dimanche 8 mars 2026

Les Sorcières d'Oz - Une mini-série de Leigh Scott.

 

Les sorcières d'Oz

(The witches of Oz / Dorothy and the witches of Oz)

 
Une mini-série écrite et réalisée par Leigh Scott d'après l'univers de L. Frank Baum.
 
Avec : Paulie Rojas, Christopher Lloyd, Lance Henriksen, Sean Astin, Billy Boyd, Mia Sara, Eliza Swenson...
 
Date de diffusion / sortie originale : juillet 2011 (mini-série) et  17 février 2012 (film)
Date de diffusion française : 31 octobre 2011 sur France 4
Date de sortie dvd française : 9 novembre 2011
Disponible sur M6+ et Prime vidéo 
 
    Alors qu'elle quitte son Kansas natal pour New York, Dorothy Gale est à présent une auteure à succès de livres pour enfant. Elle se rend compte rapidement que ses livres sont inspirés par les souvenirs refoulés de son enfance, et que les merveilles d'Oz sont bien réelles. Quand la Méchante Fée de l'Ouest apparait à Time Square, Dorothy doit trouver le courage de l'arrêter.
 
***
 
Trailer de la mini-série. 
 
    Voilà très très très longtemps qu'on voulait consacrer un article à cette mini-série, dont on parlait déjà au tout début du blog à l'occasion de nos premiers articles sur Oz. OVNI télévisuel au cheap assumé, Les sorcières d'Oz a tout de la série Z oubliable, et pourtant on ne peut s'empêcher de lui trouver des qualités. Le projet, lancé en 2009, est antérieur à la série Once Upon a Time et au film Oz, un monde extraordinaire, et surfe donc bien avant ces deux productions sur la vague qui commençait progressivement à inonder Hollywood. Tout d'abord mini-série en deux épisodes réalisée avec les moyens du bord, The witches of Oz est également devenue, grâce à l'aide de plusieurs financements participatifs, un long métrage rebaptisé Dorothy and the witches of Oz, sorti au cinéma un an plus tard avec des effets spéciaux remaniés.
 
 
    Le réalisateur et scénariste, Leigh Scott, n'est pas un nom très connu de l'industrie du cinéma américain, si ce n'est dans l'univers des nanars. Il a en effet principalement travaillé pour la société de cinéma The Asylum, qui distribue ses films en direct to dvd, majoritairement des mockbusters à budget réduit pompant les grosses sorties cinéma du moment. Les sorcière d'Oz relève d'une création plus personnelle que les précédents films sur lesquels il a travaillé et témoigne de son rêve d'enfant de consacrer à l'univers du Magicien d'Oz une production à l'image de ce que Spielberg avait fait de Peter Pan avec Hook : à la fois une suite et un hommage à l'oeuvre originale, qui entremêle fiction et réalité.
 
Trailer de la version cinéma.
 
    L'histoire est celle de Dorothy Gale, jeune femme d'aujourd'hui vivant dans le Kansas, descendante de Lyman Frank Baum dont elle a repris les personnages pour imaginer de nouvelles aventures au pays d'Oz. Ses livres rencontrent un succès grandissant et attirent l’œil d'une agence littéraire de New York, où elle se rend en compagnie d'Allen, son meilleur ami et illustrateur attitré, afin de signer un gros contrat avec adaptation à l'écran à la clef. Sur place, tous les deux sont accueillis par Billie Westbrook, directrice de l'agence et femme d'affaire accomplie au caractère affirmé. Tout pourrait aller pour le mieux si Dorothy n'était pas assaillie de souvenirs troublants où rêve et réalité se confondent, sans compter que les événements étranges se multiplient depuis son arrivée en ville. Se pourrait-il que l'univers d'Oz soit bien réel et que tous ses habitants, cachés dans le New York du XXIeme siècle, attendent leur heure pour se révéler ?
 

     Il faut l'admettre : c'est loin, très loin, d'être la série ou le film de la décennie. On parlait plus haut du côté très cheap de cette production, qui évoque dans ses meilleurs comme dans ses pires aspects les films amateurs qu'on peut trouver en ligne. Mais on doit aussi reconnaître que Les sorcière d'Oz est un petit plaisir coupable. Peut-être parce que le résultat, même bancal, parvient à traduire la profonde sincérité et l'âme d'enfant avec lesquels le réalisateur a investi son travail ? Possible, d'autant qu'on perçoit une vraie connaissance des romans de Lyman Frank Baum, puisque Leigh Scott puise ici dans plusieurs titres de la saga (Le magicien d'Oz, Ozma, princesse d'Oz, The road to Oz, Glinda of Oz et The magic of Oz) pour concevoir son scénario. A la façon du Peter Pan de Hook, Dorothy réside désormais dans notre réalité et a oublié son passé, celui-là se résumant à un livre pour enfant publié il y a plus de cent ans. Son séjour à New York la confronte à plusieurs personnages issus du monde d'Oz qui vivent désormais comme "en sommeil" dans le monde contemporain, à la recherche de leur vraie nature. On retrouve ainsi, avec un plaisir jubilatoire, quelques-unes des figures les plus iconiques créées par L. Frank Baum, parfois sous les oripeaux d'êtres humains tout ce qu'il y a de plus normal. Leigh Scott montre au passage sa connaissance fine de la matière littéraire originale puisque les noms de ses personnages sont toujours des références ou des clins d’œil très précis, parfois même inconnus du grand public (Allen, l'ami illustrateur de Dorothy, s'appelle Denslow, du nom du dessinateur original du Magicien d'Oz ; le lion poltron est ici un avocat nommé Bryan Jennings, clin d’œil au véritable avocat William Jennings Bryan, qui aurait inspiré le personnage du lion à L. Frank Baum).
 

