lundi 10 octobre 2016

Fantasmagories : nouvelles fantastiques - Par les 4èmes du collège Le Vieux Chêne.

Editions l'Harmattan, 2016.



  Des lémures, une statue vivante, une disparition, un testament, une poupée, un miroir, un violon... Un inventaire à la Prévert ? Non, des nouvelles fantastiques écrites par des collégiens pleins d'imagination. Attention ! Si vous ouvrez ce livre, c'est à vos risques et périls !

Nouvelles fantastiques écrites par les 4e du Collège Le Vieux Chêne sous la direction de Dahbia Aissat - Roxane Chapel, Léa Da Silva, Amélie Faye, Wendy Garrido, Prune Hoarau, Angèle Masse, Corentin Poupry, Alice Sor.



***



  Ayant moi-même participé à des projets d'écritures aboutissant à des ouvrages dans l'institution spécialisée où je travaille, je trouvais le concept de ce recueil on ne peut plus enthousiasmant : huit élèves de 4ème se sont réunis au cours d'ateliers d'écriture dans le but de produire des récits dans la pure veine des nouvelles fantastiques classiques. Leurs travaux auraient pu n'être présentés qu'intra-muros, ou même être oublié au fond de vieux tiroirs, mais non. Ici, le collège du Vieux Chêne est allé jusqu'au bout : la publication, la vraie, possible grâce aux éditions de l'Harmattan. Après Edgar Alan Poe et les premières lectures de la saison d'Halloween, cet ouvrage semblait tomber à pic pour assurer la suite.



  C'est donc avec un plaisir empreint de candeur et de curiosité que je me suis lancé dans la découverte de ces quelques histoires. L'introduction nous retrace les bases du projet monté par ce collège de Chessy, puis se complète d'une charmante préface, sorte de poème en prose qui raconte la création de la nouvelle fantastique. Après cette entrée en matière délicieusement onirique, on se laisse happer par les 11 nouvelles qui composent ce livre.



  Je me suis régalé de l'exercice de style auquel se sont plié les élèves, s'efforçant tous de s'imprégner de l'habileté de leurs illustres prédécesseurs et d'utiliser les codes inhérents de la nouvelle fantastique, en partie caractérisée par une chute presque toujours tranchante et souvent déstabilisante. Dès lors, les jeunes auteurs de ces Fantasmagories réussissent avec plus ou moins d'aisance leur pari d'écriture, mais avec un plaisir des plus évidents. Dès lors, ce travail est on ne peut plus louable et acquiert notre admiration.


  On remarque très vite, pour peu qu'on soit lecteur confirmé des classiques, l'influence des immanquables du genre. Ainsi, la Statue Vivante évoque un amusant mélange de la Venus d'ille et de Dorian Gray, dans une atmosphère que n'aurait pas renié Poe. Le testament et la couleur des flammes, du même jeune auteur, pêchent peut-être par son souhait de vouloir trop en raconter dans le cadre restreint qu'impose la nouvelle, mais peu importe : on apprécie la sincérité de sa plume et on perçoit comme l'ombre de Henry James. Le miroir et la couronne de fleurs sont habités d'une douce mélancolie, où éléments macabres et dérangeants sont distillés avec un talent prometteur. Restent encore deux autres récits qui s'inscrivent dans une lignée plus moderne : Disparition et Le nouveau. Le premier, dans une atmosphère très contemporaine de Nouvelle Orléans moite et poisseuse, où étourdissement et vampirisme s'entremêlent, m'a évoqué un univers à la True Boold de C.Harris, et le second fait évidemment penser à... Twilight/Fascination de S.Meyer. Mais ne grimacez pas, voyons, car la jeune écrivaine s'en sort plutôt bien, et interroge la question même des genres et des influences : au même titre que les éléments aujourd'hui classiques hérités de Poe, James, ou Irving, viendra un jour où les "clichés" de la littérature d'aujourd'hui (Twilight et consort) deviendront peut-être les codes de demain.


En bref : une compilation de récits écrits par de jeunes collégiens à l'évidence passionnés par le jeu auquel ils se sont prêtés. Si le style est parfois inégal, il y a toujours la promesse d'un talent et, surtout, une humilité et une honnêteté de l'écriture qui manquent parfois aux plus grands! Une curiosité à découvrir, un beau projet qui mérite qu'on s'y attarde et qu'on le diffuse.



