mercredi 21 août 2013

Des Belles et des Bêtes...

  Dans la famille "Contes de fées on the screen", je demande... La Belle et la Bête! Après Alice au pays des merveilles, Blanche-Neige, Oz, La belle au bois dormant, et les autres, voilà que plusieurs versions live de La Belle et la Bête se préparent pour le grand et le petit écran. Un projet qui n'est pas pour me déplaire, ce conte étant de mes favoris -comprenez un peu plus que les autres- au même titre que le Blanche Neige des Grimm.

Esquisse préparatoire pour La belle et la Bête, des studios Disney.


Dans les salles:

La Belle et la Bête, de Christophe Gans - Février 2014.


  Ce projet semble être le plus avancé de ceux prévus pour le cinéma. Et pour la première fois dans la grande mode des adaptations de contes de fées à l'écran, il s'agit... d'une réalisation de chez nous! Certes, Christophe Gans est plus connu pour des films davantage "américains" que français (Silent Hill), mais il n'empêche que cette production permettra peut-être de remettre notre cinéma sur le devant de la scène et de montrer de quoi nous sommes capables en la matière. Après tout, le conte de Madame Leprince de Beaumont est également un produit du terroir, non? Il est donc juste que nous ayons notre mot à dire dans l'histoire ;-)
  D'autant que ce film fait la part belle à un casting de qualité: Léa Seydoux en Belle, aux côté d'un André Dussolier plus fringant que jamais dans le rôle de son père. Sara Giraudeau et Audrey Lamy vont à coup sûr exceller en sœurs orgueilleuses et ridicules tandis que le choix de la Bête laisse imaginer une fantastique prestation, le rôle revenant à l'hypnotique Vincent Cassel!
  Si les bande-annonces n'ont pas encore été diffusées, les premières photos officielles du films ont enfin été dévoilées, laissant planer le suspens quant au visage de la Bête, mais témoignant d'un visuel qui a tout d'alléchant. Couleurs tranchées, décors travaillés, costumes recherchés... il y a là de la belle ouvrage en perspective! Je n'en dis pas plus et vous laisse constater par vous-même en attendant la sortie en février 2014...



The Beauty and the Beast, de Guillermo del Toro - courant 2014.


  Ce projet pourtant toujours en attente est le premier à avoir été annoncé, il y a de cela environ deux ans, alors que la mode des adaptations de contes se faisait grandissante. Guillermo del Toro est particulièrement connu pour ses films à l'esthétique gothique et hypnotique mêlant poésie et horrifique avec un incontestable brio (Parmi ses réalisations les plus célèbres, impossible de ne pas citer Le labyrinthe de Pan et l'Orphelinat). Au regard du CV du Maître, on ne doute pas qu'il puisse nous proposer une adaptation qui vaille le détour, et dont la mise en scène saura probablement faire mouche. Si le tournage n'a pas encore commencé, le réalisateur a bien confirmer le projet tout récemment, officialisant la participation de l'enchanteresse Emma Watson dans le rôle de Belle! Les premières prises de vue sont prévues pour octobre prochain, pour une sortie sur les écrans courant 2014...
  Concernant le style visuel du film, les recherches sur le net renvoient sans cesse au shooting photo dont est extraite cette image de l'actrice. Cependant, on ignore si c'est un hasard et si Belle nous apparaîtra ainsi ou s'il faut nous attendre à une toute autre esthétique.

Au petit écran:

Beauty and the Beast, une série de la chaine CW
diffusion française prévue d'ici 2014.


  A l'origine, il y a avait eu dans les années 80 une série télévisée, proposant une version moderne du conte de Madame Leprince de Beaumont: l'histoire se déroulait dans le New York XXème siècle où une jeune avocate rencontrait un homme affublé d'un physique léonin (joué par Ron Perlman) qui vivait reclus dans les souterrains de la ville. Le grand succès rencontré par ce show à l'époque et le récent retour aux contes de fées ont incité la chaine américaine CW à lancer un remake. La première saison, diffusée outre-Atlantique en 2012 avec notamment Kristin Kreuk en Belle, a pour trame le synopsis suivant:
  En 2003, la jeune Catherine et sa mère sont attaquées par un homme. Si Catherine parvient à avoir la vie sauve grâce à l'aide d'une créature étrange, sa mère meurt cette nuit-là. Neuf ans plus tard, elle est devenue détective et reste déterminée à retrouver le responsable. Lors d'une enquête, elle suit la piste d'un certain Vincent Keller, décédé en 2002 en Afghanistan. Elle découvre que ce dernier n'est pas mort, qu'il vit depuis 10 ans en totale réclusion et surtout le reconnaît comme celui lui ayant sauvé la vie. Il s'avère que, sous l'effet de la colère, Vincent se transforme en une bête enragée et incontrôlable. Catherine accepte de protéger son identité et son secret s'il l'aide à découvrir le meurtrier de sa mère. Tous deux entament alors une relation complexe et extrêmement dangereuse...
  La bonne audience rencontrée par la saison 1 a invité la production à lancer une seconde année de tournage, dont les épisodes en vo seront diffusés à la rentrée aux Etats-Unis. La saison 1 devrait quant à elle prochainement être dévoilée sur les écrans français...

