Aunt Dimity's Christmas (Aunt Dimity Mysteries #4), Penguin Books, 1999 - Seuil Éditions, label Verso (trad. de A. Demoulin & N. Ancion), 2025.
Cette année, Lori attend avec impatience
l’arrivée de Noël. Les montagnes de cadeaux pour les jumeaux, les
branches de houx, les guirlandes et les biscuits en forme d’angelots.
Sans oublier le plus important : la neige !
Alors, quand le jardin du cottage se pare de son blanc manteau, Lori est comblée. Mais, car il y a malheureusement un mais, le lendemain, un mystérieux sans-abri est retrouvé à l’article de la mort sous des buissons. Tandis que le village de Finch répète la pièce de la Nativité pour le réveillon, Lori va devoir mettre ses projets de côté et mener l’enquête pour découvrir l’identité de cet homme que Tante Dimity semble connaître…
Alors, quand le jardin du cottage se pare de son blanc manteau, Lori est comblée. Mais, car il y a malheureusement un mais, le lendemain, un mystérieux sans-abri est retrouvé à l’article de la mort sous des buissons. Tandis que le village de Finch répète la pièce de la Nativité pour le réveillon, Lori va devoir mettre ses projets de côté et mener l’enquête pour découvrir l’identité de cet homme que Tante Dimity semble connaître…
Le quatrième tome de la série d'enquêtes plus cosy que mystery, best-seller depuis 30 ans aux États-Unis !
***
On avait laissé Tante Dimity il y a presque un an, après un mystère touchant à la découverte de mystérieux vestiges archéologiques et aux secrets de Francesca, la nounou fraichement embauchée par Lori. Entre-temps est paru Le duc de Penford Hall, prequel que nous n'avons pas encore eu le temps de découvrir, mais que son statut d'"antépisode" nous permettra de savourer quand on le souhaitera sans perturber la temporalité de nos lectures (comment ça, nous, psychorigide ? Oh, si peu...).
" Ce soir-là, Finch scintillait
comme un bracelet de pacotille. Tous les bâtiments de la place étaient
éclairés par des guirlandes lumineuses et brillaient comme les vitrines
de Harrods pour les fêtes. Des guirlandes criardes avaient été enroulées
autour des arbres. Les enfants de chœur en plastique du pub se
balançaient dans la grisaille comme s'ils étaient saouls et les têtes de
pères Noël de Sally Pyne semblaient épier les passants depuis les
fenêtres sombres du salon de thé. En revanche, l'obscurité adoucissait
les traits du visage du père Noël mécanique aux yeux fous du Magasin
général, le faisant paraître un peu moins hostile."
Lu au sortir des fêtes afin de faire perdurer encore quelque temps la magie de Noël, ce quatrième opus nous emmène dans le cottage de Tante Dimity alors que Lori est jusqu'au cou dans les préparatifs. Lori, pour qui cette période est marquée par les mauvais souvenirs venus obscurcir les doux et réconfortants Noëls de sa petite enfance, souhaite cette année organiser le plus beau et le plus grand réveillon qu'on puisse imaginer, multipliant pour cela toutes les traditions possibles liées aux fêtes de fin d'année. Si son beau-père se laisse porter sans déplaisir, son mari, Bill, n'en dirait pas autant. Ce tableau presque trop parfait est fort heureusement perturbé par la découverte, dans le jardin couvert de neige, d'un sans-abri inconscient, transi de froid. Alors qu'il est transporté en urgence à l'hôpital le plus proche, Lori s'interroge : que venait faire cet inconnu sur sa propriété ? S'agirait-il d'un ancien protégé de Tante Dimity ? L'inconnu n'évoque rien à la défunte, qui continue de communiquer avec la jeune femme depuis l'au-delà. Par l'intermédiaire de son carnet bleu, elle incite Lori à mettre Noël de côté pour enquêter sur cet homme mystérieux, persuadée qu'il a besoin de leur aide. Assez peu séduite par l'idée (et c'est peu de le dire), Lori finit malgré tout par se laisser convaincre et va peut-être ainsi découvrir que le véritable esprit de Noël se trouve ailleurs que dans le confort de son salon, même décoré du plus beau sapin qui soit...
On a beaucoup disserté dans nos précédents articles à propos de cette série, de la définition élastique du cosy mystery et de la façon dont Nancy Atherton s'appropriait ce registre. Pas de sang, pas de meurtre, même pas vraiment de crime à proprement parler, mais des énigmes, des mystères et des secrets à résoudre, le tout dans une atmosphère féérique qui emprunte beaucoup aux nursery rhymes. Presque trop anglais pour être honnête, nous direz-vous ? Bien vu : c'est que l'autrice est une Américaine, mais du genre très anglophile.