Un grand merci aux éditions de l'Harmattan pour cette découverte!

 

jeudi 6 octobre 2016

Sweeney Todd, Le collier de perles et le diabolique barbier de Fleet Street - J.M.Rymer

The string of pearls : a romance, The people's periodical, 1846 - Editions Callidor (trad. de F.Garel), 2011 - Editions Tind (nouvelle trad. de F.Garel), 2015.

  « C’était un homme grand, au physique ingrat, comme un pantin dont les parties auraient été mal assemblées, doté d’une bouche, de mains et de pieds si immenses qu’il était lui-même, d’une certaine manière, une véritable curiosité de la nature. »
  Lorsque l’on apprend la disparition d’un jeune marin dans la capitale anglaise, tous ses amis se mettent à sa recherche. Les pistes semblent toutes mener près du salon d’un barbier, aux abords de Fleet Street. Sweeney Todd a encore frappé…
  
  Découvrez l’une des principales sources du Dracula de Bram Stoker, vivez le récit original du légendaire tueur en série de Londres et laissez-vous transporter au cœur d’une cité londonienne fourmillante d’horreurs et d’épouvante en dégustant les fameuses tourtes de Mrs Lovett. En France, nous ne connaissions qu’une partie de ce personnage et de son histoire, nous vous livrons à présent l’intégralité du roman dans lequel Sweeney Todd vécut sa première aventure.

***

Afficher l'image d'origine

   Quelle meilleure façon d'honorer le rendez vous "classique horrifique britannique" du challenge Halloween de Lou & Hilde qu'avec le mythique Sweeney Todd? A cette occasion, on remonte pour vous aux sources de la légende, soit plus de deux siècles avant le film de Burton qui l'a popularisée très récemment dans l'hexagone..


Première publication au format revue de Sweeney Todd, et dernière réédition française.

  Car à l'origine de ce mythe au départ aussi célèbre que Jack l'éventreur, il y a un fait divers des plus sanglants. Londres, quartier de Fleet Street, années 1780, un scandale fait la une des journaux, quoi qu'aucun papier ou document d'archive ne puisse ne prouver aujourd'hui : Sweeney Todd, qui tient son échoppe de barbier à côté de l'église de Saint Dunstan aurait assassiné plusieurs dizaines de clients pour les dépouiller de leur argent, faisant ensuite disparaître les corps grâce à une complice aubergiste, Margery Lovett, qui utilisait la chair des victimes pour garnir ses tourtes! Selon certaines sources qui témoignent même de toute la biographie du barbier (à l'exemple de ce site), la boutique de Todd se serait trouvée à l'actuel siège du journal le Dundee courier, et la devanture de l'auberge de Mrs Lovett, sur Bell Yard, serait toujours visible. On évoque même la mise à mort du criminel par pendaison en 1802!

Le siège du Dundee Courier, à côté de l'église St Dunstan, ancienne adresse prétendue de Todd (en haut et à gauche),
 et la devanture encore visible sur Bell Yard où Mrs Lovett aurait tenu boutique (en bas à droite).  

  De cette histoire à faire froid dans le dos est née une légende urbaine horrifique finalement des plus classiques, puisqu'on en retrouve des précédents à travers le monde et les époques. On recense en effet une légende similaire en Ecosse, sans oublier deux cas français remontant au Moyen-Age : les crimes de la rue des Marmousets, à Paris, et aussi l'affaire de la Maison sans toit, à Dijon. Pour ce qui est de l'Angleterre, en tout cas, ce fait divers fit un passage remarqué de la tradition orale vers la littérature de genre dans le People's Periodical en 1846 (après une première brève évocation dans le périodique The terrific register de 1825). Le mythe, repris par un auteur du nom de M.J.Errym, devient l'un des plus mémorables Penny Dreadful de la fiction anglaise. Pour mémoire, le penny dreadful, ou penny blood, est un genre littéraire proche du pulp américain ou du feuilleton "à trois sous" tel qu'on le trouvait à la même époque en France : une histoire à tiroirs faisant la part belle au suspens et à l'horreur, vendue en épisodes par la presse pour quelques centimes
  Derrière le pseudonyme de Errym se cachait en fait John Malcolm Rymer, auteur plus tard d'un autre célèbre Penny Dreadful, Varney le vampire. En se réappropriant ici la légende de Sweeney Todd, il l'embellit bien sûr de nombreux éléments relevant du genre feuilletonesque, faisant ainsi se croiser plusieurs personnages et histoires annexes pour servir aux lecteurs un page turner d'avant-garde.

