mercredi 27 mai 2020

Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire #1) - Julia Chapman.

Date with death (the Dales detectives series #1), Pan McMillan, 2017 - Éditions Robert Laffont, coll. La bête noire (trad. de D.Haas), 2018.

La mort est aveugle.
Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson – et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne !
Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Premier volet d’une série so british,
Rendez-vous avec le crime est un polar drôle, plein de charme et au casting haut en couleur.
 
« Le roman de Julia Chapman se place directement en tête de liste des cosy mysteries ! » Kirkus Reviews

***

  Qu'il en sort, du cosy mystery, depuis quelques années ! Jamais ce genre typiquement british n'aura autant envahi les librairies depuis qu'Agatha Raisin, le personnage de M.C.Beaton, a conquis le cœur des lecteurs français. Parmi les rivaux de la caractérielle quinquagénaire, la série des Détectives du Yorkshire tient bonne place sur les étagères de nos bibliothèques depuis maintenant quelques années. A l'inverse des Agatha Raisin enquête, arrivés avec 20 ans de retard dans l'hexagone, cette série de Julia Chapman a débarqué chez nous peu de temps après la publication originale. De son vrai nom Julia Stagg, l'auteure anglaise a longtemps vécu dans les Pyrénées françaises (lesquelles lui ont d'ailleurs suggéré un cycle de romans encore inédit dans notre langue) avant de retourner s'installer dans la région des Vallons du Yorkshire. Ce décor des plus inspirants allaient lui souffler l'idée de cette toute nouvelle série de romans policiers. Alors, ce Rendez-vous avec le crime, ça raconte quoi? 


  Burncliffe est un petit village typique du Yorkshire : perdu entre les collines, cet adorable microcosme réunit une population dont tous les membres semblent unis par le mariage ou par le sang. Du pub du coin au fermes environnantes en passant par la maison de retraite, tout le monde s'y connait, si bien qu'un secret ne reste jamais longtemps secret. Aussi, lorsque Samson O'Brian, "brebis galleuse" du village, revient après plusieurs années d'obscures services à la Met de Londres, il est rapidement remarqué malgré ses tentatives de passer inaperçu. Comme si le destin s'acharnait, voilà que le hasard le fait louer un local appartenant à une ancienne camarade qui l'accueille d'un uppercut bien placé : la revancharde Delilah Metcalffe, guère enchantée à l'idée de le retrouver et de devoir partager ses bureaux avec lui. Pire encore : Samson ouvre là une agence de détectives du nom de A.R.V. (Agence de Recherche des Vallons), juste en dessous de l'agence matrimoniale de Delilah, qui répond au nom de... A.R.V. (Agence de Rencontre des Vallons)! Voilà qui ne va pas aider leurs affaires! Par ailleurs, malgré le calme apparent  de la petite bourgade vallonnée, voilà qu'une première cliente se présente chez Samson, persuadée que son fils récemment décédé a été assassiné. Delilah, qui sait bien que la victime était un de ses clients, a aussi remarqué que c'était le cas de deux autres hommes récemment morts dans des circonstances étranges... Y aurait-il un lien avec son agence? Bien décidée à faire la lumière sur cette affaire, elle met le nez dans celles du détective...


  J'avais hâte de découvrir cette série, dont j'ai entendu le plus grand bien des libraires et sur la blogosphère. Verdict? Je n'irai pas jusqu'à dire "bof" mais je ne peux que témoigner d'une certaine déception. L'auteure évoque à merveille l'ambiance unique du Yorkshire ainsi que l'humeur sanguine et chauvine de ses (trop) nombreux habitants aux (trop) nombreuses histoires personnelles, collectives, présentes ou passées qui s'entrecroisent. Comme dans une série télévisée prise en cours de route, j'ai eu le sentiment d'être monté dans le train en marche et de ne pas me sentir assez familiarisé avec tout ce petit monde qui, de fait, m'est resté étranger. Cela a eu pour résultat l'impression d'observer l'histoire de loin sans parvenir à créer un vrai lien affectif avec les protagonistes.


  J'en suis d'ailleurs le premier désolé : le style est plutôt bon et l'intrigue policière est bien construite, sans oublier les personnages qui, en vrai, avaient tout pour être attachants. Mais il y a comme une certaine monotonie dans la trame, qui se déroule sans remous ni surprise. A l'inverse de ses collègues auteurs de cosy mysteries, Julia Chapman reste peut-être un peu trop mesurée dans l'utilisation de l'humour, qu'elle ne fait qu'effleurer : tout reste un peu trop sage et m'a semblé manquer d'un vrai peps même si l'ensemble se lit sans déplaisir. Je tenterai malgré tout la suite pour ne pas rester sur cette petite déception...


