jeudi 12 mars 2015

Le train des orphelins - Christina Baker Kline

Orphans Train, Harper Collins Publishers, 2013 - Editions France Loisirs, Editions Belfond (trad. de C.Lavaste), 2015.

  Vivian, fillette irlandaise dans l'Amérique des années 20 ; Molly, jeune métisse indienne d'aujourd'hui : deux enfants abandonnées, deux destins qui n'auraient jamais dû se croiser...

  Vivian, neuf ans, irlandaise, se retrouve brutalement orpheline à New York en 1929. Avec des milliers d'autres petits déshérités, elle est envoyée à bord d'un train dans l'Ouest des Etats-Unis. Là-bas, les enfants sont adoptés ou destinés à servir de main d'oeuvre gratuite dans les familles modestes. Commence pour Vivian un terrible voyage...
  De nos jours, Molly, 17 ans, doit faire des travaux d'intérêt général afin d'éviter la maison de correction. Sa mission : aider Vivian, 91 ans, à ranger son grenier. Peu à peu, le passé tumultueux de Vivian resurgit. Et si la vieille dame distinguée et la jeune fille rebelle avaient plus en commun qu'il n'y parait?

***

  A peine remis de la bouleversante lecture de La chambre d'Hannah, c'est tout par hasard que mon attention fut retenue par la très belle couverture (encore une superbe photo des ateliers David&Myrtille!) et que le résumé mélangeant encore une fois présent et réminiscences du passé achevait de me convaincre!

 Couvertures des éditions américaine, portugaise et turque.

  L'histoire nous fait découvrir Molly, jeune fille revêche doublement étrangère à ses pairs : d'une part parce que descendante d'une tribu indienne de Natives American, et aussi parce qu'abandonnée petite, elle est depuis lors prise en charge par les services sociaux. Baladée de foyers en familles d'accueil, celle que tout le monde s’attache à voir comme une simple "cas soc'" rebelle et pré-délinquante est en réalité une jeune fille sensible et d'une grande finesse d'esprit. Parce qu'elle rêvait d'avoir un exemplaire de Jane Eyre, son roman préféré, elle en vole une vieille édition dans une bibliothèque mais se fait prendre la main dans le sac. Son statut social fragile met alors sa liberté en péril et la voilà contrainte d'effectuer des travaux d'aide à domicile pour réparer son geste : 50 heures pour aider Vivian, presque centenaire, à ranger les cartons de son grenier. Mais au fil des boites ouvertes et des souvenirs dévoilés, Vivian ouvre son cœur et son passé à l'adolescente. Un passé d'orpheline, tout comme elle : âgée de 10 ans en 1929, alors qu'elle s'appelle encore Niamh, elle est embarquée à bord du Train des orphelins, qui envoie trouver de nouvelles familles aux enfants issus de la pauvreté en parcourant la campagne américaine...


 Couvertures des éditions serbe, anglaise, bulgare et brésilienne.

  Il y a bien longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi émouvant et fort que celui-là! A travers ce récit, Christina Baker Kline, déjà bien connue outre-Atlantique, s'attache à accomplir un réel devoir de mémoire. En effet, son roman aborde par le biais de la fiction dramatique une page historique des Etats-Unis encore trop souvent censurée : l'Orphan Train movement. Fondé au XIXeme siècle, ce programme d'aide aux nécessiteux envoyait par wagons les enfants déshérités des grandes villes dans les campagnes américaines pour leur trouver de nouvelles familles, dispositif qui dérivait souvent en proxénétisme ou esclavage dissimulé. Basé sur des témoignages réels et des parcours véridiques, ce roman est le fruit d'un minutieux et passionné travail de recherche que l'auteure partage avec émotion en post-face. Alliant ces investigations à son talent de narratrice, C.Baker Kline parvient à nous faire passer du Maine contemporain à l'Ouest américain des années 30 avec un réalisme saisissant : de la crise de 1929 des grandes villes au décor rural des fermes du Minesotta, j'ai été happé par ce retour saisissant dans le temps.

 Annonces telles qu'affichées dans les gares ou publiées dans la presse, pour prévenir du passage du train des orphelins...

  Et que dire de la force des personnages? Tous les protagonistes croisés au cours du périple d'orpheline de Vivian, même ceux que l'ont croirait les plus insignifiants, occupent finalement une part capitale dans la vie de la fillette et sa construction de femme en devenir, en dépit des épreuves traversées. D'une plume forte, simple et juste, l'auteure vient faire résonner le passer de la vielle femme à celui de cette adolescente rebelle : derrière ces deux personnages que tout semble opposer se cachent en fait deux âmes semblables qui ont connu l'abandon et la solitude, et qui se reconnaissent l'une dans l'autre. Sans jamais tomber dans le sentimentalisme faux ou gratuit, Kristina Baker Kline aborde avec brio le cheminement psychologique de ces héroïnes.
  Je crois n'avoir pas été touché de la sorte depuis Le langage secret des fleurs, qui aborde nombre de thèmes similaires et auquel j'ai beaucoup pensé en lisant ce roman. L'atmosphère en est très proche, de même que la personnalité de Molly, adolescente déchirée mais tenace, n'est pas sans évoquer la Victoria du roman de V.Diffenbaugh.

