dimanche 4 octobre 2015

La fille de l'Alchimiste - Kai Meyer.

Die Alchimistin, Heyn, 1998 - Editions du Rocher (traduction de F.Perigault), 2005 - Editions du Livre de poche, 2008, 2015.

  Fin du XIXe siècle.
  Aura Institoris a grandi dans le labyrinthe de couloirs obscurs du château de ses ancêtres, bâti sur un récif de la Baltique. Lorsque son père, l’alchimiste Nestor Nepomuk Institoris, est assassiné sur l’ordre de son plus vieux rival, la jeune fille se trouve entraînée malgré elle au cœur d’un conflit dont les racines remontent au Moyen Âge.
  Aux côtés de son frère adoptif, elle décide d’affronter le meurtrier de son père. S’initiant à son tour aux terribles secrets de l’alchimie, elle va braver les intrigues et les dangers, et partir sur la piste du plus grand mystère de l’humanité: l’immortalité…

Best-seller en Allemagne,
La Fille de l’alchimiste a été traduit dans une dizaine de langues.

***

  Je ne remercierai jamais assez Mya d'avoir annoncé au printemps dernier la sortie de cet ouvrage : titre évocateur et couverture au charme classique indéniable, il n'en fallait pas plus pour attirer mon attention! Loin d'être une nouveauté, La fille de l'alchimiste est en fait la réédition d'un best-seller allemand initialement paru en 1998 et déjà publié dans la collection fantasy du livre de poche en 2008. Mais croyez moi, ce livre méritait bien cette nouvelle sortie...


  Loin de la high fantasy qui me file souvent de l'urticaire, la fille de l'alchimiste nous emmène loin des batailles épiques et des mondes parallèles, et prend cadre dans l'Europe centrale de la fin du XIXème siècle. L'intrigue débute d'ailleurs dans un lieu des plus pittoresques : un manoir bâti à même un îlot rocheux surplombant la mer de la Baltique, qui aurait inspiré à Bocklin son Île des Morts. Là réside l'étrange famille de l'alchimiste Nestor Nepomuk Institoris, qui vit reclus dans son laboratoire tandis que son épouse Charlotte compense son manque d'affection en adoptant des enfants à la pelle. Ainsi, en plus de leurs deux filles naturelles Aura et Sylvette, a-t-elle recueilli Daniel et Christopher. Ce dernier arrive justement au château et se voit vite refroidi par l'hostilité affichée de sa nouvelle fratrie. Néanmoins, contre toute attente, il parvient à s'attirer les faveurs du pater familias et devient son apprenti dans la recherche de la vie éternelle.
  Parallèlement, depuis l'ombre du palais de Vienne, Lysander, vieil ennemi de Nestor, envoie l'hermaphrodite Gillian assassiner l’alchimiste pour lui voler ses secrets. S'il s'acquitte de cette tâche qui le répugne, il ne peut cependant honorer la seconde partie de la commande : tuer Aura. Gillian est en effet tombé sous le charme de la distante jeune fille, simultanément envoyée en pension en Suisse. Dans le train où les deux jeunes gens se rencontrent, une fascination brûlante et réciproque nait alors... Dès lors, tout s'accélère : Aura réalise rapidement être au centre d'un complot alchimique dont les racines remontent au Moyen-Age et en lien direct avec ce qui se trame dans le pensionnat. Car ses tours dissimulent un trafic de jeunes filles destiné à nourrir en sang un vieillard à la recherche de la vie éternelle...
  Mais pendant ce temps, au manoir Institoris, Christopher tente de dissimuler la mort de Nestor tandis que Lysander fait capturer Sylvette dans d'obscurs desseins.


  Vous l'aurez compris, on a là un dense roman à tiroirs (plus de 600 pages)! Foisonnant et complexe quoi qu'un brin classique, la fille de l'alchimiste est une lecture grisante qui n'est pas sans m'évoquer le plaisir que j'avais éprouvé avec la Malédiction d'Old Haven dans ses nombreuses inspirations et fougueux rebondissements. Certes, le roman de K.Meyer est animé d'un souffle moins moderne mais tout aussi captivant. De la mythique Herbe de Gilgamesh à la Pierre philosophale en passant par l'Histoire des Templiers, on brasse les nombreuses branche de l'alchimie, thème terrifiant et intriguant...

L'île des Morts, qui a inspiré à l'auteur le manoir Institoris.

