lundi 6 avril 2026

No place like Oz - bilan de nos articles dans l'univers de L. Frank Baum.

 

    Difficile de prétendre venir clore ici notre participation au Challenge Christmas Time organisé chaque année par Mya Rosa, tant on a depuis longtemps dépassé les dates limites (du challenge, du nouvel an, et même de l'hiver). Mais voilà, on avait pour l'occasion entamé une série de lectures (et relectures) et de visionnages (et revisionnages) sur la thématique du pays d'Oz, et l'on tenait absolument à aller le plus loin possibles dans notre sélection avant de passer à autre chose.
    Peu avant les fêtes, nous avons annoncé notre participation au challenge avec notre habituel article introductif, puis avons poursuivi avec le traditionnel billet d'anthologie rassemblant nos précédentes lectures sur le monde d'Oz. Se sont ensuite enchaînées plusieurs chroniques, tant sur les suites au Magicien d'Oz écrites par l'auteur que sur les variations sous formes de BD, albums pop-up et adaptations sur petit et grand écrans :
 
Romans originaux de L. Frank Baum :
 
 
Le merveilleux pays d'Oz, de L. Frank Baum (1904) 
 
 
 Ozma, la princesse d'Oz, de L. Frank Baum (1907)
 
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Album, beaux livres et livre-objets :
 
 
Le Magicien d'Oz, un livre-théâtre de Nicola L. Robinson (2012) 
 
 
Le Magicien d'Oz, un livre pop-up de Robert Sabuda (2000) 
 
 
Le Magicien d'Oz, illustré par MinaLima (2021) 
 
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 Bandes-dessinées :
 
 
Cheshire Crossing, de Andy Weir et Sarah Andersen (2019)
 
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Adaptations à l'écran :
 
 
 Oz, un monde extraordinaire, de Walter Murch (1985)
 
 
 Les Sorcières d'Oz, de Leigh Scott (2011)
 
 
 Le monde fantastique d'Oz, de Sam Raimi (2013)
 
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    Sans oublier (jamais!) notre rendez-vous annuel : l'article de vœux d'entre-deux fêtes, quelque part entre le Kansas et le pays d'Oz, sur une célèbre route de briques jaunes...
 
 
 
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     Bien qu'il nous reste encore quelques ouvrages sur le sujet qui dorment dans notre PAL, il est désormais plus que temps de passer à d'autres lectures. Mais à la façon de Dorothy qui fera encore de nombreuses excursions au pays d'Oz tout au long des livres et suites qui composeront la saga, nous nous autoriserons, nous aussi, quelques retours sur la route pavée d'or de temps à autres. En attendant, claquez vos talons trois fois, car c'est un autre univers qui nous attend pour l'hiver prochain...
 
  

dimanche 5 avril 2026

Le monde fantastique d'Oz - Un film Disney de Sam Raimi d'après l'univers de L. Frank Baum.

 

Le monde fantastique d'Oz

(Oz, the great and powerful)

 
Un film réalisé par Sam Raimi et écrit par Mitchell Kapner et David Lindsay-Abaire d'après l'univers de L. Frank Baum.
 
Avec : James Franco, Mila Kunis, Rachel Weisz, Michelle Williams, Zachary Braff, Bill Cobbs...
 
Date de sortie originale : 8 mars 2013
Date de sortie française : 13 mars 2013
 
    Lorsque Oscar Diggs, un petit magicien de cirque sans envergure à la moralité douteuse, est emporté à bord de sa montgolfière depuis le Kansas poussiéreux jusqu’à l’extravagant Pays d’Oz, il y voit la chance de sa vie. Tout semble tellement possible dans cet endroit stupéfiant composé de paysages luxuriants, de peuples étonnants et de créatures singulières ! Même la fortune et la gloire ! Celles-ci semblent d’autant plus simples à acquérir qu’il peut facilement se faire passer pour le grand magicien dont tout le monde espère la venue. Seules trois sorcières, Théodora, Evanora et Glinda semblent réellement douter de ses compétences…
    Grâce à ses talents d’illusionniste, à son ingéniosité et à une touche de sorcellerie, Oscar va très vite se retrouver impliqué malgré lui dans les problèmes qu’affrontent Oz et ses habitants. Qui sait désormais si un destin hors du commun ne l’attend pas au bout de la route ?
 
***
 
    On termine notre tour d'horizon saisonnier de l'univers d'Oz avec ce film Disney sorti en 2013, pensé comme un prequel aux romans de L. Frank Baum. Ainsi que nous l'avons évoqué il y a peu avec le film Oz, un monde extraordinaire (Return to Oz), Disney a longtemps entretenu une histoire compliquée avec la saga du Magicien d'Oz, comme en témoignent les nombreux projets avortés et le succès mitigé du film de Walter Murch de 1985. Sorti en salles il y a aujourd'hui plus de dix ans, Le monde fantastique d'Oz partage avec le récent film Wicked, adapté de la comédie musicale et du roman éponyme, bien plus que des esthétiques très similaires : leurs genèses respectives sont en réalité étroitement imbriquées. Lorsque le musical adapté du roman de Gregory Maguire voit le jour à Broadway en 2004, la firme Disney se dit qu'elle est passée à côté de l'opportunité de porter à l'écran une origin story de l'univers imaginé par L. Frank Baum (pour rappel, Wicked raconte la jeunesse de la Méchante Sorcière de l'Ouest et explique le devenir de son personnage, au croisement des informations tirées des romans originaux et de l'adaptation de 1939).
 

