mercredi 21 juin 2017

Le Pays des Contes, tome 5 : L'Odyssée Imaginaire - Chris Colfer.

The Land of Stories, book 5 : An Author's Odyssey, Little, Brown & Company, 2016 - Editions Michel Lafon (trad. de C.Laumonier), 2017.

  L'Homme masqué a réussi : le Pays des contes est tombé sous la coupe de sa terrible armée. Face à lui, les jumeaux Alex et Conner n'ont plus qu'une seule arme, peut-être la plus puissante : leur imagination. Tous deux se lancent alors à travers les histoires inventées par Conner en quête d'une armée de pirates, de cyborgs, de superhéros ou encore de momies, pour arrêter l'Homme masqué. Et même si l'adolescent est leur auteur, rien ne dit que ses personnages ne se rebifferont pas contre lui ! Mais un complot plus terrible encore se trame dans l'ombre.
   Un complot qui pourrait bien noircir la magie de tous les mondes à jamais...

***

  Je savais bien qu'à l'approche de Juin arriverait le nouveau tome du Pays des contes de Chris Colfer. Mon avis très mitigé suite à la lecture du précédent tome m'a longtemps laissé dans le doute quant à continuer l'aventure ou m'arrêter là, parce que j'avais ce sentiment que l'univers créé par Chris Colfer commençait à s'essouffler... Puis je me suis rendu compte une fois encore qu'en littérature, je n'aime pas abandonner un roman en route, et une série non plus. 



  Et j'ai bien fait de persévérer. Car aussi sympathique que cette série puisse être, et même si j'envisageais (espérais) que ce tome puisse me surprendre agréablement, je ne m'attendais pas à ce que cet opus soit si réussi. Et je ne parle pas que d'intrigue, je ne parle pas que de style. Non, je parle de construction, d'originalité, et de maturité. Je ne veux pas en dévoiler plus sur l'histoire (je vous laisse le plaisir de la découverte), dont le résumé ne m'emballais pas davantage, je dois l'admettre, mais c'est la preuve que C.Colfer, depuis ses 22 ans (âge auquel il a publié le premier tome), a commencé à poser les premières pierres d'un édifice qu'on découvre aujourd'hui impressionnant, dense, et complet. Et oui, nous sommes bien dans de la littérature jeunesse.

Dans ce tome, nous verrons avec surprise des extra-terrestres, des superhéros, et des momies...

  Le fantastique, les péripéties et l'humour sont toujours aussi présents, mais ils ont aussi mûri avec les personnages : les jumeaux, douze ans dans le premier opus, en ont aujourd'hui quinze et l'intrigue gagne en noirceur, sans pour autant que Colfer désavoue la légèreté qui lui est propre, et qui pointe encore dans certains passages. Avec le personnage de Conner qui, on est désormais certain, est directement inspiré de l'enfant et de l'adolescent imaginatif qu'il a été, notre jeune auteur vient explorer dans cette Odyssée la question de la création littéraire, les multiples inspirations d'un auteur et la façon dont il s'inspire de ses propres rencontres et expériences pour recréer un univers. Le tout est très bien ficelé, bien pensé, avec son lot de retournements et de réponses inattendus alors qu'on s'attend presque toujours à une issue très convenue...

C.Colfer

  Je ne pensais le dire en le commençant mais force est d'admettre que c'est presque un coup de cœur, et qu'attendre un an pour le tome 6, ça va être très long!

"Les explorateurs s'empressent toujours de s'approprier les lieux qu'ils découvrent, mais ils n'ont pas créé la terre sur laquelle ils plantent leur drapeau. Peut-être que tous les écrivains ne sont de plus que des explorateurs du subconscient, traversant un océan d'autres mondes."

En bref: Un tome totalement inattendu et réussi, très bien construit et très bien pensé, bref, grisant. Chris Colfer semble avoir pris dix ans de maturité d'écrivain en une seule fois : on peut dès maintenant arrêter de dire qu'il est talentueux parce qu'il a publié jeune alors qu'il était déjà un acteur connu, et se contenter d'avouer qu'il est tout simplement devenu un talentueux auteur. 

 
Un grand merci aux éditions M.Lafon pour leur confiance.

Et pour aller plus loin:

mardi 20 juin 2017

Marie-Antoinette : correspondances privées - Une pièce d'Evelyne Lever, mise en scène par Sally Micaleff.



Marie-Antoinette
Correspondances privées

Une pièce d'Evelyne Lever,
mise en scène par Sally Micaleff.
Au théâtre du Lucernaire du 15 Mars au 7 Mai 2017.

Avec Fabienne Périneau.

   Une manière unique de comprendre, dans toute sa complexité, le destin singulier de cette femme, avec en toile de fond une époque chaotique.
  Ce texte, écrit à partir de la véritable correspondance de Marie-Antoinette, éclaire la personnalité de la dernière reine de France, nous introduit dans son intimité, et nous révèle par quel cheminement cette princesse, d'abord sentimentale et frivole, dépourvue d'expérience, manipulée par sa famille autrichienne, se jettera à l'aube de la Révolution, dans l'action politique et tentera désespérément de sauver la monarchie française... 
 « Fabienne Périneau relève avec bonheur le défi d'entrer dans l'intimité de cette femme devenue mythique, dans sa complexité et son charme. » TÉLÉRAMA. 
***

 Une lettre de Marie-Antoinette.

  Lorsque l'on m'a montré la superbe affiche de ce spectacle avec la proposition d'y aller à l'occasion de mon weekend d'anniversaire, je ne me suis pas fait prier bien longtemps : du théâtre, de la grandeur, de la décadence, le XVIIIème siècle, et un thème de choix en la personne de Marie-Antoinette, dernière reine de France aujourd'hui véritable icône. Quand on l'a découvert comme moi à l'adolescence dans le très pop et majestueux biopic de Sophia Coppola, on ne peut que voir sa curiosité éveillée : Evelyne Lever, l'auteure de cette pièce, n'est autre que la conseillère historique du film...


  Pas de doute, ce sera donc une approche bienveillante de la reine, un de ces tableaux qui travaillent à réhabiliter son image entachée de la réputation de dépensière frivole qui lui colla à la peau toute sa vie et encore de nombreuses années au-delà. Sur scène, c'est la comédienne Fabienne Périneau qui interprète Marie-Antoinette dans l'intimité de son boudoir. Une méridienne et un secrétaire, voilà le seul mobilier, quant à la vêture princière, elle consiste en un simple corset et un jupon couleur crème. Dans l'espace privé de cette reine fastueuse apparait alors une réalité plus sobre que la reine dorée des portraits.


  Lorsque la pièce commence, Marie-Antoinette, tout juste adolescente, vient d'arriver en France où elle est mariée au Dauphin, futur Louis XVI. C'est une jeune fille fougueuse encore enfant par bien des côté, surtout qu'elle ne sait trop quelle est sa place : celle qu'on lui donne? Celle qu'elle doit prendre? Les nombreuses missives de sa mère l'incitent à asseoir sa place de future Reine de France. Entre les courriers qu'elle lit, ceux qu'elle commente et les autres auxquels elle répond entre deux pauses alanguies sur sa banquette, cheveux en bataille et jupons en désordre, Fabienne Périneau restitue toute l'innocence de cette fillette jetée en pâture aux loups de la royauté française. Critiquée du simple fait qu'elle est étrangère, mise à l'écart des affaires du Royaume, la comédienne fait revivre la jeune fille solitaire mais passionnée prisonnière d'une cage dorée dont elle tâche de se satisfaire.


  Puis, au rythme des années, des lettres, et des réponses, l'enthousiasme innocent et pétulant des débuts cède progressivement le pas à des ambitions féminines (et parfois féministes) plus prononcées, tandis que les affaires de la France, dont on la tient toujours à distance, projettent en même temps une ombre menaçante et palpable. Jusqu'à ce que le poids de la Politique et la marche de l'Histoire s'abattent brutalement sur la désormais femme, épouse, mère de famille, et Reine. Au fil de cette évolution, l'excellente comédienne seule en scène devient plus mature, plus grave, et donne vie à un portrait de femme particulièrement charismatique et courageux.


