mercredi 22 avril 2015

Les secrets des Hauts Murs - Lulu Taylor.


The Snow Angel, Pan McMillan, 2014 - City éditions, 2014.

  Emily a tout pour être heureuse : une grande maison, deux beaux enfants et un mari attentionné. Jusqu’au jour où ils ont un grave accident de la route. Lorsqu’elle se réveille à l’hôpital après la tragédie, elle réalise qu’elle a tout perdu. Elle apprend aussi qu’elle vient d’hériter d’une maison à la campagne. Pour Emily, ce pourrait être la chance de recommencer sa vie à zéro. Mais qui est la femme qui lui a léguée cet héritage et pourquoi ? Quels secrets dissimulent les hauts murs de la propriété presque à l’abandon ? Des générations plus tôt, un étrange trio a vécu là : une jeune femme, un peintre et son épouse. Et un drame s’y est déroulé. Dans les méandres de l’histoire d’une famille, Emily va chercher à découvrir les secrets de son passé…
 
Trois femmes, deux générations. Une histoire d’amour et de secrets. 
 
***
 
  Une maison, une héroïne, plusieurs générations qui se mêlent autour d'un secret... des thèmes dont on sait qu'ils attisent ma curiosité! Alors quand je suis tombé par hasard sur cet ouvrage doublé d'une couverture pour le moins attrayante, je n'ai pu résister bien longtemps! Tout d'abord un petit retour sur l'histoire avant de vous dire mon avis...
 
 Couvertures de l'édition originale et de l'édition audio.
 
  Angleterre, de nos jours : Après un accident de voiture volontairement provoqué par un époux violent et suicidaire, Emily sort de l'hôpital pour apprendre que son mari, maintenant dans le coma, a dilapidé l'argent du couple. Alors qu'elle décide de repartir de zéro avec ses deux enfants, voilà que le hasard tourne en sa faveur : elle hérite soudain d'une ancienne demeure, Le cottage de Décembre. Léguée par une inconnue du nom de Catherine Few, cette maison aurait autrefois appartenu à la tante d'Emily, raison pour laquelle elle lui revient aujourd'hui. En allant vivre dans cette demeure perdue dans la région du Cumbria, elle pense donc redémarrer une vie nouvelle... Mais en arrivant sur place, elle ne tarde pas à découvrir de mystérieux tableaux et qu'un drame tenu secret se serait déroulé entre ces murs...
  Années 1950 : Cressida "Cressie" Fellbridge, jeune fille éprise d'idéaux féministes, tente d'échapper à l'autorité patriarcale. Pour faire bonne figure auprès de son père, elle accepte cependant de ce dernier d'aller poser pour un jeune peintre du nom de Ralph Few. Cressida fait alors connaissance de l'artiste et de sa mystérieuse femme, Catherine, et ne tarde pas à tomber amoureuse du portraitiste. Les sentiments de la jeune fille ne sont pas sans réciprocité, et ce malgré la charismatique Catherine et l'étrange emprise qu'elle semble avoir sur son époux... La relation secrète des deux amants prend alors une tournure étrange et dangereuse, marquée du sceau d'un terrible secret...

Le cottage de décembre, perdu dans le décor du Cumbria?

  Verdict? Vous l'aurez compris, beaucoup de choses alléchantes dans cette histoire dont l'intrigue a, à ma grande surprise, lentement lorgné du côté de ces "intrigues artistiques" que j'aime tant. Cet aspect a par ailleurs compensé des éléments moins heureux, notamment dans l'alternance des époques et l'inégale qualité de ces deux parts du récit. En effet, les immersions dans l'Angleterre des années 1950 étaient captivantes : le personnage de Cressida, jeune féministe enthousiaste désireuse d'émancipation, est une héroïne intéressante à plus d'un titre et se retrouve aspirée dans une relation amoureuse tortueuse et marquée de zones d'ombre qu'elle même peine à comprendre, ce qui nous tient en haleine avec une vraie délectation. Le couple Few m'a tour à tour amusé, intrigué, puis fasciné : le personnage dominateur et tout à la fois charismatique de la sombre et élégante Catherine, ainsi que la symbiose qu'elle semble former avec son époux dans la vie à la fois artistique et conjugale... Comme "lâchée" dans cet étrange univers, Cressida devient malgré elle l'héroïne dramatique  d'une relation vénéneuse aux allures de thriller hitchkockien...

