jeudi 28 mai 2015

Far from frost (enfin presque...)


  Le traditionnel post saisonnier hivernal arrive bien tard, certes. Peut-être plus encore que d'habitude mais pour ma défense, il faut reconnaître que l'hiver, dans cette contrée, est fort tenace! Si bien qu'il faut attendre un printemps bien entamé pour espérer sortir les oreilles du terriers et abandonner complètement l'hibernation. Si les balades ont maintenu mes membres en fonction (évitons la rouille, une heure de marche matin, une heure de marche après-midi) malgré la froidure (et quelle froidure!), elles ont aussi offert de belles vues de ma contrée enneigée!


  Et le mot est faible! Évidemment, probablement rien de comparable avec les régions montagnardes mais de belles épaisseurs tout de même, avec de jolis murs de neige comme on n'en avait pas vu depuis les hivers de mes grands-parents. Le genre d'intempérie qui prenait bien par surprise les jours où, comme par hasard, une virée vers la civilisation était -enfin- prévue. Bas de bol, le petit bourg se trouvait ainsi coupé du monde comme en plein Narnia avec des routes impraticables et des voitures bloquées derrière les murets de glace laissés par le passage du chasse-neige -_-'. Inutile d'espérer fuir, ne restait donc plus qu'à positiver et croire fermement aux joies de la promenade. On pouvait ainsi voir, même par grande tempête de flocons, la silhouette dégingandée d'un lapin dévoreur de livres qui partait en vadrouille sous son grand parapluie! Pour un peu, je me serai transformé en Mr Tumnus!



  Bref, ce premier hiver passé au terrier aura tout de même été un peu morose. A végéter tout seul dans la neige, enchaîner les virus et passer ses soirées en tête à tête avec un inhalateur, votre humble serviteur aurait pu se laisser gagner par la dépression saisonnière. Heureusement, tout comme Mr Tumnus, justement, ne restait plus qu'à se lover au coin du feu (oui, non, d'accord, "du radiateur", mais ça sonne moins bien, et puis j'ai quand même un manteau de cheminée dans mon terrier, pour le style!) et siroter du thé (par litre) en bouquinant, gribouillant ou bricolant...

BD Fantômette en cours...

  Le dessin aura été le grand favori de mes occupations journalières, l'occasion de poursuivre cette BD librement adaptée de Fantômette et de me plonger dans son ambiance rétro à souhait. Entre deux vignettes, je me suis attaqué à une Reine des Neige à l'aquarelle demandée par ma nièce/filleule adorée, un Olaf pour une amie, et un paysage de château troglodyte entièrement esquissé en différentes teintes de mine de plomb (cadeau de Noël pour Dad).


  Le bricolage n'aura pas été délaissé pour autant, notamment avec ce coffret à bijoux entièrement customisé home made pour mon autre nièce, et ce pendentif inspiré de la Madame Butterfly de Benjamin Lacombe, façonné pour ma sœurette (un résultat dont je tire une certaine fierté, au vu des longues heures de travail à la loupe, à la pince, et au cure-dent pour le modelage et la mise en couleurs!) 


  Heureusement, un fois le stock de matériel créatif épuisé, quelques jolies journées on permis la fonte des neiges à défaut d'un vrai réchauffement climatique. L'occasion, emmitouflé comme il se doit, de s'offrir quelques escapades. Hop, les valise faites, et en route pour le traditionnel Fantomeeting. La fine équipe de fantophiles, réunie peu de temps avant les fêtes se sera écartée de la mythologie des ouvrages de G.Chaulet... au programme : sortie au théâtre Mogador pour le musical du Bal des vampires, une merveille technique et artistique! Après cet enchantement scénique et un retour mouvementé en RER (comprenez : altercation pas très agréable avec un étranger ivre, peu recommandable et plutôt belliqueux), ne restait plus qu'à nous remettre de nos émotions avec une table bien garnie et une tentative culinaire en hommage à Fantômette elle-même : sa fameuse recette de boisson matinale (mélange particulier de sucre, lait en poudre et café soluble... *ahem* à classer quelque part entre le gloubiboulga de Casimir et les dragées surprises de Bertie Crochu...).





   Cette fois, les températures ont presque atteint un niveau convenable (bon, j'avoue, j'ai toujours une paire de gants sur moi et les enfants de l'institution où je travaille persistent à me comparer à un Schtroumpf dès qu'une brise me fait bleuir) et les premiers soleils m'ont fait troquer mes ballades en parapluie pour de revigorantes randonnées à vélo! Allez, promis juré, bientôt je coupe la chaudière et je reviens vous raconter ce qu'il en est du Printemps...


lundi 11 mai 2015

Gourmandise littéraire : Les brownies presque magiques d'Emily Feather.



