Affichage des articles dont le libellé est Humour et Comédie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Humour et Comédie. Afficher tous les articles

jeudi 2 octobre 2025

Les journaux (pas si intimes) de Marion 4 : L'amour, ça rend idiot ! - Faustina Fiore.

Poulpe Fiction, 2025.
 
 
    Catastrophe ! La meilleure amie de Marion est amoureuse d'un bellâtre nommé Bruno. Marion est consternée, mais quand Nina lui demande de l'aide pour répondre aux messages qu'il lui envoie, elle ne peut pas refuser. Après tout, elle a toujours aimé écrire ! Petit à petit, elle se prend au jeu et se charge de cette correspondance avec de plus en plus d'enthousiasme. Finalement, il est bien sympathique, ce Bruno... Mais qu'arrivera-t-il si Nina n'approuve pas ce qu'elle a écrit ? Et surtout, qu'arrivera-t-il si Marion se met à penser un peu trop souvent au crush de sa meilleure amie ?  
 
***
 
 
    Déjà le retour de Marion Mirabelle, la peste débordante d'imagination qu'on adore détester ! Marion, c'est un peu cette copine drôle et insupportable à la fois, douée autant pour les mauvais coups que pour les coups de génie. Après un double journal intime destiné à mettre sa mère en déroute, une correspondance enjolivée avec un collégien étranger, et un atelier d'écriture qui l'avait forcée à s'inventer des aventures aussi rocambolesques qu'impossibles, Marion revient dans un quatrième opus pour jouer les conseillères conjugales
 

    Marion le crie haut et fort : l'amour, c'est nul. C'est en tout cas tout ce que lui inspire le cas désespéré de Nina, l'une de ses meilleures amies. Celle-ci en pince depuis quelque temps pour Bruno, LE charismatique joueur de foot du collège. La situation était déjà ridicule, mais quand Nina manque de s'évanouir au moindre texto du jeune garçon et que répondre à "Salut, ça va ?" devient un casse-tête sans fin où semble se jouer l'avenir de l'humanité, Marion décide de prendre les choses en main. Au départ, ce n'est que pour abréger les interminables tergiversations de sa camarade face à son écran de téléphone, puis, devant les supplications de son amie en mal d'inspiration, c'est pour lui venir en aide que Marion accepte de répondre à sa place. Mais quand les centres d'intérêt de Bruno s'avèrent plus proches des siens qu'elle ne l'aurait cru, Marion s’interroge : ne trouve-t-elle pas le garçon soudainement moins agaçant ? Subitement plus intéressant, peut-être ? Ne serait-elle pas finalement un tantinet jalouse de sa meilleure amie ? Aucun doute possible : Marion s'est encore une fois mise dans un beau pétrin !
 

    On admire sincèrement la capacité de l'autrice à se réinventer depuis le tome 1 autour de la thématique initiale du faux journal intime. A chaque nouvel opus, on croit le filon épuisé, et puis finalement, voilà que sort un nouveau titre qui parvient à utiliser des ressorts similaires sans jamais verser dans la redite. Un point commun cependant : Marion sait manier l'art des mots et les utilise toujours pour travestir la vérité et arriver à ses fins.
 

    En s'improvisant dame marieuse, pour la première fois depuis le début de la série, ce n'est pas son intérêt premier que vise l'adolescente. Mais, prise à son propre piège, la pauvre jeune fille ne sait plus où elle en est et on devine bientôt qu'elle pourrait (catastrophe) être en train de tomber amoureuse. Ce très amusant clin d’œil à Cyrano de Bergerac donne une intrigue légère et moderne qui fonctionne parfaitement à l'ère de Whatsapp, preuve que les classiques sont intemporels. La fin, cependant, n'est pas toute tracée et l'autrice réserve à ses lecteurs un chouette twist final.
 

    Peut-être un peu moins drôle que les précédents, ce tome n'en est pas moins très divertissant : il confronte notre anti-héroïne préférée à une situation toute nouvelle qui la déstabilise plus que n'importe quelle péripétie advenue au fil des trois précédents opus. La voir se confronter aux sentiments naissants qu'elle ne contrôle pas la rend d'autant plus attachante (sans jamais perdre le mordant de la série) en nous rappelant qu'elle n'est pas la terreur qu'elle voudrait nous faire croire. On retiendra également de cette lecture une métaphore filée très inspirée, qui frôle le génie !
 

    Du côté des visuels, le jeu sur la forme est toujours de la partie. Après les pages de journaux intimes, les fenêtres de conversation mail et les textes d'atelier d'écriture, les bulles de discussion Whatsapp s'invitent dans la mise en page. On n'oublie pas non plus les traits vitaminés de Sess, quelque part entre cartoon et BD, toujours au rendez-vous.
 
En bref : Le retour de Marion Mirabelle : menteuse hors normes, bonimenteuse sans égale et baratineuse de génie à qui il prend cette fois l'idée de jouer les Cyrano de Bergerac 2.0. La série se réinvente encore tout en jouant avec les mêmes codes que les trois premiers volumes. On a hâte de voir quel nouveau plan génial et terrible à la fois elle concoctera pour sa cinquième aventure...
 
Un grand merci à Poulpe Fictions pour cette lecture !
 
 
 
Et pour aller plus loin...
 

dimanche 9 mars 2025

Les journaux (pas si intimes) de Marion 3 : Moi, autrice de génie ! - Faustina Fiore.

Poulpe Fictions, 2025.
 
