vendredi 6 octobre 2017

Les ensorceleuses - Un film de Griffin Dunne d'après le roman d'Alice Hoffman (1998).



Les ensorceleuses
(Practical Magic)

Un film de Griffin Dunne d'après le roman d'Alice Hoffman - 1998.

Avec : Sandra Bullock, Nicole Kidman, Dian Wiest, Stockard Channing, Goran Visjnic, Aidan Quinn, Evan Rachel Wood, Camilla Belle...

  Élevées par leurs tantes excentriques, Jet et Frances, dans une antique résidence, Sally et Gillian Owens se sont toujours senties différentes. En ce lieu propice à la magie et à la sorcellerie, elles ont appris les rites étranges que leurs ancêtres se transmettaient. Mais jalousées, enviées et redoutées, Sally et Gillian ont été rejetées. La première a tenté de mener une vie normale, mais n'a pu déjouer la malédiction qui pesait sur elle. La seconde a accepte sa différence et sa rencontre avec le satanique Jimmy va déclencher des forces qui la dépassent.  

***

  Si je ne devais citer qu'un seul film de sorcières, ce serait celui-là. A mes yeux, il est LE film. Quelle meilleure occasion que le rendez-vous cinéma du challenge halloween 2017 pour en parler?  Ce long-métrage de Griffin Dunne motivé par la productrice Denise Di Novi (productrice d'Edward aux mains d'argent et d'autres premiers succès de Burton) est adapté du roman Practical Magic (en France Drôles de meurtres en famille puis, les ensorceleuses après la sortie du film), d'Alice Hoffman. L'auteure, qui avait rencontré le succès avec son premier roman Property Off, avait connu l'apogée avec ce livre de "magic realism" : deux sœurs à la fois semblables et différentes, une Amérique pétrie de son héritage folklorique, des figures matriarcales hautes en couleurs, des superstitions et, dans tous ça, les affres de l'amour. Moins connu en France, le roman Practical Magic avait provoqué une véritable tornade outre-Atlantique et était rapidement devenu best-seller.



  Le film commence avec une légende, une histoire de famille : dans l'Amérique puritaine du XVIIème siècle et un décor qui nous évoque les sorcières de Salem, la populace d'une petite île s'apprête à pendre la belle Maria Owens pour pratique de la magie. Mais parce qu'elle possède réellement ce don, elle réchappe de son sort et vit désormais recluse avec le bébé qui grandit dans son ventre, et en attendant que son amant la rejoigne. Mais parce qu'il l'abandonne, elle se jette un sort pour ne plus connaître l'agonie de l'amour, un sort qui devient une malédiction : tout homme qui osera aimer une femme Owens mourra fauché dans la fleur de l'âge après avoir assuré leur descendance. Cette histoire est racontée par les tantes Owens, Jet et Frances, vieilles filles charismatiques, à leurs petites nièces orphelines accueillies dans leur grande demeure familiale, Sally et Gillian. Les siècles ont passé, mais sur l'île, l'opinion des autochtones est restée la même et l'on continue de les montrer du doigt : "sorcières!" siffle-t-on entre les dents. Il n'est pourtant pas rare de voir ces mêmes vieilles mégères superstitieuses venir toquer à la porte des Tantes pour réclamer quelque charme amoureux... Grandissant dans cette atmosphères plutôt atypique, Sally choisit de brider ses dons et de devenir une jeune fille sage, celle qui ne tombera jamais amoureuse, tandis que Gillian, beaucoup plus délurée que son aînée, s'assume complètement et ne tarde pas à s'enfuir avec son premier amant. Mais bien des années plus tard, la voilà qui appelle Sally au secours : son nouveau Jules, Jimmy, est un fou dangereux et violent... En tentant de lui échapper, les sœurs l'empoisonnent (accidentellement?) à la belladone, ce qui est loin de résoudre le problème : une fois mort, Jimmy, depuis sa tombe, est encore plus dénaturé. Une aura néfaste s'empare alors peu à peu de la maison des Owens...