Penny dreadfuls...

  Ainsi, lorsque l'histoire commence et au fil des épisodes, on nous raconte simultanément l'histoire de cet étrange et horrible barbier dont les clients disparaissent mystérieusement (mais que peuvent-ils bien devenir...?!), la tragique mésaventure de Johanna, qui cherche désespérément son amant disparu Mark Ingestrie, le prospère commerce de Mrs Lovett, dont les tourtes dont fureur (mais où l'unique commis de cuisine vit un enfer, enfermé dans une cave...), et enfin, une étrange odeur de charnier qui se fait sentir à l'Eglise de St Dunstan. Le fil conducteur entre tous ces différents axes narratifs? Un collier de perles d'une valeur inestimable, qui aurait du être offert à Johanna par son amant mais que l'on retrouve entre les mains de Sweeney Todd... étrange, n'est-il pas?

   
  Si l'on peut être rebuté par le style propre au roman feuilleton, parfois très lourd en raison des phrases à rallonge et des dialogues interminables (on se rappellera que les auteurs étaient rémunérés au nombre de mots...), on saura apprécier la multiplicité d'intrigues et de sous-intrigues qui s'entremêlent progressivement vers une résolution spectaculaire. "Spectaculaire" est exactement le mot : la plume de Rymer, très théâtrale, fait la part belle aux apartés, aux pensées récitées à voix hautes, et aux entrées et sorties dignes d'une représentation scénique. Dès lors, une transposition sur les planches est évidemment suggérée et l'on s'imagine sans peine une adaptation pour le mythique et sanglant théâtre du Grand Guignol. Aucune surprise, donc, que ce roman ait donné naissance à une comédie musicale près de deux siècles plus tard.




  Pour autant, de multiples différences distinguent la version musicale et l'interprétation de Burton du récit d'origine : tout d'abord l'époque ( le XVIIIème siècle de départ devenant l'ère victorienne, sûrement pour le souhait d'entretenir une analogie avec Jack l'éventreur), mais surtout le personnage de Sweeney lui-même. Là ou le musical raconte une histoire romantique avec un anti-héro au passé douloureux, Rymer décrit un criminel antipathique et cupide à l'excès bien différent... Néanmoins, aucune déception dans cette lecture d'un genre certes appuyé à l'excès (mais c'est le charme du Penny dreadful) et d'un style parfois suranné, car nous avons la chance d'avoir avec cet ouvrage la toute première traduction française d'un titre clef de la culture livresque anglo-saxonne. Par ailleurs, l'auteur ménage très bien son suspense, et on notera des éléments très avant-gardistes pour l'époque (à titre d'exemple, nous qui avons toujours pensé que le fauteuil de barbier à mécanisme particulièrement ingénieux du film de Burton était une interprétation "moderne" du réalisateur, nous avons eu la surprise de découvrir qu'il était largement suggéré par le livre!).


 Le fauteuil mécanique de Todd, machinerie idéale pour faire disparaître les corps...

En bref: Récit horrifique et sanglant à souhait, ce Sweeney Todd façon penny dreadful, version originale du mythe aujourd'hui connu de tous, est à découvrir. Le style, parfois suranné et "dans son jus", est un modèle du genre. La construction du récit, très feuilletonesque, fait la part belle au suspense et parvient même à tenir le lecteur d'aujourd'hui en haleine.


Et pour aller plus loin... 

mercredi 5 octobre 2016

La ligue des gentlement extraordinaire ( intégrale 1 ) - Alan Moore & Kevin O'Neill

The league of extraordinary gentlemen, America's Best Comics, 1991-2001 - Editions USA (trad. de J.Bharucha), 2001 - Editions Panini Comics (nouvelle traduction), 2013.