En bref : Une bonne intrigue et un style de qualité, mais il nous reste l'impression que Julia Chapman a créé un univers avant tout bien à elle et pour elle, plutôt que pour y inviter le lecteur. Surtout, on regrette qu'elle n'ose pas plus d'audace dans le côté "cosy" et dans l'humour cocasse que suggérait pourtant son postulat de base, ce qui aurait pimenté le tout sans gâcher la qualité de l'intrigue policière. 



mercredi 13 mai 2020

Notre château - Emmanuel Régniez.

Éditions Le Tripode, 2016 - Éditions Le Tripode, coll. Météores, 2017.

  Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale. Ils l’ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre-ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une de ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa sœur dans un bus de la ligne 39. C’est inexplicable, il ne peut se l’expliquer. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer.


  On pourrait penser au film Shining de Kubrick ou au roman La Maison des feuilles de Danielewski. En reprenant à son compte l’héritage de la littérature gothique, Emmanuel Régniez réussit un roman ciselé et singulier, qui comblera les amateurs d’étrange.

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  Le synopsis et le titre évoquent évidemment furieusement Nous avons toujours vécu au château, de l'inégalable et glaçante Shirley Jackson, peut-être la dernière véritable représentante du gothique au siècle dernier. Chez Emmanuel Régniez, un frère et une sœur vivent reclus dans un manoir à l'écart du monde depuis la mort mystérieuse de leurs parents, lui ne s'autorisant qu'une sortie hebdomadaire en ville pour les achats de première nécessité (nourriture et livres), elle restant cloitrée dans la demeure. Tous deux peuplent leur quotidien de contes de fées et de fables étranges, jusqu'au jour où leur monde du dedans et le monde du dehors se heurtent brutalement, début d'une chute vertigineuse qui fera côtoyer au lecteur folie et frissons...


Nous avons toujours vécu au château, le classique de S.Jackson...


"De quoi a-t-on le plus peur? De ses fantômes ou de ses fantasmes? Je pourrais parler de mes ardeurs, qui sont différentes de celles de ma sœur. Elle qui désire ardemment lire tel ou tel livre. Et moi dont les ardeurs s'éteignent petit à petit. De quoi parle-t-on le plus facilement? De ses fantômes ou de ses fantasmes?"

  Des personnages agoraphobes, une ambiance de conte macabre, un quotidien rythmé par la pensée magique, la vraie-fausse candeur des protagonistes, coincés quelque part entre une enfance idéalisée et un âge adulte redouté, synonyme de l'image parentale qu'on souhaite, à l'évidence, reléguer aux oubliettes... La liste des similitudes entre le château d'Emmanuel Régniez et celui de Shirley Jackson est longue ; l'auteur français ne s'en cache pas : la romancière américaine est une de ses sources d'inspiration. Mais peut-être son ombre plane-t-elle trop sur Notre château, dont on se demande s'il parvient à exister par et pour lui-même. Pas sûr...

 Photographies issues de la collection du peintre Anglais T.Eakins, qui illustrent le roman d'E.Régniez.

  Comme souvent avec les œuvres qui se réclament un peu trop d'un certain mimétisme ou d'une lignée littéraire, tous les éléments qui ne seront pas outrageusement calqués sur l'original paraitront exagérément différents et laisseront un goût amer. Ils donnent l'impression que l'auteur se démarque soudain radicalement de son modèle pour prouver qu'il a son univers bien à lui, mais l'ensemble parait alors factice et manque de naturel, de fluidité. Chez Jackson, la folie des personnages s'insinue lentement, par petite gouttes de sueurs froides qui glissent le long du dos, sur la toile de fond d'une réalité à peine dissonante et dont les fausses notes apparaissent progressivement avant de nous happer totalement. Ici, l'écriture écholalique à l'excès choisie par l'auteur pour appuyer la bizarrerie du narrateur sonne faux d'emblée.


"Une maison qui contient beaucoup de livres est une maison ouverte au monde, est une maison qui laisse entrer le monde. Chaque livre qui entre est un fragment du monde extérieur et, tel un puzzle, quand nous posons ensuite le livre dans les rayons de Notre Bibliothèque, nous recomposons le monde, un monde à notre image, à notre pensée."

  Ceci dit, petit à petit, on pourrait admettre que l'histoire racontée par Emmanuel Régniez prend son autonomie. Elle emprunte même des chemins prometteurs mais tous sont tués dans l’œuf car l'auteur ne les exploite jamais entièrement. En fait, on reconnait dans ces éléments successifs l'influence d'autres grandes plumes du gothique qu'il évoque également en fin d'ouvrage : Edgar Poe, Henry James, Théophile Gautier, Lovecraft... Dès lors, on ne cerne que trop bien où le romancier est allé chercher l'idée d'un couple frère/sœurs aux relations incestuelles vivant dans une maison hantée, celle d'une demeure douée de vie propre, ou encore la sexualité latente et malsaine qui se mêle au monde faussement innocent d'une enfance de façade.


