dimanche 5 avril 2026

Le monde fantastique d'Oz - Un film Disney de Sam Raimi d'après l'univers de L. Frank Baum.

 

Le monde fantastique d'Oz

(Oz, the great and powerful)

 
Un film réalisé par Sam Raimi et écrit par Mitchell Kapner et David Lindsay-Abaire d'après l'univers de L. Frank Baum.
 
Avec : James Franco, Mila Kunis, Rachel Weisz, Michelle Williams, Zachary Braff, Bill Cobbs...
 
Date de sortie originale : 8 mars 2013
Date de sortie française : 13 mars 2013
 
    Lorsque Oscar Diggs, un petit magicien de cirque sans envergure à la moralité douteuse, est emporté à bord de sa montgolfière depuis le Kansas poussiéreux jusqu’à l’extravagant Pays d’Oz, il y voit la chance de sa vie. Tout semble tellement possible dans cet endroit stupéfiant composé de paysages luxuriants, de peuples étonnants et de créatures singulières ! Même la fortune et la gloire ! Celles-ci semblent d’autant plus simples à acquérir qu’il peut facilement se faire passer pour le grand magicien dont tout le monde espère la venue. Seules trois sorcières, Théodora, Evanora et Glinda semblent réellement douter de ses compétences…
    Grâce à ses talents d’illusionniste, à son ingéniosité et à une touche de sorcellerie, Oscar va très vite se retrouver impliqué malgré lui dans les problèmes qu’affrontent Oz et ses habitants. Qui sait désormais si un destin hors du commun ne l’attend pas au bout de la route ?
 
***
 
    On termine notre tour d'horizon saisonnier de l'univers d'Oz avec ce film Disney sorti en 2013, pensé comme un prequel aux romans de L. Frank Baum. Ainsi que nous l'avons évoqué il y a peu avec le film Oz, un monde extraordinaire (Return to Oz), Disney a longtemps entretenu une histoire compliquée avec la saga du Magicien d'Oz, comme en témoignent les nombreux projets avortés et le succès mitigé du film de Walter Murch de 1985. Sorti en salles il y a aujourd'hui plus de dix ans, Le monde fantastique d'Oz partage avec le récent film Wicked, adapté de la comédie musicale et du roman éponyme, bien plus que des esthétiques très similaires : leurs genèses respectives sont en réalité étroitement imbriquées. Lorsque le musical adapté du roman de Gregory Maguire voit le jour à Broadway en 2004, la firme Disney se dit qu'elle est passée à côté de l'opportunité de porter à l'écran une origin story de l'univers imaginé par L. Frank Baum (pour rappel, Wicked raconte la jeunesse de la Méchante Sorcière de l'Ouest et explique le devenir de son personnage, au croisement des informations tirées des romans originaux et de l'adaptation de 1939).
 

    A défaut de pouvoir adapter officiellement Wicked pour le grand écran, Disney lance un projet parallèle consacré aux origines du Magicien et racontant son arrivée à Oz avant Dorothy (les romans de L. Frank Baum sont tombés dans le domaine public, laissant ainsi une grande part de liberté). Tout d'abord baptisé Brick, le film en préproduction passe de main en main avant d'être confié à Sam Raimi. Alors que plusieurs têtes d'affiche avaient été successivement annoncées dans le rôle principal (de Robert Downey Jr à Johnny Depp), le réalisateur recrute James Franco, avec qui il avait déjà travaillé sur la trilogie Spider-Man. Le tournage a lieu en 2011 et le film sort sur les écrans deux ans plus tard, surfant sur le succès récent d'Alice au pays des merveilles (2010) et de l'intérêt sur le retour pour les contes de fée.
 

    Le résultat est on ne peut plus enthousiasmant et à notre sens beaucoup plus réussi que le Alice au pays des merveilles de Burton. D'un point de vue esthétique, là où Burton donnait l'impression d'avoir vomi sur ses décors, le design du Monde fantastique d'Oz, très différent, fait mouche. Et pour cause : la direction artistique a été finement pensée pour titiller la nostalgie des spectateurs ! Alors que le long-métrage de Sam Raimi n'est pas censé être un prequel officiel du film de la MGM, chaque plan y renvoie pourtant directement : comme dans Le magicien d'Oz de 1939, Le monde fantastique d'Oz commence en noir et blanc avant de passer à la couleur une fois le personnage principal passé de "l'autre côté de l'arc-en-ciel", les décors sont sensiblement les mêmes et, comble de la similarité, la Méchante Sorcière de l'Ouest a la peau verte et porte le même costume que Margareth Hamilton dans le chef-d’œuvre de Victor Fleming. Et pourtant Disney n'a cette fois racheté aucun droit à la MGM, contrairement au film de 1985 de Walter Murch où la firme à Mickey avait dû sortir le porte-monnaie pour utiliser légalement les souliers de rubis à l'écran.
 

    Cette fois, l'équipe a dû faire appel à un spécialiste en droits d'auteur pour s'assurer que les différences esthétiques avec le film de 1939 seraient significatives. Celles-là sont finalement toutes relatives, mais suffisamment, semble-t-il, pour ne pas finir devant un tribunal : la spirale au centre du village des Munchkins n'est pas tout à fait la même, la peau de la sorcière n'est pas de la même teinte de vert, et l'architecture des bâtiments n'est pas calquée sur les décors du premier film ; par ailleurs, Disney n'obtient pas l'autorisation d'utiliser les souliers de rubis dans cette nouvelle production. Pour autant, Glinda se déplace dans une bulle et les Munchkins entament une chanson qui évoque fortement celle du classique de 1939. Sam Raimi glisse donc tout du long sur le fil du rasoir, mais gagne ainsi son pari grâce au sentiment de familiarité qui se dégage des visuels.
 

    Les clins d’œil à l'univers de L. Frank Baum, dès lors, semblent moindres, mais ne sont pas inexistants. Le scénario s'inspire d'ailleurs principalement des éléments glanés dans The emerald city of Oz, sixième opus du cycle, qui évoque un peu plus en détail les origines d'Oscar Diggs. L'intrigue du film de Sam Raimi respecte ainsi l'intrigue littéraire : prestidigitateur arrivé par accident en montgolfière au pays d'Oz, Oscar Diggs utilise ses tours de passe-passe pour faire croire à de la vraie magie et ainsi s'assurer une place confortable de dirigeant, en mystifiant les habitants de ce royaume. Ce postulat pose par ailleurs un problème de taille : dans les romans, on apprend au fur et à mesure les malversations et complots divers du Magicien pour conserver sa suprématie, faisant de lui un personnage à l'honnêteté douteuse. Gregory Maguire s'était merveilleusement emparé de cela dans Wicked, démontrant, à la façon d'une fable politique, quels manipulateurs se dissimulaient derrière les chefs d'états totalitaires. De fait, Oscar Diggs n'est rendu sympathique à l'écran que par son humour et sa fantaisie, mais force est de constater qu'il est avant tout un imposteur cupide. Séducteur invétéré, il est par ailleurs responsable de la transformation de Théodora en Méchante Sorcière de l'Ouest, avant de jouer les sauveurs de la cité en menant bataille contre elle. Difficile d'en faire un héros, quand on y pense, et c'est pourtant ce à quoi tente de nous convaincre le scénario. Il y a comme un écho avec les accusations qui viseraient plus tard l'acteur principal, James Franco...
 

    Mais passons. Malgré ce questionnement éthique autour du protagoniste et de ses motivations, le film fonctionne, notamment grâce à un casting très efficace : Mila Kunis, Rachel Weisz et Michelle Williams sont parfaites en sorcières, mauvaises ou bonnes (à vous d'en juger) et donnent toute sa couleur au film. Celui-là nous touche tout particulièrement avec le personnage de la petite fille de porcelaine (China Girl), directement inspirée du roman original (on retrouve dans Le magicien d'Oz le village de porcelaine fine et sa princesse de porcelaine, qui ne fait certainement qu'un avec la fillette). Doublée en VO par Joey King, elle émeut le spectateur plus d'une fois et reste le personnage le plus attendrissant du long-métrage.
 

En bref : Malgré un personnage principal aux motivations plus que discutables et à l'honnêteté douteuse, Le monde fantastique d'Oz reste une des plus belles réussites de la firme Disney de ces quinze dernières années. Visuellement convaincant, le film joue sur une esthétique volontairement très proche de celle du Magicien d'Oz de 1939 pour titiller notre fibre nostalgique. Le résultat, porté par un casting efficace, fonctionne à merveille.