    A défaut de pouvoir adapter officiellement Wicked pour le grand écran, Disney lance un projet parallèle consacré aux origines du Magicien et racontant son arrivée à Oz avant Dorothy (les romans de L. Frank Baum sont tombés dans le domaine public, laissant ainsi une grande part de liberté). Tout d'abord baptisé Brick, le film en préproduction passe de main en main avant d'être confié à Sam Raimi. Alors que plusieurs têtes d'affiche avaient été successivement annoncées dans le rôle principal (de Robert Downey Jr à Johnny Depp), le réalisateur recrute James Franco, avec qui il avait déjà travaillé sur la trilogie Spider-Man. Le tournage a lieu en 2011 et le film sort sur les écrans deux ans plus tard, surfant sur le succès récent d'Alice au pays des merveilles (2010) et de l'intérêt sur le retour pour les contes de fée.
 

    Le résultat est on ne peut plus enthousiasmant et à notre sens beaucoup plus réussi que le Alice au pays des merveilles de Burton. D'un point de vue esthétique, là où Burton donnait l'impression d'avoir vomi sur ses décors, le design du Monde fantastique d'Oz, très différent, fait mouche. Et pour cause : la direction artistique a été finement pensée pour titiller la nostalgie des spectateurs ! Alors que le long-métrage de Sam Raimi n'est pas censé être un prequel officiel du film de la MGM, chaque plan y renvoie pourtant directement : comme dans Le magicien d'Oz de 1939, Le monde fantastique d'Oz commence en noir et blanc avant de passer à la couleur une fois le personnage principal passé de "l'autre côté de l'arc-en-ciel", les décors sont sensiblement les mêmes et, comble de la similarité, la Méchante Sorcière de l'Ouest a la peau verte et porte le même costume que Margareth Hamilton dans le chef-d’œuvre de Victor Fleming. Et pourtant Disney n'a cette fois racheté aucun droit à la MGM, contrairement au film de 1985 de Walter Murch où la firme à Mickey avait dû sortir le porte-monnaie pour utiliser légalement les souliers de rubis à l'écran.
 

    Cette fois, l'équipe a dû faire appel à un spécialiste en droits d'auteur pour s'assurer que les différences esthétiques avec le film de 1939 seraient significatives. Celles-là sont finalement toutes relatives, mais suffisamment, semble-t-il, pour ne pas finir devant un tribunal : la spirale au centre du village des Munchkins n'est pas tout à fait la même, la peau de la sorcière n'est pas de la même teinte de vert, et l'architecture des bâtiments n'est pas calquée sur les décors du premier film ; par ailleurs, Disney n'obtient pas l'autorisation d'utiliser les souliers de rubis dans cette nouvelle production. Pour autant, Glinda se déplace dans une bulle et les Munchkins entament une chanson qui évoque fortement celle du classique de 1939. Sam Raimi glisse donc tout du long sur le fil du rasoir, mais gagne ainsi son pari grâce au sentiment de familiarité qui se dégage des visuels.
 

    Les clins d’œil à l'univers de L. Frank Baum, dès lors, semblent moindres, mais ne sont pas inexistants. Le scénario s'inspire d'ailleurs principalement des éléments glanés dans The emerald city of Oz, sixième opus du cycle, qui évoque un peu plus en détail les origines d'Oscar Diggs. L'intrigue du film de Sam Raimi respecte ainsi l'intrigue littéraire : prestidigitateur arrivé par accident en montgolfière au pays d'Oz, Oscar Diggs utilise ses tours de passe-passe pour faire croire à de la vraie magie et ainsi s'assurer une place confortable de dirigeant, en mystifiant les habitants de ce royaume. Ce postulat pose par ailleurs un problème de taille : dans les romans, on apprend au fur et à mesure les malversations et complots divers du Magicien pour conserver sa suprématie, faisant de lui un personnage à l'honnêteté douteuse. Gregory Maguire s'était merveilleusement emparé de cela dans Wicked, démontrant, à la façon d'une fable politique, quels manipulateurs se dissimulaient derrière les chefs d'états totalitaires. De fait, Oscar Diggs n'est rendu sympathique à l'écran que par son humour et sa fantaisie, mais force est de constater qu'il est avant tout un imposteur cupide. Séducteur invétéré, il est par ailleurs responsable de la transformation de Théodora en Méchante Sorcière de l'Ouest, avant de jouer les sauveurs de la cité en menant bataille contre elle. Difficile d'en faire un héros, quand on y pense, et c'est pourtant ce à quoi tente de nous convaincre le scénario. Il y a comme un écho avec les accusations qui viseraient plus tard l'acteur principal, James Franco...
 