  Londres, 1898. L'ère victorienne vit ses dernières années et le XXe siècle se profile. À cette époque de grands bouleversements, les champions sont plus que jamais nécessaires. Allan Quatermain, Mina Murray, le capitaine Nemo, le Dr Henry Jekyll, Edward Hyde et Hawley Griffin forment la Ligue des Gentlemen extraordinaires. Ces justiciers sont les seuls à pouvoir contrer la menace mortelle qui pèse sur Londres, la Grande-Bretagne, et la planète entière !
   L'intégrale de
La Ligue des Gentlemen extraordinaires forme un récit émouvant écrit par Alan Moore, le génie à l'origine de Watchmen et V pour Vendetta, et illustré par Kevin O'Neill, le dessinateur de Marshall Law.

***

  Angleterre, année 1898. Dans un Londres victorien industrialisé à l'excès, Campion Bond, mandaté par l'énigmatique chef des services secrets surnommé M, tente de réunir une équipe d'êtres extraordinaires pour sauver l'Empire britannique d'une menace sans précédent. Miss Wilhelmina Murray, première recrutée, est une jeune femme fraîchement divorcée au passé trouble qui prend dès lors la tête du groupe en formation, vite rejoint par le Capitaine Némo. Tous deux seront ensuite envoyés en Egypte retrouver l'aventurier Alan Quatermain (qui a perdu toute sa superbe dans les fumeries d'opium), puis en France où le chevalier Auguste Dupin les met sur la piste d'un tueur monstrueux qui sévit dans la rue Morgue. Une fois l'équipe d'anti-héros au complet, Campion Bond leur dévoilera l'objet de leur ultime mission : retrouver la cavorite, une matière permettant l'anti-gravitation, volée au professeur Cavor par le mystérieux "Docteur", un dangereux criminel chinois qui règne sur le quartier de Limehouse... Mais derrière cette besogne des plus louables, la ligue ne tarde pas à s'interroger sur la véritable identité de ce monsieur "M", leur énigmatique supérieur, et le bien fondé de leur action...

 Les six épisodes de l'intégrale, racontant une histoire complète, dans leur première publication en deux volumes.

  Si vous avez déjà entendu parler de cette ligue, c'est probablement par l'adaptation cinématographique du même nom, sortie dans les salles en 2003 avec le célèbre Sean Connery dans le rôle principal. Aussi grande soit mon admiration pour cet acteur, oubliez ce film, véritable navet qui n'a d'intéressant que ses décors et ses effets spéciaux, mais qui est une véritable trahison à l’œuvre de base. A la place, à l'occasion du rendez-vous "Bande-Dessinée fantastique" du challenge Halloween british de Lou & Hilde, je vous propose de redécouvrir la BD originale : une création insolite d'Alan Moore, à qui l'on doit les BD Wtachmen, From Hell, ou encore V pour Vandetta (toutes adaptées au cinéma avec plus ou moins de succès et/ou de réussite). 

 L'hypnotique et évanescente Mina, son passé trouble, et Campion Bond.

  Quel est l'intérêt de cette BD? Si vous avez aimé la série Penny Dreadful, alors vous adorerez cette bande-dessinée, qui reprend avec dix ans d'avance le même concept très original : réunir dans une nouvelle histoire plusieurs protagonistes de la littérature fantastique populaire anglaise du XIXème siècle. Le tout devient ici un comic, certes typiquement américain, mais qui rend un hommage passionné aux récits gothiques victoriens. Dans une ambiance très steampunk teintée d'horrifique à l'anglaise, on retrouve des personnages clefs de la littérature, que l'on reconnait sans peine pour peu que l'on soit un grand lecteur ou simplement curieux de culture littéraire.

 Galerie de portraits...

  A la tête de la ligue, Mina Murray a retrouvé son nom de jeune fille après être sortie rescapée du Dracula de Bram Stoker ; elle est aujourd'hui une jeune femme forte et affranchie, marquée du scandale de la rumeur et hantée par son histoire. A son image, ses comparses forment une troupe d'anti-héros dont certains ont beaucoup évolué ou mûri depuis les romans dont ils sont issus, et sont devenus des individus profondément aigris (voire carrément peu recommandables!). Aussi, loin d'être une équipe soudée, tous se méfient les uns des autres quand ils ne se détestent pas ouvertement. Ces relations conflictuelles héritées de personnalités et d'histoires complexes particulièrement bien ajustées sont un leitmotiv des plus entrainants dans cette histoire où les protagonistes sont finalement bien peu gentlemen...


