dimanche 15 octobre 2017

Gourmandise littéraire : La tarte à la mélasse d'Harry Potter.



  La saga Harry Potter est parsemée de nombreuses références culinaires. Plus que parsemée, d'ailleurs :  J.K.Rowling a volontairement semé à la poignée les détails gastronomiques, une envie qu'elle avait depuis sa lecture, toute petite, de The little White Horse (que l'on peut lire aujourd'hui réédité sous le titre Le secret de Moonacre), un roman fantastique dans lequel les descriptions des grandes tablées étaient particulièrement nombreuses! Dans Harry Potter, outre les friandises propres à l'univers des sorciers inventées par J.K.Rowling, on trouve également de nombreux plats typiquement anglais ou des recettes adaptées du Moyen-Age britannique.

  La tarte à la mélasse, régulièrement servie à Poudlard, est le dessert favori de Harry. D'ailleurs, le filtre d'amour Amortentia, qui a une odeur propre à chacun, a justement pour lui le parfum de la tarte à la mélasse!


" Lorsque tout le monde se fut bien rempli l'estomac, ce qui restait dans les plats disparut peu à peu et la vaisselle redevint étincelante de propreté. Ce fut alors le moment du dessert : crèmes glacées à tous les parfums possibles, tartes aux pommes, éclairs au chocolat, beignets, babas, fraises, gâteau de riz.
  Harry se servit. Tandis qu'il prenait un morceau de tarte à la mélasse, les autres se mirent à parler de leurs familles..."

Harry Potter à l'école des sorciers (Harry Potter and the philosopher's stone), J.K.Rowling, éditions Gallimard Jeunesse, 1998.

  La tarte à la mélasse, donc, plat typiquement britannique? Oui... et non. Comme toutes les recettes anciennes, les origines sont souvent incertaines. La mélasse ou plus exactement mélasse noire (black treacle) viendrait du latin melaces signifiant miel, ou du grec melas signifiant ... noir! Cette pâte épaisse est extraite du raffinage du sucre de la betterave ou de la canne à sucre et entre dans la fabrication de desserts, dont la fameuse tarte à la mélasse. Si on en trouve en effet trace dans la gastronomie anglaise ancestrale sous forme de tarte - Treacle Tart - qu'on peut également croiser en Amérique, où elle vient des premières recettes des sociétés hamish - on l'appelle alors shloofly pie. Mais celle évoquée maintes fois par J.K.Rowling est sans conteste l'interprétation anglaise qui, surprise, ne contient pas toujours de mélasse! En effet, selon les évolutions de la recette, elle se compose principalement de golden syrup, qui reste quand même le sirop de sucre partiellement inverti de la betterave ou de la canne à sucre dont on tire aussi la fameuse mélasse. Rassurons les esprits embrouillés ou méticuleux, la majorité des recettes contient malgré tout une petite quantité de mélasse noire, comme dans celle proposée ci-dessous.



Ingrédients (pour 4 à 5 personnes):

- Une pâte brisée maison ou du commerce,
- un œuf,
- le zeste d'un citron vert,
- 60 ml de lait,
- 150 g de golden syrup (environ 5 cuillères à soupe),
- une cuillère à soupe de mélasse noire,
- la mie de pain émiettée de quatre tranches de pain de mie ou d'un tiers de baquette,
- Une pincée de sel.

A vos chaudrons!

- Faire chauffer au micro-onde le golden syrup et la mélasse mélangés dans un récipient pour fluidifier leur texture.
- A part, mélanger l’œuf, le zeste de citron, le sel et le lait. Y verser le mélange mélasse/golden syrup.
- Émietter la mie de pain et l'ajouter au mélange, puis remuez jusqu'à obtention d'un mélange homogène. Réserver.
- Foncer un plat à tarte de 20cm de diamètre de pâte, piquer le fond à l'aide d'une fourchette puis y versez le mélange préalablement préparé.
- Mettre dans un four préchauffé à 180/190°C pour 35 minutes.
- Laisser refroidir avant de déguster.