 
    Marion adore inventer des histoires. Alors quand le prof qui dirige l'atelier d'écriture invite ses participants à dépeindre leur vie, elle se lance avec enthousiasme dans son autobiographie. Seulement la réalité est un peu fade et il faut bien en rajouter un peu ! Son nouveau quotidien tient en haleine ses lecteurs : elle fait de sa mère une marâtre qui veut se débarrasser d'elle et s'approprie les différentes mésaventures de ses copines. Des portraits peu flatteurs de son entourage, mais qu'importe, personne d'autres ne la lira, n'est-ce pas ? 
 
 
***
 
 
    Et de 3 ! Après deux opus des Journaux (pas si intimes) de Marion, Faustina Fiore revient cette année avec une nouvelle aventure de Marion Mirabelle, la peste qu'on adore détester. Dotée d'une imagination débordante qui n'a d'égales que sa mauvaise foi et sa capacité à se créer des problèmes, la jeune Marion est déjà célèbre pour un double journal intime et une correspondance l'ayant successivement contrainte à mener des doubles vies pleines de péripéties... et de leçons de vie ! Ce nouveau tome n'allait bien évidemment pas faire exception à la règle...
 

    Marion a enfin décidé de mettre son imagination à contribution : elle rejoint un atelier d'écriture où elle va pouvoir raconter les histoires les plus abracadabrantes sans engendrer les problèmes dont elle est devenue coutumière. Enfin, presque, car ce serait mal la connaître. Alors que tout dans sa vie personnelle semble prendre une mauvaise tournure (sa mère et son beau-père attendent un enfant qu'elle nomme déjà l'Intrus et son père vient de rencontrer une nouvelle compagne), la préadolescente au caractère bien trempé, à la langue bien pendue et à la plume désormais affutée décide de sublimer son quotidien à travers l'écriture. Quitte à en rajouter un peu pour répondre aux consignes données en atelier. Qu'il s'agisse d'imaginer une courte pièce à la façon du théâtre classique, un poème ou un récit d'aventure, Marion transforme son quotidien en histoire romanesque où elle réinvente sa vie : ses parents y sont indignes et elle devient une malheureuse victime, rejetée et incomprise. Alors que ses camarades d'atelier d'écriture, tous pris de compassion pour la pauvre Marion, attendent avec impatience l'issue du terrible mélodrame qu'elle prétend vivre, l'apprentie autrice s'enfonce chaque jour un peu plus dans ses mensonges...
 

    Initialement conçu comme un one-shot, Les journaux (pas si intimes) de Marion avait finalement donné lieu à une première suite, excellente en dépit du défi particulièrement ardu à relever : ce n'était pas tout de raconter une nouvelle histoire de Marion, encore fallait-il parvenir à utiliser les mêmes ressorts (la thématique de la double-vie et des mensonges) sans tomber dans la redite. Avec sa correspondance affabulatoire, Faustina Fiore avait réussi à faire de son deuxième tome une véritable pépite. Mais se renouveler pour un troisième titre, sur le papier, ça commençait à devenir de plus en plus compliqué. A l'évidence, impossible ne rime pas avec Marion Mirabelle.
 

    La thématique de l'atelier d'écriture semble en effet toute trouvée : une activité où l'imagination débridée et fantaisiste de Marion va pouvoir s'exprimer sainement – mais où la question de la double-vie peut de nouveau s'inviter dès lors que la jeune fille se raconte comme l'héroïne de ses propres histoires, versions grossies, exagérées et mélodramatisées de sa propre vie. Tout en suivant la forme imposée par les différentes consignes données en atelier d'écriture, Marion livre d'un texte à l'autre un récit en plusieurs parties, mais qui emprunte donc tantôt à des genres spécifiques (théâtre, poésie...), tantôt à des registres particuliers (policier, science-fiction, thriller...). Le tout a un petit côté "exercice de style" savoureux qui fait de chaque production de Marion un pastiche hilarant. A travers la plume de son héroïne, Faustina Fiore s'amuse à l'évidence follement à en faire des caisses.
 

    Au visuel, on retrouve les dessins de Sess, qui avait déjà prêté son coup de crayon aux deux précédents tomes : une patte cartoonesque qui joue avec la mise en page pour coller à l'histoire. Les désormais traditionnelles pages lignées sur fond rose servent ici d'écrin aux textes de Marion et les onglets colorés pour figurer les textos et les mails sont de retour. Taches d'encre, gribouillis et autres graffitis parsèment toujours les pages du livre, dans ce style pop qui a fait le succès des deux premiers opus.
 

En bref : Un troisième opus qui parvient à jouer avec les mêmes codes que les deux premiers tomes sans faire dans la redite ! La thématique de l'atelier d'écriture permet à l'autrice et à son personnage de verser dans l'exercice de style, le pastiche n'étant jamais loin. Le résultat, drôle et savoureux, se veut aussi une belle déclaration d'amour à la fiction. 
 
 
Un grand merci à Poulpe Fictions pour cette lecture !


 

Et pour aller plus loin...

vendredi 23 février 2024

Les journaux (pas si intimes) de Marion 2 : Ma vie géniale - Faustina Fiore.

Éditions Poulpe Fictions, 2024.