 Une photo d'un train des orphelins du début du XXeme siècle.

En bref : Mêlant une page capitale mais méconnue de l'Histoire des Etats-Unis à une plume fluide et captivante, ce roman aborde l'abandon et la reconstruction avec émotion et réalisme, à travers deux parcours de femmes qui résonnent l'un à l'autre. Juste lumineux.

Et pour aller plus loin...

mercredi 11 mars 2015

L'expédition H.G.Wells - Polly Shulman

The Wells Bequest, Nancy Paulsen books, 2013 - Éditions Bayard Jeunesse (trad. de K.Suhard-Guié), 2015.

  Alors qu’il travaille dans sa chambre à un exposé sur les robots, Léo voit surgir une sorte de scooter miniature, piloté par une jeune fille dont il tombe aussitôt amoureux... et, sur la place du passager, une minuscule réplique de lui-même ! Obsédé par cette étrange vision, Léo suit les conseils de sa prof de sciences et se rend au Dépôt d’Objets Empruntables de la Ville de New York, extraordinaire bibliothèque n’accueillant que des objets qui ont un jour marqué l’Histoire ou la littérature. Là, il fait la connaissance de Jaya, assistante-magasinière, qui ressemble trait pour trait à la fille de sa vision. Elle lui arrange un rendez-vous avec le directeur de l’établissement, le Dr Rust, qui, impressionné par les talents de réparateur du jeune homme, l’engage. Et bientôt, Léo découvre le Legs Wells : un département du Dépôt où sont entreposés les objets ayant un lien avec la bibliographie de l’un des pères de la science-fiction, l’auteur de L’homme invisible et de La guerre des mondes : Herbert George Wells ! L’auteur, aussi, de La machine à explorer le temps, que Léo ne tarde pas à débusquer. La fameuse machine ne fonctionne pas, mais elle donne une idée au garçon : et si l’engin de sa vision était un modèle réduit, un prototype construit par le personnage du roman ? Dès lors, il s’escrime à remettre la machine en état. Quand il y parvient enfin, il décide d’emmener Jaya à Londres, en 1895, pour rencontrer le personnage du roman ! Hélas, à cause d’un certain Simon, amoureux transi de la jeune fille, ils vont se perdre dans les couloirs du temps...

Jouez avec le temps, si vous l’osez !

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  Après le très sympathique La malédiction Grimm, voici enfin le nouveau roman prenant pour cadre le Dépôt d'objets empruntables de New York, musée-bibliothèque où l'on peut louer -à nos risques et périls- les objets magiques hérités des fictions de la littérature. J'ai été au départ un tantinet surpris et déçu de ne pas retrouver Elizabeth et ses acolytes de la Malédiction Grimm, mais c'est que Polly Shulman met en scène une toute nouvelle génération de protagonistes, dont certains croisés dans le précédent tome alors qu'ils étaient plus jeunes. Léo, le tout nouveau héro, m'a au départ un peu rebuté de par sa personnalité très geek. Puis, finalement, je me suis laissé convaincre par son humeur sympathique et sa ténacité : contrairement à Elizabeth qui avait progressivement côtoyé la magie du  Dépôt après y être embauchée comme magasinière, Léo, lui, force un peu son entrée au sein de l'établissement pour y retrouver la trace de la machine à voyager dans le temps, persuadé qu'elle y est cachée. L'entrée en matière et le schéma narratif sont donc totalement différents, ce qui évite l'écueil de la redite.

 Couvertures de l'édition originale américaine et de l'édition britannique.

  Écueil également évité dans le thème exploité puisque le concept de cette série permet de brasser l'étendue d'un nouveau genre littéraire à chaque tome, et donc de changer totalement d'univers! Après le merveilleux des contes, on passe cette fois aux machines infernales et inventions extraordinaires de la littérature steampunk et des premiers récits de science fiction, soit toute la bibliographie de Jules Vernes et H.G.Wells, voire même M.Twain! Les multiples références livresques s'accompagnent de clins d’œil à la sciences réelles, avec la part importante que prennent également les personnalités d'Edison et Tesla dans l'histoire.

De la machine de Jules Verne à N.Tesla, il n'y a qu'un bond... dans le temps!


  Aussi, l'intrigue particulièrement axée sur les voyages dans le temps nous emmène à la rencontre de ces deux grand scientifiques dans le New York de 1890, pour une aventure en costume d'époque mêlant romance et humour qui n'est pas sans rappeler l'ambiance enthousiasmante de la saga Rouge Rubis! J'ai vraiment beaucoup pensé à cette autre série, tellement l’atmosphère en était proche, notamment avec les multiples péripéties et complications que peuvent provoquer les allers et retours dans le temps. Au départ un peu réticent, je me suis donc laissé convaincre par l'imagination débordante de l'auteure, qui ne semble pas en reste... En effet, la fin nous laisse présager un prochain opus cette fois axé sur les classiques de la littératures horrifique, avec la Collection héritée des œuvres de Lovecraft et E.A.Poe! Personnellement, j'en salive d'avance!