The Beauty and the Beast, une série de la chaine ABC,
réalisation d'ici 2014.


  Fort du succès rencontré par Once Upon a Time, ABC a décidé d'exploiter le filon en mettant également en chantier sa version télévisée du conte de fées. A l'inverse de la vision moderne de la CW, l'adaptation d'ABC sera plus "classique" et proposera de raconter le conte ancestral sur plusieurs épisodes, ce qui devrait donc offrir de nombreuses intrigues et aventures secondaires sur la base de la trame que nous connaissons. De nombreux points de cette série ont peu à peu été éclaircis depuis que le projet a été lancé et on sait par exemple que le tournage aura lieu sur les terres d'Irlande, pour ses somptueux paysages! En revanche, depuis un an environ, peu de news ont filtré et si le projet n'a pas été annulé, on n'en sait guère plus...
  ABC étant une filiale des studios Disney, on peut s'attendre à ce que la série s'inspire fortement -comme c'est le cas pour Once Upon a time- de la mythologie et de l'esthétique des célèbres dessin-animés. En attendant des images du tournages, on peut donc se laisser aller à rêver avec quelques clichés de Belle dans Once Upon a Time...


...Ou à ce joli melting-pot de photographies...

Source: flickr.com

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  Que de beaux projets aussi alléchants qu'attendus...

dimanche 18 août 2013

"Maleficent": la Belle n'a qu'à bien se tenir!



  L'an dernier, j'avais parlé de plusieurs films en préparation sur La Belle au Bois Dormant dans un rapide article, dont le très prometteur Maleficent, réalisé par les studios Disney. Avec Angelina Jolie dans le rôle titre, ce film propose de retracer la vie de la sorcière Maléfique et l'histoire de la belle au bois dormant façon Disney de son point de vue. Si quelques artworks et une séance photo seulement du tournage avaient été montré sur le net jusqu'ici, Disney a enfin dévoilé le premier poster officiel de Maleficent ainsi que le design créé pour le titre:




  Si le doigt crochu évoque fortement la griffe métallique de la reine Ravenna dans Snow White and the Huntsman, nous passerons volontiers sur cette similitude esthétique devant la qualité du design et le casting prometteur: Elle Fanning en Aurora, ou encore Miranda Richardson et Imelda Staunton, de quoi laisser rêveur... jusque juillet 2014 (date de sortie du film outre-Atlantique), en tout cas! En attendant, laissons nous aller à imaginer l'esthétique future et l'ambiance visuelle du film dans son entier en admirant de joli melting-pot d'images autour du personnage:

Source: flickr.com

L'Historienne et Drakula (tomes 1 et 2) - Elizabeth Kostova.


The Historian, Time Warner Book, 2003 - XO Editions, 2006 - Pocket, 2007.

  Une traque pal­pi­tante à tra­vers l’Europe et l’Histoire qui revi­site, avec brio, la légende du Vampire des Carpates. Un tour de force lit­té­raire.

  En 1972, dans une vieille maison d’Amsterdam, une ado­les­cente explore la biblio­thè­que de son père et tombe par hasard sur un vieux livre relié de cuir d’où dépas­sent des feuillets jaunis. Toutes les pages de l’ouvrage sont vier­ges, à l’excep­tion d’une affreuse gra­vure de dragon dont les ailes déployées sem­blent pro­té­ger une étrange ins­crip­tion : « DRAKULYA ». Pour trom­per sa soli­tude, la jeune fille a la curio­sité de déplier l’un des feuillets. Il s’agit d’une lettre et elle s’ouvre ainsi : « Cher et infor­tuné suc­ces­seur… » Son uni­vers vient de bas­cu­ler… Petit à petit, elle va en effet décou­vrir les secrets de jeu­nesse de son père ainsi que le destin mys­té­rieux de sa mère, aujourd’hui dis­pa­rue. Elle va sur­tout com­pren­dre que tous deux sont liés à l’exis­tence d’une puis­sance malé­fi­que jaillie tout droit des pro­fon­deurs de l’Histoire. Deux géné­ra­tions d’his­to­riens ont en effet déjà risqué leur répu­ta­tion, leur équilibre mental et leur vie à tenter d’élucider la fin tra­gi­que et mys­té­rieuse de Vlad III de Valachie, dit Vlad l’Empaleur ou encore Dracula. Ce que la jeune fille ignore encore, c’est qu’à son tour, et au prix d’une plon­gée aussi angois­sante que ver­ti­gi­neuse dans le passé de ses parents, elle va devoir emprun­ter les traces de ses pré­dé­ces­seurs et tenter de résou­dre cette énigme malé­fi­que. Dès lors, de villes en villes, de monas­tè­res en biblio­thè­ques, de salles d’archi­ves en cryp­tes aban­don­nées, la quête se trans­forme en traque, et len­te­ment, une vérité se dégage de la légende, plus ter­ri­fiante encore. La source du mal aurait-t-elle tra­versé les âges ?


