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dimanche 30 août 2026

L'extraordinaire destin de Jeanne Barret - Camille Salomon.

Éditions Scrineo, collection "Destinées", 2023.
 
    Bergère depuis son plus jeune âge, Jeanne Barret passe son enfance à parcourir les collines à la recherche de nouvelles plantes. Jusqu'au jour où elle entre au service de Philibert Commerson, médecin et naturaliste : grâce à lui, elle découvre la botanique.
    Mais quand Philibert est invité à rejoindre le navire de Bougainville qui s'apprête à faire le tour du monde, Jeanne n'a qu'un désir : suivre son amant et embarquer avec lui dans cette aventure !
    Elle se travestit et devient alors Jean Baré, valet du docteur Commerson. Mêlée aux 120 hommes de l'équipage pendant deux ans, parviendra-t-elle à garder son secret ?

De l'Argentine au détroit de Magellan, en passant par Tahiti puis l'île Maurice, découvrez l'extraordinaire destin de Jeanne Barret, la première femme à avoir fait le tour du monde.
 
***
 
     Illustre inconnue de son époque, Jeanne Barret est de ces femmes que l'Histoire a parfois oubliée, à moins que ce ne soit les hommes qui peinent à s'en souvenir. On la redécouvre néanmoins depuis quelques années : à travers la littérature jeunesse, notamment (ce titre étant l'un des quatre ouvrages parus depuis 2023 à raconter son épopée), mais aussi grâce à quelques grands événements, à l'image de la cérémonie d'ouverture des JO de Paris, où elle figurait parmi les statues des grandes figures du matrimoine français inaugurées pour l'occasion. Des quelques romans biographiques qui lui sont consacrés, nous avons choisi ce titre de la collection "Destinées" paru chez Scrineo. "Destinées", c'est quoi ? Un peu à la façon de la collection "Destins" chez Albin Michel, "Destinées" ambitionne de raconter sous la forme romancée le parcours de petites et grandes personnalités de l'Histoire. Après avoir lu chez eux Marie Curie, la femme de sciences, et Émilie du Châtelet, la scientifique des Lumières – tous les deux écrits par Sylvie Baussier –, L'extraordinaire destin de Jeanne Barret est le premier ouvrage de la plume de Camille Salomon que nous découvrons.
 

    Bergère dans un petit bourg du Morvan, Jeanne est une fillette particulièrement dégourdie. Fascinée par les plantes qu'elle a appris à reconnaître et à utiliser pour soigner, elle rêve d'en apprendre davantage et, peut-être même, d'en faire son métier. Lorsqu'un herboriste suisse s'installe au village et recherche des cueilleuses, Jeanne se présente à lui et ne tarde pas à entrer à son service. Le médecin reconnait en elle un certain potentiel et lui enseigne les sciences naturelles ainsi que la lecture. Devenue jeune adulte, le hasard amène Jeanne à entrer au service de Philibert Commerson, éminent médecin et naturaliste, veuf depuis quelques années ; Jeanne est envoyée chez lui pour s'occuper de son fils de 2 ans et tenir sa maison. Rapidement, peut-être rapprochés par leur passion commune, tous deux tombent amoureux et Jeanne herborise aux côtés de son amant, l'élève dépassant bientôt le maître. Nommé "médecin naturaliste du Roy", Commerson doit participer au grand tour du monde par bateau dirigé par Bougainville, mais les femmes sont interdites à bord. Jeanne, qui désire plus que tout rejoindre cette expédition pour étudier et rapporter les plantes des terres lointaines, propose alors de se travestir en homme et de se faire passer pour le valet de Commerson afin d'effectuer elle aussi ce périple. Commence alors une aventure qui fera d'elle la toute première femme à effectuer le tour du monde...
 
Représentation la plus ancienne de Jeanne Barret, 1816
(néanmoins erronée : elle y est vêtue d'un costume de marin et d'un bonnet phrygien - ce qu'elle n'a jamais porté de toute sa traversée !)

    Le roman s'ouvre sur un extrait tiré de la correspondance de Commerson, puis se poursuit sur un long passage du journal de voyage de Bougainville : le premier décrit Jeanne comme un mélange de la Diane chasseresse et de Minerve, le second raconte comment fut découverte la supercherie sur son identité pendant l'expédition en mer. Deux témoignages exhumés d'un travail de recherche qu'on imagine aussi approfondi que sérieux et qui, dès les premières pages, nous convainc du désir de l'autrice de servir un récit aussi fidèle que possible à la réalité historique. Et de fait, on sent dans chaque paragraphe que ce roman est le fruit de minutieuses investigations et d'un intérêt sincère pour Jeanne Barret, que Camille Salomon s'attache à restituer dans toute son humanité. La désormais célèbre herboriste française, loin d'être une silhouette désincarnée comme c'est encore trop souvent le cas dans les récits biographiques pour la jeunesse, prend chair dans ce roman historique qui se dévore comme une fiction d'aventure.
 
Philibert de Commerson

    Bien que s'adressant à un jeune lectorat, Camille Salomon, au regard de son sujet, n'hésite pas à aborder les aspects les moins plaisants de la vie de Jeanne et les inconvénients qu'entraine son secret : la promiscuité avec les marins, les regards qui s'attardent sur sa silhouette, la difficulté à cacher sa vraie nature dès lors qu'elle a besoin d'aller aux commodités... l'autrice n'élude même pas la grossesse que Jeanne aurait découverte pendant son voyage et la perte du bébé qui s'en serait suivie : s'il s'agit-là d'une rumeur et non d'un fait avéré, cet épisode participe à renforcer l'affection que le lecteur porte à ce personnage incroyable qui fait face à tous les périls avec une dignité et une force de vie admirables.
 
Page extraite de l'herbier composé par Commerson et Jeanne pendant l'expédition de Bougainville

    Camille Salomon structure son roman en plusieurs parties aux titres évocateurs, à l'image de Pistil et étamines, ou encore d'Hermaphrodite, qui usent de la symbolique du langage floral pour nommer cette Jeanne Barret plus à l'aise en pantalons qu'en jupons, et qui n'hésite pas à passer d'un genre à l'autre pour atteindre son objectif. Cette analogie botanique fort à propos revient d'ailleurs plusieurs fois au fil du texte, évoquant avec poésie son travestissement ; l'autrice dissémine d'ailleurs au fil du roman d'autres très jolies images et métaphores. On regrette cependant de nombreuses expressions et des termes de vocabulaires très (trop) anachroniques (Jeanne qui "prend ses valises", ou encore qui évoque "le truc le plus fou" qu'elle ait fait !). Il est communément admis qu'un roman historique (et encore plus un roman jeunesse) ne peut évidemment adopter le vocabulaire en vogue à l'époque de l'intrigue, mais l'auteur doit cependant trouver un juste milieu et passer par un langage qui reste vraisemblable. La modernité de certaines expressions (voire de certains prénoms ou surnoms) vient trop souvent briser l'immersion de la lecture. C'est d'autant plus dommage que le reste du texte est particulièrement convaincant.
 

En bref : Un très bon titre de la collection "Destinées", qui rend très justement hommage à la personnalité incroyable de Jeanne Barret, grande herboriste et première femme à avoir fait le tour du monde, travestie en homme. Si l'on regrette quelques expressions très anachroniques, ce roman est à l'évidence le fruit de nombreuses recherches historiques et parvient en même temps à faire du périple de Jeanne un véritable récit d'aventures.

dimanche 23 août 2026

Le rocher de Montmartre - Joanne Harris.