  Si j'avais découvert cette BD bien trop jeune, j'avais en revanche été passionné par le jeu de piste qu'elle constitue pour tout amoureux de la littérature qui se respecte : il n'y a pas une seule page ou vignette où ne soit glissé un clin d'oeil à la littérature, qui coexiste donc ici avec la réalité historique. Les sous-sols du British Museum, QG de la Ligue où sont entreposés les artefacts d'aventures littéraires, constituent un véritable musée d'objets hérités des plus célèbres récits. Tout relève alors du détail et l'oeil du lecteur parcours avec délice les étagères où l'on croise le lapin d'Alice empaillé ou encore la montgolfière de Cinq semaines en ballon. Les univers de Poe, J.Verne, Stoker, Wells ou encore de Stevenson et Doyle se croisent et s'entremêlent avec une virtuosité et une fluidité parfaitement maîtrisée. 


  Alan Moore pousse le clin d’œil jusqu'à diviser son histoire en épisodes dont la narration, très ironique, se fait à la façon des feuilletons au ton très grandiloquent du XIXème. Les dialogues, caustiques mais toujours très subtiles, sont un autre des plaisirs de ce comic: véritables joutes pleines de piquant et de flegme, ils restituent toute l'animosité et l'électricité des relations entre personnages, sans jamais trahir le ton british qui leur est inhérent. Ceci dit, attention : Alan Moore joue et s'amuse de son pastiche au point de tendre parfois vers le gore ou le choquant, ce qui vient rappeler que son livre s'adresse bien aux adultes...


  J'ai également beaucoup aimé les illustrations de ce premier ouvrage : Kevin O'Neill étant anglais de naissance, il a su trouver un juste milieu entre l'élégance de son pays natal et le trait particulier d'un comic à l'américaine. Les visages ont ce côté anguleux et les traits, géométriques, propres au style des comic books, mais le tout exprime aussi une certaine finesse avec un souci du détail poussé à l'extrême (que ce soit dans les décors ou même certains visages, comme celui strié de rides du Capitaine Némo). Les grands yeux verts de Mina nous hypnotisent (oh, et les volutes écarlates interminables de ce foulard rouge dont on se demande pourquoi elle le porte jour et nuit...), les paysages industriels surprennent d'inventivité, et les illustrations de pleine page sont véritablement impressionnantes. Un résultat qui stimule la rétine!

Le londres industriel qui a inspiré Moore et O'Neill pour leur Londres steampunk.

  En bref : Penny Dreadful avant Penny Dreadful, ce premier tome de la ligue des gentlemen extraordinaires est un comic captivant, véritable hommage steampunk à la littérature gothique et fantastique du XIXème siècle. Parfois trash, souvent caustique, cette ligue est un condensé de clins d’œil et de références savamment entremêlés pour un résultat des plus jubilatoire!


lundi 3 octobre 2016

Les contes macabres - Edgar Allan Poe, illustrations de B.Lacombe

Editions Soleil, collection "métamorphose" (trad. de Charles Baudelaire), 2009, 2010.




  Les célèbres nouvelles d'Edgar Allan Poe ont revêtu au fil des ans bien des noms et des aspects.
En 2009, à l'occasion du bi-centenaire de la naissance de l'écrivain, nous vous proposions une
 édition inédite - Les Contes Macabres - recueil de six histoires magnifiquement illustrées et mises en lumière par Benjamin Lacombe.




***


  Pour le premier rendez-vous sous le sceau du "Chat noir", j'ai jeté mon dévolu sur ce recueil d'Edgar Poe, comprenant sa célèbre nouvelle du même titre, ainsi que quelques autres. C'était l'occasion ou jamais de donner mon avis sur cet ouvrage que je possède depuis maintenant plusieurs années et que je n'avais jamais eu l'occasion de commenter. Ce très beau livre objet (couverture en dur, aspect mat à motifs vernis, tranche toilée) reprend des nouvelles extraites des Contes du grotesque et de l'arabesque ou encore de ses Histoires extraordinaires, toutes traduites par son adorateur français et non moins célèbre C.Baudelaire.