Laissez-vous envouter par la magie de sa saveur légèrement réglissée...


Appearances - Oscar de Jargey

fanfiction.net, 2017 - illustration de couverture choisie par l'auteur d'après une œuvre de l'artiste HapticMimesis.




  Lors d'une escapade au Pré-au-Lard , Minerva McGonagall trouve un Severus Rogue cruellement blessé. Les heures passées à son chevet en compagnie de son amie Poppy pomfresh vont réveiller des souvenirs chez le professeur de métamorphose, et mettre à jour certaines de ses failles.



***



  Pour honorer ce rendez-vous Harry Potter du challenge Halloween 2017 et célébrer les 20 ans du personnage de J.K.Rowling, je vous propose un petit détour par l'une des nombreuses déferlantes provoquées par l'univers Potterien : les fanfictions. On en trouve de toutes les tailles, de toutes les formes, et traitant de tous les sujets. Certaines ayant le mauvais goût d'imaginer des romances entre Severus Rogue et Hermione Granger (pouaaaah), quand on a déjà du mal à imaginer une histoire entre cette dernière et Malefoy (oui, il y en a aussi de cet acabit là). Vous devinerez donc qu'on en trouve aussi de toutes les qualités, la plus réussie d'entre elles étant la série des James Potter (déjà évoquée lors du challenge 2016, et qui porte sur le fils aîné d'Harry, bien avant la pièce de théâtre Harry Potter et l'enfant maudit) de G.Norman Lipert, qui a obtenu le quasi-statut de suite officielle

 La série des James Potter, fanfiction qui a eu quasi-valeur de suite officielle...

  Le site anglais fanfiction.net, qui propose de publier en ligne les fanfictions les plus abouties inspirées de toutes les œuvres possibles et imaginables (la liste des ouvrages souches est impressionnante : on passe du Seigneur des anneaux à Rouge Rubis, de Peter Pan à Vampire Academy, sans oublier encore Jane Austen et Outlander), et l'on peut également soumettre ses récits adaptés de films, séries, mangas ou ... jeux vidéos. Les manuscrit ont beau être revus et corrigés par les administrateurs, on imagine que le pire côtoie le meilleur sur ce site gigantesque. Pour autant, il est possible de tomber sur quelques pépites ou récits très originaux, dont celui-ci, qu'on m'a mis dans les mains en pleine période de challenge Halloween! Difficile, donc, de ne pas l'évoquer aujourd'hui...

Fanfart, par HapticMimetic.

  Prenant place pendant le tome 6 du cycle des Harry Potter, cette nouvelle s'attarde principalement sur trois figures de l'univers créé par J.K.Rowling : Minerva McGonagall, Sevrus Rogue et... Poppy Pomfresh, la discrète mais charismatique infirmière de Poudlard. Le récit se déroule alors que le retour de Voldemort, avéré, plonge tout le monde dans la panique sourde de l'attente d'une catastrophe. Dès lors, l'excellente idée de cette histoire et son intérêt principal est de raconter (ou du moins imaginer) ce qui ce passe en backstage, dans les coulisses de Poudlard. Le souhait de l'auteur était d' écrire "une fiction où l'on voit que le retour de Voldemort impacte des personnages forts. Minerva reste a mes yeux un personnage emblématique mais pas exempt d atermoiements. J'aime aussi a penser que sa rigueur morale et son excellence dans la matière qu'elle enseigne en ont fait une personne importante aux yeux de Severus Rogue."


  On sent en effet une grande admiration pour le personnage de Minerva, même si la nouvelle prend une tournure très surprenante en levant le voile sur certains de ses secrets très... inattendus! Le propos pourrait être sujet à tomber dans bien des écueils et des stéréotypes, mais l'écriture toute en pudeur du récit permet de ne pas sombrer dans la caricature.

