The God of the Woods, Riverhead Books, 2024 - Éditions Buchet-Chastel (trad. d'A. Delarbre), 2025 - Éditions J'ai Lu, 2026.
« Si vous vous perdez, asseyez-vous et criez ! »
Au camp Emerson, perdu au cœur des Adirondacks, c’est l’une des règles d’or. Établie par la puissante famille Van Laar, cette colonie de vacances pour adolescents a pour vocation de leur apprendre à s’aventurer dans les bois sans risque. Du moins, en apparence.
Été 1975. La sérénité des jeunes est mise à mal : Barbara Van Laar, l’unique héritière des propriétaires, manque à l’appel. Au milieu des arbres, aucun cri ne perce le silence, mais tous s’interrogent : la monitrice, les autres campeuses, le personnel et, bien sûr, la famille.
Car ce n’est pas la première fois que les Van Laar perdent un enfant. Quinze ans plus tôt, leur fils s’est volatilisé lors d’une sortie en forêt avec son grand-père. Les bois n’ont jamais rendu ce qu’ ils avaient pris. Et cette fois, ils pourraient bien tout emporter, y compris la vérité…
Au camp Emerson, perdu au cœur des Adirondacks, c’est l’une des règles d’or. Établie par la puissante famille Van Laar, cette colonie de vacances pour adolescents a pour vocation de leur apprendre à s’aventurer dans les bois sans risque. Du moins, en apparence.
Été 1975. La sérénité des jeunes est mise à mal : Barbara Van Laar, l’unique héritière des propriétaires, manque à l’appel. Au milieu des arbres, aucun cri ne perce le silence, mais tous s’interrogent : la monitrice, les autres campeuses, le personnel et, bien sûr, la famille.
Car ce n’est pas la première fois que les Van Laar perdent un enfant. Quinze ans plus tôt, leur fils s’est volatilisé lors d’une sortie en forêt avec son grand-père. Les bois n’ont jamais rendu ce qu’ ils avaient pris. Et cette fois, ils pourraient bien tout emporter, y compris la vérité…
***
Autrice remarquée grâce à son précédent roman, La rivière des disparues, adapté en minisérie, Liz Moore semble être la nouvelle voix du thriller américain. Elle s'impose dans ce registre depuis peu, avec un ton porté sur les atmosphères et sur une approche très sensorielle qui lui a permis, très rapidement, de se distinguer de ses confrères et consœurs. Plébiscité par le club de lecture Barnes & Noble ainsi que par Barack Obama, Le Dieu des Bois, son cinquième roman, a été lauréat du Grand Prix des lectrices Elle 2025 dans la catégorie polar.
Années 70, dans les forêts sauvages des Adirondacks. Le clan Van Laar, riche famille qui a prospéré depuis son arrivée de Suisse à la fin du XIXème siècle, est propriétaire d'un terrain où il a fait bâtir la demeure familiale ainsi qu'un camp de vacances pour adolescents. Système patriarcal où il est fortement conseillé aux femmes de s'effacer derrière leurs époux et aux filles d'obéir à leurs pères, les Van Laar trouvent cependant une résistance en la personne de Barbara, l'adolescente rebelle de la famille. Lorsque cette dernière demande à participer au camp d'été, sa requête est vue comme une parenthèse bienvenue pour tous... jusqu'à ce que la jeune fille disparaisse mystérieusement, laissant un lit vide au réveil. Curieux, journalistes et forces de l'ordre accourent : rien de mieux (ou de pire) qu'une famille riche au cœur d'une affaire sordide, et plus encore lorsqu'il y a déjà eu des précédents. Si la disparition de Barbara fait autant de bruit, c'est qu'elle fait écho à celle de son frère aîné, Bear, évaporé au cours d'une promenade alors qu'il n'était qu'un petit garçon, il y a quinze ans de cela. Le hasard est décidément d'une étrange ironie... A moins que les deux affaires ne soient liées ?
"Est-ce que ça nous a vraiment rendu service d'avoir toujours eu tout ce
dont nous avions besoin depuis la naissance ? J'ai dans l'idée que ça a
pu nous priver de désirs, de la force de la volonté. D'une quête, comme
j'aime dire. Quand les parents ou les grands-parents se sont déjà
chargés de quérir et de conquérir, que reste-t-il à faire aux autres
générations ? "
Des disparitions étranges dans des contrées sauvages où s'entremêlent rumeurs, légendes urbaines et suspicions : autant dire que le grand amoureux de Pique-nique à Hanging Rock que nous sommes a très vite eu envie de lire ce Dieu des Bois. Au-delà de ces quelques éléments, il n'y a cependant pas davantage de points communs entre les romans de Joan Lindsay et de Liz Moore, si ce n'est, pour chacune à leur manière, ce talent de nous faire ressentir la dangereuse beauté de la nature dans toute sa complexité. Le titre, par ailleurs, donne une idée du ton qui traverse le livre : le Dieu des Bois n'est autre que le Grand Dieu Pan, divinité des forêts dont l'apparition provoquait chez ceux qui avaient le malheur de le rencontrer une peur "panique" – terme dont l'étymologie se dessine désormais avec évidence. Métaphore du décor choisi par l'autrice autant que de certains de ces protagonistes (qu'on n'aimerait décidément pas croiser au détour d'une forêt à la nuit tombée), ce Dieu des Bois joue avec nos nerfs et nous tient en haleine d'un bout à l'autre de ses 600 et quelques pages, sans longueur ni temps mort.
La demeure des Van Laar, perdue dans les Adirondacks ?
"En guise de conclusion, elle leur posa une question bonus : qui connaissait les origines de ce mot ?
– Quel mot ? lança un adolescent.
– « Panique », répondit-elle.
Personne ne leva la main, et elle leur fournit la réponse. Il venait de la divinité grecque Pan, qui était, entre autres, le dieu des bois. Il aimait piéger les mortels, les désorienter et les affoler au point de leur faire perdre leurs repères, et la tête.
Paniquer, ajouta T. J., revenait donc à faire de la forêt son ennemi. Quand rester calme, c’était être son ami."
– Quel mot ? lança un adolescent.
– « Panique », répondit-elle.
Personne ne leva la main, et elle leur fournit la réponse. Il venait de la divinité grecque Pan, qui était, entre autres, le dieu des bois. Il aimait piéger les mortels, les désorienter et les affoler au point de leur faire perdre leurs repères, et la tête.
Paniquer, ajouta T. J., revenait donc à faire de la forêt son ennemi. Quand rester calme, c’était être son ami."
L'écriture et la construction sont pour beaucoup dans la réussite de ce roman : la plume, aussi sensorielle que précise, presque chirurgicale, et l'habileté de l'autrice pour manier les cliffhangers participent à faire du Dieu des Bois un page turner bien plus qu'efficace. Liz Moore fait par ailleurs preuve d'une audacieuse virtuosité dans sa façon de travailler le temps (ou les temps, devrait-on dire) de la narration. Elle entremêle les voix et les époques dans une structure fractale qui nous fait tourner autour des deux disparitions dans une danse hypnotique, toucher du doigt les solutions possibles sans jamais les atteindre, et ce jusqu'à la toute fin de l'intrigue. Rarement on avait été à ce point happé par un thriller.
"C’est l’un des rares plaisirs purs que Louise connaît dans la vie : la
sensation quasi mystique de toucher le corps d’un autre être avec le
sien d’une manière qui, pour la première fois, dépasse la simple amitié.
Lors de ces moments, Louise éprouve avec la plus grande acuité la
nature animale des humains, ce qui les rend si réconfortants. Appartenir
à l’espèce humaine est complexe, souvent douloureux ; se sentir animal
est d’une simplicité consolante, agréable."
De Louise, la monitrice, à Alice, la mère de Barbara, en passant par Tracy, camarade de bungalow de l'adolescente, ou encore Judyta, qui participe à l'enquête, chaque personnage est mis en avant avec une égale importance. L'autrice les fouille, les creuse jusque dans leur plus profonde intimité, faisant de chacun d'entre eux un protagoniste à part entière, sans jamais en reléguer un seul au second plan ni au stade de faire-valoir. A l'échelle de l'intrigue, cette approche illustre le véritable écheveau qu'est cette affaire et l'accumulation tant d'événements que d'alibi et de mobiles potentiels, de façon à nous déstabiliser, nous égarer un peu plus dans les bois. A l'échelle du clan Van Laar, cela illustre avec force la réalité systémique, presque terrifiante, à l’œuvre dans le quotidien d'une famille. Enfin, sans jamais jouer la carte du féminisme facile, l'autrice brosse au passage des figures de femmes complexes qui disent tout de la difficulté d'être mère, épouse, ou fille, ou encore de faire coexister ces états avec des aspirations à l'encontre d'une culture, d'une époque, ou d'un contexte.
"Les Hewitt, comme Judy, comme Louise Donnadieu, comme Denny Hayes même,
n'ont besoin de personne, ils savent se débrouiller seuls. Ce sont les
Van Laar, et les familles de ce genre, qui ont toujours eu besoin des
autres."
En bref : Thriller d'atmosphère captivant, Le Dieu des Bois séduit par son architecture virevoltante et la profondeur de ses personnages. Page Turner qui se joue du lecteur en multipliant les voix et les époques, roman à suspense aux cliffhangers efficaces, et fable sombre sur les secrets de famille, ce polar d'un genre nouveau prend pour décor les paysages sauvages des Adirondacks, théâtre inoubliable de cette tragédie moderne. On en ressort à la fois choqué et ému, presque fébrile. A coup sûr une de nos meilleures lectures !









































.jpg)










