dimanche 17 septembre 2017

Un été encore plus émilien...

Pedro Pan Rabbit accompagnant la Marquise Emilie aux forges des Du Châtelet, XVIIIème siècle.


  L'été n'est pas officiellement terminé que nous sommes contraint d'en faire déjà le deuil. Ma seule consolation est peut-être que, pour une fois, cette dégradation météorologique ne se limite pas à ma seule région mais à la France toute entière, qui semble traversée de part en part par une belle dépression automnale. En attendant l'été indien qu'on espère éclatant de couleurs rouges et orangées, petit récapitulatif de mon été encore plus Émilien, soit comme mon printemps : branché XVIIIème! De la métallurgie, du tourisme littéraire, et de la cuisine Pompadour, c'est ici!

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Une ballade aux forges de la marquise (enfin presque):



  Dans la continuité du cycle d'exposition Emilie(s) consacré à Emilie du Châtelet, je tenais à visiter des forges à l'ancienne comme celles que possédaient les Du Châtelet près de leur château de Cirey, où Emilie résida avec Voltaire plus de quinze ans. Ce dernier y fit même quelques expériences sur la nature du feu dans le cadre d'un mémoire qu'il présenta à l'Académie des science (sans savoir que sa chère et tendre concourrait également contre lui dans le plus grand secret), et de là venaient aussi les structures de nombreuses fenêtres et du belvédère du château. Si les forges de Cirey ne sont plus en activité depuis belle lurette et fermées au public, le secteur environnant, riche de son héritage métallurgique, propose une belle alternative : une ancienne forge toute proche transformée en musée, Metallurgic Park. Très ludique et très visuel, avec des sons et lumières très impressionnants qui plongent dans l'atmosphère d'un haut-fourneau, le tout dans un cadre très bucolique. A voir absolument!

Illusion d'une coulée de fonte en fusion  on y croirait!

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Italie et tourisme littéraire:


  On s'éloigne à présent des robes à paniers et des perruques poudrées pour une nouvelle escapade en Italie. Changement de décor, donc, et aussi de thème, puisque l'amie qui me recevait sur place et moi-même avons fait une visite projetée depuis un an, inaugurant en même temps notre concept de tourisme littéraire. Vous ne comprenez rien à ce que je raconte? Pas de panique, Pedro explique. Au terme d'une semaine italienne en août 2016, mon amie m'a fait découvrir une série de livres encore non traduite, lue en VO et présentée sur le blog cet été : les aventures de Portia Adams. Le plus amusant : dans le troisième tome, toute une aventure se passe dans un château qui existe réellement, situé tout prêt de notre pied à terre italien. Le jeu : lire la série d'ici l'été suivant et se rendre sur place pour visiter le château sur la base de notre lecture en guise de guide touristique. Ce château, c'était bien sur celui de Racconigi, palais d'été de la famille royale de Savoie, au centre d'une enquête du tome No matter how improbable dont j'ai abondamment parlé ici.


  Après une discussion animée et une visite passionnée (mon amie expliquant même aux guides sur place pourquoi nous étions venus, lorsque nous nous désolions de ne pas pouvoir visiter la bibliothèque décrite dans le roman), je projette de lancer une nouvelle série d'articles de tourisme littéraire qui, à la façon des gourmandises, se pencheraient sur ces lieux réels racontés dans la littérature - il faut dire qu'il y a de quoi : Le 221b Baker Street, l'aiguille creuse d'Arsène Lupin, l'opéra Garnier du fantôme de l'opéra... 



  En attendant, je partage ci-dessous quelques images de ce superbe palais baroque tout de marbre et de pierres, avec en clou du spectacle LES CUISINES ABSOLUMENT MAGNIFIQUES (on se demande bien pourquoi ça me met dans tous mes états, hein!) et des lustres tous plus clinquants les uns que les autres (avant de faire le tri dans mes photos, je ne réalisais pas que j'avais autant mitraillé les luminaires. Mais très honnêtement, cela ne m'étonne qu'à moitié : ces arabesques de cristal et de loupiotte, ça me rend tout chose...).