    Mais passons. Malgré ce questionnement éthique autour du protagoniste et de ses motivations, le film fonctionne, notamment grâce à un casting très efficace : Mila Kunis, Rachel Weisz et Michelle Williams sont parfaites en sorcières, mauvaises ou bonnes (à vous d'en juger) et donnent toute sa couleur au film. Celui-là nous touche tout particulièrement avec le personnage de la petite fille de porcelaine (China Girl), directement inspirée du roman original (on retrouve dans Le magicien d'Oz le village de porcelaine fine et sa princesse de porcelaine, qui ne fait certainement qu'un avec la fillette). Doublée en VO par Joey King, elle émeut le spectateur plus d'une fois et reste le personnage le plus attendrissant du long-métrage.
 

En bref : Malgré un personnage principal aux motivations plus que discutables et à l'honnêteté douteuse, Le monde fantastique d'Oz reste une des plus belles réussites de la firme Disney de ces quinze dernières années. Visuellement convaincant, le film joue sur une esthétique volontairement très proche de celle du Magicien d'Oz de 1939 pour titiller notre fibre nostalgique. Le résultat, porté par un casting efficace, fonctionne à merveille.

dimanche 29 mars 2026

Sept jours - Fabrice Colin.

Calmann Levy, 2026.
 
    Un soir de neige, un couple se dispute dans sa voiture. Les  enfants dorment sur la banquette arrière. Après  vingt  ans de  complicité, Marie a trompé Julien. Le ton monte. Marie  descend, claque la  portière. Julien feint de poursuivre sa  route, mais il fait nuit, c’est  la  tempête, alors il rebrousse chemin. La forêt s’étend, impénétrable. Julien ratisse les environs pendant  des heures  : aucune trace de Marie. Une enquête est  lancée ; elle ne donnera rien.
    Sept ans s’écoulent, sept ans pendant lesquels Julien et  les  enfants  doivent apprendre à vivre avec le mystère absolu  de  cette disparition. Jusqu’à ce qu’un soir, on frappe à la porte…

 
    Un monde sur le point de basculer, des enjeux intimes bouleversants... Fabrice Colin se penche avec délicatesse sur  ceux  qui  restent, leur deuil impossible, leurs blessures, leurs  amitiés, leurs amours. Au fond  : leur humanité.
 
***
 
    On ne dit jamais non au dernier roman paru de Fabrice Colin, pour l'excellente raison qu'on sait à l'avance qu'il créera la surprise. Quatre fois lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire et connu surtout pour ses œuvres de littérature de genre, il écrit autant pour la jeunesse que pour les adultes et ne se montre jamais là où on l'attend. De Shooting Star, son roman biographique sur Marilyn Monroe à destination des adolescents, à Tu réclamais le soir, fable aussi mélancolique qu'extravagante sur les années sida, Fabrice Colin ne fait jamais dans la redite et ne craint pas d'explorer les registres les plus variés.
 

"Que répondre aux parents, aux enfants, aux amis qui, tous, se concoctent une histoire différente, et attendent de moi que je lui donne un sens ?" 
 
    Quand on nous a pitché Sept jours pour la première fois, on a pensé à Pique-Nique à Hanging Rock, chef-d’œuvre de Joan Lindsay. Certes, il ne nous faut pas grand-chose pour penser à Pique-nique à Hanging Rock  (qui nous connait un peu sait qu'on peut parfois se montrer obsessionnel quant à tout ce qui peut toucher de près ou de loin à ce roman), et vous vous demandez certainement où on est allé imaginer une quelconque connexion entre un livre de littérature blanche francophone et le meilleur exemple à ce jour du gothique australien. Tout les rapproche pourtant, à commencer par le sens du Mystère avec un grand M ainsi leurs enjeux communs : ce que la fin, ou l'absence de fin, donne à réfléchir.
 
Champ-du-Feu et sa tour, décor fantastique du roman.
 
"Je l'imagine, flottant au-dessus des prairies, dansant au cœur des clairières. Je me raconte des histoires parce qu'elle en est devenue une elle-même."
 
    Car (aucun spoiler), ainsi que Fabrice Colin l'a annoncé peu après sa sortie, "Sept jours est un roman qui met certains lecteurs en colère, à cause de sa fin. J'en suis ravi, hélas !". La conclusion (ou, encore une fois, la non-conclusion) de Pique-nique à Hanging Rock avait soulevé la même frustration. Chez Fabrice Colin comme chez Joan Lindsay, il est question d'une ou de plusieurs disparitions qui échappent à toutes formes d'explication rationnelle. Chez l'un comme chez l'autre, toujours, le ton réaliste (intime, psychologique, voire sociologique) dissimule quelque chose de plus secret, d'insondable. Chez l'un comme chez l'autre, enfin, l'intérêt du récit ne se situe pas dans la solution au problème, mais dans ses conséquences, ses ruissellements sur les protagonistes. Ce que nous montre Fabrice Colin, ce n'est pas à quel endroit de l'étang on a jeté le galet, mais les ronds et les ondes que celui-là provoqué à sa surface.
 