  Dans Emily et la porte enchantée, premier tome de la série Emily Feather, la prolifique auteure Holly Webb nous raconte l'incroyable aventure d'Emily, petite fille des plus normales élevée au sein de la famille de fées et de farfadets qui l'a adoptée! Et si l'enfant n'a pas de pouvoir magiques réels, elle n'en a pas moins un véritable don pour la pâtisserie. Aussi, pendant que son père écrit des romans fantastiques à succès et que sa mère conçoit de superbes tenues dans les plus beaux tissus, Emily leur prépare-t-elle sa recette favorite de brownies, au résultat presque..."magique"!

" Emily se pencha par-dessus l'épaule de sa mère, en prenant garde de ne pas renverser la casserole de chocolat fondu qu'elle s'apprêtait à ajouter à sa pâte à brownies.
- J'aime bien celui-ci, déclara-t-elle en désignant un échantillon de tissu que lui montrait sa mère, bleu, avec un motif d'oiseaux et de petites fleurs.
- Plus que le rouge?
  Maman fit onduler le tissu rouge, et les papillons orange vif qui le décoraient semblèrent battre des ailes (...).
  Emily se pencha par la fenêtre pour respirer un peu d'air frais. On étouffait dans la cuisine, avec le four allumé. Mais cela valait vraiment la peine. Ces brownies étaient une de ces meilleures recettes. Il suffisait de faire fondre le beurre et le chocolat, de les ajouter aux autres ingrédients, et en cuisant, la pâte se transformait comme par magie en de délicieux biscuits."

Emily et la porte enchantée (Emily #1), Holly Webb, Editions Flammarion, 2015, Chapitre 1.


Pour neuf parts ("squares") de brownies:

-110g de chocolat pâtissier corsé (64 pour cent de cacao),
-110g de beurre ou de margarine à température ambiante,
-100g de sucre blanc,
-150g de cassonade,
-80g de farine,
-2 gros oeufs,
-2 cuillères à soupe de cacao amer,
-1/2 cuillère à café de levure chimique,
-65g de noix de pécan grossièrement concassées.

A vos tabliers!

- Faire fondre le chocolat au bain-marie.
- Pendant ce temps, mélanger le beurre, la cassonade et le sucre dans un grand récipient jusqu'à ce que la texture soit crémeuse. Y ajouter les oeufs un à un tout en fouettant énergiquement avant de verser ensemble farine, cacao et levure.
- Une fois le mélange homogène, y ajouter le chocolat fondu puis les noix de pécan sans cesser de remuer.
- Verser la pâte dans un moule carré d'environ 20 cm de côté puis enfourner dans un four préchauffé à 180°C pour 25 minutes.
- Une fois la cuisson terminée, il est conseillé de sortir le gâteau du four et d'attendre le refroidissement complet avant de le diviser en parts, pour une découpe plus facile et plus nette.

  Et maintenant, régalez vous de cette texture inimitable (magique?), friable au-dessus et délicieusement chewy dedans...

dimanche 3 mai 2015

Rouge Rubis - un film de Felix Fuchssteiner d'après le roman de Kerstin Gier.



Rouge Rubis (Rubinrot)
Un film de Felix Fuchssteiner
adapté du roman éponyme de Kerstin Gier,
Sorti le 13 Mars 2013 en Allemagne et le 24 Septembre 2014 en France.

Avec : Maria Ehrich, Jannis Newhöner, Jennifer Lotsi, Veronica Ferres, Laura Berlin...

  Gwendolyn est une jeune londonienne ordinaire. Un jour, alors qu’elle rentre du lycée, elle est soudainement transportée en 1900 par une force inconnue. De retour dans le présent, elle est approchée par une société secrète qui la surveille depuis sa naissance. Elle est en fait la dernière voyageuse, le Rubis. Aux côtés de son charmant partenaire Gideon de Villliers, elle devra voyager à travers les âges pour accomplir de mystérieuses missions… 

***

 Image promo diffusée au lancement de la pré-production, en 2012.

  Depuis que je vous rebats les oreilles de cette saga, il était peut-être temps que je fasse un petit retour sur son adaptation cinématographique, surtout maintenant que le public français a pu bénéficier d'une édition dvd du premier puis, tout récemment, du second film! Comme toute saga young adult qui se respecte au jour d'aujourd'hui, l'adaptation cinématographique était attendue au tournant! Il était tout naturel qu'il en soit de même pour Rouge Rubis, même si la nationalité de l'ouvrage posait problème. Pourquoi? Si l'histoire se déroule intégralement en Angleterre avec des héros cent pour cent britanniques, l'auteure et la langue d'écriture du roman sont bien d'origine... allemande! Alors, quelle production pour l'adaptation? Le cinéma allemand est peu versé dans le blockbuster international, et on sait d'ailleurs que les pays anglo-saxons  sont plus habitués qu'eux de ce genre de réalisation...