  Elizabeth Kostova, qui n’a jamais oublié les his­toi­res sur le vam­pire des Carpates que lui racontait son père, a mené des recher­ches his­to­ri­ques pen­dant près de dix ans autour de la véri­ta­ble his­toire de Dracula, avant d’écrire L’Historienne et Drakula. Voyage exal­tant à tra­vers toute la vieille Europe, à la fois roman d’aven­tu­res et récit ini­tia­ti­que, L’Historienne et Drakula aborde, au-delà de la légende du célè­bre vam­pire, le pro­blème du ques­tion­ne­ment his­to­ri­que. Pour servir ce récit foi­son­nant et épique, Elizabeth Kostova a conçu une intri­gue impla­ca­ble et une archi­tec­ture roma­nes­que à la fois com­plexe et exi­geante (let­tres, jour­naux inti­mes, conver­sa­tions rap­por­tées, récits dans le récit s’entre­croi­sent dans un subtil jeu de mises en abyme), qui font de ce pre­mier roman un véri­ta­ble tour de force lit­té­raire.

***


    Voilà longtemps que nous avons entendu parler de ce roman, lors de sa sortie il y a environ six ans. Depuis toujours passionné par le mythe de Dracula - l’œuvre de Stocker mais aussi le personnage historique qui l'a inspiré - notre curiosité avait de suite été retenue par cet ouvrage. Puis, la densité du roman nous avait un peu effrayé et nous n'avions pas osé nous essayer. Aujourd'hui, à l'heure où le mythe du vampire est devenu plus commun que jamais dans la littérature populaire – bit lit et sous-culture pop et young adult associée – L'historienne et Drakula pourrait presque se fondre dans la masse des publications de Black Moon et autres ersatz de Twilight, pour peu qu'on ne se penche pas au-delà du titre. Sauf que dans le cas présent, c'est d'Elizabeth Kostova qu'il s'agit : mille fois encensée pour ce roman et également auteure de l'excellent Les voleurs de Cygnes, lu et chroniqué ici-même. Avec plus de dix ans de retard, nous avons donc répondu à l'appel de ce livre devenu un véritable succès critique. Verdict? C'est peu de dire que l'on n'a pas été déçu, car L'historienne et Drakula s'est révélé être un des meilleurs romans lus à ce jour, un véritable coup de cœur.


 Éditions grand format et poche originales.

"En ma qualité d'historienne, je suis bien placé pour savoir que ceux qui remontent le cours de l'Histoire ne survivent pas toujours à ce voyage. Ce n'est pas tant le fait de remonter le temps qui nous met en danger; parfois, il arrive que l'Histoire elle-même nous guette dans l'ombre et nous happe de sa griffe ténébreuse."

  Le récit s'ouvre avec une préface de la narratrice, à la fois d'une telle sobriété et d'une telle profondeur qu'on se plait à la confondre avec l'auteure et à prendre pour argent comptant tout ce qu'elle s'apprête à nous raconter. L'effet est trop difficile à analyser, expliquer ou même restituer, si bien qu'aucun artcile le parviendra jamais à vous en rendre fidèlement compte. Comment dire? Le lecteur est comme touché. La justesse de chaque mot, de chaque phrase, chaque tournure, se fraye un passage jusqu'à nos sentiments les plus sombres et les plus secrets : cette jeune fille a quelque chose de terrible à nous dire, mais aussi de capital. On le sent, on le sait, on y croit fermement. Dès que la première page, il est déjà trop tard pour faire demi-tour malgré ce funeste pressentiment, car nous sommes déjà hypnotisés. L'angoisse qui pointe à l'horizon ne nous fait pas changer d'avis, ni même le subtile frisson qui nous annonce que plonger dans livre sera comme céder à un engrenage diabolique.
 
 
"Un petit savoir est chose dangereuse."
 
 
 Quelques portraits du vrai Vlad Tepes Drakula, le seigneur sanguinaire à l'origine du mythe du vampire.
 

"On ne peut pas appréhender la dimension sociale des hommes sans connaître leur Histoire."