 (cliquez pour voir en grand)


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 Revue de presse XVIIIème:

Article publié sur la page Facebook de Histoires Galantes.

  Parce que cela ne fait pas de mal de s'envoyer des fleurs, et pour continuer dans la lignée d' Emilie(s), je relaie ici mon propre article sur Petits secrets des ducs de Lorraine au XVIIIème siècle, présenté sur le blog cet été, celui-là même relayé par son auteure Pascale Debert sur Facebook. Parce que j'admire vraiment le travail qu'elle fait sur le blog histoires galantes et que cela fait très plaisir d'avoir pu échanger ensuite avec une personne aussi passionnée! Merci à elle, mille fois.

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Du bruit dans ma cuisine:

  Dans ma cuisine (beaucoup moins grande que celle de la famille royale italienne vue plus haut), il y a eu beaucoup d'activité cet été. Presque tout penaud de me retrouver en vacances si subitement et de ne plus savoir quoi faire de mon temps, à une première journée de prostration a suivi une explosion de gamelles et autres casseroles. Je me suis en effet souvenu qu'on m'avait offert, à mon anniversaire, le super hachoir t*pperware et que je ne l'avais pas encore inauguré! Qu'à cela ne tienne, j'ai fait une recette qui me faisait de l’œil depuis quelques années que je survolais souvent dans le livre de cuisine écrit par Gwyneth Paltrow : des steaks hachés de dinde aux épices et sirop d'érable, que j'ai accompagnés d'un flan de courgettes feta-menthe.


  Saison des courgettes oblige, j'ai exploité le filon jusqu'au bout, d'abord avec un crumble salé de légumes grillés au quinoa, puis des courgettes farcies au boursin et jambon grillé sur lit de tomates, recette vite-faite refilée par une collègue adepte des popotes rapide pour grande tablée. Une façon sympathique et simple d’accommoder les courgettes en utilisant ce qu'on a de restes dans le frigo. Toujours avec des courgettes mais dans un registre plus chic et plus... eh bien plus émilien, j'ai enfin testé une recette assez sophistiquée issue du livre Conversation gourmande avec la marquise de Pompadour (dont il faudra que je parle vraiment sur le blog : un ouvrage de recettes adaptées des plats favoris de la Marquise de Pompadour ou des tables époques Louis XV) : Une mousse de courgette au basilic et au cœur de colin. Raffiné et délicieux!



  Toujours du livre de Gwyneth Paltrow, une autre recette qui me faisait envie depuis longtemps : la salade club au homard! Le homard, que j'ai remplacé par de la chair de langouste - eh oui, scuse me Mrs Paltrow, je n'ai pas votre porte-monnaie ;). Dans un registre plus street food, l'achat d'un moule à donuts m'a permis de tenter une première approche salée, au petits pois et au chèvre frais. Quelques temps plus tard, après un classique de mes fourneaux (quiches à la moutarde à l'ancienne), j'ai décidé d'utiliser les premières tomates cerises du jardin dans un clafoutis tomates-pignons-pesto-chèvre, l'une des surprises les plus gustatives de cette saison!



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 Sur ma table de travail :

  Pas beaucoup le temps de me poser au regard de mes nombreux déplacements, mais quand même quelques boucles d'oreilles à offrir et un gribouillage d'une Miss Fisher toute en fourrures. Je planche actuellement sur la création d'un blog d'illustrations, dans la continuité de mon premier contrat de couverture (souvenez-vous, je vous en parlais ici). Pas encore d'images en lignes mais la page est créée, je vais tâcher de la remplir très prochainement. Le lien sera bien sûr indiquer par ici ;).


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Achats, cadeaux et acquisitions...

