samedi 24 octobre 2015

La villa des mystères - Frederico Andahasi

Las piadosas, Plazza & Janés, 1998 - Editions Métailier (traduction de C.Bleton), 2000 - Editions Folio, collection SF, 2004.

  Été 1816 : le temps est exécrable sur les rives du lac Léman. Désœuvrés, Lord Byron, Percy et Mary Shelley, Claire Clairmont et le docteur Polidori, hôtes illustres de la villa Diodati, se lancent un défi littéraire : écrire l'histoire gothique ultime, la plus sombre, la plus originale. Polidori, secrétaire et souffre-douleur de Byron, jaloux du talent de son maître, reçoit d'étranges lettres anonymes qui l'informent de l'existence des jumelles Legrand, des comédiennes scandaleuses, courtisanes, célèbres et méprisées. Et qui surtout lui proposent un étrange pacte littéraire...
Qui lui écrit ces lettres scellées à la cire noire ?
Que devra-t-il donner en échange du chef-d'œuvre dont il rêve ?
  
  Cette Villa des mystères est le théâtre d'un roman gothique moderne qui explore des régions insoupçonnées, troublantes, de la sexualité, et revisite avec malice un moment fondateur des littératures de l'imaginaire : la création du Frankenstein de Mary Shelley.

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  Étrange roman que cette œuvre qui mérite davantage appellation de nouvelle, et qui correspond fort bien à ces festivités d'Halloween. Trouvé au hasard d'une recherche d'e-book, ce court récit, aussi fantasmagorique qu'il puisse être, mérite d'être découvert.


  L'auteur nous plonge dans un événement réel et bien connu de l'Histoire de la littérature : le séjour que passèrent le couple Shelley et leur demi-sœur Claire Clairmont à la villa Diodati, sur invitation du célèbre Poète Lord Byron et de son secrétaire particulier John Polidori. En effet, c'est lors de ces quelques jours cloîtrés à l’abri du mauvais temps que nos cinq convives se sont lancés au défi de rédiger des récits horrifiques à se lire au coin du feu... de leurs ébauches alors rédigées naquit le roman Frankenstein, par Mary Shelley, aujourd'hui parmi les plus célèbres ouvrages gothiques classiques. Un autre récit créé lors de ces soirées mais moins connu aujourd'hui : Le vampire, écrit par Polidori mais paru sous le nom d'auteur de Byron. Cet étrange mystère autour de la paternité de l’œuvre est encore flou de nos jours : on suppose que le discret secrétaire aurait utilisé le nom de son maître pour jouer de sa célébrité et être édité plus facilement, ou peut-être qu'il aurait subtilisé un brouillon inachevé au poète pour le finaliser. Ici, F.Andahasi s'empare de ces quelques éléments réels et du séjour des amis littéraires à la villa pour en faire une fable gothique diaboliquement pastiche, se jouant des codes de l'horreur que Polidori, Byron ou Shelley eux-même ont fait naître à la suite de leurs publications respectives.

 La villa Diodati.

  "Faire naître"... tout l'intérêt de La villa des Mystère est là. Car au travers de ce court et addictif récit qui pioche parfois dans la caricature hilarante pour de suite reprendre le chemin de l'effroi, l'auteur questionne de façon amusante la paternité d'un chef-d’œuvre et la naissance d'un roman. L'ambiance est racontée comme serait mis en scène un vieux film de la Hammer, mais les personnages sont parfois parodiques à l'excès, à l'image de Polidori, vrai-faux héros de cette histoire en auteur raté pathétique et pleurnichard.
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 Byron, Polidori
Percy Shelley, Mary Shelley, et sa demi-sœur Claire Clairmont.

  Le plus surprenant dans cette intrigue, c'est peut-être l'orientation très crue qu'elle prend. Plus que de l'érotisme ou juste un ton fortement sexualisé, F.Andahasi ajoute à son histoire un voyeurisme déplacé et, même, un  ton profondément licencieux des plus... -hum- disons particulier. Et pourtant... pourtant, malgré la gêne qu'inspire ce "roman gothique dans le roman gothique", on ne peut s'empêcher de le dévorer jusqu'au bout, un peu comme les jolies horreurs d'un cabinet de curiosité qui retient notre regard grâce à son pouvoir de fascination...


En bref : un "roman gothique dans le roman gothique", un diabolique et addictif récit qui s'empare d'un fait réel de la Littérature pour le transformer en pastiche mordant, cru, et en même temps réussi. On passe de l'hilarité au frisson sans demi-mesure.

jeudi 22 octobre 2015

Gagnez votre clef d'entrée pour le terrier du Lapin - Concours exclusif de Pedro Pan Rabbit!

