lundi 8 mai 2023

A Winter in the mood of Downton...

 

    Non, non, ce n'est pas un problème de timing : dans nos rudes contrées, croyez-nous, c'est tout juste si l'hiver donne l'impression de s'achever. Les giboulées de Mars ont décidé de perdurer tout avril, si bien que le soleil commence seulement à pointer le bout de son nez (et encore, les jours où il n'est pas timide). Nous sortons aussi le nôtre du guidon, après une saison un peu trop bien remplie professionnellement parlant... Bon, allez, reconnaissons qu'il y a eu tout de même quelques escapades réjouissantes et autant de menus plaisirs (même si on ne concurrencera pas Versailles en la matière). Prêts pour le récap' façon châtelains ?

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Escapades et villégiatures :


    A défaut de rejoindre l'Angleterre des Crawley pour visiter Downton Abbey, c'est un autre manoir familial célèbre – mais de ce côté-ci de la Manche – que nous sommes allés voir. Enfin, disons que nous avons surtout vu la façade. En février, nous avons fait une escapade lyonnaise sur les traces des frères Lumière, notamment dans l'idée de visiter leur splendide et imposante villa... malheureusement fermée pour travaux de restauration. Nous nous contenterons donc de rêver de ce que cachent ces murs et ces fenêtres jusqu'à sa réouverture prévue pour septembre prochain.

    Afin de rentabiliser notre weekend, nous avons profité de notre présence en terres lyonnaises pour faire un arrêt au festival Yggdrasil, consacré aux mondes de l'imaginaire. Nous avions loupé la précédente édition, en extérieure, consacrée à Alice au pays des Merveilles (et dont quelques clichés envoyés par Pouchky/Ficelle nous avait laissé sans voix). Pas de thème particulier pour le festival 2023, mais un joyeux mélange d'univers : ici du steampuck, là du Disney, et entre les deux, un peu de Star Wars, de Harry Potter, et de Vintage.

    Au milieu de ce patchwork fantaisiste, nous avons côtoyé des créatures dignes de Jules Verne, des pin ups échappées d'une revue des fifties, une sirène barbotant dans sa baignoire, des magicien en visite de Poudlard, une Sakura (chasseuse de cartes) et plusieurs Raiponce.


    Et bien sûr, nous avons comme tous les hivers savouré le givre (et la fine couche de neige occasionnelle) qui tombait autour du terrier pour nous offrir de rafraîchissantes promenades à travers la lande du Yorkshire campagne française.



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Achats, cadeaux, acquisitions :


    Noël tout juste passé, de nombreux présents et autant de nouvelles acquisitions sont encore venus garnir les étagères du Terrier (qui malheureusement, ne sont pas comme le sac de Mary Poppins... il va sérieusement falloir envisager un Terrier plus grand). A l'occasion du séjour lyonnais, M. & Mme Pouchky/Ficelle nous ont fait cadeau de ce merveilleux jeu de cartes Alice au Pays des Merveilles par Benjamin Lacombe. On vous laisse profiter des détails du coffret, photographié sous toutes les coutures :
 

    Toujours dans l'esprit Alice, on a ramené de la boutique Yggdrasil ces très jolis badges (ci-dessus) de l'édition Wonderland : Reine de Coeur, Chapelier et Lapin Blanc orneront sac et gilets pour les jours de fêtes. Avant notre départ, Pouchky/Ficelle a également glissé dans notre sac le parfait nécessaire pour le prochain tea time : infuseur, soucoupe et deux thés, dont cette boite à l'effigie d'un lapin aussi royal que l'actuel King Charles III. Enfin, une Alice d'un autre genre avec ce cadeau home made réalisé d'après un vieil exemplaire abimé de la bibliothèque verte, recyclé en carnet de notes pour enquêter ou... préparer ses chroniques littéraires...