  Et pourtant, c'est bien une maison de production allemande, avec un casting entièrement allemand, qui fera le film! L'histoire se passe à Londres? Et alors, les Américaines ne se privent pas pour adapter l'Histoire de France ou la littérature francophone avec des casting entièrement anglais, on ne voit donc pas pourquoi le cinéma allemand ne pourrait pas s'offrir le même luxe... 
  Et au bout du compte, le verdict?

 Bande-annonce VF.

  Résultat au-dessus de mes espérances! En effet, malgré un budget tout relatif et l'inexpérience du cinéma allemand dans le genre, Rouge Rubis est l'adaptation parfaite pour le roman de Kerstin Gier malgré la dangerosité de l'entreprise! L'histoire, tout d'abord, est globalement très fidèle et les lecteurs sauront apprécier ce soucis de l'adaptation. Les quelques différences de scénario ne m'ont, personnellement, pas dérangé outre mesure car elles ne trompent pas le matériau d'origine mais permettent à la version cinématographique de se construire son propre rythme. A titre d'exemple, alors que la prophétie concernant le Rubis est connue depuis le départ dans le roman, elle est gardée secrète dans le film, et devient l'objet d'une véritable quête de Gwendolyn pour être finalement révélée à la fin, en guise de conclusion de ce premier opus de la trilogie. Fin qui est ainsi complétée d'une sorte de "chapitre supplémentaire", imaginé par les scénariste et qui lance Gwen et Gidéon dans un saut dans le passé pour accéder à cette prophétie... un passage inédit qui surprendra donc ceux-là même qui ont lu le livre et pensent tout connaître du scénario...
  Les autres modifications sont plus anecdotiques, à l'exemple des voyages dans le temps, inversés dans le scénario par rapport au roman. On notera aussi quelques différences physiques : Madame Rossini, qui devient grande et imposante et non plus petite et ronde, ou encore Leslie, la meilleure amie de Gwen, jouée par une jeune actrice de couleur.

  Le casting , entièrement allemand, parlera donc peu au public français. On reconnaîtra cependant quelques têtes habituées des téléfilms germaniques diffusés sur M6 ou encore Veronica Ferres (célèbre actrice et cantatrice, interprète ici de la mère de Gwen) et Laura Berlin (qui jouait une douce et virginale Blanche Neige dans la série Les contes de Grimm diffusée sur NT1, ici transformée en Charlotte aussi piquante et peste que rousse). Les reste s'est principalement constitué au fil d'auditions "à la sauvage" comme on dit dans le métier : c'est à dire via des déplacements de toute l'équipe de production à travers l’Allemagne pour dénicher les anonymes qui auront le talent d'interpréter les protagonistes. Résultat? Tous m'ont convaincu et pas un seul ne m'a semblé dénoter du livre! Maria Ehrich est parfaite en Gwendolyn : loin d'être un canon type, elle est dotée d'une beauté naturelle très bien mise en valeur par ses tenues fantaisistes, comme chinées dans des friperies. Ainsi mise en scène, sa prestation m'a rappelé le côté atypique de Alice Englert dans Sublime Créature, le côté un peu barré en plus. Jannis Newhöner est très crédible en Gidéon et colle en tout point à son personnage de papier : guindé, belle gueule, et ... imbu de lui-même! Laura Berlin, quant à elle, sert un jeu à mille lieu de Blanche Neige : flamboyante en rousse, elle est LA Charlotte de Kerstin Gier : terriblement belle et prétentieuse, venimeuse comme une vipère, mais jamais pimbêche. 
  Que dire du reste du casting? Une grande tante Maddy foldingue à souhait, une Lady Arista qui a avalé son parapluie... non, vraiment, même Monsieur George est juste... Monsieur George, sans doute aucun! Ma seule infime déception (allez, j'en ai quand même trouvé une...) revient au Comte de Saint Germain : non que l'acteur (Peter Simonisheck) soit mauvais, mais j'imaginais un Comte d'allure plus filiforme, d'une stature plus distinguée et qui aurait davantage collé à sa personnalité reptilienne, à la façon dont le jouait Tom Novembre dans la série française Nicholas Le Floch.