Parmi les références et inspirations évidentes : Shirley Jackson – encore – (Maison hantée),
Henry James (Le tour d'écrou) et Edgar Poe (La chute de la Maison Usher)

  Mais comme un soufflé qu'on sort trop vite du four et qui s'effondre, aucune des voies suggérées par ses illustres prédécesseurs, entre les mains d'Emmanuel Régniez, ne dépasse le stade du clin d’œil. Son livre reste, au final, un enchainement d'easter eggs parsemés au fil d'un texte cruellement linéaire alors qu'ils auraient pu servir à approfondir encore et encore tout ce qui reste à l'état de suggestion. Face à tant de potentiel inabouti, on comprend difficilement les critiques élogieuses des libraires et chroniqueurs ; Notre château était certes prometteur mais reste facile et approximatif.



"Il n'est pas dit que tous les êtres que nous rencontrons sont forcément vivants : il est même probable que nous serrons souvent la main à des morts."

En bref : Un roman court plein de potentiel mais elliptique et ampoulé à l'excès, qui ne parvient pas à aller au-delà des clins d’œil aux œuvres gothiques dont il se réclame. C'est bien dommage car il y avait vraiment un univers à exploiter : celui de l'auteur, qui reste encore trop caché derrière ceux de ses sources d'inspiration. 


Pour aller plus loin...

lundi 11 mai 2020

Mary Shelley, au-delà de Frankenstein - Cathy Bernheim.

Mary Shelley, qui êtes-vous? Éditions La Manufacture, 1990 - Mary Shelley, la jeune fille et le monstre, éditions du Félin, 1997 - Mary Shelley, au-delà de Frankenstein, éditions du Félin, 2018.

  Pendant deux siècles, on a imprimé, traduit, lu, adapté Frankenstein sans se préoccuper de l'existence de son auteure. Le nom de celle qui l'avait écrit à 16 ans, publié à 18 était pourtant là, sur la couverture, à portée de regard. Mais Mary Shelley semblait comme invisible. Bien que femme de lettres reconnue, elle est longtemps restée pour la postérité l'obscure épouse du grand poète romantique Percy B. Shelley. À pied, en malle-poste, en charrette, à dos d'âne ou de mule, par les fleuves ou par mer, elle a parcouru l'Europe avec lui en compagnie de leurs amis, femmes et hommes alliés dans la même recherche de beauté.
Ce n'est pourtant pas son seul exploit.
   Dans son œuvre novatrice, elle s'est dressée de toutes les forces de son esprit contre les idées mortifères d'une Angleterre en plein essor industriel qui cherchait à normaliser ses citoyens (et plus encore, ses citoyennes) comme des produits à perfectionner. Avec son intrépide sagesse, elle a entrevu les dangers d'une société s'adonnant sans repères ni limites à l'ivresse du progrès scientifique. Et elle a imaginé le destin du monstre que cette société allait produire. Un être anonyme, meurtrier, sentimental et raisonneur, poursuivi par la haine du savant fou qui l'avait mis au monde.
   Une histoire familière ? En effet, ce couple maudit hante toujours les cauchemars de nos contemporains. Du fond de ses temps éloignés, Mary Shelley nous lance un message qu'il est urgent de décrypter encore et encore.

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  Frankenstein. Un roman culte devenu en quelques siècles un personnage clef de la pop culture. De ce chef-d’œuvre, que reste-t-il? On se rappelle surtout le monstre de chairs couturées à large carrure immortalisé par les films d'horreur de la Hammer, monstre dont on confond le nom avec celui de son créateur. Mais connait-on la romancière qui se cache derrière Frankenstein? Réalise-t-on, aujourd'hui, à quel point il est incroyable qu'une jeune femme d'à peine dix-huit ans écrive et fasse publier, au début du XIXème siècle, un tel ouvrage? Car, oui, pour ceux qui l'ignore, l'auteur de Frankenstein est une jeune fille tout juste sortie de l'adolescence au parcours unique. A l'occasion du bicentenaire de l'écriture de Frankenstein en 2018, le film biopic Mary Shelley d'Haifaa Al Mansour a permis de faire connaître plus largement l'histoire secrète d'une romancière d'avant-garde, précurseure de la science-fiction. La même année, les éditions du Félin rééditait dans une version augmentée cette biographie de Cathy Bernheim.

 Les précédentes éditions du texte.

"Avec tout cet apport, mais aussi avec toutes nos omissions par ignorance, ce ne sont pas les mots de l'auteur qui viennent à nous : ce sont leurs ombres, semblables à celles qui ornent les murs de la caverne de Platon."

