dimanche 10 septembre 2017

Meurtre, Art-Déco, et Grand écran : Hercule Poirot et Miss Fisher bientôt adaptés au cinéma (soit : du moins bien et du bien à venir).



  Le grand écran nous réserve quelques surprises dans les prochains mois! Alors que l'on croyait Hercule Poirot décédé avec David Suchet dans l'ultime épisode de la série et les enquêtes de Miss Fisher définitivement closes, voilà que les deux personnages s'apprêtent à faire leur retour...

Le crime de l'Orient Express : Cinquième!


  Après la version de Sydney Lumet dans les années 70, une parodie avec Bennie Hill, un téléfilm mineur et catastrophique avec Alferd Molina, et enfin l'excellente adaptation avec David Suchet, Hercule Poirot reprend une nouvelle fois l'Orient Express pour le grand écran.


casting (cliquez pour voir en grand)

  C'est cette fois le réalisateur shakespearien Kenneth Branagh ( ex-Monsieur Emma Thomson à la ville, ex-Professeur Lockhart dans Harry Potter, et réalisateur du film live Cendrillon, qui m'avait bien déçu...) qui est aux commandes, et qui endosse le rôle du détective Hercule Poirot.
  Et là, même avec toute la bonne volonté du monde, je dis "Aïe!". Tout d'abord, on est en droit de se demander où se situe l'intérêt (si ce n'est dans un compte en banque) d'adapter une énième fois Le crime de l'Orient Express à l'écran, et surtout si peu de temps après David Suchet (et là, l'hypothèse purement financière tombe à l'eau, car on pourrait sentir le bide venir à plein nez). Si le reste du casting est des plus prestigieux, avec en prime des acteurs dont on imaginait justement qu'ils étaient faits pour le rôle qui leur a été attribué -bon, surtout une en fait : Judy Dench en princesse russe, parce que c'était tellement évident!- Kenneth Branagh porte très mal la moustache de notre bon vieux Hercule. Alors pour dire qu'il fait autrement que ses prédécesseurs, il affuble son personnage d'un postiche qui évoque davantage Asterix le Gaulois qu'un privé belge. La photographie que laisse deviner la bande annonce a beau être très alléchante, dès qu'on entend les notes d'Imagin Dragon dans les couloirs de ce bon vieux train, on se demande à quel moment ça a foiré.


Bref, au terrier, on a peur du résultat. Le film sortira en France le 13 décembre 2017, on vous en dira plus au retour de la séance (surprise inattendue ou catastrophe annoncée).


Miss Fisher : un long-métrage au cinéma et un préquel pour la télévision.



  Voilà deux ans déjà que nous avons dit adieux à la pétulante Miss Fisher, garçonne aristocrate détective du Melbourne des années folles. Adaptée des romans de Kerry Greenwood, la série diffusée en Australie sur ABC1 perdura durant trois saisons étalées de 2011 à 2015, le renouvellement au terme de chacune restant toujours incertain pendant plusieurs mois. Non pas que le programme ne jouissait pas d'un succès suffisant -bien au contraire!- mais le coût de la production complexifiait les choses. Il faut reconnaître que la reconstitution du Melbourne de 1929, les costumes absolument divins et les décors d'un luxe renversant nécessitaient des investissements plus que conséquents. Mais parce que les scénaristes ont plus d'un tour dans leur sac, ils ont su conclure, lorsque la troisième saison leur a été annoncée comme étant la dernière, avec une fin qui satisferait autant les téléspectateurs qu'elle pourrait aussi conduire à une éventuelle suite.


  Et suite il y aura. Dès 2016, l'actrice principale Essie Davis et son partenaire Nathan Page (qui joue le rôle du commissaire Robinson) ont planché avec l'équipe de réalisation sur un projet de long-métrage, dans l'idéal le premier d'une trilogie qui verrait Miss Fisher parcourir le monde pour des enquêtes de nature plus internationale. Pour l'instant, le script d'un premier film baptisé Miss Fisher and the crypt of tears a été présenté à Every Cloud Production (qui produisait aussi la série) et le projet est plus qu'en bonne voie. Reste la question du financement, encore en cours mais qui devrait se solutionner assez rapidement si l'on en croit le succès international de la série et l'idée des créatrices D.Cox et F.Eagger de délocaliser leur héroïne et donc d'attirer d'éventuels partenaires hors Australie. Every Cloud Production est très optimiste et projette de commencer le tournage début 2018.

Nathan Page et Essie Davis posent avec le scénario du film à venir.