    Et il en va ainsi de tout le reste de ce roman. La narratrice raconte donc cet ouvrage qu'elle découvre par hasard, alors adolescente, dans la bibliothèque de son père Paul. Cet historien, veuf et homme plutôt discret, aurait mis à jour cet antique grimoire du temps de sa jeunesse étudiante : un vieux livre relié, entièrement vierge si ce n'est une gravure centrale représentant un dragon, symbole de Vlad Tepes Drakulya. L'Empaleur, Drakula le seigneur de la guerre qui inspira à Bram Stocker le vampire de la légende. 
    Alors qu'il n'était au départ que peu intéressé par le grimoire, Paul se retrouve comme "poursuivit" par l'objet, qui réapparait sans cesse au travers de son chemin, l'invitant à percer son secret. Ses recherches le plongent bientôt dans une enquête qui tourne à l’obsession : lorsqu'il apprend que son directeur de thèse, l'éminent historien Bartholomé Rossi, a trouvé un grimoire identique dans ses jeunes années, il devient évident qu'un secret gigantesque entoure cette relique de papier. Rossi lui remet le résultats des investigations qu'il mena à travers le monde suite à la découverte du livre, clef de voute qui indiquerait en réalité... l'emplacement de la réelle tombe de Vlad Tepes. Plus encore, Rossi le met en garde: Drakula serait encore en vie, et se lancer à sa recherche revient à signer son propre arrêt de mort. Après ces étranges révélations, le directeur de thèse de Paul disparait mystérieusement, et l'étudiant en Histoire reprend l'enquête où son professeur l'a arrêtée, persuadé qu'en retrouvant la tombe de Drakula, il retrouvera Rossi.
  Lorsque la jeune narratrice apprend cette histoire de la bouche d'un Paul devenu adulte, elle se trouve elle aussi piquée par la curiosité et prise du virus de l'historien. La disparition soudaine de son père semble alors suggérer qu'une menace sourde, issue des tréfonds de l'Histoire, est sur le point de se réveiller. Bien décidée à le retrouver et à mettre fin à cette série de drames et d'énigmes, la jeune fille se lance elle aussi à la recherche de Vlad Tepes.

"Il est indéniable que nous autres historiens sommes fascinés par ce qui est en partie un reflet de nous-mêmes, une facette obscure de notre personnalité que nous tentons peut-être pas à explorer autrement que par l'intermédiaire de l'érudition; il est vrai également que plus nous nous imprégnons du sujet qui nous passionne, plus il devient une partie intégrante de nous-même."

 Éditions espagnole, estonienne,
italienne, et suédoise.

  La sincérité qui frappe le lecteur et le captive autant que si le récit était vrai tient peut-être au fait que l'auteure s'est énormément inspirée de son propre parcours. En effet, de nombreux points coïncident entre la jeunesse d'Elizabeth Kostova, ses propres recherches sur le sujet de Vlad Tepes et le mythe du vampire, et ce que nous raconte sa narratrice. Il y a donc tout à parier pour que l'écrivaine ait couché sur le papier ces ressentis profonds et personnels, qui donnent toute son intensité à ce roman.

  Mais surtout, on sent de solides bases historiques et il n'est pas surprenant qu'elle ait effectué plus de dix ans de recherches pour écrire ce livre : plus qu'un foisonnement culturel, L'Historienne et Drakula servirait à lui-seul de thèse universitaire, la fiction en plus. Au travers de multiples voix, portées par des personnes, des époques et des supports différents enchâssés les uns dans les autres, on s'offre en l'espace de presque mille pages un tour de l'Europe centrale et de l'Europe de l'Est, une visite guidée ensorcelante et presque effrayante de leurs mythes, légendes et Histoire médiévale. Religion, Sociologie, Anthropologie, Arts... The Historian semble brasser tout ce qui touche de près ou de loin à Drakula mais jamais de façon trop académique ou approximative. Conte étrange et érudit, l'Historienne et Drakula remonte aux sources des légendes du vampirisme, évoquant ses multiples aspects d'une culture à l'autre et selon les époques, en même temps qu'il dresse un portrait on ne peut plus pointilleux de Vlad Tepes. Entre l'homme sanguinaire et le vampire fictif, le Drakula d'Elizabeth Kostova se présente comme une éminence grise. Il est une brume qui plane en toile de fond, qui hante chaque personnage, tire les ficelles depuis une zone d'ombre secrète mais sans jamais intervenir directement. Cette absence furieusement présente est bien sûr un clin d’œil à l'oeuvre de Stoker où le vampire, pourtant le personnage principal, est le seul qui n'a jamais la parole.