  Romancière, traductrice, essayiste, biographe, critique de cinéma, anglophone et féministe, Cathy Bernheim est tout cela à la fois. Le caractère multiple de sa personnalité de femme de lettres engagée l'amène ainsi à rédiger une biographie foisonnante nourrie d'une approche globale jamais vue dans le genre. Ce texte, pour la première fois publié en 1990 puis réédité en 1997 et 2018 dans des versions actualisées, s'attache à raconter les premières années de Mary Shelley, vie et œuvre, dont l'imaginaire torturé a engendré Frankenstein par une nuit d'orage. Engendré. C'est probablement un terme capital dans l’œuvre de Mary Shelley, une notion majeure dans sa vie même. C'est pourquoi, bien avant son propre parcours, sa naissance et la vie de ses parents avant elle sont aussi racontées, en ce que la destinée de sa mère principalement a eu une influence considérable sur la sienne.

Mary Shelley

"Faire corps. C'est aussi le destin de ces femmes que d'incarner des idées d'hommes, parfois : les fantasmes d'enfants faits chair dans leur ventre ou les rêves de gloire qu'ils leur laissent en dépôt avant de disparaître."

  Sa mère n'est autre que Mary Wollstonecraft, une figure féministe du XVIIIème anglais qui, nourrie des Lumières françaises, fut l'auteure d'un puissant manifeste pour le droit des femmes. A une époque où la femme n'était rien sans un époux, Mary Wollstoncraft tenta toute sa vie de s'affranchir des codes de son temps et du carcan imposé à son sexe (en revendiquant, entre autre, le droit de vivre en couple et de devenir mère hors mariage), tout en choisissant finalement de s'y soumettre par nécessité (elle épousa l'auteur William Godwin, père de la future Mary Shelley, à plusieurs mois de grossesse pour légitimer sa fille). Mary Wollstonecraft Godwin décéda cependant une dizaine de jours après avoir donné naissance à une fille du même nom (on pourrait dire "des mêmes noms") qu'elle, lui laissant le poids qui l'accompagnait toute sa vie durant.

Mary Wollstonecraft

"Dans le processus de l'écriture, et chez Mary tout particulièrement à cette époque, il y a de l'exorcisme. Une façon d'extraire les événements du silence comme on arrache une dent qui fait mal. De traiter les émotions en symptômes cliniques, pour se défaire de la douleur qui les accompagne."

  Si ces éléments pourraient passer pour une simple introduction, Cathy Bernheim montre leur influence sur Mary Shelley en allant bien au-delà des codes de la biographie : là où les biographes classiques listent un enchaînement de faits chronologiques, C.Bernheim les éclaire de psychanalyse, de sociologie, de psycho-histoire et de symbolique. Son approche novatrice et holistique permet de montrer à quel point Frankenstein et les autres œuvres qui suivront ont été pour Mary Shelley, dont le parcours évoque par bien des points celui de sa mère, une façon de sublimer sa venue au monde marquée par la mort et l'abandon. Afin d'appuyer son propos, la biographe mêle et croise les extraits de correspondances des principaux concernés (Mary et ses proches, notamment le cercle de la villa Diodati à l'origine de la "naissance" du monstre de Frankenstein) de même que des extraits de ses romans, qui traduisent de façon sidérante son propre rapport aux choses et son couple avec Percy Shelley. Sa vie amoureuse ambivalente se découvre, au fil de la lecture, à la hauteur de leur complexité à chacun, là où leurs aspirations mutuelles se heurtaient à la dureté de leur siècle.

Lord Byron, un ami proche du couple Shelley, et Percy Shelley, poète maudit par excellence comme seuls les romans savent en imaginer...


"Chez ces pionniers de l'individualisme, on est frappé de trouver tant d'altruisme. Chez ces rêveurs, tant d'entêtement à plier le réel à leurs vœux. Chez ces voyageurs, un tel désir d'être enfin posés quelque part. Chez ces opposants, tant d'amertume à constater qu'ils ne sont plus admis parmi ceux auxquels ils s'opposent."

  Bien plus qu'une simple biographie, Mary Shelley, au-delà de Frankenstein prend même la forme de l'essai lorsque, dans sa dernière partie, Cathy Bernheim explore la métaphore de la créature créée scientifiquement dans la société actuelle, la comparant à la procréation médicalement assistée ou aux intelligences artificielles. Le monstre de Frankenstein, figure de l'être abandonné par son créateur, devient alors une parabole d'une rare pertinence sur les sciences du futur devenues bien trop tôt les sciences d'aujourd'hui.

Manuscrit de Frankenstein.