  A lire en anglais à cette adresse :  https://www.fanfiction.net/s/12679829/1/Appearances

fanart par Woshibbdou 

En bref : Une nouvelle qui vient rejoindre la longue liste de fanfictions adaptées d'Harry Potter, mais qui a la pertinente idée de se pencher sur des personnages secondaires mais non moins charismatiques, pour raconter l'émoi dans lequel se trouvent plonger les coulisses de Poudlard en temps de crise. Le récit dresse un très beau portrait de femme en la personne de Minerva McGonagall, jusqu'au bout des étonnantes révélations que l'auteur suggère à son sujet.

samedi 14 octobre 2017

Grimoire de Sorcières (Généalogie d'une sorcière 2/2) - B.Lacombe & S.Perez

Edition Seuil Jeunesse, 2008.

" Si ce livre est tombé par erreur entre vos mains, refermez-le immédiatement et fuyez. Si toutefois vous décidez de le lire, réfléchissez bien car ce grimoire est un livre maudit!"

  Cet ouvrage est le fac-similé de l'authentique grimoire découvert par Lisbeth, l'héroïne de l'album La Petite sorcière.
  Page après page, découvrez les recettes, les objets fétiches et les méfaits de treize femmes au destin hors du commun, toutes diabolisées parce qu'elles étaient différentes. Des portraits de sorcières ayant réellement existé côtoient ceux de sorcières imaginaires, sans que nous puissions toujours dire lesquelles sont les vraies, tant la réalité est parfois plus inconcevable que la fiction. 

***

  Dans La petite Sorcière, la petite Lisbeth découvrait chez sa grand-mère un grimoire ancestrale, qui retraçait toute la généalogie de sa famille, une famille exclusivement constituée de... sorcières! Elle apprenait ainsi l'existence de ses propres pouvoirs.
  Avec ce second album du diptyque Généalogie d'une sorcière, Benjamin Lacombe et Sébastien Perez proposent aux lecteurs de La petite sorcière de découvrir le grimoire de la famille de Lisbeth, reproduit à l'identique. 


  Dès lors, l'excellente idée des auteurs est de lier la famille de Lisbeth à l'Histoire de la sorcellerie avec un grand H et à la littérature. En effet, la première ancêtre présentée dans le grimoire n'est autre que Lilith, personnage féminin issu de la tradition rabbinique : première ou seconde femme d'Adam selon les versions, elle devient la première figure de la sorcière en passant un pacte avec Satan. Lui succède ensuite un longue lignée de femmes et déesses héritées des mythologies les plus diverses : Isis en Egypte, puis la Gorgone Méduse en Grèce... Parmi les ancêtres de Lisbeth, on retrouve également une certaine Jehanne - dans laquelle on reconnait bien évidemment Jeanne d'Arc - ou encore une dénommée Mona Lisa...

 Lilith et Jehanne...

  J'évoquais plus haut la littérature, car nous continuons cette traversée dans le temps avec, en pleine Renaissance, la princesse Malvina, tellement jalouse de la beauté de sa belle-fille qu'elle tenta de l'empoisonner avec une pomme (vraiment, cela ne nous évoque rien, n'est-ce pas?)! Sans oublier, pendant l'ère moyenâgeuse, une certaine Gretchen qui vivait dans une maison de pain d'épice... A ces figures de femmes réinventées, B.Lacombe et S.Perez n'oublient pas d'ajouter Olga, la grand-mère de Lisbeth, puis Lisbeth elle-même, ce qui nous permet d'en apprendre un peu plus sur sa vie une fois le premier album refermé. 


  En plus de sa couverture toilée aux illustrations dorées imitant à merveille un grimoire, l'intérieur évoque un superbe scrapbook : pages vieillies, images de fleurs séchées sous presse, enluminures et portraits. Pas n'importe lesquels : s'inspirant quelques fois de personnages réels, Benjamin Lacombe réinterprète aussi une iconographie déjà existante, ce qui permet de multiplier les clins d’œil. Il se réapproprie la Joconde de De Vinci ainsi que des gravures bibliques anciennes, ou encore des papyrus égyptiens, tous revus par la "patte Lacombe" : moues innocentes, petit bout de nez, et grands yeux profonds. Et n'oublions pas ses traditionnels daguerréotypes, toujours aussi superbes.