    Langwidere, Glinda, et même Tik-Tok et Jack Pumpkinhead, qu'on aperçoit au détour d'un flash-back, sont de la partie. Les souliers d'argent sont également de retour dans cette version, avec de nouveaux pouvoirs qui font de Dorothy une sorcière à part entière (claquer des talons en fait ici une arme redoutable). Outre ces personnages et éléments très identifiables, Leigh Scott multiplie les easter eggs visuels et scénaristiques : l'attention de Dorothy est retenue par une mélodie qui évoque fortement Somewhere over the rainbow ; Billie Westbrook a une obsession pour les jolies chaussures (ce qui s'expliquera par sa vraie nature une fois celle-là révélée) ; Glinda débarque à bord d'une gigantesque bulle ; la sorcière de l'Ouest, même si sa peau verdâtre rappelle le film de 1939, a, comme dans le roman original, un cache-œil et un parapluie magique... C'est à ces petits détails qu'on mesure l'attention portée par le réalisateur à cette mini-série.
 

    Alors, certes, comme on le disait précédemment, les effets spéciaux ne sont pas du dernier cri et rappellent les images de synthèses de nos bons vieux jeux vidéos du début des années 2000. Mais l'esthétique globale est réussie. Le réalisateur met l'accent sur l'architecture et les éléments Art Déco de New York, qui évoquent ainsi les lignes de la Cité d'émeraude (l'appartement de Dorothy et sa prédominance de vert en sont un exemple évident). Il ajoute aussi quelques touches d'une fantaisie steampunk qui fonctionne étonnamment bien, notamment dans les astuces utilisées par le magicien et le design très réussi du bucheron en fer blanc. Le Jabberwocky, échappé du pays des merveilles fait penser dans toutes ses imperfections visuelles aux monstres et dragons de Jim Henson's Creature Shop, créant une étrange et pourtant satisfaisante sensation de "faustalgie". Les costumes et maquillages, malgré quelques extravagances de mauvais goût, sont tout à fait honorables pour une production à petit budget : on y retrouve ce qu'on peut voir au théâtre ou sur les scènes de comédies musicales, avec des techniques de grimage traditionnelles et un vrai souci du détail (l'apparence de la Méchante Sorcière de l'Ouest est en cela plutôt réussie).
 

    Le casting – et c'est peut-être là que Les sorcières d'Oz surprend – ressuscite quelques anciennes têtes d'affiche qu'on n'imaginerait pas croiser dans un nanar, Christopher Lloyd (célèbre Doc de Retour vers le futur) en tête, parfait en Magicien d'Oz excentrique et malicieux. A ses côtés, Sean Astin et Billy Boyd, deux rescapés du Seigneur des Anneaux, et Mia Sara (géniale en Langwidere complètement barrée), connue pour son rôle dans Legend, film de fantasy à succès des années 80. L'interprète de Dorothy est quant à elle une petite nouvelle inconnue des écrans, Paulie Rojas, quasi sosie d'Audrey Hepburn qu'elle a d'ailleurs interprétée dans Before Breakfast, film qui imagine la rencontre entre la comédienne et sa consœur Grace Kelly. Avec son minois enfantin et son jeu qui n'est pas sans rappeler Fairuza Balk dans Return to Oz, Paulie Rojas apporte quelque chose de rafraîchissant.
 

 
     En France, on ne trouve que la version mini-série des Sorcières d'Oz, et non le film avec ses effets spéciaux retravaillés. Ce dernier avait par ailleurs bénéficié de critiques presse plus élogieuses qu'on aurait pu le croire, ou tout du moins globalement positives. Une suite était même envisagée sous le titre Dorothy and the lost girls, où Dorothy rencontrait Alice (du pays des merveilles) et Wendy (de Peter Pan) – un pitch qui évoque tout à la fois les BD Lost Girls d'Alan Moore et Cheshire Crossing d'Andy Weir & Sara Andersen. Une affiche prévisionnelle (et prometteuse) avait même été conçue par l'équipe artistique de Leigh Scott, représentant Dorothy entre une Alice résolument steampunk et une Wendy aux allures de pirate. Le projet ne verra malheureusement jamais le jour.
 


En bref : Véritable plaisir coupable, Les sorcières d'Oz est une mini-série au cheap assumé, mais qui se réclame d'une vraie connaissance de l'univers imaginé par L. Frank Baum. On y retrouve par ailleurs (non sans surprise) quelques tête d'affiche sur le retour, dont le célèbre Christopher "Doc" Lloyd, génial en Magicien d'Oz farfelu. Quelque part entre une esthétique Art Déco et une mouvance steampunk, cette production aux idées et à l'audace honorables malgré ses défauts se laisse regarder sans déplaisir si on a su conserver son âme d'enfant.

dimanche 1 mars 2026

Cheshire Crossing - Andy Weir (scénario) & Sarah Andersen (illustrations).

Tapas, 2017-2019 - Ten Speed Press, 2019.
 
    Qu'arrive-t-il à Alice après son retour du Pays des Merveilles ? A Wendy une fois rentrée du Pays Imaginaire ? Et à Dorothy, d'Oz ?
    Toutes les trois se rencontrent ici, à Cheshire Crossing, un pensionnat où les jeunes filles comme elles apprennent à se confronter à leurs expériences surnaturelles et à leurs capacités à passer d'un monde à l'autre. Devenues des adolescentes qui en ont plus qu'assez des adultes, elles n'ont pas l'intention de rester sagement assises en classe toute la sainte journée. Très vite, elles se trouvent à transiter d'un univers à un autre en semant le chaos sur leur passage. Malencontreusement, elles provoquent la rencontre de la Méchante Sorcière de l'Ouest et du Capitaine Crochet, qui décident de s'allier contre le trio. Pour les stopper, les filles ne pourront compter que sur leurs pouvoirs... et sur une troupe d'alliés inattendus en provenance des mondes magiques.
 
    Écrit par Andy Weir, auteur du best-seller Seul sur mars, et illustré par Sarah Andersen, créatrice de la BD Les adultes n'existent pas, Cheshire Crossing est un périple réjouissant à travers les classiques de notre enfance.
 