 Le New York industriel de 1890, plus futuriste qu'un roman de science fiction...

En bref: Une suite très différente du premier opus, qui met en scène de tous nouveaux protagonistes dans un tout nouvel univers! Parcourue de références, cette aventure mâtinée d'humour menée tambour battant nous plonge dans l'univers steampunk de Jules Verne et H.G.Wells avec un regard rétrospectif malicieux et une plume des plus enjouées!

Et pour aller plus loin...

dimanche 1 mars 2015

Lily et le dragon d'argent (Lily #2) - Holly Webb.


Lily and the shining dragons (Lily, book 2), Orchards books, 2012 - Éditions Flammarion (trad. de F.Fiore), 2012.


  Quand leur tante les recueille, Lily et Georgie pensent trouver en elle une aide pour contrecarrer le terrible complot de leur mère. Mais, loin de les protéger, elle les envoie dans un institut où les enfants magiciens sont cachés. Serait-ce la fameuse prison où est enfermé leur père ? Et quelles sont ces sculptures de dragons qui semblent vibrer sous les doigts de Lily ? Les deux sœurs vont devoir redoubler d'astuce pour le découvrir. 



***


  A peine le premier tome terminé que, étonnamment emballé par cette série dérivée de Rose, je me lançais déjà dans le second! 
  Cette fois, Lily et sa soeur se découvrent une parente qui accepte de les accueillir : Lady Clara, une tante dont elles ignoraient l'existence. Mais cette femme froide et un tantinet hystérique, qui nie sa magie pour se fondre dans le moule imposé par la société, ne tarde pas à dénoncer les pouvoirs de ses nièces aux autorités. Aussi, Lily et Georgy sont elles envoyées à l'Institut Fell, maison de redressement pour enfants magiciens retords, perdu au fin fond du Derbyshire. Là bas, la directrice Mrs Merganster tient l'austère internat d'une main de fer pour faire renier leurs pouvoirs aux enfants : entre cours de jardinage, cuisine et couture pour les faire entrer dans la normalité, elle use aussi de chocolat drogué et ... de sortilèges! Car difficile de faire plier à sa volonté des magiciens sans avoir recours à quelques astuces magiques. Mais l'Institut, ancienne demeure d'une des plus grandes familles de magiciens britanniques, est encore habité dans ses fondations d'une magie archaïque qui ne demande qu'à être réveillée. Lily la sent chaque jour un peu plus et finit pas en découvrir la source : des Dragons! Ceux-ci, endormis également, existent dans les murs du manoir et à l'intérieur des sculptures sous la forme d'esprits flous qui se raniment petit à petit, deviennent de plus en plus réels depuis l'arrivée de Lily. L'un d'eux, le plus imposant, entre en contact avec elle et la guide jusque dans les combles du manoir, où une charmante vieille dame est retenue captive. Qui est-elle? Avec l'aide des dragons, la fillette va tout tenter pour la libérer ainsi que les enfants magiciens.

Artworks de Lisa Evans pour Lily et le dragon d'argent.

  Que d'aventures! Vraiment, voilà une de ces séries qui se bonifient au fil des tomes! Avec ce second opus de Lily, Holly Webb s'éloigne du milieu scénique du premier volume et retourne à ses premières inspirations pour Rose, à savoir les écrits de Frances H.Burnett. En effet, Lily accueillie chez sa tante austère puis envoyée dans un pensionnat, on est décidément pas loin du Jardin Secret ou de La petite Princesse! On pense également au Jane Eyre de C.Brontë dans les relations peu amicales des héroïnes avec leur cousin, puis leur morne quotidien à l'internat qui rappelle le pensionnat de Lowood. Au-delà de ces évocations, Holly Webb créé des personnages délicieusement étranges, à la façon de leur tante Clara : cette femme a tellement honte de son sang de magicienne qu'elle ne réalise même pas utiliser inconsciemment sa magie pour s'envelopper constamment d'un charme donnant l'illusion de la normalité!

L'institut Fell, perdu au fin fond du Derbyshire...

  L'univers fantastique gagne également en qualité, notamment dans la description de la magie elle-même: Holly Webb peinait toujours à décrire la présence de cette force floue et indicible mais ici, elle lui confère une teneur presque palpable. Ainsi, elle la raconte à la façon de fils et de rubans que l'ont pourrait presque tisser pour former un sortilège, et qui s'entrelacent et flottent dans l'espace.

 L'institut Fell, entre couloirs mystérieux et cours de cuisine pour entrer dans la "normalité"...

  Peu à peu, on se régale de voir poindre ça et là de plus en plus de clins d’œil et de références à la saga Rose : l'Institut Fell semble être son manoir de famille, de même que les dragons seraient ceux de ses ancêtres, évoqués dans Rose et le fantôme du miroir. La fin en apothéose et l'identité de la vieille femme distinguée retenue prisonnière de l'institut (que je garderai secrète pour vous laisser le suspense) laissent présager de futurs rebondissements encore plus palpitants pour le troisième tome!

En bref : Un second opus qui bonifie encore un peu plus la qualité de la saga et l'univers créé par Holly Webb! Toujours en évitant les écueils, l'auteure joue avec talent des codes du spin-off tout en multipliant les éléments originaux et en améliorant la teneur de son intrigue. Magique et palpitant, ce deuxième tome donne vraiment envie de poursuivre l'aventure!

Et pour aller plus loin...

mardi 24 février 2015

La chambre d'Hannah - Stéphane Bellat.

MA Éditions, 2014 - Éditions France Loisirs, 2014.




   Paris, février 1992. Pierre Descarrières, 11 ans, est malheureux coincé entre une vie terne et des parents qui se déchirent quotidiennement. Seul dans sa chambre, il rêve d’un frère ou d’une sœur qui viendrait rompre sa solitude. Paris, février 1942. Hannah Klezmer, 11 ans, étouffe dans l’espace confiné de son appartement, mise à l’écart parce qu’elle est juive. Leurs routes n’auraient jamais dû se croiser. Et pourtant, c’est arrivé. Car il existe entre eux un lien plus fort que le temps et la folie des hommes.



***

"L'amitié s'affranchit des temps auxquels elle se conjugue. Souvent au présent, parfois au futur. Et puis, sans trop savoir quelle mouche la pique, il lui arrive aussi de jouer avec le passé."

  La Seconde Guerre Mondiale, si elle reste un sujet passionnant, est de ceux pour lesquels j'éprouve toujours des difficultés à associer des lectures "de loisirs". En effet, pour en avoir étudié les différentes strates pendant plusieurs années d'Histoire au collège mais aussi au lycée, sans compter les projets autour du concours de la Résistance, j'avoue avoir du mal à me détacher de son aspect scolaire lorsque ce thème est exploité dans un roman. Jusqu'ici, seul La Voleuse de livre, pour sa narration à la limite du fantastique, avait réussi le pari de me tenir du début jusqu'à la fin et de me tirer les larmes. Il fallait donc que le prochain roman qui exploite ce sujet possède celui-là aussi le "truc en plus" qui le ferait sortir de l'ordinaire. Aussi, lorsque Mya du blog Mya's books a présenté cet ouvrage, j'y ai vu LE livre qu'il me fallait! Et je ne croyais pas si bien dire...

 La rafle du Vel-d'Hiv, 1942.

"On n'insistera jamais assez sur l'importance des choses inutiles."

"Ce qu'on appelle communément l'âge de raison m'a toujours fait penser à un lendemain de beuverie (...). C'est le matin précis que choisit un enfant pour mourir et renaître dans l'enveloppe d'un adulte."

"Les enfants croient aux miracles, les adultes ne s'appuient que sur ce qui est palpable."

  Comment le décrire sans casser l'effet de surprise? Je tacherai de ne pas briser le suspens mais imaginez -aussi étrange que cela puisse paraître- que Stephane Bellat ait mêlé un peu de Et si c'était vrai? de M.Levy avec  Tom et le jardin de minuit de Philippa Pearce et Elle s'appelait Sarah de T. de Rosnay. Mélange incroyable, me direz vous? Et pourtant, une recette époustouflante! Mais cela ne serait pas aussi réussi sans la plume si fine, si profonde et touchante de Stephane Bellat, qui nous plonge dans la peau du narrateur âgé de 11 ans : Pierre, cet enfant déjà un peu trop adulte dans sa tête, et qui paie malgré lui le prix de vivre sa précocité au quotidien. C'est peut-être aussi parce que ce personnage m'a (un peu trop) rappelé l'enfant que j'étais que j'ai été de suite touché par son regard sur le monde, l'ennui de sa génération, et la dualité presque douloureuse entre sa maturité et la flamme vivante de l'innocence qui brule encore dessous. Avec un style brut, spontané et vif comme l'impétuosité propre à la jeunesse, S.Bellat ranime cette petite lueur qui est en chacun de nous et nous retient ainsi pris au piège de son histoire, aussi impossible puisse-t-elle être...

Rue de Belleville dans les années 40 et aujourd'hui... 
un même lieu, deux époques, une brèche dans le temps, et une rencontre...

"Les enfants savent, ils sentent les choses graves avant qu'elles n'arrivent. Ils se moquent des preuves. Ils sentent sans avoir besoin de se rassurer par un faisceau d'éléments concordants. Les adultes devraient les écouter plus souvent, cela éviterait bien des drames."

"La différence, c'est cette foule d'incompréhensions qui s'entrechoquent, ces mots qu'on n'ose pas dire. Tout cet ensemble de détails sans importance qui font qu'un beau matin, on ne sort plus de chez soi."

"Le regard des autres est pire que la faim. Il déchire les entrailles, arrache les larmes de sang. Il vous pousse à maudire le destin d'être né différent. On en finit par souhaiter de devenir invisible. Au plus profond d'eux-mêmes, la plupart des humains entretiennent la phobie de ce qui n'est pas eux."