  Le contenu, riche visuellement et culturellement, vient compléter à merveille La petite Sorcière, en le surpassant, même. Il apporte une densité supplémentaire à l'histore de Lisbeth, en s'attachant en même temps à dénoncer la persécution de ces femmes que l'Histoire avait pointées du doigt parce qu'elles dérangeaient..



En bref: Ce second album dépasse l'intérêt du simple fac-similé et existe par lui même en brassant une culture - plusieurs, même - d'une grande richesse  : celle(s) des grandes figures mythiques ou littéraires des femmes diabolisées par l'Histoire, en réussissant à la relier à l'histoire de la petite Lisbeth. La mise en images, magnifique, table sur la superposition de plusieurs matières évoquant le scrapbooking, et en fait un très beau livre-objet.
 

vendredi 13 octobre 2017

Gourmandise littéraire : Le gâteau au chocolat sans farine des Owens.


  Dans le roman d'Alice Hoffman Les ensorceleuses (Practical Magic), les Tantes Owens accueillent leur deux nièces orphelines, Gillian et Sally, qui vivent désormais au gré des sorts inventés par leurs parentes. Magie avérée ou délire de l'imagination, peu importe : derrière l'imposante façade victorienne de la demeure familiale et l'austère apparence des Tantes, la vie dans la grande maison de Magnolia Street s'avère plus fantaisiste qu'on ne le croit. Les règles sont de s'adonner aux petits plaisirs simples du quotidien, dont ceux de la cuisine : grignoter les fruits à même le verger, ajouter du poivre encore et encore à la purée, organiser un goûter improvisé dans le jardin, ou manger du gâteau au chocolat pour le petit déjeuner.


"Ici, il y a du gâteau au chocolat pour le petit-déjeuner! Et on ne s'ennuie pas avec des choses ridicules comme faire ses devoirs ou se laver les dents..." 

Tante Frances à Gillian et Sally, Les ensorceleuses (Practical Magic), film de Griffin Dunne, 1998.

  Une fois devenues adultes, lorsque Sally et Gillian se débattent tant bien que mal avec les signes du destin et autres mauvais présages, le souvenir des pâtisseries du Manoir Owens est toujours aussi présent à leur esprit. Aussi, quand la présence maléfique du défunt petit-ami de Gilly se fait de plus en plus palpable, l'atmosphère, comme oppressante, leur évoque la densité du fameux gâteau au chocolat des jours d'enfance, signe annonciateur que les tantes ne vont pas tarder à débarquer...


"A la maison, Gillian est agitée comme on l'est quand la foudre va tomber. Elle porte un vieux jean bleu et un t-shirt blanc. Elle n'est pas coiffée. On dirait une gamine qui refuse d'aller se changer avant l'arrivée des invités. Mais les invités sont là. Gillian le sent. L'air est aussi dense qu'un gâteau au chocolat fait maison. Le lustre de la salle de séjour commence à se balancer et sa chaîne cliquette, comme une toupie qui s'emballerait. Gillian tire le rideau d'un coup sec et regarde.
- Oh mon Dieu! dit-elle. Les tantes sont dans l'allée..."

Les ensorceleuses (Practical Magic), Alice Hoffman, éditions flammarion, 1996.

  Ce gâteau au chocolat a ceci de particulier qu'il est cuisiné sans farine, un détail oublié de la version française mais que l'on ne peut occulter dans la version originale, où il est bien précisé : "the air is as dens as chocolate cake, the good one, made without flour". Dès lors, on imagine sans peine la texture tassée et épaisse en bouche de ce dessert traditionnel aux allures de fondant...


Ingrédients pour 8 personnes : 

-200g de chocolat noir corsé pâtissier (minimum 64 pour cent de cacao),
-10 cl de sirop d'érable,
-70g de purée de noisette (en épicerie bio),
-3 œufs,
-20 cl de lait,
-une cuillère à soupe d'extrait de vanille liquide,
-une pincée de sel.


