vendredi 13 novembre 2015

L'ombre au tableau - Susan Hill

The man in the picture, Profile books, 2007 - Editions l'Archipel, 2015.


  Dans l’appartement du vieux professeur d’Oliver, étudiant à Cambridge, on peut admirer un tableau représentant un groupe de Vénitiens masqués faisant la fête pendant le carnaval.
Au cours d’une froide nuit d’hiver, le vieux professeur décide de révéler à son étudiant l’étrange secret de cette peinture envoûtante, qui possède le mystérieux pouvoir de capturer la vie…
  Le contempler trop longtemps, c’est jouer avec le feu. Défier les démons invisibles qui s’y cachent, c’est risquer de devenir la prochaine victime de la toile…
Oliver parviendra-t-il à ne pas succomber aux charmes macabres du tableau ?


***

  En même temps que la main de la nuit, les éditions de l'Archipel m'ont également proposé de découvrir le dernier roman de Susan Hill paru en France : L'ombre au tableau. Il n'en fallait pas moins qu'une énigme artistique et l'un des plus grands noms de la littérature britannique pour me laisser tenter... le verdict?


  Eh bien verdict on ne peut plus positif! Je n'ajouterai rien au résumé de la quatrième de couverture, afin de ne pas gâcher le suspens de cette captivante et étrange histoire de tableau maudit et vous laisser le plaisir de la surprise. Car c'est à vous de la découvrir dans son intégralité, de vous laisser happer par la prose élégante de l'auteure et son talent à nous capturer dans des atmosphères au pouvoir d'évocation surprenant. L' "histoire dans l'histoire", rapportée par ce vieux professeur à son ancien étudiant, est un schéma narratif classique à ces vieilles nouvelles gothiques façon Poe ou H.James. Un jeune protagoniste est invité par un vieil érudit ou un ami de longue date, qui est amené à lui conter une histoire vécue, souvent aux frontières de la réalité, avant que le jeune personnage en question ne s'y trouve lui aussi confronté... bousculant ses pré-requis comme ceux du lecteur, lui aussi pris dans le flot d'événements étranges et dérangeants.

Le tableau de l'histoire?...

  Ceci dit, tout comme dans la main de la nuit, même si certains ressorts ou constructions narratifs évoquent les oeuvres à l'ancienne, l'intrigue se place dans une époque tout ce qu'il y a de plus contemporain, et sans le moindre effet anachronique. Car Susan Hill fait réellement vivre son histoire, parvenant une fois encore à restituer la plus fine, la plus infime des sensations ou des émotions du narrateur pour les transmettre au lecteur. Frisson, malaise, doute, vertige... la plume de Susan Hill nous contamine.

 L'atmosphère envoutante de Cambridge...

  Des ruelles inquiétantes de l'université de Cambridge au lagon de Venise, remontant la piste du tableau ou fuyant sa force malfaisante, évoluant entre les ombres masquées d'ennemis réels ou cauchemardés, on se laisse hypnotiser avec délice et frissons jusqu'à l'implacable chute. Jamais dans le pastiche trop facile parce qu'elle n'abuse ni des clichés, ni des clins d’œil, mais parce qu'elle s'inscrit réellement dans la continuité d'un genre, Susan Hill est sans conteste LA reine du gothique contemporain.

 ...et celle aussi envoutante de Venise...

En bref : Un roman gothique moderne, simple, sobre et élégant qui fonctionne à merveille. L'histoire de ce tableau maudit entre décors britanniques et italiens est qui plus est animée d'un souffle qui fait vivre le lecteur au rythme des sensations et sentiments du protagoniste, un talent que Susan Hill maîtrise avec brio.


Un grand merci à LPconseils et à l'Archipel pour cette découverte!

Et pour aller plus loin:

samedi 7 novembre 2015

Blackwood, le pensionnat de nulle-part - Lois Duncan

Down a dark hall, Little, Brown & company, 1975, 2011 - Editions Hachette, collection Blackmoon (trad. de L.Rigoureau), 2015.

  A l’instant où elle pose les yeux sur l’imposant manoir gothique de Blackwood, le pensionnat où elle va passer l’année, un sentiment d’angoisse s’empare de Kit. Comme si un vent glacé traversait son cœur à chaque pas effectué vers la porte. Comme s’il y avait quelque chose de maléfique à l’intérieur des murs du pensionnat, perdu au milieu de nulle part. Lorsque d’étranges phénomènes viennent perturber son quotidien et que les trois autres pensionnaires se mettent à développer des talents artistiques incroyables, le malaise de Kit ne fait que s’intensifier. Hantée par une mélodie de piano, elle devient somnambule et aperçoit d’étranges silhouettes dans les couloirs sombres. Bien décidée à mener l’enquête, Kit découvrira que certains secrets feraient mieux de rester enfouis… car ils dépassent tout ce que la raison peut appréhender.

***

  Ah, comme j'aime que les échanges entre blog nous poussent à découvrir des ouvrages qui ne nous intéressaient pas au départ! Alors que ce Blackwood n'éveillait chez moi aucune curiosité, la très bonne critique de Mya's books m'a récemment fait revoir mes impressions et incité à tenter la lecture. Découverte idéale pour finir la saison des ouvrages d'Halloween!

 Quelques couvertures de la première édition...

  Car ce fut une agréable surprise que ce roman, débordant de ces éléments que j'affectionne dans les intrigues fantastiques : manoir gothique, apparitions fantomatiques, et pour couronner le tout, atmosphère de pensionnat à la private boarding school comme je les aime! Et si Blackwood n'est pas sans un petit côté classique (parfois même gentiment "daté", pourrait-on dire), ce n'est pas surprenant puisque le roman date de... 1974! Mais comme nombre de livres déjà parus depuis quelques décennies, Down a dark hall (titre original) présente de nombreuses qualités et méritait bien une réédition.

 ""Au loin, sur une éminence, se dressait une demeure que même ses rêves les plus étranges n'auraient pu lui dessiner..."

  Réactualisé en 2011 par son auteure, Down a Dark hall s'est juste vu complété de détails contemporains pour moderniser l'histoire : téléphones portables, ordinateurs, internets... mais outre ces quelques détails ( qui disparaissent bien vites pour bloquer nos personnage dans un huit-clos complètement coupé du monde, on est bien dans un roman d'horreur, on vous rassure), le reste du texte a été conservé. Cela explique peut-être l'aspect parfois désuet de certains dialogues ou l'usage de codes et éléments classiques ( portes qui claques, grincements effrayants, musiques fantomatiques en nocturne, etc...). Mais peu importe, l'ensemble fonctionne à merveille et sert un dénouement très très original : je vous mets en effet au défi, malgré ces codes très conventionnels, de deviner ce qui se trame réellement à Blackwood!

 "L'escalier dessinait une volute. En haut, un gigantesque miroir mural semblait doubler la surface du palier. C'est à cet endroit que donnait le vitrail aperçu sur la façade, et les rayons du soleil couchant baignaient les lieux des teintes de l'arc-en-ciel."

  Les personnages sont quant à eux plutôt bien dessinés et l'héroïne est particulièrement crédible en jeune adolescente, à la fois perplexe et perspicace face au mystère dans lequel elle se trouve immergée. J'ai particulièrement apprécié la vigueur et le ton caustique avec lesquels elle se laisse emporter dans le dernier tiers lorsque, ayant mis à jour les secrets du manoir, elle met en oeuvre tout son sang froid pour en sortir...

 "La pièce était bien plus raffinée que tout ce qu'elle avait pu imaginer. Le plus gros meuble était le lit au bois sombre sculpté d'un haut baldaquin d'un velours rouge luxueux. Un chevet supportait une lampe ornementée à abat-jour froncé. De lourdes tentures dorées flanquaient  la croisée et, le long du mur opposé, se dressait une commode en noyer au-dessus de laquelle était suspendu un miroir ovale encadré d'argent. Un tapis persan dissimulait le plancher."

  Un roman jeunesse (plutôt que young adult) que j'aurais probablement adoré à 14 ans! Il est donc à découvrir et faire découvrir avant sa transposition prochaine au cinéma. Stephenie Meyer (auteure de la saga Twilight), qui était une grande fan de ce roman dans son adolescence, a en effet racheté les droits du livre et prépare son adaptation en tant que productrice...

 Réédition américaine de 2011 et édition tchèque.

En bref : Un roman d'horreur jeunesse très sympathique qui mêle habilement éléments classiques et idées originales. Une histoire de pensionnat hanté qui fonctionne très bien malgré ses 40 ans passés et qui méritait bien d'être rééditée. A découvrir!

 

jeudi 5 novembre 2015

Alice au pays de Montreuil : Résultats du concours


Oyez, Oyez,
(oui, c'est encore moi!)

  Après le concours lancé la semaine passée sur blog pour remporter deux fois deux entrées gratuites pour le prochain salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, votre humble serviteur lapin est en mesure d'annoncer les noms des vainqueurs!

  Les gagnantes sont...
*roulement de tambours*

P Marine et Aurélie Malvy!

  Félicitations à nos deux chanceuses, qui avaient reconnu la personne mystère de la photographie, soit Alice Liddle, la véritable fillette qui a inspiré à Lewis Caroll son Alice au pays des Merveilles ( dont je rappelle que l'oeuvre est le thème du salon cette année!).

  Encore bravo à nos deux gagnantes qui remporteront donc deux billets d'entrée chacune, pour se rendre au salon accompagnées ou pour les offrir à deux personnes de leur entourage si elles le souhaitent!


dimanche 1 novembre 2015

La solitude du buveur de sang - Annette Curtis Klause.

The silver Kiss, Laurel Leaf Books, 1992 - Delacorte young readers, 2009 - Editions Pocket junior, 1994, 1998.




  Jamais Zoé ne s'est sentie aussi seule et désemparée.
Sa mère agonise à l'hôpital et la seule amie à qui elle pourrait se confier vient de déménager. Un soir, elle rencontre Simon : la solitude, la mort, il connaît. Mieux que personne. Après tout, cela fait trois cent ans qu'il est mort, trois cent ans qu'il est un vampire.




***



  Voilà quelques années déjà que ce livre patientait dans ma PAL. Mon intérêt pour cet ouvrage remonte à mes années de primaire : je devais en CE1 ou CE2 lorsque le livre Tout savoir sur les vampires, les monstres, etc de Paul Van Loon (que j'empruntais en boucle à la bibliothèque communale) recommandait sa lecture en vantant ses nombreuses qualités. Je l'avais alors cherché en vain, avant de tomber dessus tout à fait par hasard il y a trois ans, lors d'une foire aux livres. La nostalgie (oui, encore) de cet Automne m'a poussé à l'exhumer de la pile "spécial Halloween" et à le découvrir enfin...


  Zoé est une adolescente de 17 ans discrète et renfermée, surtout depuis l'annonce du cancer de sa mère. Maintenant, cette dernière vit à temps plein à la clinique et son père y passe ses journées, délaissant la jeune fille au domicile. Redoutant la nouvelle du décès imminent de sa mère, Zoé redoute la moindre sonnette, le moindre coup de téléphone qui pourrait annoncer la catastrophe. Parce que sa seule amie s'apprête à déménager, elle anticipe la solitude qui va prochainement s'abattre sur elle... Et, alors, au gré d'une ballade à la nuit tombée, elle rencontre par hasard Simon. Évanescent, presque transparent, le jeune adolescent étrange et sauvage semble tout aussi attiré vers elle qu'elle est fascinée par lui. Ses manières et son vocabulaire sont d'un autre âge, il apparaît subitement à la nuit tombée, tient des discours étranges... Mais qui est donc ce garçon atypique à plus d'un titre? D'autant plus qu'une vague de meurtres a récemment débuté en ville et fait les choux gras de la presse locale, alors n'est-il pas dangereux pour Zoé de se lier ainsi à un jeune inconnu? Très vite, pourtant, il lui raconte sa vie et son étrange histoire : âgé de plusieurs siècles et venu d'Angleterre, il a été transformé en vampire par son propre petit frère il y a plus de 300 ans. L'histoire est sombre, incroyable, complètement fantasque. Et pourtant, entre la jeune fille qui n'attend plus rien de la vie et le jeune non-mort, une relation se noue.