Aura Institoris?
  L'atmosphère est quant à elle d'autant plus entêtante qu'elle explore de nombreux thèmes dérangeants et interdits, évoque des sujets qui relèvent autant de la monstruosité que du Merveilleux. Telle est, en fait, l’ambivalence de l'alchimie, une ambivalence qui se propage jusqu'à une galerie de personnages atypiques, qui m'a rappelé les protagonistes misanthropes de la série Penny Dreadful. Des alchimistes ennemis, des demi-frères meurtriers, des pères incestueux et des hermaphrodites assassins... Si l'évanescent Gillian sort tout droit d'un songe qu'aurait provoqué l’Absinthe, Aura, l'héroïne, m'a complètement fasciné! Je suis tombé amoureux de cette jeune fille distante et froide qui dissimule une fougue, une indépendance et une volonté presque sauvage derrière son attitude revêche.
  Avec eux, on parcourt des paysages pittoresques et rarement exploités dans ce type de littératur : on les suit  de la Baltique jusqu'à l'Autriche-Hongrie, en passant par les théâtres Grand Guignol de Paris et la lagune de Venise. Dans cette quête alchimique à l'issue aussi incroyable qu'inhumaine, K.Meyer nous entraîne à un rythme effréné dans des péripéties d'une étrange étrangeté.

 L'ambiance oppressante du manoir Institoris...

En bref: Conte ésotérique lugubre aux personnages fascinants, la fille de l'alchimiste est un songe gothique et obsédant.  Plus qu'un coup de cœur, il mérite largement la théière d'or. Il est de ces ouvrages dont on se délecte tout en frissonnant de terreur en ces veilles d'Halloween, de ces livres dont on se repait comme une drogue et qui nous empêchent de dormir

October : "Something wicked this way comes..."

source : pinterest

Un croassement de corbeau,
Une bourrasque soudaine,
Une envolée de corneilles,
Une brusque chute de feuilles.

Des pommiers garnis,
Des arbres racornis,
Des potirons par milliers,
Des prunes et mirabelles dorées.

L'odeur de la terre,
Les rires de sorcières,
Les premières flambées de la chaudière...

Mon petit doigt m'a dit
Quelque chose de mauvais vient par ici...

source : pinterest

  Pas de doute... C'est le mois d'Octobre : l'Automne débarque, dans une rafale de feuilles d'érables écarlates et une poussée subite de cucurbitacée. L'odeur anticipée d'Halloween s'insinue doucement sous nos portes et gagne déjà les profondeurs de mon terrier... Même ma bibliothèque se voit contaminée et les lectures de saison sont déjà bien entamées. Suivez bien les prochaines chroniques si vous recherchez quelque ouvrage pour célébrer dignement fantômes et sorcières! Au programme : des Alchimistes à la recherche de la vie éternelle, des séances de spiritisme, ou encore des sorcières doucement barrées...


  Côté petit et grand écrans, les monstres seront aussi de la partie et je compte m'imposer des heures à buller devant la télévision et à courir les salles de cinéma (pour éviter les heures de boulot supplémentaire quand je suis chez moi) devant une petite sélection on ne peut plus appropriée à la saison. Prenons d'abord l'excellente série Penny Dreadful (du même titre que ces vieux feuilletons bas de gammes vendus trois fois rien sous l'ère victorienne, et qui régalait les lecteurs friands de suspens d'histoires de monstres et de crimes sanglants tirés par les cheveux) récemment découverte. Avec les excellents Timothy Dalton et Eva Green, cette production britannique rassemble des personnages de la littérature gothique du XIXème dans de nouvelles intrigues sombres et sanglantes en diable, à la rencontre de Dracula, Frankenstein et Dorian Gray. Côté cinéma et grande toile, j'attends avec impatience le Crimsom Peak de G.del Torro, une histoire de fantômes dans un gigantesque manoir baroque à faire peur, avec la lumineuse Mia Wasikowska.

  Entre autres événements enthousiasmants pour ces festivités, J'ai récemment eu l'immense plaisir de recevoir une invitation nominative (avec nom du blog sur l'enveloppe en prime!) pour la conférence de présentation au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil 2015! Et quand le thème de cette année fête les 150 ans d'Alice in Wonderland avec une gigantesque exposition de prévue, la carte elle-même donne le ton avec le lapin blanc illustré par Sir J.Tenniel. Vous comprendrez que j'étais au comble de l'excitation. Aussi, jeudi prochain, votre humble serviteur s'envole pour la capitale, gagner le théâtre des Abbesses pour assister à la cérémonie en question! J'ai hâte de vous en dire plus...