  Oui, j'ai encore rapporté de jolies choses de mes vacances! Tout d'abord, de la part d'amis qui, à l'évidence, ne m'ont pas du touuuuut cerné : un mug thermos à l'image du lapin d'Alice (pas de doute, je sens que je vais faire sensation à siroter là-dedans pendant mes réunions) et cette supeeeeeeerbe théière en forme de citrouille avec support, qui évoque autant celles de l'époque Louis XV que les samovars de la Grande Catherine. Comme dit une de mes amies, "on ne sait pas si elle va se transformer en carrosse ou servir le thé"! Je sens que je vais trouver à l'utiliser tôt ou tard dans une décoration à thème ou une gourmandise littéraire (si tu me lis, merci Juju! =D ).



  Côté bibliothèque, j'ai déniché l'un des derniers tomes de Miss Fisher édités en France chez City, même s'il m'en reste encore d'avance à lire. Côté nouveautés, je me suis offert l'intégrale de la bande-dessinée Sabrina the teenage witch, qui a inspiré la série de mon enfance Sabrina l'apprentie sorcière, et que je compte présenter dans le cadre du prochain challenge Halloween, et l'un des derniers tomes parus de la série Agatha Raisin enquête. Côté occasion, j'ai déniché un roman de l'excellente Helen Oyeyemi, qui m'avait complètement chamboulé avec Le blanc va aux sorcières il y a cinq ans, et le roman graphique Hugo Lachance, illustré par le talentueux Chris Riddell, un de mes "maîtres à penser dessiner".


  Et puis comme je suis incorrigible, je n'ai pas résisté lorsque Moleskine a sorti sa collection de carnets Peter Pan, et en ai profité pour leur commander un agenda Alice au pays des merveilles, celui-là aussi en édition limitée.


  Tout ça pour mener vers LE craquage de l'été : l'énorme coffret intégrale de la série Agatha Christie's Poirot, dont j'ai surveillé toutes les vacances une annonce à un prix abordable sur tous les sites de shopping en ligne possibles et imaginables. Ma ténacité a fini par être récompensée! Maintenant, il me faut l'intégrale Miss Marple...


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  Voilà donc quelles ont été mes occupations et pérégrinations estivales, qui me semblent aujourd'hui bien loin. Je me console en me disant qu'avec l'Automne viendront aussi les cucurbitacées, les amours en cage, les flambées dans l'âtre, la soupe, les premières écharpes, le velours côtelé, les feuilles jaunies, les mitaines, les chaussures en cuir, Halloween, les histoires de fantômes, les sorcières, et... chut, je me tais, sinon je risque de vous spoiler sur le prochain article saisonnier!

(Oui, quand je vous parle du jardin, c'est CE jardin! =D )
 

dimanche 10 septembre 2017

Meurtre, Art-Déco, et Grand écran : Hercule Poirot et Miss Fisher bientôt adaptés au cinéma (soit : du moins bien et du bien à venir).



  Le grand écran nous réserve quelques surprises dans les prochains mois! Alors que l'on croyait Hercule Poirot décédé avec David Suchet dans l'ultime épisode de la série et les enquêtes de Miss Fisher définitivement closes, voilà que les deux personnages s'apprêtent à faire leur retour...

Le crime de l'Orient Express : Cinquième!


  Après la version de Sydney Lumet dans les années 70, une parodie avec Bennie Hill, un téléfilm mineur et catastrophique avec Alferd Molina, et enfin l'excellente adaptation avec David Suchet, Hercule Poirot reprend une nouvelle fois l'Orient Express pour le grand écran.


casting (cliquez pour voir en grand)

