dimanche 18 janvier 2015

Gourmandise littéraire : Blinis et thé russe pour train de nuit - "Sophie et la Princesse des Loups".



  L'an dernier, le passionnant Sophie et la princesse des loups m'avait enchanté de son histoire pleine de mystère à la rencontre des fastueux palais de la Russie d'antan et de leurs secrets séculaires. Dans ce roman jeunesse au croisement du conte et de l'aventure, Cathryn Constable nous régalait de culture slave et, forcément, de spécialités culinaires russes

  La découverte commence très tôt et dans un cadre des plus atypiques : Sophie et son amie, tout juste arrivées en Russie, se retrouvent à voyager de nuit à bord d'un luxueux train vide de voyageurs filant à travers la campagne enneigée. A la fois inquiètes mais comme ensorcelées par la magie du moment et le faste du décor, elles se voient offrir un goûter traditionnel le temps du voyage...

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" - Le train se conduit pratiquement tout seul, dit l'homme en souriant. J'aurai donc le temps de vous servir un pic-nique de Minuit avec votre premier verre d'authentique thé russe. Je vais préparer le samovar!
  Il se frotta les mains et fit un sourire radieux aux filles, comme s'il venait de leur faire un cadeau.(...)
  L'homme venait de réapparaitre avec une petite assiette de crêpes épaisses.
- Des blinis! annonça-t-il fièrement.
  Chaque crêpe était recouverte d'une cuillerée de crème épaisse avec des billes gris clair sur le dessus.
- Avec du caviar! (...)
  Yvan sortit un plateau chargé de verres et un petit bol de confiture rubis, puis tourna un robinet au-dessus du bec verseur. Du thé  brulant coula dans le premier verre.
- Mets une cuillerée de confiture dans ton thé, c'est comme ça que les Russes le boivent!
  Sophie remua la cuillerée de confiture dans le liquide sombre et fumant, puis porta le verre à sa bouche et huma son parfum fumé, amer, qui évoquait de l'écorce trempée dans du sucre."

Sophie et la princesse des loups, C.Constable, Gallimard Jeunesse, 2013 (chapitre 8).

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Pour les blinis:

-Ingrédients (environ dix blinis):

 - 50 grammes de farine de seigle,
 - 50 grammes de farine blanche (ou 25 grammes de farine blanche et 25 grammes de farine d'épeautre)
 - 1/2 sachet de levure de boulanger,
 - 200 ml de lait tiède,
 - le blanc et le jaune séparés d'un œuf,
 - 5 grammes de sel,
 - une pincée de poivre,
 -Pour la garniture : crème aigre (ou crème fraiche épaisse classique, ou encore du yaourt bulgare épais) et des œufs de lompe ou d'autre poisson (à défaut de caviars, évidemment très onéreux).

-Préparation:

  Dans un grand récipient, mélanger les farines, le sel et le poivre. Réserver.
  Dans un autre récipient, délayer la levure dans 60 ml de lait avant d'ajouter le restant progressivement.
  Ajouter le jaune d’œuf au mélange de farines et incorporer petit à petit le mélange de levure pour former une pâte lisse. Couvrir d'un film et laisser reposer 1 heure au chaud.

  Battre le blanc d’œuf en neige pas trop ferme et l'incorporer à la pâte. Huiler et faire chauffer une petite poêle à fond épais.
  Verser environ 45ml de pâte pour faire une crêpe ronde de 10cm de diamètre. Laisser cuire jusqu'à ce que la surface commence à sécher. Retourner avec une spatule et faire cuire encore 1 à 2 minutes.
  Répéter l'opération jusqu'à épuisement de la pâte.

  Servir les blinis chauds, couverts d'une cuillerée de crème et d’œufs de lompe.


Pour le thé traditionnel russe:

-Ingrédients pour une théière d'environ 1,5 L:
 - 4 cuillères à café de thé Russian Earl Grey.
 -Confiture de cerise noire.

-Préparation:
  
  Faire porter l'eau à ébullition puis la verser dans la théière. Y laisser infuser le thé trois minutes.
  Retirer le thé puis verser le liquide dans les tasses que vous pourrez sucrer à votre convenance avec la confiture de cerise.


  Et il ne vous reste plus qu'à déguster le tout, en rêvant de paysages russes enneigés défilants depuis le wagon d'un train...

jeudi 15 janvier 2015

Souvenirs d'un Noël élisabéthain au fond d'un terrier enneigé...