"Combien de temps faut-il pour perdre espoir ? Personne ne peut répondre à cette question à votre place, m'avait confié un jour le pasteur qui nous avait mariés. Tout semblait figé, vitrifié. Une bombe était tombée et les survivants se relevaient, hagards. Pourquoi nous ? Chaque geste nous coûtait, chaque mot devenait une offense. Les enfants étaient des ombres, et moi moins que ça encore." 
 
    C'est en jouant avec les limites de la littérature blanche que l'auteur nous permet de mieux l'apprécier, en abattant ainsi les frontières dictées et bâties de longue date par cet élitisme culturel si franco-français. Les Anglais et les Américains, entre autres, ne s'encombrent pas tant de ces cases ennuyeuses et passent leur temps à les faire sauter – n'a-t-on pas déjà dit de Fabrice Colin qu'il était britannique dans l'âme ? Quoi qu'il en soit, l'inexpliqué qui vient toquer sept ans plus tard à la porte de Sept jours en fait un très beau roman, tout en délicatesse, qui aborde avec sensibilité les ricochets et dommages collatéraux du deuil. A l'étrange vient se confronter la profonde normalité du monde, qui a continué de tourner malgré la disparition ; cette normalité, tantôt douce, tantôt râpeuse, elle se niche dans la spontanéité des dialogues et dans les personnages cabossés.
 

"Ce n’est pas eux qui lui ont manqué, réalisé-je. C’est elle qui a manqué quelque chose. Comme si elle avait trébuché sur un repli du temps." 
 
    Et, comme vous l'aurez compris, on aime qu'il n'y ait pas de solution à la fin. Le mystère est plus beau quand la solution nous échappe, sans quoi sa saveur ne s'attarde pas sur la langue.
 
 

En bref : Sept jours, dernier né du fantasque Fabrice Colin, brise les frontières entre littérature blanche et littérature de genre tout en se revendiquant de la première. Il exploite ainsi tout son potentiel en confrontant la profonde normalité d'une famille à l'insondable mystère d'une disparition qui échappe à toute explication logique. Si la fin est en suspens, c'est que les questions sont plus importantes que les réponses et qu'il appartient à chacun de déceler les véritables enjeux du roman. L'ensemble est beau, triste et profond – que demander de plus ? 
 
 
Un grand merci aux éditions Calmann Levy pour cette lecture.

samedi 28 mars 2026

Les mystères de Sinclair #1 : Le vol du moineau d'or - Katherine Woodfine.

The Sinclair's Mysteries #1 : The mystery of the clockwork sparrow
, Egmont UK Limited, 2015 - Editions Poulpe Fictions (trad. de F. Fiore), 2026.
 
    Bienvenue chez Sinclair, le plus grand et le plus élégant magasin de Londres ! Sophie, une jeune orpheline débrouillarde, vient d'y être embauchée comme vendeuse. À elle les robes en soie, les chapeaux à plumes et les vitrines somptueuses ! Mais le rêve tourne au cauchemar lorsque l'inestimable Moineau d'Or y est volé... et que Sophie est accusée ! Accompagnée de Billy, garçon d'étage fan de romans policiers, et de Lil, une mannequin qui rêve de devenir actrice, réussira-t-elle à faire éclater la vérité ?

Une enquête palpitante, pleine de mystère, d'amitié et de courage ! 
 
***

    Voilà bientôt dix ans qu'on a entendu parler de cette série jeunesse écrite par l'autrice britannique Katherine Woodfine. Souvent comparé aux Enquêtes trépidantes du club Wells & Wong de Robin Stevens, le cycle des Mystères de Sinclair est en effet paru simultanément outre-Manche et présente quelques similitudes : il s'agit dans les deux cas de polars junior se déroulant dans la première moitié du XXème siècle, le décor est celui d'une Angleterre vintage de carte postale, et même les designs des couvertures (des silhouettes rétro qui sentent bon l'intrigue policière à l'ancienne) se ressemblent. A n'en pas douter (la presse littéraire le dit elle-même) : si vous avez aimé les enquêtes de Daisy Wells et Hazel Wong, vous vous régalerez des mésaventures de la jeune Sophie.
 