 Le comte de St Germain, Peter Simonisheck vs Tom Novembre.

  Enfin, esthétiquement parlant, le film est une totale réussite. Ne serait-ce que dans le challenge réussit des décors londonnien... en Allemagne! En effet, excepté les quelques vues des monuments célèbres (Millenium Bridge, Big Ben...), tout le tournage de Rouge Rubis s'est fait outre-Rhin (probablement pour des questions budgétaires). En choisissant des décors réels qui ressemblent à l'architecture britannique, l'équipe artistique les a complétés de détails typiquement anglais, ajoutant çà et là cabines téléphoniques rouges ou encore pancarte de métro "underground". Ainsi, la salle de bal du château de Wartburg devient la salle du Dragon et le château Kentschendorf de Cobourg et son style néo-gothique sont devenus les murs du manoir Montrose...L'illusion est totale, avec un petit côté carte postale qu'on adore. 


  Quant à la reconstitution historique, qu'il s'agisse des décors ou des costumes, elle force l'admiration : les nombreux sauts dans le temps et à différentes époques suscitent de nombreux panels et gammes de tenues propres à chaque décennie. La magnificence des ensembles Renaissance ou des gardes robes "Belle Epoque" a remporté mon adhésion : compte-tenu du budget tout relatif de la production, on aurait pu craindre des costumes de bric et de broc façon téléfilm à la petite semaine, mais il n'en est rien, et le tout vaut largement un film historique à grand budget.



Esquisse préparatoire du chronographe.
  Enfin, dans l'esthétique plus générale du film, la réalisation a vraiment su élargir et s'approprier l'univers imaginé par Kerstin Gier pour se créer sa propre mythologie visuelle, et ainsi parachever ce que donnent à lire les romans. On notera ainsi tous les codes vestimentaires des Veilleurs (cape, mais aussi la tenue d' "introduction" de Charlotte, qui évoque l'entrée d'une jeune religieuse du temps jadis dans les Ordres) qui a su puiser dans tout l'historique des sociétés secrète.s Il en va de même pour la mise en scène de leurs codes, rites, et symboles, qui lorgnent vers les appartenances réelles du vrais Comte de Saint Germain aux Roses-Croix ; on notera à ce titre les chevalières de chaque Veilleur, à la forme de la fameuse rose à quatre pétales indissociable de cet ordre. Enfin, parmi tout l'univers visuel que les équipes de création ont eu à reconstituer, on retiendra également le fameux chronographe, même s'il tient ici davantage d'un énorme générateur que de l'horloge steampunck que je m'étais imaginé...
  Je pourrais ainsi disserter des heures sur cette explosion de froufrous et allers-retours temporels, de batailles chevaleresques entre passé et présent, et de l'humour omniprésent (même s'il est plus raisonnable et censuré que dans les livres), mais je vous laisse vous-même le découvrir et l'apprécier ;).


En bref : En dépit d'un budget moyen, l'adaptation de Rouge Rubis a mis dans le mille. Casting impeccable et réalisation archi-soignée avec magnificence des décors et des costumes, cette transposition fait prendre corps à la mythologie inventée par Kerstin Gier et la complète avec rythme et malice. On ne pouvait rêver meilleure transformation des pages à l'écran!


Pour aller plus loin...

vendredi 1 mai 2015

Cendrillon - Le roman du film Disney par Britanny Candau.

Have Courage, Be Kind : The tale of Cinderella, Disney Press, 2015 - Editions Hachette Jeunesse (traduction de C.Rosson), 2015.

  "J'ai un secret à te dire. Un grand secret, qui t'aidera à traverser toutes les épreuves de la vie. N'oublie jamais: aie du courage, et sois gentille. Tu possèdes davantage de gentillesse dans ton petit doigt que la plupart des gens dans tout leur corps. C'est là un pouvoir. Un pouvoir plus important que tu ne le crois. La gentillesse va de pair avec la bonté. Et la bonté apporte le bonheur. Aie du courage, et sois gentille. Me le promets-tu ?
-Je vous le promets, mère."

 "Cendrillon" nous présente les aventures d’Ella, dont le père se remarie après la mort tragique de sa mère. Bien décidée à soutenir son père, Ella accueille avec la plus grande gentillesse sa belle-mère Lady Tremaine et ses deux filles. Mais lorsque le père d’Ella meurt à son tour, elle se retrouve à la merci d’une famille cruelle…

***
   Vous me savez déjà curieux du concept de la novélisation, dont je me demande à chaque fois s'il peut mener à des ouvrages vraiment réussis ou à de simples "romans de gare" uniquement commerciaux. Après des belles réussites avec les nouvelles aventures livresques inspirées de la série Chapeau Melon et bottes de cuir et de jolis ratés avec la transposition en roman du film La Belle et la Bête de Gans, qu'en est-il de cette transposition du décevant live-action Cendrillon?

