dimanche 15 janvier 2017

Mes nuits ne sont pas les vôtres - Dominique Marny

Editions Presse de la Cité, 2005,2014 -  France Loisirs, VDB, 2005.

 Par un soir de neige, la voiture de Bernard Beaumont tombe en panne sur une route isolée. Après une marche à travers les bois, il se dirige vers une demeure éclairée. Il frappe. Pas de réponse. Il entre dans un salon à la décoration somptueuse. Désert, en apparence. Il téléphone à sa fille, Belle, afin que celle-ci lui envoie du secours.
   Par maladresse, il casse une rose dont les pétales sont ornés de diamants et les dérobe. Une voix masculine résonne, alors. Affolé, Bernard s’enfuit… Le surlendemain, le portable de Belle sonne. Un inconnu lui annonce que son père a commis une faute. Si elle veut lui éviter d’être puni, elle doit se présenter au château de la Licorne.
   Belle accepte l’étrange rendez-vous. Mais en découvrant son hôte, elle ne peut cacher son effarement. Qui est cet homme au visage brûlé ? Pourquoi vit-il en reclus ? Et pourquoi va-t-il peu à peu fasciner sa visiteuse ? Magie des mots et des atmosphères, force des émotions et des personnages, cette envoûtante et singulière histoire d’amour est un véritable enchantement.

***

  Découvert et lu pour la première fois alors que je devais avoir quinze ans ( à cette époque où l'on entre spontanément et progressivement dans la littérature adulte ), ce roman était plus que jamais de circonstance cette année pour le thème de mon Noël (je vous explique le lien un peu plus bas ;) ), en plus du souvenir que j'avais d'une histoire qui se déroule en grande partie dans des décors enneigés. Un souvenir qui plus est très positif, mais qui méritait bien d'être dépoussiéré d'une relecture pour un avis plus approfondi...


  Le résumé vous aura probablement évoqué le conte de... la Belle et la Bête, qu'on nous sert ici dans une interprétation contemporaine. Si cette simple idée peut paraître alléchante, elle le semble d'autant plus lorsqu'on apprend que l'auteure n'est autre que... la petite nièce de Jean Cocteau, le cinéaste qui réalisa le célèbre film de La Belle et la Bête de 1946 présenté en ces pages il y a quelques semaines. Plus qu'une simple anecdote, il s'agit d'un exercice de style consenti : Dominique Marny, auteure, partage sa vie d'écrivain entre ses romans originaux et les écritures ou événements relatifs à son illustre grand-oncle. Avec ce récit, elle réunit donc deux passions en un seul ouvrage, qui se veut autant hommage à l'imagination de Jean Cocteau et au conte de Mme Leprince de Beaumont qu'à son propre amour de l'écriture.



" Quelques minutes sont parfois suffisantes pour que tout se transforme ou disparaisse."

  En reprenant Mes Nuits ne sont pas les vôtres dix ans après ma première lecture, j'ai eu peur que mon excellente appréciation d'alors n'ait tenu qu'à mon jeune âge, et de me découvrir aujourd'hui déçu. Point du tout : j'ai savouré cette redécouverte du début à la fin, porté par la prose fluide et toute en simplicité de cette auteure qui ranime les ombres des fées de l'enfance. Ombres projetées avec finesse et subtilité sur une réalité très actuelle, un monde d'adulte tout ce qu'il y a de plus ordinaire:
  Nous sommes dans les années 2000. Bernard Beaumont, riche importateur de café, voit son entreprise couler et emporter avec elle tous ses capitaux. De retour d'un voyage d'affaire destiné à le sauver en vain de la ruine, sa voiture tombe en panne sur une route enneigée... le voilà obligé de traverser la forêt à la recherche d'un abris. Il découvre alors une splendide maison de maître où il parvient à s'introduire pour téléphoner à sa fille Belle, de son véritable nom Annabelle, et lui demander de l'aide. Avant de partir aussi discrètement qu'il est entré, il s'empare d'une superbe œuvre de verrerie: une rose en cristal incrustée de diamants... sans savoir que le vaste miroir sans teint du salon, dissimulant une caméra, a filmé toute la scène pour le compte du propriétaire des lieux. Ce dernier demande réparation... Le lendemain, Belle reçoit un coup de téléphone lui relatant les faits. Jean Ardant, qui habite la demeure de "La Licorne" la somme de venir le rejoindre, sans quoi il se retournera contre son père. La jeune femme, institutrice à Paris, tient trop à ce dernier pour le mettre en danger et accepte l'étrange invitation... Une fois à la Licorne, elle fait la connaissance d'un hôte défiguré qui la soumet à un étrange marché : soit elle retrouve les diamants volé par Bernard, soit elle est dans l'obligation de venir passer tous ses weekends en sa compagnie. D'abord répugnée par cet homme aux manières peu recommandables, elle accepte à son corps défendant... mais peu à peu, au fil des visites, elle apprend à connaître Jean et lui découvre un humour et une sensibilité des plus touchants. Restent cependant d'insondables secrets autour de son passé ...