    Marion adore écrire et inventer des histoires, alors quand on lui propose de devenir la correspondante d’un élève étranger en remplacement de ses devoirs d’anglais, elle saute sur l’occasion : récolter une bonne note juste en rédigeant quelques courriers, c’est le bon plan assuré ! Et surtout, c’est une occasion rêvée de réinventer complètement son quotidien pas toujours passionnant. Dans ses lettres, Marion peut être qui elle veut : star de la musique ou orpheline en cavale, elle n’a qu’à choisir un personnage ! Son correspondant n’ira jamais vérifier qu’elle dit bien la vérité, n’est-ce pas ? Pourtant, plus le temps passe, plus elle se retrouve emmêlée dans ses mensonges... Avoir une double vie, ce n’est pas si facile !

***

    Tout récemment, nous avons partagé notre avis sur Les journaux (pas si intimes) de Marion, par Faustina Fiore. Après avoir mené deux journaux intimes en parallèle (le faux, à destination de sa mère, dans lequel elle se fait passer pour une petite fille modèle, et le vrai, où elle consignait ses noirs desseins et confiait ses plus mauvaises pensées), la jeune Marion Mirabelle s'est enfin assagie. Enfin, disons presque, sans quoi il n'y aurait pas d'histoire...
 


    Dans l'idée de bénéficier de points bonus pour faire remonter sa moyenne (pas très haute), Marion accepte de participer à un programme de correspondance avec des collégiens étrangers. La voilà donc contrainte d'envoyer régulièrement des mails à Béla, une adolescente hongroise qui s'efforce d'améliorer son français. Mais dès les premiers échanges, c'est le drame : Béla semble issue d'une famille d'aristocrates et vit à l'année dans un véritable palace, entourée de serviteurs ! Marion et sa vie de collégienne tout ce qu'il y a de plus commune ne peuvent décidément pas faire le poids. Aux grands maux les grands remèdes : Marion s'invente une vie de rêve. Se racontant fille de stars, richissime et cultivée, elle espère ainsi rabattre le caquet de cette insupportable petite princesse hongroise ! Mais jusqu'où ses mensonges la conduiront-elle ?


    Entreprise difficile que d'imaginer une suite au premier opus, tant il relevait d'un concept bien spécifique. Impossible aussi de servir aux lecteurs du réchauffé : le double journal intime n'ayant plus d'intérêt après la résolution du précédent roman, comment poursuivre les aventures de Marion ? Sans faire dans la redite, mais tout en restant dans la même veine (et dans la dynamique du personnage), Faustina Fiore imagine de nouvelles péripéties à double entrée. Exit le faux journal intime destiné à convaincre sa mère qu'elle était devenue la fille parfaite, cette fois, c'est à travers les mails à sa correspondante étrangère que Marion affabule. L'enjeu est donc, là aussi, différent, puisqu'il s'agit de tenir la comparaison avec une aristocrate apparemment bien plus chanceuse qu'elle.


    Du côté du lecteur, le suspense reste le même – mais c'est là la marque de fabrique de l'autrice : l'héroïne va-t-elle réussir à se tirer du pétrin dans lequel elle s'est embourbée toute seule ? Pour convaincre sa correspondante de ses mensonges, il faut lui envoyer photos et selfies la mettant en scène dans les situations idylliques qu'elle dit vivre tous les jours. Elle prétend rouler en voiture de collection ? Pas de souci : elle accompagnera son beau-père à son salon de l'automobile annuel pour s'y faire photographier à bord d'une antique Bentley ! Elle raconte qu'un grand bal costumé va avoir lieu en son honneur ? La solution est toute trouvée : elle s'invitera au cours de danse historique de sa super copine Nina pour y être filmée en plein quadrille ! Mais... et si toutes ces manigances l'amenaient finalement à faire de nouvelles découvertes ? Moins peste mais toujours aussi drôle, Marion surprendra lecteurs et lectrices plus d'une fois !
 

    Côté mise en image, on avait trouvé très chouette le design du premier tome, s'amusant de la mise en page façon journal intime avec gribouillis, surlignages colorés et fond à carreaux. Ce second tome joue là encore la carte du graphisme immersif : outre les aspects conservés du journal quand Marion se confie, les fenêtres de mails sont reproduites comme on les verrait à l'écran, avec adresses, objets et pièces jointes. Les dessins survitaminés de Sess sont toujours de la partie, avec des illustrations qui cherchent plus encore une complémentarité avec le texte. Extra !
 

En bref : Alors que le premier opus ne semblait pas appeler de suite, ce second tome des Journaux (pas si intimes) de Marion parvient à renouveler le concept avec efficacité. A notre sens meilleur que le précédent tome (si, si !), Ma vie géniale nous laisse même espérer une troisième aventure de cette héroïne qu'on adore détester !

Un grand merci à Poulpe Fictions pour cette lecture !



Et pour aller plus loin...

mercredi 21 février 2024

Les journaux (pas si intimes) de Marion - Faustina Fiore.

Editions Poulpe Fictions, 2023.
 
 
    Horreur : Marion a surpris sa mère en train de lire son journal intime ! Si c’est comme ça, elle aura deux carnets : un rose, officiel, dans lequel elle sera sage comme une image… et un noir, secret, où elle pourra enfin exprimer ce qu’elle a sur le coeur et raconter sa vraie vie. Sauf que son personnage de petite fille modèle devient vite difficile à gérer ! Comment faire pour inviter chez elle une (prétendue) meilleure amie qu’elle déteste, ou organiser un spectacle de théâtre… qui n’existe pas ?
 
Un roman drôle et décapant porté par une héroïne irrévérencieuse !
 