  Parallèlement, D.Cox et F.Eagger planchent sur un second projet autours du personnage de Miss Fisher, une série préquelle intitulée Miss Fisher First Mysteries. Cette série raconterait les premières enquêtes de Phryne Fisher, tout juste âgée de 18 ans alors que la Première Guerre Mondiale vient de s'achever. On découvrirait ainsi comment elle s'est formée aux techniques d'investigation et est devenue la détective que l'on connait dans la première série. Les épisodes seraient partiellement adaptés de romans de Kerry Greenwood encore non transposés, Kerry Greenwood qui a par ailleurs annoncé son soutien au projet. 


  En attendant des nouvelles de ces deux productions, il est grand temps de revisionner l'intégrale de la série! Il se peut d'ailleurs que quelques articles rétrospectifs lui soient consacrée prochainement sur le blog, histoire de convaincre ceux qui ne l'ont pas encore regardée de tenter l'expérience!

samedi 9 septembre 2017

No matter how improbable (Portia Adams Adventures #3) - Angela Misri

Fierce Ink Press, 2016.

  Si vous êtes la descendante de Sherlock Holmes, la célébrité est inévitable. Encore plus si vous êtes vous même détective consultante. Aussi, la jeune Portia Adams, qui réunit à elle-seule ces deux caractéristiques, accepte dans le plus grand secret une affaire en Italie qu'elle fait passer pour des vacances, afin de s'éloigner du tumulte de Londres.
  Lorsqu'elle revient en terre anglaise, il semble que la frénésie des médias ait finalement suivi son cours... Mais voilà : Sherlock Holmes a mystérieusement disparu, et la dernière adresse qu'il avait indiquée à Portia est désormais un immeuble réduit en cendres. Heureusement, pas de trace du corps de son grand-père à l'intérieur, mais celui d'une inconnue. Etrange... Parallèlement, il semblerait que son petit-ami Gavin soit mêlé à une affaire criminelle, et tandis qu'une lourde tension s'installe entre eux, Brian se montre lui aussi beaucoup plus froid depuis son retour d'Italie.
  Serait-elle sur le point de perdre quelqu'un qu'elle aime?

***

  Après le premier et le second recueil d'enquêtes de Portia Adams, descendante de Holmes et Watson dans le Londres de 1930, je me suis plongé avec délectation dans le troisième opus. Un troisième opus très prometteur, ne serait-ce que par le clin d’œil contenu dans le titre, qui fait référence à la célèbre phrase de Sherlock lui-même : "Une fois l'impossible éliminé, c'est la dernière solution, aussi improbable soit-elle, qui est la bonne".


la princesse Maria Francesca en 1930
  On retrouve Portia quelques temps après le dénouement du second opus : la révélation de son identité auprès du grand public. Désormais connue de tout Londres comme étant le célèbre détective opérant sous le pseudonyme de P.C.Adams , elle profite d'une enquête à mener en Italie pour fuir l'Angleterre quelques temps : Helen (vue dans les deux premiers tomes) sollicite son aide pour secourir dans le plus grand secret une amie d'enfance -et pas des moindres- : la princesse Francesca de Savoie, héritière de la famille royale italienne, plus qu'embarrassée par une sombre histoire de lettres compromettantes. Notre jeune détective endosse le rôle de demoiselle de compagnie d'Helen et l'accompagne en voyage au palais royal de Racconigi, en Italie, pour enquêter dans la plus grande discrétion.
  Ce premier récit a l'intérêt d'offrir une parenthèse exotique très agréable, avec pour cadre le décor baroque du véridique palais de Racconigi, qui fut bien demeure d'été de la Maison Royale de Savoie. La princesse Francesca du roman est très certainement ni plus ni moins que la véritable princesse Maria Francesca de Savoie, dont l'âge et la description, en plus du contexte, correspondent parfaitement au personnage. On devine que l'auteure a probablement été inspirée par un séjour en Italie et une visite du château : elle restitue avec moult détails les pièces et corridors du palais, qui devient dès lors l'atout majeur de cette première histoire.

 Le château de Racconigi en 1930.

  Dès la seconde nouvelle de ce recueil, Portia retourne à Londres où elle explique désormais à ses amis les véritables raisons de son absence en Italie, gardées jusqu'ici secrètes en raison de l’implication d'un membre de la famille royale italienne. Sa discrétion est cependant perçue comme une forme de trahison par ses proches, ce qui jette un froid dans leur relation. Le petit monde de Portia continue de s'écrouler lorsque son grand-père Sherlock Holmes est porté disparu, et qu'elle trouve à sa dernière adresse donnée un immeuble réduit en cendres. Persuadée qu'il y a anguille sous roche et que l'incendie n'est pas accidentel, elle se lance à corps perdu dans de nouvelles investigations, qui ne tardent pas à se recouper avec la disparition mystérieuse de pièces à conviction aux archives de la police, et le décès d'un directeur de banque dont on retrouve le corps dans un coffre.
La Banque de Londres en 1930.
  Si on pouvait juger jusqu'ici l'intérêt des récit d'A.Misri comme se situant davantage dans les relations entre personnages que dans le fond de ces intrigues policières, ce dernier point gagne soudainement en valeur dès cette deuxième enquête, parce qu'elle a la bonne idée de relier plus étroitement ces deux éléments. En effet, Gavin Whitaker, le petit-ami de Portia, se trouve secrètement impliqué -voire même carrément suspecté- dans l'affaire en cours! Son attitude distante, et sa froideur vis à vis de Portia au fur et à mesure de ses investigations amènent une tension qui va crescendo jusqu'au final, où l'auteure offre à ses lecteur un clin d’œil au canon holmesien en renvoyant à la nouvelle de Conan Doyle L'illustre client (in Les archives de Sherlock Holmes), à laquelle ce récit fait suite.