En bref : Une biographie foisonnante et fascinante qui dépasse de loin les codes habituels du genre en prenant davantage la forme de l'essai. En enrichissant son portrait de Mary Shelley d'approches psychanalytique, sociologique et symbolique, Cathy Bernheim révèle la personnalité complexe d'une femme de lettres parmi les plus résilientes, talentueuses et perspicaces de son temps, au croisement de son ascendance prestigieuse, de sa vie tumultueuse, et de son œuvre d'avant-garde. Un coup de cœur. 


Pour aller plus loin... 

dimanche 3 mai 2020

Son espionne royale et la fiancée de Transylvanie (Son espionne royale mène l'enquête #4) - Rhys Bowen.

Royal Blood (Royal Spyness #4), Berkley, 2010 - Editions Robert Laffont, coll. La bête noire (trad. de B.Longre), 2020.

  Sa mission : sauver un mariage princier.

  Londres, 1932. La reine demande à Georgie de s’acquitter d’une tâche bien délicate : représenter la famille royale lors du mariage de la princesse de Roumanie et du prince de Bulgarie, qui aura lieu en Transylvanie dans le fameux château de Bran. Georgie accepte avec plaisir, d’autant que la mariée se trouve être une ancienne camarade d’école. Mais le château est lugubre, l’atmosphère de la région, berceau de toutes les légendes de vampires, macabre. Et le séjour de Georgie prend un tour carrément terrifiant quand, la veille de la cérémonie, l’un des invités meurt empoisonné ! C’est à elle qu’il revient de sauver les festivités nuptiales… avant que la mort ne sépare les jeunes mariés un peu plus tôt que prévu.


  Entre Downton Abbey et Miss Marple, une série d’enquêtes royales so British !

*** 

  Et de quatre! Grâce à sa sortie simultanée avec le tome 3, on s'est jeté sur ce quatrième opus de Son espionne royale sans attendre! Au programme : un voyage en Europe de l'Est, sur les terres propices aux légendes de vampires...


"— Georgiana, ma chère. C'est très aimable à vous de venir au pied levé.
  Comme si j'avais pu lui refuser quoi que ce fût. Les souverains avaient cessé de faire trancher des têtes, mais on continuait néanmoins de leur obéir."


  Automne 1932 : Georgie gèle dans la maison londonienne des Rannoch lorsqu'elle reçoit une lettre de son frère Binky et de son horrible belle-sœur, Fig. Tous les deux vont venir passer quelques jours en ville et s'attendent à ce que la demeure soit prête à leur arrivée. Mais que s'imaginent-ils? La pauvre Georgie vivotte elle-même là depuis plusieurs mois, ne s'alimentant que de thé et de toast, ayant tout juste de quoi allumer un feu! Fort heureusement, voilà que le séduisant Darcy O'Mara l'invite au restaurant pour une soirée très arrosée, d'où la jeune fille revient très pompette... scandalisant ainsi pour son plus grand plaisir une Fig qui semble encore plus retournée que de coutume (et pour cause... elle attend un autre bébé Rannoch qui relègue Georgie à la 35ème place dans la liste d'accession au trône)! Mais les affaires ne vont pas tarder à reprendre : la jeune lady est convoquée par la reine, qui veut lui confier une mission bien particulière : représenter la famille royale à l'occasion d'un mariage princier donné en Transylvanie. Ravie d'être nourrie et logée pendant quelques jours, la jeune femme accepte quoi qu'elle reste surprise d'être envoyée à la place d'une héritière de plus grande importance. Une fois sur place, elle comprend tout : le frère de la mariée, une ancienne camarade de classe de Georgie et Belinda, n'est autre que l'insupportable Prince Siegfried, que tout le monde tente de lui faire épouser depuis plusieurs mois. Mais cela sera loin d'être la seule corvée de son séjour dans ce pays lugubre : en plein dîner de fête, l'un des convives, haut représentant politique, meurt empoisonné. Pour éviter de réveiller de vieilles rancunes étatiques et préserver la paix, Georgie décide de mener l'enquête... rendue bien compliquée par les gaffes de sa nouvelle bonne, engagée au pied levé et qui n'entend rien aux us et coutumes de l'aristocratie!


"— Nous avons organisé un événement relativement modeste, et les invités seront surtout des parents, expliqua Matty. Après tout, nous sommes tous liés à la plupart des familles royales européennes. Nous sommes tous horriblement consanguins, je le crains. Rien d'étonnant à ce que nous soyons aussi toqués."

  Après un troisième opus qui avait gagné en qualité, autant dire que ce tome fraîchement arrivé chez nous était attendu au tournant! Le premier tiers, fidèle aux codes de la série, permet une fois encore de poser le décor et de faire entrer tour à tour les personnages de l'histoire. On y retrouve avec plaisir Darcy O'Mara, que les activités probablement liées aux services secrets rendent de plus en plus intéressant au-delà de son idylle avec Georgie, même si on s'amuse franchement de voir ces deux-là batifoler de plus en plus, quitte à créer de vrais scandales. 

