mardi 2 avril 2013

Pour un tweet avec toi - Teresa Medeiros

 
 Goodnight Tweetheart, Gallery Books, 2010 - Éditions Milady, 2012.



   Auteure d'un presque Pulitzer, Abigail Donovan se débat contre l'angoisse de la page blanche. Aussi, lorsque son agent lui ouvre un compte Tweeter, elle se laisse happer par les tweets, retweets, hashtags, etc. Guidée par l'un de ses followers, "MarkBaynard" - un professeur d'université en congé sabbatique et twitteur hilarant -, Abigail retrouve l'inspiration et le goût de vivre. Mais pourquoi rester devant son écran alors que Mark parcourt le monde ?


  


  Je sens peser sur moi vos regards inquisiteurs et, alors que je tape cette chronique, j'imagine de derrière mon écran vos mines scandalisées et les idées qui traversent vos esprits: "Quoi, il a lu cette niaiserie?" - "Hannn, un roman à la Harlequin!" - "Mais qu'est-ce qui lui a pris, à lui, un garçon en plus, d'essayer un truc pareil?!". Et oui, chers lecteurs et internautes, en plus de tenter de temps à autres quelques publications du genre "bit-litt", j'ai voulu tester la comédie romantique typiquement girly revenue sur le devant de la scène ces temps derniers.

  Lorsque les éditions Milady (plutôt tournées vers la bit-litt et le roman d'horreur ou de fantasy young adult) ont annoncé leur nouvelle collection de romans romantiques, j'ai été l'un des premiers à y voir un simulacre des éditions Harlequin. Cependant, et même si certaines des parutions de la filière Milady Romance semblent s'inscrire dans cette dynamique, les résumés parfois amusants et les couvertures fraîches et modernes de quelques unes de leurs publications laissaient parfois imaginer des scénarii dans la lignée de Bridget Jones et autre Diable s'habille en Prada. En bref: le genre de littérature pas prise de tête qui permet au moins de mettre les méninges au repos! C'est dans cette optique que j'ai donc essayé ce titre au cours de cet hiver dernier, psychiquement éprouvant à bien des égards! 

Couverture de l'édition originale grand format.

  C'est sur l'excellent blog de Mya's book que j'ai entendu parler de ce titre pour la première fois et l'intrigue m'évoquait fortement l'un de mes films préférés: Vous Avez un message, avec Tom Hanks et Meg Ryan en amants du net sur la toile et concurrent professionnels dans la vie réelle. Depuis toujours friand de récits épistolaires, je décidai donc de me laisser tenter et me plongeai dans Pour un tweet avec toi avec curiosité... 
 Au final, qu'en dire ? Evidemment, ce livre là, contrairement au premier roman de l'héroïne, ne remportera ni ne frôlera le Pulitzer, mais comme je l'ai dit plus haut, c'est une lecture de pure détente que je cherchais. Et comme souvent dans ces cas là, le roman de Teresa Medereiros a eu le mérite de remplir son office, en bonne comédie qu'il est. 

Couverture de l'édition originale format numérique.

  Le personnage principal féminin est une sorte de Bridget Jones (gaine aplatisseuse de ventre comprise!) qui serait devenue auteure : la trentaine, célibataire, drôle malgré elle et plutôt maladroite. Ayant rencontrée un bref mais fulgurant succès grâce à son premier roman, elle est malheureusement retombée un peu dans l'oubli et souffre de la panne de l'écrivain alors même que son éditeur attend de pied ferme un nouveau manuscrit. Les tentatives que son agent utilise pour la remettre sur le devant de la scène amènent à des passages des plus tordants; le premier chapitre la conduit par exemple, à la suite d'un mauvais mais tordant concours de circonstances, à revêtir le costume d'un lapin héros de roman pour enfants pour une séquence de dédicaces envahie d'une détestable marmaille!
  La tentative suivante se fait plus fructueuse : Abigail se voit imposer un compte Tweeter officiel, afin de l'aider à rassembler ses lecteurs et fans sur la toile. Peu motivée par ce projet et complètement larguée en informatique, la jeune femme fait néanmoins la connaissance d'un internaute du nom de Mark Baynard. Professeur d'université en congé sabbatique à travers le monde, ce dernier entame une correspondance avec l'auteure en panne d'inspiration.

Couverture de l'édition indonésienne.