Oyez, oyez!

Chers amis, lecteurs, internautes et blogueurs,

  A l'occasion du prochain Salon du livre et de la presse Jeunesse de Montreuil, qui se tiendra du 2 au 7 Décembre prochains, je vous propose de gagner votre clef d'entrée pour le Pays des Merveilles, mis à l'honneur cette année.


  Pour remporter votre droit de me suivre dans mon terrier, aucun besoin de potion pour grandir ou de biscuit pour rapetisser. Il vous suffira de répondre à l'énigme que je vais vous poser, et retrouver le nom d'une délicieuse inconnue qui mérite de ne pas être oubliée...

Les deux premiers vainqueurs qui parviendront à la nommer seront contactés pour recevoir chacun deux entrées...

Alors, qui est cette douce jeune fille?


  Vous avez jusqu'au 10 Novembre pour répondre! N'oubliez pas d'indiquer votre mail ou votre blog pour que je puisse vous joindre...

vendredi 16 octobre 2015

La main de la nuit - Susan Hill

 The small hand ; A ghost story, Profile Books, 2010 - Editions de l'Archipel, 2014 - Editions Archipoche, 2015.

  « C’est alors que je sentis une petite main se glisser dans ma main droite, comme si un enfant s’était matérialisé à côté de moi dans l’obscurité pour s’en saisir. Elle était fraîche et ses doigts se replièrent avec confiance dans ma paume. Nous restâmes ainsi pendant un moment, ma main d’homme serrant la toute petite main. Mais l’enfant était invisible… »
Adam Snow, un libraire de livres anciens se perd dans la campagne anglaise et se retrouve dans le jardin d’une propriété qui semble abandonnée. Là, il ressent cette présence, menaçante…
  
  Roman fantastique, histoire de fantômes… Un conte dans la veine de La Dame en noir, un classique de la littérature anglaise.

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  Si le nom de Susan Hill ne vous est pas inconnu, c'est qu'elle est l'auteure du célèbre roman La dame en noir, à l'origine du film avec Daniel Radcliff. Lu et chroniqué sur ce blog il y a quelques années, ce roman m'avait beaucoup plu et j'avais hâte de découvrir un nouvel ouvrage de cette grande écrivaine, aujourd'hui reconnue comme étant la Reine du roman gothique contemporain. Après m'être fait vanté les mérites de cet ouvrage par Mya, les éditions de l'Archipel ont eu la gentillesse de me le faire parvenir dans le cadre de notre partenariat...

Trailer du livre pour la sortie en VO.

  Contrairement à La dame en noir qui nous plonge dans une époque victorienne furieusement suggestive en terme d'histoire de fantôme, La main de la nuit se déroule à notre époque. Et pourtant, le récit, très court, évoque presque une nouvelle à l'ancienne, tant dans son style que sa construction. C'est déjà une constatation que j'avais pu faire avec son précédent récit : loin de faire dans le pastiche, Susan Hill écrit d'une plume à la fois sobre et impeccable, ponctuant les rares passages d'action de longs extraits tout en lyrisme et en poésie. Aussi ne faut-il pas s'attendre à une avalanche de clichés qui nous fera frissonner ; l'auteure nous plonge dans l'intimité et les tortueux questionnements de son héro, en proie au doute face aux quelques bribes d'éléments quasi surnaturels qui se sont récemment immiscés dans son quotidien.

  Le doute plane, tant le fantastique s'invite par petites touches: est-ce réellement une manifestation surnaturelle? Le hasard? Des hallucinations? Puis, comme dans toute nouvelle fantastique gothique qui se respecte, les suppositions se recoupent petit à petit et conduisent à une chute sonnante et trébuchante qui, loin de nous faire sombrer dans l'effroi, instaure une douce poésie mêlée de mélancolie...

  J'ai lu sur de nombreux sites et plateformes littéraires que La main de la nuit avait été largement critiqué, amenant ainsi à des avis mitigés. Pour ma part, j'ai apprécié la juste dose (pour ne pas dire "homéopathique") d'éléments paranormaux vécus par ce personnage avec lequel on vit et ressent les choses de façon quasi-sensorielle, ajoutant au tout un réalisme saisissant.