The Lollipop Shoes
, Doubleday, 2007 - Éditions Baker Street (trad. de J. Short-Payen), 2008 - Éditions Points, 2009.
 
    Dix ans après, Vianne Rocher, l'héroïne du roman magique de Joanne Harris, Chocolat, est de retour, avec sa fille Anouk. Mère maintenant d'une deuxième petite fille, Rosette, elle a quitté le Périgord et, après un long périple sur les routes de France, a repris une chocolaterie... à Montmartre. Vianne a changé cependant : devenue Yanne Charbonneau, elle est déterminée à cacher les dons surnaturels qui lui ont valu tant d'ennuis à Lansquenet et aspire désormais à une vie paisible. La voilà même sur le point d'accepter la demande en mariage de Thierry, un riche entrepreneur. Mais une mystérieuse Zozie de l'Alba, à l'identité floue et inquiétante, se lie à Anouk, et vient s'immiscer entre elle et sa fille, ou est-ce pure imagination ? Ah si Roux était là, pour l'aider à y voir plus clair...
 
    Dans un Montmartre revisité, empreint à la fois de réalisme et de fantastique, rôde une magie maléfique qui va contraindre l'héroïne de Chocolat à affronter malgré elle de diaboliques pouvoirs. À la croisée de l'univers féerique d'Amélie Poulain et de la magie d'Harry Potter, avec un zeste du savoureux Charlie et la chocolaterie, ce véritable conte de fées pour adultes met en scène la lutte entre les forces du bien et du mal, entre magie blanche et magie noire, tout en abordant avec justesse la délicate question de la relation mère-fille et du passage à l'adolescence. 
 
***
 
    Cette fois encore, nous profitons de l'été pour tourner le dos aux nouveautés et replonger dans les tréfonds de notre PAL : avec la sortie, au printemps dernier, du roman Les secrets du chocolat, préquel du best-seller Chocolat de Joanne Harris, il nous a pris l'envie de (re)découvrir toute la saga de l'autrice franco-britannique. Aussi, après avoir relu le premier opus mondialement connu et adapté au cinéma avec Juliette Binoche et Johnny Depp, nous avons exhumé de notre bibliothèque sa suite directe, écrite presque dix ans plus tard et éditée en France chez Baker Street.
 

"La vraie magie, celle que nous avions vécue toute notre vie, celle des sortilèges et des porte-bonheur de ma mère, du sel purificateur laissé au seuil de la porte et des petits sachets de soie rouge que l'on accrochait pour s'attirer les bonnes grâces des petits dieux domestiques, cette magie-là, je ne sais comment, s'était retournée contre nous cet été là, comme l'araignée qui, au dernier coup de minuit, devient celle dont on craint que, dans sa toile maléfique, au lieu de notre espoir, elle tisse son chagrin."

    Une fois n'est pas coutume, nous y retrouvons Vianne sous une toute nouvelle identité, celle de Yanne Charbonneau : après avoir fui Lansquenet-sous-Tanne et avoir momentanément séjourné dans un village en bord de Loire où serait advenue une mystérieuse catastrophe provoquant une nouvelle fugue, elle se cache désormais sur les hauteurs de Montmartre. Se cache, oui, car personne qui a un jour rencontré la Vianne Rocher d'autrefois ne pourrait la reconnaître sous ses nouveaux oripeaux : adieu chaussures rouges et robes écarlates, adieu fantaisie et magie, adieu chocolats faits maison. Yanne se contente de vendre des chocolats industriels, se refusant aujourd'hui à pratiquer l'art qui, de son propre avis, a causé tant de soucis à sa famille. Recourir de nouveau à ses dons risquerait d'attirer l'attention de potentiels ennemis : l'Homme en Noir, tout d'abord, mais aussi les Bonnes Dames Charitables qui, sous couvert de vous venir en aide, menacent de vous prendre vos enfants. Et des enfants, Yanne en a deux, à présent : Anouk, aujourd'hui adolescente, qui se fait appeler Annie, et Rosette, souffrant d'un handicap mystérieux, née de sa brève relation avec Roux. Dissimulée sous le manteau de la morne normalité, Yanne s'apprête à épouser Thierry, le riche propriétaire de la boutique – un choix bien loin de celui que Vianne aurait fait, mais Vianne n'est-elle pas morte et enterrée ? Peut-être même laisse-t-elle derrière elle une odeur de charogne que certaines personnes mal intentionnées pourraient flairer à condition de détenir, elles aussi, des dons particuliers. C'est le cas de la mystérieuse Zozie de l'Alba, qui s'invite un jour d'Halloween dans la vie de Yanne, bien décidée à lui prendre ses biens les plus précieux...
 
 
"Comme bien des hommes de sa génération, il lit Le Point et croit que cela fait de lui un expert en tout, ou presque. Moi, au contraire, ne suis que femme – en plus d'être mère –, ce qui me condamne à jamais à être incapable de juger objectivement une situation." 
 
    Publié dans la plus grande discrétion, Le rocher de Montmartre est malheureusement passé complètement inaperçu en France, au point que peu de lecteurs savent qu'il existe une suite à Chocolat. L'univers de Joanne Harris, par ailleurs surtout connu grâce à son adaptation cinématographique, peut surprendre pour ceux qui se plongeraient dans sa lecture sans être préalablement informés des nombreuses différences avec la matière littéraire initiale, assez éloignée de ce que l'on peut voir à l'écran. En plus de se dérouler à notre époque (et non pas à la veille des années 60, comme dans le film), l'histoire imaginée par Joanne Harris se veut un pur produit de réalisme magique, abordant subtilement mais néanmoins sans détour les pouvoirs magiques de son héroïne. Une atmosphère que l'on retrouve dans ce deuxième opus où la présence du fantastique est par ailleurs encore plus prononcée, pour ne pas dire omniprésente.
 

"Dans son chaudron de brume, Paris bouillonne à petit feu au-dessous de nous mais la Butte semble flotter au-dessus des rues comme une cité magique née de la fumée de la ville et de la poussière des étoiles."

    En effet, si le personnage de Vianne/Yanne se refuse à pratiquer la cuisine vaguement teintée de sorcellerie qu'elle exerçait autrefois, ce n'est pas le cas de cette Zozie qui s'invite dans son quotidien. Celle que l'on identifie assez rapidement comme une sorte d'alter-ego maléfique de l'héroïne lui ressemble de fait en de nombreux points (toujours sur les routes, elle cumule elle aussi les noms et les masques, et détient des pouvoirs très similaires), à ceci près qu'elle vole ses multiples identités à des personnes qui disparaissent mystérieusement dans son sillon. Si la troublante Zozie en dit peu, on la devine tour à tour faussaire, voleuse, manipulatrice, sorcière et... peut-être même meurtrière. Aimantée par la personnalité que Yanne tente de dissimuler sous ses vêtements ternes, elle enquête secrètement sur son passé dans l'idée de s'approprier sa vie, en commençant par sa fille aînée Anouk...
 

"Autour de moi, son silence affolé filait comme un cocon de soie."

