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dimanche 28 novembre 2021

Les nouvelles aventures de Sabrina, partie 4 - Une série Netflix de R.Aguirre-Sacasa d'après sa propre BD.


Les nouvelles aventures de Sabrina
(Chilling adventures of Sabrina)
- partie 4 -

Une série Netflix réalisée par Roberto Aguirre-Sacasa d'après sa bande-dessinée et le personnage de Archie comics,
Avec : Kiernan Shipka, Ross Lynch, Lucy Davis, Chance Perdomo, Miranda Otto, Michelle Gomez, Richard Coyle...
 
Date de diffusion sur Netflix : 31 décembre 2020

  Les nouvelles aventures de Sabrina imagine l’origine des aventures de Sabrina l’apprentie sorcière comme une sombre histoire axée sur le passage à l’âge adulte à travers l’horreur, les sciences occultes et bien sûr la sorcellerie. Sabrina lutte pour concilier sa double nature – mi-sorcière, mi-mortelle – tout en s’opposant aux forces du mal qui la menacent elle, sa famille et le monde des mortels. 
 
***
 
 
    Même les meilleures choses ont une fin : après nos avis on ne peut plus positifs sur les trois premières parties de ce reboot horrifique autour du personnage de Sabrina l'apprentie sorcière, voici le moment de rendre notre copie sur la quatrième et dernière saison, sortie l'hiver dernier sur Netflix. Attention à ceux qui ne l'on pas encore vu, car il y va y avoir du spoiler...


    On a quitté Greendale sauvée de justesse par Sabrina, après un aller et retour dans le temps particulièrement risqué. Au croisement des chemins et des lignes temporelles, notre héroïne, tiraillée entre sa vie de famille et de lycéenne et son ambition de devenir Reine des Enfers, a fait un non-choix on ne peut plus arrangeant. En retournant dans le passé pour se sauver elle-même de l'attaque des Païens et des pièges de Caliban, elle a proposé à son double de prendre sa place de souveraine du Royaume Infernal tandis qu'elle-même retournerait vivre chez ses tantes. Elle pensait ainsi pouvoir s'offrir deux vies à la fois tout en apaisant les deux univers... mais c'était sans compter le cataclysme que pourrait provoquer le paradoxe temporel qu'elle venait ainsi de créer. Pendant que Sabrina Morningstar prend ses fonctions aux côtés de Lucifer et Lilith (et du beau et repenti Caliban), Sabrina Spellman, elle, doit affronter les forces occultes qui menacent de nouveau Greendale. Échappé de sa prison à l'Académie des Arts Invisibles, Fautus Blackwood est parvenu à libérer les Abominations, huit catastrophes fantasmagoriques ancestrales qui vont s'abattre une à une sur la ville... À moins que l'alliance unique de deux Sabrina réunies ne parvienne à les arrêter ?
 
 
    Autant dire qu'après le final on ne peut plus surprenant de la précédente saison, on attendait énormément de cette ultime partie. Ultime ? Eh oui. Pendant l'été 2020, la presse annonçait l'annulation de la série, en raison de la difficulté d'effectuer les tournages dans le contexte de pandémie de COVID 19, mais aussi pour des raisons financières (même si ces dernières n'ont pas été officiellement évoquées). En effet, afin de continuer à séduire de potentiels futurs abonnés, Netflix se doit de renouveler son catalogue régulièrement et d'investir dans de nouveaux projets. Or, quatre saisons ont été jugées suffisantes pour ce reboot de Sabrina, et Netflix a préféré aller financer de nouvelles productions.
 
 
    Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, R.Aguirre-Sacasa et son équipe de scénaristes ont donc décidé de s'en donner à cœur joie et d'offrir à la série un final en apothéose. Objectif réussi : si chaque saison semblait plus rythmée que la précédente, reconnaissons à celle-ci un sens de la tension dramatique complètement abouti. La panique gagne la ville et les personnages au fur et à mesure que les Abominations s'abattent sur Greendale, au rythme d'une par épisode. Comme un décompte alarmant qui nous prend à la gorge, on est pris du même désir de survie que les protagonistes et on investit pleinement leur quête.


    De nouveau, les scénaristes vont puiser une source d'inspiration fertile dans leurs prestigieux ascendants que sont les auteurs gothiques. Les Abominations (Eldritch Terrors en VO) sont une référence toute lovecraftienne qui s'inscrit qui plus est dans la logique scénaristique et mythologique de la série : après la sorcellerie héritée des mythes judéo-chrétiens, dépassée par la magie des divinités païennes antiques, on monte en grade avec un cataclysme cosmique qui surpasse toute forme de pouvoir. Parmi les personnifications que vont prendre ces différentes Abominations, on peut applaudir les auteurs pour quelques excellentes idées : l'Obscurité prend la forme de mineurs venus détruire les sources de lumière de la ville et l’Étrange est représenté par un mollusque qui n'est certainement ni plus ni moins que le Cthulhu. Mais, surtout, mention spéciale pour le Ressuscité, qui ramène avec lui les personnes décédées : les scénaristes mettent en scène le Lazare de la Bible, aux yeux couverts de pièces en argent (une coutume ancienne consistait en effet à couvrir les yeux des morts pour payer leur « passage » sur l'autre rive). Les épisodes continuent cependant de piocher dans la mythologie antique quelques artefacts qui auront leur importance dans la lutte contre les Abominations, telle que la pierre de Cronos ou la boite de Pandore. Enfin, le series finale se tiendra dans le décor des Montains of Madness (Les montagnes hallucinées), une ultime allusion lovecraftienne. Une fois encore, on ne peut donc que reconnaître la foisonnante imagination de l'équipe derrière les caméras, de même que leur virtuosité à relier entre elles ces nombreuses références.
 