***
 
     Offert par une amie qui nous connait décidément un peu trop bien, Cheshire Crossing est un cross-over jubilatoire entre les univers de trois romans fantastiques iconiques du tournant du XXème siècle : Alice au Pays des Merveilles, Le Magicien d'Oz, et Peter Pan. Faire se rencontrer Alice, Wendy et Dorothy n'est cependant pas une première : Alan Moore, scénariste de La ligue des Gentlemen Extraordinaires avait déjà concrétisé cette idée dans la bande dessinée Filles Perdues (Lost Girls) qui imaginait l'amitié, à l'aube de l'âge adulte, entre ces trois mêmes héroïnes. Mais alors que la vision du célèbre auteur était très érotique et exclusivement destinée à un public adulte, Cheshire Crossing est ici une œuvre familiale qui s'adresse à un lectorat plus large.
 
Cheshire Crossing, première version créée par Andy Weir.

    Andy Weir, surtout connu pour ses romans de science-fiction (notamment Seul sur mars, adapté par Ridley Scott au cinéma), s'est également improvisé scénariste de BD. En 2008, il se lance dans la création complète (illustrations comprises) de Cheshire Crossing, webcomic indépendant publié en ligne sous forme d'épisodes. Mais comme il le confesse dans l'introduction de cette édition (et comme on peut tous en juger des premières planches encore visibles sur le net), le dessin n'est pas un art qui s'improvise, et la bande dessinée parait à nouveau, cette fois sur la plateforme Tapas, intégralement redessinée par Sarah Andersen entre 2017 et 2019. Sarah Andersen, c'est cette bédéiste hilarante, créatrice du comic Sarah's Scribbles, dont le premier opus a été traduit en français sous le titre Les adultes n'existent pas : les tranches de vie autobiographiques et désopilantes d'une jeune femme un poil névrosée de la génération Y.
 

    Publiée au format papier en un seul tome en 2019, Cheshire Crossing met donc en scène Alice, Wendy et Dorothy devenues adolescentes et "recrutées" par le (réel) physicien Ernest Rutherford pour leurs expériences paranormales. Alors que les trois jeunes filles sont passées par toutes les institutions psychiatriques possibles jusque-là, ce scientifique est le premier à croire à leurs histoires et à ne pas se convaincre qu'elles souffrent de psychose dissociative. Mais elles sont aujourd'hui loin des gentilles fillettes des livres qu'on a lus enfant : Wendy est devenue un garçon manqué qui n'a pas peur d'utiliser le poignard qu'elle porte sur elle en permanence, Alice est perpétuellement d'une humeur massacrante et ne semble connaître aucune autre forme de communication que le sarcasme, et Dorothy, enfin, est devenue une jeune fille d'une clairvoyance et d'une perspicacité à toute épreuve. Bien que surveillées par la nanny qu'on leur a imposée, Miss Poole (Mary Poppins dans la version autoéditée d'Andy Weir, qui n'a pas pu conserver le nom de la célèbre nounou pour des raisons de droits d'auteur, mais le personnage armé de son parapluie ne trompera évidemment personne), les trois héroïnes indisciplinées ne tardent pas à passer de Oz au Pays des Merveilles, puis du Pays des Merveilles au Pays Imaginaire, provoquant une collision des mondes qui pourrait avoir des effets plus que catastrophiques.


    Débordant de malice et de fantaisie, Cheshire Crossing est à recommander à tous les amoureux de Lewis Carroll, Lyman Frank Baum et James Matthew Barrie, à condition qu'ils ne soient pas allergiques au subversif. La BD d'Andy Weir reste très fidèle aux œuvres originales dont elle s'inspire, mais l'auteur s'amuse avec ces différents univers et avec la façon dont la rencontre entre Alice, Dorothy et Wendy peut créer des étincelles. Leur évolution peut paraître surprenante, car rien ne nous aurait laissés imaginer une Alice aussi revêche ou une Wendy aux allures de garçonne, mais le tout fonctionne à merveille, aussi parce qu'Andy Weir n'oublie jamais de glisser, dans leurs dialogues pleins d'ironie, des clins d’œil très respectueux des romans initiaux (ainsi, Wendy est rassurée que les fenêtres de l'institut soient verrouillées – on ne sait jamais qui pourrait entrer par-là, même au deuxième étage). Pour le personnage de Dorothy, imaginaire collectif oblige, c'est surtout le cinéma qui sert de référence, notamment le film de 1939 (Glinda voyage dans une bulle, et la phrase "Je dois être très loin du Kansas" est très vite citée), mais aussi la suite de 1985 (lorsque Dorothy évoque avoir reçu des traitements par électrochoc en hôpital psychiatrique). Les easter eggs de ce genre abondent pour le plus grand plaisir des connaisseurs, jusqu'à la "spoonful of sugar" qui se révélera salvatrice pour notre nanny préférée.
 
 
    Le coup de crayon de Sarah Andersen, ici plus travaillé que dans ses dessins humoristiques, évoque autant le manga (qu'on retrouve dans les grands yeux brillants des héroïnes) que la bande dessinée franco-belge, avec une mise en couleur qui n'est pas sans rappeler les contrastes de la bien nommée "ligne claire". Sa charte graphique se réclame de nombreuses inspirations : son Alice est inspirée de la véritable Alice Liddle (reconnaissable à son carré de cheveux sombres) et ses Munchkins sont vraisemblablement ceux du Magicien d'Oz de 1939. Elle réinvente cependant la Méchante Sorcière de l'Ouest et le Capitaine Crochet, qu'elle imagine ici aussi séduisants que diaboliques. Quant à sa Wendy très tomboy, elle semble calquée sur le physique de Sophia Illis dans le film Ça (2017), avec sa coupe courte blond vénitien. On déplore seulement une petite confusion : l'amalgame évident, page 91, entre l'homme de fer blanc et le robot Tik Tok (elle a semble-t-il donné au second l'apparence du premier). Mais que les potentiels lecteurs se rassurent : cela n'enlève rien à la qualité graphique de l'ouvrage, qui alterne entre facétie et candeur.
 