*** 
 
 
    Alors que vient de sortir la suite de ce roman paru chez Poulpe Fictions il y a déjà presque un an, on prend enfin le temps de sortir le premier opus de notre PAL. Le nom de l'autrice ne vous sera certainement pas inconnu : de Faustina Fiore, nous avons déjà lu et chroniqué les précédents romans, à savoir Les oiseaux noirs, mais surtout les deux tomes de la Famille Alonzi : Bobards et compagnie et Amours et compagnie (sans oublier ses nombreuses traductions de littérature jeunesse étrangère). Dans une interview qu'elle nous avait accordée en décembre 2022, elle nous parlait déjà de Marion et de son journal intime, sans savoir que son (anti) héroïne s'apprêtait à rencontrer un fort beau succès en librairie...
 

 
    Marion est une peste, ça ne fait aucun doute ; le genre de gamine à faire de mauvaises farces aux enfants dans les parcs ou à piquer de l'argent dans le porte-monnaie de ses parents. Bon, pour autant, cela ne justifie absolument pas que sa mère lise en douce son journal intime, n'est-ce pas ? Car quand la préado au caractère bien trempé la découvre plongée dans ses confessions les plus intimes couchées sur le papier, elle concocte un plan diabolique : elle tiendra un double journal intime. Un rose, que lira sa mère, dans lequel elle se fera passer pour le parfait petit ange, et un noir, dans lequel elle continuera d'exprimer ses côtés les plus obscurs. Si sa petite affaire fonctionne assez efficacement au début, les choses se compliquent progressivement : s'étant inventée une nouvelle meilleure amie d'une camarade de classe qu'elle déteste, comment faire lorsque sa mère lui propose de l'inviter à passer une nuit à la maison ? Quand à l'atelier théâtre fictif qu'elle utilise comme couverture pour sortir en douce, comment retomber sur ses pattes maintenant que sa mère (encore) insiste pour venir la voir jouer sur scène ? Tout semblait pourtant si simple...
 

    Avec le personnage de Marion, Faustina Fiore confirme son goût (et son imagination) sans fin pour les enfants facétieux et débrouillards. Ici, son héroïne est peut-être un cran (plusieurs ?) moins bien intentionnée que la fratrie Alonzi, toujours désireuse d'aider son prochain. Marion, elle, pense avant tout à sa poire – et après elle le déluge ! Marion est drôle, mais Marion mériterait aussi quelques baffes. Pourtant, on adore très rapidement la détester, peut-être aussi parce qu'elle incarne tout ce à quoi on ne se serait pas laissé aller enfant, parce que c'était mal. En cela, cette proche cousine de Mortelle Adèle a quelque chose de jubilatoire !
 

    Comme dans les romans de La famille Alonzi, l’héroïne de Faustina Fiore se met ici dans de beaux draps et tout l'enjeu du livre tourne autour de la question suivante : Marion va-t-elle réussir à retomber sur ses pattes ? Malgré les aspects les plus insupportables du personnage, on en vient finalement à espérer qu'elle s'en tire indemne. Si l'on se doute qu'elle finira par entrer dans le rang à vouloir composer entre vrai et faux journal intime, on brûle d'envie, à la lecture, de découvrir par quelles astuces ou pirouettes.
 

    Toute la facétie de cette histoire est parfaitement mise en image par les illustrations cartoonesques de Sess, dont les dessins et graffitis ornent ce livre mis en page à la façon d'un journal intime stabiloté ici ou là de rose fluo sur fond de feuille à carreaux. Un format qui n'est pas sans évoquer Journal d'un dégonflé  ou Journal d'une peste, deux séries face auxquelles Les journaux (pas si intimes) de Marion mérite largement son succès.

 
En bref : Deux journaux intimes et une gamine au caractère bien trempé sont les éléments fort de ce livre aussi tordant qu’irrévérencieux, habilement mis en image pas Sess. Avec Marion, on retrouve toute la fantaisie qui faisait déjà le sel des précédents ouvrages de Faustina Fiore.

dimanche 13 août 2023

Loch Down Abbey - Beth Cowan-Erskine.


Loch Down Abbey
, Hodder & Soughton, 2021 - Éditions France Loisirs (trad. de A.Espenan), 2023 - Éditions Pygmalion, 2023.

    Écosse, années 30. Depuis six siècles, les hauts murs de Loch Down Abbey abritent la famille Inverkillen. Six siècles d'une vie de privilèges d'apparence immuables. Pourtant les finances sont au plus mal quand Lord Inverkillen est retrouvé mort dans de mystérieuses circonstances. Un accident pour la police, un meurtre pour Mme MacBain, la gouvernante en chef. Alors qu'une mystérieuse épidémie sévit dans le pays et interdit à quiconque d'entrer ou de sortir du domaine, la jeune femme ambitieuse et avisée décide de mener sa propre enquête. A l'étage, les maîtres, oisifs et désœuvrés, au rez-de-chaussée, les domestiques qui continuent à faire tourner la maison... Le coupable est forcément l'un d'entre eux. Mais rechercher la vérité, c'est aussi révéler des secrets et mensonges qui changeront à jamais la vie de la maisonnée. 

***

    Repéré lors de sa sortie en VO, Loch Down Abbey, qui a rencontré un joli succès outre-Manche, arrive enfin dans l'Hexagone via une double publication aux éditions France Loisirs et aux éditions Pygmalion. Impossible de ne pas y voir le fils illégitime d'un épisode de Downton Abbey et d'une partie de Cluedo, tant cela semble suggéré par le titre, les visuels et le synopsis. Spoiler Alert : ceci est tout à fait volontaire !
 
 
    Loch Down Abbey est un gigantesque domaine situé en Écosse, sur les rives du Loch Down, aux abords de la rivière Plaid. Propriété de la famille Inverkillen depuis plus de 600 ans, les terres et l'imposant Manoir de Loch Down Abbey rassemblent tous les ans quatre générations de lords et de ladies sous le même toit, à l'occasion du bal de printemps des MacIntyre. Mais nous sommes au cœur des années 30 et en ce début de XXème siècle, la vieille noblesse perd de plus en plus de terrain : financièrement parlant, les coffres sont vides et symboliquement, cette famille ne représente plus rien. Dépassés, démodés et même totalement désabusés, les Inverkillen persistent à vivre comme par le passé, quitte pour cela à "manger la grenouille". Le petit-fils cadet, Fergus, a bien des idées pour remplir le compte en banque familial, mais elles sont jugées trop modernes par son frère ainé Angus et leur père Lors Inverkillen. Aussi, lorsque ce dernier est retrouvé noyé dans la Plaid à la suite d'une partie de pêche, Angus hérite du titre de comte et reprend les affaires de feu le patriarche. La faillite est totale et les Inverkillen courent à la catastrophe : même l'héritage ne sera pas d'une aide suffisante, car les frais de succession, exorbitants, sont très au-dessus de leurs moyens. Alors que les maîtres se chamaillent à l'étage, les domestiques, à l'entresol, s'interrogent : le décès de Lord Inverkillen est-il vraiment accidentel ? Mme MacBain, jeune et perspicace gouvernante, très observatrice, n'a pas manqué de relever quelques éléments qui ont échappé à la police. Mais alors qu'une étrange épidémie oblige tout le monde à se cloîtrer à demeure, le manoir, sous les effets du confinement, voit remonter à la surface de vieux secrets de famille et devient le théâtre d'une véritable crise des classes sociales.
 

    Tout dans ce Loch Down Abbey nous laisse donc imaginer un whodunit à l'Anglaise comme on les aime. Il apparait au fil de la lecture que ce roman est à la fois tout autre chose et aussi bien plus que cela, égrainant au passage quelques belles surprises pour le lecteur qui pensait le registre de ce livre très défini et son cadre, très calibré. S'il y a bien une mort suspecte et une gouvernante qui s'interroge, on est loin d'une enquête classique : le personnage de Mme MacBain ne s'improvise pas détective et le roman ne la suit pas, loupe à la main, à la recherche d'indices. Ce qui est mis au premier plan de cette fiction au regard quasi anthropologique, c'est le clan Inverkillen. L'état des lieu de la famille et la liste des personnages, en début d'ouvrage, est par ailleurs nécessaire pour identifier chacun de ses (nombreux) membres, car les multiples ramifications peuvent rendre difficile la mémorisation de chaque personnage (surtout pour différencier les incalculables sœurs et belles-sœurs). Cette famille particulièrement charismatique, composée d'individus pas tous très fréquentables mais toujours hauts en couleurs, est la thématique première de Loch Down Abbey. Ça, ainsi que les nombreuses conséquences qu'entraîne le décès soudain du patriarche sur ce petit microcosme enfermé dans sa tour d'ivoire : trahisons, disputes, jalousie, dissimulations et autres crises de toutes sortes. L'autrice dissèque les relations familiales d'une noblesse en grande perte de vitesse, offrant des portraits au vitriol que n'aurait pas renié Nancy Mitford.


    La narration est au profit du sujet : choisissant d'entremêler écritures omnisciente et  homodiégétique (un pari on ne peut plus risqué), Beth Cowan-Erskine raconte la vie du manoir comme le ferait un réalisateur avec un long plan séquence. La caméra suit un personnage (son point de vue, ses ressentis, ses émotions) puis en change lorsque deux protagonistes se croisent au détour d'un couloir. Audacieuse et bien menée, cette façon d'utiliser les différents points de vue permet d'approcher chaque membre des Inverkillen et de la domesticité, de croiser les regards et les impressions des uns et des autres tout en permettant progressivement d'en sonder la psychologie. Au rythme du train de vie d'une grande maison de haute noblesse, cela participe à densifier l'impression de fourmilière, très propice aux whodunits à grande échelle aussi bien qu'aux récits mettant en scène les rouages de la domesticité.
 

    Il y a également dans Loch Down Abbey un côté pastiche assumé, dimension que Beth Cowan-Erskine distille cependant avec subtilité pour ne pas sombrer dans la parodie trop facile. Cela se ressent notamment via les jeux de mots (Loch Down signifie "confinement") et les clins d’œil (L'un des chiens de la famille se nomme Grantham), mais surtout par les effets du Covid 19 sur l'intrigue. Écrit en pleine pandémie, Loch Down Abbey raconte un confinement similaire à celui que nous avons connu en 2020, mais que l'autrice imagine dans la région des Highlands où elle situe son histoire. Cloîtrant ainsi ses personnages dans leur manoir, elle accentue l'effet huis clos de quelques scènes sujettes à sourire : le port du masque et les pénuries alimentaires (ou de papier toilette) entrainent chez les Inverkillen des réactions aussi drôles et démesurées que réalistes, que le lecteur reconnaîtra certainement pour peu qu'il ait bonne mémoire.
 
Impossible, également, de ne pas penser à Gosford Park, à la lecture de ce livre !

