Les sorcières d'Oz
(The witches of Oz / Dorothy and the witches of Oz)
Une mini-série écrite et réalisée par Leigh Scott d'après l'univers de L. Frank Baum.
Avec : Paulie Rojas, Christopher Lloyd, Lance Henriksen, Sean Astin, Billy Boyd, Mia Sara, Eliza Swenson...
Date de diffusion / sortie originale : juillet 2011 (mini-série) et 17 février 2012 (film)
Date de diffusion française : 31 octobre 2011 sur France 4
Date de sortie dvd française : 9 novembre 2011
Disponible sur M6+ et Prime vidéo
Alors qu'elle quitte son Kansas natal pour New York, Dorothy Gale est à présent une auteure à succès de livres pour enfant. Elle se rend compte rapidement que ses livres sont inspirés par les souvenirs refoulés de son enfance, et que les merveilles d'Oz sont bien réelles. Quand la Méchante Fée de l'Ouest apparait à Time Square, Dorothy doit trouver le courage de l'arrêter.
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Trailer de la mini-série.
Voilà très très très longtemps qu'on voulait consacrer un article à cette mini-série, dont on parlait déjà au tout début du blog à l'occasion de nos premiers articles sur Oz. OVNI télévisuel au cheap assumé, Les sorcières d'Oz a tout de la série Z oubliable, et pourtant on ne peut s'empêcher de lui trouver des qualités. Le projet, lancé en 2009, est antérieur à la série Once Upon a Time et au film Oz, un monde extraordinaire, et surfe donc bien avant ces deux productions sur la vague qui commençait progressivement à inonder Hollywood. Tout d'abord mini-série en deux épisodes réalisée avec les moyens du bord, The witches of Oz est également devenue, grâce à l'aide de plusieurs financements participatifs, un long métrage rebaptisé Dorothy and the witches of Oz, sorti au cinéma un an plus tard avec des effets spéciaux remaniés.
Le réalisateur et scénariste, Leigh Scott, n'est pas un nom très connu de l'industrie du cinéma américain, si ce n'est dans l'univers des nanars. Il a en effet principalement travaillé pour la société de cinéma The Asylum, qui distribue ses films en direct to dvd, majoritairement des mockbusters à budget réduit pompant les grosses sorties cinéma du moment. Les sorcière d'Oz relève d'une création plus personnelle que les précédents films sur lesquels il a travaillé et témoigne de son rêve d'enfant de consacrer à l'univers du Magicien d'Oz une production à l'image de ce que Spielberg avait fait de Peter Pan avec Hook : à la fois une suite et un hommage à l'oeuvre originale, qui entremêle fiction et réalité.
Trailer de la version cinéma.
L'histoire est celle de Dorothy Gale, jeune femme d'aujourd'hui vivant dans le Kansas, descendante de Lyman Frank Baum dont elle a repris les personnages pour imaginer de nouvelles aventures au pays d'Oz. Ses livres rencontrent un succès grandissant et attirent l’œil d'une agence littéraire de New York, où elle se rend en compagnie d'Allen, son meilleur ami et illustrateur attitré, afin de signer un gros contrat avec adaptation à l'écran à la clef. Sur place, tous les deux sont accueillis par Billie Westbrook, directrice de l'agence et femme d'affaire accomplie au caractère affirmé. Tout pourrait aller pour le mieux si Dorothy n'était pas assaillie de souvenirs troublants où rêve et réalité se confondent, sans compter que les événements étranges se multiplient depuis son arrivée en ville. Se pourrait-il que l'univers d'Oz soit bien réel et que tous ses habitants, cachés dans le New York du XXIeme siècle, attendent leur heure pour se révéler ?
Il faut l'admettre : c'est loin, très loin, d'être la série ou le film de la décennie. On parlait plus haut du côté très cheap de cette production, qui évoque dans ses meilleurs comme dans ses pires aspects les films amateurs qu'on peut trouver en ligne. Mais on doit aussi reconnaître que Les sorcière d'Oz est un petit plaisir coupable. Peut-être parce que le résultat, même bancal, parvient à traduire la profonde sincérité et l'âme d'enfant avec lesquels le réalisateur a investi son travail ? Possible, d'autant qu'on perçoit une vraie connaissance des romans de Lyman Frank Baum, puisque Leigh Scott puise ici dans plusieurs titres de la saga (Le magicien d'Oz, Ozma, princesse d'Oz, The road to Oz, Glinda of Oz et The magic of Oz) pour concevoir son scénario. A la façon du Peter Pan de Hook, Dorothy réside désormais dans notre réalité et a oublié son passé, celui-là se résumant à un livre pour enfant publié il y a plus de cent ans. Son séjour à New York la confronte à plusieurs personnages issus du monde d'Oz qui vivent désormais comme "en sommeil" dans le monde contemporain, à la recherche de leur vraie nature. On retrouve ainsi, avec un plaisir jubilatoire, quelques-unes des figures les plus iconiques créées par L. Frank Baum, parfois sous les oripeaux d'êtres humains tout ce qu'il y a de plus normal. Leigh Scott montre au passage sa connaissance fine de la matière littéraire originale puisque les noms de ses personnages sont toujours des références ou des clins d’œil très précis, parfois même inconnus du grand public (Allen, l'ami illustrateur de Dorothy, s'appelle Denslow, du nom du dessinateur original du Magicien d'Oz ; le lion poltron est ici un avocat nommé Bryan Jennings, clin d’œil au véritable avocat William Jennings Bryan, qui aurait inspiré le personnage du lion à L. Frank Baum).