Noël élisabéthain pour conte d'hiver shakespearien...

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 J'avais annoncé la couleur dans un récent article, peu de temps avant les fêtes de noël : mes aspirations étaient de nature élisabéthaines! Eh oui, encore tout habité des ambiances capiteuses post-médiévales de l'Angleterre des Tudors suite à ma lecture de la trilogie La maison du Magicien, je ne jurais plus que par Elizabeth I de toutes les vacances - pause solennelle : Goooood save the queeeeeen! - *ahem*, donc nous disions? Ah, oui...Une décoration appropriée était donc de rigueur! Ni une ni deux, je me suis mis en quête de fruits écarlates aux parfums épicés, que j'ai joint aux branchages de saison et aux cervidés dorés, sans oublier quelques verreries et autres pierreries royales en diable.
  Ajoutez à cela quelques musiques baroques d'époque (ou des reprises par les connus et reconnus Sting ou Loreena McKennit), ainsi que quelques séances à buller devant Elizabeth avec Cate Blanchet, et l'ambiance était quasi-parfaite pour ce Noël à la cour des Tudors!

Houx, biches et cerfs dorés, bougies épicées....

  Par ailleurs, devant mon obsession de la saison, Pouchky/Ficelleforever m'a envoyé une citation tout à fait appropriée à ma folie passagère, pour me taquiner gentillement :un extrait de Queen Lucia, de E.F.Benson. Lucia Lucas est une bourgeoise anglaise dans l'entre-deux guerre, qui se pique de Shakespearianisme et de Elisabethologie, au point d'en faire un art de vivre obsessionnel : 

  "Par la suite on ajouta aux deux maisons basses une aile nouvelle, perpendiculaire au corps du logis. Ce greffon avait un air un tout petit peu plus ostensiblement élisabéthain que le tronc sur lequel il était accroché car il abritait le fameux fumoir au sol jonché de paille avec un dressoir, où s'alignaient des chopes d'étain, aux fenêtres garnies de carreaux scellés de plomb et dont les vitres étaient si anciennes qu'on n'y voyait pratiquement pas au travers. Ce fumoir s'agrémentait d'une énorme cheminée encadrée de poutres de chêne avec, de part et d'autre du foyer équipé d'une plaque de fer, des sièges disposés dans un renfoncement sous le manteau. Un chaudron de fer pendait au-dessus du brasier. Ici, et bien que dans le reste de la maison Madame Lucas eût consenti, pour des raisons de commodité, à l'installation de la lumière électrique, nulle concession de ce genre. Des appliques murales supportaient des lampes de fer qui dispensaient une lumière falote de telle sorte que seules les personnes dotées d'une vue excellente parvenaient à lire sous cet éclairage...et encore! La lecture était rendue difficile du fait que les rayons du pupitre de table ne contenaient que quelques grimoires aux lettres noires entortillées datant au moins du début du dix-septième siècle et il vous fallait être dans un état d'âme furieusement élisabéthain pour vous y sentir à l'aise. Cependant Madame Lucas y passait souvent ses rares instants de loisir, jouant sur le virginal casé dans l'embrasure de la fenêtre, ou bien elle se faisait enfumer au feu de bois tandis que, les yeux tout larmoyants, elle déchiffrait Horace dans un volume d'Elzévir, plutôt tardif pour un incunable authentique mais une excellente affaire en tout cas. (...) Le jardin s'appelait jardin de Shakespeare et la plate-bande qui longeait les fenêtres de la salle à manger avait nom "bordure d'Ophélie" car elle ne comprenait que les fleurs que cette pauvre fille à l'esprit dérangé distribuait à ses amis alors qu'elle aurait dû être internée dans un asile de fous."

  Comme le ridicule ne tue pas, que je ne suis pas allergique à l'auto-dérision, et que que je me revendique amoureux du kitch et membre du parti vintage extrémiste, j'avoue sans honte aucune que je me reconnais presque dans cet extrait, qui m'a tout bonnement fait hurler de rire! 


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Et sous le sapin, dans tout ça?