 

  Conformément à toute adaptation qui se respecte, le scénario choisit très vite de prendre des distances plus ou moins grande avec le récit original : partant du roman, il remanie quelques éléments, en fait disparaitre certains, en accentue d'autres, et en ajout, parfois. Dans le texte original, le tour de force littéraire était de nous parler de sorcellerie sans jamais la nommer, remplissant ainsi à la perfection les codes du magic realism : aucune manifestation de magie avérée, d'apparition inexplicable ou autre jet d'étincelles. Seulement des faits et une ambiance qui invite le lecteur à la possibilité d'une explication vaguement surnaturelle. Le film troquant les mots pour l'image - et peut-être aussi pour brasser un plus large public -, rend très vite plus concrète l'existence de la magie : les Owens sont dès le départ baptisées sorcières et l'on parle sans détour de malédiction. Malgré cela et quelques effets spéciaux dans les scènes finales, on doit reconnaître une sobriété globale qui  fait honneur au film et lui donne une épaisseur inattendue au regard du synopsis de départ.

La vie au manoir des Owens : 
"du gâteau au chocolat au petit-déjeuner et surtout, on ne s'ennuie avec avec des choses inutiles comme les devoirs ou se laver les dents".

"Ma chérie, 
quand comprendras-tu qu'être normal n'est pas nécessairement une vertu?
Cela dénote plutôt d'un manque de courage!" 

  En effet, il se dégage de ces Ensorceleuses un... sentiment surnaturel de normalité! Le jeu des actrices principales y est pour beaucoup, toutes deux offrant une prestation d'une sincérité qui invite à l'identification : alors qu'elles ne se connaissaient que de réputation avant le tournage, elles donnent l'impression d'être réellement sœurs. Elles s'aiment comme des sœurs, rient comme des sœurs, se disputent comme des sœurs. Sandra Bullock joue à merveille la mère courage qui tente de se satisfaire de sa vie rangée et Nicole Kidman, qui n'était pas encore la star qu'on connait aujourd'hui, est méconnaissable dans le rôle de cette adulte-ado lascive et un peu fofolle à la fois. Toutes deux irradient l'écran d'une spontanéité très crédible face aux situations complexes auxquelles elles se trouvent confrontées, choisissant l'option de la magie lorsqu'elles sont poussées à leur dernière extrémité, tandis qu'elles se limitent au quotidien à deviner les signes dans les phases de la lune. 

 les superbes intérieurs du manoir Owens...

  La magie, dans ce film, est évidemment incarnée par les décors de la superbe maison des Owens. De la vague bâtisse aux meubles de merisier décrite dans le livre, le film a fait une bâtisse victorienne qui sent bon le poids des ans, à l'intérieur comme chargé d'une âme, d'une aura enchanteresse, propre aux vieilles demeures. Cette maison, c'est l'univers des Tantes, que l'on croise à peine dans le roman et que l'adaptation a l'excellente idée de mettre au premier plan : présentes quasiment du début à la fin du film, elles apportent la touche de magie assumée et exubérante. La costumière a du énormément s'amuser avec ces deux personnages de matriarches extravagantes : le roman décrivait deux vieilles femmes en bottines à lacets, le film en fait deux douces parias totalement fantasques qui persistent à s'habiller à la mode edwardienne à la veille du XXIème siècle. Il faut applaudir le talent des deux actrices, prodigieuses : Stockard Channing, grande actrice américaine de théâtre, cinéma et télévision, incarne la cynique Frances, et la géniale Diane Wiest (en son temps égérie de Woody Allen), la douce et maternelle Jet. Elles sont respectivement le sel et le sucre de ce film, selon Denise Di Novi. Le plus drôle est que le doublage français leur a attribué un accent anglais! Si cela est d'une totale incohérence, la raison est que Stockard Channing se doublant elle-même, il fallait nécessairement que la voix française de sa collègue soit également marquée d'un accent, et le résultat ajoute encore un peu plus de charisme à ces deux adorables vieilles filles!

Stockard Channing (Frances) et Diane Wiest (Jet)

  A sa sortie, le film ne rencontra pas le succès escompté. Mais le plus étrange est que sa renommée s'est construite sur la durée, que de nombreuses communautés de fans se sont créées par la suite, et en parlent encore aujourd'hui! Alice Hoffman - qui confia pour sa part avoir été enchantée par cette adaptation - et Denise Di Novi sont régulièrement accostées par des fillettes qui le revendiquent comme étant leur film favori.


  On avait reproché au film de ne pas avoir su choisir entre comédie, fantastique, et romance. Mais pourquoi faudrait-il choisir? Griffin Dunne avait, selon Nicole Kidman, un goût tout aussi prononcé pour le macabre que pour la fantaisie, deux atmosphères que l'on retrouve à égales mesures sans jamais chuter dans le mauvais goût ou l'excès : à l'émotion suivent des scènes à pleurer de rire (Oh, la margarita de minuit et les quatre sorcières complètement ivres - tout comme les actrices, parait-il, après de trop nombreuses prises et une tequila de mauvaise qualité!). Après tout, la vie elle-même n'est définitivement ni tragique, ni romantique, ni comique : c'est un charmant florilège de tout cela à la fois. Et c'est peut-être ce qui explique qu'on se sente si proche des personnages et de leur histoire en dépit des quelques manifestations supranormales et de la toile de fond fantastique : Practical Magic parle tour à tour d'héritage, de deuil, de famille, de préjugés, de refoulement, d'acceptation et même d'amour, par ailleurs sans jamais tomber dans la niaiserie.

 " As tu déjà ouvert les bras et tourné très vite sur toi même ?
C'est a ça que l'amour ressemble...
ça te fait battre le cœur ça te change complètement le monde!
Mais si tu ne fais pas attention, si tu ne gardes pas les yeux sur un point fixe, tu ne vois pas ce qui arrive... Tu ne vois pas que tu vas tomber ! "

La lettre de Sally à Gillian, un de mes passages préférés.

  Encore aujourd'hui, presque vingt ans après sa réalisation, on aime encore ce film. C'est d'ailleurs le sujet d'un récent article de l'auteure Carolyn Turgeon : comme pour elle, regarder Practical Magic revient à nous laisser nous immerger dans une atmosphère parfumée et chaleureuse ; c'est l'envie de quitter notre quotidien plat et insignifiant pour, après quelques instants dans cet univers,  retourner à notre train-train avec la volonté d'y déchiffrer nous aussi les petits signes du destin. 

  Et enfin, le petit plus qui ne gâche rien, la bande-origniale, composée pour moitié de thèmes originaux d'Alan Sivestri et de chansons pop-folk des années 90, est des plus entrainantes!

Thème principal du film, par le compositeur Alan Silvestri

En bref : Que dire de plus si ce n'est, de façon totalement subjective, que c'est le meilleur film de sorcières?

mercredi 4 octobre 2017

Gourmandise littéraire : Midnight Margaritas des Ensorceleuses.



  Impossible de passer à côté de cet élément si l'on parle des Ensorceleuses (Practical Magic) d'Alice Hoffman, ou de son adaptation au cinéma. Si le roman d'origine est ponctué de nombreuses références culinaires, le film, faute de mots, glisse dans les images les détails qui nous plongent de manière subliminale dans une ambiance où la cuisine est très présente. Les tantes Owens qui papotent en glaçant des cupcakes tandis que les toasts grillent, Sally qui prépare des pancakes pour le petit-déjeuner, ou encore leur superbe cuisine au gigantesque fourneau, l'un des plus beaux décors du film.

" Il fait si sombre dans la chambre qu'il faut un moment à Gillian pour comprendre que la masse sous les couvertures est, bien entendu, une forme humaine. Quand il s'agit de s'apitoyer sur son propre sort et de désespérer, Gillian n'a pas son pareil. Vu son expérience, elle peut aussi faire son diagnostic en deux secondes. Le remède, elle le connait aussi. Ignorant les protestations des filles qu'elle expédie au lit, elle va à la cuisine préparer un pichet de margarita. Elle attrape deux verres dont elle trempe le bord dans du gros sel, apporte le tout dans le jardin, à côté des deux transats installés près du petit potager où les concombres s'efforcent de pousser.
(...)
  Gillian lève son verre en direction de la tombe de Jimmy.
- Adios, chéri, dit-elle.
  Elle tremble en prenant une gorgée de margarita.
- Au revoir et bon débarras, lance Sally dans l'air humide."

Les ensorceleuses (Practical Magic), Alice Hoffman, Editions Flammarion, 1996.

  La margarita, évoquée dans le roman alors que Sally et Gillian, insomniaques, trinquent au-dessus de la tombe de l'ex-petit ami de cette dernière (qu'elles ont accidentellement assassiné puis volontairement enterré dans le jardin) devient grâce au film un élément symbolique et indissociable des sœurs Owens. En effet, dans l'adaptation de Griffin Dunne, on devine que la "Margarita de Minuit" des tantes Owens est une tradition de la maison, et on n'ose imaginer depuis quel âge Sally et Gillian ont le droit d'y participer! La scène reste mémorable (mais la vidéo ne vous spoilera pas : le passage le plus hilarant se situe juste après. Pour le découvrir, il vous faudra voir le film!)...