  Du Chat Noir à la terrifiante Chute de la maison Usher, en passant par le mélancolique Portrait oval (un de mes favoris, et ceux qui me connaissent un peu sauront pourquoi : il y est question d'un énigmatique portrait maudit, un thème qui m'est toujours aussi cher), on redécouvre les codes propre à la nouvelle fantastique. Une situation initiale souvent triste ou mélancolique, mais plutôt ordinaire, puis arrive un élément perturbateur étrange, inexpliqué, qui sème le doute dans l'esprit du lecteur comme des personnages. Alors, l'angoisse enfle, la peur grandit et l'on étouffe presque de cette atmosphère anxiogène qui nous fait battre le cœur jusqu'à la chute de l'histoire, qui tombe souvent comme un couperet. 


  D'autres éléments récurrents nous évoquent plus particulièrement le style de Poe lui-même, aussi figure du romantisme américain. Car conteur maudit par excellence, il n'était pas seulement auteur horrifique à sensation et ses récits témoignent d'un véritable style, une rigueur unique à cet esthète torturé. Une patte que l'on retrouve tout particulièrement dans la mise en mouvement de ses figure féminines, "toutes lumineuses et malades, mourant de maux bizarres (...) ; leurs aspirations étranges, leur savoir, leur mélancolie inguérissables" comme le dit si bien Baudelaire. Autant de traces et de correspondances laissées par l'histoire personnelle de Poe ou ses amours funèbres, sa vie sentimentale marquée de pertes macabres.
  

  Si j'avais par le passé eu l'occasion de lire des récits d'Edgar Poe dans une édition poche classique, la réappropriation de son univers par Benjamin Lacombe justifiait amplement la relecture. Lors de la parution de cet ouvrage, B.Lacombe montait lentement dans la célébrité et ce livre était le premier d'une longue série de mises en images d’œuvres classiques (viendront ensuite Alice au Pays des Merveilles, Notre Dame de Paris, etc...). Il m'arrive encore de regretter cette époque où l'artiste n'était connu que de quelques admirateurs bizarres qui se refilaient ses livres ou le recommandaient comme quelque chose de rare, secret et précieux... aujourd'hui mondialement connu, l'illustrateur (presque trop) célèbre, était à l'évidence l'homme de la situation pour une version graphique de ces contes.




   On constatera qu'il avait cerné toute la mélancolie et l'effroi de son œuvre : visages candides dans des écrins délicieusement lugubres de finesse, mises en scènes aussi délicates que la porcelaine en habits de deuil, ombres effrayantes et silhouettes graciles... le tout fascine, fait rêver et frissonner à la fois. La mise en page fait la part belle aux différentes techniques de B. Lacombe : alternant les pages en couleurs avec des enluminures ou quarts de page à l'encre façon gravure, il nous subjuguent avec ses vrais/faux daguerréotypes, mélanges bizarres de photographies sépia et de dessin où l'on reconnait unanimement son coup de crayon.


  Vous aurez donc compris : Benjamin Lacombe est idéal pour passer un bon Halloween. Par ailleurs, si l'on compare souvent son style à Tim Burton (comparaison pas toujours dénuée de sens mais tout de même un peu facile...), je le trouve ici plus proche de l'esthétique de Guillermo del Toro : un macabre lourd, un baroque chargé, magnifique mais étouffant, un univers tout en ombres fait de dentelles noires et de couleurs criardes...

 Un coup de crayon très "Guillermo"...

En bref: Redécouvrir le Chat Noir et les autres contes de Poe ne saurait se faire sans cette version illustrée par le talentueux B.Lacombe. Jamais un illustrateur n'aura aussi bien cerné les codes de l'auteur avec autant de cachet.

vendredi 30 septembre 2016

A British Halloween is coming... Keep calm and scary on!



  Chers et infortunés lecteurs, malchanceux et maudits amis chroniqueurs,

  En ce mois d'octobre naissant, nous voici réunis pour une saison de nouveaux livres angoissants. Le compte à rebours est commencé, dans 31 jours Halloween il nous faudra célébrer.
  Alors, à l'occasion de ces immanquables festivités, votre humble serviteur a cette année décidé d'innover. Comment donc, me demanderez-vous? En rejoignant le désormais célèbre challenge halloween d'Hilde et Lou.