Langwidere, Glinda, et même Tik-Tok et Jack Pumpkinhead, qu'on aperçoit au détour d'un flash-back, sont de la partie. Les souliers d'argent sont également de retour dans cette version, avec de nouveaux pouvoirs qui font de Dorothy une sorcière à part entière (claquer des talons en fait ici une arme redoutable). Outre ces personnages et éléments très identifiables, Leigh Scott multiplie les easter eggs visuels et scénaristiques : l'attention de Dorothy est retenue par une mélodie qui évoque fortement Somewhere over the rainbow ; Billie Westbrook a une obsession pour les jolies chaussures (ce qui s'expliquera par sa vraie nature une fois celle-là révélée) ; Glinda débarque à bord d'une gigantesque bulle ; la sorcière de l'Ouest, même si sa peau verdâtre rappelle le film de 1939, a, comme dans le roman original, un cache-œil et un parapluie magique... C'est à ces petits détails qu'on mesure l'attention portée par le réalisateur à cette mini-série.
Alors, certes, comme on le disait précédemment, les effets spéciaux ne sont pas du dernier cri et rappellent les images de synthèses de nos bons vieux jeux vidéos du début des années 2000. Mais l'esthétique globale est réussie. Le réalisateur met l'accent sur l'architecture et les éléments Art Déco de New York, qui évoquent ainsi les lignes de la Cité d'émeraude (l'appartement de Dorothy et sa prédominance de vert en sont un exemple évident). Il ajoute aussi quelques touches d'une fantaisie steampunk qui fonctionne étonnamment bien, notamment dans les astuces utilisées par le magicien et le design très réussi du bucheron en fer blanc. Le Jabberwocky, échappé du pays des merveilles fait penser dans toutes ses imperfections visuelles aux monstres et dragons de Jim Henson's Creature Shop, créant une étrange et pourtant satisfaisante sensation de "faustalgie". Les costumes et maquillages, malgré quelques extravagances de mauvais goût, sont tout à fait honorables pour une production à petit budget : on y retrouve ce qu'on peut voir au théâtre ou sur les scènes de comédies musicales, avec des techniques de grimage traditionnelles et un vrai souci du détail (l'apparence de la Méchante Sorcière de l'Ouest est en cela plutôt réussie).
Le casting – et c'est peut-être là que Les sorcières d'Oz surprend – ressuscite quelques anciennes têtes d'affiche qu'on n'imaginerait pas croiser dans un nanar, Christopher Lloyd (célèbre Doc de Retour vers le futur) en tête, parfait en Magicien d'Oz excentrique et malicieux. A ses côtés, Sean Astin et Billy Boyd, deux rescapés du Seigneur des Anneaux, et Mia Sara (géniale en Langwidere complètement barrée), connue pour son rôle dans Legend, film de fantasy à succès des années 80. L'interprète de Dorothy est quant à elle une petite nouvelle inconnue des écrans, Paulie Rojas, quasi sosie d'Audrey Hepburn qu'elle a d'ailleurs interprétée dans Before Breakfast, film qui imagine la rencontre entre la comédienne et sa consœur Grace Kelly. Avec son minois enfantin et son jeu qui n'est pas sans rappeler Fairuza Balk dans Return to Oz, Paulie Rojas apporte quelque chose de rafraîchissant.
En France, on ne trouve que la version mini-série des Sorcières d'Oz, et non le film avec ses effets spéciaux retravaillés. Ce dernier avait par ailleurs bénéficié de critiques presse plus élogieuses qu'on aurait pu le croire, ou tout du moins globalement positives. Une suite était même envisagée sous le titre Dorothy and the lost girls, où Dorothy rencontrait Alice (du pays des merveilles) et Wendy (de Peter Pan) – un pitch qui évoque tout à la fois les BD Lost Girls d'Alan Moore et Cheshire Crossing d'Andy Weir & Sara Andersen. Une affiche prévisionnelle (et prometteuse) avait même été conçue par l'équipe artistique de Leigh Scott, représentant Dorothy entre une Alice résolument steampunk et une Wendy aux allures de pirate. Le projet ne verra malheureusement jamais le jour.
En bref : Véritable plaisir coupable, Les sorcières d'Oz est une mini-série au cheap assumé, mais qui se réclame d'une vraie connaissance de l'univers imaginé par L. Frank Baum. On y retrouve par ailleurs (non sans surprise) quelques tête d'affiche sur le retour, dont le célèbre Christopher "Doc" Lloyd, génial en Magicien d'Oz farfelu. Quelque part entre une esthétique Art Déco et une mouvance steampunk, cette production aux idées et à l'audace honorables malgré ses défauts se laisse regarder sans déplaisir si on a su conserver son âme d'enfant.











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