Or donc, comme nous le disions à l'instant, ni sang ni meurtre chez tante Dimity, pas même à l'approche du réveillon. Mais une Lori qui provoquerait bien quelque accès de violence chez le lecteur, tant sa fascination pour les fêtes confine à l'obsession, le tout doublé d'une petite tendance à l’embourgeoisement. Notre pourtant si humble et si simple héroïne se serait-elle (trop) habituée à son nouveau train de vie ? Le revirement est peut-être un peu trop abrupt et on ne peut nier que cela ne colle pas tout à fait au personnage, l'autrice enchainant ici et là quelques maladresses dans la façon de nous présenter cette nouvelle Lori, laquelle se sentirait tout à coup plus concernée par ses bottines en cuir et ses manteaux de marque qu'au devenir et à la survie d'un homme trouvé inanimé sur sa propriété. On comprend ainsi dès le début de l'histoire qu'il s'agit-là d'un trait de caractère qui trouvera à évoluer avec la résolution du mystère, à la façon d'un Scrooge que les fantômes de Noël visitent afin de lui rappeler les véritables valeurs des fêtes de fin d'année.
" — Miranda Morrow joue l'ange ? demandai-je, interloquée.
Comme c'était la sorcière attitrée de Finch et une païenne acharnée, ce choix donnait un nouveau sens au mot "œcuménique".
— Elle était la seule à vouloir fabriquer des ailes. "
Passé ce petit défaut dans la cohérence narrative, on retrouve tout ce qui fait le charme de la série, notamment les habitants de Finch, propices au comique de caractère déjà exploité dans le tome précédent. La présence de ce sans-abri réveille les traits de personnalité les moins charitables des voisins de Lori, qui semblent eux aussi avoir oublié ce qu'était le véritable esprit de Noël. Nancy Atherton s'amuse alors beaucoup avec la caricature, les nombreux et charismatiques villageois versant tantôt dans l'original, tantôt dans le ridicule, surtout quand il s'agit de décorer leurs maisons ou de s'improviser comédiens pour la crèche vivante. Le ton presque sarcastique qu'adopte l'autrice dans sa manière de les "croquer" dans tous leurs défauts (sans jamais cesser de les aimer) nous a évoqué la façon piquante dont M.C. Beaton mettait en scène ses personnages dans Agatha Raisin enquête.
A l'image de l'opus précédent, Tante Dimity est cette fois encore très en retrait, ce qui nous convient très bien : ses incursions, par petites touches, permettent à l'intrigue de ne pas perdre en crédibilité, d'autant que l'enquête conduit peu à peu vers des faits historiques on ne peut plus véridiques. Fidèlement à ce que la série a déjà posé de contexte jusque-là, les événements de la Seconde Guerre mondiale sont toujours très présents et constituent une partie de la solution. Et on n'oublie pas la dimension très gourmande de l'univers pensé par Nancy Atherton, renouvelée à l'occasion des fêtes avec les nombreuses pâtisseries de Noël et la recette des biscuits en forme d'anges fournie en postface...
" Jasper Taxman, l'ex-fiancé de Peggy Kitchen, agenouillé à côté d'une toile, peignait des décors censés représentés la Terre Sainte. Son sens des couleurs était exactement celui qu'on attendrait d'un comptable à la retraite : les collines autour de Bethléem étaient d'un vert lugubre qui rappelait l'eau d'un aquarium mal lavé.
Peggy était penchée au-dessus de lui et lui prodiguait des conseils. L'impératrice incontestée de Finch avait dissimulé sa silhouette d'âge mûr dans un vêtement remarquable en velours rouge qui aurait évoqué de façon convaincante un burnous si elle n'avait pas oublié d'enlever les anneaux du rideau."
En bref : Malgré quelques petits défauts dans le traitement du personnage principal (c'est un roman de Noël écrit par une Américaine : il fallait bien que notre héroïne trouve matière à s'amender pour se souvenir du véritable esprit des fêtes de fin d'année), on retrouve ici le meilleur des Mystères de Tante Dimity. Le traitement des personnages secondaires alterne entre humour et émotion, le mystère conçu par l'autrice fonctionne très bien, et on continue de voyager dans le temps avec une intrigue dont la résolution trouve sa source dans les événements de la Seconde Guerre mondiale. On termine ce cake anglais avec l'envie d'en reprendre une 5ème part.





























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