A vos chaudrons!

-Faire chauffer doucement le lait dans une casserole avec le sirop d'érable et la purée de noisette. Une fois le mélange très chaud, retirer du feu et ajouter le chocolat noir préalablement coupé en petits morceaux. Remuer jusqu'à ce qu'il fonde complètement et se mêle au mélange de façon homogène. Réserver.
-A part, séparer les blancs des jaunes et faire monter les blancs en neige.
-Dans un récipient, mélanger les jaunes à la préparation chocolatée au fouet, puis ajouter délicatement les blanc en neige à la cuillère.
-Verser la pâte ainsi obtenue dans un moule à gâteau rond d'environ 23 cm de diamètre préalablement couvert de papier cuisson.
-Enfourner pour 30 minute dans un four préchauffé à 180°C. La surface se gonflera et pourra se craqueler légèrement une fois cuit.

A déguster sans modération pour célébrer la magie des goûters de l'enfance!


(Et pour rendre à César ce qui est à César, je précise que cette recette est adaptée d'une recette de fondant de l'auteure culinaire Marie Chioca, dont le blog Saines Gourmandises est une véritable mine d'or. De tous les gâteaux au chocolats sans farine croisés au cours de mes recherches, le sien était de loin le plus appétissant!)

 

mercredi 11 octobre 2017

Sabrina the Teenage Witch (The complete collection, vol. 1) - Archie comics (collectif)

Archie comics, 1962 à 1972 - complete collection, vol.1, 2017.

  Découvrez le tout premier sort de Sabrina l'apprentie sorcière!
  Grâce à cette édition intégrale publiée pour la toute première fois, les lecteurs pourront retourner aux origines de Sabrina. Cet ouvrage en noir et blanc reprend tous les épisodes de bande-dessinée dans lesquels s'invite la jeune magicienne, de 1962 à 1972. Racontée à ses débuts par George Gladir et mise en image par l'artiste Dan DeCarlo, on découvrira Sabrina en guest dans les aventures d'Archie, Betty et Veronica ou Jughead, avant qu'elle ne possède sa propre série où l'on croisera alors les autres personnages d'Archie comics en cameo. 

*** 

  Pour le rendez-vous bande-dessinée du challenge Halloween 2017, nous vous proposons de faire connaissance avec Sabrina l'apprentie sorcière. Aucun doute que vous connaissez la célèbre sitcom de la fin des années 90 avec dans le rôle titre Melissa Joan Hart, mais saviez vous que la série était adaptée d'une bande-dessinée, célèbre comics américain né dans les années 60? Nous en avions  parlé dans l'article consacré à la BD pour adolescents Archic Cocmics, à l'origine du dessin-animé Archie Mystère et Cie et de la série télévisée Riverdale. A l'époque, Sabrina n'était qu'un personnage secondaire apparu dès 1962 en guest dans les histoires mettant en scène la bande d'Archie Andrews, avant d'avoir peu à peu droit à ses propres épisodes et enfin, à ses comic books attitrés. Encore inédite en France, cette bande-dessinée vient d'être publiée aux Etats-Unis sous forme d'un premier ouvrage intégral, couvrant toutes les apparitions de Sabrina dans les publications d'Archie Comics de 1962 à 1972. L'occasion rêvée de découvrir les origines du personnage!

 La toute première apparition de Sabrina : 
une jeune ado glamour au style qui n'est pas sans évoquer une Marylin Monroe.

  De la série télévisée des années 90, on se souvient de Sabrina, 16 ans, fille d'un sorcier et d'une mortelle, qui découvre ses pouvoirs alors qu'elle se croit une adolescente ordinaire. Elle réside auprès de ses tantes, Hilda et Zelda, qui se font elle aussi passer pour de simples mortelles, mais vont initier leur nièce à la sorcellerie, tandis que la jeune fille va tâcher de mener une vie de lycéenne normale en parallèle. Du moins autant que possible, car entre Salem, son chat doué de parole, ses amours contrariées pour son camarade de lycée Harvey, et la penderie du premier étage qui sert de passage vers l'Autre Royaume, elle ne sera pas au bout de ses surprises...