  Car, même si son héro rencontre Hannah, petite juive victime de l’antisémitisme en plein Paris de 1942, par la plus fantastique des façons, on s'accroche à cette histoire avec la même force que Pierre lui-même. On s'attache à cette fillette, pris nous aussi, comme si on vivait à travers eux, du désir viscéral de la sauver de ce qu'on connait des horreurs du nazisme... Comme je le disais plus haut, l'histoire d'Hannah évoquera par bien des aspects Elle s'appelait Sarah, de même que les deux romans ont de nombreux thèmes en commun : la mémoire des murs ou l'emprunte que peut laisser une personne dans un lieu, thèmes d'ailleurs très chers à T.de Rosnay et que l'on retrouve dans sa bibliographie

 Un appartement, une chambre, deux enfants...

  Au fur et à mesure des pages, on se replonge dans cette phase douloureuse de notre Histoire nationale. Mieux : grâce à ce conte unique, on la redécouvre totalement à travers le regard de l'enfance, qui, fort de son innocence, met encore plus justement le doigt sur ces incohérences qui conduisaient pourtant les peuples à s'entredéchirer. L'histoire, presque grisante tant on brule de découvrir ce qu'il adviendra des personnages, nous tient en haleine jusqu'au bout et ce même si le dernier tiers s'égare un peu trop à mon goût. En effet, la dernière partie du roman est plus inégale : l'histoire prend un tournant différent et j'ai trouvé que l'auteur se perdait dans des méandres un peu trop tortueux. Cependant je lui reconnais son souci de chercher à boucler la boucle en amenant ses personnages à trouver l'explication logique (ou en tout cas psychogénéalogique) au pourquoi de cette rencontre extraordinaire qui défie le Temps, ressort scénaristique qui vient nous questionner sur le rôle du Destin dans nos existence... Malgré ce dernier tiers plus ardu, il en reste donc un ouvrage fort, percutant, et en même temps animé de l'optimisme pétillant de l'enfance, sur la déportation et l'occupation.

"Les enfants sont ainsi conçus : jamais rien ne leur semble impossible, Ce qui peut paraître absurde aux adultes est, chez eux, d'une évidence élémentaire."

"Il existe des tas de manières de mourir, entrer dans la norme est l'une d'entre elles."

En bref : Presque à la façon d'un conte, ce roman original et percutant à plus d'un titre nous entraine dans la Seconde Guerre mondiale en se détachant complètement de l'aspect scolaire qu'on peut craindre. Loin de tout ce qui a pu être écrit sur le sujet, Stéphane Bellat confronte l'Histoire à une situation impossible, fantastique, irréelle, mais dans un récit qui nous touche d'autant plus qu'il est habité d'une flamme et d'une impétuosité qui marquent profondément le lecteur. Un petit bijou habité par la grâce, unique en son genre, doublé d'une réflexion frappante sur la différence et la folie des hommes.

Et pour aller plus loin...

vendredi 20 février 2015

Lily et la magie défendue (Lily #1) - Holly Webb


Lily, book 1, Orchards Book, 2011 - Éditions Flammarion (trad. de F.Fiore), 2013.




  Depuis que la reine a interdit l'usage de la magie, Lily vit recluse sur une île au large de l'Angleterre. Là-bas, sa sœur Géorgie est formée à la magie par leur mère, à l'abri des regards. Mais Lily découvre le terrible complot que sa mère prépare. Géorgie est en danger... Il faut à tout prix s'échapper ! Dans les rues de Londres, les deux sœurs vont devoir se débrouiller seules. Mais comment faire, sans magie ?



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  Bien que légèrement déçu par le dernier tome de la saga Rose, j'étais, je l'avoue, terriblement impatient d'entamer Lily, série dérivée toujours écrite par Holly Webb : je débordais de curiosité de voir comment elle parviendrait à réutiliser le même univers et le renouveler sans tomber dans la redite, et quels seraient les liens avec les aventures de Rose...

L'île de Merrythought et son manoir aux décors fanés, tels que je les visualise...

  L'histoire nous plonge dans la même Grande Bretagne magique mais environ 30 ans plus tard, dans une ambiance qui rappelle l'Angleterre edwardienne. La Reine Sophia, fille du défunt roi Albert, a fait interdire la magie et emprisonner ceux qui s'opposaient à ce Décret. Parmi ceux-là, le père de la petite Lily Powers, dont le reste de la famille a du s'exiler pour fuir la haine que la population entretient désormais à l'encontre des magiciens. Réfugiées dans un manoir au faste décrépit sur la petite île anglaise de Merrythought, elle, sa soeur aînée et sa mère vivent désormais dans un isolement quasi-total, entourées seulement de leurs domestiques. Lily, espiègle fillette, s'occupe comme elle peut dans cette vaste demeure où sa mère, femme glaciale et austère, l'ignore complètement au profit de son aînée Georgie. En effet, elle la tient sous sa coupe depuis plusieurs années et lui enseigne en secret la plus sombre des magies... Mais lorsque Lily se découvre elle aussi des pouvoirs, elle libère sa sœur et s'enfuie avec elle sur le continent. Une fois à Londres, les deux fillettes trouvent refuge auprès d'une troupe d'artistes de théâtre et se font une place en tant qu'assistantes de Daniel, le jeune prestidigitateur. Mais leur mère, bien décidée à les récupérer pour utiliser leurs pouvoirs, envoie à leurs trousses Marten, sa diabolique et effrayante dame de compagnie...

Le bouillonnement des rues du Londres edwardien...

  Parlons peu mais parlons bien, j'ai été enchanté par cette nouvelle série! Loin de tomber dans la redite que je redoutais, Holly Webb parvient à exploiter le même univers (non sans glisser deux ou trois clins d'oeil à Rose, laissant présager des confrontations plus importantes entre les deux sagas à l'avenir) tout en proposant une galerie de personnages, une histoire et des atmosphères totalement nouvelles! Ainsi, on s'écarte ici du milieu des orphelinats et de la domesticité pour un univers tout droit nourri de l'Angleterre uchronique habitée de magie qu'Holly Webb a imaginée pour Rose. Avec sa nouvelle héroïne, on entre dans le Londres festif et artistique des théâtres de variétés, avec le décor bouillonnant des cabarets, des spectacles d'acrobatie ou de prestidigitation, le tout dans une ambiance très vintage circus qui se marie fort bien avec le thème de la magie.

 L'atmosphère burlesque des spectacles de prestidigitation et des théâtres de variété à l'ancienne... 
un cadre de choix pour l'histoire de Lily!

  Côté personnages, Holly Webb propose là aussi une galerie de protagonistes qui diffère totalement de Rose: Avec Lily, fillette espiègle et aventureuse, et sa soeur aÎnée la timide et fragile Georgie, l'auteure s'attarde sur les liens entre sœurs, dont la relation est vraiment au centre de l'histoire. Mya, du blog Mya's books, avait à ce titre fait un excellent parallèle entre ces deux héroïnes et les soeurs Anna et Elsa du Reine des Neige (Frozen) de Disney dans son article. En effet, leur situation et relation sont très similaires : séparée l'une de l'autre à cause des pouvoirs magiques de l'aînée qui s'isolait dans la demeure familiale, leurs retrouvailles amènent la renaissance de leurs sentiments fraternels et réveillent leur nostalgie, non sans l'inquiétude que la magie les blesse accidentellement.
  Pour ce qui est des personnages secondaires, Holly Webb, qui adore donner la parole aux animaux, a cette fois créé Henrietta, petite chienne magique très amusante et grandiloquente même si elle n'égale pas à mes yeux le charismatique chat Gus de Rose. Enfin, mention spéciale aux méchants : la mère de Lily, rare figure maternel diabolique de la littérature enfantine actuelle, mais surtout sa suivante, Marten. Cette femme éternellement silencieuse et toujours masquée d'un voile et qui semble glisser plutôt que marcher nous file des frissons à chaque apparition! Parfait croisement entre une goule et une Mrs Denvers diabolique échappée du Rebecca de D.du Maurier, on s'imagine sans peine sa haute silhouette noire flairer la piste des sœurs dans les rues animées du Londres edwardien... brrrh!

 La terrifiante Marten, cachée derrière ses voiles et ses dentelles?...brrrh!

En bref : Un univers familier dans lequel on croise de nouveaux personnages attachants au fil d'une histoire distrayante et palpitante ! Magie, paillettes, frissons... Lily et la magie défendue offre un premier aperçu réussit qui évite les écueils propre aux spin-off! A découvrir d'urgence!

Pour aller plus loin...

mardi 17 février 2015

Rose et le fantôme du miroir (Rose #4) - Holly Webb


Rose and the silver Ghost, Orchard books, 2011 - Editions Flammarion (trad. de F.Fiore), 2012.




  Bien qu'elle soit heureuse chez Mr Fountain, Rose s'interroge toujours au sujet de sa vraie famille. Que sont-ils devenus? Sont-ils aussi tous magiciens? Ces questions la tracassent jusqu'au jour où Rose fait une découverte étrange : un miroir en argent ayant autrefois appartenu à sa mère. Quels sombres mystères renferme-t-il?




***

  Après avoir lu les trois premiers ouvrages de cette saga sans prétention mais débordante d'un charme aussi sucré qu'une confiserie, le temps était venu de clore le cycle Rose avec cet ultime tome, levant enfin le voile sur les origines de la petite magicienne orpheline. Alors, que se passe-t-il de beau dans ce dernier opus? Attention, spoilers!

 Edition américaine.

  Depuis que l'intransigeante Miss Fell a rejoint la maisonnée de Mr Fountain pour participer à l'éducation magique de Rose, plus rien n'est comme avant. En effet, la vieille Lady, très à cheval sur l'étiquette en plus d'être une puissante magicienne, tient à ce que la petite orpheline quitte sa profession de femme de chambre et accède au statut de vraie demoiselle de la haute société, avec tous les privilèges que cela incombe. Rose, habituée à son quotidien de domestique, est très mal à l'aise avec cette nouvelle condition et vit non sans gêne cette nouvelle situation. Pour ses amis, c'est le signe évident que Miss Fell voit en Rose une personne bien spéciale... d'ailleurs, Isabella, la fille de Mr Foutain, a même remarqué une ressemblance physique entre sa camarade domestique et la vieille dame. Alors que Rose fouine dans les affaires de Miss Fell à la recherche d'une réponse, elle entre en contact avec le fantôme d'une petite fille, prisonnière d'un miroir, qui lui révèle la vérité : Rose est une Fell, héritière de la famille de magiciens la plus puissante de ce monde. Sa mère, toujours en vie, serait retenue captive dans les bas-fonds des docks londoniens par le Brochet, un magicien de mauvaise fréquentation qui vit en volant les pouvoirs d'autres sorciers pour ensuite les soumettre à sa volonté. Plus que jamais décidée à retrouver sa mère, Rose et ses amis se lancent à sa recherche, alors que le royaume lui-même vit de terribles heures avec l'approche des troupes talisiennes et la guerre imminente...

L'atmosphère sordide des Docks, où Rose part à la recherche de sa mère...
(T.Miller, 1852)

  Oserais-je m'avouer légèrement déçu ? Après les trois premiers volumes d'une qualité croissante, ce dernier opus vient clore de façon assez expéditive la série de Holly Webb. En effet, tout juste revenu d'un voyage périlleux aux accents horrifiques et hypnotiques à Venise, le fantôme du miroir nous ramène à Londres pour une intrigue finalement très statique, ou en tout cas plus plate que les précédentes.

   Ce tome perd de l'intérêt social qui me plaisait tant : accédant au statut complet de petite lady, Rose se voit éloignée des cuisines et donc de tout l'univers domestique qui faisait le charme de la saga. Aussi l'enchainement de privilèges de sa nouvelle condition, même s'il suscite la gêne et les remises en question de notre toujours très humble et discrète héroïne ne suffisent-il pas à pimenter l'histoire. De même, le conflit avec la Talisie, ce pays ennemi pourtant si bien imaginé et développé par l'auteure, est ici relégué en arrière plan pour se voir résoudre de manière beaucoup trop lapidaire, à peine quelques lignes avant la fin de l'ouvrage.
   Lancée sur la trace de ses origines, Rose se voit entraînée dans des événements qui s'enchaînent trop rapidement à mon goût, et l'ensemble parait inégal, brouillon, comme expédié à la va-vite. Ainsi, la plupart des obstacles rencontrés par nos personnages sont résolus un peu trop facilement et les rebondissements cousus de fils blancs. Dommage, car on aurait souhaiter une fin en apothéose pour cette série pourtant très sympathique!

 Le miroir d'argent de Miss Fell révélera-t-il le secret des origines de Rose?

  Heureusement, l'univers désormais familier de ce Londres habité par la magie suffit à nous accrocher à l'histoire, et la lecture est sauvée par le plaisir de retrouver les personnages auxquels on s'est attaché. On s'émeut devant Rose, plus que jamais animée du désir de retrouver sa mère et qui affronte pour cela les plus grands dangers malgré sa peur, et on se régale une fois encore des intervention facétieuses du chat Gus, qui mériterait sa propre série dérivée! On apprécie également de revoir Miss Fell en préceptrice de choix, plus "MaggieSmithesque" que jamais, au point de regretter qu'elle ne prenne pas un rôle plus important dans le vif de l'action!

Rose et Miss Fell?

  En bref : un ultime tome qui, s'il reste sympathique de par quelques aspects et grâce à son univers original, n'atteint pas la qualité des précédents. Un peu trop brouillon et expéditif, ce quatrième volume, s'il nous offre une fin heureuse, nous laisse un peu sur notre faim en tant que lecteur... Dommage! Cependant, on a tout de même hâte de poursuivre l'aventure avec Lily, la série dérivée...

Pour aller plus loin...

lundi 16 février 2015

La prochaine fois - Marc Levy


Editions Robert Laffont, 2004 - Editions Pocket, 2005, 2007, 2009, 2011, 2013, 2015.




  Parti à la recherche d'un tableau mystérieux, Jonathan croise la route de Clara. Tous deux sont convaincus de s'être déjà rencontrés. Mais où et quand ? À Londres, il y a plus d'un siècle...
Le quatrième roman de Marc Levy entraîne ses lecteurs de Saint-Pétersbourg à Boston, de Londres à Florence et Paris, dans une histoire où amours et énigmes défient le temps.



***



   Alors, oui, je sais, ce n'est peut-être pas le livre que l'on s'attend à trouver ici (combien de "Mais qu'est-ce qui te prend?" dégoutés et ahuris n'ai-je pas eu en annonçant cette chronique...) car, oui, cet auteur continue d'être aussi critiqué qu'apprécié, encensé par certains pour la force émotionnelle de ses écrits ou écrasé par les chroniqueurs pour ce qu'ils qualifient n'être que de la littérature de gare pour bobo. Quoi qu'on en dise et comme je l'ai déjà expliqué dans mon article sur Le premier jour, Marc Levy a ce pouvoir, quand tout nous semble triste et morne, de nous offrir une dose de bonne humeur et d'émotion doublée d'aventure (le tout en 200 pages minimum). Du carburant pour les journées pluvieuses, bref, peut-être de la guimauve mais de premier choix s'il vous plait! Je tenais tout particulièrement à présenter cet ouvrage, récemment relu : s'il fait partie de ma période "Marc Levy", celle qui a marqué ma transition de la littérature purement jeunesse vers les lectures adultes, ce titre m'a profondément marqué et a amené chez moi ma fascination pour des romans emprunts de thèmes similaires, à savoir les énigmes artistiques et les amours temporelles...

 Diverses rééditions françaises.

  Jonathan Gardner est un jeune expert en art obsédé par un peintre russe du XIXème siècle, Vladimir Radskin. Sa vie reste mystérieuse sur bien des points et Jonathan n'a de cesse de rechercher des œuvres de l'artiste, dont une légendaire ultime toile qu'on dit disparue. Aussi, lorsque Peter, commissaire priseur chez Christie's et ami de Jonathan, lui dit avoir peut-être retrouvé la dernière toile du maitre, tous les deux partent à sa recherche à Londres, où le tableau aurait refait surface. Sur place, leur contact est Clara, jeune galeriste anglaise dont le charme ne laisse pas Jonathan indifférent. Plus que cela, leur rencontre résonne en eux comme un choc presque surnaturel : ils sont intimement persuadés de s'être déjà rencontrés... tous deux sont alors assaillis de cauchemars communs, de souvenirs qui remontent à la surface : en d'autres temps et d'autres lieux, ils se sont déjà connus et aimés. Leur histoire, intimement liée à Vladimir Radskin lui-même, s'est en revanche faite des ennemis au fil des siècles. Ces derniers sont toujours décidés à les faire souffrir et les séparer...

Réédition de 2015.

  Si Marc Levy nous avait alors jusqu'ici offert de simples romances, il allait un cran plus haut avec La prochaine fois. En effet, bien longtemps avant les aspects philosophiques et métaphysiques abordés avec Le premier jour, il touchait pour la première fois du doigt (ou de la plume...) des sphères plus mystiques et spirituels avec le thème des vies antérieures. Flirtant ainsi avec le Mystère (celui avec un grand M) des existences et des âmes, Levy vient titiller les aspects cosmiques des existences ; certes, l'approche reste très simpliste, ("vulgarisée", dirons nous), mais suffit à porter ce roman au-delà des précédents et, surtout, à transporter le lecteur : le passionner avec une histoire et un sujet qui donnent de la hauteur, nous fait rêver d'invisible et d’indicible. Qui d'entre-nous n'a jamais eu une impression de "déjà-vu" ? Lequel n'a jamais imaginé une vie antérieure à telle ou telle époque de l'Histoire qui le fascine mystérieusement? En cela, La prochaine fois fait écho à notre part de spiritualité...

  Le milieu de l'art, s'il est lui aussi abordé de façon très "grand publique", offre un cadre palpable mais non moins fascinant à cette intrigue incroyable. Cet univers nous pousse d'une galerie à l'autre entre deux études de tableaux, des salles des ventes de Londres au laboratoire d'analyse du Louvres sur un rythme presque épique, parfumé de peinture à l'huile et de térébenthine.

  Mais ce qui nous tient du début à la fin reste sans conteste les personnages. Quoi qu'on en dise, Levy a ce don pour créé des protagonistes à la psychologie minutieusement élaborée. Plus que de simples "acteurs" de l'histoire, il parvient à leur donner une épaisseur et une dimension presque réelle : on a envie de croire - non, on croit - à Jonathan et Clara au point de vibrer à travers eux au rythme de cette aventure. Lors de ma première lecture, j'avais été tellement captivé par ces personnages que je m'étais construit mon petit film, imaginant Edward Norton et son jeu tout en retenue et discrétion impeccable pour un Jonathan, une Sasha Alexander naturellement belle en Clara, et une Patricia Clarkson en froide et diabolique Alice... La seule question que je me pose, à chaque fois que je me replonge avec délice dans ce roman, c'est pourquoi il n'a pas encore été adapté à l'écran!

Edward Norton, Sasha Alexander, et Patricia Clarkson : 
un trio d'acteurs que j'ai toujours imaginé pour les personnages principaux!

En bref : Un incontournable de l'auteur, dont le mérite est d'aborder pour la première fois des univers davantage spirituels et énigmatiques avec le thème des vies antérieures. En nous plongeant dans le milieu envoutant de l'Art pictural et grâce à des personnages vibrants, Marc Levy nous captive de cette histoire d'amour qui défie le temps...

(Et si cette article donne l'impression d'avoir été écrit par une ménagère fan de guimauve qui parle de son téléfilm romantique favori de l'après-midi sur M6, alors tant mieux, NA!)

Et pour aller plus loin: