The little stranger, Vigaro Press, 2009 - Editions Denoël, 2010 (traduction par Alain Defossé) - Editions 10/18, 2011.
Au hasard d'une urgence, Faraday, médecin de campagne, pénètre dans la
propriété délabrée qui a jadis hanté ses rêves d'enfant : il y découvre
une famille aux abois, loin des fastes de l'avant-guerre. Mrs Ayres, la
mère, s'efforce de maintenir les apparences malgré la débâcle pour mieux
cacher le chagrin qui la ronge depuis la mort de sa fille aînée.
Roderick, le fils, a été grièvement blessé pendant la guerre et tente au
prix de sa santé de sauver ce qui peut encore l'être. Caroline, enfin,
est une jeune femme étonnante d'indépendance et de force intérieure.
Touché par l'isolement qui frappe la famille et le domaine, Faraday
passe de plus en plus de temps à Hundreds. Au fil de ses visites, des
événements étranges se succèdent : le chien des Ayres, un animal
d'ordinaire docile, provoque un grave accident, la chambre de Roderick
prend feu en pleine nuit, et bientôt d'étranges graffitis parsèment les
murs de la vieille demeure. Se pourrait-il qu'Hundreds Hall abrite
quelque autre occupant?
« Il semblerait qu'avec cette romancière particulièrement douée, les derniers vestiges du gothique aient fini par s'écrouler. »
François Rivière, Le Figaro littéraire
François Rivière, Le Figaro littéraire
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A l'occasion d'Halloween et pour tous ceux qui ont aimé La séance (chroniqué l'an dernier), je vous propose de découvrir cet autre roman écrit à la façon des bonnes vieilles histoires de fantômes à l'anglaise. Sarah Waters, connue et encensée pour ces nombreux ouvrages toujours riches de leur reconstitution historique (on lui doit les célèbres Caresser le velours et Du bout des doigts, tous deux adaptés pour le petit écran), s'essaye donc à un exercice de style intéressant dans la droite lignée d'Henry James et E.A.Poe.
Couvertures des éditions originales anglaises, grands formats cartonné puis souple, et poche.
Si L'indésirable provoquera bel et bien vos frayeurs nocturnes (je vous mets au défi de vous relever ne serait-ce que pour aller boire un verre d'eau si jamais il vous avait pris l'envie de le lire en pleine nuit, à la lueur de la lampe de chevet), il est d'un style plus mesuré que La Séance. Moins "pastiche", dirons nous ; en effet, Sarah Waters ne monte pas sa trame autours d'un enchainement de péripéties étranges et manifestations fantastiques, préférant jouer sur la mise en place d'une tension, d'une atmosphère qui se pique peu à peu de détails étranges avant de sombrer lentement dans une angoisse sourde. En cela, il s'agit d'un écrit dans la pure tradition du genre fantastique, à savoir une situation du réel perturbée par des éléments d'ordre métaphysique qui instaurent le doute chez le lecteur.

Couvertures de l'éditions française québécoise et de l'édition poche hexagonale, chez 10/18.
Car c'est le maitre mot de cette intrigue : le doute. Sarah Waters fait planer juste ce qu'il convient de bizarrerie pour glacer le lecteur, sans l'encombrer de ressorts scénaristiques à tire larigot ou de clichés inhérents aux histoires de fantômes. Chaque manifestation "paranormale" se déroule comme "hors-champs" de notre lecture, pour être découvert par le narrateur après coups, ou lui être rapporté des témoins directs. Alors, s'agit-il d'actes d'un esprit malin sorti de la tombe, ou de gestes prémédités d'un manipulateur dissimulé en coulisse? A moins, autre explication, que ces étranges phénomènes soient la manifestation d'un inconscient malade? La réponse tient peut-être bien dans l'ultime phrase du roman...



Les attrayantes couvertures de quelques éditions étrangères : Tchécoslovaquie, Finlande, et Espagne.
Enfin, ajoutons à cela que l'auteure nous régale d'une reconstitution minutieuse de l'Angleterre d'après-guerre, où les familles issues de la noblesse d'avant croulent sous la décrépitude et les dettes. La question des classes est ainsi présente en filigrane et Sarah Waters met en place un vrai jeu des relations et codes sociaux qui intensifie le réalisme du récit. Un peu comme si Le tour d'écrou se passait dans Downton Abbey!
En bref : Certes moins palpitant qu'un roman d'horreur écrit selon les codes contemporain, ce beau pavé n'en reste pas moins une excellente histoire de fantôme à l'ancienne qui sait en même temps s'affranchir de ses inspirations. D'une main plume de maître, Sarah Water signe un thriller psycho-métaphysique glaçant tout en atmosphère, une histoire que n'aurait pas reniée Henry James lui-même.
Et pour aller plus loin...








