    Moins idyllique que Downton Abbey pour ce qui est de présenter les relations entre maîtres et valets, Loch Down Abbey relate la fin d'une ère d'une aristocratie incapable de s'adapter au changement, obligée de se salir les mains pour survivre en temps de crise. Tout le sel du roman vient sans doute de là, et des scènes savoureuses que l'autrice prend un plaisir évident à raconter. Davantage roman d'intrigues que roman policier, ce premier livre de Beth Cowan-Erskine offre une chute on ne peut plus inattendue au lecteur, à la hauteur de cette fiction piquante et rythmée.


En bref : Présenté comme un croisement entre Downton Abbey et un jeu de Cluedo, Loch Down Abbey, davantage roman d'intrigues que véritable whodunit, n'en reste pas moins un fabuleux et savoureux portrait d'une noblesse en fin de règne. Imaginant une famille de l'aristocratie écossaise des années 30 cloîtrée chez elle à cause d'une pandémie (toute ressemblance avec des faits réels est fortuitement fortuite), l'autrice dissèque à la fois les effets des crises sociale, sanitaire et familiale qui se superposent, alternant son tableau quasi sociologique entre les upstairs et les downstairs. Un régal relevé d'un humour so british.
 




Et pour aller plus loin...

dimanche 19 mars 2023

Son espionne royale et le baron irlandais ( Son espionne royale mène l'enquête #10) - Rhys Bowen.

Crowned and dangerous (Her royal spyness #10)
, Berkley, 2016 - Éditions Robert Laffont, coll. "La Bête Noire" (trad. de B.Longre), 2022.

    Irlande, 1934.
    Lady Georgie est sur un petit nuage : le beau Darcy O’Mara l’a finalement demandée en mariage. Mais rien n’est simple pour une princesse d’Angleterre… Georgie doit obtenir une autorisation de la reine pour épouser son fiancé.
    Avant même que les tourtereaux puissent officialiser leur union, une nouvelle épreuve se dresse sur leur chemin : le père de Darcy est suspecté de meurtre. Il est impensable pour une héritière royale d’épouser le fils d’un criminel ! Prête à tout pour innocenter son beau-père, Georgie décide de rejoindre le château familial des O’Mara… au risque de déterrer des secrets de famille bien cachés
 
Une nouvelle mission pour Georgie : se marier à tout prix !
Entre
Downton Abbey et Miss Marple, une série d’enquêtes royales so British !
 
***
 
    En retard de quelques tomes dans cette série, nous avons décidé d'enchaîner les opus 9 et 10 afin d'être à jour. A la fin du titre précédent, nous quittions Georgie et Darcy s'enfuyant en douce du mariage princier pour une escapade en Ecosse, où un petit village est justement connu pour faciliter la contractualisation de mariage sans l'autorisation de tiers. Le grand jour serait-il enfin arrivé ? Rien n'est moins sûr...
 

    On retrouve ainsi nos deux personnages là où nous les avions laissés, bien décidés à s'enfuir et à convoler en justes noces avec ou sans l'aval de leurs proches. Mais voilà qu'en route, ils apprennent une terrible catastrophe : le père de Darcy, Lord Kilhenny, est accusé de meurtre ! Endetté, le baron avait depuis longtemps cédé son château à un riche américain pour se réfugier dans une maisonnette du domaine. Il avait continué de gérer les écuries du château, dont les chevaux participaient à de nombreuses courses hippiques, jusqu'à ce qu'une sombre histoire de dopage ne jette encore un peu plus le déshonneur sur son nom. Quant à la victime, elle n'est autre que l'Américain qui avait racheté la demeure familiale de Darcy ! Tout incrimine donc le baron, ce que même Darcy pense possible. Refusant de jeter la honte sur Georgiana si la culpabilité venait à être prouvée, le jeune homme rompt les fiançailles et part rejoindre son père en attendant le procès. La mort dans l'âme, Georgie rentre à Londres mais, après avoir pesé le pour et le contre, décide de rejoindre son compagnon en Irlande et de faire la lumière sur toute cette affaire. Aidée dans son entreprise par Alexandra, une extravagante princesse russe réfugiée en Angleterre et amie de longue date de Darcy, la jeune espionne royale brave la mer et la météo irlandaise pour faire éclater la vérité.


    Ce tome semble faire office de parenthèse dans la série. Non que Georgie ne quitte jamais Londres – cela est arrivé à plusieurs reprises – mais pour la première fois, elle le fait pour résoudre un mystère auquel elle est intimement liée, et dont la conclusion aura sur sa vie des conséquences non négligeables. Contrairement à la majorité des opus de Son Espionne royale, l'héroïne est donc personnellement concernée par l'affaire en cours et l'autrice s'amuse à jouer avec les nerfs du lecteur. De la résolution du crime dépendra en effet le mariage de Lady Georgiana et Darcy !
 

    Mais au-delà de cet élément, l'effet "parenthèse" tient surtout au rythme de l'intrigue, considérablement différent des autres tomes. Si le crime survient cette fois très tôt au début du livre, il faut le temps à l'héroïne de gagner les côtes irlandaises – temps pendant lequel elle partage toutes ses inquiétudes et le désarroi évoqué ci-dessus avec le lecteur. Une fois sur place, il lui faut encore le temps de s'immiscer dans l'enquête : n'étant pas directement sollicitée pour y participer, comme dans les précédents titres, Georgie doit investiguer de loin, notamment sans avoir accès à la scène de crime, et en tentant de reconstituer des événements datant de plusieurs semaines. La recherche peut donc parfois être laborieuse, avec beaucoup de répétitions dans les dialogues pour tenter de remonter le fil des événements au-delà des apparences.
 