  La tension et le ton plus sombre qui se sont alors instaurés montent encore d'un cran avec la dernière nouvelle de ce troisième opus, qui tourne autour de la mort suspecte de l'un des professeurs d'Université de Portia, accessoirement chef de la police et personnage secondaire que l'on suivait depuis le premier tome. Cet événement totalement inattendu (des personnages comme du lecteur!) nous entraîne avec Portia dans une foule de questionnements où l'on hésite sans cesse entre la thèse de l'accident et celle du meurtre déguisé. Et comme si toute cette situation n'était pas déjà assez déstabilisante, voilà que Gavin a disparu et que Brian, son grand ami et voisin depuis l'arrivée de Portia à Londres, lui ferait presque à nouveau les yeux doux...

 King's Collège, l'université où étudie Portia.

  Ce troisième volume est décidément mon préféré! Comme je le disais plus haut, l'auteure parvient à égaler la qualité de la psychologie des personnages et celle de ses intrigues en les entremêlant chaque fois un peu plus dans chaque nouvelle, tissant intelligemment des liens en toile d'une fond de l'une à l'autre. A.Misri anticipe en effet sur les futurs récits en glissant ça et là au fil d'une histoire des éléments qui s'avèreront avoir de l'importance plus tard : la continuité et la fluidité qu'elle parvient à instaurer apportent un vrai plus à la narration et ajoute un effet feuilletonnisant addictif.


  Mais damn it!, comme à chaque fin de recueil, Angela Misri nous offre de belles révélations avant de nous laisser une fois encore dans le flou concernant de nombreux éléments. Or, ce troisième tome est à ce jour le dernier paru depuis début 2016! Il se pourrait en effet que son éditeur ait choisi de ne pas poursuivre avec elle l'aventure des Portia Adams, ce qui est d'autant plus décevant qu'Angela Misri a confié sur son blog avoir déjà écrit le volume suivant. Aux dernières nouvelles, elle envisageait de continuer à publier la série en auto-édition... On attend et on surveille les news avec impatience (et on espère toujours une traduction en attendant)!

 Le manuscrit du tome 4...

En bref: Un troisième volume absolument captivant! La narration et les intrigues policières gagnent en qualité, et le suspense va croissant au fil des trois récits de ce recueil, tout particulièrement des deux dernières. Plus sombre et plus fouillé, ce tome vient enrichir la mythologie réinventée par Angela Misri sur la base de Conan Doyle. On espère vivement un quatrième opus!

Et pour aller plus loin...

mardi 5 septembre 2017

Gourmandise littéraire : LA quiche fatale d'Agatha Raisin.



  Rien n'est plus enthousiasmant à mes yeux qu'un roman qui s'attarde sur la cuisine! Et lorsqu'il s'agit d'un roman policier et qu'on y ajoute du poison, c'est encore mieux! Voilà peut-être pourquoi le premier tome de la série Agatha Raisin enquête, de M.C.Beaton, La quiche fatale (The quiche of death en VO : oui, oui, il faut quand même oser...) est aussi génial. Quinquagénaire executive woman caractérielle et entêtée, Agatha Raisin prend une retraite anticipée et part s'installer à la campagne. Mais la vie rêvée se transforme en mauvais rêve : les autochtones sont peu enclins à accueillir une étrangère, et l'atmosphère est loin de correspondre à l'idée qu'Agatha se faisait des Costwolds. Mais voilà que le village organise sa traditionnelle kermesse et son célèbre concours de quiches. Habituée à briller en société, Agatha s'inscrit, bien décidée à remporter le prix pour se faire une place et être davantage appréciée des villageois. Mais voilà, la pétulante retraitée n'y connait rien en cuisine, si ce n'est l'usage du micro-onde! La bonne combine? Elle achète une quiche aux épinards auprès du meilleur traiteur de Londres et la fait passer pour une préparation maison...
  Le pire dans toute l'histoire est qu'en plus de perdre le concours, la quiche d'Agatha va empoisonner le juge de l'épreuve! Les épinards étaient en fait de la ciguë des marais, une plante mortelle! Pour Agatha, un traiteur n'aurais jamais fait une telle erreur, et elle n'avait aucune raison d'assassiner le pauvre homme... Quelqu'un aurait-il échangé sa quiche dans le but de commettre un meurtre?...