 
"La chasse est un passe-temps sain pour les jeunes hommes. Cela leur évite de s'appesantir sur leurs pulsions sexuelles."
 
  On sent rapidement que l'auteure est certainement une admiratrice du Dracula de Bram Stoker, tant l’œuvre s'invite voire s'impose dans l'intrigue de ce quatrième tome. C'est peut-être même en hommage à ce chef-d’œuvre de la littérature de l'horreur que Rhys Bowen a tenu à écrire ce roman. Dès lors, il faut justifier le déplacement en Europe de l'Est, ce qu'elle parvient à expliquer de façon assez crédible avec cette histoire de mariage princier. Avant même que l'héroïne n'arrive sur place, l'écrivaine amène dans les discussion la légende du vampire pour préparer le terrain... vampire que l'on guette à la moindre page dès que la jeune lady pose son premier pied en Transylvanie : les paysans brandissant des croix à tout bout de champs, le château de Bran (qui a appartenu au vrai Dracula), une silhouette drapée dans une cape qui grimpe sur le mur de la bâtisse en pleine nuit... voilà qui sonne un peu trop "Bram Stoker". L'affluence de référence est un peu too much, là où de simples suggestions auraient peut-être été suffisantes mais reconnaissons que le château offre un décor de choix, propice aux intrigues et que cette lecture donne furieusement envie de visiter!

"Il faut te rendre à l'évidence, Georgie : passer d'un lit à l'autre est un sport d'importance majeure pour notre classe sociale. Cela permet de tuer le temps entre deux parties de chasse, de tir et de pêche."

Une chambre du château qui pourrait fort bien avoir inspiré celle de Georgie dans le roman,
et un escalier dérobé véritable qui a peut-être soufflé à l'auteure l'idée de passages secrets...
 
"Les gens ont tous la même tête dans cette région du monde (...). C'est la faute des Huns. Ils étaient si doués pour violer et pour piller que tout le monde leur ressemble à présent."

  Heureusement, le mariage princier reprend vite la place centrale de l'histoire et, une fois le meurtre survenu, l'enquête est fort bien écrite et rondement menée. L'auteure, en évoquant les guerres de territoires et conflits politiques des pays de l'Est à cette époque, montre une fois encore qu'au-delà de la légèreté de cette série, elle continue de reconstituer un contexte toujours nourri de nombreuses recherches qui donnent du corps au roman. On apprécie de voir Georgie mise en avant par Darcy pour participer aux investigations et rester dans le secret de l'enquête lorsque le meurtre survient : même si ce rôle qui lui est donné laisse perplexe de nombreux personnages masculins, la jeune femme s'impose, forte de son expérience... on l'imagine bientôt se voir confiée des missions plus importantes, peut-être à quatre mains avec le mystérieux Darcy?

"— Il te faut savoir que les hommes n'ont que deux pensées en tête : tuer et copuler.
— Il existe quantité d'hommes qui possèdent des sentiments plus raffinés et qui s'intéressent à l'art et à la culture, j'en suis certaine.
— Oui, ma chérie, naturellement. On les appelle les homosexuels. Et ils sont adorables, toujours pleins d'esprit et fort divertissants. Mais au cours de ma longue et singulière vie, j'ai découvert que ceux qui sont le plus en verve sont des incapables au lit, et vice versa."


La bibliothèque du château de Bran, où les personnages se réunissent pour faire le point sur leurs investigations...
 
  L'humour revient en force dans cet opus, plus proche des scènes vaudevillesques du premier et du second tomes, principalement grâce au personnage de Queenie, la bonne engagée à la dernière minute et véritable catastrophe ambulante. L'auteur en fait peut-être un peu trop avec cette dernière, mais on est content d'apprendre que Georgie décide de la garder à son service et de la retrouver dans les tomes suivants : sa maladresse peut parfois relever du génie et on s'attend à la voir devenir une aide précieuse à l'avenir. Parmi les autres personnages secondaires, Georgie se voit accompagnée d'un chaperon royal du nom de Lady Middlesex (l'entrée en scène de cette agaçante mais non moins courageuse femme d’ambassadeur laisse planer un instant d'humour en raison de son nom très connoté, passage qui marche cependant mieux en VO qu'en VF) et de la demoiselle de compagnie de cette dernière, Mlle Bickett, paranoïaque mais perspicace. Cependant, les traits de tous ces personnages secondaires sont beaucoup plus forcés que dans les opus précédents et parfois un peu trop caricaturaux. Le final est aussi un peu plus inégal : l'écrivaine multiplie les atermoiements pour augmenter le suspens et essayer de brouiller les pistes mais la révélation reste malgré tout trop transparente.  
 