    Si cela n'entache pas le plaisir de la lecture, reconnaissons que ce dernier tient davantage à ce qu'on découvre de la vie familiale et personnelle de Darcy plutôt qu'à la dimension polar de l'intrigue. Sans aller jusqu'à dire qu'on devine rapidement et facilement le pot aux roses, le petit nombre de suspects et les indices laissés par l'autrice aiguillent progressivement le lecteur féru d'énigmes pour confirmer ses premiers soupçons.
 

    On apprécie cependant de découvrir un nouveau décor (qui pourrait devenir plus ou moins permanent, ou du moins récurent, si nos tourtereaux venaient à se marier) et de faire connaissance avec de nouveaux personnages. Le grand-oncle et la grand-tante de Darcy, aristocrates désargentés et complètement toqués qui vivent presque avec des poules dans le désordre de leur manoir, semblent échappés d'un épisode de Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Zou-Zou, soit l'extravagante et aventurière princesse Alexandra (qui n'a pas peur de voler où bon lui semble à bord de son petit avion), apporte également son lot de fantaisie à ce titre qui se lit sans déplaisir.
 

En bref : Pas le meilleur titre de la série, Son espionne royale et le baron irlandais reste cependant plaisant pour ce qu'il nous offre de dépaysement et de découverte de l'univers de Darcy. On s'amuse plus des nouveaux personnages qu'on ne se casse la tête sur l'énigme à résoudre, mais ce 10ème tome remplit comme tous les autres son office en permettant un bon moment de cosy mystery.
 
 
 
 

mardi 21 février 2023

Son espionne royale et les conspirations du palais (Son espionne royale mène l'enquête #9) - Rhys Bowen.

Malice at the palace (Her royal spyness #9)
, Berkley, 2015 - Éditions Robert Laffont, coll. "la Bête Noire" (trad. de B.Longre), 2022.

 
    Londres, 1934.
    La ville est en ébullition. Le prince George, duc de Kent et fils du roi, doit épouser la princesse Marina de Grèce. Or il est connu pour ses nombreuses frasques. La reine confie donc à Georgie une mission de la plus haute importance : introduire Marina dans la jeune élite dorée londonienne et, surtout, empêcher que les rumeurs concernant son fiancé ne parviennent jusqu'à ses oreilles.
    Mais le soir de l'arrivée de Marina, Georgie découvre un cadavre dans la cour de Kensington Palace. La victime n'est autre qu'une ancienne maîtresse du prince George. De toute évidence, quelqu'un cherche à gâcher la noce...
 
 
Sa mission : camoufler un meurtre pour protéger la famille royale.
Entre
Downton Abbey et Miss Marple, une série d'enquêtes royales so British !
 
***
 
     Georgie nous manquait cruellement ! Comme on aime à le rappeler, un bon cosy mystery de temps à autre est toujours la promesse de quelques agréables heures de lecture. Avec la série Son espionne royale, c'est également la garantie (toujours très plaisante de surcroît) de remonter le temps jusqu'aux années 30 britanniques pour s'immerger dans le cercle de Leurs Gracieuses Majestés.
 

    On retrouve Georgie de retour de son périple hollywoodien, de nouveau à la recherche d'un logement. Belinda, qui avait prétendu lui laisser sa petite maison le temps qu'elle folâtrait aux Etats-Unis, est finalement revenue inopinément (évidemment en galante compagnie), forçant ainsi la jeune femme à se trouver un nouveau toit. Fort heureusement, la Reine la fait appeler au palais pour lui confier une nouvelle tâche : la princesse Marina de Grèce, promise au prince George, arrive en Grande-Bretagne en amont de la cérémonie de mariage prévue pour les semaines à venir. En attendant les festivités, elle sera logée avec sa cousine la comtesse Imraut au palais de Kensington, où une chambre attend également Lady Georgiana. Sa mission sera d'accueillir la jeune princesse et de lui faire découvrir la ville pendant les préparatifs. Les choses ne pourraient donc aller mieux, d'autant que Marina est on ne peut plus délicieuse, mais c'est sans compter quelque désagrément. Les locaux du palais de Kensington sont plus que rudimentaires, la comtesse Irmtraut ne comprend rien au second degré anglais et se montre tout juste agréable, et il semblerait que des esprits hantent les couloirs du bâtiment. Pire encore ? Le cadavre sur lequel tombe un soir Georgie, à deux pas de ses appartements. La victime n'est autre que Bobo Carrington, aventurière volage et connue pour avoir été la maîtresse... du prince George ! Très vite, les services secrets s'emparent de l'affaire tout en dissimulant l'incident : si la chose venait à se savoir, ce serait le scandale pour la Couronne ! Invitée à aider les agents chargés de l'enquête, Georgie commence ses investigations au palais de Kensington...


"— Comment vous portez-vous, lady Georgiana ? vous avez subi un choc éprouvant. Ne préférez-vous pas passer la journée au lit pour vous en remettre ? A la vue d'un cadavre, la majorité des jeunes femmes se seraient évanouies.
 — Je suis d'une autre trempe, major. Je suis issue d'une longue lignée de Rannoch, des chefs de clans écossais qui poursuivaient le combat même après qu'on leur avait coupé bras et jambes !"

    Après nous être éloignés du décor londonien habituel pour le soleil de la Californie, on se réjouit de retrouver l'atmosphère pluvieuse et le fog de la Perfide Albion dans ce neuvième opus. Neuvième opus particulièrement rattaché à l'histoire de la monarchie britannique puisqu'il se déroule aux veilles de la véridique union entre le prince George de Kent et la princesse Marina de Grèce. Aussi, bien que fortement romancés, de nombreux éléments de ce nouveau tome puisent dans des anecdotes réelles : le train de vie dissolu du prince (qui avait autant d'amants que de maîtresses) et le personnage de Bobo Carrington. Surnommée "la fille à la seringue d'argent" en raison de son addiction à la drogue, elle est directement inspirée de Kiki Preston, petite-amie occasionnelle de Son altesse à qui ce surnom avait également été attribué. Secrets d'alcôve et scandale monarchique sont donc au programme !
 
Kiki Preston, inspiration du personnage de Bobo Carrington.
 
    Rhys Bowen nous immerge également dans un tout nouveau décor : le palais de Kensington. Ce lieu historique, autrefois résidence de la Reine Victoria herself, était dès le XXème siècle divisé en plusieurs appartements alors attribués à divers membres de la famille royale – notamment les plus vieillissants (d'où son surnom de "aunt heap", le "débarras des vieilles tantes" en VF). Georgie y fait d'ailleurs la connaissance de lointaines parentes restées vieilles filles mais débordantes de gentillesse et de malice. On aurait d'ailleurs apprécié les voir davantage dans le roman et qu'elles occupent un rôle plus important dans l'intrigue. Autre anecdote liée au décor : ses fantômes ! Réputé hanté comme de nombreuses autres vieilles résidences anglaises, le palais de Kensignton a ses spectres attitrés, lesquels feront peut-être quelques apparitions surprises dans ce titre...
 
Le Palais de Kensington.

"— J'ai passé une mauvaise nuit, déclara-t-elle. Cette maison ne me convient pas. Je crois même avoir aperçu un fantôme.
— Vraiment ? Etait-ce une dame en blanc ?
— Non. Un gros monsieur, répliqua-t-elle sèchement. Il a traversé un mur.
— Il s'agissait certainement du roi George Ier.
— Je me moque de savoir quel souverain c'était. Je ne veux pas qu'il passe à travers les murs, voilà tout."

    Côté intrigue, on était habitué à ce que le crime ne survienne que très tardivement dans le scénario (de plus en plus tardivement au fil des tomes, ce qui pouvait parfois gâcher le rythme global). Cette fois, Rhys Bowen passe moins de temps à planter son décor et la découverte du cadavre se fait plus tôt que de coutume, ce qui permet un déroulement beaucoup plus équilibré des péripéties. Les derniers tomes usaient un peu trop (abusaient?) des ressorts comiques qu'offrait le personnage de Queenie : elle est cette fois un peu plus en retrait, ce qui permet de profiter davantage de ses apparitions tout en évitant la redite. A sa place, la comtesse Irmtraut, peu encline à l'humour anglais (et à ses métaphores), apporte une autre forme d'humour par les incompréhensions qui naissent de la barrière de la langue.
 
"Queenie m'avait attendue.
— Votre soutif est défait, remarqua-t-elle tandis qu'elle m'aidait à ôter ma robe. Vous revenez sûrement d'une petite partie d'jambes en l'air.
— Une femme de chambre n'a pas à commenter la conduite de sa maîtresse, répliquai-je d'un ton guindé. Votre tâche consiste à me déshabiller.
— On dirait bien qu'un m'sieur a déjà essayé de s'en charger, gloussa-t-elle."
 
Tour de l'horloge du palais de Kensington.

"— Puis-je à mon tour vous adresser tous mes vœux de bonheur, Votre Altesse ? reprit Gussie. Je suis un copain de votre futur mari. Un type rudement sympathique, ce vieux George. Et impayable, avec ça.
— Impayable ? Pourquoi voudrait-on payer le prince ? s’étonna la comtesse. Il n’a pas besoin d’argent.
— C’est simplement une expression, répondit-il. Quand on dit que quelque chose est « chouette », cela n’a rien à voir avec un oiseau nocturne.
— La langue anglaise est extrêmement curieuse, décréta Irmtraut.
— Oh, vous finirez par vous y faire.
— Par faire quoi ? s’enquit Irmtraut."

    La liste des suspects est plus restreinte qu'à l'accoutumée, ce qui rendra la résolution de l'énigme peut-être plus facile pour le lecteur. Le véritable mobile sera cependant une totale surprise : l'autrice parvient en effet à aiguiller notre attention vers les autres motivations possibles, ce qui permet de compenser le caractère légèrement prévisible de la révélation finale. Malgré cette petite faiblesse, ce neuvième titre de Son espionne royale se laisse lire avec plaisir : on voit les personnages récurrents et secondaires évoluer (notamment Bélinda), et on est immergé dans le bouillonnement monarchique des années 30 tel qu'il devait être aux veilles de ce mariage. Soirées avec la jeunesse dorée (mais désargentée) de la haute société et escapades au casino viennent ainsi pimenter ce neuvième opus.
 
George de Kent et Marina de Grèce.
 
En bref : Après la petite déception du huitième tome, Son espionne royale et les conspirations du palais satisfait les attentes du lecteur : Rhys Bowen parvient à éviter certains écueils des précédents opus et offre une restitution extrêmement réaliste du cercle de la couronne à l'aube du mariage du prince George. Le final quelque peu prévisible est ainsi compensé par la reconstitution historique et l'atmosphère apportée par les décors choisis pour cette nouvelle enquête. Et bien évidemment par Georgie, qui ne nous lasse jamais !