    Côté achats et présents livresques, nous n'avons encore pas lésiné cette saison. Notre mood Dowton Abbey a incité l'acquisition de Miss Eliza, beau succès outre-Manche qui raconte le parcours de la première autrice de livre de cuisine d'Angleterre. Le roman a été rapidement rejoint sur la PAL par d'autres achats motivés par nos lubies (plus ou moins) passagères : un recueil de poèmes des Brontë, le roman biographique consacré à Zelda Fitzgerald (et à l'origine de la géniale série Prime Video Z), le best-seller Les heures, qui a inspiré le chef-d’œuvre cinématographique éponyme, ou encore Les mémoires d'Elizabeth Frankenstein, qui nous faisait de l’œil depuis au moins dix ans...
 

    De notre séjour à Lyon et d'un passage par la librairie anglaise Damnfine Bookstore, on a rapporté ce très prometteur roman The witches of New York, et Pouchky/Ficelle a déniché cette très belle édition V.O. de Nous avons toujours vécu au château, l'un des coups de cœur du blog. Au rayon des cosy mysteries, on a décidé de poursuivre la série des Sœurs Mitford enquêtent, dont on avait lu le premier tome il y a trois ans, ainsi que celle de Une lady mène l'enquête, ersatz de Son Espionne Royale. Petite nouvelle dans le genre : on essaye Les enquêtes de Ginger Gold, aux couv' affreuses mais réputées pour ses ressemblances avec notre bien aimée Miss Fisher.


    On ne sait plus si on vous l'avait dit, mais on anime pas mal de formations sur le récit et l'écriture, depuis quelques mois. Aussi, on a rempli l'étagère de potentielles ressources bibliographiques, notamment plusieurs ouvrages édités chez Eyrolles et quelques essais sur les contes merveilleux. Et en parlant de contes merveilleux, on n'a pas su résister à la dernière collection parue en presse chez RBA : après les classiques de la littérature avec les fac-similés de la Cranford Collection, ces sont cette fois les recueils de contes façon Green Fairy Book et Blue Fairy Book qui voient le jour avec la série des Wonderful Stories. Autant dire qu'on ne pouvait que succomber à ces belles éditions reliées aux couvertures toilées dorées.


    Enfin, à l'occasion d'un événement célébré il y a quelques semaines (et dont on vous parle plus bas), une amie nous a fait cadeau de cet amusant carnet d'écriture à l'effigie d’Émilie du Châtelet et de ce sublime nœud papillon bois et tissu.


 
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Popote et casseroles :


    Pas tellement le temps de faire des essais culinaire, cet hiver (comme depuis quelques années, en vérité – commencerait-on à manquer d'audace ?). Nécessité pratique, on a rejoué la carte des bonnes vieilles habitudes avec les valeurs sûres du terrier. Poulet Vindaloo, Mulligatwany et rissoto de butternut ont été l'occasion de cuisiner l'avalanche de cucurbitacées annuelle. La poêlée façon mexicaine aux deux haricots, qu'on n'avait pas eu l'occasion de cuisiner depuis quelques années, est revenue en force pour affronter les frimas de ces derniers mois. 




    Côté sucré, on s'est régalé avec notre recette de pains d'épice de Mary Poppins, dont on a fait de nombreuses fournées (à dévorer et à offrir), et on a rempli plusieurs bocaux de cotignac, notre fameuse recette made in Emilie du Châtelet.


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Bricoles et fariboles :


    Pas de grand tournage en costume d'époque comme à Dowton Abbey, mais quelques bricolages au Terrier cet hiver, notamment pour le traditionnel colis hivernal de Pouchky/Ficelle (une coutume qui fête bien ses dix ans au moins cette année). Le thème était évidemment tout trouvé : on a mis dans la boîte le meilleur des Crawley, lesquels s'affichent dès le couvercle avec ce monogramme reconnaissable.


    Pour le contenu, du british, du british et encore du british : un mug à motifs façon toile de Jouy (bon, d'accord, le concept n'est pas british en soi) en hommage à la série, assorti à la boite de thé noir pour de futurs breakfast comme au château. A savourer également, les gourmandises favorites de Mrs Patmore : du pain d'épices, des énooooooormes shortbreads et des chocolats fourrés au caramel au beurre salé. A dévorer (mais d'une autre façon, cette fois), deux livres très dowtonabbeyien : Les tribulations d'une cuisinière anglaise, qui aurait inspiré la série, et Christmas Pudding, de Nancy Mitford : délicieux portrait au vitriol de l'aristocratie anglaise à l'aube des années 30.



    Et petit cadeau pour notre collègue chroniqueuse de Jane Austen lost in France pour accompagner ses lectures, où qu'elle se trouve : ce splendide mug isotherme à thème Pride & prejudice.




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Great news !


    UNE très grande nouvelle, pour finir cet article en beauté. Vous n'êtes certainement pas sans savoir qu'il y a bientôt trois ans, nous avions décidé de sacrifier le peu de vie personnelle qui nous restait pour nous engager dans une reprise d'études supérieures, un double cursus universitaire de magie à Poudlard, d'agent secret au MI6, de sciences humaines et sociales et d'ingénierie sociale. Nous avons validé haut la main les deux diplômes entre septembre et décembre dernier ! On en profite pour remercier tous les amis chroniqueurs et habitués du blog, qui ont suivi l'aventure de près et qui ont épongé parfois quelques crises de fatigue, épuisement et désespoir. La boite de chocolat personnalisée reçue après la dernière épreuve valait bien tous ces efforts.


    Aussi, pour célébrer l'événement (parce que, quand même, presque trois ans à trimer, ça méritait bien quelques coupes de Champagne), une petite sauterie a été organisée au Terrier, avec la crème de la crème des amis et compagnons. On a mis les petits plats dans les grands pour l'occasion, mais comme un bon dessin vaut mieux qu'un long discours, on vous laisse apprécier les photos...






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    Voilà pour notre hiver traversé à un rythme effréné ! En attendant de vous retrouver pour de futures publications, on souhaite que votre printemps soit plus ensoleillé que le nôtre et que, comme nous, vous tâchez de tenir bon jusqu'aux congés estivaux qui pointent (presque) déjà à l'horizon. On a déjà accumulé de nombreuses photos et quelques nouvelles à partager avec vous à l'occasion du prochain article saisonnier, on vous donne donc rendez-vous dans quelques mois pour le futur récap'! ;-)

lundi 24 avril 2023

Emily - un film de Frances O'Connor d'après la vie d'Emily Brontë.


Emily

 
Un film écrit et réalisé par Frances O'Connor, d'après la vie d'Emily Brontë.

Avec : Emma Mackey, Oliver Jackson-Cohen, Fionn Whitehead, Amelia Gething, Alexandrz Dowling...
 
Date de sortie originale : 14 octobre 2022
Date de sortie en France : 15 mars 2023

    Aussi énigmatique que provocatrice, Emily Brontë demeure l’une des autrices les plus célèbres au monde. EMILY imagine le parcours initiatique de cette jeune femme rebelle et marginale, qui la mènera à écrire son chef-d’œuvre Les Hauts de Hurlevent. Une ode à l’exaltation, à la différence et à la féminité.
 
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    C'était une sortie qu'on attendait autant qu'on la redoutait. Emily, film consacré à Emily Brontë, n'a eu de cesse de faire parler de lui depuis l'annonce du projet en 2020. Autant dire que le défi était de taille : aborder une seule des trois sœurs alors qu'elles ont tiré toute la force de leur aventure éditoriale dans le cœur même de leur trio, n'est-ce pas une entreprise un peu risquée ? Et peut-être encore plus dans le cas d'Emily, dont la légende a de beaucoup dépassé les quelques bribes d'informations historiques connues. Mis en scène et écrit par l'actrice et (pour la première fois) réalisatrice Frances O'Connor, Emily a divisé la critique : audacieux et bouleversant portrait fictif qui révèle toute la complexité du personnage pour certains ou affabulation sans réelle consistance pour d'autres.


    Notre verdict ? Sorry, readers, mais nous rejoindrons ce second clan. Si nous sommes de grands amoureux des portraits imaginaires parfois engendrés par le cinéma – nous citons souvent, à titre d'exemple, le Agatha de Michael Apted consacré à Agatha Christie, ou Fur, portrait imaginaire de Diane Arbus de Steven Shainberg), tout leur intérêt est de révéler les aspérités réelles de leur sujet par le prisme d'un épisode fictif ou d'une approche fantasmée. Dans Emily, aucune des libertés prises ne vient révéler quoi que ce soit de la vérité de l'autrice des Hauts de Hurlevent : tout (ou disons presque tout) y est faux, alors que le film se revendique comme biopic. De quoi nous dresser les poils sur les bras.
 

    Et ça commence dès les premières minutes du film : Emily, à l'agonie, est pressée de questions par sa sœur Charlotte pendant qu'Anne est partie chercher du secours. Comment a-t-elle écrit Les Hauts de Hurlevent ? A ses côtés, les volumes du célèbre roman : les spectateurs peuvent voir sur la couverture, bien en vue, le nom d'Emily Brontë. Les Brontëmaniaques y ont leur première suée (pour ceux qui ne meurent pas immédiatement d'un arrêt cardiaque, s'épargnant ainsi la suite du film). En quelques secondes s'effondrent à la fois toute l'audace et la difficulté de l'entreprise éditoriale des Brontë, en même temps qu'est niée la réalité des femmes autrices sous l'ère victorienne. Prétendre qu'Emily a pu faire éditer son chef-d’œuvre en son nom (avant les publications de ses sœurs, qui plus est) alors que toutes trois ont envoyé leurs textes et été publiées en même temps sous des pseudonymes masculins, c'est probablement la pire hérésie qui soit.


    Elle se révèle finalement la première d'une longue série de petits et gros arrangements avec les faits, au profit de clichés qui veulent jouer la carte d'un féminisme de façade. La liste est trop longue pour les reprendre un à un, mais attardons-nous sur les plus désolants. Outre la question du nom de plume, donc, les relations entre les sœurs et, plus largement, au sein de la famille Brontë ne sont pas fidèles à ce qu'on sait de leur histoire. Qu'une fratrie connaisse des tensions et des désaccords, c'est une chose (et il y en a eu, notamment quand Charlotte a fouillé dans les manuscrits d'Emily afin d'y trouver de quoi publier ensemble un recueil, indiscrétion qui a provoqué une vive colère chez sa cadette), mais faire de Charlotte une pimbêche envieuse telle qu'elle est montrée à l'écran, c'en est une autre. L'interprétation que fait la réalisatrice et scénariste de l'aînée des Brontë est affligeante et lui confère tout juste l'épaisseur psychologique d'une demi-sœur de Cendrillon. Quant à Anne, ne nous attardons pas dessus : à l'évidence, Frances O'Connor ne sait pas quoi faire d'elle, aussi chacune de ses apparitions est-elle purement anecdotique, confirmant l'archétype de la benjamine qui fait tapisserie. Comment se vendait le film, déjà ? Féministe ? Oui, bien sûr...


    Vient ensuite la personnalité d'Emily elle-même : si le scénario et son interprète Emma Mackey parviennent à rendre compte assez justement de l'expression de ses mondes imaginaires dans son quotidien (notamment les jeux à l'origine du monde de Gondal), le film peine à donner une consistance réelle à l'autrice. Le scénario ne semble vouloir retenir que ses aspects les plus misanthropes (et parfois une certaine immaturité), le tout dans une communion avec la nature qui veut certainement entretenir ce mythe de l'Emily Brontë en perpétuelle fusion avec la lande. Oui, très bien. Mais où sont passés ses animaux ? Où sont ses accès de violence, également bien connus des biographes ? Sans ces nuances, l'Emily de Frances O'Connor passe pour une créature sauvage et gracile, un peu creuse...
 
W.Weightman, dessiné par Charlotte Brontë.

    ... et en totale contradiction avec la fougue qui s'éveille au contact de William Weightman, en plein milieu du film. Même si vous n'avez pas eu l'occasion de voir Emily, vous n'êtes certainement pas sans connaître le parti-pris du long-métrage : raconter la passion secrète (et ses nombreuses parties de jambes en l'air dans le foin) de l'autrice des Hauts de Hurlevent, qui lui auraient inspiré son unique roman. Rien, absolument rien ne va dans ce concept. Tout d'abord parce qu'il est de notoriété publique qu'Emily n'a jamais entretenu de relation amoureuse avec qui que ce soit – et encore moins avec Weightman, qui a réellement existé et qui doit actuellement se retourner sous sa pierre tombale. Aussi, il a de nombreuses fois été démontré que tout le talent de cette écrivaine était d'avoir raconté la plus sombre et tragique des histoires d'amour sans pour autant en avoir connu l'expérience sensible. Rappelons une fois encore le propos prétendument féministe du film, qui nie donc l'imagination de l'autrice pour finalement prétendre qu'elle doit son génie... à son histoire d'amour ratée avec un homme.
 

    Nous ferons l'impasse sur le décor du presbytère (filmé tel qu'il est aujourd'hui, au milieu d'un romantique écrin de végétation, alors que l'ambiance était beaucoup plus terne et nue à l'époque des Brontë) pour ne pas être accusés de chipoter. Mais voilà, il y a peu de choses à sauver de ce pseudo-biopic. Retenons quelques points positifs (ouf, il y en a) : outre les costumes de Michael O'Connor (qui avait également conçu ceux du Jane Eyre de 2011) et la superbe bande originale d'Abel Korzeniovski (qu'on a découvert à travers ses compositions pour la série Penny Dreadful), restent un très belle photographie et des scènes inspirées. Parmi celles-ci, impossible de ne pas évoquer la saisissante scène du masque, en clin d’œil au jeu que faisait faire le révérend à ses enfants dans leur jeunesse. Puissante, émouvante et effrayante à la fois, elle constitue à notre sens LE moment mémorable de ce film.

 
    Enfin, on retiendra l'interprétation de Branwell, qu'on reconnait ici moins caricaturale que dans la plupart des lectures proposées de la famille Brontë : le jeune homme y est présenté sous un jour plus sensible sans pour autant oublier sa part d'ombre. La relation entre Emily et lui est subtilement restituée, et les passages qui les mettent en scène ensemble sont parmi les plus touchants du film (notamment le dialogue de part et d'autre du linge étendu, très émouvant), quand il ne font pas écho avec intelligence à certains éléments clefs des Hauts de Hurlevent (à l'image des scènes nocturnes chez les Robinson, rebaptisés Linton pour le clin d’œil).
 

 
En bref : Malgré quelques bonnes idées et UNE scène particulièrement mémorable, Emily tombe dans tous les écueils possibles. Sous couvert de raconter une fresque féministe, Frances O'Connor verse dans le cliché, au point qu'elle contredit son propos de départ. Le génie d'Emily Brontë est nié au profit d'un amour fusionnel sans grand relief et les faits réels autant que les éléments biographiques qui font l'intérêt de la célèbre fratrie sont complètement trahis. L'autrice des Hauts de Hurlevent méritait mieux que ce traitement à notre sens un peu trop facile.
 
 
Pour aller plus loin...
 

dimanche 9 avril 2023

La folie des papillons - Laëtitia Casado.

Scrineo, 2023.
 
    1922. Dans un Paris dirigé par les hommes et marqué par la guerre, le gang des « Papillons Noirs » sévit la nuit. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un groupe de voleuses qui s’en prend aux biens des hommes riches. Un sujet qui sème la discorde dans toute la ville…
    Alors que la police mène l’enquête sur ces Robins des bois au féminin, trois amies, Léontine, Alice et Emma, tentent de trouver leur place dans la société des années folles. Journaliste, couturière ou passionnée d’art, c’est à travers leurs passions, leurs revendications et les rencontres du hasard, qu’elles prendront en main leur destin.
 
Un récit intrigant sur la montée du féminisme, l’art et l’amitié.
 
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     Un trio d'héroïnes féministes, les Années Folles et de la cambriole de haute voltige ? Les nuits parisiennes et des motifs Art Déco ? Sur le papier, ce livre annoncé pour mai prochain avait tout (du résumé à la couverture) pour plaire. Arrachons le sparadrap tout de suite : second roman de l'autrice jeunesse Laëtitia Casado, La folie des papillons s'avère être une belle déception.
 

    Il ne suffit pas d'avoir le bon pitch pour faire un bon livre : ce titre en est le parfait exemple. L'intrigue, prometteuse, rassemblait tout ce qu'on aime, à commencer par l'époque. Y a-t-il décennie plus romanesque que les années 1920 ? Cette période de fêtes et d'émancipation post conflit international est souvent la promesse de fictions et d'aventures exaltantes. Venait ensuite la thématique socio-historique : l'idée de trois héroïnes qui se cherchent une place dans la société après avoir participé à l'effort de guerre et fait tourner la France pendant que les hommes étaient au front était plus qu'enthousiasmante. Enfin, ajoutons à cela un gang de femmes revêtues de noir qui, la nuit tombée, jouent les Arsène Lupin sur les toits de Paris, et on croyait tenir là une nouvelle pépite de lecture. Don't judge a book by its cover, disent les Anglais. Cela vaut apparemment même quand la couverture est réussie...
 
 
    Car malgré un excellent postulat de base et un contexte historique très porteur (la place de la femme au sortir de la Première Guerre mondiale, l'avènement du féminisme et le mouvement des suffragettes), l'intrigue se révèle finalement très inégale. On a le temps de lui imaginer au moins une bonne vingtaine de directions différentes qu'il ne s'est toujours rien passé de réellement substantiel. Des histoires, certes, il y en a, mais une histoire... pas sûr. On suit les personnages de Léontine, Alice et Emma, tantôt ensemble, tantôt séparément, tandis que la presse relate en diagonal les méfaits du gang des "Papillons Noirs", mais passée la moitié du roman, il ne s'est toujours rien déroulé de concret, et le livre nous tombe littéralement des mains. On ne sait pas ce que l'autrice veut nous raconter et on finit par s'ennuyer ferme.
 

    Si encore les personnages suffisaient à nous donner envie d'aller jusqu'au bout, mais même là, malgré nos efforts, c'est de nouveau très inégal. Les profils des héroïnes sont initialement plutôt bien brossés, toutes trois se distinguant chacune par une psychologie et un parcours différent. En cela, elles reflètent assez justement trois façons d'être femme en 1922 (la "bonne épouse", la garçonne et la bohème), mais elles peinent à prendre une véritable place dans ce scénario de littérature jeunesse. Entre les traumas (notamment une scène de viol, annoncée en introduction, mais racontée avec maladresse) et les combats, elles sont finalement mises en scène à travers des dialogues qui sonnent le plus souvent faux. Leurs réactions (ou absences de réaction) n'ont que peu de crédibilité et elles n'ont pas l'épaisseur que l'autrice cherche à leur donner. Même les personnages secondaires, très caricaturaux, témoignent d'un cruel manque de nuances.


    Enfin, l'écriture, là aussi, est sur le même modèle. Le style est certes correct mais très scolaire, comme si l'autrice cherchait sa plume. Celle-là reste assez plate, avec certains anachronismes assez indigestes pour les lecteurs férus de fictions historiques. Un écart assez malaisant subsiste tout au long du livre entre les thèmes abordés par l'écrivaine (forts, parfois même crus ou violents) et l'écriture, trop superficielle.


En bref : Malgré son pitch alléchant et des thématiques centrales qui laissaient présager une lecture passionnante, La folie des Papillons est une vraie déception. En effet, en dépit de sujets forts, ce roman souffre de ses trop nombreuses inégalités : l'écriture manque de fluidité, les personnages, de crédibilité, et quant à l'intrigue, elle s'égare dans un fourre-tout dont on peine à démêler le fil d'une trame véritablement substantielle.  Tout ça est très dommage, car on a réellement cherché à s'accrocher et à trouver des points positifs... sans les trouver.