  Eh bien je ne pensais pas conclure à cela, mais si le résultat n'a rien de révolutionnaire, il est tout à fait correct! Puis-je dire que le livre est même mieux que le film? Dans mon récent article sur celui-là, je maudissais le ton affreusement premier degré qui frôlait le ridicule, renforcé par une esthétique surchargée qui sombrait dans le mauvais goût. Mais contrairement à un film, qui "mâche" le travail de visualisation du lecteur et lui impose tout (du visuel au rythme), la littérature a toujours eu cette avantage de pouvoir se plier à loisir à notre imagination. Peu importe le caractère impossible ou tout juste crédible de ce qu'on nous raconte : nous pouvons, en notre qualité de lecteur, faire le tri et ne retenir (consciemment ou non) que ce qui nous marque le plus pour nous faire notre propre film intérieur.

 FanArt imaginant un live-action du Cinderella de Disney... 
ou comment imaginer le visuel de notre choix et se faire "notre propre film".
(source : tumblr.com)

  Aussi, servi dans une prose très correcte (et pourtant traduite par le même traducteur que pour Maléfique, et dont j'avais alors trouvé le texte français très inégal), qui alterne avec malice les points de vue (Ella, puis Cendrillon, ou même le Prince...), cette version écrite du film se permet même quelques libertés et ajouts qui seront les bienvenus. Par exemple, comme influencée par la Cendrillon férue de lectures philosophiques de la version A tout jamais, Ella est ici davantage présentée comme une jeune fille cultivée et très littéraire, et les références et citations de Shakespeare ponctuent le roman d'une touche d'érudition.
L'édition "roman graphique" en version originale...

  Seul bémol : cette version young adult du film (il existe une autre novélisation destinée à un lectorat plus jeune) était à l'origine une très beau roman graphique mis en images par Cory Godbey. Les illustrations, très modernes, rappellent le roman graphique d'un style très similaire sortis l'an dernier d'après Maléfique : Curse of Maleficent, a tale of sleeping beauty (et vise d'ailleurs probablement le même succès...) et le tout était un très bel objet livre habillé de tissus. Malheureusement, les éditeurs français n'auront conservé que le texte...

 Illustrations de C.Golbey pour l'édition américaine.

  En bref : si on regrette de ne pouvoir bénéficier du format "graphique" original, cette novélisation reste très correcte dans le genre. Le style est clair et laisse au lecteur le loisir de visualiser l'histoire au gré de son imagination, sans l'esthétique chargée imposée par le film.

Pour aller plus loin...

mardi 28 avril 2015

Vert Emeraude (La trilogie des gemmes #3) - Kerstin Gier

Smaragdgün (Edelstein Trilogy #3), Arlena Verlag GmbH, 2010 - Editions Milan, collection Macadam (trad. de N.Lemaire), 2012.


  « Elle est le Rubis, la douzième, l'ultime voyageuse.
Avec elle, le cercle est refermé, le secret révélé.
Un secret qui remonte à la nuit des temps. »

   Gwendolyn a-t-elle jamais été une lycéenne comme les autres ?
   Pour son premier vrai chagrin d'amour, en tout cas, elle aimerait bien faire comme toutes ses copines : pleurer des heures au téléphone et se gaver de chocolats.
   Mais pas question, les Veilleurs du temps ont besoin d'elle.
Pire, c'est avec Gideon lui-même, celui qui lui a brisé le cœur, qu'elle doit repartir en plein XVIIIe siècle, affronter un drôle de comte, soi-disant immortel.

   Plus question de pleurer, il faut agir ! 
  Troisième et dernier tome d’une trilogie exceptionnelle. Après Rouge rubis et Bleu saphir, voici Vert émeraude. Une histoire qui mêle délicieusement trois thèmes : l’adolescence, l’amour et le fantastique. Un ton très drôle et décalé. Des ventes exceptionnelles en Allemagne. Une série déjà vendue dans toute l’Europe et aux États-Unis.

***


 Couvertures des éditions allemande, suédoise, et japonaise.