Miss Della.
  La bande-dessinée nous plonge loin avant les années 90 : avec Sabrina, Archie Comics créait le premier personnage comique de sorcière intégrée à la vie ordinaire américaine, deux ans avant Ma sorcière bien aimée. Ce comics au départ écrit par George Gladir et illustré par Dan DeCarlo nous entraine dans l'univers graphique des années 60 : les jeunes filles ont la chevelure gonflée à la laque et de grands yeux de biche, et même les lycéens sont cirés à la gomina. Les soirées entre ados se font en costard-nœuds pap' et en petites robes bouffantes à pois autour de litres de jus de fruit, et l'on s'occupe en dansant autour du transistor ou en allant au Diner du coin (banquettes en sky écarlates et tables en formica, vous visualisez?). Sabrina est ici jeune sorcière qui a déjà connaissance de ses pouvoirs et qui tente de concilier sa vie d'adolescente avec sa vie d'apprentie magicienne. Ceci dit, elle semble moins peinée de cette double vie que dans la série télévisée, et même, son personnage de papier s'avère beaucoup plus malicieux que dans l'adaptation ! Loin d'être une méchante sorcière, elle applique cependant les règles que lui enseignent ses tantes ou la grande maîtresse des sorcières (une certaine Miss Della, sorte de vamp au brushing impeccable habillée comme seuls savent en dessiner les illustrateur de l'époque) : utiliser le plus souvent la magie pour jouer des tours aux mortels. Aussi la jeune fille n'hésite-t-elle pas à redoubler ses efforts quand il s'agit de jeter un charme amoureux sur les beaux garçons qu'elle fréquente, quand, malheureusement pour elle, il ne lui est pas interdit d'en séduire certains sous peine de les voir changés en crapauds.


  La majorité des épisodes voit Sabrina chercher à utiliser ses pouvoirs pour égayer l'ambiance d'une soirée ou rendre service à certains amis (et alors, on ne sait plus si son identité de sorcière est réellement secrète ou non, car elle utilise la magie sans discrétion), mais souvent de façon assez maladroite car, loin d'être une sorcière confirmée, la jeune fille entraîne à sa suite des catastrophes à la chaine. Ses tantes interviennent régulièrement pour semer encore un peu plus la zizanie - on les découvrent alors bien différentes de l'image qu'on avait d'elle à la télévision : indissociables l'une de l'autre, elles portent la panoplie folklorique de la sorcière et sont toutes les deux laides à faire peur - tandis que le cousin Ambrose (sorte de Leprechaun plein de bonhomie ) essaye toujours d'arranger les choses. On retrouve bien évidemment le chat Salem ( davantage un chaton, d’ailleurs, qui ne parle pas encore dans les premières moutures de la BD, et qui passe du noir au roux selon les épisodes - ce que vous ne verrez pas cependant, puisque cette édition est en noir et blanc), tandis qu'Harvey, LE petit-ami en titre, n'arrive que dans les publications des années 70 après une longue liste de nombreux prétendants.


  La charte graphique initiée par Dan DeCarlo est suivie par la majorité des illustrateurs qui assurent sa continuité au cours de ces dix ans de publication, et l'on reconnait sans peine les personnages, qui évoluent assez peu physiquement. Seuls deux illustrateurs ayant apporté une contribution ponctuelle à la mise en images de Sabrina diffèrent dans leur style, de par leur coup de crayon plus anguleux et caricatural – on ne regrette pas de ne plus les revoir ensuite. Le reste a la grâce rétro des publicités vintage des années 60, avec des courbes toutes en élégance et des bouilles pétillantes.