  Lentement, insidieusement, Elizabeth Kostova glisse ça et là des éléments qui défient toute raison ou forme de science. Mais le tout est amené avec une telle logique et un tel talent de conteuse que le lecteur se laisse emporter. Il se laisse aller à y croire dur comme fer et se prend au jeu avec un plaisir presque jubilatoire.


"La vie a plus de saveur et d'éclat quand on ne rumine pas sans nécessité des horreurs. Comme vous le savez, l'histoire de l'humanité est remplie d'atrocités, et sans doute devrions-nous verser des larmes sur ces crimes plutôt que de les contempler avec fascination."


Valachie, Carpathes, Roumanie, Turquie... 
autant de lieux historiques entre Orient et Occident traversés par le roman au cours d'un périple riche et haletant !


  Véritable coup de cœur comme on n'en avait pas lu depuis longtemps, L'Historienne et Drakula est très certainement l'un des meilleurs romans de ce siècle, un chef-d’œuvre dont on comprend qu'il soit devenu un best-seller et qu'il ait été couronné de nombreux prix. Cela vaut pour les deux opus existants dans l'Hexagone, le roman étant en réalité indivisible : à l'origine, The Historian a été publié en version originale en un volume unique, séparé en deux tomes distincts lors de sa traduction française (la seule raison semble être la densité du texte). 
 
Elizabeth Kostova
 
 
  "Une des pires épreuves qui soient au monde, c'est de voir le visage d'un être cher déformé par la mort, la déchéance ou la maladie. Ces visages bien-aimés deviennent des monstres de l'espèce la plus terrifiante qui soit - vision atroce et insoutenable."
 
 
En bref : un périple haletant à travers l'Histoire et les mythes horrifiques de la Vielle Europe, le tout dans un thriller gothique et érudit qui se veut un foisonnement culturel magnétique et addictif. Un page-turner hypnotique et intelligent qui force l'admiration.



Et pour aller plus loin...
 

vendredi 16 août 2013

Le fantôme de l'opéra - Gaston Leroux

Éditions Pierre Lafitte, 1910 - Multiples éditions et rééditions françaises depuis, ...dont la version numérique!


  Des évènements étranges ont lieu à l'Opéra. Un lustre s'effondre pendant une représentation, un machiniste est retrouvé pendu. Mais le personnage dont certains affirment avoir vu le visage déformé ne semble être qu'un humain ; en effet les directeurs de l'Opéra se voient réclamer 20 000 francs par mois de la part d'un certain « Fantôme de l'Opéra » qui exige aussi que la loge numéro 5 lui soit réservée. Mais, plus bizarre, une jeune chanteuse orpheline nommée Christine Daaé, recueillie par la femme de son professeur de chant, entend son nom pendant la nuit et elle dirait même avoir vu et rencontré le fameux Fantôme de l'Opéra...


  Après avoir remis le nez dans les valeurs sûres ressorties de derrière les fagots littéraires avec L'étrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde, je décidai de poursuivre un peu dans les classiques avec cette œuvre de Gaston Leroux, dont on a tous eu vent ne serait-ce qu'une fois dans notre vie. A l'image de la légende de Jekyll et Hyde, je connaissais bien sûr le fantôme de l'Opéra de par sa renommée et le mythe qui s'est construit autour de l'histoire d'origine, qui a donné naissance à un héritage culturel vaste et varié. La curiosité que j'ai toujours plus ou moins eu pour cet ouvrage s'est intensifiée avec ma visite, il y a de cela quelques années, de l'Opéra Garnier, théâtre de l'action. On y trouve en effet la trace du roman de Leroux puisque le cinquième balcon surplombant la scène est indiqué comme la place attitrée du fantôme...
  A cela se sont ensuite ajoutées quelques lectures documentaires sur le sujet, ainsi que des reportages révélant les secrets de l'Opéra et évoquant nécessairement le roman... qui trouverait son origine dans des faits historiques! La liseuse numérique de la fnac proposant Le fantôme de l'opéra dans sa librairie de classiques gratuits, je sautai sur l'occasion pour, enfin, découvrir cet immanquable de la littérature populaire française.


 Façade de l'Opéra Garnier, le grand escalier, et la loge du fantôme!