  C'est cette fois le réalisateur shakespearien Kenneth Branagh ( ex-Monsieur Emma Thomson à la ville, ex-Professeur Lockhart dans Harry Potter, et réalisateur du film live Cendrillon, qui m'avait bien déçu...) qui est aux commandes, et qui endosse le rôle du détective Hercule Poirot.
  Et là, même avec toute la bonne volonté du monde, je dis "Aïe!". Tout d'abord, on est en droit de se demander où se situe l'intérêt (si ce n'est dans un compte en banque) d'adapter une énième fois Le crime de l'Orient Express à l'écran, et surtout si peu de temps après David Suchet (et là, l'hypothèse purement financière tombe à l'eau, car on pourrait sentir le bide venir à plein nez). Si le reste du casting est des plus prestigieux, avec en prime des acteurs dont on imaginait justement qu'ils étaient faits pour le rôle qui leur a été attribué -bon, surtout une en fait : Judy Dench en princesse russe, parce que c'était tellement évident!- Kenneth Branagh porte très mal la moustache de notre bon vieux Hercule. Alors pour dire qu'il fait autrement que ses prédécesseurs, il affuble son personnage d'un postiche qui évoque davantage Asterix le Gaulois qu'un privé belge. La photographie que laisse deviner la bande annonce a beau être très alléchante, dès qu'on entend les notes d'Imagin Dragon dans les couloirs de ce bon vieux train, on se demande à quel moment ça a foiré.


Bref, au terrier, on a peur du résultat. Le film sortira en France le 13 décembre 2017, on vous en dira plus au retour de la séance (surprise inattendue ou catastrophe annoncée).


Miss Fisher : un long-métrage au cinéma et un préquel pour la télévision.



  Voilà deux ans déjà que nous avons dit adieux à la pétulante Miss Fisher, garçonne aristocrate détective du Melbourne des années folles. Adaptée des romans de Kerry Greenwood, la série diffusée en Australie sur ABC1 perdura durant trois saisons étalées de 2011 à 2015, le renouvellement au terme de chacune restant toujours incertain pendant plusieurs mois. Non pas que le programme ne jouissait pas d'un succès suffisant -bien au contraire!- mais le coût de la production complexifiait les choses. Il faut reconnaître que la reconstitution du Melbourne de 1929, les costumes absolument divins et les décors d'un luxe renversant nécessitaient des investissements plus que conséquents. Mais parce que les scénaristes ont plus d'un tour dans leur sac, ils ont su conclure, lorsque la troisième saison leur a été annoncée comme étant la dernière, avec une fin qui satisferait autant les téléspectateurs qu'elle pourrait aussi conduire à une éventuelle suite.


  Et suite il y aura. Dès 2016, l'actrice principale Essie Davis et son partenaire Nathan Page (qui joue le rôle du commissaire Robinson) ont planché avec l'équipe de réalisation sur un projet de long-métrage, dans l'idéal le premier d'une trilogie qui verrait Miss Fisher parcourir le monde pour des enquêtes de nature plus internationale. Pour l'instant, le script d'un premier film baptisé Miss Fisher and the crypt of tears a été présenté à Every Cloud Production (qui produisait aussi la série) et le projet est plus qu'en bonne voie. Reste la question du financement, encore en cours mais qui devrait se solutionner assez rapidement si l'on en croit le succès international de la série et l'idée des créatrices D.Cox et F.Eagger de délocaliser leur héroïne et donc d'attirer d'éventuels partenaires hors Australie. Every Cloud Production est très optimiste et projette de commencer le tournage début 2018.

Nathan Page et Essie Davis posent avec le scénario du film à venir.

  Parallèlement, D.Cox et F.Eagger planchent sur un second projet autours du personnage de Miss Fisher, une série préquelle intitulée Miss Fisher First Mysteries. Cette série raconterait les premières enquêtes de Phryne Fisher, tout juste âgée de 18 ans alors que la Première Guerre Mondiale vient de s'achever. On découvrirait ainsi comment elle s'est formée aux techniques d'investigation et est devenue la détective que l'on connait dans la première série. Les épisodes seraient partiellement adaptés de romans de Kerry Greenwood encore non transposés, Kerry Greenwood qui a par ailleurs annoncé son soutien au projet. 