  De l'utile (pneus toutes saisons, encore dans leur bel emballage M*chelin... pour une fois, on cède l'esthétique au pratique!) mais aussi, entre quelques cartes cadeaux, des petites bricoles toutes simples mais pleines d'attention comme je les aime (ne serait-ce que pour le plaisir, même quand on est grand, d'avoir des paquets cadeaux à déchiqueter en sautillant d'excitation!). De la part de Pouchky/Ficelleforever, que j'ai retrouvé au Fantomeeting annuel : un sachet de sauge du jardin, encore un superbe snood tricoté mains (un snood d'intérieur, oui, oui : il se renroule et se déroule selon que l'on ait plus ou moins froid, pour ne pas avoir à porter une écharpe qui risquerait de tremper dans la casserole pendant que l'on popotte!) et, le must du must, un VRAI DE VRAI CASSE-NOISETTE rapporté de Berlin, comme je ne pensais jamais en trouver un jour! Vraiment, je ne pensais être aussi gâté! De la part de ma tendre Clochette/TinkerBell: une collection de marque-pages glanés de-ci de-là, un délicieux thé "gâteau aux pommes viennois" et l'inimitable thé bio au chocolat des Aztèques, le tout accompagné du magnifique ouvrages de contes de Grimm réécrits par P.Pullman! De la part de Mum Rabbit, des petites choses toutes symboliques comme elle sait que je les affectionne : une toute nouvelle sacoche pour aller travailler (style "grand voyageur à la Phileas Fogg"), un peignoir british en diable (tout-tartan-tout-doux comme en ont Steed et S.Holmes eux-mêmes  =D), des chaussettes en laine contre le froid et ma circulation de schtoumpf, un torchon rétro à souhait pour aller avec ma cuisine de style bistrot , et une belle boite à biscuits spéciale gourmandises de Noël! De la part de Dad, le plus petit des potimarrons de son potager, un thé épicés et parfumé et -suprême merveille- un flacon de safran (production locale, qui plus est!).


  Et parce qu'il faut bien aussi se faire plaisir, le fantomeeting a été l'occasion de m'offrir, en la compagnie de mes amis fantophiles, une sortie au Théâtre Mogador pour assister au Bal des Vampires. C'est la première fois que j'assistais à une comédie musicale et j'en suis encore subjugué : le spectacle était une merveille technique et artistique, un régal "gothmantique" pour les yeux et les oreilles. =D
  Pour ce qui est des autres auto-cadeaux, le fantomeeting sur Paris était l'occasion de passer par la Griffe-Noire, la célèbre librairie de Gérard Collard!  J'y ai trouvé un ouvrage documentaire sur Shakespeare pour satisfaire mes aspiration élisabéthaines, un superbe album de La Belle et la Bête illustré par David Sala, et le livre Histoires de Dickens illustrées de chez Usborne, récemment chroniqué. Pour continuer mes décorations lapin, j'ai également déniché un compagnon à mon fauteuil crapaud : un coussin rabbit qui avait été définitivement conçu pour rejoindre mon intérieur (quoi, moi, obsessionnel? pff, n'importe quoi!).
  Enfin, toujours dans la famille du petit animal à grandes oreilles, il était difficile de ne pas craquer pour l'agenda 2015 de Benjamin Lacombe, illustré pour sa couverture du célèbre personnage d'Alice au Pays des Merveilles ^_^'.


  Mon Dieu, j'allais presque oublier le colis hivernal de Pouchky! Peu de temps avant les retrouvailles au fantomeeting, Miss Ficelleforever m'avait déjà bien gâté avec un paquet aux dimensions gigantesques, dont on se demande comment il avait pu voyager sans exploser, tant il était exagérément bien garnis! Au menu : Des thés de Noël de toutes sortes dans une jolie boîte, de la tisane anti-froid, des potages bio, les chants de Noël de Loreena McKennit (ahah, encore elle!), une écharpe de plusieurs kilomètres de points mousse toute douce, sans oublier de quoi décorer, lire et gribouiller avec ce joli carnet "out of Narnia"! =D le genre de chose que j'adore trouver dans ma boite à lettres et qui me comble de joie!


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Côté bricolage et fourneaux, ça dit quoi?

  Pour Noël, je n'étais pas en reste non plus côté bricolages à offrir! Commençons donc avec le traditionnel paquet hivernal thématique pour Pouchky/Ficelleforever, justement! Vous me taperez sur les doigts si vous voulez, mais le paquet en question était bien évidemment lui aussi marqué du sceau de la Reine Elizabeth et d'une ambiance de conte hivernal toute shakespearienne! Hop hop, une boite en carton rhabillée avec quelques chutes de papier rocher patinées de doré à l'extérieur, et d'échantillons de tapisserie à l'intérieur, et voilà un coffret médiéval plus vrai que nature (qui eut cru que c'était un paquet à enveloppe, avant? ^^).


  Et au dedans? quelques flyers moyenâgeux minutieusement récoltés, de la décoration de Noël et un éteignoir à tête de cerf de Noël dignes d'un pavillon de chasse médiéval, des dessous de verre home made façon miniatures royales à l'effigie de la Reine Vierge et de son soupirant Robert Dudley,  et le film Anonymous (avec la sublime Vanessa Redgrave en Reine Elizabeth). N'oublions pas quelques gourmandises : un pain d'épices à l'ancienne et les "caissettes de Wassy", spécialité régionale qui auraient été conçues par Mary Stuart elle-même lors de son séjour près de chez nous (une pâtisserie on ne peut plus appropriée à ce paquet, non?). Enfin, la pièce maîtresse de ce paquet était une réalisation en pâte fimo - en "trompe l'oeil", je dirais : la reproduction d'une broche ayant appartenu à la Reine Vierge, d'après un tutoriel trouvé dans l'excellent ouvrage Bijoux de musée à faire soi-même (oui oui, même la perle est en polymère!).


  Du coup, bien échauffé par ce défi créatif et contaminé par l'enthousiasme bricoleur de Mum Rabbit (qui m'a, au passage, volé une partie de mes outils de modelage), j'ai repris avec elle notre "fimotage" pour quelques cadeaux de Noël, notamment des boucles d'oreilles originales : paquets cadeaux dignes d'une soirée de réveillon, ou encore ces pelotes de laine plus vraies que nature et ces vrais-faux sablés que l'on aurait presque envie de croquer avec un thé! Enfin, petit cadeau d'inspiration très "couture" pour ma chère et tendre Clochette/Tinkerbell : un sautoir décoré du chapeau du Mad Hatter (le mérite de la création revient à Madame Lapin, qui, je crois, n'a plus rien à apprendre côté modelage...). Et pour pousser le souci du détail jusqu'au bout, pourquoi ne pas offrir les similo-gourmandises dans des boites métalliques customisées en boites à biscuits?

Petits paquets cadeaux et sablés alsaciens à pendre aux oreilles, bijoux en fausses pelotes de laine, sautoir 'chapelier fou', 
et boites à biscuits thèmes Noël et Boulotte (la célèbre comparse gourmande de Fantômette)




  Continuons avec les loisirs réellement comestibles : La popote et les casseroles! Ma toute nouvelle boite à biscuits aura été baptisée avec ma première fournée de speculoos faits maison, tandis que j'aurais affronté les premiers froids de l'hiver avec des plats de saison bien revigorants. Au menu : un curry végétarien sur riz safrané (pour l'exotisme) et mon premier pot-au-feu de légumes accompagné d'une palette à la Diable (pour la tradition). =D


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  Deux semaines bien remplies qui ont donc passé beaucoup trop vite, mais dont le contenu aura permis de se ressourcer sur bien des points! Maintenant que votre humble serviteur est remonté à bloc pour affronter l'hiver, il peut de nouveau sortir de son terrier entre deux pages de lecture à chroniquer, armé de son appareil photo pour gambader dans la neige qui s'est récemment installée ici. Quelques clichés en attendant un bel album photo hivernal au prochain article de blabla saisonnier:


Valons enneigés, pommes d'hiver et -véridique!- framboises du 25 Décembre!...

  Rendez-vous au prochain épisode! ;-)



vendredi 2 janvier 2015

Rose et le masque vénitien (Rose #3) - Holly Webb

Rose and the Magician's mask, Orchard books, 2010 - Editions Flammarion (trad. de F.Fiore), 2012 - Editions France Loisirs, 2013.



  La suite des aventures de rose, apprentie-magicienne aux doigts de fée. Rose et son maître Mr Fountain sont convoqués au château du Roi Albert : un masque vénitien d'une valeur inestimable vient d'être volé... Doté d'étranges pouvoirs, il peut être très dangereux s'il se retrouve entre de mauvaises mains. Dans les ruelles sombres de Venise, Rose s'apprête à déjouer la magie noire de mystérieux malfaiteurs.



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  Après m'être délecté du tome 1 et du tome 2 de cette série douce comme une confiserie, je me suis replongé avec délice dans la suite des aventures sucrées de Rose, l'apprentie Magicienne. Une lecture de saison puisque l'action se passe dans une Venise glacée en pleine période de Noël...

Venise, le palais des doges en hiver (milieu du XIXème siècle, L.Querena).

  Nous retrouvons notre héroïne là où le second tome s'arrêtait : Après avoir sauvé la princesse Jane des griffes de Gossamer, magicien venu des terres ennemies de la Talisie, Rose a vu son secret révélé au grand jour : tout le monde est désormais au courant de ses pouvoirs magiques. La jeune fille, au départ simple femme de chambre dans la maison du grand magicien Aloysius Fountain, est donc devenue son élève au même titre que le jeune Freddy, en apprentissage auprès du maître. Si cette condition nouvelle créé des tensions avec les autres gens de maison, elle lance Rose dans une grande aventure : un masque magique ayant autrefois appartenu au Dr Dee, magicien attitré de la reine Elizabeth I, a été volé au palais par Gossamer, et Monsieur Foutain est requis pour le retrouver! L'infâme Talisien s'est envolé avec la précieuse relique pour Venise où, au cours des festivités costumées d'hiver, il compte procéder à un puissant rituel pour s'approprier les pleins pouvoirs du masque! Voilà donc Rose qui s'embarque dans cette dangereuse quête au côté de son maître magicien, aidée par la fille de ce dernier, Bella, son apprenti Freddy et... le chat Gus, naturellement! Mais à Venise, la magie est partout... et la noirceur aussi...


  J'ai retrouvé l'univers magique victorien d'Holly Webb avec le même plaisir régressif que d'habitude, si ce n'est plus. En effet, si les deux tomes étaient très agréables mais restaient très convenus, ce nouvel opus est marqué d'une réelle évolution : avec la révélation des pouvoirs de Rose, on quitte le milieu domestique et ses obligations pour entrer de plein pied dans la magie et son apprentissage. Aussi, l'intrigue gagne en maturité et se pique même d'une petite ambiance horrifique qui n'est pas déplaisante : loin de l'atmosphère festive de Noël dickensien du précédent tome, cet opus nous plonge dans un hiver froid, glacial, figé et inquiétant. Le cadre givré de la lagune vénitienne, les ennemis maléfiques et leur visage soudé à leur masque, sans oublier la présence d'une poupée de porcelaine animée, un poil terrifiante... brrh!

 Le chat Gus en plein bal costumé vénitien?
(source: pinterest.com)

  Moi qui m'attendait à retrouver le même cadre gentillet des deux premiers opus (et qui craignais d'ailleurs de finir par m'y ennuyer un peu, à force...), j'ai donc été très agréablement surpris de la nouvelle tonalité choisie par l'auteure. Holly Webb ne s'est donc pas conformée à la sécurité de l'univers qu'elle avait créé et a pris le risque, malgré la jeunesse de son lectorat, d'emprunter cette fois teintée d'éléments plus sombres. Ce nouveau souffle permet de faire évoluer les personnages et de nous les faire découvrir autrement : notamment Rose, d'habitude si candide et innocente, contrainte de gagner en maturité et de faire des choix, ce qui la rend plus crédible et lui donne un peu plus d'épaisseur. On fait également connaissance d'une nouvelle protagoniste, une magicienne dénommée Miss Fell, amie de monsieur Foutain que j'ai de suite adorée! Cette vieille lady très guindée, très "comme il faut", recèle finalement des trésors d'ironie et de malice derrière son apparence bourgeoise ; je n'ai pu m'empêcher de penser à Angela Lansbury dans l'Apprentie sorcière de Disney, ou de me l'imaginer sous les traits victoriens de Maggie Smith...

Maggie Smith dans Downtown Abbey : ma vision de Miss Fell!

  Ajoutez à cela le faste virevoltant des fêtes costumées de Venise et la magnificence des palais qui servent de décor, et on ferait presque l'impasse sur les quelques défauts d'écriture propres à Holly Webb (qui ne se lasse décidément pas de raconter par touuuus les moyens la présence "fourmillante/frétillante/électrique" de la magie, ou des robes et jupons toujours "froufroutants" au moindre mouvement). Globalement, donc, on se laisse porter avec plaisir et assurément, le jeune lecteur aussi!

 Couvertures des éditions américaine et allemande.

En bref : Plongé dans l'atmosphère glaciale et effrayante d'une Venise hivernale, ce nouveau tome de Rose surprend agréablement par son ton légèrement plus sombre. La série évolue et c'est tant mieux, donc! On sent une gradation dans la maturité des personnages et la fin nous laisse une vive envie de découvrir le 4ème et ultime tome.



Et pour aller plu loin: