
    Avec plus de 350 000 exemplaires vendus, Agatha Raisin, l’héritière très spirituelle de Miss Marple version rock, a imposé sa personnalité loufoque et irrésistible. Vous reprendrez bien un peu de Worcestershire sauce dans votre thé ?
 
***
 
    Oui, on sait : Agatha Raisin, ce n'est pas vraiment Agatha Christie. Mais reconnaissons à l’inénarrable M.C.Beaton d'avoir ouvert la voie (dans l'hexagone, tout du moins) aux nombreux auteurs de cosy mysteries, sans lesquels le monde serait décidément bien triste. Plaisir coupable assumé, une enquête d'Agatha Raisin, c'est l'assurance de passer quelques heures de réjouissante lecture. Alors quand le tome suivant sur notre "liste à lire" parle de sorcières, il devient impératif de le mettre à l'honneur à la saison d'Halloween.
 

"— L'air est un peu plus doux en bord de mer, mais pas tant que ça.
 — C'est sérieux votre histoire de neige? demanda Agatha en se garant.
 — Un fond froid provenant de Sibérie.
 — C'est toujours de la faute de la Sibérie, ronchonna Agatha. Qu'ils se les gardent leurs foutus fronts froids.
 — La raison pour laquelle ils nous les envoient, c'est qu'ils savent que nous aimons nous plaindre du temps qu'il fait. C'est le sujet de conversation préféré des Britanniques, après tout.
- Ça et les meurtres."
 
    Après les déboires occasionnés par sa dernière enquête dans le milieu de la coiffure, Agatha se réfugie hors saison dans l'hôtel décrépi d'une station balnéaire vide de monde, en attendant de pouvoir reparaître en public avec une chevelure digne de ce nom. Il s'avère rapidement que les autres clients de l'établissement, que notre héroïne qualifie tous de "vieux schnocks", logent là à l'année et passent d'interminables soirées à jouer au scrabble. Bien obligée de s'occuper pendant ce séjour forcé, Agatha se joint à eux et apprend rapidement l'existence d'une "sorcière" qui vend dans sa maison en ville charmes et remèdes contre rétribution. Bien décidée à retrouver un carré de cheveux bien fourni au plus vite, la caractérielle quinquagénaire consulte la prétendue magicienne pour obtenir une lotion miraculeuse... et en profite pour lui acheter un filtre d'amour. Après tout, si les recettes fonctionnent, elle pourra envisager de les faire breveter pour le marché. Mais très vite, les choses s'accélèrent : la sorcière est retrouvée assassinée, on s'introduit par effraction dans la chambre d'Agatha, et cette dernière devient suspecte du meurtre. Assistée de l'inspecteur Jimmy Jessop, un veuf qui n'est pas insensible au charme de la détective, Agatha reprend du service...
 

 
 "Il y avait un autre représentant de la gent masculine, un homme de petite taille, l'air grincheux et le dos voûté. Puis deux femmes, plus toutes jeunes, une grande gigue d'allure masculine, vêtue de tweed, et une petite, chétive, avec une tête de lapin.
Vivement la légalisation de l'euthanasie, pensa Agatha avec aigreur."

    On commençait à tourner un peu en rond dans cette série : si on adore le décor de Caresly et son petit microcosme aussi charmant que meurtrier, on a aimé prendre le large à l'occasion de ce neuvième opus. Malgré tous les défauts qu'on peu reprocher aux ouvrages de M.C.Beaton, reconnaissons-lui le talent de restituer à merveille l'atmosphère de cette petite ville côtière fatiguée battue par les vents et inondée par les pluies d'Automne. Une ambiance parfaite pour une histoire de sorcière ! Le quotidien à l'hôtel, quasi vide et dont on imagine sans peine le décor un peu fané, est aussi raconté de façon très évocatrice : les interminables soirées de scrabble et les journées qui semblent se répéter à l'infini en compagnie des mêmes personnes... Heureusement qu'Agatha vient mettre le pied dans la fourmilière !
 

 
" Agatha avait brusquement compris pourquoi les hommes d’une cinquantaine d’années s’épanouissaient en jean, boots et blouson de cuir à la recherche d’une minette à exhiber. Elle marchait beaucoup, bien décidée à perdre du poids et à rester en forme.
Dans la salle à manger du Garden, il lui avait suffi d’un regard sur les autres clients pour envisager un lifting !"

    Outre l'enquête, correcte sans être particulièrement mémorable, et l'excellent décor qui renouvelle un peu la série, c'est la galerie de personnages rencontrés qui fait l'intérêt de ce titre : les clients de l'hôtel (un colonel à la retraite, des vieilles filles, un artiste...), dans cette atmosphère de huis clos, nous rappellent un bon whodunit à l'ancienne qu'Agatha viendrait dépoussiérer de sa délicatesse d'éléphant dans un magasin de porcelaine. L'écart entre le contexte désuet et cette héroïne qui dégomme tout sur son passage créé encore une fois le comique qu'on aime dans cette série, même si certaines longueurs nous font parfois regretter l'adaptation télévisée de ce tome, dont les libertés du scénario avaient fait une bien meilleure intrigue. On en retient cependant l'excellente scène de table tournante, un élément inconditionnel de nos bons vieux polars anglais que la romancière ne pouvait s'empêcher de détourner...
 


"Ils prirent place autour de la table. « C’est bigrement excitant, dit le colonel. Si ça ressemble à un ectoplasme, ce sera probablement notre Agatha qui fume en douce. » Tous éclatèrent de rire, sauf Agatha qui rétorqua sèchement : « Ça fait des lustres que je n’ai pas allumé de cigarette. J’ai arrêté de fumer"

En bref : Dans le décor évocateur d'un vieil hôtel de station balnéaire en plein Automne pluvieux, M.C. Beaton s'amuse des codes du polar à l'ancienne qu'elle dynamise grâce à son héroïne aussi délicate qu'un tractopelle. On ne s'en lasse pas, même quand on prétend vouloir décrocher...

2 commentaires:

  1. Les Agatha sont addictifs! On a beau savoir que le temps de lecture d'un volume est beaucoup trop court par rapport aux 14€ qu'en demande M. Albin Michel, on y revient quand même.

    L'ambiance désolante de cette station balnéaire démodée hors saison est déprimante à souhait, et les résidents permanents semblent fossilisés dans leur ennui.

    Ca me rappelle les microcosmes façon Elizabeth Taylor (la romancière)comme dans Mrs Palfrey, hôtel Claremont, ou bien Vue sur le port. Ou même Miss Marple à l'hôtel Bertram.
    Mis à part cette éternelle bourrine d'Agatha bien sûr.

    RépondreSupprimer
  2. Je me souviens avoir bien apprécié ce volume !! bon week-end, Pedro !

    RépondreSupprimer