  En attendant des nouvelles de ces deux productions, il est grand temps de revisionner l'intégrale de la série! Il se peut d'ailleurs que quelques articles rétrospectifs lui soient consacrée prochainement sur le blog, histoire de convaincre ceux qui ne l'ont pas encore regardée de tenter l'expérience!

samedi 9 septembre 2017

No matter how improbable (Portia Adams Adventures #3) - Angela Misri

Fierce Ink Press, 2016.

  Si vous êtes la descendante de Sherlock Holmes, la célébrité est inévitable. Encore plus si vous êtes vous même détective consultante. Aussi, la jeune Portia Adams, qui réunit à elle-seule ces deux caractéristiques, accepte dans le plus grand secret une affaire en Italie qu'elle fait passer pour des vacances, afin de s'éloigner du tumulte de Londres.
  Lorsqu'elle revient en terre anglaise, il semble que la frénésie des médias ait finalement suivi son cours... Mais voilà : Sherlock Holmes a mystérieusement disparu, et la dernière adresse qu'il avait indiquée à Portia est désormais un immeuble réduit en cendres. Heureusement, pas de trace du corps de son grand-père à l'intérieur, mais celui d'une inconnue. Etrange... Parallèlement, il semblerait que son petit-ami Gavin soit mêlé à une affaire criminelle, et tandis qu'une lourde tension s'installe entre eux, Brian se montre lui aussi beaucoup plus froid depuis son retour d'Italie.
  Serait-elle sur le point de perdre quelqu'un qu'elle aime?

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  Après le premier et le second recueil d'enquêtes de Portia Adams, descendante de Holmes et Watson dans le Londres de 1930, je me suis plongé avec délectation dans le troisième opus. Un troisième opus très prometteur, ne serait-ce que par le clin d’œil contenu dans le titre, qui fait référence à la célèbre phrase de Sherlock lui-même : "Une fois l'impossible éliminé, c'est la dernière solution, aussi improbable soit-elle, qui est la bonne".


la princesse Maria Francesca en 1930
  On retrouve Portia quelques temps après le dénouement du second opus : la révélation de son identité auprès du grand public. Désormais connue de tout Londres comme étant le célèbre détective opérant sous le pseudonyme de P.C.Adams , elle profite d'une enquête à mener en Italie pour fuir l'Angleterre quelques temps : Helen (vue dans les deux premiers tomes) sollicite son aide pour secourir dans le plus grand secret une amie d'enfance -et pas des moindres- : la princesse Francesca de Savoie, héritière de la famille royale italienne, plus qu'embarrassée par une sombre histoire de lettres compromettantes. Notre jeune détective endosse le rôle de demoiselle de compagnie d'Helen et l'accompagne en voyage au palais royal de Racconigi, en Italie, pour enquêter dans la plus grande discrétion.
  Ce premier récit a l'intérêt d'offrir une parenthèse exotique très agréable, avec pour cadre le décor baroque du véridique palais de Racconigi, qui fut bien demeure d'été de la Maison Royale de Savoie. La princesse Francesca du roman est très certainement ni plus ni moins que la véritable princesse Maria Francesca de Savoie, dont l'âge et la description, en plus du contexte, correspondent parfaitement au personnage. On devine que l'auteure a probablement été inspirée par un séjour en Italie et une visite du château : elle restitue avec moult détails les pièces et corridors du palais, qui devient dès lors l'atout majeur de cette première histoire.

 Le château de Racconigi en 1930.