En bref : Quel enthousiasme de redécouvrir ce personnage à son origine en bande-dessinée! L'époque des années 60 nous entraîne dans un univers graphique loin des années 90 de la série télévisée que l'on connait, mais on s'amuse de voir quels éléments ont évolué depuis leur création dans la mythologie de Sabrina the teenage witch. L'ensemble est un comics humoristique au charme rétro très rafraichissant.
 

Et pour aller plus loin...

lundi 9 octobre 2017

L'étrange histoire de l'Apprentie Sorcière - Mary Norton

The Magic Bedknobs, the Hyperion Press, 1943, & Bonefire and broomsticks, the Hyperion Press, 1947 - Bedknobs & Broomsticks, Harcourt Children, 1957 - Editions Hachette Jeunesse (trad. de G.Sollacaro), 1972 - Editions le Livre de Poche, 1981.


   Se promener dans les airs, à cheval sur un balai, rien de plus facile pour une sorcière ! A condition de ne pas être une débutante, comme Miss Price, une respectable demoiselle anglaise... et de ne pas avoir pour voisins trois jeunes audacieux qui guettent vos moindres gestes et découvrent votre secret ! Pour s'assurer la discrétion de Paul, Charles et Caro, Miss Price va-t-elle être obligée de les changer en grenouilles ? Non ! Caro a une meilleure idée... Et c'est, pour les magiciens en herbe, le début d'un fantastique voyage dont la conclusion comblera de stupeur... Miss Price elle-même !

***

  Qui ne connait pas le long-métrage L'apprentie Sorcière de Walt Disney, avec la pétillante Angela Lansbury? Petit, je le préférais de loin à Mary Poppins ! Mais on sait moins que, comme Mary Poppins, ce film est également adapté d'un vieux livre de littérature jeunesse anglaise. Deux, en fait.

 Edition originale de 1957, et seconde édition française de 1981.

  Mary Norton, connue pour sa série des Borrowers (en français les Chapardeurs, qui eut droit à  plusieurs adaptations, dont le long-métrage d'animation japonnais Arietty) écrivit en 1943 le premier, The Magic Bedknobs or how to become a witch in ten easy lessons (soit La boule de lit magique, ou comment devenir une sorcière en 10 leçons), suivi en 1947 d'une suite, Bonefire and broomsticks (littéralement Bûcher et manches à balais). Les deux récits furent publiés dès 1957 sous la forme d'un ouvrage intégral, Bedknobs and Broomsticks, qui donnera le titre VO au futur film.


  L'édition française reprend la version intégrale : dans les années 40, Paul, Charles et Caro passent des vacances à la campagne chez leur tante Béatrice. Ils sont tous les trois très intrigués par la voisine de leur tante, Miss Eglantine Price, dame distinguée qui vit seule dans son cottage... et pratique le vol sur balais! L'aidant à la suite d'une mauvaise chute, les enfants l'interrogent et elle leur avoue son secret : elle est une sorcière. Enfin, une apprentie sorcière : la dame suit des cours de magie par correspondance. En échange de leur discrétion, Eglantine offre aux enfants un charme magique : elle enchante l'une des boules d'ornement en cuivre du lit de Paul. En la vissant d'une certaine manière, le lit peut désormais s'envoler. Voilà notre joyeuse troupe qui prend la voie des airs pour une île perdue en plein océan... mais habitée par des cannibales...

Illustration de Samara Hardy

  L'histoire - ou plutôt les deux histoires - s'avère très différente de l'adaptation qu'en a fait Disney en 1971, mais n'en est pas moins plaisante. D'ailleurs, l'ensemble a plutôt bien vieilli malgré ses 70 ans et a ce petit charme désuet propre aux vieux romans de littérature jeunesse. Les personnages sont très attachants et cette Miss Price, peut-être plus réservée que la version jouée par Angela Lansbury, est toute autant adorable. On la voit d'ailleurs évoluer et prendre confiance en elle dans la deuxième partie du récit (initialement le second roman) lorsque, envoyée avec les enfants dans un voyage dans le passé, elle s'arme de tout son courage pour sauver un bon magicien quelque peu maladroit accusé de sorcellerie. Ce magicien n'est autre qu'Emelius Brown, qui deviendra dans le film le mentor arnaqueur de Miss Price. La fin du roman est très surprenante, presque triste  aurais-je envie de dire, et ce même si les personnages connaissent leur happy end.