 
    Cette quatrième partie de Chilling adventures of Sabrina s'offre également quelques nouveaux clins d’œil à la sitcom iconique des années 90 : l'homme parfait que Sabrina essaie de créer dans la cire nous fait vaguement penser au sortilège à base de « pâte à homme » dans la première saison de Sabrina l'apprentie sorcière, de même que le miroir de l'héroïne, ensorcelé pour donner accès à une réalité parallèle, avait été le ressort d'une intrigue similaire dans l'ancienne série. Mais plus encore qu'un vague easter egg, le septième épisode de cette quatrième partie est une totale mise en abyme en même temps qu'un hommage assumé de la série à son aïeule. Intitulé en VF Sabrina Morningstar, apprentie sorcière, l'épisode voit l'héroïne propulsée dans un cosmos annexe où sa vie est une série télévisée malaisante, ponctuée de rires préenregistrés, de seconds rôles fades et de gags ridicules. Salem y est un chat robotisé doué de parole et même ses tantes ne sont plus les mêmes... les fans de la première heure y retrouveront avec plaisir Caroline Rhea et Beth Broderick, les tantines originelles, ainsi que le doublage mémorable de Salem en VF. À la fois dérangeant et plein d'autodérision, cet épisode n'oublie pas de se moquer des propres défauts et codes du reboot (mention spéciale à Caliban qui reproche aux scénaristes de toujours lui faire enlever son t-shirt). Avec son traitement des plus imaginatifs et son final époustouflant, cet épisode est avec le quatrième de la saison, Le vœux de Blackwood (qui voit notre cher Faustus pervertir la réalité en une chasse aux sorcière moderne dont il serait l'empereur), l'un des plus réussis de la série.
 
Zelda et Hilda, première version : le retour !
 
    On regrette cependant que, rythme et suspens obligent, certains personnages de la première heure soient relégués au second plan : du trio d'amis mortels de Sabrina, seule Rosy gagne une place de choix dans cette saison, tandis que les autres sont un peu plus effacés. Lilith (même si cela se rattrape un peu dans l'ultime épisode) perd en personnalité, mais c'est surtout Lucifer qui perd totalement en charisme : il n'est plus du tout l'effrayant Seigneur Obscur des débuts, désormais semblable à un souverain de pacotille qui organise des petites bamboches en Enfer. On ne saurait dire s'il est victime de la profusion d'éléments, événements et antagonistes qui lui volent la vedette ou si cet appauvrissement du personnage est voulu (car, après tout, les Païens et les Abominations ont montré entre-temps qu'il n'était qu'un danger mineur dans l'ordre du monde...). Fort heureusement, les tantines sont là pour équilibrer ces petites inégalités, et on les retrouve plus fortes que jamais, sur un pied d'égalité et soudées malgré leurs différences. Leurs interprètes continuent ainsi le formidable travail de jeu amorcé depuis la première saison et font de Zelda et Hilda des héroïnes parmi nos personnages préférés du show.


    Reste maintenant que la fin a de quoi nous prendre de court : le sacrifice de Sabrina, évoqué dans la presse comme « l'un des plus beaux chants du cygne du petit écran », n'en est pas moins quelque peu incohérent. Sabrina n'était-elle pas censée être immortelle (c'est en tout cas ce qu'on avait appris dans la seconde partie) ? Et quand bien même, une fois enterrée dans le cimetière familiale, ne devrait-elle pas revenir à la vie grâce au puits de Caïn ? À moins que, décédée en quelque sorte « de son plein gré », le repos de Sabrina soit désormais éternel... Mais il manque alors une information à la mythologie pourtant savamment élaborée de la série pour qu'on puisse faire notre deuil. Car si le final, déchirant, s'il offre une forme de happy end à Nick et Sabrina, laisse une famille, des amis et un coven dévastés.
 
 
    Si Netflix a souhaité stopper là la série, ce n'était bien évidemment pas le souhait initial de R.Aguirre-Sacasa. Ce dernier avait prévu une dernière scène, coupée au montage par la production, montrant comment Zelda comptait faire revenir Sabrina. Si l'idée d'un film a été évoquée pendant un temps (ou d'une reprise de la série par HBO max, comme de nombreux fans outre-Atlantique l'ont réclamé), R.Aguirre-Sacasa a annoncé poursuivre l'histoire à travers un nouveau comics intitulé The occult world of Sabrina, annoncé pour Octobre 2022. Ajoutons à cela que Sabrina fera son come-back le temps d'un épisode de Riverdale (même si cette série ne présente plus aucun autre intérêt), et nous sommes maintenant convaincus que tout cela n'est qu'un au revoir...

The occult world of Sabrina, le comics qui poursuivra la série Netflix l'an prochain,
et Kiernan Shipka incarnant de nouveau Sabrina pour la saison 6 de Riverdale...

En bref : Écrite au cordeau, cette ultime salve d'épisodes se clôture dans un final homérique et déchirant. Si on regrette les quelques incohérences de cette conclusion, on les doit surtout à la décision de Netflix d'interrompre la série soudainement. Chilling adventures of Sabrina reste un reboot de grande qualité, une variation particulièrement audacieuse et imaginative de l'univers d'Archie Comcis. Malgré une fin dramatique, il est certain qu'on reverra bientôt notre sorcière favorite...
 
 

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