L'étrange trio amoureux -quasi hitchockien- du roman : 
Ralph, l'envoutante Catherine, et la lumineuse Cressida...?

  Parallèlement, en revanche, l'histoire qui se déroule à notre époque est d'un ennui quasi-mortel, et les personnages frôlent par moment le ridicule de manquer ainsi de crédibilité. Emily, à mille lieues de Cressida, est une héroïne assez fade est les passages qui la mettent en scène s'engluent dans des intrigues secondaires annexes totalement inutiles et beaucoup trop tirées par les cheveux à mon goût (Oh, son frère et ses délires mystiques... ni fait ni à faire...). Sans compter que l'écriture, si elle est sommes toutes correcte, souffre parfois d'un ton très "féminin" si je puis dire, disons de ce style un peu trop dramatico-sentimento-romanesque façon collection Harlequin, *ahem*. Heureusement, les deux intrigues se relient progressivement pour nous faire oublier les aspect négatifs des passages "au présent" et mieux nous captiver de cette mystérieuse affaire survenue cinquante ans plus tôt, qui nous tient tout de même en haleine jusqu'au bout!

 Deux portraits de William Orpen, le peintre qui a inspiré l'auteure pour le personnage de Ralph.
... On pourrait presque croire aux portraits de Catherine et Cressida décrits dans le roman...

En bref : Un roman à l'écriture inégale qui souffre parfois de passages trop simplistes et peut-être trop "féminins", mais qui se lit sans déplaisir grâce au ton quasi-hitchkockien de son intrigue et à l'univers à la fois poétique, énigmatique et hypnotique de la peinture...

vendredi 17 avril 2015

Cendrillon - D'après C.Perrault, illustré par Marianne Barcilon.


Texte d'Anne Royer d'après C.Perrault, illustrations de Marianne Barcilon, éditions Lito, 2014.


   « Il était une fois un gentilhomme dont la femme mourut subitement, lui laissant une enfant déjà grande. Douce et gentille, cette enfant était également si belle que le soleil en pâlissait de jalousie dès qu'il l'apercevait. Son père se remaria rapidement, mais fit l'erreur de choisir une épouse ayant deux filles au coeur aussi sombre que celui de leur mère... » 



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  On ne présente plus l'histoire : il s'agit bien là du célèbre conte de Perrault, que les éditions Lito parent d'un tout nouveau visuel et sous un élégant grand format : un ouvrage qui ne pouvait que figurer à la sélection cendrillonnesque. Le texte est celui de la version originale, légèrement revu par Anne Royer (qui a déjà adapté les textes de la collection "minicontes classiques") mais, surtout, mis en images par l'illustratrice Marianne Barcilon. Cette dessinatrice aux multiples talents (diplômée de l’École des beaux Arts, elle a notamment étudié le dessin-animé), a déjà signé de nombreux album chez Lito et l'Ecole des Loisirs.


  Il faut avouer que son coup de crayon fait toute la différence : loin de l'esthétique Disney, Marianne Barcilon revisite le conte de son style pétillant et moderne, un graphisme original car totalement inattendu pour cette histoire! En effet, proches de la BD humoristique, ses dessins ont quelque chose de gentillement caricatural, un style contrebalancé juste ce qu'il faut par une mise en couleur à l'aquarelle.


  L'utilisation de cette technique confère une vraie légèreté aux dessins et son association à la "patte" de l'illustratrice et à ses bouilles lutinesques en font un style original et unique : les personnages sont "croqués" avec drôlerie et finesse, qu'il s'agisse du visage mutin de Cendrillon ou même des mines patibulaires de ses affreuuuuses demi-sœurs! L'ensemble respire l'humour et la féérie, des images pétulantes d'une grande douceur qui enchanteront les enfants dévoreurs d'albums.


En bref : Un coup de crayon plein d'humour mais au style en même temps très élégant grâce à la légèreté de l'aquarelle. Une mise en images drôle et féérique de Cendrillon!


mardi 14 avril 2015

Les incorrigibles enfants de la famille Ashton, #1 : "Une étrange rencontre" - Maryrose Wood.

The incorrigible children of Ashton Place, book 1 : The Mysterious Howling, Harper Collins Publishers, 2010 -Editions ADA Inc. (trad. de N.Grenier) - Editions Flammarion, 2015.



  Pénélope Lumley obtient un poste de gouvernante au Domaine des Ashton et écope d’une mission très particulière. Elle découvre que les enfants dont elle a la charge ne sont pas ordinaires : il s’agit d’enfants trouvés dans la forêt, encore à moitié sauvages. Grâce à sa patience et à sa gentillesse, Pénélope les apprivoise et leur apprend à bien se comporter en société… Mais la vie paisible des trois enfants est bouleversée par un mystérieux individu. Pénélope mène l’enquête…



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   Voilà un roman qui me faisait de l’œil depuis sa sortie en VO! Aussi m'était-il impossible de résister lorsqu'il m'a été proposé en partenariat par les éditions Flammarion : l'occasion était trop belle de découvrir enfin ce petit bijou! 


  L'histoire prend place au milieu du XIXème siècle britannique : Penelope Lumley, jeune orpheline, sort tout juste de l'Académie Agatha Swanburne avec son diplôme de gouvernante en poche. Alors engagée à Ashton Place, là voilà missionnée d'éduquer non pas la progéniture du couple Ahston à proprement parler, mais les trois enfants sauvages que le maître de maison à trouvé sur son domaine, en pleine partie de chasse! Timide, sensible et discrète, Penelope est aussi téméraire et décidée et voilà qu'elle se lance avec conviction et affection dans l'éducation des trois enfants pour tenter de les socialiser. L'entreprise, ardue, semble tout en même temps indifférente à Lord Ashton et n'est pas vraiment du goût de sa jeune épouse, plutôt du genre pimbêche mondaine que mère attentionnée. Penelope doit donc développer toutes ces compétences pour enseigner aux enfants la difficile pratique d'être et paraître en société, ce qui n'est pas sans de burlesques mésaventures!


  J'ai pris énormément de plaisir à lire ce roman, qui s'écarte des thèmes exploités actuellement en littérature jeunesse pour lorgner plutôt du côté des références classiques. Impossible, en effet, de ne pas songer à Jane Eyre avec cette jeune héroïne gouvernante (et pour cause, l'auteure y fait une référence évidente en post-face!) faussement candide et aussi courageuse que discrète. Par le biais de Penelope, on s'attache comme elle aux trois enfants "sauvages" que l'on découvre progressivement, et dont on souhaite tout aussi secrètement découvrir l'origine. Ont-il réellement été élevés par des loups, comme le laissent à penser leurs hurlements et jappements? Ont-ils été enlevés à leurs parents ou abandonnés volontairement? Ont-il un lien direct avec le Manoir Ashton, et dans ce cas, quel secret semble les attirer ainsi vers le grenier...? Rapidement, un léger parfum de mystère s'installe et nous donne envie de poursuivre la saga pour en savoir plus!

 Ashton Place et Miss Penelope dans les allées du domaine?

  Avec ce premier tome de cette nouvelle série, Maryrose Wood joue à merveille des codes des classiques victoriens qui l'ont inspirée et écrit dans un style empreint juste ce qu'il faut de désuétude et  relevé de notes anachroniques piquantes et enjouées. Cet esprit vif et pétillant se marie à merveille avec les illustrations de Jon Klassen, dont les lignes naïves mais adorables m'ont rappelé quelque chose de Peynet ou des illustrations de littérature jeunesse des années 50.


"Si on pouvait facilement y résister, ça ne s'appellerait pas du gâteau au chocolat."
Proverbe de l'académie Agatha Swanburne.
  Le thème des "enfants sauvages" et des grands pédagogues qui se sont confronté à leur éducation m'a rappelé les bases historiques que j'avais étudiées en formation d'Educateur Spécialisé, mais aussi à mon métier actuellement : je n'ai pu m'empêcher de songer, avec humour et affection, à la joyeuse bande de petits "incorrigibles" que je fréquente moi aussi chaque nouveau jour de travail... (^^).

En bref: Empreint d'une charmante désuétude et d'un humour rafraîchissante, cet adorable roman jeunesse jouant des codes classiques victoriens est un régal.La fin, en suspens, nous donne envie de poursuivre l'aventure et il me tarde déjà de connaître la suite. Une série pas banale, drôle et prometteuse!


Un grand merci aux éditions Flammarion pour cette découverte!


Pour aller plus loin:

dimanche 12 avril 2015

Gourmandise littéraire : Les "pasties" (ou friands irréguliers et grumeleux) cuisinés par Lily à l'institut Fell.



  Dans Lily et le dragon d'argent, second tome de la saga Lily de Holly Webb, la petite héroïne et sa sœur Georgie sont envoyées de force à l'Institut Fell, un pensionnat pour enfants magiciens revêches où ils sont rééduqués pour entrer dans le moule de la normalité. Aussi, tout est bon pour leur faire renier leurs pouvoirs : chocolats drogués, potions aux effets hypnotiques, et... cours de pratiques ménagères! Leçons de jardinage, de couture et... de cuisine, autant de manières imaginées par Miss Merganser, l'austère directrice, pour dompter les jeunes sorciers. D'ailleurs, à peine arrivée que Lily doit se conformer à ce nouveau mode de vie : ni une ni deux, là voilà revêtue d'une blouse et d'un tablier puis envoyée avec ses camarades dans les gigantesques cuisines de l'Institut pour prendre sa première leçon culinaire, un pasty, friand traditionnel britannique.

"Les cuisines étaient basses et sombres, mais elles sentaient bon, et les domestiques qui y travaillaient n'étaient ni aussi effrayants que Miss Merganser, ni aussi vociférants que Mrs Fanshawe. Une femme marmonna tout de même que la magie ne valait rien, surtout si on essayait de cuisiner avec, mais il était propable qu'on lui ait ordonné de le dire à chaque cours, et qu'elle lançait cet avertissement pour le principe, tout en pétrissant la pâte. Personne n'y prêta grande attention.

  Les friands irréguliers et pleins de grumeaux qu'elles contribuèrent à confectionner furent servis au déjeuner."

Lily et le dragon d'argent (Lily #2), Holly Webb, Editions Flammarion, 2012, chapître 7.

Fillettes en plein cours de cuisine dans un orphelinat... 
Peut-être Lily et ses camarades de l'institut Fell?

  Grâce à quelques tuyaux transmis par la traductrice du roman elle-même, j'ai eu confirmation que ces "friands" étaient appelés dans le texte original des "pasties", célèbres pâtés en croûte de légumes et de viande de la cuisine britannique ancestrale. Traditionnellement formés en chaussons, ces pâtisseries salées seraient originaires de Cornouailles (d'où appellation courante de cornish pasties), où ces gourmandises bénéficient aujourd'hui du label AOP. Leur apparition daterait de l’Ère industrielle, à l'époque où ces pâtés étaient le pic-nique des mineurs : la pâte n'était pas mangée mais servait à maintenir la garniture chaude jusqu'à l'heure du repas, mais aussi pour que les ouvriers ne la salissent pas de leurs mains souillées du travail souterrain. Une fois ouverts et leur contenu dévoré, la pâte était d'ailleurs tout bonnement jetée! Heureusement, dans les maisonnées disposant de cuisines, ou même de nos jours, on dévore les pasties en entier! 
  Prêt à tenter l'expérience, comme Lily? Alors voici la recette traditionnelle :





Pour 10 Cornish Pasties :

-1kg de pâte brisée,
-2 rutabagas,
-3 petites pommes de terre (essayez la fantaisie en y mettant de la couleur : prenez des vitelottes!),
-2 oignons moyens,
-300 grammes de faux filet de boeuf,
-Sauce Worcestershire,
-Persil,
-Sel & poivre du moulin.
-Un jaune d’œuf dilué dans un peu d'eau.