    Après un premier opus construit sur l'alternance de voix entre ses deux protagonistes, Joanne Harris élabore ce nouveau titre autour des narrations croisées de Yanne, Zozie et Anouk, toutes trois respectivement surnommées le Soleil Noir, le Jaguar et la Lune Montante, comme autant d'allégories de puissances qui les dépassent. La supposition, à la lecture de Chocolat, que les personnages incarnaient quelque chose de figures totémiques sans le savoir, est donc ici renouvelée, d'autant plus dans le contexte occulte que l'autrice prend soin de renforcer (l'intrigue se déroule entre Halloween et Noël, dans une atmosphère délicieusement païenne). La confrontation finale entre Vianne et sa Némésis confirme cette hypothèse lorsque Zozie de l'Alba laisse entrevoir son vrai visage... Joanne Harris, plusieurs fois interrogée sur les tournants dramatiques choisis dans son roman, reconnait la prédominance inattendue du surnaturel. Comme elle l'explique elle-même sur son site officiel, elle n'avait pas prévu cette suite à Chocolat : l'idée s'est imposée lorsque sa propre fille, Anouk (qui a inspiré la fille de Vianne dans le roman), est entrée dans l'adolescence et a suggéré dans l'esprit de l'autrice que ses personnages n'avaient peut-être pas totalement disparu, mais qu'ils avaient tout simplement changé, et avec eux leur environnement.
 

"Si leurs fantômes ont cherché à me poursuivre, ils l'ont fait sans succès. D'ailleurs, les Chinois sont persuadés que les fantômes ne se déplacent qu'en ligne droite. Alors, la Butte, avec tous ces escaliers et ses ruelles sinueuses, représente le refuge idéal : aucun fantôme ne pourrait jamais y retrouver ses petits."

    Aussi, après s'être battue contre les principes rigoristes de l'institution religieuse en revendiquant sa différence, Vianne tente cette fois par tous les moyens de se conformer aux règles de la normalité, effrayée qu'elle est par sa propre histoire et par sa nature extraordinaire. Le conflit raconté ici ne porte donc pas sur la liberté de croire et de penser, il est plus personnel et plus insidieux : c'est une lutte d'identité, qui plus est entre les deux faces d'une même pièce. Blanc et Noir, bien et mal, jour et nuit ; ce récit tout en contrastes déstabilise par son ton résolument ésotérique, dans un Paris un peu étrange que n'aurait pas renié Jean-Pierre Jeunet. Mais peut-être n'est-ce pas si inintéressant, en tant que lecteur, d'être déstabilisé, et peut-être cela vient-il nous en apprendre beaucoup du devenir des personnages lorsqu'ils vont à l'encontre de ce qu'ils sont.


"Il y a un équilibre à maintenir, vous voyez. Pour chaque moment de joie : un malheur ; pour chaque gentillesse : une blessure. Quelqu'un pend un sachet de soie rouge à votre porte, et une ombre s'étend quelque part. On allume un cierge chez soi pour écarter la malchance et, de l'autre côté de la rue, la maison d'un étranger est avalée par les flammes et disparaît en cendres. Un jour, c'est le festival du chocolat, et une amie très chère s'éteint justement ce jour-là. Malchance. Accident."

    Alors, certes, tout ne fonctionne pas dans cette suite – du moins pas autant que dans Chocolat. Le Montmartre irréel que dessine l'autrice est bien moins crédible que son Lansquenet, de même que le quotidien d'Anouk parait bien loin des turpitudes réelles de l'adolescence. On regrette quelques longueurs et répétitions qui auraient gagné à sauter lors des relectures et corrections du processus éditorial, la forme générale paraissant souvent inaboutie. Cette impression est cependant en grande partie accentuée par une traduction française inégale, loin du très beau travail réalisé par Anouk Neuhoff pour le précédent roman.
 

"Jamais de la vie on ne l'oubliera, la première vie que l'on déroba."

En bref : Suite aussi étrange que déstabilisante de Chocolat, Le rocher de Montmartre n'en propose pas moins une évolution d'autant plus intéressante de ses personnages qu'elle est inattendue. Après avoir questionné les croyances et la liberté de vivre et de penser, Joanne Harris aborde ici les sujets de l'identité, des souvenirs, et de la lutte nécessaire pour rester, parfois, fidèle à soi-même. Chez l'autrice franco-britannique, cela prend nécessairement des oripeaux métaphoriques – ici, ceux d'une magie noire et d'une magie blanche en lutte, justifiant l'omniprésence de l'occulte et du fantastique pourtant sobrement suggérés dans Chocolat. En cela, Le rocher de Montmartre déroutera certainement plus d'un lecteur, mais en convaincra peut-être d'autres, séduits par le réalisme magique dont se réclame cette saga.
 
 
Et pour aller plus loin...
 

jeudi 13 août 2026

Chocolat - Joanne Harris.

Chocolat
, Doubleday, 1999 - Éditions Quai Voltaire (trad. d'A. Neuhoff) - Éditions j'ai lu, 2001 - Editions Charleston, 2013 - Éditions Folio, 2014.
 
    À Lansquenet, petit village perdu quelque part en France, mis à part les sempiternels sermons du sombre Reynaud, le curé intégriste de la paroisse, il ne se passe jamais rien. Alors, quand Vianne Rocher et sa fille Anouk décident de s’y installer pour ouvrir une chocolaterie, c’est tout le village qui se met à jaser. Ce qui est assez facile : Vianne n’est pas mariée, elle ne va pas à l’église, et même, elle ose ouvrir sa boutique de délices en plein carême ! Cela fait d’elle la cible idéale pour ce pauvre Reynaud et sa troupe de grenouilles de bénitier. Mais, contre toute attente, Vianne semble très bien s’intégrer dans le village ensorcelé par ses douceurs : ç’en est trop pour ses adversaires, qui vont tout faire pour lui barrer la route, allant jusqu’à la traiter publiquement de sorcière. Mais sur ce point, peut-être n’ont-ils pas tout à fait tort…
 
***
 
    En ces temps de marché du livre saturé de nouveautés souvent insipides, on sous-estime le plaisir qu'on peut trouver à replonger dans les classiques et valeurs sûres de ces dernières années. Quand on publiait moins et qu'on écrivait mieux ? Peut-être. Chocolat, de Joanne Harris, fait en tout cas partie de ces titres qu'on se plait à redécouvrir quand le monde semble aller trop vite : pour la plume poétique et épicurienne de son autrice, pour l'atmosphère de carte postale hors du temps qui se dégage du décor, pour la profondeur de ses personnages, et pour la justesse de son propos. Best-seller adapté au cinéma avec le succès qu'on lui connait, Chocolat est par ailleurs le premier opus d'un cycle qui compte actuellement trois suites et un préquel paru au printemps dernier. L'excuse parfaite pour lire ou relire toute la saga.
 

    Vianne et sa fille Anouk arrivent un jour de carnaval à Lansquenet-sous-Tannes, petit village du sud-ouest de la France. Après avoir voyagé pendant de nombreuses années au gré du vent et s'être arrêtées aux quatre coins du monde, c'est là qu'elles décident de poser leurs valises et d'ouvrir une chocolaterie. Une fantaisie qui n'est pas du goût de tous, et surtout pas du Père Reynaud, prêtre du petit bourg qui voit l'inauguration de ce commerce en plein carême comme une provocation à l'encontre de l'Eglise, voire un affront personnel. Une mère célibataire et sa fille née hors mariage qui jouent les tentatrices et cherchent à mener les habitants de Lansquenet sur le chemin de la dépravation : Reynaud se persuade qu'il y a là matière à une mission d'ordre divin doublé d'un combat à sa mesure, et s'emploie bientôt à leur mener la vie impossible, quitte à accuser Vianne de sorcellerie dans ses sermons. Tandis qu'il a promis à la jeune femme une fermeture prochaine, la boutique survit. Reconnaissons que Vianne a un don particulier, si ce n'est plusieurs : elle devine immanquablement quels sont vos chocolats préférés et, plus encore, est capable de lire en vous comme dans un livre ouvert. Un don hérité de sa défunte mère, sans doute, avec qui elle passait déjà d'une ville à l'autre dans son enfance, et qui lui a laissé après sa mort un jeu de tarot et un talent naturel pour la prescience – ainsi qu'une capacité à influencer le cours des choses. Mais lorsque la liberté de croire est en jeu et qu'elle menace de faire reculer un joug religieux et patriarcal pourtant instauré de longue date, même les soi-disant bons chrétiens sont prêts à tout (et surtout au pire) pour stopper cet élan d'émancipation. Vianne saura-t-elle résister à l'appel du vent et faire face ?
 

    Deuxième roman de l'autrice franco-britannique Joanne Harris, Chocolat rencontre dès sa publication un incroyable succès : traduit dans 55 pays et vendus à plus de 12 millions d'exemplaires, ses droits sont rapidement achetés pour le grand écran. Deux ans à peine après la sortie en librairie, son adaptation par Lasse Hallström avec Juliette Binoche et Johnny Depp séduisait le public et les festivals. Aujourd'hui, c'est ce film au charme indéniable qui est surtout resté dans les mémoires. Or, de quoi se souvient-on ? D'un village de la France profonde de 1959, d'une femme affranchie issue d'une longue lignée de gens du voyage et du conflit qui l'oppose au maire bigot et traditionaliste. Dans ce contexte digne d'une image d’Épinal, le chocolat devient le symbole d'une liberté de choix et de penser doublée d'une exaltation des sens.
 

"Les lieux ne perdent pas leur identité, aussi loin qu'on puisse aller. C'est le cœur qui, à la longue, finit par s'éroder."

    Si le film est d'une indéniable beauté (mise en scène, photographie, jeu des acteurs... tout y est parfait), le scénario se distingue de l'intrigue originale par plusieurs points. L'époque, tout d'abord : bien que Lansquenet semble ancré dans des traditions aussi désuètes que passéistes – un contexte qui correspond furieusement à la ruralité des années 50 –, le roman se déroule dans une époque contemporaine de l'écriture, soit la fin des années 90. On peine à imaginer, dans cette décennie encore pas si lointaine, un village soumis à des principes aussi rigoristes, et d'ailleurs, peut-être ce tableau de France profonde est-il alimenté par ce que l'imaginaire véhicule de stéréotypes et de fantasmes chez une autrice vivant en Angleterre. A moins que Joanne Harris, française par sa mère, ait projeté là ce qu'elle avait conservé de souvenirs de ses séjours dans l'Hexagone pendant l'enfance, à une époque où les principes religieux étaient peut-être plus ancrés. Honnêtement ? Peu importe : nous percevons davantage Chocolat comme une fable, un de ces contes parsemés de symboles et de métaphores, plutôt que comme un témoignage qui se voudrait vraisemblable.
 

"Dans cette province exubérante les gens sont gris. La couleur est un luxe ; elle vieillit mal. A leurs yeux, les fleurs aux couleurs vives sur le bas-côté de la route ne sont que de mauvaises herbes, envahissantes, inutiles."
 

    Joanne Harris, dont l'écriture et les univers sont nourris de folklore et de croyances diverses, nous sert en effet ici ni plus ni point qu'une œuvre de réalisme magique, ce registre à la fois si méconnu et pourtant si riche qu'on aime tout particulièrement. Et de fait, ceux qui ont vu le film ont été ou seront peut-être surpris par l'atmosphère subtilement surnaturelle qui plane autour de Vianne Rocher dans le roman : plus qu'une bonne intuition pour deviner le chocolat préféré de ses clients, elle détient des pouvoirs proches de la divination, mais qu'elle n'utilise qu'avec parcimonie. Loin de l'occultisme classique pratiqué par sa défunte mère – et outre le jeu de tarot de cette dernière, qu'il lui arrive de consulter – c'est dans le chocolat et la cuisine que Vianne transfigure son don de voyance, faisant de l'art culinaire une forme nouvelle de magie quotidienne (et l'on pense alors, évidemment, à l'expression "practical magic" qui a donné son titre original au célèbre roman des Ensorceleuses d'Alice Hoffman, autre très bel exemple de réalisme magique).
 

"D'elle, j'ai appris ce qui m'a façonnée. l'art de changer le malheur en bonne fortune. Comment faire les cornes avec les doigts pour éloigner le mauvais œil. Coudre un sachet, concocter un breuvage, être convaincue qu'une araignée porte chance avant minuit et malheur après."

    Face à Vianne, non pas le comte de Reynaud, maire de Lansquenet, mais le père Reynaud. Érafler une figure religieuse aurait-il déplu au scénariste du film et à l'Amérique puritaine ? Rien n'est moins sûr. Que le prêtre du village soit l'antagoniste principal permet aussi de mettre davantage en lumière le véritable propos de cette histoire : les croyances. L'interprétation des Textes par les hommes, la violence des dogmes, la domination ecclésiastique et la foi aveugle sont autant de sujets habilement débattus dans le roman. Aux yeux de Vianne, Reynaud est une incarnation de celui que sa mère surnommait l' "Homme en Noir", figure protéiforme du danger et de la menace que doivent craindre les femmes libres comme elles l'étaient. Mais, jamais manichéenne, Joanne Harris a conçu des personnages plus complexes que ne le laissent à penser leurs oripeaux, et Reynaud autant que Vianne cache des secrets qui expliquent ses agissements ainsi que sa façon de voir et de penser le monde.
 

"Il y a un élément de sorcellerie dans toute préparation culinaire : dans le choix des ingrédients, dans le processus consistant à mélanger, à râper, à faire fondre, à infuser et à aromatiser, dans ces recettes empruntées à des ouvrages anciens, dans ces ustensiles traditionnels – le pilon et le mortier avec lequel ma mère fabriquait son encens ont désormais un usage plus ordinaire, et les épices et autres condiments qu'elle utilisait exhalent aujourd'hui leurs essences subtiles au service d'une magie moins noble mais plus sensuelle."

    Au rythme d'une alternance de voix entre ces deux protagonistes, le lecteur partage les regards croisés et opposés de la femme en rouge d'un côté et de l'homme en noir de l'autre, filtres par lesquels on fait connaissance avec les habitants de Lansquenet ; habitants qui seront tous pris à parti dans ce duel au sommet. Dans cette confrontation, Vianne et Reynaud semblent personnifier des figures totémiques qui se livreraient bataille depuis des millénaires, sans en avoir totalement conscience. Le personnage d'Armande, doyenne du village au caractère bien trempé mais que la santé déclinante rend aveugle, n'en voit en effet pas moins en Vianne quelque chose qu'elle-même n'est pas certaine d'être : une force ancienne, puissante, que le destin a invoquée là pour une raison bien particulière.
 

"— J'ai appris que notre m'sieur le curé avait déjà une dent contre vous, ajouta-t-elle avec malice. Je suppose qu'il trouve qu'une confiserie est une chose malvenue sur la place de l'église.
Elle me regarda de son air ironique et moqueur.
— Est-ce qu'il sait que vous êtes une sorcière ?
Sorcière, sorcière... Ce n'est pas le mot juste, mais je savais ce qu'elle voulait dire.
— Qu'est-ce qui vous fait croire ça ?
— Oh, c'est évident. Entre sorcières, on se reconnait, j'imagine." 

    A ces thématiques se recoupent celles, vivantes et puissamment sensorielles des parfums et du goût du chocolat. Le cacao se fait ici ciment entre les personnages, la colle qui fait tenir les morceaux et qui répare les vieilles blessures. Joanne Harris capture à merveille son essence à la fois exotique, mystique et réconfortante qu'elle restitue grâce à une écriture quasi synesthésique. On rêve nous aussi de pousser la porte de La Céleste Praline et de siroter un chocolat chaud relevé de piment rouge et de vanille tout en savourant quelques truffes faites maison. En faisant de la gourmandise une véritable structure poétique, Joanne Harris nous invite au partage et à la tolérance.
 

"Il y a une odeur. Comme une odeur de brûlé, cette odeur que dégage la foudre en été dix secondes après être tombée. Un parfum d'orage d'été et de champs de blé sous la pluie..."

En bref : Merveille pour les sens, ode à la vie, à la gourmandise et à la liberté de croire, Chocolat, le best-seller de Joanne Harris est à redécouvrir sans attendre. Pépite de réalisme magique où s'entremêlent spiritualité, liberté et divination, ce roman émeut autant qu'il enchante grâce à la profondeur de ses personnages et à son écriture évocatrice qui fait rimer papille avec poésie. Un coup de cœur. 
 
 
Et pour aller plus loin...
 

jeudi 2 juillet 2026

Les Ensorceleuses - Alice Hoffman.

Practical Magic
, Putnam Adult, 1995 - Drôles de meurtres en Famille, Éditions Flammarion (trad. de M.O. Fortier-Masek), 1996 - Les Ensorceleuses, Éditions Flammarion, 1999 - Editions J'ai lu, 1999 - Les Ensorceleuses, Éditions du Seuil, label Verso (trad. de F. Le Roy), 2026.

    Depuis plus de deux siècles, les femmes Owens portent le poids d’une rumeur tenace : dans leur petite ville du Massachusetts, on les tient responsables de tout ce qui tourne mal. Gillian et Sally ont grandi avec cette réputation. Trop libres, trop différentes, entourées d’un parfum de magie que les autres redoutent, elles ont toujours été mises à l’écart.
    Leur seule envie : fuir. Alors Sally se marie, et Gillian disparaît. Mais on n’échappe ni à ses racines ni aux liens du sang.
    Les années passent, jusqu’au jour où un drame les ramène l’une à l’autre, comme guidées par une force invisible. Car malgré les silences, les blessures et les choix qui les ont éloignées, un lien indestructible, presque surnaturel, demeure entre les deux sœurs.
 
Le roman culte qui a inspiré le film tout aussi culte Les Ensorceleuses, avec Sandra Bullock et Nicole Kidman (1999).
 
***
 
    Il y a des univers auxquels on revient toujours – ou qu'on ne quitte jamais, c'est selon. Practical Magic est de ceux-là. Ceux qui nous connaissent et qui nous suivent de longue date le savent : on a parlé de nombreuses fois du roman (dans sa première traduction ICI), du film (ICI), ou encore des suites et des préquels qui leur ont succédé (à vous de retrouver les articles correspondants). On a même reproduit une grande partie des recettes croisées au détour des pages, dans l'idée de goûter encore un peu plus à cet univers, en bon bovaryste que nous sommes.
 

    Pour tous, Les Ensorceleuses, c'est cette comédie fantastique inclassable et un peu bizarre des années 90 : à l'aube de leur succès, l'incandescente Nicole Kidman et la douce Sandra Bullock y campaient les sœurs Owens, maudites en amour depuis que celui-là entraîne immanquablement la mort des hommes qu'elles ont la faiblesse d'aimer. On se souvient de leurs tantes un peu fantasques, fagotées comme des Mary Poppins qui écouteraient du Stevie Nicks. On se souvient de leur maison – et quelle maison ! On se souvient de la margarita de minuit. On se souvient de cet homme qu'elles empoisonnent, transportent en Oldsmobile et enterrent sous le rosier du jardin, et dont les bottes sortent de terre comme pour les narguer. A la fois malicieux, drôle, macabre et parfois même émouvant, ce cocktail de saveurs qui avait fait un flop à sa sortie a eu l'excellente idée de devenir culte avec le temps.
 

    Mais qui savait que le film était tiré d'un livre, qui plus est best-seller aux États-Unis ? Qui savait, alors que toute la communauté instagram s'emballe déjà derrière le trope "cosy fantasy", que le roman se réclamait de ce registre bien particulier qu'est le magic realism (lequel n'est, désolé de vous décevoir, ni cosy, ni fantasy) ? Qui savait que cette histoire, loin d'être une comédie, était une puissante évocation des croyances, superstitions, et du pouvoir qu'on leur accorde, le tout entrecoupé de réflexions sur le deuil, la transmission et l'amour ? En vérité assez éloigné de son adaptation, le matériau littéraire d'origine n'en est pas moins fascinant.
 

    Alice Hoffman, conteuse au sens unique de la narration, parvient à nous faire croire à cette tension persistante entre l'âpreté de l'existence d'un côté et l'étincelle d'étrangeté qui s'y glisse parfois de l'autre. Elle nous confronte à toutes les formes de rupture que l'on peut connaitre dans une vie et à leur caractère inéluctable, tout en rendant réels, palpables – oserions-nous dire crédibles ? – les signes du destin qui se lisent dans le vol des moineaux et dans les différentes phases de la lune. Pour ce faire, elle n'hésite pas à malmener ses personnages et, même, à nous les rendre antipathiques par instant si cela les rend aussi plus vrais. Contrairement à ce que le film de 1998 pourrait laisser croire, Alice Hoffman ne cherche pas à nous servir un univers séduisant, convenu et rassurant – non, une fois encore, rien ici n'est cosy, rien n'y est simple. Elle s'amuse même à nous mettre mal à l'aise et à nous déstabiliser quand cela lui chante. A sa manière, l'ouvrage n'en est que plus réussi : il est de ceux, pour citer le poète, qui mordent et qui piquent. De ceux qui se laissent apprécier pour peu qu'on ne refuse pas d'être un peu remué.
 

    Ce conte noir et baroque est ici servi dans une toute nouvelle traduction de Fabien Le Roy, qui parvient à restituer la langue ensorcelante de la romancière américaine tout en dynamisant les dialogues et en leur insufflant l'énergie et la modernité dont ils avaient besoin. On regrette peut-être quelques confusions ici ou là (l'horloge de la mort, nom vernaculaire de la vrillette, dont la légende dit que le son caractéristique annonce la mort de l'être aimé, est ici devenue un "gros coléoptère"), mais c'est probablement pinailler.  Ne nous en voulez pas trop : on l'a tellement lu et relu, ce texte, qu'on en connait des passages entiers par cœur, en anglais comme en français. Eh oui, Practical Magic, c'est un peu notre livre totem, un texte jusque-là méconnu qu'on aimait chérir secrètement. A partir de ce jour, il nous appartiendra certainement un peu moins, mais réjouissons-nous qu'il puisse être enfin redécouvert.
 

En bref : Bien plus sombre que l'adaptation qui l'a fait connaître, le roman original des Ensorceleuses est un pur produit de réalisme magique : le cœur y balance entre superstition et conviction, hasard et destin, fantômes et mirages. Le style, impeccable, saisit le lecteur par son pouvoir d'évocation, preuve s'il en est que derrière un film de pop culture se cache parfois une très belle œuvre de littérature, à la fois complexe et surprenante.
 
 
Merci à Verso pour cette lecture ! 

dimanche 28 juin 2026

House of windows - John Langan.

Night Shade Books, 2009 - Editions J'ai Lu (trad. de T. Eliroff), 2025.
 
 
    « Tout le monde me demande ce qui, selon moi, est arrivé à Roger, disait Veronica Croydon, et si je ne donne pas de réponse immédiate, on s’empresse de m’en proposer une. Mais personne ne comprendrait. Enfin, personne ne me croirait. Reste un peu, et je vais te dire ce qui s’est passé. »

    La disparition de Roger Croydon, éminent universitaire spécialiste de Dickens, attise toutes les curiosités. Un mystère qui mène inexorablement à la demeure du couple, Belvedere House, et à son armée de fenêtres, baignées de lueurs étranges…
 
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    On avait repéré il y a quelque temps déjà The Fisherman, second roman de l'auteur – mais publié en premier dans l'Hexagone – à la couverture argentée qui évoquait les superbes éditions françaises de la saga Blackwater de Michael McDowell. La ressemblance n'était certainement pas un hasard, tant les deux romanciers sont souvent comparés l'un avec l'autre, ou du moins évoqués comme se situant dans une même mouvance littéraire. C'est avec le premier roman de l'auteur – mais donc publié en deuxième en France, si vous suivez – que l'on décidait de découvrir John Langan. Il faut dire que la thématique de la maison dans le roman d'horreur (mais aussi dans la littérature en général) nous a toujours fascinés : de La maison hantée de Shirley Jackson à la maison vivante de Le blanc va aux sorcières d'Helen Oyeyemi en passant par la maison labyrinthe de La maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, il nous est impossible de refuser une histoire ou la maison tient le rôle principal.
 
 
"— Je ne veux pas que vous vous mépreniez sur mes paroles, mais les morts sont terrifiants. Je ne parle pas de draps blancs qui flottent tout seuls. Je parle de deuils qui s'imposent à nous. Ils sont avides. Il sont toujours affamés. Ils prennent tout ce que vous avez à leur donner, et ça ne suffit pas. Ça ne suffira jamais (...). Vous ne pouvez pas rendre les morts heureux. Il est impossible de parvenir à une quelconque compréhension mystique des défunts. Cela n'arrive que dans les films et dans les mauvais livres d'ésotérisme. Pardon de vous parler de métaphore, mais j'espère être claire. Vous devez laisser les morts où ils sont et vous occuper de votre vie.
— Et si les morts refusent que vous le fassiez ?
— C'est pour ça que nous avons la thérapie.

    Mais ici, ce rôle reste difficile à cerner et cette "maison aux fenêtres" joue à cache-cache avec le lecteur : en cela, House of Windows est de ces lectures qui se méritent et qui demandent des efforts tant de concentration que de persévérance – tenons-en pour preuve les avis mitigés que l'on peut lire sur internet de part et d'autre de l'Atlantique, en parallèle d'une presse littéraire qui encense l'ouvrage. Nous avons depuis longtemps la certitude que c'est dans les livres qui ne font pas l'unanimité que l'on déniche des pépites : ceux qui font consensus nous paraissent le plus souvent prévisibles, convenus et plats, au mieux tout juste "sympathiques". Dans sa préface, l'auteur raconte la genèse du roman et les longues heures d'insomnie passées dans la buanderie de sa minuscule maison à écrire cette histoire, tout d'abord une novella dont la densité n'a eu de cesse de croître pour devenir ce très joli pavé de près de 600 pages ; un texte qui, avant les lecteurs, a laissé de nombreuses maisons d'édition perplexes. Et pour cause, comme il le dit si bien, les éditeurs de fantastique le trouvait trop littéraire, et les éditeurs littéraires, trop fantastique. Il est vrai qu'on pourrait s'imaginer avoir affaire à de la littérature de gare ou une sorte de série B (de qualité, mais une série B quand même), bref, un livre horrifique réussi mais oubliable. Il n'en est rien : il suffit de quelques pages pour comprendre qu'on tient là une véritable œuvre de littérature, bien plus complexe qu'il n'y paraît.
 
 Trailer diffusé en France pour la sortie du roman.
 
"C'était même carrément étrange – une de ces occasions où tu te sens frôler des puissances et des intentions plus grandes que les tiennes. Ce n'était pas tant que la vie imite l'art, plutôt que la vie et l'art convergent tous les deux vers une troisième chose – je ne sais pas comment l'appeler.
 
    Histoire dans l'histoire (à la façon des récits de fantômes d'antan, ce qui est évidemment loin d'être anodin), House of windows commence à travers les yeux d'un jeune universitaire qui passe un séjour entre collègues dans une maison du cap Cod. Avec eux se trouve Veronica Croydon, jeune veuve de Roger Croydon, éminent professeur spécialiste de Dickens qui avait choisi sa seconde épouse parmi ses étudiantes – une amourette que personne ne se serait imaginé prendre au sérieux si la relation, au lieu de s'arrêter à un soir, ne s'était poursuivie jusqu'au mariage. Mystérieusement disparu quelque temps plus tôt, Roger Croydon a laissé derrière lui de nombreuses questions et un voile de mystère qui refuse de se dissiper. Alors quand Véronica propose au narrateur de lui confier ce qui, selon elle, est arrivé à Roger, il est impossible pour le jeune homme, par ailleurs lui-même féru de littérature, de refuser ce qu'elle s'apprête à lui confier : une histoire. Veronica prend alors les rênes de la narration, en commençant par le début : sa rencontre avec Roger, leur mariage, les regards en coin, les jalousies, les rumeurs et, surtout, les nombreuses tensions avec Ted, fils unique de Roger, parti combattre en Irak et mort au champ d'honneur. D'après Veronica, c'est à partir de là que Roger est vraiment mort. C'est à partir de là que les événements étranges se sont succédé. C'est à partir de là que la maison qu'ils habitaient, splendide demeure historique, est devenue le théâtre d'incidents défiant l'entendement. Tandis que Roger voulait se convaincre que son fils cherchait à communiquer avec lui depuis l'au-delà, sombrant dans les théories les plus abracadabrantesques, Veronica avait décidé de méditer la question à l'inverse : et s'il s'agissait plutôt d'assouvir une vengeance ? Et si la maison, pour quelque raison occulte que ce soit, était le réceptacle parfait pour faire payer à Roger ce que seule Veronica savait ? Car peu de temps avant la mort de Ted, elle avait vu Roger renier son fils dans une confrontation à la violence inouïe. Alors Veronica enquête, questionne, investigue... d'autant qu'elle est la seule victime des attaques spectrales de la maison et l'unique témoin de ces étranges changements de paysages qui semblent s'opérer par-delà ses fenêtres...
 
 John Langan
 
"Je ne pouvais pas m'empêcher que ça devait être formidable de s'identifier à un auteur au point que son œuvre devient une sorte de foyer. Enfin, jusqu'à ce que les murs se rapprochent, que les fenêtres se couvrent de sang et que tu te retrouves dans une autre histoire que celle que tu avais prévue."
 
    Ouvrage inclassable dans lequel on se perd comme dans un labyrinthe aux multiples passages secrets et double-fonds, House of Windows est un texte particulièrement déstabilisant. Ne donnant jamais de solution trop rapidement (ni de solution tout court, d'ailleurs), le livre contraint le lecteur à poursuivre, encore et encore, sa progression erratique dans les méandres de cette maison aux surprises plus déroutantes les unes que les autres. Réduire le livre de John Langan à une histoire de maison hantée serait limiter le roman à un motif archétypal qu'il dépasse de très loin, même si c'est au profit d'un enchevêtrement historico-artistico-occulto-psychologico-littéraire aussi confusant que séduisant. Pour apprécier House of windows, il faut accepter de ne pas avoir le contrôle et, tout comme le personnage de Veronica, de suivre les multiples pistes possibles (à défaut du plausible) pour tenter de comprendre les apparitions (ou les dissociations) à l'oeuvre.
 

 "Nous essayons continuellement d'inventer un récit qui donne du sens à nos vies. A l'époque, j'avais perçu cette affirmation comme une platitude de plus, mais depuis quelques semaines, je ne cessais d'y revenir. C'est la base de la psychanalyse, non ? Au lieu d'appeler cela "guérison par la parole", on ferait mieux de parler de "guérison par la narration". Dickens tente d'accepter les traumatismes de son enfance et ses ambivalences adultes en les écrivant encore et encore. Hawthorne essaie de s'affranchir  de son héritage puritain dans la plupart de ses nouvelles. Chaque fois qu'il t'arrive quelque chose – quelque chose de grave –, tu crées une histoire pour l'appréhender, le définir, sinon le contenir. C'était exactement ce que j'avais fait – simplement, là où des gens imaginaient des histoires écrites par Anne Tyler, les miennes l'étaient par Anne Rice."
 
    On a aussi pensé (quoique dans un registre différent) à Possession, d'A. S. Byatt, où la dimension universitaire omniprésente apportait une densité toute particulière à l'intrigue. Il en est de même ici : l'univers étudiant et la recherche littéraire, plus qu'un contexte ou un environnement décoratif, occupent une place prépondérante. Dickens, dont le personnage de Roger est un fervent admirateur, semble hanter ce roman bien au-delà de l'anecdote narrative, et plus encore lorsqu'on apprend à travers les recherches des protagonistes l'importance que l'occulte avait dans sa vie (intérêt par ailleurs véridique, ainsi que vous le confirmeront quelques rapides recherches sur la toile). Pour autant, entre la vengeance d'outre-tombe et l'hallucination collective provoquée par la culpabilité paternelle, de multiples interprétations restent possibles. John Langan nous les fait toutes explorer au fil de son roman, dans une ambiance de casse-tête apocalyptique sous substance. Il n'est d'ailleurs pas certain que vous aurez une solution définitive au bout du compte, mais comme l'a dit un grand sage : les questions sont plus importantes que les réponses.
 

"J'ai passé des heures à ruminer sur le destin de Roger, à spéculer, à élaborer des scénarios que j'estimais plausibles – encore que, dans un cas comme celui-ci, peut-on vraiment parler de plausibilité ? Mauvais choix, ce mot. Ce que tu veux, c'est une fin satisfaisante, autrement dit une fiction. Dans la vraie vie, il est rare qu'on obtienne une conclusion à la hauteur du récit, pas vrai ?"
 
En bref : Œuvre qui se réclame autant de la grande littérature que de l'horrifique, House of windows, sorte d'ovni aussi séduisant que déstabilisant, est avant tout une réflexion sur le deuil et la culpabilité. L'ensemble est servi dans un écrin au style impeccable, à la psychologie tortueuse et à la complexité vertigineuse. Une prose hallucinée qui fourmille de références classiques et qui en déroutera certainement plus d'un.

vendredi 26 juin 2026

The Book of Magic - Alice Hoffman.

Simon & Schuster, 2021.
 
    Depuis des siècles, la famille Owens est maudite en amour. Quand la douce Jet Owens entend le tic-tac du scarabée horloge de la mort, elle sait qu'elle n'a plus beaucoup de temps devant elle. Il se trouve qu'elle vient tout juste de découvrir comment mettre fin à la malédiction, mais il ne lui reste que sept jours à vivre.
    Ignorante de l'héritage occulte de sa famille et de ce qu'il implique, l'une des jeunes filles Owens tombe amoureuse. La malédiction frappe à nouveau et son petit-ami se retrouve brutalement entre la vie et la mort, catastrophe qui vient faire violence à trois générations de femmes Owens. Celles-ci sont alors contraintes de s'aventurer là où tout à commencé et de recourir à leurs dons pour briser le sort qui pèse sur leur destinée. Mais ce faisant, ne risquent-elles pas de détruire tout ce que leur famille avait si ardemment défendu jusque-là ? 
    Jusqu'où faut-il être prêt à aller pour changer son destin ?
 
Une superbe et inoubliable conclusion à la saga des Ensorceleuses 
 
***
 
    Plus que jamais il était temps de terminer ce livre et de lui consacrer un article : The Book of Magic, encore inédit en France (mais plus pour très longtemps), vient clore le cycle d'Alice Hoffman initié en 1995 avec Practical Magic, plus connu dans l'Hexagone sous le nom des Ensorceleuses. A l'époque one shot pour lequel elle ne prévoyait pas de suites, Practical Magic est rapidement devenu best-seller aux États-Unis, où son adaptation au cinéma quelques années plus tard a aujourd'hui acquis le statut de film culte. Lorsque l'autrice avait annoncé revenir à l'univers des Ensorceleuses en 2016, tout le monde s'était imaginé retrouver Sally et Gillian Owens, les protagonistes du roman. Alice Hoffman avait provoqué la surprise en offrant à ses lecteurs non pas une suite, mais un préquel centré sur la jeunesse des tantes Owens, Jet et Frances, que le film avait rendu ô combien sympathiques. Puis la romancière avait continué de remonter le temps, consacrant trois ans plus tard un roman à Maria, l'ancêtre des Owens, dans le contexte des chasses aux Sorcières du XVIIe siècle. C'est finalement en 2021 qu'elle revenait à Sally et Gillian, ses deux héroïnes originales, avec The Book of Magic, selon un cheminement narrativement cohérent où les différents fils du temps se rejoignaient avec une implacable justesse. Commencée il y a trois ans, notre lecture avait été interrompue par les aléas du quotidien ; la sortie au cinéma des Ensorceleuses 2, directement adapté de ce titre, en septembre prochain nous a poussés à reprendre le livre depuis le début pour dire adieu aux sœurs Owens comme il se doit.
 
"Sally faisait les cent pas. Elle savait reconnaître un signe de mauvais augure quand elle en voyait un. Un chat sur la route. Un nuage en forme de nœud coulant. Une enfant qui se sentait trahie par sa propre mère. La pleine lune s'élevant dans le ciel."
 
    Nous retrouvons donc ici les Owens quelque temps après les événements survenus dans Les Ensorceleuses. Les filles de Sally ont grandi : Antonia, célibataire, attend un enfant, et Kylie a pris conscience des sentiments qu'elle éprouve pour son meilleur ami Gideon. Mais l'amour, chez les Owens, n'est source que de malheurs. Alors quand la malédiction frappe à nouveau et que le jeune homme se retrouve dans un profond coma, Kylie décide de fuir les États-Unis à la recherche de réponses. Elle découvre par hasard un vieux grimoire, trouvé dans une cache secrète de la bibliothèque de la ville par tante Jet peu de temps avant sa mort. Le livre, recueil de magie noire, invite la jeune fille à s'envoler pour l'Angleterre, où son ancêtre Maria Owens est née plus de 300 ans plus tôt. Craignant qu'elle ne s'aventure sur le chemin des Arts Profanes, Sally, Gillian et Tante Frances s'envolent pour l'Europe afin de la retrouver. De son côté, Kylie rencontre Tom Lockland, un mystérieux jeune homme fasciné par l'occulte, qui lui promet de l'aider à vaincre la malédiction qui pèse sur les Owens. A moins que ses intentions réelles soient moins honorables...
 

"L'idée qu'il puisse y avoir à la bibliothèque un livre qu'elle ne connaissait pas rendait Sally nerveuse, car elle était persuadée d'être au fait de tout ce que contenait leur fonds. C'était ridicule : quel mal pouvait bien causer un simple livre ? Quel pouvoir pouvait-il avoir ? C'est alors que Sally se mit à courir, parce qu'elle avait la réponse à ces questions. Les mots étaient tout, les histoires étaient bien plus puissantes que n'importe quelle arme, et les livres changeaient des vies." 
 
    Dernier ouvrage consacré aux Owens, The Book of Magic est donc une suite directe de Practical Magic, mais fait surtout écho aux événements racontés dans Magic Lessons et aux origines de la malédiction familiale. Le grimoire au centre de l'intrigue, The book of raven, avait en effet été caché par Maria Owens elle-même dans ce précédent opus, avant qu'on ne le redécouvre ici dans l'un des murs de la bibliothèque de la ville. A la façon des préquels écrits par l'autrice, cet ultime titre se situe davantage dans l'univers du film adapté du roman d'Alice Hoffman que dans celui de son propre livre. Aussi y retrouve-t-on des éléments caractéristiques du scénario écrit pour le long-métrage de Griffin Dunne, à l'image de la malédiction jetée par Maria sur sa descendance et de quelques phrases ou expressions iconiques tirées du film.
 

"Vous pouvez passer votre vie entière sans voir ce que vous avez sous votre nez. Car voir et ouvrir les yeux sont deux choses très différentes ; c'est ce que vous ressentez au plus profond de vous qui compte, ce que vous savez sans qu'on ait eu à vous le dire."
 
    Mais ici, la malédiction n'est toujours pas vaincue et le second mari de Sally est décédé quelques années plus tôt, la laissant dans une tristesse infinie qui nous fait retrouver le personnage tel qu'Alice Hoffman l'avait dessiné dans Les Ensorceleuses version papier – c'est à dire beaucoup plus mélancolique et réservé que dans l'adaptation à l'écran. Gillian, forte de ses expériences, est quant à elle devenue plus sage et plus mûre que l'indomptable jeune femme qu'elle était. Les tantes, enfin, sont très proches de leurs modèles cinématographiques (tout comme elles l'étaient dans The Rules of Magic, le préquel qui leur était consacré), avec des personnalités très contrastées et un charisme qui les rend particulièrement attachantes.
 

"Faites un vœu et payez-en le prix. Commettez la moindre erreur et elle vous hantera. Aimez qui vous
voudrez. Rappelez-vous que les mots sont essentiels. Ne trahissez jamais votre parole." 
 
   Opus de la maturité qui vient montrer les conséquences de la perte et du deuil sur la famille Owens, ce dernier tome est aussi davantage du côté du magique que du côté réalisme, faisant basculer un peu plus ce cycle dans le fantastique. Les superstitions et croyances supposées d'autrefois ont très distinctement cédé la place aux sortilèges et aux incantations, ce qui positionne à notre sens ce dernier tome un cran en dessous des autres, bien qu'on ait pris un grand plaisir à le lire. Le style de l'autrice, en effet, est toujours d'une égale qualité, ensorcelant et incantatoire à souhait, parsemé d'évocations aussi poétiques que symboliques (Sally qui a perdu la faculté de percevoir la couleur rouge depuis qu'elle ne croit plus en l'amour, les tenues blanches qu'on se doit de porter les jours de deuil, la tarte aux pommes qu'il est recommandé de cuisiner pour en appeler au retour d'une fille disparue...).
 

"Qu'elles soient seules ou séparées, qu'elles soient dans le besoin ou face à de gros problèmes, qu'elles recherchent la connaissance, un visage ami, ou simplement un téléphone pour appeler la maison, elles pouvaient trouver tout cela dans une bibliothèque."
 
    En confrontant les Owens à leurs origines et à des secrets de familles ancestraux après trois tomes traversant les générations, Alice Hoffman montre ici la nécessité de la transmission et l'éclairage que les événements du passé apportent sur les événements du présent. L'univers des Ensorceleuses dépasse donc ici le cadre de la simple fiction en se faisant récit familial et transgénérationnel. L'autrice double cette parabole d'un véritable hommage aux pouvoirs de la littérature et à l'importance des bibliothèques, citant au fil des pages de nombreux classiques des lettres américaines, de Ray Bradbury à Emily Dickinson, et rappelant ainsi que les mots, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent, sont toujours une forme de magie.
 

"Quelle chance elles avaient eue d'être élevées par des femmes qui leur avaient transmis ce qu'il y avait de plus important au monde. Lisez autant de livres que vous le pouvez. Préférez toujours le courage à la prudence. Prenez le temps d'aller à la bibliothèque. Cherchez la lumière dans les ténèbres. Ayez confiance en vous. Retenez que l'amour est ce qui compte le plus." 
 
En bref : Dernier chapitre de la saga des Ensorceleuses, The Book of Magic nous fait retrouver les personnages de Sally et Gillian Owens quelques années après les événements du premier livre, dans un univers enrichi de ce que le lecteur a appris des préquels et des nombreux secrets de famille des Owens. Plus fantastique que les précédents titres du cycle d'Alice Hoffman, cet ultime roman se veut un hommage au pouvoir des livres et des histoires, mais surtout une métaphore joliment élaborée de l'importance de la transmission familiale. S'il n'est à notre sens pas le meilleur des quatre tomes consacrés aux Owens, il nous permet de leur faire nos adieux dans l'émotion... en attendant de les retrouver à l'écran en septembre prochain !
 
 
Et pour aller plus loin...