En bref : Cross-over subversif et malicieux, Cheshire Crossing imagine la rencontre entre Alice, Wendy et Dorothy bien après leurs aventures, et la collision des mondes d'Oz, du Pays des Merveilles et du Pays Imaginaire qui en découle. Plaisir jubilatoire que cette BD aux dialogues débordants d'ironie et de clins d’œil, finement écrite par Andy Weir et mise en image par la pétillante Sarah Andersen. A quand une édition française ? 
 

mardi 24 février 2026

Oz, un monde extraordinaire - Un film de Walter Murch d'après L. Frank Baum.

Oz, un monde extraordinaire

(Return to Oz)

 
Un film de Walter Murch d'après les romans Le merveilleux pays d'Oz et Ozma, princesse d'Oz, de L. Frank Baum.
 
Avec Nicol Williamson, Jean Marsh, Piper Laurie, Fairuza Balk...
 
Date de sortie originale : 21 juin 1985
Date de sortie française : 23 octobre 1985
 
Date de sortie française en dvd : 10 mars 2004
Disponible sur Disney +
 
    Dorothy Gale habite une petite ferme au cœur du Kansas avec son oncle et sa tante. Depuis qu'une étrange tornade a détruit la moitié de la propriété, elle rêve nuit après nuit d'un pays enchanté : le monde d'Oz...
    Autour du palais d'émeraude vivent de merveilleux personnages, tels que le Lion Poltron, l'Homme de Fer Blanc, le robot Tik Tok  l'épouvantail ou Jack le potiron, qui sont tous les amis de Dorothy. Avec eux, elle devra faire face à ses farouches ennemis, la princesse Mombi, les rollers et le Roi des Gnomes...
 
    Retrouvez la jeune Dorothy pour de nouvelles aventures dans l'univers fabuleux du Magicien d'Oz, d'après le chef-d’œuvre de L. Frank Baum !
 
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    Peu de lecteurs du Magicien d'Oz le savent, au même titre que rares sont ceux qui connaissent les autres romans écrits par L. Frank Baum : il existe une suite produite par Disney. On ne parle pas du film Le monde fantastique d'Oz (Oz, the Great and Powerful) de 2013, mais de Oz, un monde extraordinaire (Return to Oz) sorti dans les salles en 1985. Pépite alors injustement boudée et fruit d'une production catastrophique, ce long-métrage est aujourd'hui reconnu et célébré par les fans de la première heure de l'auteur.


    Mais remontons tout d'abord un peu le temps, en 1937 : Walt Disney vient de rencontrer un incroyable succès avec Blanche-Neige, son long-métrage animé, et souhaite renouveler l'expérience en adaptant une autre œuvre pour enfants. Son choix se porte rapidement sur Le magicien d'Oz, mais la Metro-Goldwyn-Mayer le coiffe au poteau en achetant les droits en premier. Le film adapté du roman de Baum sortira quelque temps plus tard avec la renommée incontestée qu'on lui connait aujourd'hui. Pour autant, ni Walt Disney de son vivant ni sa société après sa mort n'accepteront ce deuil et Oz sera pour la compagnie un Graal qui n'aura de cesse de leur échapper. En effet, même si Disney parvient à acheter les droits de plusieurs des suites écrites par Baum et lance des projets d'adaptation à plusieurs occasions, ceux-là n'aboutissent jamais. C'est dans les années 1980 que les choses se concrétisent : la société traverse alors une période de creux et tente de se renouveler en produisant des films plus matures et, dans une certaine mesure, plus sombres : Le trou noir, Les yeux de la forêt ou encore La foire des ténèbres. Cette mouvance est aussi influencée par toute une vague de films iconiques de cette période : Star Wars, Dark Crystal, Labyrinthe, L'histoire sans fin, etc. Cependant, force est de constater que la firme à Mickey ne s'en tire pas avec le même succès.
 

    S'ils ont effectivement bénéficié d'une reconnaissance tardive, les films produits par Disney pendant cette décennie sont victimes de très mauvaises critiques. Oz, un monde extraordinaire ne fit pas exception. Ayant souffert de coupes budgétaires alors que la préproduction avait déjà dépassé la somme allouée par le précédent gérant de la société, le film doit sans cesse se réadapter aux contraintes et ainsi limiter les scènes prévues à l'étranger au profit d'un tournage en Angleterre et majoritairement en studio. Comme la compagnie le pressentait, le film est un échec commercial. Son réalisateur, Walter Murch, dont ce sera par ailleurs le seul film, avait pourtant fait ses armes aux côtés de Francis Ford Coppola et George Lucas, des amis qui avaient soutenu jusqu'au bout Return to Oz.
 

    Comme pour de nombreux films devenus cultes avec le temps, il faudra quelques années pour que celui-là soit apprécié à sa juste valeur, et ce alors que les fans de la première heure de Lyman Frnak Baum, lui reconnaissent une plus grande fidélité à l'oeuvre originale que la comédie musicale de 1939. Et ceux qui ont lu Le monde merveilleux d'Oz et Ozma, la princesse d'Oz, ne peuvent que le confirmer. Adaptation de ces deux titres sortis en 1904 et 1907, le film se veut une suite directe (quoi que non-officielle puisque n'étant pas du même studio) du long-métrage de la MGM, raison pour laquelle Disney a dû payer des droits afin d'utiliser les souliers de rubis, copie de ceux portés par Judy Garland dans la précédente version (pour rappel, dans le roman original, il s'agit de souliers d'argent ; les chaussures en rubis étaient un choix de la MGM pour exploiter au maximum le Technicolor, mais sont devenues ensuite un symbole indissociable du Magicien d'Oz dans l'imaginaire collectif).
 