 
"Elle parvint à afficher un franc sourire et me tendit la main.
— Middlesex, déclara-t-elle.
— Je vous demande pardon?
— C'est mon nom. Lady Middlesex."
 
 
 La véritable famille royale de Roumanie,
mariage de la princesse Ileana en 1931


En bref : Un opus qui a de bons côté dans l'évolution du personnage principal et sa relation – voire son association – avec Darcy, mais dont l'intrigue est plus inégale que les précédents. L'ombre du Dracula de Stoker est trop présente et l'histoire que brode Rhys Bowen justifie davantage les références utilisées qu'elle n'existe pour elle-même. Ce quatrième tome reste agréable à lire mais on espère un niveau d'un cran au-dessus à l'occasion du prochain opus...
 
 
 

Pour aller plus loin...

A very Roaring Winter : cocktails & speakeasy...


   Le temps nous file entre les doigts malgré son apparente immobilité : la crise du covid 19 et le confinement mis en place en fin d'hiver ont quelque peu perturbé notre rapport à la chronologie, si bien que de mémoire de Terrier, jamais nous n'avons fait le bilan saisonnier aussi tard. Mieux vaut tard que jamais ; après notre printemps, notre été, et notre automne 2019 façon Années Folles, voici le récap' de cet hiver marquant le centenaire des Roaring Twenties...

Bar clandestin et porte dérobée :


  C'était un de mes objectifs de cette année. Après avoir dîner dans un sublime restaurant du nom de Speakeasy au cours de l'été dernier, je rêvais de prendre un verre dans un véritable speakeasy d'inspiration années 1920. Enfin, "véritable", façon de parler car ces bars clandestins sont bien évidemment typiquement américains puisqu'on les avait aménagés secrètement pendant la prohibition, alimentant ces débits de boisson connus des seuls habitués en alcool de contrebande (souvent mauvais et justifiant dès lors de les utiliser dans des cocktails souvent détonants)... 


  S'il n'existe donc aucun speakeasy authentique à Paris, on a vu poindre plusieurs bars "à la mode de" depuis quelques années dans la capitale : l'entrée de l'un est caché dans la machine à laver d'un vrai lavomatique, la porte dérobée d'un autre derrière une cabine téléphonique, etc... Le speakeasy d'inspiration Art Déco que nous sommes allés voir, le bien nommé Moonshiner (le Moonshine était le nom donnée à l'alcool de contrebande dans les années 20), 5 rue Sedaine, dans le 11ème arrondissement de Paris, est quant à lui caché dans... une pizzeria! Il vous faudra traverser le petit restaurant italien sous l’œil amusé des pizzaiolos jusqu'à la chambre froide, dont l'austère et large porte vous guette depuis le fond de l'échoppe. La porte du frigo est en fait une porte dérobée vers un monde jazzy de lumières tamisées, de fauteuils en cuir et de cocktails aussi fantaisistes qu'inventifs.


  En effet, pas de recettes classiques au Moonshiner : la carte, régulièrement renouvelée, propose des boissons originales et sophistiquées qui s'amusent du mélange des saveurs. Nous avons inauguré cette première soirée dans un speakeasy en trinquant au Who killed Willy Wonka?, qu'on nous a servi bien frappé avant d'y ajouter à la pipette quelques gouttes d'un liquide rouge parfumé à... la truffe (le sang de Willy Wonka, nous a expliqué le serveur...).


  Verdict? L'atmosphère est évidemment topissime et l'on ressent presque une montée d'adrénaline lorsqu'on s'empresse de s'engouffrer dans la chambre froide sans être tout à fait certain que c'est autorisé (sans parler de l'étonnement des familles attablées autour d'une pizza et qui vous dévisagent lorsqu'elle vous voient sortir d'un frigo...). La carte est un peu chère (comptez environ 14 euros pour un cocktail) mais c'est une expérience à vivre au moins une fois. Question saveurs, je ne peux que reconnaître l'originalité des cocktails (enfin de celui que nous avons essayé, en tout cas) mais mon estomac pas toujours copain avec les alcools forts a eu quelques difficultés à terminer le verre qu'on m'avait servi... peut-être, cependant, que c'est LE verre qui tiendra éloigné le covid 19...