  Vous aurez tous certainement pensé à Twilight / Fascination en lisant le résumé et , j'en suis sûr, vous serez tous exclamé avec agacement "Mais quel est donc encore cet énième plagiat !?". Pourtant, il n'en est rien puisque nous avons là de la "bit-lit avant la bit-lit", le roman d'A.Curtis Klause ayant été écrit près de douze ans avant celui de Stephenie Meyer! Quoi d'autre? Il est aussi bien meilleur! The silver kiss (titre original) est d'une qualité bien supérieure à Twilight, ce qu'on doit à une talentueuse auteur : Annette Curtis Klause, anglo-américaine plusieurs fois diplômée en littérature et bibliothéconomie, a été également plusieurs fois récompensée pour ce premier roman.

 la réédition, dont la couverture évoque volontairement Twilight...

  Plus qu'une simple fiction fantastique pour adolescents et jeunes adultes, The silver kiss est habité d'une douce mélancolie et d'une profonde poésie, tant dans le style que la symbolique suggérée. Ce livre raconte la rencontre de deux personnes que tout oppose à un moment clef de leur vie, et aborde à travers cette relation de nombreux sujets délicats comme la mort, la relation aux adultes, le deuil... Grâce à Simon, Zoé apprend à accepter la mort tandis qu'elle l'aide à prendre goût à la vie. Tous deux vivent une courte aventure, forte et ambiguë, tandis qu'ils sont confrontés à la brutalité des meurtres sanglanst qui secouent la ville. Cette dimension, par ailleurs, évoquera davantage les romans d'Anne Rice ou Laisse Moi entrer, adapté au cinéma sous le titre Morse : parallèlement à l'histoire d'amour et à la lecture psychologique, les péripéties transposent en effet le mythe classique du vampire gothique dans un milieu urbain violent mais raconté avec talent.

Annette Curtis Klause

  Je me suis beaucoup attaché aux personnages et la fin, quoi qu'irrémédiable, est une chute très satisfaisante et d'une très belle logique face aux parcours des deux protagonistes... J'ai refermé The silver kiss très satisfait de cette découverte à la fois horrifique et poétique, qui mériterait d'être rééditée. D'ailleurs, la dernière réédition américaine comportait des goodies exceptionnels, à savoir deux nouvelles (l'une faisant office de préquelle et l'autre de suite) encore inédites en france mais que j'aimerais beaucoup découvrir!

En bref : Loin de Twilight et plus proche d'Anne Rice et de Morse, ce conte glacial et urbain réactualise le mythe du vampire dans une fable poétique, sensuelle et fantastique sur la mort et le deuil. Habité d'une forte dimension psychologique, The silver kiss est aussi un roman jeunesse très bien écrit, avec une histoire horrifique impeccablement bien dosée. Un roman de qualité qui mérite d'être redécouvert!


samedi 31 octobre 2015

Happy Halloween from the rabbit hole : Horror books, mapple tea time & bittersweet pumpkin pie!


Le jour des festivités automnales est enfin arrivé...

Je vous souhaite un effrayant et ensorcelant Halloween !


  Et pour partager ma joie en plus des récentes chroniques "lectures d'Halloween" pour vous plonger dans l'atmosphère propice, je vous invite dans mon terrier pour vous montrer ce que j'ai moi-même découvert en me levant aujourd'hui... Il semble que la Méchante Sorcière de l'Ouest, encore chaussée de ses souliers de rubis, se soit écrasée dans mon salon! L'occasion ou jamais de tirer profit de cette déconvenue (enfin, surtout pour elle) et d'en faire la décoration de saison...
 

   Après les grimoires et les pommes empoisonnées mis à l'honneur l'an dernier, c'est donc une avalanche de chapeaux pointus, d'animaux étranges et, surtout, d'une des paires de chaussures magiques les plus célèbres des contes de fées, qui envahissent mon chez moi. Halloween reste pour moi une madeleine de Proust au pouvoir d'évocation surprenant, et qui fait ressurgir la nostalgie des Automnes de mon enfance. Aucunement besoin de vous le dire, une part de moi est profondément atteinte du syndrome de Peter Pan, et je regrette cette époque et son goût de fantaisie. Un paradis perdu que je m'offre le plaisir de frôler, l'espace de quelques semaines. Le temps de quelques lectures fantomatiques, de quelques citrouilles, ou encore de ballades dans les feuilles au couleurs mordorées. Octobre et Novembre se vivent pour moi au rythme des sabbats et des légendes, et, comme par magie, même ma penderie ne semble comporter que des vêtements ocres, rouilles, marrons et bordeaux. Même les nœuds papillons sont atteints, c'est pour dire...


"Si vous n'êtes pas capable d'un peu de sorcellerie, ce n'est pas la peine de vous mêler de cuisine" 
Colette



  Et la magie elle-même se glisse dans les fourneaux tandis que je m'extasie des potimarrons et courges butternut qui ont envahi le potager de Father Rabbit pour les décliner sous toutes les formes. Alors que je relance la chaudière, je pétris et fait lever les premiers pains maison de l'année, et je me lèche les babines pendant la cuisson, alors que je sirote un réconfortant thé à l'érable...


  Parce qu'il est hors de question de cesser toute activité de sorcellerie trop brutalement, je vous réserve encore quelques "lectures d'Halloween" pour les jours prochains : je viens d'en terminer une que je meurs d'envie de partager avec vous, et viens tout juste d'en commencer une autre chaleureusement recommandée par Mya's books. En attendant ces derniers soubresauts de spectres avant leur profond sommeil jusque l'année prochaine, ce soir est l'occasion ou jamais de ressortir quelques valeurs sûres du petit et grand écrans. Je vous recommande donc vous aussi de buller devant Les Sorcières (d'après sacrées sorcières de R;Dahl) avec Anjelica Huston en ténébreuse sorcière, Hocus Pocus, ou le Blanche Neige de M.Cohn qui, dans les années 90, avait déjà proposé une relecture sombre et gothique du conte, dans un décor automnal magnifique. Quoi encore? La compagnie des loups, dans une ambiance proche, malsaine et enchanteresse à la fois, à moins que vous ne préfériez du plus léger avec le charme des Ensorceleuses dont je me régale sans borne. 


  Pour moi, ce soir, ce sera The good witch, en VO : une série dans la lignée des Ensorceleuses et qui fait suite à une saga de téléfilms débutées avec Un soupçon de magie, parfois rediffusé à la télévision. Oui, c'est parfois profondément guimauve et american way of life avec overdose de bons sentiments mais Dieu (et le diable aussi) sait que la sorcellerie, je l'aime aussi avec trois tonnes de meringue sur la tarte à la citrouille...


Sur ce, chers amis, je vous souhaite encore une fois un terrifiant et délicieux Halloween. 

 

jeudi 29 octobre 2015

Ma vie à Rose Red : Le journal intime d'Ellen Rimbauer - présenté par le Dr J.Reardon.

The Diary of Ellen Rimbauer: My Life at Rose Red, Hyperion 2001 - Albin Michel, 2003.

  " Durant l'été 1998, au cours dune vente aux enchères, j'ai acquis un journal intime cadenassé et recouvert de poussière, persuadée que ces écrits appartenaient à Ellen Rimbauer Au début du XXe siècle, John et Ellen Rimbauer faisaient partie de l'élite de la haute société de Seattle. Le couple fit construire une gigantesque résidence sur les hauteurs de Spring Street. Baptisé par la suite " Rose Red " - Rose rouge -, cet édifice a été l'objet de nombreuses controverses. En effet, sur une période de quarante et une années, au moins vingt-six personnes ont soit perdu la vie, soit disparu mystérieusement entre ses murs. Le journal intime de Ellen Rimbauer, dont je vous propose des extraits, m'a conduite à faire certaines découvertes, qui m'ont poussée à organiser une expédition. Dans peu de temps, je serai à la tête d'une équipe d'experts en phénomènes paranormaux, au cœur de la propriété des Rimbauer, afin de sortir cette gigantesque force psychique qu est Rose Red de sa torpeur. J'espère ainsi venir à bout de certains mystères que mon mentor, Max Burnstheim, n'a pu résoudre avant sa disparition à Rose Red en 1970. Au nom de la science, je continue ma poursuite de la vérité sur Rose Red ; advienne que pourra. " 
  Dr Joyce Reardon, Département des Phénomènes paranormaux Université de Beaumont Seattle, Etat de Washington, USA.

***

  Voilà longtemps que l'on m'a parlé de cet ouvrage et vanté ses qualités, me le présentant comme la publication du vrai journal d'Ellen Rimbauer, dont la véridique histoire de maison hantée aurait inspiré Stephen King pour son film Rose Red. Dans cette fiction télévisée, une équipe de parapsychologues se rend à Rose Red, gigantesque manoir réputé hanté, pour y mener une enquête d'un genre bien spécial. Depuis la fondation de la maison sur une nécropole indienne, elle n'a cessé d'être le théâtre d'événements sanglants et mystérieux. Ces événements, notamment vécus par la première propriétaire des lieux, ont été racontés dans son journal intime ici présenté par la prétendue Dr Reardon, celle dont se serait également inspiré S.King pour le personnage homonyme de son film.

La fiction de Stephen King, tournée pour la chaine ABC en 2001.

  Le journal d'Ellen nous plonge donc au tout début des années 1900, alors que la jeune fille timide et inexpérimentée se laisse courtiser par John Rimbauer, de vingt ans son aîné. Elle finit par l'épouser et convoler en juste noces au cours d'une lune de miel à travers le monde tandis que le riche propriétaire lui fait partir Rose Red, leur future habitation. Mais si leur pérégrinations révèlent à la jeune femme le comportement rustre et frivole de son époux, la maison qui les attend a également ses secrets. Dès qu'elle s'y installe, Ellen confie dans son journal le malaise qu'elle y ressent... puis, peu à peu, au fil des travaux d'agrandissement, des membres du personnel de Rose Red disparaissent mystérieusement, pour parfois réapparaître sous une apparence spectrale. Pour Sukeena, la gouvernante noire et confidente d'Ellen, la maison est comme vivante, animée d'une énergie diabolique, et se nourrit des âmes des vivants...

 


    Agrémenté de nombreuses esquisses et photographies d'époque, ce document véridique a tout d'enthousiasmant. Au début. Car ne vous y méprenez pas, ce prétendu journal intime n'est qu'un vaste canular, une fausse-vraie histoire imaginée de toute pièce par Stephen King pour créer le buzz autour de son feuilleton télévisé Rose Red, et confié à l'auteur Ridley Pearson (oui, oui, celui de Peter et la poussière d'étoiles!) pour la rédaction. Reconnaissons que le travail de reconstitution est correct, même si de nombreux passages m'avaient déjà mis la puce à l'oreille par leur approche trop...comment dire, "rétrospective"? Trop de détails tue le détail, et j'avais le sentiment que cette Ellen Rimbauer se sentaient obligée de nous bombarder de références historiques faussement anodine toutes les deux lignes, comme pour prouver qu'elle écrivait bien en 1907. Cela fait merveille dans un roman jeunesse historique à la Mary Hooper mais là, dans une vessie horrifique qu'on essaye de nous faire prendre pour une lanterne véritable, ça sonnait justement faux.


                                              Le Manoir de Thornfield, en Californie, qui a servi de décor au film de S.King et d'illustration au livre.

  Si Stephen King avait tout de même été inspiré par la véritable histoire de la Maison Winchester ( cherchez donc sur le net, la légende a fait les belles heures des 30 histoires les plus mystérieuses ), les ressorts utilisés évoquent davantage un roman d'horreur moderne (et tiré par les cheveux, en plus) qu'une histoire d'esprits frappeurs à l'ancienne mode. Autre détail intéressant, pour son film Rose Red, nombre d'éléments lui ont été suggéré par le roman The haunting of Hill House de Shirley Jackson, adapté au cinéma en 1999 sous le titre Hantise. Frustré d'être passé à côté des droits d'auteur, le Maître de l'horreur avait à la suite écrit le scénario de Rose Red et fait mettre en chantier l'écriture de ce journal faisant office de préquelle. Bref, résultat des courses, même si on frissonne à la lecture, le ton résolument moderne de ce roman d'horreur ajouté à la déception de s'être fait entourlouper par l'auteur peut casser l'enthousiasme...


La véridique Sarah Winchester et la gigantesque maison qu'elle aurait construite sur commande des esprits,
un fait divers réel qui a suggéré à Stephen King et Ridley Pearsons l'histoire d'Ellen Rimbauer.
 En bref : Une vraie fausse histoire de fantômes qui pourrait fonctionner comme roman d'horreur moderne mais échoue à mes yeux en tant que pseudo témoignage historique. Pas inintéressant mais, quand même, ce canular, je n'ai pas réussi à le digérer...