En bref : Un roman jeunesse qui sent bon la naphtaline, au charme désuet et fantaisiste. A lire pour découvrir le roman qui a inspiré le film de Disney et pour le personnage de l'adorable Miss Price, qu'on rêve tous d'avoir comme voisine.


samedi 7 octobre 2017

La Petite Sorcière (Généalogie d'une sorcière 1/2 )- S.Perez et Benjamin Lacombe


Editions Seuil Jeunesse, 2008.





  Alors qu'elle explore le grenier de sa grand-mère, Lisbeth découvre un étrange et poussiéreux grimoire.
  En tournant les pages, elle apprend que sa douce grand-mère Olga serait... une sorcière. Et la petite fille n'est pas au bout de ses surprises...




***



  Cet album est le premier d'un diptyque publié sous la forme d'un coffret intitulé Généalogie d'une sorcière. Il nous entraîne dans le décor hivernal glacé d'une grande ville en hiver : là, la jeune Lizbeth prend le train avec son chat Socrate pour passer les vacances de Noël chez sa grand-mère Olga. Olga, la matriarche par excellence, qui accueille sa petite-fille dans sa superbe maison victorienne perdue en pleine campagne enneigée. Comme tous les ans, Lizbeth y retrouve son timide ami Edward, avec qui elle a entamé la construction d'un herbier auquel ne manque plus que le mystérieux ellébore. Afin de les guider dans leur recherche, les deux enfants vont fouiner parmi les livres de botanique remisés dans le grenier d'Olga et... découvrent un bien étrange grimoire. Pas réellement un grimoire, mais un vieil ouvrage de généalogie, celle de Lizbeth! Remontant le fil des générations, la fillette découvre que toutes ses aïeules sont d'illustres... sorcières! 


  On retrouve ici le style bien connu de Benjamin Lacombe, dont le coup de crayon continue de faire mouche. Les visages et la "patte" globales sont peut-être un tantinet plus naïfs que ceux qu'il a pu esquisser pour d'autres projets, mais ils sont aussi en adéquation avec le lectorat jeunesse visé et l'univers de l'histoire. En outre, on reconnait la profondeur caractéristique de ses dessins, superbes, et un travail toujours aussi admirable et réaliste effectué sur les jeux d'ombre et de lumière. Les couleurs, probablement minutieusement choisies et travaillées, jouent sur les contrastes entre les tons froids des décors hivernaux et les tons flamboyants de Lizbeth et de sa splendide chevelure rousse.


  L'histoire, en revanche, porte en elle un potentiel qui n'est pas vraiment atteint. Trop courte, elle semble expédiée en quatrième vitesse et nous laisse sur notre faim, au point qu'on tourne et retourne la dernière page avec insistance pour s'assurer de n'en avoir pas oubliée une! Les thèmes abordés étaient pourtant propices à bien des développements : la jeune enfant se découvrant héritière d'une grande lignée de sorcière, puis l'aspect initiatique du récit, lorsqu'elle se redécouvre elle-même au filtre de cette révélation. Le deuxième axe de l'histoire - la disparition puis la recherche d'Edward - vient comme interrompre brutalement le récit qui s'amorçait, pour nous reporter sur une toute autre ligne narratrice. Dommage. Nul doute que le complément apporté par le second album viendra réparer cette frustration, mais quand même...



En bref : Un très bel album aux illustrations comme toujours magnifiques, mais pour lequel l'histoire n'arrive pas à la hauteur de la mise en images. Très courte - trop courte -, elle présentait pourtant une histoire de sorcière poétique et originale prometteuse... A compléter du second album du diptyque : Grimoire d'une sorcière.