"- Vous me feriez presque croire que nous jouons.
- Sans le jeu, nous désespérerions."

 Recontextualisée en plein XXIème siècle, sans magie ni chimère, la trame de fond de Mme Leprince de Beaumont s'adapte à merveille à notre modernité. Alors bien sûr, cette transposition amène à quelques éléments secondaires parfois un peu trop manichéens, à l'image des demi-sœurs de Belle que l'on redécouvre en pimbêches stéréotypées et matérialistes, férues de shopping. On se formalise cependant de ces codes très tranchés, inhérents au conte classique : s'en passer aurait risqué de casser l'effet miroir de la réécriture. De plus, au delà de ces quelques éléments, Dominique Marny cisèle ses personnages avec un réalisme très plaisant : Annabelle ne se contente pas d'être un simple calque de la Belle originale propulsée en plein XXIème siècle, mais devient une jeune femme réfléchie, à la personnalité très marquée. Elle est racontée avec sa propre histoire, son quotidien entre voisins de quartier et petites habitudes : tout un entrelacs d'éléments qui étoffe son personnage et nous la rend sympathique. Au-delà de la trame centrale, elle se trouve impliquée dans de nombreuses intrigues secondaires, très ancrées dans la réalité d'aujourd'hui et qui donnent à voir en parallèle son ouverture d'esprit tout autant qu'une force de caractère qui la rendent très attachante.
   Jean Ardant ne se contente pas non plus d'être "la Bête" de l'histoire que l'on connait. Dominique Marny en fait un véritable protagoniste à part-entière et au charisme plein de reliefs : elle lui brode un passé mystérieux et des zones d'ombres presque inquiétantes, le tout doublé d'un flegme implaccable. Aussi, ces deux tempéraments très prononcés amènent-ils à un tandem fascinant un fois réuni. Leurs dialogues ont la résonance de ceux, magnifiques, entre Josette Day et Jean Marais dans le film de Cocteau : au départ presque des affrontements, des joutes douloureuses, ils se muent peu à peu en discours et discussions plus intimistes qui traduisent une affection mutuelle grandissante.



"- Je passe de bons moments avec vous.
- Moi aussi, laissa-t-elle échapper.
Il retint un sourire.
- Dans ce cas, cessez de vous torturer. La vie est suffisamment capricieuse et cruelle pour que vous refusiez ce qu' elle vous offre."

  Je parlais plus hauts des sujets très actuels évoqués par le quotidien d'Annabelle, et c'est là une des dimensions à mon sens les plus intéressantes du livres. La jeune femme est confrontée aux nombreux faits d'actualité post 11 septembre, dont l’évocation de certains soulèvements et autres actes de terrorisme, amenant à des réflexions plus que jamais d'actualité. Institutrice, sa vie au contact des enfants d'origines et situations différentes, de même que ses collègues et relations, ce tout alimente en filigrane de l'histoire une tangibilité toujours teintée de sa petite touche de philosophie de vie. Doubler la réécriture du conte de fée de cette prise en compte d'une réalité tantôt simple, tantôt complexe, mais jamais anecdotique (car le quotidien d'Annabelle tient une forte place dans ce roman) donne une vraie richesse à ce récit, permettant en même temps au lecteur de se reconnaître dans des situations, des façon d'être ou de penser .