    Dans cette nouvelle aventure, on retrouve une Dorothy très perturbée depuis son voyage à Oz : personne ne veut croire à son histoire et son oncle et sa tante, inquiets pour sa santé mentale, décident de l'emmener voir un médecin spécialisé afin de la faire bénéficier d'un traitement par électrochocs. Mais au cours de la première nuit qu'elle passe à la clinique, la fillette s'enfuit et, prise dans une tempête, tombe à l'eau et perd connaissance. Elle se réveille au pays d'Oz en compagnie de sa poule, Billina, désormais douée de parole. Mais la joie est de courte durée car Oz a bien changé depuis sa dernière visite : la route de briques jaunes est à moitié détruite et la cité d'émeraude, laissée à l'abandon. Tous ses habitants ont été transformés en statues et les lieux sont occupés par les terrifiants rouleurs, à la solde de la Princesse Mombi. Le responsable de ce carnage ? Le roi des Gnomes, qui réside dans sa montagne de l'autre côté du désert mortel. Bien décidée à libérer Oz, Dorothy part à l'aventure avec de nouveaux amis : Tik Tok, robot de cuivre de la garde royale, Jack, bonhomme de bois à la tête de courge, et le Gump, trophée de chasse auquel la joyeuse troupe a donné vie grâce à une poudre magique...
 

    On ne peut nier le caractère étrange et inquiétant de cette suite, notamment dans sa première partie : la clinique où est envoyée Dorothy, les soins psychiatriques qui lui sont proposés et le médecin comme l'infirmière en chef, tous les deux terrifiants à leurs manières, sont loin du merveilleux féérique et enfantin du film de 1939. Et pourtant, on aime. On aime comme ont aimé les admirateurs de L. Frank Baum, qui ont retrouvé le véritable esprit des romans dans ce long-métrage : des rouleurs au roi des Gnomes, en passant par la terrible Mombi. Mombi, qui est ici la contraction de deux personnages des romans originaux : la sorcière éponyme responsable de la disparition d'Ozma et, surtout, la princesse Langwidere et sa collection de têtes interchangeables. Le film nous offre ainsi des scènes aussi séduisantes qu'angoissantes dans le boudoir de cette dernière, où les nombreuses têtes observent Dorothy derrière leurs vitrines. Osé et ambitieux, le tout est surprenant de réussite, même en comptant avec les trucages de l'époque.
 


    Fidèlement aux techniques des années 80, il faut en effet se rappeler que l'équipe utilise essentiellement des animatroniques et des marionnettes, mais le tout est encore furieusement crédible même 40 ans plus tard. L'animation de Jack Potiron, notamment, mais aussi de Tik Tok ainsi que les effets spéciaux utilisés pour le Roi des Gnomes forcent encore aujourd'hui l'admiration et émeuvent davantage que n'importe quelle image de synthèse. On ne s'étonne pas de retrouver dans l'équipe artistique Brian Henson (fils de Jim Henson, roi des animatroniques et des marionnettes des films de fantasy des années 80, créateur des Muppets et fondateur de la Jim Henson's Creature Shop) et Henry Selick (réalisateur et animateur à l'origine de L'étrange Noël de Mr Jack, James et la pêche géante ou encore Coraline, et futur comparse de Tim Burton). Malgré la problématique budgétaire évoquée plus haut et quelques scènes tournées sur fond vert qui ont moins bien vieilli, Oz, un monde extraordinaire a conservé toute sa magie grâce à des visuels et des effets très convaincants. Pour les amoureux des illustrations originales de John R. Neill, les designers du film s'en sont largement inspirés pour l'esthétique générale et l'allure des personnages (l'artiste est d'ailleurs cité au générique).
 

    Le casting se révèle réduit, puisque la majorité des personnages sont des créatures ou des êtres fantastiques. Fairuza Balk apparait ici pour la première fois à l'écran : la future sorcière de The worst witch (première adaptation télé de Amandine Malabul) et de The Craft y interprète une Dorothy beaucoup plus fidèle au personnage original que Judy Garland – en fait, Fairuza Balk est Dorothy, à n'en pas douter. Elle est d'une touchante crédibilité à l'écran, en particulier dans sa relation avec ses compagnons de route, qu'elle parvient à rendre réels aux yeux du spectateur. Les personnages sont en effet la grande force de ce film tant ils émeuvent au-delà de l'écran, notamment Jack Potiron (Oh, adorable Jack!) et Tik Tok (merveilleusement doublé par Roger Carel dans la version française). A noter que certains acteurs campent deux rôles, à la façon du casting du film de 1939 où on les retrouve sous de nouveaux oripeaux une fois que Dorothy a basculé dans le monde d'Oz.
 


En bref : Boudé à sa sortie au cinéma en 1985 avant de bénéficier du statut de film culte, Oz, un monde extraordinaire est une petite pépite d'étrangeté. Avec sa grande fidélité à l’œuvre originale de L. Frank Baum, ses visuels convaincants et ses effets spéciaux réussis, le film reste, 40 ans plus tard, d'une magie incontestable. Fairuza Balk y campe la meilleure Dorothy croisée à l'écran et ses compagnons de route émeuvent durablement le spectateur. Une petite merveille de nostalgie.
 
 

 

vendredi 20 février 2026

Tante Dimity et le mystère de Noël (Les mystères de Tante Dimity #4) - Nancy Atherton.

Aunt Dimity's Christmas (Aunt Dimity Mysteries #4)
, Penguin Books, 1999 - Seuil Éditions, label Verso (trad. de A. Demoulin & N. Ancion), 2025.
 
    Cette année, Lori attend avec impatience l’arrivée de Noël. Les montagnes de cadeaux pour les jumeaux, les branches de houx, les guirlandes et les biscuits en forme d’angelots. Sans oublier le plus important : la neige !
    Alors, quand le jardin du cottage se pare de son blanc manteau, Lori est comblée. Mais, car il y a malheureusement un mais, le lendemain, un mystérieux sans-abri est retrouvé à l’article de la mort sous des buissons. Tandis que le village de Finch répète la pièce de la Nativité pour le réveillon, Lori va devoir mettre ses projets de côté et mener l’enquête pour découvrir l’identité de cet homme que Tante Dimity semble connaître…
 
    Le quatrième tome de la série d'enquêtes plus cosy que mystery, best-seller depuis 30 ans aux États-Unis ! 
 