-"Qu'est-ce que c'est que cette histoire, comme quoi tu es mêlée à une mort, Aggie?
- Il s'agit d'une terrible erreur. J'ai participé à un concours de quiches au village. L'un des juges a mangé ma tarte aux épinards, et il est mort empoisonné;
- Tu n'as jamais su cuisiner, Aggie chérie!"
  Roy riait tant qu'il en avait les larmes aux yeux.
 "Oh, mais ce n'était pas ma cuisine! J'ai présenté une quiche que j'avais achetée à la Quicherie, à Chelsea."
  Steve la regarda d'un air grave.
"Mais tout de même, dans ce genre de concours de plats maison, on est sensé les préparer soi-même, non?
- Si, mais...
- ...mais elle essayait de rouler tout le monde, comme d'habitude! exulta Roy."

La quiche fatale (Agatha Raisin enquête #1), M.C.Beaton, Albin Michel, 2016. 

  Avec ce premier tome, la quiche "fatale" devient un élément symbolique indissociable d'Agatha Raisin, au même titre que le chocolat belge d'Hercule Poirot ou les tricots de Miss Marple. Nous vous proposons ci-dessous une version sans ciguë et donc sans danger... 


Ingrédients (pour 6 personnes):

-Une pâte brisée maison ou du commerce,
-environ 500g d'épinards frais ou surgelés,
-50g de fromage de chèvre frais,
-25 cl de lait demi-écrémé,
-3 œufs,
-une gousse d'ail,
-2 c-à-s d'huile,
-muscade,
-sel et poivre,
-tranches de buche de chèvre pour la décoration.

A vos tabliers!

- Emincer finement l'ail et le faire revenir dans une sauteuse avec l'huile. Ajouter les épinards et les laisser cuire à feu moyen en remuant de temps en temps pendant dix minutes. Saler, poivrer et ajouter une pincée de muscade. Remuer puis laisser égoutter à part.
- Dans un grand récipient, casser les œufs puis les fouetter avec le fromage frais et le lait, saler, poivrer.Y verser les épinards, remuer puis réserver.
- Etaler la pâte briser, foncer un plat à tarte puis y verser le mélange à base d'épinards. Egaliser à la spatule en bois avant de décorer le dessus de tranches de buche de chèvre.
-Enfourner dans un four préchauffé à 180° pour 30 minutes.


  A déguster à la sortie du four ou à présenter au concours culinaire de la paroisse pour un succès ... mortel !

mercredi 30 août 2017

Petits secrets des ducs de Lorraine au XVIIIème siècle - Pascale Debert

Gérard Luis éditeur, 2016


« Le vrai bonheur consiste à faire des heureux ». Cette maxime écrite par le roy de Pologne illustre bien l’esprit qui règne au XVIIIe siècle à la cour de Lorraine. Léopold et Stanislas, derniers ducs régnants, profitent de cette période de paix pour embellir leur duché et agrémenter la vie de leurs courtisans ! Anecdotes, libertinage, curiosités historiques, de Voltaire à Diane de Beauvau-Craon en passant par Adélaïde et Victoire de France, ce petit livre renferme plus de 100 articles illustrés permettant de découvrir, de manière décalée, Nancy et Lunéville, cités rayonnant à travers toute l’Europe, mais aussi des endroits lorrains moins connus, tous certifiés 100% XVIIIe siècle !

*** 


  Originaire de l'Est de la France, Pascale Debert a été directrice artistique à Paris avant de venir s'installer en Lorraine pour y devenir graphiste en freelance. Egalement illustratrice et photographe, elle se passionne pour la mode rétro et ... le XVIIIème siècle! XVIIIème siècle marqué sur sa terre natale par la cour de Lorraine et ses deux rois successifs : Leopold et Stanislas...

 Place Stanislas, Nancy.

  Et il faut avouer que la cour de Lorraine vaut bien celle de Versailles. Ne l'appelait-on d'ailleurs pas le "Versailles Lorrain"? De nombreuses personnalités de l'époque y ont fait des passages remarqués -Voltaire et Emilie du Châtelet en tête-, faisant de cette cour l'une des plus prisée de l'Europe, centre d'activités culturelles, artistiques et littéraires d'importance. Mais parce que la grande Histoire se raconte mieux que jamais avec ses petits détails, Pascale Debert consacre depuis quelques années le blog Histoire galantes à toutes les délicieuses et drôlatiques petites anecdotes concernant les figures et lieux historiques du duché de Lorraine. Le présent livre est une compilation des articles publiés, un florilège de curiosités érudites qui témoigne d'un travail de recherche des plus conséquents, admirable : un travail qui méritait bien une publication. Devenue une référence en la matière, Pascale Debert a par ailleurs participé au cycle d'expositions Emilie(s) (dont je parle ici), consacré à la Marquise du Châtelet à Lunéville.