  En attendant, j'ai une belle PAL d'Halloween qui m'attend et je m'empresse de la rejoindre, enfin dès que j'aurais mouliné la première soupe de l'Automne (patates douces, lentilles corail, carotte et curry) et que mon thé chocolat-cannelle aura infusé.
  Alors d'ici le prochain article d'Automne, n'hésitez pas à partager vos joies saisonnières et à bombarder vos blogs littéraires de courges et de citrouilles, car les festivités sont officiellement ouvertes! =D
 source : pinterest

samedi 26 septembre 2015

De l'importance d'avoir sept ans ( Les chroniques d'Edimbourg #6) - Alexander McCall-Smith.

The importance of being seven (The 44 Scotmland Street Series #6), Abaccus Publishers, 2011 - Editions 10/18, 2015.

  Rien n'est plus important pour un enfant de six ans que la perspective d'en avoir sept. Bertie, le petit prodige du 44 Scotland Street, est impatient de se libérer des occupations absurdes de son enfance – la psychothérapie, les cours d'italien et de saxophone – pour passer aux choses sérieuses, à savoir jouer au rugby, aller camper... C'est sans compter sur sa mère, la redoutable Irene, qui compte bien poursuivre le programme éducatif de son fils. Tandis que Matthew se débat dans les affres de la paternité, Angus et Domenica s'embarquent pour le voyage de leur vie en Italie. Mais les chefs-d'oeuvre ne sont pas sans danger et le syndrome de Stendhal, endémique à Florence, s'apprête à faire une nouvelle victime...

  Avec son charme, son humour et son talent légendaires, Alexander McCall Smith nous livre une nouvelle tranche de vie d'Édimbourg, additionnée de questions morales et d'amitiés (tant humaines que canines), et couronnée d'un immense amour pour l'humanité. Idéal avec du thé ou du café !

***
"Le syndrome du nid vide, comme tant d'autre, est souvent illusoire (...). Le phénomène s'apparente aux angoisses qui assaillent notre société : la peur de ce qui pourrait advenir est souvent pire que ce qui arrive finalement."


"Nombre d'enfants auraient pu tirer profit d'une correction judicieusement administrée (...). Mais les théories pédagogiques actuelles réprouvent de tels comportements. Tel est le monde dans lequel nous vivons."

  Ah, la douce mélancolie propre à chaque rentrée et aux veilles de l'Automne ne serait rien sans le nouveau tome des chroniques d'Edimbourg, ce remède anti-crise et monotonie annuel que je dévore toujours avec le même enthousiasme. Je vous avais présenté l'an dernier les quatre premiers opus et le cinquième tome de ce feuilleton écossais, publié en épisodes quotidiens dans le périodique The Scotsman par l'excellent et irrévérencieux Alexander McCall-Smith. Avec ce sixième tome racontant les chassés-croisés sentimentaux et relationnels des locataires d'un quartier d'Edimbourg, l'auteur à l'humour flegmatique et à la plume acérée poursuit son tableau sociologique mordant de la société actuelle.

"Les gens enrobent ça sous le nom de stage. En réalité, les stagiaires sont souvent des employés non-rémunérés. Un terme ronflant pour un phénomène qui ne date pas d'hier. Autrefois, on aurait parlé d’esclavage."

  Dans ce sixième tome, Matthew le timide fils à papa s'est donc totalement remis des doutes propres à ses débuts de jeune marié, mais affronte maintenant ceux de futurs père: alors qu'il vit d'amour et d'eau fraîche façon roman photo avec Miss Harmony, cette dernière annonce attendre non pas un, mais trois enfants! Il n'en faut pas plus pour bousculer la confiance (fragile) que Matthew pensait avoir pris jusqu'ici, lui même qui en venait à vanter le bonheur de la vie conjugale à Angus. Angus, le peintre philosophe et éternel altruiste, qui se demande en effet si sa profonde amitié avec Domenica la sociologue n'a pas atteint un tournant capital vers une relation d'une autre teneur. Si cette question survient par piqures de rappel intermittentes, elle n'empêche nullement l'un et l'autre de poursuivre leusr multiples digressions et conversations sur la nature humaine. Et même, encore moins de refuser l'invitation d'Antonia en Italie, alors que cette dernière a justement des vues sur Angus. Pendant ce temps, Pat fait son grand retour à Scotland Street! Après avoir fait un grand ménage dans sa vie et retrouvé un équilibre dans son quotidien, elle propose de nouveau ses services à la galerie d'Art de Matthew, au moment même où Bruce, Narcisse personnifié, sort de l'ombre et prétend avoir fait amende honorable. Enfin, au milieu de ce beau monde d'adulte, n'oublions pas le petit Bertie, qui espère avoir bientôt ses sept ans pour échapper au giron étouffant de sa mère toujours aussi castratrice. Bref, des rebondissements en perspective!

Vue de Scotland Street

"Quand un changement survient dans notre vie, nous sommes souvent mal à l'aise. Nous savons qu'il est important, nous nous persuadons même qu'il est profitable -souvent à juste titre-; tout en craignant au fond de nous-même qu'il n'apporte avec lui son lot de regrets."
 
  Et que de rebondissements! Propre au rythme effréné du feuilleton et à la tonalité quasi-sociologique (ou sociologico-humoristique, devrais-je dire, à moins que ce ne soir sociologico-britanico-flegmatique?), Alexander McCall Smith continue, à travers les pérégrinations et interactions toujours aussi fantaisistes de ses personnages, de dépeindre les charmants travers de nos semblables... et de nous-même. Qui ne reconnaitra pas sa part d'enfance frustrée dans le quotidien de Bertie? Qui ne  verra pas ses propres doutes de futur papa en suivant les questionnements de Matthew, ou encore ne se remémorera pas quelques relations amico-amoureuses face au tandem Angus/Domenica? Surtout lorsque ce que qu'on pourrait prendre pour des futilités est ainsi raconté avec la gouaille habituelle et raffinée de l'auteur. Bref, la plume so Britsh qui éloigne ce joli patchwork de personnages et de tranches de vie extravagantes d'un banal roman photo.

Cyril, le brave chien d'Angus et sa représentation du monde...

"La confiance : un concept difficile à décrire et pourtant identifiable entre tous quand il brille par son absence."

  Si Bertie est encore une fois au centre de ce volume (A.McCall-Smith avoue en introduction lui être très attaché), j'ai eu le plaisir de retrouver... Pat! Pat, ma chère et adorable Pat, l'héroïne avec qui l'auteur avait inauguré la série, largement présente dans les premiers opus avant de quitter Scotland Street. Si son rôle est assez secondaire dans la présent tome, il laisse à penser à davantage d'importance dans les tomes ultérieurs. Parmi les quelques chapitres où elle est présente, je retiens particulièrement, en fin d'ouvrage, le tordant passage qui se termine en véritable crêpage de chignon (au sens propre comme au figuré, vous verrez...) au café de Big Lou. 
  Parallèlement, l'axe narratif qui suit Angus et Domenica prend un tournant très inattendu : vous l'aurez compris plus haut, le peintre se pose la question du... mariage !? Alors qu'un tel bouleversement ne s'était jamais laissé entendre entre les deux amis (et encore moins pour les fidèles lecteurs, moi le premier), l'auteur pose en fait la question de l'affection mutuelle et du caractère ambigu d'une relation, qui peut parfois mener deux personnes à s'unir lorsqu'elle arrivent à un certain tournant de leur vie...

 L'auteur et son chat...

"Il y a des gens comme ça (...) à qui on ne souhaite que du bonheur parce qu'ils en sont dignes et à qui il n'est pas accordé parce que les dieux, ou la vie, sont injustes. La file d'attente pour le bonheur était désorganisée : elle s'étirait et serpentait de telle façon qu'il était parfois difficile d'en percevoir la fin."

En bref : Derrière les apparentes excentricités de ces personnages qu'on retrouve chaque année comme une bande de vieilles connaissances, Alexander McCall-Smith dissèque à merveilles les petits travers de la société actuelle. Quand la sociologie se déguise en comédie à l'humour so' british, on en redemande avec un deuxième plateau de scones et de thé... Savoureux.


Et pour aller plus loin...

mercredi 16 septembre 2015

Gourmandise littéraire : La tarte à la crème (Custard Pie) de Mrs Mullet.



  Dans l'excellent roman policier Les étranges talents de Flavia de Luce, Alan Bradley met en scène une gamine aussi cynique que débrouillarde dans la campagne anglaise des années 40. Fille d'un noble colonel anglais, Flavia vit avec ses sœurs dans leur gigantesque manoir de Buckshaw, dont l'ancien faste tombe peu à peu dans la décrépitude... Passionnée de science et de mystère, la pertinente jeune fille ne tarde pas à trouver, un beau matin, un cadavre dans le potager. Un meurtre? Qu'à cela ne tienne, elle résoudra l'enquête, d'autant plus que les premiers indices mènent jusqu'à la cuisine du manoir, où un autre mystère occupe Mrs Mullet, l'employée de maison. Alors qu'elle avait mis à réfroidir sa sacro-sainte tarte à la crème sur le bord de la fenêtre, voilà que quelqu'un a volé la pâtisserie en question, alors même qu'on découvrait sur le pas de l'entrée de service un oiseau mort avec un timbre fiché dans le bec. Ces étranges indices aux relents de dessert anglais ne peuvent donner que l'eau à la bouche de Flavia, et au lecteur, qui ne cesse d'entendre parler de cette satanée tarte tout au long du livre!

  Mais cette tarte, quelle est-t-elle? A n'en pas douter, il s'agit de la fameuse Custard Pie, la tarte à la crème classique de la cuisine traditionnelle anglaise, le basique des basiques que l'on peut comparer à notre tarte au flan pâtissier nationale ; "Custard" désigne bien sûr la traditionnelle crème anglaise, mais dans une version plus riche que l'on associe ici à une pâte brisée. La recette remonterait au Moyen-Âge, même si les plus anciennes traces écrites comportaient évidemment quelques variantes selon les produits de saison disponibles...

 "Dans la cuisine, Mme Mullet, une petite femme ronde comme un tonneau qui, à n'en pas douter, se prenait pour un personnage d'un poème de A.A.Milne, préparait sa fameuse tarte dont la crème pâtissière ressemblait à du pus."

Les étranges talents de Flavia de Luce, Alan Bradley, édition du Masque, 2010.


***

Ingrédients:
(Pour un moule profond de 20 cm de diamètre)

- Une pâte à tarte brisée.
- 6 jaunes d’œuf.
- 30 cl de crème liquide.
- 30 cl de lait.
- 50 g de sucre.
- 1 c-à-c d'extrait de vanille ou les graines d'une gousse de vanille

A vos tabliers!

- Étaler un disque de pâte brisée et en garnir un plat un tarte. Couvrir de papier sulfurisé et réserver au frais pendant 20 minutes.
- Préchauffer le four à 200° puis couvrir le fond de tarte de billes de cuisson (ou de grains de haricots blancs) pour une première cuisson à blanc pendant 15 minutes. Réduire le thermostat à 150° puis laisser encore au four 10 minutes. Sortir le fond de tarte et le mettre de côté.
- Commencer la custard : verser le lait et la crème dans une casserole avec la moitié du sucre et la vanille puis faire chauffer le tout jusqu'à ce que le sucre fonde.
-Dans un autre récipient, mélanger le reste du sucre avec les jaunes d’œuf, puis verser dans la préparation précédente en remuant jusqu'à ce que cela épaississe.
- Verser la crème sur le fond de tarte et enfourner pour une quarantaine de minutes, couvert de papier cuisson, à 140°.
-Une fois cuite, la tarte doit être légèrement craquelée sur le pourtour et onctueuse au centre. 


  Et maintenant, si vous ne craignez pas comme Flavia la cuisine de Mme Mullet, il ne vous reste plus qu'à la dévorer sans retenue (attention, toutefois, à ne pas trouver quelques plumes dans le mélange... les lecteurs comprendront ;-) ).

jeudi 10 septembre 2015

Emily et le miroir magique (Emily #2) - Holly Webb

 Emily Feather and the secret mirror (Emily Feather #2), Scholastic, 2013 - Editions Flammarion (trad. de Faustina Fiore), 2015.


   Emily est une petite fille ordinaire née dans une famille extraordinaire. Désormais, elle sait que derrière l’étrange porte de sa maison se cache un passage pour d’autres mondes magiques. Elle sait aussi que les autres membres de sa famille sont en réalité des fées, chargées de les protéger. Emily rêve de posséder de tels pouvoirs ! Si seulement elle trouvait un moyen d’emporter un peu de cette magie à l’école pour régler ses problèmes… 
  Après Rose et Lily, Holly Webb entraîne les plus jeunes lecteurs dans le monde magique des fées. 

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  Continuons dans la magie et la légèreté avec ce second tome d'Emily, une des dernières sagas de la prolifique Holly Webb (déjà connue ici pour les très mignonnes séries Rose et Lily). Apprécions tout d'abord le charmant visuel que l'éditeur français a volontairement calqué sur celui des deux précédentes sagas, dans le but d'attirer l’œil des fidèles lecteurs. Pour autant, et comme je l'avais dit dans mon article sur le tome 1, rappelons que la petite Emily n'a aucun lien avec l'univers commun aux magiciennes Rose Fell et Lily Powers. Ici, Holly Webb s'adresse à un lectorat plus jeune, d'où le texte très accessible aux lecteurs novices et un récit assez concis.

 Première et quatrième de couverture de l'édition originale.

  Dans ce second tome, la petite Emily s'est donc tout juste remise de la nouvelle apprise quelques semaines auparavant : elle a été adoptée par une famille de fées cachées dans le monde des humains, alors qu'elle-même est totalement dépourvue de pouvoirs. La fillette a donc du faire face à un double sentiment d'étrangeté, tant elle regrette de ne pas être une créature féérique elle aussi. Pour autant, son étroite cohabitation avec la magie la rend particulièrement intéressante aux yeux de fées maléfiques qui souhaitent plus que tout la kidnapper... Protégée par sa famille adoptive, Emily a donc pour interdiction de s'approcher des passages menant au Monde féérique et continuer sa vie d'écolière comme si de rien n'était. Mais comment garder un tel secret? Comment vivre autant de bouleversements et jouer à faire semblant? Emily est troublée, souhaiterait en parler à son amie Rachel ou pouvoir flanquer une bonne correction magique à Katie, une peste qui ne cesse de la tourmenter chaque jour de classe. Alors, malgré l'interdiction de sa famille, lorsqu'Emily perçoit l'appel au secour d'une Ondine prisonnière d'un tableau exposé au Musée, elle se lance dans l'aventure pour pimenter un peu son quotidien...
L'ondine du tableau?

  Si j'avais trouvé l'intrigue du tome 1 mignonne quoi qu'un peu facile, je lui ai presque préféré ce tome 2! Avec Emily et le miroir magique, Holly Webb marque davantage les caractéristiques de cette série, la distinguant ainsi de ses précédentes sagas fantastiques : Emily cesse d'exister comme un brouillon "arrangé" issu des manuscrits de Rose ou Lily et adopte sa propre tenue, sa mythologie propre. Par le biais de cette petite héroïne, H.Webb raconte une histoire encrée autant dans le réel que dans l'imaginaire, un équilibre qui m'a particulièrement plu dans ce second opus. Emily est confrontée au sentiment de différence et aux difficulté que rencontre tout enfant à l'école, ce qui ne manquera pas de toucher le jeune lecteur car Holly Webb restitue merveilleusement bien les émotions propres à l'enfance.


  En bref: Un second tome magique et léger comme le premier opus, mais qui gagne en teneur en s'encrant davantage dans la réalité de l'enfance. Si le fantastique est toujours aussi présent, Holly Webb privilégie les aspects difficiles de l'enfance et les nombreux questionnements et sentiments qui résonneront dans l'esprit du tout jeune lecteur. Tendre et charmant.


Un grand merci aux éditions Flammarion pour ce partenariat!

Et pour aller plus loin....

mercredi 9 septembre 2015

Les sorcières d'Astria #2, "l'amulette mystérieuse" - Marliese Arold

 Das magische Amulett (Magic Girls, #2), Ars Editions, 2008, 2011 -  Editions Bayard Jeunesse (trad. de Sylvie Roussel), 2014.



  Qu’il est difficile pour des sorciers de passer incognito dans le monde des humains ! Éléna et son amie Roxane ont du mal à se retenir de pratiquer la magie… Et elles sont très intriguées par l’amulette qu’elles ont trouvée dans le terrarium où vit le père d’Éléna depuis qu’il a été transformé en iguane. Ce bijou a-t-il le pouvoir de lui rendre son apparence normale… ou… s’agit-il d’un objet maléfique ?



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  Après avoir regardé avec oisiveté de vieux épisodes de Sabrina l'apprentie sorcière pendant les vacances (oui, encore mon éternelle nostalgie), la rentrée et la réduction considérable d'heures à buller devant les aventures drôlatiques de la jeune magicienne m'ont fait me tourner vers le second tome des Sorcières d'Atria. Cette saga débutée l'an dernier m'avait en effet fortement évoqué la série de mon enfance de par son atmosphère très similaire.

 Sur la maison des Bredov...

  Cette fois, l'histoire se concentre essentiellement sur la difficulté pour Eléna de mener une double vie et de jongler entre ses pouvoirs de sorcière d'un côté et sa vie collégienne de l'autre. Souvent confrontée aux aléas du monde des Mortels, la jeune fille a du mal à ne pas faciliter les problèmes rencontrés d'un coup de formule magique... surtout lorsqu'il s'agit de rendre de menus services à ses amies. Ou encore se débarrasser d'un soupirant trop encombrant tel que Kevin qui, par-dessus le marcher, à surpris les Bredov en plein usage de leurs pouvoirs! Son ami Olivier, versé dans l'occultisme, veut alors jouer aux apprentis chasseurs de sorcières... Parallèlement, Eléna et Roxane poursuivent leur recherches sur l'amulette trouvée dans le vivarium de Léon, toujours transformé en iguane. Leur petite enquête révèle que le bijou appartiendrait à Mafaldus Horus, mage noir des plus dangereux...

 Quelques pages du livre, toujours aussi sympathiquement illustrées d'encarts issus de publications et traités du Royaume des Sorciers.

  Même si la joie de la découverte reste attaché au premier tome, j'ai retrouvé les petites sorcières d'Astria avec plaisir. Je souhaitais une lecture fantastique drôle et légère pour accuser le coup d'une rentrée sur les chapeaux de roue et ce roman a donc parfaitement rempli son office! Si ce nouvel opus est moins comique que le précédent (la famille Bredov se faisant progressivement au mode de vie des mortels, le choc des cultures est moins présent) et l'hilarante Mona, la grand-mère sorcière digne héritière d'une Endora de Ma sorcière bien aimée, malheureusement moins présente, les aléas de la vie d'ado d'Elena se suivent avec plaisir.

Couverture de l'édition originale allemande.

  Le dernier tiers s'accélère et s'axe davantage sur la malédiction jetée sur Léon Bredov, orientant l'histoire vers une dynamique plus ombre qui surprend un peu dans l'atmosphère plutôt comique de départ. Certains mystères pourtant majeurs de l'univers de Marliese Arold seront même révélés en fin de tome et j'ai été surpris qu'ils soient résolus aussi vite, et même un tantinet rapidement expédiés. Quand bien même, nous laissant avec une fin en suspens, Marliese Arold s'assure la fidélité des lecteurs pour la suite de sa saga, et j'en serai avec plaisir!


En bref : Un second tome qui s'achève sur de nombreuses révélations en cliffhanger, tout exprès pour nous laisser en haleine. L'histoire mêlant humour et fantastique ne révolutionne bien évidemment pas le genre, mais elle tient ses promesses dans la continuité du premier opus. On a donc là un roman léger purement distrayant qui se lit très bien.

 Pour aller plus loin:

dimanche 6 septembre 2015

De cape et de mots - Flore Vesco

Editions Didier Jeunesse, 2015.

   Serine, en dépit de la volonté de sa mère, refuse de se marier. Mais pour sortir ses frères de la pauvreté, elle doit agir. Sa décision est prise : elle sera demoiselle de compagnie ! La tâche s’annonce difficile : la reine est capricieuse, antipathique, et renvoie ses demoiselles aussi souvent qu’elle change de perruque. Mais Serine ne manque pas d’audace et, tour à tour, par maladresse ou génie, se fait une place. Elle découvre alors la face cachée de la cour : les manigances, l’hypocrisie et les intrigues… et tente de déjouer un complot.
  Un premier roman décapant qui marque tant par la singularité de son héroïne que par la plume inventive de son auteur. 
  HUMOUR, IRRÉVÉRENCE ET COMPLOTS À LA COUR DU ROI !
***
  Impossible, lorsque je suis tombé par hasard sur ce livre, de ne pas penser à Fantômette! En effet, on reconnait la même silhouette féline drapée d'une cape sombre, le visage masqué d'un loup noir... Or, Flore Vesco, l'auteure, l'admet et le revendique : c'est la Fantômette illustré par J.Stefani dans les années 70 qui lui a inspirée l'allure de son héroïne. Il n'en fallait pas moins pour me pousser à l'achat, curieux de voir de quoi il retournait exactement.
 Illustration de F.Gastaut, qui réalisé la couverture.
  L'histoire, présentée par la critique comme une rencontre décapante entre Les colombes du roi soleil et un roman de Jean Teulé, commence dans un royaume uchronique, qui rappelle fortement la monarchie française d'un Louis XIII ou XIV. Serine, dont le véritable nom à rallonge n'a d'égale que la ruine financière de sa famille, quitte les siens pour échapper à un mariage de convenance. Elle s'enfuit à la cour du Roi Léo III où, par un hasard qui relève presque d'une habile maladresse (si cela pouvait se dire mais, croyez-moi, avec Serine, c'est exactement l'expression qui convient), elle se retrouve à postuler pour devenir demoiselle de compagnie de l'impossible et détestable reine. Alors qu'elle ne sait ni lire ni écrire, la jeune fille complimente sa majesté, inventant des termes de vocabulaire et expressions farfelues tout droit sortis de son imagination et qui feignent une grande richesse de vocabulaire. D'une hasardeuse fantaisie de langage, et voici la jeune fille adulée pour son esprit et choisie suivante en titre! Mais l'histoire de Serine ne fait là que débuter : car parmi les suivantes, Crisante l'ambitieuse est prête à tout pour l'humilier et la jeune fille devra redoubler d'ingéniosité pour survivre dans le monde vaniteux des courtisans. Et encore, il ne faudra pas oublier le Secrétaire du Roi, qui ourdit dans l'ombre un complot criminel que Serine devra déjouer sous les traits d'un personnage qu'elle se créé pour l'occasion... Masquée et déguisée, elle devient le cabriolant et impertinent Bouffon royal, qui fait tomber les masques et déjoue les manigances criminelles d'une pirouette ou d'un bon mot d'esprit.


  Attention, ce livre est une véritable bombe! Après un premier tiers assez convenu le temps d'arriver dans le vif du sujet, et De Cape et de Mots devient une véritable explosion! Bien que la monarchie du roi Léo III soit totalement inventée, on ne peut que songer à la Cour d'un Louis XIV avec ses intrigues, ses faux-semblants, ses nobles imbus d'eux-mêmes et capricieux au point d'en être ridicules. Jamais un roman empruntant à ce point le style de la fable et l'accent de la fantaisie n'aura pourtant si bien restitué la vie versaillaise : vanité, mensonge, complot, coups bas, ou encore précarité de la situation des nobles.
  Mais, plus encore, le véritable régal de ce livre réside dans la déclaration d'amour à la langue française et au vocabulaire farfelu de l'époque. A travers des termes du langage d'antan et d'autres expressions totalement inventées, les personnages se livrent des luttes sans merci au cours de joutes verbales où, comme lors des salons littéraires, gagnera celui qui fera preuve du plus beau mot d'esprit. Jeux de mots, calembours, allitérations et rimes fantaisistes, ou encore proverbes, maximes et contrepèteries, De cape et de mots explose dans un tourbillon de dialogues truculents qui font la part belle aux fantaisies de la langue et du verbe.

  Dans cet univers très théâtral, Flore Vesco met en scène une héroïne frontale et impertinente, au cœur aussi gros qu'à la personnalité irrévérencieuse. Serine, qui ne se laisse jamais abattre, est attachante de drôlerie et d'étourderie, rafraîchissante dans l'univers étouffant des perruques poudrées et des corsets trop serrés. Mais l'intérêt de ce personnage atteint son paroxysme lorsqu'à l'instar de Fantômette, elle endosse la double personnalité masquée du Fou du Roi. Vêtue de son costume chamarré à grelots et de son masque, elle se fait encore plus subtile, plus mystérieuse et presque intrigante. Elle rejoint alors la symbolique profonde du Bouffon, ce personnage qui dissimule une lucidité et une psychologie profondes derrière l'apparence du saltimbanque. Ainsi, entre deux turlupinades et autres cabrioles, Serine profite-t-elle de son nouveau statut pour révéler aux yeux de tous les vices cachés des nobles et un complot qui se fomente contre sa gracieuse Majesté...


En bref : On pense à une Fantômette revue par Edmond Rostand, des Colombes du Roi Soleil qui se mêlent au film Marquise ou Ridicule, de la littérature jeunesse faussement historique qu'auraient revue La Bruyère et La Rochefoucauld. Subtilités et fantaisies de langage, jeux de mots et contrepèteries dans un tourbillon de préciosités versaillaises, de Cape et de mots est une fable irrévérencieuse et érudite pleine de charme et de drôlerie. Un régal!