  Et pour ne rien gâcher, Dominique Marny n'oublie pas la poésie. Une poésie qu'on attend au tournant, dès que l'alternance entre le quotidien ordinaire de Belle et ses weekends empreints d'onirisme à la "Licorne" s'instaure. Un effet qui tient aux ambiances que l'auteure brosse à la perfection et avec une rare subtilité : dès qu'on met le pied avec l'héroïne dans la demeure de Jean Ardant, entourée de jardins et de statues, décorées de sculptures et de moulures, le temps se ralentit et on goute avec délice à la volupté, à l’Étrange et au Mystérieux.


"- Je préfère quand nous sommes seuls. Vous n'avez pas peur?
- De quoi devrais-e avoir peur? Ou de qui? Si j'avais la moindre inquiétude, je ne serais pas venue.
- On peut agir contre soi-même...
- Est-ce une mise en garde?"

  En bref : Un récit hommage au conte de La Belle et la Bête et à l’œuvre de Cocteau qui possède toute la magie de ses deux sources d'inspiration. Cette réécriture dépasse de loin le simple exercice de style : transposé à notre époque, le récit parvient à nous émouvoir autant qu'à nous enchanter, grâce à une vraie magie des atmosphères mais aussi en restituant notre société actuelle, parfois dure et complexe.

 Oui oui, je suis très en retard pour mes ultimes articles du challenge ^^'

dimanche 8 janvier 2017

Gourmandise littéraire : le "Grey Stuff"



  J'aurais voulu présenter cette recette plus tôt au cours de ce challenge de Noël, fêté ici à la façon de la Belle et la Bête. Pourquoi? Car cette recette est un élément in-con-di-tion-nel du film animé de Disney. Bien sûr, ce plat n'est pas présent dans le conte original (de même que le porridge enchanté présenté il y a quelques jours), mais je me permets quelques légères digressions à l'occasion des fêtes... et quand vous aurez goûté, croyez-moi, vous ne vous en plaindrez pas!


  Le "Grey Stuff" (littéralement : la "substance grise"), c'est cette mousse si précieusement présentée parmi les amuses-bouches que Lumière propose à Belle et qu'elle goutte avec délice du bout du doigt, au cours de la chanson "C'est la fête / Be our guest". S'il passe presque inaperçu dans la version française, c'est qu'il n'est pas nommé, au contraire de la chanson en version originale. 

"...Plat du jour et hors-d'oeuvre,
Ici, on sert à toute heure.
Cuisine au beurre, c'est la meilleure,
Et croyez-moi, je suis connaisseur !..."

"...Soup du jour, Hot hors d'oeuvres
Why, we only live to serve.
Try the grey stuff it's delicious!
Don't believe me? Ask the dishes..."


 Le château de la bête entièrement reconstruit en restaurant, à Disney World.

  Et depuis, aussi fantaisiste que cela puisse paraître, le Grey Stuff est devenu outre-Atlantique un élément indissociable du dessin-animé et assimilé à la cuisine française telle que la présente Lumière dans sa chanson. D'ailleurs, au parc Disney World, le chateau de la Bête a été entièrement reconstruit (enfin, moyennant quelques trompes-l’œil et effets d'optique pour donner l'illusion aux visiteurs d'un gigantesque palais) et abrite le restaurant "Be our guest" où, dans les décors de l'histoire, on vous sert la farandole de plats d'inspiration française que l'on peut voir dans le dessin-animé. 


Grey stuff original servi au parc
  Ainsi, passée l'allée des armures, vous pouvez prendre place dans l'Aile Ouest ou dans la grande salle de bal (toutes deux reproduites et aménagées en salle à manger) pour commander Mironton, pommes sautées, paris-brest ou crêpes flambées... et le fameux Grey Stuff! Servi telle que à même l'assiette, en verrine, ou encore en décoration de gâteaux ou de cupcakes, cette mousse fait l'objet d'une véritable fascination des fans qui, à défaut d'obtenir les secrets de fabrication des cuisines de Disney World, ont retrouvé la recette pour concocter ce prodige.