Magie à l'Opéra : 


  Cet hiver, j'ai profité d'un weekend à Paris pour retourner à l'opéra Garnier. Pas pour le simple plaisir de me perdre dans ses corridors (je n'ai pas besoin d'excuse supplémentaire pour y faire un saut dès que l'occasion se présente) mais aussi pour préparer une future visite à l'occasion d'un voyage scolaire prévu avec un groupe d'enfants et adolescents dont j'ai la charge, prévu pour le Printemps (et, comme vous l'imaginez, depuis annulé pour les raisons qu'on ne connait tous que trop bien...). J'en ai profité pour m'attarder longuement devant les costumes exposés et devant les miniatures des décors, absolument magiques de minutie...




Doctes activités pendant le pré-confinement :


  Bien avant que nous soyons tous officiellement confinés, j'avais déjà de l'expérience en la matière : après mon assignation à résidence suite à ma chute de vélo et à une fracture du fémur l'an dernier, j'ai de nouveau joué les gueules cassées suite à une seconde opération tout début 2020. Non, je n'ai pas refait de folies sur la bicyclette : je devais en revanche passer une nouvelle fois sur le billard pour me faire enlever le piquet de tente qui tenait mon fémur en place. J'ai donc bénéficié de plusieurs semaines de confinement avant la quarantaine et en ai profité pour préparer ma demande d'admission à Poudlard. Car oui, si tout va bien, votre humble serviteur devrait retourner à l'école à la rentrée... Des préparatifs qui m'ont pris tout mon temps, puisqu'en plus de la paperasse et de l'écrit de présentation/motivation de dix pages, il fallait aussi se bagarrer avec le service des bourses de la banque Gringotts, pas franchement généreux. Tout mon dossier est parti par hibou pour Poudlard, d'où j'attends une prochaine convocation pour l'oral de sélection. Une fois tout cela terminé, c'est à peine si j'ai eu le temps de remettre le pied à la pédale qu'il fallait déjà remiser le vélo au fond du terrier pour cause de grippe espa... pardon, de covid.



Popotes et casseroles : 


  Peu de temps à consacrer à la cuisine également... j'ai donc surtout refait quelques classiques du Terrier, dont la tourte au poulet, adoptée à l'unanimité depuis son inauguration pour la gourmandise littéraire de Pique-nique à Hanging Rock, ainsi que les lasagnes butternut/épinard/mozzarella, que je n'avais pas faites depuis quelques années déjà. Côté nouveautés, Mother Rabbit s'est invitée un midi avec de sympathiques mini-charlottes aux mûres qui ont eu un certain succès, et j'ai profité d'un panier garni de légumes du jardin de Father Rabbit pour cuisiner une flamiche aux poireaux tout ce qu'il y a de simple et rapide...





Acquisitions...



   De nombreuses nouveautés de librairie et papeterie ont rejoint mes étagères cet hiver, dont certaines déjà chroniquées sur le blog au cours des dernières semaines. Un partenariat avec les éditions de l'Archipel m'a permis de découvrir le roman de L.Ashford La dame de l'Orient-Express qui romance un passage de la vie d'Agatha Christie, Agatha Christie sur laquelle une passionnante encyclopédie a par ailleurs été éditée il y a quelques années et que mon amie Grenadine m'a récemment offert.


 (cliquez sur les images pour élargir et vous amusez des consignes de préparation...)

  Mon adorable Clochette/Tinker Bell m'a comme de coutume bien gâté lorsque nous nous sommes brièvement croisés à Paris pendant l'hiver : un sublime livre documentaire sur l'Orient-Express, illustré dans un style très Art Déco fort à propos, de nombreux flyers délicieusement graphiques, et une boite d'Alice in Wonderland Tea, magnifique, qui a rejoint mon meuble à thé déjà bien trop rempli...

    
  Pour rester dans la thématique, je me suis offert un carnet paperblanks Lewis Carroll qui me faisait de l’œil depuis bien trop longtemps, vite rejoint sur les étagère de mon secrétaire par des carnets lapins printaniers. Afin d'infuser le Thé "Alice" comme il se doit, ma sœur avait eu la bonne idée de m'offrir une boule à thé Mrs Samovar qui a bien évidemment fait mon bonheur...
  Au détour d'un magasin culturel, je suis également tombé par hasard sur un biopic de la BBC sur les sœurs Brontë dont j'ai hâte de vous parler, de l'album J'aimerais te parler d'elles, déjà chroniqué à l'occasion de la dernière journée du Droit des femmes, et sur la superbe BD Dans la forêt des Lilas, que j'espère vous présenter à l'occasion du futur challenge Halloween...

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  Voilà pour cet hiver à la mode des Roaring Twenties, moins fourni que les précédentes saisons en raison de l'assignation à résidence pour raison de santé, suivie de près par le confinement général. Alors que j'ai célébré pendant un an le centenaire du tournant des années 1920, la crise sanitaire actuelle s’apprête peut-être seulement à nous faire entrer dans de nouvelles Années Folles, une fois tous sortis de cette étrange parenthèse... Affaire à suivre...