   Pour la petite histoire, la Margarita est un cocktail originaire du Mexique qui emprunterait sa base au cocktail Daisy (soit "marguerite" en français, d'où le nom "margarita") mais en remplaçant le Brandy par la Tequila, boisson plus locale. Si le verre de Margarita se sert traditionnellement le bord humidifié de citron vert et enduit de sel, c'est que celui-là fait office d'exhausteur de goût de la Tequila (que l'on boit d'ailleurs pure après avoir versé du sel sur ses lèvres, selon la tradition).


Pour un verre :

- 30 ml de Tequila
- 20 ml de cointreau
- 20 ml de jus de citron vert
- quartier de citron vert et sel pour le service
- glaçons


A vos Chaudrons! 


- Versez la tequila, le cointreau, et le jus de citron dans un shaker ou un blender puis secouez énergiquement ou mixez.
- Humidifiez le bord du verre sur toute sa longueur avec le quartier de citron, faites un tas de sel sur le plan de travail, puis venez y frotter le bord du verre : le sel viendra se coller sur son pourtour.
- Versez le mélange dans le verre avec deux glaçons, puis glissez le quartier de citron préalablement fendu sur le bord.


  A déguster en dansant et en chantant sur la tombe de votre ex-amant, et en maudissant les mauvais esprits dans le rire et l'ivresse!

Les sorcières d'Astria #3, "Le secret de l'arbre aux épines" - Marliese Arold.

Das Rätsel  des dornenbaums (Magic Girls #3), Ars edition, 2008, 2011 - Editions Bayard Jeunesse (trad. de S.Roussel), 2015.




  Depuis que Léon, le père d'Eléna, a révélé qu'il était un agent secret, la petite sorcière n'est pas tranquille. Et si sa mission le mettait en danger ? Or, voilà qu'il demande qu'on le rejoigne dans le Val de l'Arbre aux épines pour combattre les forces obscures. Seulement, aucun adulte n'est à la maison. Eléna et son amie Roxane ont très envie d'aller l'aider... Mais leurs pouvoirs magiques seront-ils à la hauteur ?


***


  Après avoir lu les tomes 1 et 2 de cette récente saga de comédie fantastique pour la jeunesse, je profite du challenge Halloween 2017 et sa thématique sorcellerie pour présenter le troisième opus. Dans les ouvrages précédents de cette série allemande, nous avions fait connaissance avec les Bredov, familles de sorciers originaires du royaume de la magie appelé Astria, soumis à une funeste malédiction : accusé d'être un adepte du mage noir Mafaldus Horus, le père Léon Bredov a été transformé en iguane par le Ministère de la Magie, et toute sa famille condamnée à la magie bas de gamme. Afin de redorer leur réputation, les Bredov partent donc en magExil, terme donné aux sorciers qui partent vivre en immersion dans le monde des mortels afin de mettre à jour les connaissances sur les êtres humains. Elena, la fille de Léon Bredov, a de la chance d'être accompagnée dans cette aventure par sa meilleure amie Roxane, mais mener une vie "normale" n'est pas chose aisée quand on a toujours été habitué à pratiquer la magie... Surtout pour sa sœur ainée en pleine crise d'ado et sa grand-mère Mona, sorcière rousse extravagante.

 Couverture de l'édition originale.

  Après avoir révélé à sa fille que sa transformation en Iguane n'était qu'un coup monté du Ministère de la Magie pour mieux retrouver la trace de Mafaldus Horus, Léon Bredov est retourné mener l'enquête en Astria. Elena, morte d'inquiétude pour son père, ne tarde pas à le rejoindre lorsque celui-ci appelle sa famille à l'aide. On découvre alors que Mafaldus Horus, encore très fragile, prépare son retour grâce à l'aide de ses sbires et adorateurs. Prisonnier d'un arbres ensorcelé qui lui permet tout en même temps de survivre, il a besoin de son amulette pour redevenir un être à part entière... amulette justement retrouvée par hasard par Elena et Roxanne!


  Marliese Arold réussit ici la transition de la comédie fantastique vers l'aventure plus sombre sans que cela vienne heurter le lecteur, virage que l'on craignait pourtant depuis le précédent tome où l'humour commençait à céder la place à quelques passages moins légers. On glisse ainsi sans vraiment s'en rendre compte d'un univers à la Sabrina l'Apprentie Sorcière vers une atmosphère plus proche d'Harry Potter - avec d'ailleurs quelques éléments qui évoquent la mythologie de J.K.Rowling, à l'image de ce mage noir affaibli qui survit rattaché à un tiers en attendant que ses adorateurs puissent lui redonner un corps et une vie qui lui sont propres. Mais rassurez-vous, c'est le seul point d'analogie que l'on peut constater car Les Sorcières d'Astria garde son univers bien à elle, rendu unique grâce aux enluminures glissées dans le texte, qui continuent de donner un côté scrapbooking improbable à l'ensemble.




En bref: Un troisième tome toujours aussi sympathique de cette série, avec une évolution réussie du ton qui parvient à devenir plus sombre sans perdre totalement la légèreté qui a fait sa marque de fabrique.


 Pour aller plus loin:

lundi 2 octobre 2017

Witches Stories : Dans les archives du terrier.



  Pour ce premier article du challenge Halloween 2017, ce n'est pas d'un roman dont je vais vous parler mais... de plusieurs romans! En effet, pour peu que l'on retourne en arrière, ce blog regorge de références et de chroniques sur le thème de notre nouvelle session du challenge. Il serait bête de passer à côté, aussi je vous propose ce petit florilège des lectures passées, avant de vous présenter dans la continuité du mois des ouvrages inédits. A vos bloc-notes, votre wish list risque d'enfler! 
(Cliquez sur chaque titre pour être renvoyé à la chronique correspondante).

Dans la veine du "magic realism".

  Le "magic realism" est une appellation donnée à un courant littéraire présentent des éléments irrationnels ou fantastiques dans un décor défini comme profondément réaliste. Si ce genre ou sous-genre s'est quelque peu distancé de ses premiers exemples datant du début du XXème, le meilleur titre en littérature contemporaine est sans aucun doute...

 

  Connu en France pour son adaptation cinématographique en 1998, ce roman n'a pas attendu d'être transposé à l'écran pour passer best-seller aux États-Unis et devenir outre-Atlantique un véritable phénomène populaire. Je le présente en tête de liste car c'est certainement l'une de mes histoires de sorcières préférées, parce qu'elle met en scène des personnages qui nous ressemblent : très ordinaires, les soeurs Owens le sont, bourrées de défauts, de complexes, de problèmes du quotidien. Des problèmes existentiels, de femmes, de mère. Mais quand les signes du destin viennent ironiquement titiller leur sens du jugement et que leur culpabilité vient prendre corps sous la forme de fantômes, on ne sait si l'on somatise les choses ou si le surnaturel vient effectivement de faire son entrée en scène. Le talent inimitable d'Alice Hoffman est de nous faire sans cesse glisser sur le fil du rasoir et de nous donner à nous aussi l'envie de laisser s'inviter la magie dans les petits détails de la vie.

  Ce roman connait actuellement un regain d'intérêt dans les librairies américaines puisqu'après des années à réclamer une suite, les fans des soeurs Owens se verront comblés le 27 octobre prochain : Alice Hoffman publiera enfin un nouveau roman dans le même univers, en fait un préquel s'attardant sur la jeunesse des Tantes Owens! On a tellement hâte!

  Dans la même veine que ce roman, un autre best-seller, sorti dix ans plus tard mais autant apprécié que critiqué par les lecteurs d'Alice Hoffman : d'un côté ceux qui désespéraient de lire un roman à l'univers similaire, et de l'autre ceux dénonçant un odieux plagiat:


  Une autre histoire de sœurs, de vies apparemment ordinaires, et d'héritage magique. Si le côté fantastique est peut-être un poil plus avéré dans ce roman, on se situe bien dans la même veine que le précédent. Une lecture toute en atmosphère où les sorts se glissent dans les gestes les plus communs et dans les objets les plus inattendus.

  Maintenant dans une veine plus sombre, citons cet ouvrage, véritable tour de force littéraire acclamé par la critique :


  Un conte moderne et capiteux qui évoque avant tout les aspects les plus étranges de la gémellité et l'expression du désir sous ses formes les plus venimeuses. L'écriture est hypnotique au possible, d'une rare audace et pourtant d'une force évocatrice qui force l'admiration.


Les grandes sagas:


Le livre perdu des sortilèges (A discovery of Witches) - All Souls Trilogy, de D.Harkness

  Une trilogie de trois romans best-sellers qui a révolutionné l'image de la sorcière et de la bit-lit puisque, si ces romans évoquent bien la rencontre entre une sorcière et un vampire, cet élément passe complètement au second plan, après une enquête ésotérique et historique au croisement des héritages alchimiques, de la littérature anglaise, et du symbolisme. L'auteure, professeure d'Histoire en université, évoque dans ses ouvrages son sujet de prédilection : la transition des croyances païennes et populaires au rayonnement des sciences, un thème transversal qui vient pétrir sa saga d'éclairages philosophiques et sociologiques, relevés juste ce qu'il faut par une intrigue fantastique. Les personnages sont fascinants, les rebondissements nous tiennent en haleine, et l'univers est d'une richesse passionnante.

  Je vous en reparlerai par ailleurs très prochainement, mais une adaptation officielle en série télévisée vient de débuter son tournage! 


  Un pendant à Twilight mais de déroulant dans l'univers de la sorcellerie plutôt que du vampirisme moderne. Inspiré par le vaudou et porté par son décor moite du Sud des Etats-Unis.

La malédictions d'Old Haven, dyptique de F.Colin:

  Dans une Amérique uchronique du XVIIIème siècle, une jeune fille se découvre héritière d'une longue lignée de sorcières et entame une aventure romanesque au croisement des références culturelles et littéraires. Une grande fresque d'aventure portée par le talent de Fabrice Colin, un coup de cœur du blog.

Quelques biographies de sorcières célèbres:

  L'univers des contes de fées a parfois donné naissance à des réécriture changeant le point de vue de la narration. Et quel meilleur choix pour l'occasion de raconter celui de la sorcière, la méchante de l'histoire? L'on pourrait bien être surpris... L'un des premiers exemples du genre est bien évidemment...

Wicked, de G.Maguire

  La biographie de la Méchante Sorcière de l'Ouest, au croisement de ce que l'on sait d'elle dans le Magicien d'oz de Baum, et de son interprétation dans le film de la MGM de 1939. Dépassant de loin le simple exercice de style, ce roman sert en fait de métaphore particulièrement complexe et fouillée sur le fondement d'une dictature et sur l'écriture hasardeuse de l'Histoire. Un ouvrage improbable à la seconde lecture très pertinente, à réserver au lecteur averti. On notera qu'il s'agit là aussi d'un vrai phénomène de société aux Etats-Unis depuis son adaptation tonitruante à Broadway!

Maléfique (Maleficent) d'E.Rudnick et Carabosse, de M.Honaker:

  Deux variations autour de la méchante de La Belle au Bois Dormant. La première, novélisation du film éponyme, s'attache bien évidemment à raconter la sorcière telle que présentée dans l’adaptation de Disney. La seconde, par un excellent auteur français, se révèle enivrante de par son ambiance et la complexité de ses personnages, dans un univers lyrique hérité des mythes arthuriens et du conte de Perrault.


  Une biographie de la méchante belle-mère de Blanche-Neige version Disney qui, en s'appuyant sur un nouvel angle, vient nous donner une image inattendue de ce personnage!

Quelques écoles de sorcellerie et du potterianisme:

  On ne présente plus cette saga, dont nous fêtons cette année les vingt ans, complétée l'an dernier d'un huitième récit sous forme de pièce de théâtre.


Euh... est-il utile d'en dire plus? mais peut-être pouvons-nous évoquer ces quelques ouvrages et sagas antérieurs, qui ont fortement inspiré J.K.Rowling:


Où il est question d'un passage magique entre deux voies de la gare de Charring Cross! Tiens, tiens, voilà qui nous rappelle vaguement quelque chose...


  Une école de sorcellerie où l'on est convoqué par lettre, que l'on rejoint en train, et où les portraits s'animent... Là aussi, on a comme une sensation de 'déjà lu', mais cette série est au moins antérieure de dix ans à Harry Potter!

Amandine Malabule, (The worst witch), de J.Murphy.

  Une école de sorcellerie qui fonctionne comme un pensionnat anglais. On y porte l'uniforme et l'on y apprend le vol sur balais. L'une des grandes sources d'inspiration de J.K.Rowling.

  Et citons aussi ces deux séries, écrites après Harry Potter, mais qui font indubitablement partie de son héritage:

Alfie Bloom, de G.Kent et Charlie Bone, de Jenny Nimmo.

  Si la première série évoque l'esprit rowlingien dans sa fantaisie et son imaginaire, elle s'en distingue très largement en développant un univers bien à elle. La seconde, en revanche, nous plonge dans un cadre et des aventures des plus poudlardiens!