  Mais cette recette officielle que l'on trouve sur les sites américains, en plus de comporter des ingrédients presque introuvables en France (du cool whip, par exemple, une alternative vegan à la crème fouettée), est inutilement complexe et farfelue (je vous passe les détails). Cependant, l'ayant essayée pour ne pas mourir idiot, il m'est apparu que l'on pourrait obtenir le même résultat, le même goût et la même texture en faisant beaucoup plus simple. Après quelques expériences en suivant la marche à suivre pour réaliser un topping classique (tout en conservant les biscuits oréos présents dans la recette de base, car ils permettent la couleur grise finale) je peux à présent vous proposer la recette la plus facile pour réaliser votre Grey Stuff, aussi bon que l'original (oh, Mon Dieu oui..:P).




Ingrédients:

-20 cl de crème liquide à 30 pour cent de matière grasse
-250g de mascarpone
-4 c-à-s de sucre glace
-10 biscuits oréos réduits en poudre.

A vos fourneaux!

- Pour monter correctement la crème en chantilly, pensez à la placer au moins cinq heures plus tôt au réfrigérateur, et le saladier utilisé au moins trente minutes avant la préparation. Quand la crème et le saladier sont froids, monter la crème en accélérant la vitesse du batteur. Ajouter le sucre progressivement.
- Quand la crème commence à se raffermir, ajouter petit à petit le mascarpone puis la poudre d'oréos. Votre crème se teintera d'une jolie couleur gris perle mouchetée.
- Une fois la préparation épaisse et ferme, la verser dans une poche à douille ou une seringue de décoration, puis la servir telle que en assiette ou verrine, ou encore sur des biscuits ou crackers.  Idéal en accompagnement pour un café gourmand, cette texture est aussi parfaite pour décorer vos gâteaux et cupcakes. Et croyez-moi, le goût est divin...



  Et à présent...
Détendez-vous, ne pensez plus à rien, prenez place, 
Et laissez la haute gastronomie Française vous présenter :
votre dîner !
 

***

 

samedi 7 janvier 2017

La belle et la bête - un film de Jean cocteau d'après Mme Leprince de Beaumont.


La Belle et la Bête
Un film de Jean Cocteau
sorti le 29 Octobre 1946.

Avec : Jean Marais, Josette Day, Michel Auclair, Mila Parély, Nane Germon...

  Pour l'offrir à sa fille, le père de la Belle cueille, sans le savoir, une rose appartenant au jardin de la Bête, qui s'en offense. Afin de sauver son père, la Belle accepte de partir vivre au château de la Bête.

***

  Si l'on connait surtout l'adaptation animée réalisée par Disney, il y avait déjà ce film, sorti en 1946, et longtemps considéré comme une véritable référence. Même si tous ne le connaissent pas, il est resté un chef-d’œuvre incontestable du cinéma français et une inépuisable source d'inspiration poétique
  


  Pour ma part, c'est très (trop?) tôt qu'il m'a été donné l'occasion de découvrir cette merveille : j'avais 7 ans, à la veille de l'hiver 1998, lorsque la télévision annonça le décès de Jean Marais et commémora sa mémoire en diffusant plusieurs de ses films. Je connaissais déjà bien les aventures de cape et d'épée dans lesquelles il avait joué, mais c'est plein de curiosité et de fascination que je m'étais laissé happer par cette version du conte, version qui n'a cessé de m'habiter depuis et qu'il est de bon ton de redécouvrir en ces périodes de fêtes hivernales, avant la prochaine version live de Disney.


  L'histoire suit assez fidèlement - à quelques détails et éléments symboliques près - celle du conte de Mme Leprince de Beaumont, deuxième femme de lettres à lui donner corps dans sa version la plus célèbre. Aussi, l'on pourrait s'attendre à un film très simpliste et quelconque, voire très "enfantin". Bien au contraire : on a là un film fait par des adultes à destination d'adultes dont le regard et l'âme savent laisser la porte ouverte aux émerveillements de l'enfance. L'introduction au film, dans un très court texte qui évoque la tirade finale du Puck de Songe d'une nuit d'été, invite le spectateur à une parenthèse pendant laquelle il doit céder la place à la crédulité et la magie de ses jeunes années.

 De Vermeer à Cocteau...

  Le film s'ouvre sur une situation initiale que connaissent bien les familiers du conte : la vie de famille de Belle à la campagne, ses sœurs ridicules, la perte de la fortune de leur père et son départ pour la retrouver. A cet univers très ordinaire au visuel soufflé à Cocteau par les tableaux de Vermeer et les scènes domestiques de l'Art flammand succède une plongée dans l'univers de la Bête. Dès lors, le film se part de cette aura unique et quasi-mystique qui lui vaudra son triomphe : un visuel hypnotique irisé d'argent et de lumière, ciselé au détail, inspiré des gravures de Gustave Doré. Et on s'amuse d'ailleurs à exercer notre œil à la chasse aux similitudes, lorsque l'on compare les illustrations du Maitre pour les contes de Perrault aux scènes enchanteresses de Cocteau : la chambre mi-dedans mi-dehors et sa végétation de la Belle, la table du repas illuminées de diamants et pierreries, la profondeur presque effrayante des sous-bois... Le film est comme une gravure qui s'anime.

 ...et de Cocteau à Doré.

  Dans cet écrin que le noir et blanc sublime, les effets-spéciaux de théâtre et autres trucs et astuces de scénographie à l'ancienne n'ont rien perdu de leur superbe. En dépit de l'âge de ce film, ses trucages n'ont rien à envier aux images de synthèses des superproductions d'aujourd'hui. On reste sans voix, ensorcelés, devant les statues qui s'animent et les bras-candélabres sortant du mur. On sursaute presque avec effroi lorsque la Belle voyage par magie jusque chez elle, et surgit du mur comme si elle s'extirpait de ses fondations. Et la bête : ce masque saisissant vaut toutes les créations par ordinateur actuelles, qui semblent d'un coup tellement fades et peu crédibles en comparaison.



  Mais plus qu'un visuel travaillé, ce film est aussi porté par de nombreux symboles et une dimension psychanalytique étrange, aussi envoutante qu'elle est dérangeante. Peut-être d'autant plus parce qu'on peine encore à la traduire dans sa totalité : les cariatides du château, l'omniprésence des cervidés, la question de la part animale de l'homme, mais aussi le véritable visage de la monstruosité... Et le final où Avenant, l'ancien prétendant de Belle, meurt en cherchant à vandaliser le château enchanté et se transforme soudain en Bête tandis que la Bête elle-même, alors mourante, ressuscite avec le visage d'Avenant (les trois rôles étant endossés par le seul et unique Jean Marais) : quel étrange symbolique des correspondances, qui continue de m'échapper mais ne cesse de me fasciner. Entre effroi et émerveillement, ce film retient le spectateur captif de ses méandres.


  Quant au jeu des acteurs, qu'en dire? Quelle classe, quelle élégance. Josette Day rend sa Belle étonnamment crédible dans toute la gamme d'émotions qu'elle enchaîne face au monstre : effroi total, crainte puis méfiance, dégout puis fascination, pitié puis amitié. Et Jean Marais, que ce film a véritablement révélé, livre une prestation stupéfiante : le timbre de sa voix (qu'il avait volontairement modifié en se mettant à la cigarette) -  tantôt métallique et grinçante sous le masque de la Bête, tantôt chaude et enjôleuse en être humain -  et sa posture - pleine de prestance et d'élégance, princière, lorsque la bête est maîtresse d'elle-même, puis boiteuse, souffreteuse, lorsque la part animale essaie de prendre le dessus - , tout jusqu'à ses jeux de regard ou le moindre mouvement du poignet, tout cela continue de me dresser les poils des avants-bras. Il joue avec une grâce et un réalisme captivant ce monstre de conte de fées, le rend réel et magnifiquement mélancolique. 


  Même la musique ne gâche rien, comme le font souvent les bandes originales parfois datées, aiguës et stridentes. Mélodies orchestrales évoquant un ballet et chœurs au classicisme intemporel, les fonds musicaux viennent souligner avec délicatesse l'onirisme transcendant de ce chef-d’œuvre.



En bref : Effroi, magie et merveilles, un bijou aux multiples lectures dont l'élégance et la poésie touchent au Mystère avec un grand M. Inégalable.



Et pour aller plus loin...


jeudi 5 janvier 2017

Gourmandise littéraire : Pink Porridge enchanté de Belle.


  Après les repas des fêtes, rien de mieux qu'une petite diet'. Pas de privation, mais des menus sains, et ça, même dans l'univers de La Belle et la Bête, on sait faire. Alors pour continuer dans le visuel enchanteur et l'atmosphère de ce Noël, on se lance en cuisine pour réinterpréter le petit-déjeuner de nos personnages favoris.
  Rappelez-vous : dans le dessin-animé Disney magnifique inspiré du conte de Madame Leprince De Beaumont, nous assistons à une très alléchante scène de breakfast. Alors que Belle et la Bête se rapprochent, ils partagent ensemble un petit-déjeuner par un petit matin enneigé. De nombreux enfants (et grands enfants) ont salivé devant la mixture rosée, généreusement arrosée de sucre et de lait, que nos personnages dégustent avec... disons plus ou moins de facilité.


  Comme beaucoup de loisirs et curiosités dérivés de l'univers Disney se développant sur la toile, il est aujourd"hui possible de connaître les détails exacts de ce menu, il faut le reconnaître, difficilement identifiable. Et on apprend que ce n'est ni plus ni moins qu'un bol de... porridge! Un repas qu'on imagine bien moins tentant, et dont l'aspect peut rebuter le plus affamé des individus, il faut là aussi l'admettre. Alors pour transformer votre triste assiette de flocons d'avoine en petit-déjeuner enchanté, on trouve par-delà le net de nombreuses marches à suivre des plus fantaisistes. En voici une qui met l'accent sur le ton joliment pastel du porridge servis dans le long-métrage. Après la version salée du porridge, en voici donc une alternative sucrée pour embellir vos réveils!

...hum...

Ingrédients par personne:

-Quatre cuillères à soupe de flocons d'avoine,
-Une cuillère à soupe de sirop de framboise,
-20 cl de lait frais,
-Sucre en poudre,
-fruits rouges ou cranberries (facultatif).

A vos tabliers:

- Verser les flocons d'avoine dans le bol, puis le sirop de framboise.
- Sucrer plus ou moins selon les goûts, mais assez peu si l'on choisit d'ajouter des fruits ou des cranberries qui apportent déjà du sucre.
- Arroser de lait en remuant puis laisser gonfler quelques instant avant de déguster.


  Vous verrez, cela fera oublier le souvenir fade que vous aviez du porridge! Cependant, nous vous déconseillons de le "boire" à même le bol comme arrivent à le faire nos personnages... Cela semble difficile sans s'étrangler. Mieux vaut faire l'effort d'utiliser une cuillère ;)



lundi 2 janvier 2017

Peter Pan - un spectacle musical de Guy Grimbert.



  D'après J.M.Barrie, à l'affiche du 5 octobre 2016 au 7 janvier 2017, sur scène à Bobino et en tournée depuis 2004.

  Ce soir, Mr et Mme Darling vont au théâtre.
  Leurs trois enfants, Wendy, John et Michaël se retrouvent donc seuls à la maison. C’est l’occasion rêvée pour Peter Pan de leur rendre une visite inattendue ! Le garçon qui refuse de grandir les persuade alors de l’accompagner jusqu’au Pays Imaginaire.
  Le vol est féérique et, arrivés là-bas, ils vivent d'extraordinaires aventures où se mêlent les Peaux-Rouges, Lili la tigresse, les pirates et leur chef le terrible Capitaine Crochet. Dans de magnifiques costumes, quatorze artistes jouent, dansent, chantent en live, se battent et volent dans de sublimes décors. Cette énergique troupe s'en donne à cœur joie pour embarquer petits et grands dans les aventures haletantes de Peter Pan.
  Cette comédie musicale est librement inspirée du roman éponyme paru en 1904 et signée par l’écossais James M. Barrie. Rires, émerveillement et émotion garantis !

***

  Quelle meilleure façon de passer les fêtes de fin d'année que de s'offrir (encore) une comédie musicale? Après le très entrainant Oliver Twist en octobre, une amie férue de musicals savait mettre dans le mille en me proposant de les accompagner elle et ses charmantes petites tête blonde (ce spectacle étant familial, le but était de les emmener à leur première comédie musicale) voir une adaptation de... Peter Pan.

... Oh. Peter Pan...^_^

  Je n'ai pas hésité longtemps et si vous me connaissez bien, vous saurez pourquoi : j'ai une affection toute particulière pour l'histoire de J.M.Barrie et ses réinterprétations, collectionnant par ailleurs les ouvrages sur le sujet, albums, préquelles ou suites. J'avais aussi déjà entendu parler de ce spectacle, qui est à l'affiche tous les ans à Bobino depuis 2004 et qui a également fait plusieurs tournées ; je m'étais jurer d'y assister un jour, c'est maintenant chose faite!


  C'est donc plein d'entrain que nous sommes allés prendre place dans la salle et que nous avons suivi Peter et ses amis dans la nouvelle version de leurs péripéties. Comme pour chaque adaptation -quelle soit cinématographique, télévisuelle ou ici, scénique- certains choix peuvent surprendre ou laisser perplexe, en tout cas le temps qu'on se les réapproprie ou qu'on en comprenne le sens. J'ai notamment été quelque peu décontenancé par l'âge de Peter Pan, enfin de l'acteur, oubliant sur le coup qu'un enfant ne pouvait évidemment pas tenir le rôle principal. Mais revenons un peu en arrière voulez vous? Dès les premières représentations anglaises en 1904, c'était une femme qui interprétait le rôle titre, pour le besoin d'un aspect juvénile. Et il en fut ainsi jusqu'à ce que R.williams endosse les collants verts du personnage dans Hook! Ce qui est en fait très récent... Finalement, le temps de m'y faire, j'ai trouvé Thibaut Boidin, l'interprète principal de cette version, très convaincant. Il parvient à jouer un Peter assez proche de l'original (plus que la version Disney, en tout cas), tout en joie et en insouciance, même si cette interprétation scénique laisse de côté les accents moins sympathiques de sa personnalité (relisez l’œuvre originale et vous découvrirez que Peter est un enfant égoïste, arrogant... bref, un petit monstre insupportable, en vérité). Petit à petit, j'ai donc trouvé que Thibaut Boidin interprétait fort bien son Peter Pan, jusque dans ses déplacements tout en pirouettes et sautillements. 


  J'ai été surpris de l'absence de Nana, mais peut-être était-ce mieux de s'en passer que de la faire jouer par un comédien à quatre pattes portant une immonde pelure à frisette sur le dos et simulant des aboiements (ce qui passait très bien dans les mises en scènes des années 1900, mais qui serait furieusement cheap aujourd'hui ). Aussi m'en suis-je très vite formalisé, préférant porter mon attention sur les scènes de vol -très réussies! Vraiment, on ne voyait presque pas les trucages et l'effet était là-, l'humour -très présent, surtout avec les enfants perdus- et l'esthétique. J'ai beaucoup aimé les décors, en particulier la très belle chambre des enfants Darling, et surtout le magnifique galion des pirates! Ah, les pirates, parlons-en! Un Mouche très réussi, et un capitaine Crochet juste im-pe-ccable! Quel style et quelle voix! Un charisme indéniable!



  Côté scénario, j'ai beaucoup apprécié suivre l'histoire, là encore plus proche du récit original  que des versions simplifiées et aseptisées héritées de Disney. Le nombre suffisant et parfait de chansons laissait aussi la part belle aux dialogues et j' ai ainsi retrouvé avec émotion certains passages du script de Barrie, dont les plus symboliques : lorsque Peter se croit condamné sur le lagon aux sirènes par exemple, mais surtout lorsque Clochette est mourante. C'est dans un hurlement général et communicatif que tous les enfants présents dans la salle ont crié qu'ils croyaient aux fées. Et si vous avez vu le film biographique Neverland avec Johnny Depp, vous saurez pourquoi cet instant, même dans une mise en scène familiale, peut venir titiller vos glandes lacrymales et accélérer votre rythme cardiaque ;).



En bref : Un spectacle musical très agréable et pétillant, qui parvient à trouver un équilibre entre son ton familial et le respect de l’œuvre originale. Un jeu d'acteur plein d'insouciance, des décors réussis, un ton plaisant, des chansons entrainantes... Un excellent spectacle pour initier ses petites têtes blondes à l'univers de Barrie à l'occasion des fêtes!