    Pour autant, si les deux séries se situent dans une même veine, les intrigues sont radicalement différentes. Là où Robin Stevens s'appuie sur une ambiance à la Agatha Christie dans un décor de pensionnat, Katherine Woodfine choisit le cadre du grand magasin. Elle s'inspire pour cela de plusieurs enseignes qui ont vu le jour à Londres dans les années 1900 : Selfridges en tête, mais aussi Liberty, Harrods ou encore Fortnum and Mason, des lieux historiques devenus iconiques d'une nouvelle façon de vendre et d'acheter. Symboliques des mutations sociales de leur époque, les grands magasins constituent des lieux on ne peut plus romanesques (Zola, avec Au bonheur des dames, avait déjà flairé le filon dès la fin du XIXème siècle) et l'autrice a l'excellente idée d'en faire le théâtre d'un mystère. Concept on ne peut plus séduisant.
 
Selfridges en 1909.
 
    L'histoire nous emmène donc dans un Londres mouvementé : sur Piccadilly Circus se tient le tout nouveau magasin Sinclair, commerce de luxe de plusieurs étages qui s'apprête à ouvrir ses portes. A l'intérieur, une fourmilière d'employés s'affaire pour l'événement. Sophie, une jeune fille fraichement recrutée au rayon des chapeaux, met tout en œuvre pour se distinguer. Orpheline issue d'un milieu très aisé, elle est aujourd'hui dans l'obligation de subvenir à ses besoins par ses propres moyens, et trouver sa place n'est pas toujours chose facile... surtout quand certaines de ses collègues, animées par la concurrence ou la jalousie, n'hésitent pas à lui mettre des bâtons dans les roues dans son travail. Mais il y a bien pire : le jour de l'ouverture, on découvre un employé agressé, à l'article de la mort, en même temps qu'on constate le vol d'un objet inestimable, un moineau mécanique en or appartenant au propriétaire du magasin. Parce que Sophie s'est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, elle est accusée et mise à la porte. Fort heureusement, elle peut compter sur ses nouveaux amis pour lui venir en aide : Billy, apprenti commis maladroit et passionné de feuilletons policiers, et Lil, adolescente haute en couleur embauchée comme mannequin. Forcés de jouer les détectives, les trois compagnons découvriront que cette affaire est bien plus complexe qu'une simple histoire de vol et devront affronter le pire criminel de la ville : le Baron.
 
Selfridges en 1909, rayon du prêt-à-porter pour dames.
 
    Difficile de ne pas tomber sous le charme de ce premier tome. Les descriptions du magasin Sinclair, la restitution du Londres de 1900 et les personnages, tous profondément attachants à leur manière, font de ce livre un savoureux bonbon anglais. On pense parfois à l'atmosphère des romans d'Edith Nesbit, célèbre autrice britannique d'ouvrages pour la jeunesse, et pour cause : Katherine Woodfine la cite parmi ses inspirations. Elle évoque également Carolyn Keene (parfois orthographié Caroline Quine, nom de plume qui signa pendant des décennies les enquêtes d'Alice détective / Nancy Drew) et, évidemment, Arthur Conan Doyle. Impossible, en effet, de ne pas penser à Moriarty, roi des criminels, lorsque l'autrice introduit le mystérieux personnage du Baron. Pour le reste, le roman se distingue des whodunit sur le retour et verse davantage dans le roman d'espionnage, faisant de l'ensemble une aventure menée tambour battant.
 
Selfridges en 1909, restaurant du magasin.

    La mise en image est assurée par Julia Sarda, illustratrice espagnole connue pour le superbe album Mary, auteure de Frankenstein. Outre la très jolie couverture, elle propose à l'intérieur du roman plusieurs cabochons inspirés de gravures de mode à l'ancienne (furieusement évocatrices du glamour et du style en vigueur chez Sinclair) et de nombreuses vraies-fausses coupures de presse et autres encarts publicitaires illustrant la progression de l'intrigue. Son coup de crayon, candide et délicieusement désuet, colle à merveille à l'univers de Katherine Woodfine.
 

En bref : Souvent comparé aux Enquêtes trépidantes du club Wells & Wong, le cycle des Mystères de Sinclair voit enfin son premier opus paraître en France. Roman d'aventure et d'espionnage pour la jeunesse se déroulant dans le décor d'un grand magasin anglais, Le vol du moineau d'or séduit par ses personnages attachants, son cadre inédit et une intrigue rythmée. Un audacieux mélange entre les univers d'Edith Nesbit et de Conan Doyle. On en redemande !
 
 
Un grand merci à Poulpe Fictions pour cette lecture !
 
 
 
Et pour aller plus loin...

dimanche 22 mars 2026

Le Magicien d'Oz - L. Frank Baum (texte) & MinaLima (illustrations).

The wonderful wizard of Oz
, Harper Collins Publishers, 2021 - Éditions Flammarion (trad. d'Y. Métral), 2021.
 
"En route, nous partons pour la Cité d'Émeraude demander au grand Oz comment retourner au Kansas." Partez à l'aventure avec Dorothée au pays magique d'Oz ! Accompagnée de l'Épouvantail, du Bûcheron-en-fer-blanc et du Lion Poltron, la jeune fille devra relever de nombreux défis pour parvenir à la merveilleuse Cité d'Émeraude. En chemin, elle trouvera aussi le vrai sens de l'amitié. Découvrez un grand classique de la littérature américaine dans cette superbe édition intégrale. Enrichi d'illustrations et d'animations originales du célèbre studio MinaLima, cet ouvrage au charme unique enchantera les lecteurs de tous âges. 
 
***
 
    On ne présente plus MinaLima, et si toutefois ce nom ne vous dit rien, vous connaissez très certainement leur travail. Oui, "leur", car derrière ce pseudonyme se cachent les deux artistes Miraphora Mina et Eduardo Lima, designers graphiques devenus célèbres pour leur participation aux films Harry Potter et Les animaux fantastiques, puis au Wizarding World dans son ensemble. Créateurs de tous les visuels, imprimés, graphies et typographies aperçus dans les longs-métrages, ils ont fondé leur propre studio en 2009 et collaborent depuis lors avec plusieurs éditeurs, dont Harper Collins dans le cadre d'une collection de grands classiques de la littérature jeunesse illustrés par leurs soins.
 

    Peter Pan, Pinocchio, Alice au pays des merveilles, Le jardin secret... des chefs-d’œuvre qu'on redécouvre en France chez Flammarion depuis 2020 au rythme de plusieurs titres par an. Outre la patte Art Déco très reconnaissable de MinaLima (et d'autant plus depuis Les animaux fantastiques, dont l'intrigue se déroulait dans les années 1920), ces ouvrages flirtent gentiment avec la technique du pop-up, car il n'est pas rare de trouver ici ou là un volet à ouvrir, une languette à tirer ou un élément qui s'anime soudainement au détour d'une page...
 

    En 2021, Le magicien d'Oz rejoignait leur collection chez Harper Collins et sortait en France quasi simultanément. Couverture toilée et forée au fer, reliure traditionnelle et gardes à motifs sérigraphiés... il n'est nul besoin de tranche jaspée pour donner à cet ouvrage quelque chose de collector – peut-être en fait parce qu'il nous rappelle les livres, les vrais d'autrefois, ceux de l'époque ou les reliures brochées n'étaient pas encore de ce monde, et qu'il véhicule en cela quelque chose de solide et réconfortant à la fois. Parlons peu mais parlons bien : qu'il s'agisse de celui-là ou des autres de la même collection, on a ici un "beau" livre, au sens éditorial du terme.
 

    Pas de surprise quant au texte, préservé dans son intégralité. Pas de nouvelle traduction non plus, cependant : l'éditeur français réutilise ici une de ses anciennes versions, celle traduite par Yvette Métral dans les années 70. Le design par MinaLima est fidèle au coup de crayon et aux codes graphiques déjà vus dans cette collection, qui vaut surtout pour ces éléments animés. Les lignes Art Déco et la simplicité des traits et des aplats très contrastés nous ont rappelé une ancienne édition d'Alice aux pays des merveilles illustrée par André Jourcin en 1948 pour les éditions Hachette. Un style un peu déstabilisant quand on est, comme nous, amoureux des illustrations originales de W. W. Denslow, indissociables de l'histoire de L. Frank Baum !
 
 
    MinaLima accorde ici une grande importance à la couleur : si les illustrations du début sont en sépia (clin d’œil au film de 1939 ?), la mise en image du reste du voyage de Dorothy est marquée par l'omniprésence des couleurs clefs des différents royaumes du pays d'Oz, fidèlement à celles de chaque comté précisées par L. Frank Baum dans le roman. Mais c'est évidemment le côté pop-up qui séduit le plus : la tornade qui se déploie pour offrir au lecteur une carte d'Oz, les pavots mortels sous lesquels se sont endormis nos personnages, ou encore les lunettes teintées de vert que l'on peut soi-même chausser à l'approche de la cité d'émeraude (et que l'on trouvait déjà dans cette version animée du conte de L. Frank Baum). S'il ne s'agit pas de la même technicité que dans un album pop-up classique, on apprécie ces facéties de papier comme autant de petits trésors.
 
 
 
En bref : On ne présente plus cette collection de classiques illustrés par MinaLima, le talentueux duo de designers graphiques à l'origine des visuels des films Harry Potter. Leur version du Magicien d'Oz déstabilise quelque peu par son trait géométrique et anguleux nourri de l'Art Déco, mais enchante par les astuces animées disséminées au fil de l'ouvrage. Une édition qui ravira petits et grands.

dimanche 8 mars 2026

Les Sorcières d'Oz - Une mini-série de Leigh Scott.

 

Les sorcières d'Oz

(The witches of Oz / Dorothy and the witches of Oz)

 
Une mini-série écrite et réalisée par Leigh Scott d'après l'univers de L. Frank Baum.
 
Avec : Paulie Rojas, Christopher Lloyd, Lance Henriksen, Sean Astin, Billy Boyd, Mia Sara, Eliza Swenson...
 