Des petits sorciers et sorcières très modernes:

  Quelques sagas récentes, pleines de punch et de fantaisie...


  La première est aujourd'hui un classique de la littérature jeunesse contemporaine française, étudié dans les classes et adapté au cinéma. La seconde, moins connue, reste ma préférée des deux avec des petite héroïnes pleines d'énergie et de répondant, des personnages hauts en couleurs, et une magie écologique fort bien pensée.


  Une saga allemande récente, pleine d'humour, à mi-chemin entre Sabrina l'apprentie sorcière et Bewitched. Des personnages attachants et drôles, des éléments complètement incongrus, et une mise en page illustrée qui accentue l'immersion dans cet univers désopilant.


Des sorcières à la Roald Dahl...

Inutile de passer à côté de...


  Un chef-d’œuvre de la littérature jeunesse à la fois drôle et méchant comme seul cet auteur savait en écrire. A découvrir et redécouvrir!

  Et en moins méchante, mais dans un style qui se veut un hommage à Roald Dahl...

la saga Miss Pamplemousse, Kingfisher & Hellard:

  Dans un Montmartre rétro et bohème, une boutique fait sensation : appelée Délices, elle est tenue par la mystérieuse et ensorcelante Madame Pamplemousse... la cuisinière aurait-elle quelques dons de sorcière?


Des sorcières dans un Londres Victorien réinventé...

Les sagas Roses et Lily, de Holly Webb:

  Deux séries qui se suivent, prenant cadre dans un XIXème anglais uchronique où la magie existe au sein de la société. Rose, jeune orpheline digne d'un roman de Burnett, est engagée comme femme de chambre chez le magicien royal Mr Fountain. Elle ne tarde pas à se découvrir des dons particuliers et doit lutter contre une terrible sorcière. Dans la seconde série, plusieurs années ont passé et l'ont suit le destin de la petite Lily, jeune sorcière qui n'est pas sans lien avec Rose. Deux saga rafraichissantes et doucement extravagantes.

La série The Paper Magician, de C.N.Holmberg:

  Une nouvelle série prometteuse malgré ses défauts de départ, dans un Londres uchronique de 1900 où la magie se pratique autour d'une seule spécialité, choisie par les apprentie au début de leur formation : Métal, verre, ou... Papier. La jeune Ceony se voit attribuer cette dernière, qu'elle juge bien inutile. Mais c'est sans compter son apprentissage auprès du Magicien Thane...

***

  Voilà donc, en guise de premier pas vers Halloween, un petit retour que j'espère exhaustif sur les précédentes chroniques dans la thématique du Challenge 2017. J'espère que vous y trouverez de quoi projeter de futurs achats et programmer de prochaines lectures!


dimanche 1 octobre 2017

A Bewitching Halloween is coming.



Chers et infortunés lecteurs, malchanceux et maudits amis chroniqueurs,
 
  En ce mois d'octobre naissant, nous voici réunis pour une saison de nouveaux livres angoissants. Le compte à rebours est commencé, dans 31 jours Halloween il nous faudra célébrer.
  Alors, à l'occasion de ces immanquables festivités, votre humble serviteur a cette année décidé d'innover. Comment donc, me demanderez-vous? En rejoignant le désormais célèbre challenge halloween d'Hilde et Lou.


  Après un précédent challenge très anglais, nos deux hôtesses nous convient cette année à un Halloween très... sorcier! La raison est très claire : nous fêtons cette année les 20 ans du célèbre Harry Potter! Eh oui, deux décennies de Poudlard et de grimoires, de Bertie Crochu, de chocogrenouilles et de jus de Citrouille. Mais afin d'exploiter la thématique dans son entier, ce n'est pas au jeune sorcier que nous allons nous limiter.

  Aussi, nos deux ensorcelantes amies nous ont concoctés le plus diabolique des calendriers, à suivre au pied de la lettre, à réinventer, ou pourquoi pas à compléter :


Dimanche 1er octobre: Début du Challenge et installation des sorciers et des sorcières dans le lieu imaginaire de leur choix. 

Semaine 1 - Suggestion autour du chaudron : Pourvu que ce soit à base de courge!
 
Lundi 2 octobre: Rendez-vous Sorcellerie - Romans adultes ou jeunesse au choix
Mercredi 4 octobre : Rendez-vous BD / Manga / Comics
Vendredi 6 octobre: Séance Cinéma 
Samedi 7 octobre : Albums avec sorciers, sorcières, fantômes, sur les peurs...

Semaine 2 - Suggestion autour du chaudron : Pourvu que ce soit dans l'univers Harry Potter!
 
Lundi 9 octobre: Rendez-vous Sorcellerie- Romans adultes ou jeunesse au choix
Mercredi 11 octobre: Rendez-vous BD / Manga / Comics
Vendredi 13 octobre: Publiez quelque chose de démoniaque, tout est permis! Pourquoi pas une soirée Vendredi 13 en film ou comics d'ailleurs ?
Samedi 14 octobre: Albums avec sorciers, sorcières, fantômes, sur les peurs...
Dimanche 15 Octobre: Rendez-vous Harry Potter

Semaine 3 - Suggestion autour du chaudron : Pourvu que ce soit orange et/ou noir!
 
Lundi 16 Octobre: Rendez-vous Sorcellerie- Romans adultes ou jeunesse au choix
Mercredi 18 : Rendez-vous BD / Manga / Comics 
Vendredi 20 octobre: Séance Cinéma 
Samedi 21 octobre: Albums avec sorciers, sorcières, fantômes, sur les peurs...

Semaine 4 - Suggestion autour du chaudron : Pourvu que ça fasse peur!
 
Lundi 23 octobre: Rendez-vous Sorcellerie - Romans adultes ou jeunesse au choix
Mercredi 25 octobre: Rendez-vous BD / Manga / Comics
Jeudi 26 octobre: Rendez-vous bricolage, scrap... 
Vendredi 27 octobre: Séance Cinéma
 Samedi 28 octobre: Albums avec sorciers, sorcières, fantômes, sur les peurs... 
Lundi 30 octobre: Rendez-vous Sorcellerie - Romans adultes ou jeunesse au choix 

Mardi 31 octobre: It's Halloween! Partagez avec nous votre journée ou soirée d'Halloween, ou un roman / BD / film (...) sur le thème d'Halloween.

Mercredi 1 novembre: Clôture du Challenge, publication des derniers billets, bilan facultatif.



  Votre humble serviteur s'est d'ores et déjà envolé pour de nouvelles contrées : à cheval sur un vieux balais de sorcière, nous voguerons jusqu'à la Nouvelle Angleterre. Nous accosterons pour quelques temps au Manoir des Dames Owens : deux sœurs et leurs vieilles tantes, qui passent dans leur village pour être effrayantes. Au cour de cet atypique séjour, nous n'oublierons pas quelques détours - notamment par la cuisine, goûter à quelques recettes typiques d'Halloween. 


  Nous prolongerons ce séjour au pays de l'Oncle Sam, direction la maison des Spellman : une autre demeure victorienne où une jeune adolescente se découvre des capacités ensorcelantes. Puis, de Sabrina à Samantha, il n'y a qu'un pas : nous irons toquer à la porte des Stephens, chez qui la sorcière au foyer la plus aimée des séries télévisées s'offre une nouvelle existence en bande-dessinée.


  Puis direction la Grande- Bretagne. Nous ferons la tournée des écoles de sorciers : Tagis Praff, où l'on apprend la magie du papier, puis, évidemment, Poudlard, où l'on fête les vingt ans d'un célèbre, très célèbre sorcier. Sortis de l'école, direction la formation d'Apprenti et de sorcière stagiaire : dans les campagnes reculées de l'Angleterre, nous ferons la connaissance d'Eglantine Price, dame distinguée en plein apprentissage de formules, avant d'aller passer quelques jours dans la contrée ensorcelée de Lull.


  Afin de compléter ces rencontres d'un éclairage théorique et érudit, nous plongerons nos nez (crochus) dans la docte généalogie. Nous remonterons la lignée de nobles sorcières à la recherche de d'illustres ancêtres et  autres aïeules inhospitalières, à la découverte de sororités secrètes vivants recluses dans les bois austères...


  Pour digérer ces lectures effrayantes, nous nous reporterons ensuite sur quelques potions des plus alléchantes : direction le donjon pour préparer quelques délicieuses décoctions. Aux Trois Balais ou Au Chaudron Baveur, pourvu qu'il y ait de la Bierraubeure.


  Alors prenez vos balais, lustrez leur manche, égalisez leur brosse ; prenez votre élan puis claquez trois fois des talons avant de sauter du toit de votre maison...


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