  Il m'aura fallu presque trois ans avant de me lancer dans l'ultime tome de la sage "Rouge Rubis", alias la Trilogie des gemmes. Pourquoi avoir attendu si longtemps? Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire avec Le livre perdu des sortilèges, les trilogies littéraires ont toujours ce triste effet sur moi lorsqu'elles me plaisent : une fois les deux premiers tomes dévorés, je retarde le moment de lire le dernier, pour repousser le plus loin possible cet instant où il me faudra quitter pour toujours des personnages auxquels je me suis attachés, mais aussi face à la crainte des révélations finales et d'une éventuelle déception... Mais face à la sortie imminente du film Bleu Saphir en France, je n'ai pu tenir plus longtemps et, débordant de curiosité, allais exhumer Vert Emeraude de ma PAL...Attention, spoilers!

 Les vrais dragons de Temple Lane, à Londres, le quartier des Veilleurs...

    On retrouve donc Gwen là où s'était terminé le tome précédent : persuadée d'avoir été manipulée depuis le début par Gidéon, elle se sent désormais très seule face à la mission qui lui est confiée par le Cercle, et dont elle met de plus en plus en doute le bien fondé. Mais la jeune fille n'est pas de ces potiches qui passent un an cloitrer dans leur chambre à pleurer leur ex petit ami et décide, au contraire, de reprendre du poil de la bête. Tant pis pour ce triple imbécile tout juste bon à porter des collants jaune canari pour ses missions à l'époque Rococo, elle a d'autres chats à fouetter : Le comte de Saint Germain attend sa prochaine visite au XVIIIème siècle, au grand bal donné par Lady Lavinia où il faudra lui remettre le sang des derniers voyageurs du temps. Selon la prophétie des Veilleurs, une fois le sang des douze voyageurs collecté, le Chronographe est sensé produire un objet, une substance ou du moins un produit capable de miracles. La pierre philosophale, peut-être? Car ne dit-on pas que le Comte de Saint Germain était immortel? Et si la légende venait justement de cet enchainement d'événements que Gwen vit aujourd'hui : si le Comte était  devenu éternel parce que, dans le lointain passé du siècle des Lumières, elle-même avait fait un bond depuis notre temps pour lui fournir ce précieux élixir de longue vie? Si elle était la cause même de ce prodige? Mais voilà qu'une autre prophétie, celle-là concernant Gwen, semble révéler une interdépendance entre sa propre survie et l'immortalité de Saint Germain . Persuadée qu'un danger approche, le temps lui est compter pour éviter à tout prix que le cercle du sang ne se referme, cet objectif que Lucy et Paul avaient également poursuivi en leur temps, et pour lequel ils s'étaient vus accuser de traitrise. Mais qui dit que, dans l'ombre de notre présent, le Comte de Saint Germain ne serait pas toujours en vie, et prêt à tout pour que ses sombres desseins s'accomplissent?...

 Couvertures alternatives préparatoires de l'édition française et couverture de l'édition polonaise.

  Vous l'aurez compris, ce tome promet son lot de rebondissements! Et quels rebondissements! Vraiment, K.Gier termine sa trilogie en apothéose, avec un enchainement d'événements et de retournements de situation qui nous conduisent de surprises en surprises! Tout d'abord, on retrouve avec grand plaisir Gwendolyn et son ironie légendaire, à mille lieues des héroïnes si mièvres de la young adult classique. Elle apporte la fraicheur vive et moderne au roman, son sarcasme si caractéristique qui nous gratifie de belles répliques et perles légendaires. Mais parce que l'auteure sait aussi mettre de l'eau dans son vin et ne sombre jamais dans la parodie facile, elle ajoute tout de même la juste dose d'émotion dans son bain d'humour mordant habituel, et l'on se sent plus que jamais proche de cette héroïne qu'on suit maintenant depuis plusieurs tomes.

 Couvertures des éditions américaine, britannique, 
chinoise, et indonésienne.

  Sans compter qu'on a à peine le temps de reprendre notre souffle : nous voilà déjà embarqués dans une enfilade de rocambolesques aventures en costumes d'époque, leitmotive encore plus jouissif que dans les précédents volumes. Au rythme de ces allés et retours dans le temps, les différents événements (parfois même les plus anodins) survenus dans les deux autres tomes se relient et trouvent comme une concordance : pas de doute, ça sent la fin en grandes pompes! Kertstin Gier joue alors à merveille des codes de la chronologie et de la logique pourtant complexe entre les actions survenues dans le passé et leurs conséquences dans le présent. Tout ce qui arrive est-il vraiment déjà arrivé? Quelque soient les décisions que prendra Gwen pour échapper au Comte, le résultat sera-t-il le même, puisque le temps n'est qu'un éternel retour? Progressivement, une vraie tension s'instaure et le rythme s'accélère en même temps qu'on voit le nombre de pages restantes diminuer...

Le véritable Comte de St Germain.

  Les révélations de ce tomes tombent comme de véritables couperets : si certaines étaient plus ou moins prévisibles, d'autres sont réellement inattendues et donnent à cet ultime opus de la saga tout son parfum de Final avec un grand F! Alors que j'ai souvent été déçu des fins de nombreuses séries ou romans, je trouve que Kerstin Gier a vraiment mener sa barque avec talent d'un bout à l'autre, en se créant une mythologie propre et des codes jamais croisés dans d'autres séries. Le style comme la forme se sont affirmés et affinés, notamment dans les reconstitutions historiques et la restitutions des différentes époques. Bals, duels, costumes... On s'y croirait, on se régale, bref on dévore la fin magistrale de cette trilogie, "ovni" à plus d'un titre.
 
Un petit tour en Chronographe?

En bref : Humour tordant, émotions et révélations. Un ultime tome plein de surprises à la conclusion réussie et savamment orchestrée malgré la complexité narrative de ces incessants voyages temporels. Un final en apothéose qui ne nous fait regretter qu'une chose : Pourquoi c'est finiiiiiiiiiii? 

"Le Cercle du sang enfin accompli, La pierre des sages à jamais le lie. En habit de jeunesse, une force nouvelle donne au porteur du charme un pouvoir éternel. Mais la douzième étoile se lève, Le destin céleste s’achève. [...] La douzième étoile en allée, L’aigle atteint son but à jamais. Sache qu’une étoile d’amour s’éteint, En cherchant librement sa fin. »

(jamais, d'un bouquin apparemment tout juste potable trouvé dans une poubelle, je n'aurais cru devenir aussi accro, à la façon dont je pouvais l'être quand je lisais des roman à l'adolescence! Merci pour cette petite régression =P)

Et pour aller plus loin :

vendredi 24 avril 2015

Cendrillon - Un film de Kenneth Branagh pour les studios Disney



Cendrillon (Cinderella)
Un film de Kenneth Branagh pour les studios Disney,
d'après le conte de Perrault et le classique animé des studios Disney de 1950.

Avec : Lily James, Helena Bonham Carter, Cate Blanchett...


  Après la mort tragique de sa mère et pour l’amour de son père, Ella accueille bienveillamment sa nouvelle belle-mère, Lady Tremaine, et ses filles Anastasie et Javotte. Mais lorsque son paternel disparaît à son tour, la jeune fille se retrouve à la merci de sa nouvelle famille, jalouse et cruelle...

***

  Depuis son Alice in Wonderland par Burton en 2010 et la mode sur le retour des contes de fées, les studios Disney se sont glissés dans la brèche d'adapter en live-action les contes merveilleux classiques. Le problème de ce genre de filon est souvent que les premières réalisations débordent d'originalité avant que la mode soit revue à toutes les sauces et sombre dans la banalité. Tant va la cruche à l'eau qu'elle se casse, en sommes, et on pouvait tout craindre de ce Cinderella façon Disney. Certes, les visuels entrevus en previews étaient des plus jolis, mais rien ne semblait vraiment sortir de la version animée de 1950...
 
Du live action qui a comme un air de déjà vu....

  Je suis donc allé voir ce film en mode mi-figue, mi-raisin et j'en suis ressorti... mi-figue mi-raisin. Le presque-désastre était couru d'avance et largement annoncé par les premiers trailers : rien ou peu de choses dans ce film ne s'écarte du dessin-animé Disney original, qui sert davantage de source d'inspiration que les textes de Perrault ou Grimm. En s'adaptant eux-même, les studios ont peut-être cherché à répéter le succès de Maléfique, ce petit chef-d’œuvre qui détournait habilement le Sleeping Beauty animé de Disney. Ici, il n'y a ni angle, ni concept, ni complexité qui ajouteraient un quelconque philtre narratif original, et l'ensemble est un copié-collé -parfois à la scène près- du dessin-animé.

Du copié collé, on vous dit...

  L'histoire est par certains détails légèrement étoffée : le début s'attarde ainsi sur l'enfance de l'héroïne, du temps où sa mère était encore en vie. Cet ajout vise à expliquer le pourquoi d'une telle docilité de la jeune fille face à la cruauté de sa marâtre : entreprise intéressante si elle avait pu convaincre, mais comment donner foi à la version proposée par le scénario? Eh oui, si Cendrillon se laisse ainsi malmener, c'est qu'elle avait promis à sa maman d'être toujours biiiieeeen sage et biiieeeen gentille, quoi qu'on puisse lui faire! A mille lieue de l'émancipée et pourtant plus jeune et plus gracile Aurore de Maléfique, cette Cendrillon trop classique (je meurs d'envie de dire has been) ferait enrager toute féministe qui se respecte (Même la Blanche-Neige très rose-bonbon de Tarsem Singh, avec ses robes à froufrou et sa pop colorée, elle, elle se battait, non d'une pipe!) et nous donne envie de la sortir de sa douce léthargie à coup de gifles. On lui préfère mille fois la Cendrillon garçon manquée férue de lecture et de philosophie de A tout jamais, une héroïne digne de ce nom!
   Ce bémol pourrait presque passer si le film ne s'engluait pas dans un premier degré qui frôle le ridicule. J'en reviens au Blanche Neige de Tarsem Singh ; dans une esthétique de bonbonnière proche de ce Cendrillon, cette adaptation de Grimm avait le mérite de jouer le contre-pied de l'ambiance archie-sucrée grâce à une bonne dose d'humour qui tempérait cette atmosphère rococo et pâte de sucre. Car non, décidément, cette Cendrillon live-action qui cause "pour de vrai" à des souris (qui, d'ailleurs, ne lui répondent pas - enfin, un peu de crédibilité tout de même!) on n'adhère pas vraiment.

  Le seul aspect original vient dans le dernier tiers du film, lorsque Lady Trémaine, qui a démasqué Cendrillon, tente d'ourdir un complot à son encontre avec l'aide du grand duc : là, enfin, la pulpe décolle du fond et le film se pare soudain d'une dimension intéressante. Car vraiment, la seule à tirer son épingle du jeu dans tout ce magma de bons sentiments, c'est Cate Blanchet en Marâtre! Est-ce le concept de Maléfique et la mode transversale " du côté des Méchants" qui nous contamine? Peut-être, en tout cas, la prestation de l'actrice est tout en glace et en élégance : froide et digne, cette Lady Trémaine impeccable rappelle autant la Reine Elizabeth I déjà jouée par C.Blanchet que la sournoise Marquise de Merteuil des Liaisons dangereuses, qui jouait si bien de son apparence et de sa réputation de femme du Monde pour mieux tromper son monde...

   Car côté casting, même Helena Bonham Carter déçoit. Non que sa prestation soit ratée à proprement parler, mais elle ne donne pas à voir un jeu particulièrement marquant. Sa version doux-dingue aux allures pompettes de la bonne fée est amusante, mais l'actrice ne se surpasse pas. Le reste du casting est correct mais pas époustouflant non plus : le prince sort d'une publicité pour dentifrice et les deux sœurs, trop caricaturales, n'ont même pas un tiers du charisme de leurs homologues animés. Enfin, Lily James elle-même ne m'a pas totalement convaincu : là encore, sa performance est passable mais elle me semble déjà trop mûre pour être crédible en jeune fille innocente, et j'aurais préféré une actrice adolescente de l'âge réel de l'héroïne pour plus de fraîcheur et de candeur.

  Reste l'esthétique du film : même si les décors peuvent pâtir d'une surenchère de baroque rococo archi sucré à tuer un diabétique, il faut reconnaitre que l'ensemble laisse imaginer un travail gigantesque et en même temps minutieux en amont. La charte graphique, au croisement des XVIIIème et XIXème siècles européens, offre quelques jolies réussites, à la façon de la scène de bal, dont le visuel était volontairement inspiré du Guépard de Visconti. 

 Le Léopard vs Cendrillon

  Enfin, impossible de ne pas évoquer les costumes, dont on ne peut qu'admettre la magnificence : signées Sandy Powell, les tenues sont là aussi au carrefour des époques. Etrangement, celles de Cendrillon sont peut-être les moins audacieuses (les souliers de verre ont l'air d'énormes serre-livres en cristal de Baccara et la robe de bal est trop... "costume de carnaval achetée en disneystore".) mais le superbe costume très "Marie-Antoinette" d'Helena Bohnam Carter évoque la Bonne fée illustrée par E.Dulac, et la garde-robe de Lady Trémaine, inspirée des années 20 à 40 et des lignes Art-Déco, souligne merveilleusement bien le ton cassant du personnage.

Dessins préparatoires de S.Powel pour la confection des costumes.

  En bref: Cette Cendrillon, banale redite live du classique animé de 1950, peine donc à exister pour elle-même et reste une fable trop convenue au manque criant de l'anti-conformisme d'un Maléfique. Tout juste plaisante, cette production trop premier degré ne satisfera que les plus jeunes fillettes rêvant de princesses et, peut-être, les plus âgés qui voudront décortiquer chaque scène pour jouer aux "7 erreurs" avec le dessin-animé.

Et pour aller plus loin...