A vos tabliers!

- Faire revenir les oignons émincés dans une sauteuse puis les réserver dans un récipient.
- Couper les rutabagas et les pommes de terre en petits cubes puis les passer quelques minutes à la sauteuse, pour les attendrir. Salez, poivrez, ajoutez 4 cuillères à soupe de sauce Wocestershire. Ajouter les oignons émincés puis le persil ciselé. Réservez le mélange.
- Détaillez la viande en petits dés et la faire revnir rapidement sur feu vif. Ajoutez là au mélange précédent, remuez le tout puis laissez refroidir.
- Étalez la pâte en dix cercles d'environ 20 cm de diamètre.
- Garnir chaque disque de pâte de quelques cuillères du mélange légumes/viande puis les refermer et les souder en forme de chaussons, en prenant soin de percer une cheminée.
- Une fois les chaussons formés, les badigeonner de jaune d'oeuf puis enfourner pendant trente minutes à 180°C.


  Une fois cuits, ces délicieux pasties sont à déguster chauds ou tièdes, pourquoi pas accompagnés d'une salade ou de crudités...

vendredi 10 avril 2015

Les petites sorcières - Gregory Maguire

Confessions of an ugly stepsister, William Morrow, 1999 - Editions du Rocher, 2001.

  Au XVIIe siècle, après avoir connu bien des malheurs, une veuve et ses deux filles débarquent à Haarlem, en Hollande, dans l'espoir d'y être accueillies par un vieux parent - hélas décédé. Réduites à la mendicité, elles trouvent refuge, chez un peintre bougon au grand cœur, où la mère, Margarethe, parvient bientôt à se rendre indispensable. Mais elle sait qu'elle doit encore se battre pour assurer l'avenir de ses deux filles, peu aidées par la nature : l'aînée, Ruth est attardée et balourde ; la cadette, Iris, malgré son intelligence et un goût pour la peinture qu'elle se découvre en compagnie de Caspar, l'apprenti du maître, est d'une laideur manifeste. Ambitieuse et intrigante, Margarethe va parvenir à s'insinuer dans les bonnes grâces d'une famille prospère. Heer van den Meer s'adonne au commerce des tulipes et est prêt à tout pour réussir - quitte à utiliser Clara, sa ravissante fille unique. Etrange Clara, qui vit solitaire et recluse depuis son enlèvement, quand elle était une enfant. Iris la soupçonne d'ailleurs d'être un changeling, un être magique capable de se métamorphoser. Une amitié naît entre les deux jeunes filles. Mais beauté et laideur peuvent-elles s'accorder dès lors qu'un prince apparaît à l'horizon ?

  Relecture romanesque du mythe de Cendrillon, Les Petites Sorcières font revivre l'âge d'or de la peinture hollandaise et l'enchantement de l'enfance sur un ton empreint de féerie. Salué par la critique américaine dès son premier roman, Wicked, Gregory Maguire confirme avec Les Petites Sorcières, un talent de conteur d'une grande originalité. 

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"Dans la vie des enfants, les citrouilles peuvent se muer en carrosses, les souris et les rats en humains. En grandissant, nous apprenons qu'il est infiniment plus courant de voir les humains se muer en rats."

  Préférant le "Et si..." au traditionnel "Il était une fois...", Gregory Maguire est certainement l'auteur à maîtriser le mieux l'art de la réécriture des contes traditionnels. Après Mirror Mirror (Blanche Neige revue à la cour des Borgia) et Wicked (troublante biographie de la Méchante sorcière d'Oz, entre le conte philosophique et la métaphore sociologique), sa version inspirée de Cendrillon ne pouvait que figurer dans ma sélection cendrillonesque! Car si son étrange titre français nous fait oublier ses sources, c'est bien là une réécriture du conte Perrault que nous narre ce Confessions of an Ugly Stepsister.

  Double couverture de l'édition originale américaine et couverture de l'édition anglaise.

" ' C'est une sorcière! '...on pourrait aussi bien dire ' C'est une mère! '. Cela est à peu près la même chose, non?"

  Et une fois encore, G.Maguire opère un remaniement qui force l'admiration, tant du point de vue de son intrigue que de son style, impeccable l'un comme l'autre. En recontextualisant Cendrillon dans la Hollande des années 1600 et l'univers fascinant de la peinture flamande, le lecteur recherche certes un moment les éléments du conte d'origine, mais ceux-ci apparaissent progressivement pour mieux nous subjuguer d'être si habilement bouleversés et remaniés. L'exercice du style, s'il est donc moins limpide que pour Mirror Mirror, reste des plus honorables et Maguire nous sert là un roman pour adultes mêlant avec subtilité une noirceur toute à la fois grisante et dérangeante à la trame que tout le monde pense connaître. Il bouscule ainsi nos représentations et, à la façon de Wicked, vient faire naître chez son lecteur toute une réflexion, ici portée sur les notions de beauté et de laideur mais aussi la complexité de l'amour maternel.

 Illustrations intérieures de B.Sanderson pour l'édition originale.

"L'extrême beauté est un malheur."

Marie de Medicis
  Au fil de la lecture, les personnages si irréels du conte initial prennent une dimension presque palpable, tiraillés qu'ils sont entre leurs désirs et leurs démons comme tout à chacun. Margareth - toujours ambitieuse, souvent intrigante, quelquefois aimante - est une mère attentionnée par bien des points autant qu'elle est la marâtre calculatrice, à la fois sombre et fascinante. Ruth, la demi-sœur aînée quasi-muette et déficiente mentale de naissance, émeut autant qu'elle intrigue par les rumeurs elfiques que suscite son état. Iris, la cadette, explose sur la scène de cette histoire en quasi-héroïne de cette version ; je me suis d'ailleurs énormément attaché à ce personnage de "demi-sœur" faussement docile. Déchirée entre sa volonté d'échapper au giron de sa mère pour épouser ses aspirations artistiques d'un côté, mais aussi son désir opposé de suivre le complot maternel et changer le cours de l'Histoire (avec un petit comme un grand H) pour avoir elle aussi son "happy end" de l'autre. Enfin, j'ai été différemment mais tout autant captivé par Clara, la "Cendrillon" de Maguire : cette créature évanescente, enfant choyée et surprotégée qui endosse finalement d'elle-même son rôle de souillon pour mieux se réfugier dans la cendre et fuir le monde extérieur. Oh, et en "Guest Star" de choix, n'oublions pas l'intervention royale de Marie de Medicis, de passage à Haarlem pour trouver une épouse à son noble neveu au cours d'un certain bal...

"Pure cruauté, pure honnêteté."

Haarlem à la Renaissance.

  Le réalisme troublant de cette histoire est renforcé par le saisissant tableau que Maguire dresse de la Renaissance hollandaise et de son milieu pictural. Aussi, chaque scène est-elle décrite comme une peinture: lumière, ombres, reflets... un réel lyrisme qui nous saisit à la perfection, faisant naître dans notre esprit les images comme des toiles peintes à l'huile. Le mélange associé de l'époque, des genre et des thèmes de ce roman lui donnent comme des parfums de Jeune fille à la perle (impossible, en effet, de ne pas penser à Vermeer avec le personnage du peintre créé par Maguire) et de A tout jamais (l'excellent film qui recontextualisait Cendrillon à la cours de François 1er, avec Drew Barrymore et Angelica Huston).

Le quotidien dans la renaissance hollandaise... autant de scènes possibles à ces confessions!
La famille Van der Meer et Margareth à Gauche, peut-être? 
Et à droite, pourquoi pas Clara dans les cendres de la cheminée...?

  Après cette lecture captivante, il me tarde maintenant de découvrir le téléfilm Confessions of an Ugly stepsister, adapté du roman par les studios Disney au début des années 2000. L'intrigue aurait alors été modifiée pour adapter l'histoire au jeune public, mais les images et la reconstitution historique sont très prometteuses, ainsi que la présence de S. Channing (une des tantes du film Practical Magic/ Les ensorceleuses) au casting!

 La tenue de Clara au bal des Medicis et LE fameux soulier légendaire?

" Tu as perdu un soulier. Et je vois une trainée rouge dans tes jupons. Ce n'est pas une tâche de peinture à l'huile, sans doute."
 

  En bref: Sans égaler Mirror Mirror et Wicked, cette réécriture de Cendrillon reste un roman très réussit : aussi sombre que délicat, ce Confessions of an ugly stepsister se veut un drame psychologique noir et profond doublé d'un contexte historique merveilleusement bien restitué. Au croisement de La jeune fille à la perle et du film A tout jamais, un livre qui mérite d'être redécouvert!
 

"Il y a des murs qui, une fois détruits, ne peuvent être rebâtis. Une pantoufle de verre, une fois brisée, ne peut être ressemelée. Une mère, une fois empoisonnée, ne peut être ranimée. Le calice de la virginité, une fois vide, ne peut être rempli."

Et pour aller plus loin...

lundi 6 avril 2015

"Au douzième coup de Minuit..." - Sélection livresque Cendrillonesque.


  Après mes sélections livresques sur Blanche-Neige, Oz, La Belle et la Bête ou encore la Belle au bois dormant, la sortie cinéma de Cendrillon en live action le 25 Mars 2015 dernier est l'occasion d'un petit florilège d'ouvrages autour de ce thème, histoire de se mettre dans l'ambiance!


Du côté des textes et récits classiques:

-Cendrillon, le conte original de Perrault illustré par Gustave Doré.
-Les histoires de Cendrillon dans le monde : une anthologie de quelques versions étrangères de la même histoire, cependant différente par biens des aspects d'un pays à l'autre...

 Du côté des réécritures:


- Les petites Sorcières, de Gregory Maguire : Plus connu sous son titre original de Confessions of an ugly stepsister, ce roman réinvente le conte de Cendrillon dans la Renaissance Hollandaise et l'univers de la peinture flamande. Par l'excellent auteur de Wicked et Mirror Mirror.
- Before Midnight, de Cameron Dockey : La réécriture de Cendrillon issue de la collection "Once Upon a time", série de romans YA réinventant les contes traditionnels.
-The Coachman Rat, de D.H.Wilson, qui s'attarde ici sur le personnage du rat transformé en cocher pour mener Cendrillon au bal.

 Du côté des albums illustrés:


- Cendrillon illustré par Edmund Dulac, artiste classique qui évoque parfois le préraphaélisme, connu pour ses nombreuses illustrations féériques.
- Cendrillon illustré par Arthur Rackham, frère artistique d'E.Dulac et qui se réclame de la même école, si l'on peu dire. Sa version se compose également d'illustrations entièrement en ombres chinoises.
- Cendrillon, illustré par Candy Bird pour les mini-contes classiques de chez Lito.
- Cendrillon, mis en images par le crayon réjouissant de Marianne Barcilon.

Du côté de chez Disney et consorts :


- Cendrillon, le roman du film : novélisation du long-métrage en live action réalisé par Disney et sorti en Mars dernier.
- Cendrillon, l'album de la collection Disney de chez Hachette et adapté du dessin-animé.
- Le sortilège de Cendrillon, l'album disney adapté de la seconde suite réalisée au classique.
- Un beau Mariage : un album Disney racontant une histoire inédite de Cendrillon, à savoir son mariage avec le prince et les préparatifs disons... mouvementés!
- Cendrillon, par Van Gool, artiste issu de l'industrie Disney qui a ensuite illustré à sa façon mais dans un style proche les contes classiques : d'amusants "ersatz" de Disney qui ont bercé mon enfance et que j'aime regarder pour le plaisir de la comparaison!

***

  Une petite sélection non-exhaustive, bien sûr, mais à compléter au fil du temps, et à lire et chroniquer sans limite de temps (puisque par bonheur, aucun de ces livres ne deviendra citrouille à minuit passé!) ;-) .

mercredi 1 avril 2015

Emily et la porte enchantée (Emily #1)- Holly Webb.


Emily Feather and the enchanted door (Emily Feather #1), Scholastic Children Books, 2013 - Editions Flammarion (trad. de F.Fiore), 2015.


"Emily enfouit son visage dans l'oreiller. Pourquoi voyait-elle des choses invisibles pour les autres ? Elle n'avait aucune envie de voir des choses étranges. Surtout là, maintenant, dans l'obscurité."

  Emily adore sa maison biscornue. Pourtant, en ce moment, il s'y passe des choses étranges : elle voit les portes changer de couleur ou de place, et ses nuits sont agitées de rêves incompréhensibles... Comme personne autour d'elle ne semble y accorder d'importance, la fillette s'interroge. Qui est-elle vraiment ? Et que lui cache sa famille ? Emily est bien décidée à le découvrir. 


***


  Je m'étais juré de ne pas commencer cette série tant que je n'aurais pas terminé les Lily et commencé les Maisie Hitchins déjà dans ma bibliothèque... Mais face à cette nouvelle saga de la prolifique Holly Webb, je ne pouvais décemment pas me la jouer raisonnable! 

  Passionnée de cuisine , la rêveuse et pétillante petite Emily passe son temps à confectionner des desserts pour toute sa famille. Dans l'adorable maison biscornue où elle vit avec des parents fantaisistes et des frères et sœurs hauts en couleurs, c'est elle qui régale tous les Feather de ses trésors d'imagination et inventions culinaires. Mais, chaque jour un peu plus, la fillette se trouve bien différente de sa famille, notamment parce qu'elle ne leur ressemble pas du tout physiquement. Ces questions naissantes s'accompagnent de mystérieux événements dans l'étrange demeure : les miroirs s'animent, les tableaux changent et les portes s'ouvrent sur des paysages fantasmagoriques! Peu à peu, Emily se demande s'il n'y aurait pas de la magie dans l'air et décide d'interroger ses parents, tout en cherchant une réponse dans ses vieux livres de contes de fées...

Couverture de l'édition originale.

La maison d'Emily?
  Qu'en dire? Contrairement à la saga des Rose et des Lily, les éditeurs français ont choisi un tout nouveau visuel pour cette série, mais en calquant justement l'esthétique des deux précédentes sagas pour mieux attirer les lecteurs! Pourtant, le public visé ici est beaucoup plus jeune et l'intrigue beaucoup plus simpliste. Bien que classique, l'histoire fonctionne bien et c'est exactement le genre d'intrigue que les tous jeunes lecteurs aiment dévorer : quelle fillette sommes toutes normale n'a jamais rêvée de découvrir une source de magie au coeur même de sa maison? Quel enfant ne s'est jamais imaginé vivre de palpitantes aventures dans un monde parallèle dans sa propre chambre? Pour ces raison, Emily ravira le cœur de nos charmante petite têtes blondes férues d'univers féériques.

  Si j'y ai moins trouvé mon compte qu'avec les deux autres saga (ces dernières étant davantage travaillées), je me suis laissé charmé par le monde d'Emily, qui n'est pas exempt d'une culture féérique classique reconnaissable. En effet, on sent dans l'histoire les nombreuses références légendaires et mythiques de l'auteure, que ce soit concernant les portes ouvrant sur des univers parallèles, les créatures féériques, les effets néfastes de la nourriture des fées ( jetez donc un oeil au Marché des Gobelins...), sans parler du monde magique qui évoque le Faërie de la littérature britannique. Oh, et n'oublions pas le petit plus qui ne pouvait que me conquérir : la passion d'Emily pour la cuisine, qui ajoute une note sucrée et pétulante dans cet univers déjà bien coloré.

  En bref : Plus classique et pour un plus jeune lectorat que Rose et Lily, cette nouvelle série d'Holly Webb n'en reste pas moins un petit roman réussi, sucré et pétillant. L'univers coloré donne envie de poursuivre l'aventure et ravira les petits lecteurs férus d'univers féériques!

Et pour aller plus loin....