  Au fil des pays qu'il traverse, il lui refile anecdotes et astuces d'utilisation de base d'un compte tweeter, avant que, peu à peu, les choses n'aillent finalement plus loin: leurs conversations se font plus profondes et, entre les hilarantes références à la culture pop des années 90 et 2000 qui viennent rythmer leurs discussions, se piquent même par moments d'une douce amertume. L'un et l'autre se rapprochent malgré la distance, sans se l'avouer, se cachant derrière de vraies-fausses avances tantôt courtoises, tantôt coquines (surtout coquines!)... Mais aucun n'ose réellement sauter le pas et s'abandonner à une vraie histoire. Après tout, que savent-il réellement l'un de l'autre?...

Couverture de l'édition originale en format poche.

  J'ai passé un très sympathique moment au rythme de cette correspondance pétillante des temps modernes, sur fond d'un New York grouillant mais non moins charmant, à l'image de la Grosse Pomme telle que si bien mise en valeur dans Vous avez un message. Je décerne donc un bon point à cette comédie romantico-drôlatique qui ferait donc un parfait téléfilm pour un après-midi d'M6, et dont je vous recommande la lecture pour affronter toute baisse de morale passagère! 

lundi 11 mars 2013

Sublimes Créatures (Beautiful Creatures) - Un film de Richard LaGravenese


Sublimes Créatures
(Beautiful Creatures)
de Richard LaGravenese, 
Avec: Alice Englert, Alden Ehrenreich, Jeremy Irons, Viola Davies, Emma Thompson, Emmy Rossum, Eileen Atkins...

  Ethan Wate, un jeune lycéen, mène une existence ennuyeuse dans une petite ville du sud des Etats-Unis. Mais des phénomènes inexplicables se produisent, coïncidant avec l’arrivée d’une nouvelle élève : Léna Duchannes. Malgré la suspicion et l’antipathie du reste de la ville envers Léna, Ethan est intrigué par cette mystérieuse jeune fille et se rapproche d’elle. l découvre que Lena est une enchanteresse, un être doué de pouvoirs surnaturels et dont la famille cache un terrible secret.
  Malgré l’attirance qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, ils vont devoir faire face à une grande épreuve : comme tous ceux de sa famille, Lena saura à ses seize ans si elle est vouée aux forces bénéfiques de la lumière, ou à la puissance maléfique des ténèbres… 



  Adapté du sympathique roman young adult 16 Lunes (chroniqué ici-même il y a de cela quelques mois), j'avais hâte de découvrir l'adaptation cinématographique, dont le casting (notamment la présence d'Emma Thomson et Jeremy Irons) ainsi que de l'équipe à la réalistation (Richard LaGravanese en tête, connu pour le scénario du célèbre Sur la Route de Madison), laissaient entrevoir un film très prometteur, voire d'une qualité supérieur à la saga des Twilight à laquelle il était souvent comparé. La bande-annonce mettait en avant un visuel léché, travaillé, et laissait entrevoir des mouvements de caméra transcendants sur des accords musicaux gothico-rock ( vive Florence & the Machine !) envoûtants! Tout alléché par cet aperçu cinématographique de l'univers imaginé par K.Garcia et M.Stohl, j'avais même acheté le guide officiel du film, pour en apprendre plus sur la réalisation et les secrets de tournage.

  Là encore, je n'étais que plus convaincu de la réussite de cette production: le travail titanesque qu'a nécessité ce film est impressionnant. LaGravenese, soucieux de rendre l'histoire la plus crédible possible visuellement tout en lui laissant sa part de magie, a tenu à recourir à un minimum d'effets spéciaux et à retranscrire l'aspect surnaturel de l'histoire par des ambiances et des atmosphères finement travaillée plutôt qu'une avalanche d'images de synthèse. Ainsi, il a su s'encadrer de techniciens, décorateurs et stylistes renommés, souvent nominés et primés pour leur travail dans le milieu du cinéma.

  Et le résultat? Mooooon Dieuuuuuuuu!... Un carnage!
  Bon, n'exagérons rien : chacun sait que je suis bon public et je trouve toujours des points positifs à un film du moment qu'il est adapté d'un roman que j'ai apprécié. Mais tout de même, j'ai trouvé qu'il y avait eu là un beau saccage. J'admets qu'en tant que film, il est tout à fait convenable. En tant qu'adaptation, un peu moins, voire beaucoup moins : Même en gardant à l'esprit qu'un réalisateur transforme toujours le matériau d'origine pour se le réapproprier, il y a eu là tout un remaniement de l'intrigue dont je cherche encore l'intérêt.