  Le récit est construit comme une enquête véridique, présentée au lecteur à la façon d'un rapport que G.Leroux aurait rédigé sur la base d'investigations menées à l'Opéra Garnier et destinées à éclaircir les sombres événements dont il aurait été le théâtre quelques cinquante ans plus tôt : la disparition de la cantatrice Christine Daaé et l'affaire du "fantôme de l'Opéra". Au fil des faits qu'il restitue, Leroux glisse ça et là des extraits de journaux intimes, de correspondances ou de rapports de police comme autant de pièces à conviction trouvées au cours de ses recherches.
  L'affaire du fantôme date donc de la seconde moitié du XIXème siècle. A cette époque, le tout Paris se précipite à l'opéra pour applaudir la Carlotta, cantatrice vedette. Mais alors que l'établissement change de gérants, les nouveaux directeurs reçoivent soudain des missives de chantage d'un certain "Fantôme de l'Opéra", qui se présente comme seul et unique maître des lieux, raison pour laquelle il impose un loyer astronomique sous peine d'accomplir sa terrible vengeance. Les nouveaux propriétaires se refusent à céder et font l'impasse sur ce qu'ils considèrent être une simple farce. Et pourtant... très vite, la colère du Fantôme s’abat sur l'Opéra: accidents en série, disparitions, morts inexpliquées... Et les menaces du Fantôme qui n'en finissent pas, de même que la liste de ses caprices s’allonge: il souhaite voir dans le rôle titre des représentations la jeune Christine Daaé, cantatrice jusqu'ici cantonnée aux seconds rôles sans envergure. Il se trouve en effet que la jeune femme possède un talentueux potentiel: depuis plusieurs mois, elle reçoit dans sa loge la visite du fantôme, de son vrai nom Eric, mystérieux individu masqué qui lui donne des cours de chant et... la courtise. Comme hypnotisée par ce personnage dont elle ne sait s'il est un être humain ou un esprit, la candide jeune femme le suit jusque dans son repère: un lac souterrain aménagé dans les fondations mêmes de l'Opéra Garnier. Mais le Vicomte de Chagny, ami d'enfance de Christine et profondément amoureux d'elle, se promet de la libérer du joug du fantôme. Aidé du Persan, un vagabond qui connait les passages de l'opéra comme sa poche, il se lance à la recherche de sa bien-aimée dans le dédale souterrain du fantôme, semé d'embuches et de mortels faux-semblants...


  Voici donc les grandes lignes de ce mythe qui a traversé les décennies et conquis toujours plus de lecteurs, voire de spectateurs lorsqu'il renaissait sous forme d'adaptations théâtrales ou cinématographiques. Il n'est à n'en pas douter que l'intrigue, pour avoir passionné tant de monde et s'être offerte le luxe de devenir un vraie légende surpassant le simple roman, relève d'une indéniable qualité. Cependant, il faut bien reconnaître que, contexte littéraire et époque obligent, Gaston Leroux ne nous épargne pas des nombreux effets de style caractéristiques du roman-feuilleton: emphase, fioritures syntaxiques et grammaticales, grandiloquences inhérentes au genre sont donc au rendez-vous et peuvent parfois apporter quelques lourdeurs ou redondances. Mais, pour peu qu'on soit dans l'ambiance et enclin à se laisser habiter par cette atmosphère "Belle-Epoque parisienne mystérieuse" pur jus, on parvient à passer outre ces quelques points, voire à les apprécier comme des éléments nécessaires à la qualité de l'histoire et à sa magie.

Le fantôme de l'opéra, par Anne Bachelier pour une édition illustrée du roman.

  Car fort est de constater que certains passages sont merveilleusement bien racontés, dans lesquels le lecteur se laisse complètement absorber. Pour ma part, j'ai adoré le chapitre au cours duquel Christine, comme hypnotisée, se rend au cimetière de nuit tandis que Chagny la suit en cachette, apercevant le fantôme qui s'enfuit dans un effet de cape virevoltante. Autre passage particulièrement prenant : la scène du bal masqué, à l'Opéra, auquel le fantôme s'invite sous le masque d'une Mort vêtue d'un sublime costume écarlate. Impossible de ne pas retenir également la dernière partie du roman, lorsque Chagny et le Persan se perdent dans le labyrinthe du fantôme, semé d'illusions d'optique et de pièges de théâtre.


 Christine au cimetière (illustration d'Anne Bachelier).

 Deux visions du fantôme s'invitant au bal masqué (illustration d'Anne Bachelier et photo d'une représentation théâtrale montée à Lyon en 2010).

  Pour ce qui est des personnages, Chagny m'a particulièrement agacé dans le rôle hyper stéréotypé de l'amoureux transis, soupirant romantique à l'excès et insupportable au possible (me rappelant au passage le chevalier Danceny des Liaisons Dangereuses). Christine, en revanche, est très attachante: innocente et candide, elle est cependant loin de la mièvrerie du vicomte et se présente, pleine d'humanité et d'altruisme, comme la seule personne capable d'aimer le fantôme même si elle le craint tout à la fois. Ce dernier reste cependant LE personnage de l'histoire: Eric, fascinant de complexité et d'ambivalence derrière son masque, est un génie du mal aux multiples talents de prestidigitateur, aussi mortellement dangereux qu'il est plein de panache.

  En bref : un récit qui, s'il n'échappe pas aux quelques lourdeurs dues au genre et à l'époque, est néanmoins à découvrir pour son intrigue prenante et l'aura rayonnante qui en a découlé, qui nécessite donc qu'on s'y attarde! Pour aller plus loin avec ce fantôme, il est évidemment intéressant de s'offrir une petite tournée des adaptations cinématographiques et télévisuelles qui en ont été tirées. Des dizaines de films ont été adaptés du roman de Leroux et certains sont déjà en attente dans ma dvdthèque: celle de 1997 de Dario Argento ainsi que la version de 2004 adaptée de la comédie musicale (rendez-vous prochainement pour mon avis ;-) héhé!). A noter qu'une prequelle animée racontant les origines d'Eric serait actuellement en production, intitulée The Trap-door maker - littéralement: Le fabriquant de chausse-trappes (images et sources ici).

 Le fantôme de l'opéra, version de Dario Argento (1997) et adaptation musicale de Joel Schumacher (2004).

  Petit plus anecdotique: si vous êtes comme moi curieux de nature, vous serez forcément tenté de chercher sur la base de quels faits prétendus historiques Gaston Leroux s'est inspiré pour ce livre. Pour avoir passé des heures en tête à tête avec google pour éclaircir la question, je peux vous dire que les réponses qu'on trouve sur le net sont assez frustrantes: selon les sources, beaucoup d'informations se contredisent et il est au final difficile de démêler le vrai du faux... mais n'est-ce pas là la caractéristique du mythe avec un grand M: lorsque réalité et ficition s’épousent si bien que la limite entre les deux ne peut plus se distinguer? Quelques certitudes et hypothèses de réponse subsistent cependant : Il n'y a pas de lac souterrain à proprement parler sous l'Opéra, mais bel et bien un dédale de couloir et de pièces complètement immergé sous les eaux, le théâtre ayant été bâti sur une importante réserve aquatique naturelle. La scène mythique de la chute du lustre trouve également sa source dans un événement véridique: vers 1890, un contrepoids ayant lâché, le luminaire est dangereusement descendu de quelques mètres au-dessus du public et a tué un spectateur situé dans l'un des plus hauts balcons. Concernant les personnages, certaines études affirment que Christine Daaé est inspirée de la cantatrice Kristina Nilsson (de nombreux points autobiographiques concorderaient entre le personnage de Leroux et l'artiste)... Mais quant à savoir si elle rencontra un jour le fantôme, le mystère reste entier...

 Coupe de l'Opéra: ses couloirs et ses souterrains...

 La cantatrice Christine Nillson, qui aurait inspiré le personnage de Christine Daaé à G.Leroux.

Le retour (boitillant) de Peter Rabbit

  Voilà Pierre Lapin de retour de ses pérégrinations! Après une petite semaine de pure bonheur en Italie, en compagnie des amis fantôphiles (ainsi que leurs conjoints et enfants), où j'ai pu profiter des plaisirs de la nature, de la culture et de la nourriture (ben oui, tout de même), j'ai regagné mes pénates avant hier, dans un état que nous qualifierons de... hum, comment dire? "boitillant"?

  Car -du Pedro tout craché- je suis bien le seul à partir gambader une semaine à l'étranger pour revenir avec une tendinite bi-latérale aux chevilles et les pieds tellement enflés que Madame Lapin m'a expédié de force aux urgences alors que j'étais tout juste sorti du wagon. Résultat : Me voilà en position horizontale forcée pour quelques temps, les papattes momifiées et surélevées jusqu'à ce qu'elles se décident à ne plus se faire passer pour des montgolfières.

 Bon, en attendant, il reste les bouquins! =D



mardi 6 août 2013

Les vacances de Peter Rabbit...

  Chers amis et Blogueurs, chers internautes et lecteurs, votre dévoué serviteur s'absente quelques temps! Et oui, après cette année bien chargée, Peter Rabbit a bien mérité quelques vacances... Jeudi matin de très bon heure, Pierre Lapin montera à bord du train pour onze et quelques heures de lignes de chemin de fer et de paysages défilants à la fenêtre, deux correspondances dont une par la capitale, ainsi que pour un changement temporaire d'état européen...


  Petit indice sur la destination? Le dernier achat en date effectué en librairie devrait vous donner une vague idée:


Arrivederci! ;-)

vendredi 2 août 2013

Rose et la princesse disparue (Rose #2) - Holly Webb



Rose and the lost princess, Orchard Books, 2010 - Éditions Flammarion, 2011 - Éditions France Loisirs, 2013.


  Rose poursuit ses cours de magie auprès de Mr Fountain dans une atmosphère pesante. En effet, Jane, princesse préférée du peuple, vient d'être kidnappée par la sorcière Miss Sparrow. Rassemblant son courage et ses pouvoirs, et avec l'aide de ses amis magiciens, Rose se lance à sa recherche.









   Après avoir lu le tome 1 de la série Rose en début d'année, je me suis plongé dans le second opus en ces débuts de congés estivaux. Le premier livre m'avait laissé de bons souvenirs et une agréable impression : loin de révolutionner le genre, Rose et la maison du magicien offrait cependant une histoire fantastique sympathique. Plongeant le lecteur dans un XIXème siècle londonien où la magie est monnaie courante, Holly Webb dépeignait également avec détail la vie bouillonnante des gens de maison et de la domesticité au service de la haute société britannique.

Tableau de la famille royale en 1846... source d'inspiration pour le Roi Albert et sa famille dans le roman d'Holly Webb? 

  Dans ce nouveau chapitre, nous retrouvons Rose à peine quelques temps après la fin de sa première aventure. Entrée au service du Magicien Royal Mr Fountain, la petite orpheline a découvert qu'elle détenait au même titre que lui des pouvoirs magiques et partage désormais son quotidien entre ses tâches de gouvernante et son apprentissage de magicienne en herbe. Mais depuis que les mauvaises actions de la sorcière Miss Sparrow ont fait la une des journaux, les Magiciens jouissent d'une image peu reluisante dans la société londonienne et sont pointés du doigt comme des meurtriers en puissance. Les amis de Rose, au courant de ses pouvoirs, se montrent donc de plus en plus distants vis-à-vis d'elle et la jeune fille ne sait plus à qui s'en remettre. Alors que la crainte grandit dans Londres, un hiver anormalement glacial et prématuré s'abat sur la ville... l'événement climatique, trop étrange pour être naturel, est vu par tous les habitants comme un sortilège et les Magicien sont accusés, critiqués, rejetés. Mais bien d'autres incidents vont suivre: Mr Fountain, au service direct du Roi Albert, est amené à enquêter à la cour: on a tenté d'enlever la petite princesse Jane à plusieurs reprises et ce à l'aide de... la magie. Un magicien obscure chercherait-il à s'en prendre à la famille royale? Rose se rend au palais de Buckingham pour mener l'enquête.

 Rose se rendant à la fête des Glaces en compagnie de son camarade, le garçon de cuisine de la Maison fountain?

  Si le vrai du vrai de l'action tarde un peu à se mettre en marche, la première moitié du livre permet cependant de replonger le lecteur tout en douceur dans l'univers de Rose et de Londres fictif où magie cohabite avec normalité. J'ai ainsi retrouvé avec plaisir ce qui m'avait tant charmé dans le premier tome, à savoir le quotidien des domestiques et la vie grouillante des cuisines de l'époque, dimension pimentée par les cours de magie de Rose qui tente de garder la tête froide dans cette double vie mouvementée! Ces nouveaux éléments dans la vie de l'héroïne sont donc au même titre de nouveaux éléments pour le lecteur et permettent de de pas tomber dans une redite de Rose et la maison du magicien. L'univers et les pouvoirs de Rose étant désormais connus, Holly Webb passe à autre chose ou, du moins, s'étant avec une intrigue originale qui nous conduit jusqu'au palais royale où la sorcellerie côtoie les affaires d'état, le tout amenant à de nombreux rebondissements.

La Tamise gelée et la fête des Glaces, en 1813.

  J'ai ainsi particulièrement aimé les passages où Rose se retrouve au Palais et où, de par un audacieux subterfuge magique, elle se trouve obligée de prendre la place de la princesse Jane en pleine fête princière pour mieux aider Mr Fountain à mener son enquête. Le cadre glacé de ce Londres sous une neige magique laisse imaginer de superbe scènes du XIXème londonien hivernal et des fameuses "River Thames Frost Fair", c'est à dire des "Fêtes de la Glace" qui avaient lieu pendant les périodes de grand froid: Lorsque la Tamise était assez gelée pour qu'on puisse y marcher, on y organisait alors de magnifiques fêtes foraines nocturnes. Si un tel événement n'est arrivé qu'une seule fois au cours XIXème (en 1814 précisément), Holly Webb s'en est largement inspirée pour la fête de la Glace de son intrigue, même si elle en invente une pour l'année 1848: Tout comme pour celle de 1818, la Tamise est tellement glacée que les forains y font même venir un éléphant qui suscite la fascination de la foule!

  En bref: Les nombreux détails et anecdotes de la vie du Londres de l'époque, combinés à une histoire pleine de magie et de fantaisie, font de ce roman une suite tout aussi agréable que le tome précédent!

Couvertures de l'édition allemande et de la réédition anglaise.

Et pour aller plus loin: