dimanche 31 mai 2026

Emilie du Châtelet, la scientifique des Lumières - Sylvie Baussier.

Éditions Scrineo, collection "Destinées", 2026.
 
    Émilie du Châtelet naît en 1706, quasiment en même temps que le siècle des Lumières dont elle va incarner la liberté d’esprit.
    Dès son enfance, encouragée par son père, elle veut comprendre les lois de l’univers et se passionne pour les sciences. Mariée à 19 ans, elle garde sa précieuse liberté. Elle en profite pour étudier et s’amuser. Car elle aime aussi les jeux d’argent, les belles robes et les hommes séduisants. Sa rencontre avec Voltaire, poète philosophe, est une évidence : ensemble, ils vont partager une maison, un laboratoire, des débats enflammés. Sera-t-il son allié pour pénétrer le monde des sciences, si masculin et si dur avec les femmes savantes ?
 
Une biographie romanesque qui met en lumière une femme injustement oubliée par l’histoire.
 
***
 
     On suit depuis quelques années déjà l'actualité de la collection "Destinées" – qui n'est pas sans évoquer la collection "Destins" des éditions Albin Michel, l'une et l'autre proposant des biographies romanesques de personnalités historiques. L'an dernier, nous avions partagé notre avis sur Marie Curie, la femme de sciences, également de Sylvie Baussier pour cette même collection. Ce tout nouveau titre consacré à la marquise du Châtelet est à retenir, ne serait-ce que pour son sujet : rares sont les publications pour la jeunesse qui se sont attachées à raconter la vie de la Divine Émilie ! Si vous nous suivez de longue date, vous n'êtes pas sans savoir que l'on voue une passion sans borne à cette femme et qu'on lui a déjà consacré de nombreux articles. Il était donc impossible de ne pas jeter un œil à ce roman, d'autant que les éditions Scrineo avaient de nouveau misé sur une couverture délicieusement graphique, mettant ici en évidence les couleurs symboliques d’Émilie du Châtelet, le bleu et le jaune.
 
Emilie du Châtelet, d'après Marianne Loir.
 
    Mais voilà : s'il est tout à fait honorable pour cette autrice de mettre le personnage et la vie d'Emilie du Châtelet à hauteur des jeunes lecteurs, le fait qu'on ait passé plus de dix ans à faire des recherches et à écrire sur elle –consultant ses archives disparues miraculeusement retrouvées au détour des années 2010, lisant l'intégralité de ses correspondances et traquant dans le moindre catalogue de musée ou de vente aux enchères le plus petit portrait la représentant ou les objets lui ayant appartenu – fait de nous un lecteur beaucoup trop critique.
 
Le château de Cirey, où Émilie vécut avec Voltaire.
 
    Aussi, il nous a été difficile de pleinement apprécier cet ouvrage, dans lequel on a malgré nous traqué les erreurs historiques, même lorsqu'elles étaient minimes (entre autres : les yeux d’Émilie étaient verts, et non marron – voyez ici le degré de notre obsession) et regretté des ellipses dommageables à la compréhension du personnage. Car, comme c'était déjà le cas pour Marie Curie, la femme de sciences, Sylvie Baussier raconte la vie d’Émilie en s'arrêtant sur des scènes clefs de son histoire, entrecoupées de plusieurs années et s'enchaînant ainsi jusqu'à sa mort. Un tel procédé narratif amène nécessairement à faire des choix : mettre en lumière certains instants et en passer d'autres sous silence ; il nous semble que parmi ceux-là, certains manquent cruellement à ce roman, à l'image de sa tentative de suicide en 1728.
 
 Le théâtre de poche d’Émilie, dans les combles du château de Cirey.
 
    Sylvie Baussier reprend certaines anecdotes historiques qu'on redécouvre avec plaisir (comme celle du compas transformé en poupée), mais l'ensemble colle encore trop à une fiche Wikipédia : on a davantage l'impression de suivre une ligne chronologique étoffée qu'un roman biographique, et on regrette certains dialogues un peu faux, visant à transmettre de l'information sous couvert des échanges entre les personnages. Comme on l'avait reproché pour Marie Curie, la femme de sciences, ce livre sur Emilie souffre d'un style beaucoup trop explicatif : la narration ne restitue pas le tempérament virevoltant du personnage, encore trop proche de la silhouette brièvement esquissée par un manuel scolaire.
 

En bref : Si l'exercice est honorable et qu'on ne peut qu'applaudir l'entreprise de l'autrice de consacrer un roman jeunesse à Émilie du Châtelet, ce titre de la collection "Destinées" est à notre sens un peu trop convenu. Plus proche du documentaire que du roman et enchaînant les scènes au rythme de l'inventaire dépassionné, Emilie du Châtelet, la scientifique des Lumières souffre d'un traitement un peu trop scolaire. Émilie, femme de contrastes et de contradictions, y est encore trop nuancée, et si le livre a le mérite de faire découvrir cette incroyable figure historique aux plus jeunes, il aurait gagné à être moins académique - tout ce que la Divine Émilie n'était pas. Admettons cependant que nous n'étions pas le public visé, et espérons que cet ouvrage trouvera son lectorat.
 
 
 
Merci à NetGalley et aux éditions Scrineo pour cette lecture.
 
 
Et pour aller plus loin... 
 

vendredi 15 mai 2026

Les Ensorceleuses : le retour (et plus encore !)

 

    On en avait parlé sur les réseaux il y a trois, deux ans, puis l'année dernière : Practical Magic, le célèbre film Les Ensorceleuses, d'après le best-seller éponyme d'Alice Hoffman, va (enfin!) avoir droit à sa suite au cinéma. Si vous êtes un habitué du blog, vous savez à quel point ce film a bercé l'adolescence de votre humble serviteur, comme l'a fait tout l'univers des Owens imaginé par l'autrice américaine. Le roman, déjà très apprécié lorsqu'il avait été adapté au cinéma en 1998, avait donné naissance à un film d'abord boudé par la critique... avant de devenir culte avec le temps.
 
    Les rumeurs d'une suite, aussi bien à l'écran qu'en livre, avaient commencé à circuler dès la fin des années 2000 : Sandra Bullock et Nicole Kidman, les deux actrices principales, ainsi qu'Alice Hoffman, étaient régulièrement interrogées à ce sujet. La romancière avait été la première à ouvrir les festivités : en 2017, elle publiait non pas une suite, mais – oh, surprise ! – The Rules of Magic, un préquel consacré à la jeunesse de Jet et Frances, les deux tantes fantaisistes des héroïnes. 
 

    Très vite, une mini-série adaptée de ce titre encensé par la critique avait été annoncée par HBO, avec Denise Di Novi (productrice du film original) de nouveau à la production... avant que la crise sanitaire ne conduise à l'annulation du projet. Côté littérature, en revanche, Alice Hoffman n'était pas en reste : avait en effet suivi Magic Lessons, un second préquel cette fois consacré à Maria Owens, avant qu'elle ne revienne à Sally et Gillian dans The Book of Magic, cette fois suite directe des Ensorceleuses. D'un roman initialement destiné à n'être qu'un one shot, l'autrice avait redessiné une saga familiale complète aux multiples échos et connexions d'un opus à l'autre.
 
    Une fois The Book of Magic publié, les rumeurs d'une suite à l'écran s'étaient plus que jamais intensifiées, jusqu'à voir apparaître un beau jour sur les réseaux ce visuel, qui avait trompé tout le monde :
 

    Après avoir émoustillé les fans de la première heure, il avait été révélé qu'il ne s'agissait en aucun cas d'une annonce officielle, mais bien d'un fake. Mais d'un fake visionnaire, peut-être ? Car si bon nombre d'amoureux des Owens avaient été amèrement déçus, la publication avait fait suffisamment de bruit pour laisser planer le doute. Il n'est pas impossible, à ce stade, que ce post ait officiellement relancé la machine et convaincu les producteurs : un an après cette fausse bonne nouvelle, Nicole Kidman annonçait le retour à l'écran des Ensorceleuses. Interrogée à ce sujet il y a peu de temps, Sandra Bullock a confié que la sortie du roman The Book of Magic avait eu un rôle capital dans la mise en chantier de cette suite : "On nous a souvent réclamé une suite. Cette fois, c'était le bon moment : tout était dans The Book of Magic".
 
    Désormais productrices aux côtés de Denise Di Novi, les deux actrices principales ont retrouvé à l'écriture le scénariste Akiva Goldsman, qui avait déjà assuré le script du premier film. A la réalisation, cependant, Griffin Dunne a cédé sa place à Susanne Bier. Pas de changement en revanche en ce qui concerne la bande-originale, qui devrait toujours être assurée par le magicien Alan Silvestri.
    Au casting, les fans ont eu la joie de voir annoncées Stockard Channing et Diane Wiest, de retour pour interpréter les célèbres tantes, mais ont un peu boudé lorsque Kylie et Antonia, les filles de Sally (Sandra Bullock) ont fait l'objet d'un recast : Evan Rachel Wood, qui incarnait l'aînée, a confié avoir été très déçue de ne pas avoir été rappelée. Le binôme initiale a été remplacé par deux interprètes certainement plus bankable aux yeux de la production, Joey King et Maisie Williams (nous ferons personnellement partie de ceux qui regretteront les deux actrices originales).
 
Le manoir des Owens, reconstruit dans les studios anglais de Warner Bros.
 
    Mais une question persistait encore : la maison des Owens serait-elle reconstruite pour l'occasion ? Objet de tous les fantasmes du premier film, le superbe manoir familial n'était qu'une coquille vide, une structure conçue intégralement pour les besoins du long-métrage par Robin Standefer et Stephen Alesch sur l'île de San Juan, dans l'état de Washington, puis détruite par la suite. Sa réplique exacte a été rebâtie pour l'occasion, mais cette fois-ci en Angleterre, dans les studios Warner Bros (à deux pas des décors de la nouvelle série Harry Potter et des studios désormais ouverts au public). Ce second film a en effet été entièrement tourné outre-Manche, où se déroule aussi une partie de l'intrigue. Une banlieue de Londres a par ailleurs été redécorée afin de ressembler aux villes de la Nouvelle-Angleterre et aux extérieurs du film de 1998 – nous ne reverrons donc pas la charmante île de Coupeville, où s'étaient posées les caméras de Griffin Dunne il y a 28 ans.
 
 Il n'y a rien qui ressemble plus à la Nouvelle-Angleterre que... l'Angleterre !
 
    Le tournage de Practical Magic 2 a ainsi eu lieu l'été dernier, et une première bande-annonce a été dévoilée fin avril : ce trailer, véritable sortilège appelant à la nostalgie, nous rappelle par ses nombreux clins d’œil le premier film (la chanson Coconut, qu'on associe immanquablement aux Midnight Margaritas, la cuillère qui s'agite toute seule dans le mug, mais aussi les Owens qui sautent du toit du manoir), mais donne aussi de nombreux indices sur la nouvelle intrigue. Ceux-là laissent deviner une certaine fidélité du scénario au roman The Book of Magic, avec un voyage qui amènent les Owens à enquêter en Grande-Bretagne sur les origines de leur ancêtre Maria. On a par ailleurs le plaisir de retrouver Lee Pace (inoubliable pâtissier de Pushing Daisies) dans un rôle qui aura son importance... Hâte d'être le 9 septembre 2026, pas vous ?
 
 
 
    Mais est-ce la seule bonne nouvelle de cet article ? Évidemment que non !
 
    Nous avons la chance d'avoir pu lire les autres romans d'Alice Hoffman consacrés aux Owens en version originale, désespéré de ne pas voir se profiler de traduction française. Le premier opus, Les Ensorceleuses, avait bien bénéficié d'une traduction chez Flammarion, mais celle-là commençait à dater et le roman était tombé depuis longtemps dans l'oubli. A l'annonce du projet de suite au cinéma, nous avons commencé à secouer notre réseau, amis et connaissances dans le milieu de l'édition, jusqu'à faire mouche : il y a un peu plus d'un an, nous en avons touché deux mots à une amie éditrice, elle aussi grande fan du premier film depuis l'adolescence. L'idée a fait son chemin et voilà que Les Ensorceleuses paraîtra en juillet prochain dans une toute nouvelle traduction chez Verso, sous cette très belle couverture de l'illustratrice Micaela Alcaino, issue d'une précédente édition espagnole :
 

    Cette sortie vous permettra de (re)découvrir le roman initial avant de vous plonger dans l'ultime opus de la saga, puisque The Book of Magic est d'ores et déjà annoncé en France pour le 4 septembre prochain sous le titre Le grimoire des ensorceleuses, à quelques jours de la sortie au cinéma des Ensorceleuses 2. Pas encore d'information concernant une traduction éventuelle des deux préquels, The Rules of Magic et Magic Lessons, ce qui est fort dommage tant ces deux-là gagnent à être lus avant The Book of Magic, pour des questions de compréhension globale de l'intrigue de fond. Espérons que ce nouvel ordre de publication ne perdra pas les futurs lecteurs français et qu'ils seront nombreux au rendez-vous. De notre côté, nous avons déjà hâte de ranger ces ouvrages aux côtés de leurs versions originales dans nos étagères.
 
Trailer pour la sortie chez Verso des Ensorceleuses
 
 
    Mais ce n'est pas tout (non, non)...
 
   Et si l'on vous disait que Les Ensorceleuses sera prochainement adapté pour les planches ? Et plus exactement pour Broadway, sous forme d'un musical ?
 

    La nouvelle a été annoncée il y a quelques mois : cette version sera une transposition du roman et du film de 1998 ; elle sera mise en scène par Maria Friedman, connue de la scène et de la télévision britanniques, et co-écrite par Alice Hoffman elle-même et Peter Duchan. A la musique, nous retrouverons ni plus ni moins que la talentueuse Norah Jones, dont l'univers semble avoir toujours collé à celui des Ensorceleuses !
    Peu de temps après cette annonce, Alice Hoffman s'est confiée sur ce projet déjà bien engagé : "Je suis ravie de travailler avec mes incroyables collaborateurs pour porter Practical Magic sur scène. Cette histoire d'amour et de fraternité est faite pour le théâtre. La musique est le cœur et l'âme de Practical Magic, on peut l'entendre en lisant le livre, même si elle n'y est pas. Maintenant, vous entendrez enfin l'histoire comme je l'ai toujours imaginée. Vous entendrez de la magie." (source : broadwayworld.com). 
 
 
 
Il ne fait aucun doute que 2026 sera l'année de Practical Magic.
 
     On ne manquera évidemment pas de vous tenir au courant des nouvelles et de ressortir quelques articles de nos archives... et peut-être d'inaugurer quelques nouvelles gourmandises littéraires, qui sait ?
 
 
 
     Les archives du Terrier : notre Halloween 2017 consacré aux Ensorceleuses...