  Au programme, nos deux hôtesses nous convient -blogueurs, chroniqueurs et autre youtubeurs - à prendre nos billets pour le pays anglais. La Grande Bretagne, THE thème de cette année, est donc lancé. Ce sera donc là un Halloween so british, un marathon livresque cent pour cent distingué. 
  Aussi, pour mieux nous guider dans cette funèbre contrée, nos deux maîtresses de cérémonie ont soumis le calendrier indicatif que voici...


- Lundi 3 octobre: La journée du chat noir, car contrairement aux superstitions, le chat noir porte bonheur à la maison.
- Mercredi 5 octobre: Mercredi BD fantastique,
- Vendredi 7 octobre: Rendez-vous classique (d'inspiration) Gothique britannique ou irlandais,
- Mercredi 12 octobre: Rendez-vous Albums,
- Vendredi 14 octobre: Les Fantômes British sont parmi nous,
- Dimanche 16 octobre: Let's enjoy the Halloween Tea Time!
- Lundi 17 octobre: Promenade au cimetière et ambiance funèbre
- Mercredi 19 octobre: Mercredi BD Fantastique
- Vendredi 21 octobre: Haunted and scary London: Nous passons la journée à Londres,
- Mercredi 26 octobre: Rendez-vous albums,
- Vendredi 28 octobre: Rendez-vous sorcellerie, gentilles ou méchantes, les sorcières sont les bienvenues, les sorciers également.
- Samedi 29 octobre: Bricolage et Scrap' d'Halloween, toutes les créations démoniaques sont acceptées!
- Lundi 31 octobre: It's Halloween! Partagez avec nous votre journée ou soirée d'Halloween, ou un roman / BD / film (...) sur le thème d'Halloween.

  S'il nous est possible d'y déroger (ou même de le compléter), je me suis promis de le respecter dans sa majorité. Ceci dit, pour vous donner une idée sans pour autant vous spoiler, je veux bien vous révéler quelques éléments de notre voyage livresque si terrifiant :

Pause esthétique et gourmande à Fleet Street.

  Pour ce road trip horrifique des plus britanniques (des pérégrinations aussi entrecoupées de quelques exceptions), nous nous mettrons d'abord sur notre trente et un : haut-de-forme et redingote ajustés, ne restera plus qu'à filer chez le barbier. Ce sera sur Fleet Street, juste avant d'aller déguster de célèbres tourtes dans une auberge tout à côté.

De Whitechapel à Soho...

  Nous ferons par la suite un petit détour par Whitechapel, chasser le fantôme d'une certaine Mary Kelly, sauvagement assassinée un matin d'automne 1888 dans son lit. Nous poursuivrons après notre tourisme des bas quartier, à la recherche d'un tueur à la double personnalité. Là, dans les ruelles de Soho, son histoire nous sera racontée par deux témoins : sa femme de chambre et un dénommé Edward avec lequel il ne faisait qu'un.

King's Cross Station et son quai 9 3/4.

  Cette année, pas d'inhumation au cimetière de Highgate, ni d'aller simple pour Waterloo Necropolis : un unique arrêt à King's cross justifiera ce sacrifice. Là, sur le quai 9 3/4, le dernier né d'une famille de sorciers fait sa rentrée pour une huitième histoire. Nous prendrons avec lui le train, afin de nous éloigner de ce cadre urbain.


  Direction : la campagne! Surrey, Yorkshire, Lincolshire... Après les ruines de Whitby où l'on retrouve des corps sans vie, il sera question d'enfants assassinés au cours de fêtes costumées. Nous arriverons juste à temps pour prendre un thé et du lait à Manderley, où les gouvernantes mesquines entretiennent les fantômes d'épouses assassines.


  Après ces intenses pérégrinations, nous regagnerons l'hexagone pour une ultime mission : à défaut de rencontrer le fantôme de l'opéra mystérieusement évaporé de son théâtre incendié, nous visiterons un petit village avec la plus célèbre des justicières françaises, à la poursuite d'un monstre d'inspiration anglaise.


  Enfin, pour nous remettre de ces nombreuses aventures et découvertes si effrayantes, nous nous attaquerons à la confection de quelques recettes alléchantes. Alors maintenant, en route, cirez vos bottines, ajustez vos corsets, nous nous envolons pour le Royaume Unis hanté et maudit !


Keep calm & (s)cary on !