 Le blog très original de Pascale Debert, savoureux!

  Ainsi, on croisera dans ce pétulant florilège de notes historiques Voltaire,  Emiliedu Châtelet, le bon Roy Stanislas, ou encore l'épistolière Mme de Graffigny. On voyagera au château de Commercy, au palais des Lumières de Lunéville, ou encore dans les Rues de Nancy. On prendra un carrosse à trois roues inventé par Stanislas, on apprendra d'où vient l'expression "monter sur ses grands chevaux", et on goutera aux délices du cannaméliste Gilliers et aux autres douceurs de Lorraine. Le tout est servi dans une prose qui joue avec les références et les jeux de mots anachroniques, parfait clin d’œil aux jeux de langage chers au XVIIIème siècle.

En bref : Un recueil d'anecdotes, instants choisis, et répliques qui nous racontent les petites histoires de la Grande Histoire. Entre personnalités, Arts, Littérature, froufrou et polissons, un petit ouvrage documentaire érudit et savoureux à la fois. Un régal!

 Une chronique motivée par le cycle d'expositions "Emilie(s)".

samedi 26 août 2017

Gourmandise Littéraire : Salade Russe version 1920's (Pique-nique aux jardins de Melbourne avec Miss Fisher)


  Dans la série des Folles enquêtes de Phryne Fisher (connue aussi sous le nom de Miss Fisher enquête!), l'auteure Kerry Greenwood nous plonge dans le Melbourne criminel des années 1920. Pour offrir au lecteur une immersion totale, elle n'hésite pas à glisser de nombreux détails sur la gastronomie phare de l'époque, et parfois dans des décors clefs du patrimoine melbournais. C'est le cas dans Cocaïne et tralala (Cocaïne blues), le premier tome de la série : Récemment revenue en terre australienne et déjà plongée dans une enquête, Phryne Fisher embarque sa femme de chambre Dot et ses deux hommes de mains, Bert et Cec, aux Jardins de thé, situés dans les gigantesques et superbes jardins botaniques de Melbourne, pour un pique-nique.
  Le pique-nique, qui signifie étymologiquement "picorer des petites choses", est une pratique qui remonte à l'Antiquité mais qui connait son apogée à la fin du XIXème siècle : l'ère industrielle voit naitre de gigantesques villes et l'on veut fuir le cadre urbain maintenant très bruyant. Le déjeuner sur l'herbe est dès lors une habitude célébrée par la littérature et l'art, au point de devenir une mode très tendance dès les années 20. C'est ce pique-nique qui connait aujourd'hui un véritable regain d'intérêt : des repas entre improvisation et sophistication, du grignotage chic dans des cadre bucoliques.  

 Les jardins botaniques de Melbourne.

 " Sur l'autre rive, les jardins des maraîchers s'étendaient à perte de vue. Dot aperçut au milieu des étendues de choux et de brocolis les chapeaux de paille plats des travailleurs chinois.
- Oh, on va aux jardins de thé! s'exclama Dot. (...)
  Le plan de ces jardins avait été minutieusement conçu, et l'on avait exploité le sol fertile des berges en plantant des massifs de plantes exotiques qui ajoutaient à l'agrément des acacias et des bosquets de caoutchoucs embaumant un parfum citronné. (...)
  Bert et Cec soulevèrent le panier, Dot rassembla le plaid et les sacs. Ce ne fut qu'une fois installés, dans un confort relatif, devant des assiettes garnies de faisan, de jambon et de salade russe que Phryne aborda le sujet.
- J'ai besoin de votre aide, messieurs, et vous avez besoin de la mienne. Encore un peu de salade?
  Bert, pour qui la salade russe était une nouveauté qu'il aurait volontiers adoptée, accepta d'un hochement de tête."


Cocaïne et tralala, K.Greenwood, chapitre 10, éditions 10/18, 2006.



  La salade russe est une salade composée de dés de différents légumes cuits à l'eau et consommés froids. Egalement appelée "salade Olivier", elle est inventée en 1860 par Lucien Olivier, chef cuisinier belge du célèbre restaurant l'ermitage à Moscou. Très vite, ce plat remporte un succès inimaginable, de par sa présentation et sa sauce inimitable, sorte de mayonnaise améliorée. Longtemps copiée, jamais égalée (même par son assistant Ivan Ivanov qui tenta de faire son succès avec une version plagiée de la recette mais sans réussir à la restituer totalement), la salade russe a depuis traversé les époques et les pays pour à chaque fois connaître quelques modifications. Elle s'est peu à peu simplifiée pour devenir un plat facile et peu onéreux qui correspondait aux besoins et surtout aux denrées disponibles au sortir de la Révolution Russe de 1917 et sa pénurie alimentaire.
  Afin de restituer une version qui se situe au croisement des différentes adaptations de la recette et surtout la plus proche possible de celle préparée pour le pique-nique de Phryne, je vous propose l'interprétation suivante, directement inspirée d'un livre de cuisine de 1930 :

Ingrédients pour 4 personnes:

- 5 carottes moyennes,
- 3 petits navets,
- 3 pommes de terres moyennes à grosses,
- une petite boite de petits pois,
- une betterave déjà cuite,
- 2 œufs ,
- 3 cuillères à soupe d'huile d'olive,
- 3 cuillères à soupe de vinaigre balsamique,
- sel, poivre,
- mayonnaise maison ou du commerce.


A vos tabliers!

- Eplucher et laver les carottes et les navets, les détailler en petits cubes de taille équivalente. Les plonger dans une casserole d'eau bouillante salée et laisser cuire 15 minutes (ils doivent rester légèrement croquants). Egoutter et rincez, réserver.
- Eplucher les pommes de terre, les laver et les faire cuire dans l'eau bouillante puis les détailler en dés de la même taille que les précédents légumes.
- Couper la betterave de la même manière puis la mettre de côté, égoutter les petits pois.
-Mélanger dans un saladier ou plat creux les cubes de carottes, navets et pommes de terre, ainsi que les petits pois. Ajouter l'huile, le vinaigre, saler, poivrer et bien remuer.
- Faire cuire les oeufs dans l'eau bouillante salée une dizaine de minutes, les écaler et les couper en quartiers.
- Parsemer le dessus de la salade de cubes de betteraves puis disposer les quartiers d’œufs en étoile.
- Servir bien frais accompagné de mayonnaise.



  Il ne vous reste plus qu'à charger le coffre de l'Hispani-Suiza de votre plus belle vaisselle, de couvertures confortables, et d'aller vous installer dans un joli décor naturel pour le plus cosy des pique-niques.

mardi 22 août 2017

Meurtre dans le boudoir (Voltaire mène l'enquête #2) - Frédéric Lenormand

Editions J.C.Lattès, Editions France Loisirs, 2012 - Editions du Masque, 2013 - Editions Le livre de Poche, 2014

  Alors qu’il est sur le point de faire paraître ses Lettres philosophiques anglaises, écrit subversif qu’il nie avoir écrit, Voltaire s’empêtre à nouveau dans des crimes qu’il n’a pas commis. Un assassin s’en prend à des hommes d’importance, de préférence en aimable compagnie, et les élimine suivant des mises en scène inspirées d’ouvrages licencieux. Soucieux d’amadouer le lieutenant de police Hérault, voici Voltaire contraint de hanter les maisons de passe, les librairies clandestines et les bureaux de la censure sur les traces d’un illuminé qui qui semble s’être pris de haine pour les libertins. L’aide du bon abbé Linant et de la brillante Émilie du Châtelet ne sera pas de trop pour tenter de garder en vie l’esprit le plus pétulant de son siècle.

***

"Nous avons plus de chance de voir la Sainte Vierge réciter la bulle Ugenitus entre les colonnes de Saint-Gervais en face que d'entendre la police annoncer une bonne nouvelle. La Sainte Vierge ne s'étant pas manifestée de l'autre côté des carreaux, mieux valait se préparer à recevoir le diable."

  Inspiré par la récente exposition Emilie(s) sur l'Art de vivre au XVIIIème et la fantastique Emilie du Châtelet (évoquée ici), j'ai repris la lecture de la truculente série Voltaire mène l'enquête par F.Lenormand. Dans ce second tome, on retrouve le philosophe toujours aussi peu apprécié des forces de l'ordre à la veille de publier ses Lettres Philosophiques, dont il dément pourtant fermement être l'auteur (il faut dire que ledit ouvrage pourrait l'envoyer directement à la Bastille). Puis voilà qu'on retrouve, dans les maisons closes et même dans les Grandes Maisons, des gens qu'on croyait respectables assassinés dans des mises en scène mêlant libertinage et orientalisme. Il s'avère rapidement que tous ces crimes sont inspirés d'un recueil de contes érotiques imprimé clandestinement et qui fait grand bruit dans les ruelles sombres et sous les alcôves réservées au plaisir charnel. Comment s'intitule-t-il, ce bouquin, déjà? Le tapis d'Orient? Le buffet de Bizance? Ah, oui, voilà : Le tabouret de Bassora! Les forces de police s'efforcent de retrouver l'auteur du roman licencieux et le lieutenant Hérault a choisi le coupable idéal en la personne de Voltaire. A moins que ce dernier ne trouve le véritable assassin. Qu'à cela ne tienne, voilà notre grand philosophe mangeur de lentilles et malade imaginaire qui embarque sa maîtresse de scientifique la Marquise du Châtelet et son secrétaire l'abbé Linant dans l'affaire. Mais pour s'infiltrer dans le milieu du libertinage, il ne faut pas hésiter travailler "sous couverture" et mettre sa réputation en danger en faisant tomber la chemise.

"Vous, un philosophe, un homme cultivé, vous devez bien connaître tous les tordus et les obsédés de Paris..."


"Quand il était désespéré, Voltaire allait prendre son café chez Madame du Châtelet. Elle avait fait préparer de la chicorée. Il fit la moue.
- La chicorée, c'est amer, le thé, c'est fade, et le chocolat me dérange l'intestin. Ce ne sont pas des boissons pour les philosophes.
Elle promit de lui procurer de la ciguë à sa prochaine visite."

  On retrouve avec plaisir le siècle des Lumières facétieux de Frédéric Lenormand, au croisement de faits historiques et hystériques. Tout en choisissant un contexte des plus véridiques construit sur des bases bien réelles, l'auteur brode une intrigue policière qui brille de l'esprit subtile des Lumières et de leurs mots d'esprit. Après avoir imaginé un whodunit à la française dans le premier opus, F.Lenormand nous entraine ici dans l'univers du Libertinage, aussi représentatif du XVIIIème siècle que sa philosophie.

"Il sentait qu'il lui était attaché comme jamais, peut-être parce que cette femme-là ne ressemblait à nulle autre."

Voltaire et Emilie du Châtelet, personnages historiques et héros de fiction.

"Il jaugea le buisson de roses campé à coté de lui.
- Changez vous donc! Dès que l'on voit paraître un pompon, on sait que vous êtes dans les parages. Qu'avez-vous besoin de vous arranger de la sorte? Vous êtes mathématicienne, physicienne, astronome, que voulez-vous être de plus?
- Une femme, répondit la marquise."

  Mais cette fois encore plus que dans le premier tome, l'intrigue policière passerait presque au second plan. Il faut admettre qu'elle est ici de plus en plus complexe au fur et à mesure qu'on progresse dans la lecture, au point de s'y égarer soi-même. On perd d'autant plus le fil que l'enquête est régulièrement entrecoupée de passages humoristiques, portés par le cocasse des situations que vivent nos héros en frayant avec les coquins et les dévoyés. Le plus drôle étant qu'on ne s'en plaint même pas : on délaisse volontiers l'affaire criminelle pour s'offrir deux ou trois fou-rires (si ce n'est plutôt quinze ou seize). Et pour le reste, on reprendra la chasse au meurtrier plus tard!

"On perdait des tas choses, dans ces petites soirées : ses vêtements, sa pudeur, sa vertu, sa réputation, et éventuellement, la vie."

  On sent effectivement que l'auteur s'amuse comme un fou avec ses personnages. Parmi les scènes les plus croustillantes, on retiendra celle où Voltaire et Emilie s'infiltrent en tenue d'Adam et d'Eve à un repas chic mais non moins nudiste, ainsi qu'une course poursuite en vinaigrettes (ces petites chaises à porteur affublées de roues, ancêtres du taxi dans le Paris de l'époque) qui parodie avec audace la course de chars de Ben-Hur! Et n'oublions pas le dialogue de Voltaire s'entretenant avec un groupe d'admirateurs britanniques dans un franglais absolument tordant.

"Pour honorer ses visiteurs, il s'adressa à eux dans ce qu'il estimait être leur langue. 
-Please, frogive my accoutrement and the bric à brac of my décor. It is so kind of to visit me in my cul-de-sac. If I had known you were coming I would have changed chemise and bonnet instead of receiving you in my déshabillé."


  Enfin, applaudissons le style : parodique jusqu'au bout, l'écriture pastiche sans aucune limite le phrasé précieux et nous sert de la périphrase à l'excès. Cette plume volontairement ampoulée ajoute encore un peu plus au burlesque des situations tout en témoignant d'une maîtrise poussée de la langue.Quand la légèreté de l'histoire s'accompagne de jeux de mots et de tournures intelligentes pour parler de grivoiseries, on ne peut qu'applaudir l'ensemble pour être à la fois aussi érudit et hilarant.

Un repas chez les libertins...


"Quand la révolte gronde, la règle est de commencer par pendre les bouffons, ils déconsidèrent le pouvoir avec une arme imparable : le ridicule."

En bref : Humour érotique et polarisant au siècle des lumières, une enquête menée avec gouaille et élégance du verbe. Malgré l'intrigue policière un peu trop cortiquée, on s'attache avec joie aux personnages et aux dialogues absolument savoureux.

 Une lecture motivée par le cycle Emilie(s)


Et pour aller plus loin:

dimanche 20 août 2017

Phryne et les anarchistes (Les folles enquêtes de Phryne Fisher #4) - Kerry Greenwood

Death at Victoria dock (Phryne Fisher #4), Poisoned Pen Press, 1992 - Editions 10/18 , éditions De La Loupe, (trad. de P.Haas), 2007.

  Lorsqu’un soir de pluie sur les docks de Melbourne, un beau jeune homme blond meurt dans ses bras, l’intrépide détective Phryne Fisher ne peut se résoudre à laisser cette affaire aux mains de la police locale, un peu trop nonchalante à son goût. Pour tout indice, un tatouage du symbole anarchiste et le nom d’une ville lointaine : Riga. Il n’en faut pas plus à la téméraire jeune femme pour plonger, arme au poing, dans l’univers opaque et violent des anarchistes russes qui, pendant ces tumultueuses années vingt, font la Révolution en plein coeur du continent australien ! Toujours élégante et toujours survoltée, aussi à l’aise dans les salons mondains que dans les bouges malfamés, la plus glamour des détectives devra affronter bien des épreuves pour sortir indemne de cette ténébreuse affaire...

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 Et revoilà notre fabuleuse Miss Fisher! Après un troisième tome un peu trop convenu, l'appelle des Années Folles s'est avéré le plus fort. Je me suis laissé convaincre une fois encore par la couverture et sa silhouette de flapper très Art-Déco pour suivre la détective la plus connue du Melbourne des années 20 dans sa nouvelle enquête.


"Vous savez ce que je pense des beaux garçons : étant donné qu'ils ne sont pas nombreux de par le monde, on ne peut pas se permettre de les laisser supprimer sans raison"
Pryne Fisher.

  Et comme souvent dans cette série, Kerry Greenwood lance son héroïne dans deux enquêtes parallèles, ce qui n'avait pas toujours fonctionné dans les tomes précédents : l'une paraissait toujours moins développée ou trop vite expédiée, quand elle ne témoignait pas d'un total manque d'intérêt. Cette fois, les deux intrigues menées par l'Honorable Miss Fisher sont d'égale qualité bien que se situant chacune dans des milieux très éloignés l'un de l'autre : Une affaire menée dans les cercles communistes d'une part, et l'enlèvement de la fille d'un riche industriel de l'autre. On alterne ainsi entre le contexte socio-politique d'après guerre animé de coups d'état anarchistes  -une reconstitution historique de qualité!- et la sphère domestique de la vieille bourgeoisie -dont les mœurs s'avèrent gangrenées jusqu'au trognon (Et oui,  Tout se perd, ma bonne dame!). Si la première enquête, assez sombre, nous emmène dans les repères les plus inquiétants du Melbourne des révolutionnaires et la seconde jusqu'à un asile assez effrayant, Kerry Greenwood n'oublie jamais de glisser çà et là quelques notes de légèreté. On assistera ainsi à une séance de spiritisme slave réservant quelques surprises (même pour Phryne) et on rencontrera une religieuse qui s'avèrera pleine d'humour (avec un penchant pour la citronnade allongée au gin).

Victoria Dock, le port de Melbourne dans les années 1920, là où commence notre histoire...

"Face à la méfiance, seule l'audace paye."

  Ce quatrième opus gagne en maturité sans perdre de sa fougue habituelle : K.Greenwood arrête de porter son héroïne aux nues toutes les deux lignes et laisse le lecteur se faire sa propre opinion en suggérant un peu plus subtilement l'admiration qu'elle veut susciter. Ce ne sera pas difficile : la Belle est toujours aussi merveilleuse et on s'imagine sans peine son joli visage encadré d'un carré à la Louise Brooks sur une silhouette drapée de Chanel tandis qu'elle traque les malfrats, armée d'un beretta et de ses seuls talons aiguilles. Ah, le pouvoir du romanesque! On retrouve aussi les personnages secondaires récurrents avec plaisir, un peu comme une drôle de petite famille, exactement ce qu'est le groupe de proches qu'a réuni Phryne sous le toit de sa villa : de ses deux pupilles au potentiel de détective à sa femme de chambre Dot, sans oublier les Butler (majordome et cuisinière) ou encore Cec et Burt, ses deux hommes de main. On fait également connaissance avec l'agent Hugh Collins, qui est loin de laissé Dot indifférente et qui deviendra un personnage principal de l'adaptation des romans en série télévisée.


En bref: Un quatrième opus réussi des enquêtes de Miss Fisher, garçonne détective émancipée dans le Melbourne des années 1920. Le caractère extraordinaire de son héroïne trouve à s'équilibrer dans cette histoire avec une intrigue historique et politique de qualité qui recontextualise très bien les tensions révolutionnaires de l'entre deux guerres.



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