En bref : Un spectacle intime et émouvant dans le secret de la Reine la plus célèbre de France, porté par un trio de femmes -auteure, metteuse en scène, comédienne- qui lui font honneur. Une mise en scène sobre et élégante pour une pièce passionnée et très documentée.

dimanche 18 juin 2017

First class birthday...(et ses prolongations)


 First Class Birthday
(des bougies soufflées à bord de l'Orient Express)

  Le voilà, le terrible, l'inévitable (et toujours un peu tardif) post de non-anniversaire. Pfiou : 26 bougies, ça commence à peser lourd sur le gâteau (oui, je sais, je vois déjà tous les trentenaires qui disent que 26 ans, c'est jeune, que j'ai le temps de voir venir, etc, etc... Mais il n'empêche, là, je réalise qu'il y a dix ans que je n'ai pas vu s'écouler et hier encore, je croyais n'avoir que 16 ans - Oui, on sait, ce maudit syndrome de Peter Pan est bien ancré).
  Alors comme tous les ans, pour aider à passer la pilule, je brode autours de l'événement, le pare d'une nouvelle atmosphère unique : quitte à vieillir, autant le faire avec classe. Après un anniversaire dans les jardins de la Marquise du Châtelet l'an dernier, j'ai cette année pris un billet pour l'Orient-Express!
 ... Et là, je vois d'ici votre tête, certainement la même que celle d'une amie qui s'est de suite précipitée sur les tarifs du restaurant éphémère du célèbre train, accosté en gare de l'Est pour les gourmands au porte-monnaie bien fourni. Je vous rassure, j'ai un peu triché. Mais rien qu'un peu. Petit retour sur un weekend hors du temps et des frontières...


  C'est à Paris que j'ai emporté mon fardeau de 26 bougies imminentes, retrouver mon amie Tinker Bell pour l'occasion d'un séjour bien rempli : Après une arrivée en fin d'après-midi et une soirée à deviser à la fenêtre face au cimetière de Montmartre, le lendemain a débuté avec une promenade matinale sous la pluie parisienne, à écumer les puces, brocantes, et autres cabinets de curiosités. Arrive ensuite le plus intéressant, puisque nous nous sommes offert le théâtre : Marie-Antoinette, correspondances privées, une très belle pièce d'Evelyn Lever donnée en représentation au théâtre du Lucernaire. C'est positionné au premier rang, à quelques mètres à peine de cette nouvelle incarnation de la dernière reine de France, que nous avons traversé avec elle tout une vie de correspondances... Je vous en parlerai d'ailleurs davantage prochainement, car ce spectacle très émouvant mérite bien qu'on lui consacre un article.




  Une fois le dernier rappel effectué et les rideaux refermés sur le boudoir de Marie-Antoinette, nous sommes repartis sous la bruine romantique de Paname pour un dîner à bord de l'Orient-Express. L'Orient-Express, donc. Je vous ai dit plus haut que j'avais un peu triché, car c'est en fait au Wagon Bleu, dans le 17ème arrondissement, que nous avions réservé. Ce superbe restaurant au bord des voies ferrées a la particularité d'avoir, attenant à la salle de bar, un véritable wagon-restaurant de 1925 de l'Orient-Express. Initialement réhabilité pour le cinéma dans les années soixante, ce wagon, après avoir servi de décor à de nombreux films, aurait été offert il y a de cela quelques décennies aux propriétaires du restaurant pour les remercier de leur aide conséquente dans le milieu du cinéma (ne m'en demandez pas plus, même les employés actuels sont dans le flou quant à certains points historiques, si bien que les véritables origines du restaurant sont un mystère).


  Après un apéritif servi au bar par un barman absolument in-cro-yable (j'en avais entendu du bien sur le net, mais le voir en pleine action, c'est autre chose), la cloche de quai a retenti, signe que le service au wagon était prêt. Et là... Mon Dieu, le décor, le repas, l'ambiance, tout était d'un romanesque à couper au couteau, jusqu'à la mise en abyme totale avec les bruits de la voie ferrée en contre-bas. Le wagon, aux lignes Art-Déco et à la décoration soignée jusqu'au bout, nous a vraiment projeté dans le temps, avec l'impression de vivre dans un décor d'Agatha Christie. Le tout était complété d'un service excellent, et d'une équipe très chaleureuse ; n'hésitez pas à le noter dans votre carnet d'adresses et à y aller très très vite car, comble du comble, la carte est on ne peut plus abordable! 