En bref: Un roman gothique moins pastiche que le laisse à penser la renommée de Susan Hill. Avec La main de la nuit, l'auteure signe un roman qui s'inscrit dans la sobriété classique de ces nouvelles à l'ancienne et où doute plane jusqu'à une résolution implacable. Loin d'enchainer les stéréotypes horrifiques, ce court roman enchante de sa plume toute en ambiance et de sa douce mélancolie.
Un grand merci à L&P Conseils et aux éditions de l'Archipel pour cette découverte!

Et pour aller plus loin:

dimanche 11 octobre 2015

Alice au pays de Montreuil : Introduction...


  La semaine passée, je vous ai parlé de la conférence de présentation au prochain salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ) de Montreuil, pour laquelle j'ai eu l'immense honneur de recevoir une invitation. Chose promise, chose due : on m'a demandé un petit compte-rendu, voici donc un retour sur ce premier aperçu du SLPJ à venir.

   Jeudi 8 octobre, rue des Abesses à Paris. Un étroit passage dans les bâtiments bordant la route ouvre sur une spacieuse cour intérieure et une imposante bâtisse évoquant un temple romain. Quelques passants s'écartent de temps à autres de la foule courant d'un métro à un autre, glissent leur tête dans la ruelle, s'assurent que l'adresse correspondent à leur invitation, puis franchissent les portes. Peu à peu, un petit troupeau de journalistes et professionnels du livre (auxquels on ajoutera deux ou trois blogueurs) sont rassemblés dans le hall. Après nous avoir remis une documentation fournie, un dossier de presse pressé (comme le lapin d'Alice) et -summum des goodies- une petite boite de bonbons "eat me", on nous fait rejoindre nos places face à la scène.


  Alors que des gravures d'Alice par J.Tenniel sont projetées au format cinémascope, la très belle Véronique Ovaldé, auteure, vient nous lire de sa voix enchanteresse et impeccablement ponctuée quelques passages d'Alice au pays des merveilles. Car pour les 150 ans de l'oeuvre de Lewis Carroll, le SLPJ 2015 prend les couleurs du Pays des Merveilles et en fait le point central de son thème "Pour de vrai, pour de faux : les modes imaginaires dans la littérature jeunesse". Un axe que la directrice du salon Sylvie Vassallo nous présente avec davantage de détails. Outre une vaste exposition mettant en avant des originaux de l’œuvre, le salon proposera de nombreuses rééditions d'ouvrages sur l'univers d'Alice et de toutes nouvelles publications spécialement conçues pour l'événement.
  
  Au-delà de ce thème majeur, S.Vassallo reprend par le menu les nombreux événements et "pépites" de l'édition 2015, et qui mettent en lumière à quel point la littérature jeunesse, loin de n'être qu'un loisir ou un passe-temps élitiste, se fait vraiment actrice du monde actuel. La preuve en est de l'événement Eux c'est nous, un livre conçu par plusieurs éditeurs réunis et une pléiade d'auteurs bénévoles qui ont écrit sur le thème des réfugiés. Destinée à être largement diffusé auprès des écoles, cette publication vise aussi à rassembler des fonds pour venir en aide aux migrants.
  Toujours dans cet esprit de dynamisme et de modernisme, le SLPJ continue d'ouvrir la littérature à tous les publics -même les plus démunis- en développant de nouvelles plateformes de diffusion mêlant habilement Social et Culturel, ou de développer de nouvelles façon d'appréhender les livres grâce au numérique.

  Si le contenu de cette conférence aura visé à transmettre le programme du salon à la presse et aux curieux de l'univers littéraire, il laisse rêveur quant aux multiples scènes et événements du salon à venir! J'aurais donc été très content de participer à cette petite cérémonie, et en remercie très chaleureusement les organisateurs et attachés de presse du salon (sans oublier un petit clin d'oeil au traiteur, dont le buffet de cloture était excellent ;) ).

Prochain rendez-vous début décembre, pour un voyage dans le terrier du lapin!...

vendredi 9 octobre 2015

La fille aux esprits - Laura Amy Schlitz

A drowned Maiden's hair, Candlewick press, 2006 - Editions Casterman, 2009.



  La jeune Maud Flynn ne connaît du monde que le sévère orphelinat où elle grandit, privée de toute affection, sous la poigne d'une directrice qui la déteste. Un matin d'automne, les sœurs Hawthorne, deux riches vieilles dames, proposent de l'emmener loin de cette prison, de la chérir, de la gâter et de lui offrir la meilleure éducation. Maud se prend alors à rêver d'une vie nouvelle, au sein d'une véritable famille. Mais un lourd secret pèse sur la maison Hawthorne.


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  Il y a environ deux ans, enchanté par ma lecture du Velvet de Mary Hooper, j'avais entendu parler de La fille aux esprits. Les lecteurs l'avaient en effet recommandé comme lecture similaire de par les nombreux points communs qui liaient les deux intrigues, à savoir l'embrigadement d'une jeune fille dans une frauduleuse affaire de spiritisme. Halloween était l'occasion rêvée de découvrir ce titre et de voir s'il égalait le très bon ouvrage de M.Hooper.



  Nous sommes en 1909, dans un bien triste orphelinat. Après l'adoption de sa petite sœur et de son frère aîné, Maud est la seule à ne pas avoir trouvé de famille et endure chaque jour le quotidien difficile de l'austère institution. Puis un matin, Les sœurs Howthorne, deux vieilles ladies, se présentent à l'orphelinat et contre toute attente, portent leur choix sur la fillette. Maud part donc vivre dans la villa des deux femmes, auprès de leur aînée qui se montre assez réfractaire à l'arrivée de la jeune enfant. La petite orpheline, trop heureuse d'avoir trouvé une famille, fait d'énormes efforts pour se conformer aux attentes de ses nouvelles tantes : ne pas sortir au-dehors, restée cachée à l'étage, et ne jamais se présenter en présence d'invités. Très vite, les trois vieilles femmes lui révèlent le but de ces étranges recommandations : elles sont médiums et organisent régulièrement des séances de spiritisme dans le grand Monde pour subvenir à leurs besoins. Mais leurs prétendus pouvoirs ne sont qu'une vaste fraude et toutes les séances sont bien évidemment truquées. Or, les soeurs Howthorne ont pêché un gros poisson : une de leurs clientes cherche à entrer en contact avec l'esprit de sa défunte fille, morte noyée, raison pour laquelle elles ont besoin de Maud pour se glisser dans le rôle du fantôme... La fillette tente de se convaincre du bien fondé de la supercherie, mais sa conscience la met bientôt à mal...

Drowned maiden's hair?

  Partir de Velvet pour découvrir un ouvrage dans la même veine amène certainement le réflexe de la comparaison et il faut reconnaître qu'à ce jeu là, Mary Hooper remporte la partie haut la main. La fille aux esprits, tout en restant un roman agréable, va en effet beaucoup moins loin dans l'exploration du spiritisme mondain du début du XXeme siècle. Si l'histoire suit une trame similaire, elle se consacre surtout sur les sentiments, rêves et aspirations de Maud, et le reste est plutôt survolé : les séances de communication avec les morts, trucages et éléments fantomatiques sont racontés en fait assez brièvement, en tout cas trop peu pour instaurer une ambiance sombre et glaciale propre au sujet du livre. Ajoutez à cela quelques longueurs et il faut reconnaître qu'on s'ennuie parfois un peu. Le contexte historique lui-même aurait gagné à être plus détaillé pour insuffler le souffle quasi sociologique de... de... eh bien oui, de Mary Hooper...

"Esprit, es-tu là?"

  Côté personnages, Maud a un côté revêche intéressant mais qui cède vite le pas à une docilité trop ennuyeuse à mon goût. En revanche, les sœurs Howthorne, ces ladies en pleine décrépitude, sont assez charismatiques. On appréciera d'ailleurs que l'auteure joue avec les apparences et que le premier visage donné à voir de ces trois vieilles femmes ne soit pas le vrai...Aussi le lecteur sera peut-être surpris desquelles sont véritablement les plus malfaisantes, sans que ce retournement suffise pour autant à insuffler le dynamisme nécessaire au roman 

En bref: Une histoire certes agréable mais qui n'instaure pas l'atmosphère glaciale propre au thème du spiritisme. L'ensemble est bien écrit mais manque d'une dimension historique plus fouillée et d'un rythme plus soutenu.



Et pour aller plus loin:

dimanche 4 octobre 2015

La fille de l'Alchimiste - Kai Meyer.

Die Alchimistin, Heyn, 1998 - Editions du Rocher (traduction de F.Perigault), 2005 - Editions du Livre de poche, 2008, 2015.

  Fin du XIXe siècle.
  Aura Institoris a grandi dans le labyrinthe de couloirs obscurs du château de ses ancêtres, bâti sur un récif de la Baltique. Lorsque son père, l’alchimiste Nestor Nepomuk Institoris, est assassiné sur l’ordre de son plus vieux rival, la jeune fille se trouve entraînée malgré elle au cœur d’un conflit dont les racines remontent au Moyen Âge.
  Aux côtés de son frère adoptif, elle décide d’affronter le meurtrier de son père. S’initiant à son tour aux terribles secrets de l’alchimie, elle va braver les intrigues et les dangers, et partir sur la piste du plus grand mystère de l’humanité: l’immortalité…

Best-seller en Allemagne,
La Fille de l’alchimiste a été traduit dans une dizaine de langues.

***

  Je ne remercierai jamais assez Mya d'avoir annoncé au printemps dernier la sortie de cet ouvrage : titre évocateur et couverture au charme classique indéniable, il n'en fallait pas plus pour attirer mon attention! Loin d'être une nouveauté, La fille de l'alchimiste est en fait la réédition d'un best-seller allemand initialement paru en 1998 et déjà publié dans la collection fantasy du livre de poche en 2008. Mais croyez moi, ce livre méritait bien cette nouvelle sortie...


  Loin de la high fantasy qui me file souvent de l'urticaire, la fille de l'alchimiste nous emmène loin des batailles épiques et des mondes parallèles, et prend cadre dans l'Europe centrale de la fin du XIXème siècle. L'intrigue débute d'ailleurs dans un lieu des plus pittoresques : un manoir bâti à même un îlot rocheux surplombant la mer de la Baltique, qui aurait inspiré à Bocklin son Île des Morts. Là réside l'étrange famille de l'alchimiste Nestor Nepomuk Institoris, qui vit reclus dans son laboratoire tandis que son épouse Charlotte compense son manque d'affection en adoptant des enfants à la pelle. Ainsi, en plus de leurs deux filles naturelles Aura et Sylvette, a-t-elle recueilli Daniel et Christopher. Ce dernier arrive justement au château et se voit vite refroidi par l'hostilité affichée de sa nouvelle fratrie. Néanmoins, contre toute attente, il parvient à s'attirer les faveurs du pater familias et devient son apprenti dans la recherche de la vie éternelle.
  Parallèlement, depuis l'ombre du palais de Vienne, Lysander, vieil ennemi de Nestor, envoie l'hermaphrodite Gillian assassiner l’alchimiste pour lui voler ses secrets. S'il s'acquitte de cette tâche qui le répugne, il ne peut cependant honorer la seconde partie de la commande : tuer Aura. Gillian est en effet tombé sous le charme de la distante jeune fille, simultanément envoyée en pension en Suisse. Dans le train où les deux jeunes gens se rencontrent, une fascination brûlante et réciproque nait alors... Dès lors, tout s'accélère : Aura réalise rapidement être au centre d'un complot alchimique dont les racines remontent au Moyen-Age et en lien direct avec ce qui se trame dans le pensionnat. Car ses tours dissimulent un trafic de jeunes filles destiné à nourrir en sang un vieillard à la recherche de la vie éternelle...
  Mais pendant ce temps, au manoir Institoris, Christopher tente de dissimuler la mort de Nestor tandis que Lysander fait capturer Sylvette dans d'obscurs desseins.


  Vous l'aurez compris, on a là un dense roman à tiroirs (plus de 600 pages)! Foisonnant et complexe quoi qu'un brin classique, la fille de l'alchimiste est une lecture grisante qui n'est pas sans m'évoquer le plaisir que j'avais éprouvé avec la Malédiction d'Old Haven dans ses nombreuses inspirations et fougueux rebondissements. Certes, le roman de K.Meyer est animé d'un souffle moins moderne mais tout aussi captivant. De la mythique Herbe de Gilgamesh à la Pierre philosophale en passant par l'Histoire des Templiers, on brasse les nombreuses branche de l'alchimie, thème terrifiant et intriguant...

L'île des Morts, qui a inspiré à l'auteur le manoir Institoris.

Aura Institoris?
  L'atmosphère est quant à elle d'autant plus entêtante qu'elle explore de nombreux thèmes dérangeants et interdits, évoque des sujets qui relèvent autant de la monstruosité que du Merveilleux. Telle est, en fait, l’ambivalence de l'alchimie, une ambivalence qui se propage jusqu'à une galerie de personnages atypiques, qui m'a rappelé les protagonistes misanthropes de la série Penny Dreadful. Des alchimistes ennemis, des demi-frères meurtriers, des pères incestueux et des hermaphrodites assassins... Si l'évanescent Gillian sort tout droit d'un songe qu'aurait provoqué l’Absinthe, Aura, l'héroïne, m'a complètement fasciné! Je suis tombé amoureux de cette jeune fille distante et froide qui dissimule une fougue, une indépendance et une volonté presque sauvage derrière son attitude revêche.
  Avec eux, on parcourt des paysages pittoresques et rarement exploités dans ce type de littératur : on les suit  de la Baltique jusqu'à l'Autriche-Hongrie, en passant par les théâtres Grand Guignol de Paris et la lagune de Venise. Dans cette quête alchimique à l'issue aussi incroyable qu'inhumaine, K.Meyer nous entraîne à un rythme effréné dans des péripéties d'une étrange étrangeté.

 L'ambiance oppressante du manoir Institoris...

En bref: Conte ésotérique lugubre aux personnages fascinants, la fille de l'alchimiste est un songe gothique et obsédant.  Plus qu'un coup de cœur, il mérite largement la théière d'or. Il est de ces ouvrages dont on se délecte tout en frissonnant de terreur en ces veilles d'Halloween, de ces livres dont on se repait comme une drogue et qui nous empêchent de dormir

October : "Something wicked this way comes..."

source : pinterest

Un croassement de corbeau,
Une bourrasque soudaine,
Une envolée de corneilles,
Une brusque chute de feuilles.

Des pommiers garnis,
Des arbres racornis,
Des potirons par milliers,
Des prunes et mirabelles dorées.

L'odeur de la terre,
Les rires de sorcières,
Les premières flambées de la chaudière...

Mon petit doigt m'a dit
Quelque chose de mauvais vient par ici...

source : pinterest

  Pas de doute... C'est le mois d'Octobre : l'Automne débarque, dans une rafale de feuilles d'érables écarlates et une poussée subite de cucurbitacée. L'odeur anticipée d'Halloween s'insinue doucement sous nos portes et gagne déjà les profondeurs de mon terrier... Même ma bibliothèque se voit contaminée et les lectures de saison sont déjà bien entamées. Suivez bien les prochaines chroniques si vous recherchez quelque ouvrage pour célébrer dignement fantômes et sorcières! Au programme : des Alchimistes à la recherche de la vie éternelle, des séances de spiritisme, ou encore des sorcières doucement barrées...


  Côté petit et grand écrans, les monstres seront aussi de la partie et je compte m'imposer des heures à buller devant la télévision et à courir les salles de cinéma (pour éviter les heures de boulot supplémentaire quand je suis chez moi) devant une petite sélection on ne peut plus appropriée à la saison. Prenons d'abord l'excellente série Penny Dreadful (du même titre que ces vieux feuilletons bas de gammes vendus trois fois rien sous l'ère victorienne, et qui régalait les lecteurs friands de suspens d'histoires de monstres et de crimes sanglants tirés par les cheveux) récemment découverte. Avec les excellents Timothy Dalton et Eva Green, cette production britannique rassemble des personnages de la littérature gothique du XIXème dans de nouvelles intrigues sombres et sanglantes en diable, à la rencontre de Dracula, Frankenstein et Dorian Gray. Côté cinéma et grande toile, j'attends avec impatience le Crimsom Peak de G.del Torro, une histoire de fantômes dans un gigantesque manoir baroque à faire peur, avec la lumineuse Mia Wasikowska.

  Entre autres événements enthousiasmants pour ces festivités, J'ai récemment eu l'immense plaisir de recevoir une invitation nominative (avec nom du blog sur l'enveloppe en prime!) pour la conférence de présentation au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil 2015! Et quand le thème de cette année fête les 150 ans d'Alice in Wonderland avec une gigantesque exposition de prévue, la carte elle-même donne le ton avec le lapin blanc illustré par Sir J.Tenniel. Vous comprendrez que j'étais au comble de l'excitation. Aussi, jeudi prochain, votre humble serviteur s'envole pour la capitale, gagner le théâtre des Abbesses pour assister à la cérémonie en question! J'ai hâte de vous en dire plus...


  En attendant, j'ai une belle PAL d'Halloween qui m'attend et je m'empresse de la rejoindre, enfin dès que j'aurais mouliné la première soupe de l'Automne (patates douces, lentilles corail, carotte et curry) et que mon thé chocolat-cannelle aura infusé.
  Alors d'ici le prochain article d'Automne, n'hésitez pas à partager vos joies saisonnières et à bombarder vos blogs littéraires de courges et de citrouilles, car les festivités sont officiellement ouvertes! =D
 source : pinterest