***

    On avait laissé Tante Dimity il y a presque un an, après un mystère touchant à la découverte de mystérieux vestiges archéologiques et aux secrets de Francesca, la nounou fraichement embauchée par Lori. Entre-temps est paru Le duc de Penford Hall, prequel que nous n'avons pas encore eu le temps de découvrir, mais que son statut d'"antépisode" nous permettra de savourer quand on le souhaitera sans perturber la temporalité de nos lectures (comment ça, nous, psychorigide ? Oh, si peu...).
 

" Ce soir-là, Finch scintillait comme un bracelet de pacotille. Tous les bâtiments de la place étaient éclairés par des guirlandes lumineuses et brillaient comme les vitrines de Harrods pour les fêtes. Des guirlandes criardes avaient été enroulées autour des arbres. Les enfants de chœur en plastique du pub se balançaient dans la grisaille comme s'ils étaient saouls et les têtes de pères Noël de Sally Pyne semblaient épier les passants depuis les fenêtres sombres du salon de thé. En revanche, l'obscurité adoucissait les traits du visage du père Noël mécanique aux yeux fous du Magasin général, le faisant paraître un peu moins hostile.

    Lu au sortir des fêtes afin de faire perdurer encore quelque temps la magie de Noël, ce quatrième opus nous emmène dans le cottage de Tante Dimity alors que Lori est jusqu'au cou dans les préparatifs. Lori, pour qui cette période est marquée par les mauvais souvenirs venus obscurcir les doux et réconfortants Noëls de sa petite enfance, souhaite cette année organiser le plus beau et le plus grand réveillon qu'on puisse imaginer, multipliant pour cela toutes les traditions possibles liées aux fêtes de fin d'année. Si son beau-père se laisse porter sans déplaisir, son mari, Bill, n'en dirait pas autant. Ce tableau presque trop parfait est fort heureusement perturbé par la découverte, dans le jardin couvert de neige, d'un sans-abri inconscient, transi de froid. Alors qu'il est transporté en urgence à l'hôpital le plus proche, Lori s'interroge : que venait faire cet inconnu sur sa propriété ? S'agirait-il d'un ancien protégé de Tante Dimity ? L'inconnu n'évoque rien à la défunte, qui continue de communiquer avec la jeune femme depuis l'au-delà. Par l'intermédiaire de son carnet bleu, elle incite Lori à mettre Noël de côté pour enquêter sur cet homme mystérieux, persuadée qu'il a besoin de leur aide. Assez peu séduite par l'idée (et c'est peu de le dire), Lori finit malgré tout par se laisser convaincre et va peut-être ainsi découvrir que le véritable esprit de Noël se trouve ailleurs que dans le confort de son salon, même décoré du plus beau sapin qui soit...
 

    On a beaucoup disserté dans nos précédents articles à propos de cette série, de la définition élastique du cosy mystery et de la façon dont Nancy Atherton s'appropriait ce registre. Pas de sang, pas de meurtre, même pas vraiment de crime à proprement parler, mais des énigmes, des mystères et des secrets à résoudre, le tout dans une atmosphère féérique qui emprunte beaucoup aux nursery rhymes. Presque trop anglais pour être honnête, nous direz-vous ? Bien vu : c'est que l'autrice est une Américaine, mais du genre très anglophile.
 

    Or donc, comme nous le disions à l'instant, ni sang ni meurtre chez tante Dimity, pas même à l'approche du réveillon. Mais une Lori qui provoquerait bien quelque accès de violence chez le lecteur, tant sa fascination pour les fêtes confine à l'obsession, le tout doublé d'une petite tendance à l’embourgeoisement. Notre pourtant si humble et si simple héroïne se serait-elle (trop) habituée à son nouveau train de vie ? Le revirement est peut-être un peu trop abrupt et on ne peut nier que cela ne colle pas tout à fait au personnage, l'autrice enchainant ici et là quelques maladresses dans la façon de nous présenter cette nouvelle Lori, laquelle se sentirait tout à coup plus concernée par ses bottines en cuir et ses manteaux de marque qu'au devenir et à la survie d'un homme trouvé inanimé sur sa propriété. On comprend ainsi dès le début de l'histoire qu'il s'agit-là d'un trait de caractère qui trouvera à évoluer avec la résolution du mystère, à la façon d'un Scrooge que les fantômes de Noël visitent afin de lui rappeler les véritables valeurs des fêtes de fin d'année.
 

" — Miranda Morrow joue l'ange ? demandai-je, interloquée.
Comme c'était la sorcière attitrée de Finch et une païenne acharnée, ce choix donnait un nouveau sens au mot "œcuménique".
— Elle était la seule à vouloir fabriquer des ailes. 

    Passé ce petit défaut dans la cohérence narrative, on retrouve tout ce qui fait le charme de la série, notamment les habitants de Finch, propices au comique de caractère déjà exploité dans le tome précédent. La présence de ce sans-abri réveille les traits de personnalité les moins charitables des voisins de Lori, qui semblent eux aussi avoir oublié ce qu'était le véritable esprit de Noël. Nancy Atherton s'amuse alors beaucoup avec la caricature, les nombreux et charismatiques villageois versant tantôt dans l'original, tantôt dans le ridicule, surtout quand il s'agit de décorer leurs maisons ou de s'improviser comédiens pour la crèche vivante. Le ton presque sarcastique qu'adopte l'autrice dans sa manière de les "croquer" dans tous leurs défauts (sans jamais cesser de les aimer) nous a évoqué la façon piquante dont M.C. Beaton mettait en scène ses personnages dans Agatha Raisin enquête.
 
 
    A l'image de l'opus précédent, Tante Dimity est cette fois encore très en retrait, ce qui nous convient très bien : ses incursions, par petites touches, permettent à l'intrigue de ne pas perdre en crédibilité, d'autant que l'enquête conduit peu à peu vers des faits historiques on ne peut plus véridiques. Fidèlement à ce que la série a déjà posé de contexte jusque-là, les événements de la Seconde Guerre mondiale sont toujours très présents et constituent une partie de la solution. Et on n'oublie pas la dimension très gourmande de l'univers pensé par Nancy Atherton, renouvelée à l'occasion des fêtes avec les nombreuses pâtisseries de Noël et la recette des biscuits en forme d'anges fournie en postface...
 

" Jasper Taxman, l'ex-fiancé de Peggy Kitchen, agenouillé à côté d'une toile, peignait des décors censés représentés la Terre Sainte. Son sens des couleurs était exactement celui qu'on attendrait d'un comptable à la retraite : les collines autour de Bethléem étaient d'un vert lugubre qui rappelait l'eau d'un aquarium mal lavé.
Peggy était penchée au-dessus de lui et lui prodiguait des conseils. L'impératrice incontestée de Finch avait dissimulé sa silhouette d'âge mûr dans un vêtement remarquable en velours rouge qui aurait évoqué de façon convaincante un burnous si elle n'avait pas oublié d'enlever les anneaux du rideau.


En bref : Malgré quelques petits défauts dans le traitement du personnage principal (c'est un roman de Noël écrit par une Américaine : il fallait bien que notre héroïne trouve matière à s'amender pour se souvenir du véritable esprit des fêtes de fin d'année), on retrouve ici le meilleur des Mystères de Tante Dimity. Le traitement des personnages secondaires alterne entre humour et émotion, le mystère conçu par l'autrice fonctionne très bien, et on continue de voyager dans le temps avec une intrigue dont la résolution trouve sa source dans les événements de la Seconde Guerre mondiale. On termine ce cake anglais avec l'envie d'en reprendre une 5ème part.  
 

Un grand merci à Verso pour cette lecture !
 

dimanche 15 février 2026

Ozma, la princesse d'Oz - L. Frank Baum.

Ozma of Oz
, Reilly & Britton, 1907 - Ozma, la princesse d'Oz, éditions Flammarion (trad. de H. Seyrès), coll. "Bibliothèque du chat perché", 1982 - Le cycle d'Oz #2, éditions du Cherche midi (trad. de A.S. Homassel), 2013.
 
    Dorothée Gale, une petite fille du Kansas, traverse le Pacifique par bateau en compagnie de son oncle. Une tempête éclate et Dorothée est emportée par-dessus bord. Elle se retrouve sur la côte d'Ev, pays dont le souverain tyrannique a vendu sa femme et ses enfants à son terrifiant voisin, le puissant roi des Nomes. Ozma, la princesse d'Oz, décide de délivrer les prisonniers.
    Dans un précédent ouvrage de L. Frank Baum, Dorothée a jadis fait preuve de courage pour se rendre chez Le Magicien d'Oz. Elle est heureuse de retrouver ici, dans la suite de la princesse Ozma, ses anciens amis qui ont vécu, entre-temps, bien des aventures dans Le merveilleux pays d'Oz. Ce sont l’Épouvantail, le Bûcheron-en-fer-blanc, le Lion Poltron, auxquels s'ajoutent ici Tic-Tac, l'homme machine, Le Tigre Affamé et Billina la poule savante.
    Arriveront-ils, tous ensemble, au royaume souterrain des Nomes, formé de grottes immenses ? Mèneront-ils à bien cette difficile expédition ? Une formidable armée les guette... mais ils ont des alliés.
 
***
 
    Après Le merveilleux pays d'Oz, deuxième opus oublié de la grande saga imaginée par Lyman Frank Baum, l'auteur récidivait trois ans plus tard avec Ozma, la princesse d'Oz, une autre suite réclamée par ses lecteurs. Comme le précédent tome né de milliers de demandes arrivées par la poste chez l'éditeur, on doit en effet cette nouvelle aventure aux centaines d'enfants qui ont littéralement harcelé L. F. Baum de questions : Quand reverra-t-on Dorothy, la petite héroïne du Kansas ? Qu'est devenu le Lion Poltron ? Qu'a fait Ozma une fois montée sur le trône ? Certainement que les réponses ne demandaient qu'un livre pour se révéler...


    Au début de ce troisième titre du cycle d'Oz, on retrouve donc la jeune Dorothy, quelques années après ses célèbres péripéties. La fillette accompagne son oncle Henry en Australie, mais le voyage en bateau est perturbé par une terrible tempête. Les vagues sont si fortes que Dorothy passe par-dessus bord, en s'accrochant in extremis à une cage à poules qui se trouvait sur le pont du navire. Lorsque la météo s'apaise, Dorothy échoue sur la plage d'un pays inconnu avec, comme seule et unique compagnie, une poule rescapée... douée de parole ! D'expérience, la jeune fille sait qu'il n'y a qu'un endroit où les animaux peuvent parler : le pays d'Oz – ou, tout du moins, un autre royaume magique du même ordre. Comme pour confirmer ses dires, elle est bientôt poursuivie par les Rouleurs, étranges créatures humanoïdes montées sur roues, puis rencontre la princesse Langwidere, qui change d'humeur comme de tête, et qui ajouterait bien celle de Dorothy à sa collection. Fort heureusement, elle peut compter sur l'aide de Tik-Tok, homme mécanique à la poigne de cuivre, et sur l'assistance bienvenue de ses vieux amis l’Épouvantail, le Lion Poltron et le Bûcheron en fer blanc, qui ne tardent pas à venir à sa rescousse. En compagnie d'Ozma, ils tentent de retrouver une famille royale disparue, apparemment retenue prisonnière du roi des Nomes, terrible personnage qui tient désormais la contrée sous son joug...
 

    Sans surprise, et peut-être encore plus que pour le tome précédent, on retrouve avec un plaisir jubilatoire l'univers de Lyman Frank Baum et, nostalgie oblige, le personnage de Dorothy. Comme pour le premier opus où la fillette était emportée à Oz par un cyclone, c'est de nouveau une catastrophe naturelle qui provoque ici le passage d'un monde à l'autre (reste à voir si cela se confirmera dans les tomes à venir). Si Toto ne l'accompagne pas dans ses nouvelles pérégrinations, elle est néanmoins assistée dans son voyage d'une poule douée de parole nommée Billina, qui se révèlera on ne peut plus utile. Fidèle à son don pour concevoir des personnages pleins de charisme, L. F. Baum en fait un protagoniste à part entière avec une personnalité bien trempée (et une langue bien pendue).
 

    Les personnages, justement, sont certainement l'élément fort de ce troisième opus. L'auteur y emploie toute sa fantaisie habituelle et propose une galerie de portraits qui va du ravissement au bizarre en passant par le très inquiétant. Dans cette dernière catégorie, la palme revient à Langwidere : princesse désabusée, seule rescapée d'une famille royale disparue, jouant la régente alanguie. Accordant une grande importance à son apparence, elle dispose d'un boudoir lambrissé de miroirs où elle conserve derrière des vitrines plusieurs têtes de jeunes femmes afin d'en changer aussi souvent qu'elle le souhaite... quitte pour cela à agrandir sa collection en prenant ici ou là celles des jeunes femmes qu'elle croise et qu'elle trouve à son goût. On sait que L. Frank Baum vouait une admiration sans bornes à Lewis Carroll : il n'est pas impossible que certains aspects de la glaçante Langwidere aient été soufflés par la fascination des têtes coupées de la Reine de Cœur.
 

     Là où Jack Pumpkinhead était une alternative à l’Épouvantail dans Le monde merveilleux d'Oz, L. Frank Baum propose ici, parmi ses nouveaux personnages, des pendants au Lion Poltron et au Bûcheron en fer blanc : le Tigre Affamé (une autre version de l'animal que l'on croit féroce, mais doté d'une personnalité contraire à sa nature) et Tik-Tok (homme mécanique qui, s'il ne rouille pas, a besoin d'être remonté sous peine de s'enrayer régulièrement) rejoignent cette troupe haute en couleur et délicieusement fantasque. Du côté des antagonistes, pas de sorcière ni d'armée de jeunes filles rebelles cette fois-ci, mais une créature peut-être bien plus terrible en dépit de son tempérament affable et (presque) sympathique : le roi des Nomes. Fées des rocs, des pierres et du métal, immortelles et indestructibles, les Nomes (parfois orthographié Gnomes, qui se prononce de la même manière, dans certaines suites et traductions) résident dans les montagnes et dans les souterrains. Leur souverain y dissimule, dans un palais à la localisation tenue secrète, une immense collection de bibelots décoratifs aussi divers que variés, à la nature peut-être bien plus magique qu'on pourrait le croire...
 

    Moins fourni dans son intrigue et dans ses axes narratifs que le tome précédent, Ozma, la princesse d'Oz n'en reste pas moins un excellent titre de par le foisonnement de son univers. Lyman Frank Baum continue en effet d'élargir la cartographie et la mythologie d'Oz et de ses alentours avec une cohérence constante, là encore digne des fresques de fantasy qui suivront plus tard en littératures de l'imaginaire. Certains éléments de l'intrigue restent encore très énigmatiques, comme d'autres l'étaient déjà dans les volumes passés de la saga : des ressorts à la portée symbolique trouble, complexe à décrypter, mais dont le Mystère avec un grand M suffit à apporter la magie et la saveur nécessaires, à défaut de réponses claires et éclairantes (il en est par exemple ainsi du caractère mortel des œufs pour les Nomes qui, bien plus qu'un choix scénaristique hasardeux, semble cacher quelque interprétation métaphorique).
 

    La première édition française de ce roman, parue dans les années 80 chez Flammarion, avait eu la bonne idée de conserver les magnifiques illustrations originales de John R. Neill (qui avait succédé à W. W. Denslow depuis Le merveilleux pays d'Oz). Son style, détaillé et tout en finesse, est ici très habité par l'Art Nouveau et ses élégants entrelacs, Langwidere étant par ailleurs la parfaite incarnation de la Gibson Girl alors très populaire. Contrairement au Lion, au Bûcheron et à l’Épouvantail que J. R. Neill tente toujours de représenter tels que son prédécesseur les avait pensés, son interprétation de Dorothy diffère radicalement de l'originale : adieu la fillette aux nattes brunes et à la robe vichy ; l'héroïne apparait ici grandie de quelques années et porte un très élégant carré blond. Le roi des Nomes et son armée, presque cartoonesques – probablement pour illustrer leur bonhomie de façade – évoquent quant à eux autant de personnages du Dr Seuss (avec un faux air du Grinch avant l'heure).
 

    Redécouvert par le public francophone en 2013 dans l'intégral du Cycle d'Oz (volume 2) publié au Cherche midi, ce texte, rebaptisé Ozma du pays d'Oz a bénéficié d'une nouvelle traduction d'Anne-Sylvie Homassel, qui avait déjà assuré le texte français du Merveilleux pays d'Oz. Elle y déploie le même talent pour restituer la langue, pétillante, de L. Frank Baum dans toute sa singularité. On est peut-être un peu plus déçu, en revanche, par les illustrations de Stéphane Levallois : les dessins encrés du premier volume ont cédé la place à des esquisses très crayonnées. On retrouve le vertige et l'audace des angles de vue propres à l'artiste (Ah, la salle à manger pleine de gardes d'Oz, comme vue à travers une lentille déformant la perspective !), mais le tout semble plus tenir du travail préparatoire que d'un travail finalisé.
 
 
En bref : Classique à redécouvrir d'urgence pour qui aime se promener dans les mondes oubliés de Lyman Frank Baum, Ozma, la princesse d'Oz témoigne de la capacité de l'auteur à élargir la cartographie et la mythologie de son univers imaginaire avec un égal talent. On se régale des personnages comme de leurs péripéties, avec une mention spéciale pour le bizarre et l'inquiétant que l'auteur cultive ici avec brio.