Date de diffusion / sortie originale : juillet 2011 (mini-série) et  17 février 2012 (film)
Date de diffusion française : 31 octobre 2011 sur France 4
Date de sortie dvd française : 9 novembre 2011
Disponible sur M6+ et Prime vidéo 
 
    Alors qu'elle quitte son Kansas natal pour New York, Dorothy Gale est à présent une auteure à succès de livres pour enfant. Elle se rend compte rapidement que ses livres sont inspirés par les souvenirs refoulés de son enfance, et que les merveilles d'Oz sont bien réelles. Quand la Méchante Fée de l'Ouest apparait à Time Square, Dorothy doit trouver le courage de l'arrêter.
 
***
 
Trailer de la mini-série. 
 
    Voilà très très très longtemps qu'on voulait consacrer un article à cette mini-série, dont on parlait déjà au tout début du blog à l'occasion de nos premiers articles sur Oz. OVNI télévisuel au cheap assumé, Les sorcières d'Oz a tout de la série Z oubliable, et pourtant on ne peut s'empêcher de lui trouver des qualités. Le projet, lancé en 2009, est antérieur à la série Once Upon a Time et au film Oz, un monde extraordinaire, et surfe donc bien avant ces deux productions sur la vague qui commençait progressivement à inonder Hollywood. Tout d'abord mini-série en deux épisodes réalisée avec les moyens du bord, The witches of Oz est également devenue, grâce à l'aide de plusieurs financements participatifs, un long métrage rebaptisé Dorothy and the witches of Oz, sorti au cinéma un an plus tard avec des effets spéciaux remaniés.
 
 
    Le réalisateur et scénariste, Leigh Scott, n'est pas un nom très connu de l'industrie du cinéma américain, si ce n'est dans l'univers des nanars. Il a en effet principalement travaillé pour la société de cinéma The Asylum, qui distribue ses films en direct to dvd, majoritairement des mockbusters à budget réduit pompant les grosses sorties cinéma du moment. Les sorcière d'Oz relève d'une création plus personnelle que les précédents films sur lesquels il a travaillé et témoigne de son rêve d'enfant de consacrer à l'univers du Magicien d'Oz une production à l'image de ce que Spielberg avait fait de Peter Pan avec Hook : à la fois une suite et un hommage à l'oeuvre originale, qui entremêle fiction et réalité.
 
Trailer de la version cinéma.
 
    L'histoire est celle de Dorothy Gale, jeune femme d'aujourd'hui vivant dans le Kansas, descendante de Lyman Frank Baum dont elle a repris les personnages pour imaginer de nouvelles aventures au pays d'Oz. Ses livres rencontrent un succès grandissant et attirent l’œil d'une agence littéraire de New York, où elle se rend en compagnie d'Allen, son meilleur ami et illustrateur attitré, afin de signer un gros contrat avec adaptation à l'écran à la clef. Sur place, tous les deux sont accueillis par Billie Westbrook, directrice de l'agence et femme d'affaire accomplie au caractère affirmé. Tout pourrait aller pour le mieux si Dorothy n'était pas assaillie de souvenirs troublants où rêve et réalité se confondent, sans compter que les événements étranges se multiplient depuis son arrivée en ville. Se pourrait-il que l'univers d'Oz soit bien réel et que tous ses habitants, cachés dans le New York du XXIeme siècle, attendent leur heure pour se révéler ?
 

     Il faut l'admettre : c'est loin, très loin, d'être la série ou le film de la décennie. On parlait plus haut du côté très cheap de cette production, qui évoque dans ses meilleurs comme dans ses pires aspects les films amateurs qu'on peut trouver en ligne. Mais on doit aussi reconnaître que Les sorcière d'Oz est un petit plaisir coupable. Peut-être parce que le résultat, même bancal, parvient à traduire la profonde sincérité et l'âme d'enfant avec lesquels le réalisateur a investi son travail ? Possible, d'autant qu'on perçoit une vraie connaissance des romans de Lyman Frank Baum, puisque Leigh Scott puise ici dans plusieurs titres de la saga (Le magicien d'Oz, Ozma, princesse d'Oz, The road to Oz, Glinda of Oz et The magic of Oz) pour concevoir son scénario. A la façon du Peter Pan de Hook, Dorothy réside désormais dans notre réalité et a oublié son passé, celui-là se résumant à un livre pour enfant publié il y a plus de cent ans. Son séjour à New York la confronte à plusieurs personnages issus du monde d'Oz qui vivent désormais comme "en sommeil" dans le monde contemporain, à la recherche de leur vraie nature. On retrouve ainsi, avec un plaisir jubilatoire, quelques-unes des figures les plus iconiques créées par L. Frank Baum, parfois sous les oripeaux d'êtres humains tout ce qu'il y a de plus normal. Leigh Scott montre au passage sa connaissance fine de la matière littéraire originale puisque les noms de ses personnages sont toujours des références ou des clins d’œil très précis, parfois même inconnus du grand public (Allen, l'ami illustrateur de Dorothy, s'appelle Denslow, du nom du dessinateur original du Magicien d'Oz ; le lion poltron est ici un avocat nommé Bryan Jennings, clin d’œil au véritable avocat William Jennings Bryan, qui aurait inspiré le personnage du lion à L. Frank Baum).
 

    Langwidere, Glinda, et même Tik-Tok et Jack Pumpkinhead, qu'on aperçoit au détour d'un flash-back, sont de la partie. Les souliers d'argent sont également de retour dans cette version, avec de nouveaux pouvoirs qui font de Dorothy une sorcière à part entière (claquer des talons en fait ici une arme redoutable). Outre ces personnages et éléments très identifiables, Leigh Scott multiplie les easter eggs visuels et scénaristiques : l'attention de Dorothy est retenue par une mélodie qui évoque fortement Somewhere over the rainbow ; Billie Westbrook a une obsession pour les jolies chaussures (ce qui s'expliquera par sa vraie nature une fois celle-là révélée) ; Glinda débarque à bord d'une gigantesque bulle ; la sorcière de l'Ouest, même si sa peau verdâtre rappelle le film de 1939, a, comme dans le roman original, un cache-œil et un parapluie magique... C'est à ces petits détails qu'on mesure l'attention portée par le réalisateur à cette mini-série.
 

    Alors, certes, comme on le disait précédemment, les effets spéciaux ne sont pas du dernier cri et rappellent les images de synthèses de nos bons vieux jeux vidéos du début des années 2000. Mais l'esthétique globale est réussie. Le réalisateur met l'accent sur l'architecture et les éléments Art Déco de New York, qui évoquent ainsi les lignes de la Cité d'émeraude (l'appartement de Dorothy et sa prédominance de vert en sont un exemple évident). Il ajoute aussi quelques touches d'une fantaisie steampunk qui fonctionne étonnamment bien, notamment dans les astuces utilisées par le magicien et le design très réussi du bucheron en fer blanc. Le Jabberwocky, échappé du pays des merveilles fait penser dans toutes ses imperfections visuelles aux monstres et dragons de Jim Henson's Creature Shop, créant une étrange et pourtant satisfaisante sensation de "faustalgie". Les costumes et maquillages, malgré quelques extravagances de mauvais goût, sont tout à fait honorables pour une production à petit budget : on y retrouve ce qu'on peut voir au théâtre ou sur les scènes de comédies musicales, avec des techniques de grimage traditionnelles et un vrai souci du détail (l'apparence de la Méchante Sorcière de l'Ouest est en cela plutôt réussie).
 

    Le casting – et c'est peut-être là que Les sorcières d'Oz surprend – ressuscite quelques anciennes têtes d'affiche qu'on n'imaginerait pas croiser dans un nanar, Christopher Lloyd (célèbre Doc de Retour vers le futur) en tête, parfait en Magicien d'Oz excentrique et malicieux. A ses côtés, Sean Astin et Billy Boyd, deux rescapés du Seigneur des Anneaux, et Mia Sara (géniale en Langwidere complètement barrée), connue pour son rôle dans Legend, film de fantasy à succès des années 80. L'interprète de Dorothy est quant à elle une petite nouvelle inconnue des écrans, Paulie Rojas, quasi sosie d'Audrey Hepburn qu'elle a d'ailleurs interprétée dans Before Breakfast, film qui imagine la rencontre entre la comédienne et sa consœur Grace Kelly. Avec son minois enfantin et son jeu qui n'est pas sans rappeler Fairuza Balk dans Return to Oz, Paulie Rojas apporte quelque chose de rafraîchissant.
 

 
     En France, on ne trouve que la version mini-série des Sorcières d'Oz, et non le film avec ses effets spéciaux retravaillés. Ce dernier avait par ailleurs bénéficié de critiques presse plus élogieuses qu'on aurait pu le croire, ou tout du moins globalement positives. Une suite était même envisagée sous le titre Dorothy and the lost girls, où Dorothy rencontrait Alice (du pays des merveilles) et Wendy (de Peter Pan) – un pitch qui évoque tout à la fois les BD Lost Girls d'Alan Moore et Cheshire Crossing d'Andy Weir & Sara Andersen. Une affiche prévisionnelle (et prometteuse) avait même été conçue par l'équipe artistique de Leigh Scott, représentant Dorothy entre une Alice résolument steampunk et une Wendy aux allures de pirate. Le projet ne verra malheureusement jamais le jour.
 


En bref : Véritable plaisir coupable, Les sorcières d'Oz est une mini-série au cheap assumé, mais qui se réclame d'une vraie connaissance de l'univers imaginé par L. Frank Baum. On y retrouve par ailleurs (non sans surprise) quelques tête d'affiche sur le retour, dont le célèbre Christopher "Doc" Lloyd, génial en Magicien d'Oz farfelu. Quelque part entre une esthétique Art Déco et une mouvance steampunk, cette production aux idées et à l'audace honorables malgré ses défauts se laisse regarder sans déplaisir si on a su conserver son âme d'enfant.