  Dès la seconde nouvelle de ce recueil, Portia retourne à Londres où elle explique désormais à ses amis les véritables raisons de son absence en Italie, gardées jusqu'ici secrètes en raison de l’implication d'un membre de la famille royale italienne. Sa discrétion est cependant perçue comme une forme de trahison par ses proches, ce qui jette un froid dans leur relation. Le petit monde de Portia continue de s'écrouler lorsque son grand-père Sherlock Holmes est porté disparu, et qu'elle trouve à sa dernière adresse donnée un immeuble réduit en cendres. Persuadée qu'il y a anguille sous roche et que l'incendie n'est pas accidentel, elle se lance à corps perdu dans de nouvelles investigations, qui ne tardent pas à se recouper avec la disparition mystérieuse de pièces à conviction aux archives de la police, et le décès d'un directeur de banque dont on retrouve le corps dans un coffre.
La Banque de Londres en 1930.
  Si on pouvait juger jusqu'ici l'intérêt des récit d'A.Misri comme se situant davantage dans les relations entre personnages que dans le fond de ces intrigues policières, ce dernier point gagne soudainement en valeur dès cette deuxième enquête, parce qu'elle a la bonne idée de relier plus étroitement ces deux éléments. En effet, Gavin Whitaker, le petit-ami de Portia, se trouve secrètement impliqué -voire même carrément suspecté- dans l'affaire en cours! Son attitude distante, et sa froideur vis à vis de Portia au fur et à mesure de ses investigations amènent une tension qui va crescendo jusqu'au final, où l'auteure offre à ses lecteur un clin d’œil au canon holmesien en renvoyant à la nouvelle de Conan Doyle L'illustre client (in Les archives de Sherlock Holmes), à laquelle ce récit fait suite.


  La tension et le ton plus sombre qui se sont alors instaurés montent encore d'un cran avec la dernière nouvelle de ce troisième opus, qui tourne autour de la mort suspecte de l'un des professeurs d'Université de Portia, accessoirement chef de la police et personnage secondaire que l'on suivait depuis le premier tome. Cet événement totalement inattendu (des personnages comme du lecteur!) nous entraîne avec Portia dans une foule de questionnements où l'on hésite sans cesse entre la thèse de l'accident et celle du meurtre déguisé. Et comme si toute cette situation n'était pas déjà assez déstabilisante, voilà que Gavin a disparu et que Brian, son grand ami et voisin depuis l'arrivée de Portia à Londres, lui ferait presque à nouveau les yeux doux...

 King's Collège, l'université où étudie Portia.

  Ce troisième volume est décidément mon préféré! Comme je le disais plus haut, l'auteure parvient à égaler la qualité de la psychologie des personnages et celle de ses intrigues en les entremêlant chaque fois un peu plus dans chaque nouvelle, tissant intelligemment des liens en toile d'une fond de l'une à l'autre. A.Misri anticipe en effet sur les futurs récits en glissant ça et là au fil d'une histoire des éléments qui s'avèreront avoir de l'importance plus tard : la continuité et la fluidité qu'elle parvient à instaurer apportent un vrai plus à la narration et ajoute un effet feuilletonnisant addictif.


  Mais damn it!, comme à chaque fin de recueil, Angela Misri nous offre de belles révélations avant de nous laisser une fois encore dans le flou concernant de nombreux éléments. Or, ce troisième tome est à ce jour le dernier paru depuis début 2016! Il se pourrait en effet que son éditeur ait choisi de ne pas poursuivre avec elle l'aventure des Portia Adams, ce qui est d'autant plus décevant qu'Angela Misri a confié sur son blog avoir déjà écrit le volume suivant. Aux dernières nouvelles, elle envisageait de continuer à publier la série en auto-édition... On attend et on surveille les news avec impatience (et on espère toujours une traduction en attendant)!

 Le manuscrit du tome 4...

En bref: Un troisième volume absolument captivant! La narration et les intrigues policières gagnent en qualité, et le suspense va croissant au fil des trois récits de ce recueil, tout particulièrement des deux dernières. Plus sombre et plus fouillé, ce tome vient enrichir la mythologie réinventée par Angela Misri sur la base de Conan Doyle. On espère vivement un quatrième opus!

Et pour aller plus loin...

mardi 5 septembre 2017

Gourmandise littéraire : LA quiche fatale d'Agatha Raisin.



  Rien n'est plus enthousiasmant à mes yeux qu'un roman qui s'attarde sur la cuisine! Et lorsqu'il s'agit d'un roman policier et qu'on y ajoute du poison, c'est encore mieux! Voilà peut-être pourquoi le premier tome de la série Agatha Raisin enquête, de M.C.Beaton, La quiche fatale (The quiche of death en VO : oui, oui, il faut quand même oser...) est aussi génial. Quinquagénaire executive woman caractérielle et entêtée, Agatha Raisin prend une retraite anticipée et part s'installer à la campagne. Mais la vie rêvée se transforme en mauvais rêve : les autochtones sont peu enclins à accueillir une étrangère, et l'atmosphère est loin de correspondre à l'idée qu'Agatha se faisait des Costwolds. Mais voilà que le village organise sa traditionnelle kermesse et son célèbre concours de quiches. Habituée à briller en société, Agatha s'inscrit, bien décidée à remporter le prix pour se faire une place et être davantage appréciée des villageois. Mais voilà, la pétulante retraitée n'y connait rien en cuisine, si ce n'est l'usage du micro-onde! La bonne combine? Elle achète une quiche aux épinards auprès du meilleur traiteur de Londres et la fait passer pour une préparation maison...
  Le pire dans toute l'histoire est qu'en plus de perdre le concours, la quiche d'Agatha va empoisonner le juge de l'épreuve! Les épinards étaient en fait de la ciguë des marais, une plante mortelle! Pour Agatha, un traiteur n'aurais jamais fait une telle erreur, et elle n'avait aucune raison d'assassiner le pauvre homme... Quelqu'un aurait-il échangé sa quiche dans le but de commettre un meurtre?...

-"Qu'est-ce que c'est que cette histoire, comme quoi tu es mêlée à une mort, Aggie?
- Il s'agit d'une terrible erreur. J'ai participé à un concours de quiches au village. L'un des juges a mangé ma tarte aux épinards, et il est mort empoisonné;
- Tu n'as jamais su cuisiner, Aggie chérie!"
  Roy riait tant qu'il en avait les larmes aux yeux.
 "Oh, mais ce n'était pas ma cuisine! J'ai présenté une quiche que j'avais achetée à la Quicherie, à Chelsea."
  Steve la regarda d'un air grave.
"Mais tout de même, dans ce genre de concours de plats maison, on est sensé les préparer soi-même, non?
- Si, mais...
- ...mais elle essayait de rouler tout le monde, comme d'habitude! exulta Roy."

La quiche fatale (Agatha Raisin enquête #1), M.C.Beaton, Albin Michel, 2016. 

  Avec ce premier tome, la quiche "fatale" devient un élément symbolique indissociable d'Agatha Raisin, au même titre que le chocolat belge d'Hercule Poirot ou les tricots de Miss Marple. Nous vous proposons ci-dessous une version sans ciguë et donc sans danger... 


Ingrédients (pour 6 personnes):

-Une pâte brisée maison ou du commerce,
-environ 500g d'épinards frais ou surgelés,
-50g de fromage de chèvre frais,
-25 cl de lait demi-écrémé,
-3 œufs,
-une gousse d'ail,
-2 c-à-s d'huile,
-muscade,
-sel et poivre,
-tranches de buche de chèvre pour la décoration.

A vos tabliers!

- Emincer finement l'ail et le faire revenir dans une sauteuse avec l'huile. Ajouter les épinards et les laisser cuire à feu moyen en remuant de temps en temps pendant dix minutes. Saler, poivrer et ajouter une pincée de muscade. Remuer puis laisser égoutter à part.
- Dans un grand récipient, casser les œufs puis les fouetter avec le fromage frais et le lait, saler, poivrer.Y verser les épinards, remuer puis réserver.
- Etaler la pâte briser, foncer un plat à tarte puis y verser le mélange à base d'épinards. Egaliser à la spatule en bois avant de décorer le dessus de tranches de buche de chèvre.
-Enfourner dans un four préchauffé à 180° pour 30 minutes.


  A déguster à la sortie du four ou à présenter au concours culinaire de la paroisse pour un succès ... mortel !