(nous étions installé là, dans le petit compartiment tout cosy sur la gauche =D)

 
  Après toute une soirée dans ce décor de rêve saturé d'élégance et de mystère, nous avons enchaîné la journée suivante dans une sorte de torpeur, encore possédés que nous étions par notre escapade de la veille. Dans un état de douce léthargie, nous avons arpenté les rues du Paris mystique des Lumières : de Dragons en gorgones et de gorgones en cariatides, ce fut une balade comme en narcose, peut-être aussi à cause de la météo grise mais lourde de l'orage qui approchait...



... Nous avons même croisé Diderot, qui m'a poursuivi jusqu'à Paris depuis notre département natal commun, et puis une statue qui faisait une blague aux passants depuis les fenêtres du Sénat! (Et pour ceux qui se posent la question, non, Diderot n'est pas en train de faire un selfie!)

 (cliquez pour voir les images en grand)

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  Quelques temps plus tard, de retour au Terrier, j'ai joué les prolongations avec un ...

Un-Birthday Brunch! 

  Soit : plusieurs semaines de préparations culinaires en amont (et un petit coup de main) pour servir à une douzaine d'invités un buffet cent pour cent homemade. Juste une trentaine de tartelettes créatives, deux cakes salés (l'un bacon-cheddar-asperges, l'autre feta-tomates confites), un pain de poisson, une quiche saumon asperge, un litre de mayonnaise maison, et quelques centaines de batonnets de carottes... Suivis d'une quinzaine de Panacottas confectionnées par une amie, un Devil's Food Cake (ou Délice de Satan, gâteau le plus sucré et le plus calorique de la gastronomie anglo-saxonne), un (immanquable) Cheesecake, et une douzaine de muffins à la framboise...

 (Ben oui quoi, il fallait bien qu'il y ait un lapin quelque part...)




... Et vous voulez savoir? Eh bien j'ai eu peur qu'il n'y en ai pas assez... ^^'

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  Côté cadeaux, j'ai encore une fois été bien gâté ; Tinker Bell m'a tout d'abord enseveli de babioles, bricoles et autres présents mis spécialement de côté depuis la dernière fois que nous nous étions vus : Plusieurs livres (forcément!) dont une réécriture de Peter Pan (oui, je sais : on se tait, j'ai dit!) et l'édition anglaise dédicacée du dernier Mathias Malzieu (oohh, Mathias Malzieu! Comment ça, je bave?), quelques affiches et flyers du Lucernaire, des publicités stylisées glanées de-ci de-là, ou encore un superbe tote bag des Sostrene Grene!


  J'ai également profité d'être sur Paris pour m'offrir mes propres cadeaux d'anniversaire (non mais, ça c'est une coutume à entretenir, tiens!) : Un petit tour à Marks & Spencer pour agrandir la collec' de boites vintage et de sac inutiles, un dvd du spectacle sur Dorothy Parker loupé l'an dernier au Lucernaire, et ce superbe plateau rococo aux couleurs d'Emilie du Châtelet!


  A domicile, le facteur a été mis à contribution pour m'apporter un énième colis posté par ma trop généreuse Cousinette qui, non contente de m'inonder de stickers d'Alice au Pays des Merveilles, me gâte de ce livre romancé sur la disparition d'Agatha Christie qui me faisait tellement de l’œil. 
  Mes amis et collègues ont eux aussi été bien trop généreux à l'occasion de mon un-birthday brunch puisqu'il m'ont comblé comme si je changeais de dizaine : un paquet de plusieurs kilos de thé/tisanes et grignotages, une carte cadeau pour un magasin de matériel culinaire et ce super hachoir ET presse à biscuits d'une marque bien connue, que je refusais jusqu'ici de m'offrir par manque de place...




  Bref, 26 bougies qui valaient bien la peine d'être soufflées quand même... Surtout que tout ça a correspondu avec un important événement qui se devait bien d'être fêté, mais dont je vous parlerai... dans un autre article d'ici quelques semaines! ;)


samedi 10 juin 2017

Le mystère du livre disparu, tome 2 : "A nous les trois mousquetaires" - P.Baccalario & E.Jauregui.

Los cuatro mosqueteros y medio (El cuento mas maravilloso jamas escrito #2), la Galera, 2015 - Editions Flammarion jeunesse (trad. de F.Fiore), 2017. 



  "Ne vous inquiétez pas : le sortilège a fonctionné. Nous avons détraqué des centaines de livres. Ce qui s'est passé avec Peter Pan ne se reproduira pas". Le monde des livres a de nouveau besoin d'Anna et Gabriel. Un mystérieux personnage au mauvais caractère est soudainement apparu en plein coeur du célèbre roman de cape et d'épée... Il faut le retrouver et l'expulser du livre ! L'enquête continue pour Anna et Gabriel, cette fois au secours des Trois Mousquetaires.



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  Après être entrés dans le manuscrit de Peter Pan pour rétablir l'histoire originale suite aux bouleversements survenus dans les grands classiques de la littérature, Anna et Gabriel poursuivent leur aventure. Cette fois, ils s'envolent avec leur tante Beatriz pour Paris, la ville Lumière, où la superbe et mystérieuse librairie Shakespeare & Co abrite une autre Gardienne, qui a quant à elle en charge le texte des Trois mousquetaires. Le récit de Dumas a bien changé : à la suite de l'incursion d'un nain sorti tout droit d'un roman de fantasy dans le manuscrit, tout l'histoire a pris un nouveau tournant déplaisant pour les lecteurs. Alors, une nuit de pleine lune, Anna et Gabriel plongent dans Les trois mousquetaires pour rétablir sa trame originale.



  Ahah! Je dirais même plus Ahah, car alors que le premier tome m'avait laissé sur une impression mitigée, ce second opus m'a paru beaucoup plus réussi! Est-ce parce que le décor est maintenant bien planté que les auteurs se permettent de s'attarder plus avant sur le roman classique au centre de leur intrigue? Alors que Peter Pan s'était trouvé scandaleusement survolé (oui, scandaleusement : dans mon monde, on ne peut pas simplement 'survoler' Peter Pan, non mais!), cette fois P.Baccalario et E.Jauregui s'amusent avec les Trois Mousquetaires. Le mieux dans tout ça, c'est que la sauce prend d'un bout à l'autre: même si le récit original a souffert du virus qui s'est attaqué aux grandes œuvres littéraires, l'ambiance est pleine de panache et les retournements de situation sont digne d'un classique de cape et d'épée. Complots, manigances, intrigues de cour et... romance (!) sont étonnamment bien distillés dans ce deuxième opus, qui semble témoigner d'une vive déclaration d'amour au roman de Dumas.



  Et parallèlement à cette histoire dans l'histoire réussie, la mythologie amorcée dans le premier tome continue de s'enrichir : le voyage à Paris nous fait découvrir une autre Gardienne et on en apprend un peu plus sur leur mission, tandis que le décor de la véridique librairie Shakespeare and company ajoute un peu plus à l'atmosphère générale. Me revoilà remis en jambe pour continue cette série, surtout que même le style semble plus abouti !

La véritable librairie Skakespeare & co : un lieu magique!


  En bref : Un second opus prenant et plein de panache qui sait utiliser jusqu'au bout l'atmosphère des Trois Mousquetaires pour ajouter du cachet à sa propre intrigue. Une histoire très plaisante à lire, à la plume beaucoup moins survolée que dans le tome précédent.

Avec un grand merci aux éditions flammarion.

Et pour aller plus loin...

mardi 6 juin 2017

Le mystère du livre disparu, tome 1 : "Au secours de Peter Pan" - P.Baccalario & E.Jauregui.

El libro perdido (El cuento mas maravilloso jamas escrito #1), la Galera, 2015 - Editions Flammarion jeunesse (trad. de F.Fiore), 2016.




  Anna et Gabriel sont bouleversés : la plus belle histoire jamais écrite, dont ils attendaient la sortie en librairie avec impatience, a disparu ! Pire encore, les héros et les histoires de leurs livres préférés sont tous mélangés... L'enquête commence, au cœur d'une aventure incroyable et magique, qui les mènera jusqu'au Pays imaginaire pour porter secours à Peter Pan. 




***

  Lorsqu'on m'a parlé de cet ouvrage pour la première fois, il avait tout d'enthousiasmant : une histoire de librairie, de voyage magique dans les livres, et de... Peter Pan! Alléchant. Cette série au titre français peut-être un peu trop convenu est la dernière née du très prolifique Pierdomenico Baccalario, à qui on doit le cycle très connu des Ulysse Moore sorti il y a de cela dix ans. Si j'avais beaucoup aimé cette première série, je ne pouvais que reprocher un défaut évident et unanimement admis par ses lecteurs : son style. Non, on ne peut pas dire qu'il soit mauvais mais... il est juste inexistant. Ses idées sont excellentes mais sa narration, elle, reste toujours très plate, fade, et très descriptive. J'en étais ainsi arrivé à la conclusion que P.Baccalario était ni plus ni moins qu'un bon scénariste. Néanmoins, le thème de sa nouvelle série à quatre mains incitait à s'y pencher, même si le filon est déjà bien exploité depuis quelques temps ( voyez donc Le pays des contes de C.Colfer).

 Editions originale et étrangère.

  L'histoire nous emmène à Barcelone où Anna et Gabriel, fervents lecteurs, se précipitent à la librairie "Abracadabra" de leur tante Beatriz pour la sortie officielle d'un nouveau roman phénomène : "La plus belle histoire jamais écrite", selon la critique. Mais arrivés sur place, catastrophe : le livre est entièrement vierge, jusqu'à son titre, disparu de la couverture. Et tous les exemplaire mis en vente dans le monde sont touchés! A ce premier malheur s'ajoute ensuite une foule d'anomalies dans les grandes œuvres de la littérature : un pistolet laser apparait dans Peter Pan, un astronaute surgit dans le livre de la jungle, et des pingouins débarquent dans le Seigneur des anneaux! C'est alors que Béatrice confie un grand secret à ses neveux : elle est une Gardienne, une des libraires chargées par le dieu Thot de protéger les œuvres et les récits de notre monde littéraire... aujourd'hui en grand danger. Parce que seule l'innocence de l'enfance peut réparer le grand bouleversement qui survient dans le monde des livres, Beatriz envoie Anna et Gabriel dans le manuscrit de Peter Pan en leur faisant endosser le rôle d'enfants perdus. Leur mission sera de récupérer le pistolet laser survenu dans l'histoire et de l'en sortir pour que le roman de James Barrie retrouve sa trame ordinaire...

 La librairie Abracadabra... qui existe réellement à Barcelone!

  Au-delà de la trame de l'histoire dans l'histoire, filon bien exploité que j'évoquais plus haut, nos deux auteurs parviennent à créer une mythologie originale : le dieu égyptien Thot, protecteur des récits et livres fondateurs, et son réseau de "gardiens" protecteurs de manuscrits est une idée plutôt intéressante. Les personnages sont plaisants même s'ils restent assez simples : le duo Anna/Gabriel demande à être un peu plus étoffé (gageons que ce sera le cas dans les tomes suivants), Tante Béatriz est une charmante et mystérieuse réinterprétation de la Bibliothécaire de Gudule, Léo Guttenberg, critique et enquêteur, est un personnage prometteur, et les méchants sont aussi cartoonesques que des savants fous de dessins-animés. Les plus jeunes lecteurs y trouveront leur compte avec, en plus, l'ébauche d'un questionnement intéressant sur la lutte entre livres et technologies qui viendra travailler leur esprit critique.



  Cependant, même si le style habituel de Baccalario est quelque peu sauvé par la plume supplémentaire d'un second auteur (E.Jauregui), celui-ci a du l'abandonner au dernier tiers du livre, soit au moment le plus intéressant de l'histoire : lorsque Gabriel et Anna entrent dans Peter Pan. Alors que tout était sujet à approfondir, à décrire, à raconter (les émotions de vivre son conte favori, rencontrer un personnage de fiction comme en vrai, se confronter à sa réalité moins magique que le laisse à penser le récit, revivre dans les moindre détails les passages les plus connus de l'histoire), eh bien le tout est bouclé vite fait bien fait, hâtivement résumé. On survole plus rapidement qu'avec de la poussière de fées l'histoire de James Barrie, et ne reste que la satisfaction de constater le respect de son œuvre dans quelques détails propres au romans ( que nos personnages comparent pertinemment avec la version animée édulcorée). Sinon, c'est quand même un peu dommage...



En bref : Une mythologie intéressante pour cette aventure d'histoire dans les histoires qui plaira aux plus jeunes. On regrette cependant la narration un peu trop lapidaire, surtout dans les passages où elle aurait pu être vraiment captivante.

Et pour aller plus loin...