  Les premières minutes m'ont de suite laissé un goût amer: la narration par Ethan est une catastrophe et même si on peut pour cela rejeter la faute sur le doublage français plutôt que sur le film en lui-même, reconnaissons que ça n'aide pas à relever la qualité inégale du reste. Au bout de quelques minutes, en l'espace de peu de temps, j'ai eu l'impression qu'on avait déjà trop d'informations sur l'intrigue : comme si le réalisateur et scénariste avait eu peur de ne pas avoir assez de bande pour faire son film et avait tout lâché dans un flot incontrôlé de paroles et de scènes, montées les unes sur les autres, en vitesse replay par-dessus le marché. Puis d'un coup, le rythme se fait plus lent mais les scènes sont toujours dans le désordre (on pourrait à ce moment croire que les bandes ont été mal rangées dans la bobine, ou alors que le projectionniste a bu un coup et s'est emmêlé les pinceaux du haut de sa petite guitoune). Tout ce qui faisait le suspense du roman est révélé dans la première moitié du film, lui ôtant ainsi tout effet de surprise ou tension dramatique.
  Si certains remaniements sont les bienvenus (l'idée d'ajouter à l'histoire un festival de reconstitution de la Guerre de Sécession en costume d'époque, cadre qui sert de nouveau contexte à la fin de l'histoire, est notamment un des point esthétiques et scénaristiques positif du film ; ou encore la fusion entre les personnages d'Ama la gouvernante et Marian la bibliothécaire), de trop nombreux autres sont inutiles et m'ont laissé le sentiment détestable de regarder un bon film fantastique, certe, mais en aucun cas adapté d'un roman que je me souvenais avoir lu...

  L'alchimie entre les deux personnages principaux ne se ressent pas à l'écran -mais alors pas du tout- et est reléguée ici au stade d'amourette frivole entre deux ados immatures. L'acteur qui interprète Ethan y est certainement pour beaucoup: il en fait un fanfaron à peine intéressant, à des lustres du jeune garçon sensible du roman. Heureusement, l'actrice qui interprète Lena sauve la mise et la prestation d'Alice Englert est une agréable surprise: j'ai trouvé qu'elle savait bien rendre palpable la dualité du personnage, tantôt fragile, -distante, hésitante, froide- et tantôt décidée, convaincue et pleine d'aplomb. Cette personnalité complexe est renforcée par un jeu de maquillage et de costume méticuleusement élaboré et évolutif au fil de l'histoire. Plus elle se rapproche de la date fatidique de son anniversaire, plus elle semble physiquement et psychiquement flirter avec sa part de ténèbres: ses lèvres s’obscurcissent, ses paupières se foncent et ses tenues se font plus travaillées, à la fois dans les formes et les textures. Physiquement, le choix d'Alice Englert m'a rappelé celui de Kirsten Stewart pour Twilight: loin d'entrer dans les codes de beauté actuels, elle n'en est que plus mystérieuse et dégage d'autant plus de charisme.

La charismatique Alice Englert, interprète de Lena. L'une des agréables surprise de ce film!

  Le reste du casting est également à retenir: Dès qu'il entre en scène, Jeremy Irons, par sa seule présence et avant même d'avoir ne serait-ce que parlé ou haussé un sourcil, justifie le déplacement et le prix de la place de cinéma. De sa voix ( là, pour le coup, le doublage est réussi!) à sa démarche, en passant par sa gestuelle et la façon dont il "habite" le costume, il EST Macon Ravenwood. Sombre dandy au charisme imposant et mystérieux, il lui ajoute même un petit côté cynique qui n'est pas sans rappeler la prestation de R.Dowey Jr dans le récent Sherlock Holmes! Vient ensuite la toujours excellente Emma Thomson, parfaite en dévote extrémiste à robe fleurie qui explose d'humour noir et se part d'une aura diaboliquement théâtrale en seconde partie du film.

 Jeremy Irons et Emma Thompson, parfaits comme à l'habitude!

  Viola Davies, connue pour son impressionnante prestation dans La couleur des sentiments, est parfaite en voyante/bibliothécaire gardienne des secrets de la ville et rend crédible l'aspect mystique de l'histoire: elle donne une vie, une âme palpable aux légendes locales et aux vieilles superstitions du Sud, loin des clichés habituels sur le vaudou. Emmy Rossum, quant à elle, est très crédible en cousine diabolique de Lena: sulfureuse à souhait, chacune de ses nouvelles apparitions est un clin d’œil délicieusement vintage aux actrices des vieux films américain. Elle se met ainsi en scène dans des costumes, coiffures et postures qui rappellent tantôt Marylin Monroe, tantôt Lauren Baccal, ou encore Ava Gardner. Enfin, mention spéciale à Eileen Atkins dans le rôle de la grand-mère de Lena: après l'avoir vue en respectable "mamie au service secret de Sa Majesté" dans un second rôle du film Chapeau Melon et Bottes de Cuir, elle excelle ici en matriarche des Ravenwood façon lady anglaise froide et distinguée.

Viola Davies, excellente Ama.
Emmy Rossum, très convaincante sous les multiples visage de la vénéneuse Riley.

  L'esthétique réussie aurait de quoi sauver le film mais n'est pas assez mise en avant. Alors que le guide officiel semblait insister sur cette composante comme LE point fort du long-métrage, j'ai eu l'impression qu'on ne voyait pas le tiers du travail accompli par l'équipe artistique, pourtant largement imagé et détaillé dans l'ouvrage. Reste cependant des décors somptueux dont le manoir Ravenwood en tête, demeure existant réellement et dont les rumeurs locales disent d'ailleurs qu'elle est hantée (Ah, la Nouvelle-Orléans... ). L'intérieur, reconstruit en studio, est des plus stupéfiants et, tout comme dans le livre, évolue selon l'humeur et les envies de son propriétaire. La facade de style colonial traditionnel recèle ainsi des pièces aux lignes modernes, épurées et aériennes réellement surprenantes, surtout lorsqu'elles se voient agrémentées d'arbres aux couleurs automnales apparus comme par magie! Point spécial pour la salle à manger, qui mêle statues de marbres classique, motifs gothiques et végétation grimpante, le tout sous une sublime verrière rouillée, décor au croisement des formes et des textures inspiré par le château de la Bête dans le film La Belle et la Bête de Jean Cocteau, l'une des nombreuses sources de LaGravenese pour l'esthétique de son film. A noter que cette pièce est d'ailleurs le théâtre d'une scène très réussie, tournée sans aucun effets spéciaux mais à l'aide de techniques de rotation mécanique... étourdissantes! (je n'en dis pas plus et vous laisse au moins le plaisir de savourer cette surprise!).

  Parmi les autres décors à retenir, outre les paysages naturels de la Nouvelle-Orléans, citons l'énorme travail apporté à l'architecture de la Bitbliothèque souteraine des Enchanteurs, dont les sculptures, peintures et motifs semblent renvoyer à toutes les époques et civilisations traversées par les peuplades et communautés humaines depuis la nuit des temps...

Petit aperçu des décors...

  Au final, il en reste un divertissant sympathique, voire très agréable, en tant que film fantastique : l'esthétique, le casting et l'atmosphère en font en effet une réalisation largement au-dessus du niveau de Twilight. Cependant, on ne peut pas en dire autant en tant qu'adaptation, tant les libertés prises dans le scénario le font différer du roman d'origine... espérons donc que LaGravenese saura éviter cette erreur si jamais il transpose à l'écran le reste de la saga, dont l'excellent potentiel mérite un film digne de ce nom...

dimanche 3 mars 2013

Charlie Bone et le mystère de Minuit - Jenny Nimmo

Midnight for Charlie Bone (Children of the Red King #1), Scholastic, 2002 - Minuit sonne pour Charlie Bone, M6 Éditions, 2003 - Charlie Bone et le mystère de minuit, Folio junior, 2008.

   Depuis que Charlie a le don d'entendre parler les photos, plus rien ne tourne rond. Fini la vie de garçon comme les autres. Si seulement, il avait pu garder ça pour lui, il n'aurait pas été obligé d'aller dans une école sinistre, où se passent des choses plutôt inquiétantes. Car en réalité issu d'une famille de sorciers, il doit rejoindre l'Institut Bloor, pensionnat où il perfectionnera sa magie au cours de plusieurs années d'étude. Mais de mystérieux événements animent les couloirs du collège: Que cachent ces ruines où une élève a disparu? Qui est l'affreux Manfred Bloor aux yeux noirs? Avec ses amis, Charlie a décidé de tirer cela au clair, au péril de sa vie.
Laissez-vous entraîner dans un univers fascinant avec Charlie et ses drôles de copains. Suspense et humour sont au rendez-vous. Un régal!


 «Cette nouvelle série n'a rien d'une énième copie, ouf ! (...) Charlie, c'est un petit peu le petit frère de Harry. Sauf que ce joyeux cocktail de magie et d'humour met en scène des personnages à la Roald Dahl, aussi détachés qu'attachants!»
 (Je Bouquine, août 2008).

«Une histoire audacieuse dans un futur plein d'écueil. Du suspense et de l'action» 
(Le Courrier Indépendant, juillet 2008).

 «Sans prétention, et avec humour, le premier tome de cette série anglaise, qui rappelle bien évidemment "Harry Potter", nous entraîne dans l'univers de la magie, de la sorcellerie et de l'enquête policière» 
(Inter CDI, janvier-février 2009).


  La première fois que j'ai entendu parler de ce roman remonte à sa première édition française au début des années 2000, grâce à.... Chapeau Melon et Bottes de Cuir! Quel lien me direz-vous? Comme vous le savez certainement depuis un moment, grand fan de cette série télévisée anglaise, je n'ai jamais loupé une seule de ces rediffusions depuis mes 7ans. Ainsi, un samedi de 2003, alors que l'épisode "les marchands de peur" venait de se terminer, la chaine proposa un concours comme elle avait alors l'habitude d'en faire à la fin de chaque programme, basé sur une question et des lots à gagner. Cette fois là et durant toute l'année qui s'écoula fut mis en jeu ce roman, sous sa première traduction Minuit sonne pour Charlie Bone, publié chez M6 Editions. Ah, j'entends encore le doux son de la voix off d'M6, tandis que l'écran affichait la couverture (pas très très esthétique, il faut le reconnaître) de cette première version française...
  Je n'avais aucune idée de quoi il retournait et découvris le résumé au détour d'une sortie en librairie. Le synopsis faisait fortement penser à Harry Potter - alors en plein succès auprès des jeunes, puisque le premier film venait de sortir et avait ainsi renforcé la "Pottermania" déjà bien entamée) et tout dans la présentation de l'histoire semblait insister sur les points communs entre les deux ouvrages, cherchant ainsi à surfer sur le succès du magicien à binocles. Cette impression m'avait fait reposer le livre en rayon, et je n'en avais plus entendu parler jusque l'an dernier.

Couverture de la première édition française, parue sous le titre Minuit sonne pour Charlie Bone, chez M6 Editions.

  En effet, alors que la série des Harry Potter s'était terminée quelques années plus tôt, relançant les jeunes sur le chemin de la lecture et entrainant dans sa suite une offre démesurée d’œuvres fantastiques originales ou ressorties de derrière les fagots (comprenez ici: rééditions), Gallimard avait semble-t-il racheté les droits de la série des Charlie Bone. Rééditant le tome 1 et les suivants sous de nouveaux titres et de nouvelles couvertures plus accrocheuses (ces dernières rappelant fortement les couvertures originales anglaises des Harry Potter, d'ailleurs) dans la collection Folio Junior, et ventant ses mérites à la fin des exemplaires des Chroniques des Chrestomanci ou encore de Narnia, sans oublier des HP, évidemment!

Couvertures des éditions originales britanniques grand format et poche.

  Et justement, il se trouve qu'en cela, Charlie Bone était exactement le livre dont j'avais besoin à ce moment là: les enfants du lieu de stage où j'avais monté un atelier de Veillées Lectures accessoirisées m'avaient demandé de leur dénicher des romans "dans le genre d'Harry Potter" et j'étais donc en pleine recherche d'un ouvrage réunissant des éléments similaires. Outre les œuvres antérieures à la saga des HP et qui avaient notamment inspirée J.K.Rowling ( comme l'île du Crâne ou encore Le Secret du quai 13), l'excellent guide Je cherche un livre pour un enfant - le guide des livres pour les 8/16 ans de Toni Di Mascio proposait dans son chapitre "Que lire après Harry Potter?" quelques nouveaux venus inspirés du succès du magicien à la cicatrice. En première place figurait Charlie Bone et le mystère de Minuit. Mais les enfants de mon stage ayant à l'époque voté pour l'ïle du Crâne, j'avais rangé Charlie dans mon étagère, pour ne le ressortir que cet hiver. Allez savoir pourquoi, j'ai été pris d'une "PotterMania" tardive et les neiges hivernales m'ont fait rêver de Poudlard, me donnant l'envie de remettre le nez dans une aventure similaire... C'était donc le moment ou jamais de ressortir Charlie Bone des cartons!

 
Couvertures des éditions indonésienne, espagnole, russe,
italienne, tchèque et polonaise.

  Initialement intitulée Children of the Red King (littéralement: Les enfants du Roi Rouge), la série des Charlie Bone est écrite par Jenny Nimmo, auteure britannique pour la jeunesse renommée et reconnue, et rencontre un énorme succès outre-Manche et outre-Atlantique. Peu et à peu, les aventures de ce petit sorcier ont fini par conquérir de nombreux pays et Charlie y est parfois aussi célèbre qu'Harry Potter! Au final, il n'y a guère que chez nous que le retentissement est plus discret.
  Ce premier tome nous fait donc découvrir Charlie, jeune anglais de 12 ans, orphelin de père, banal et sans histoire. Issus d'un milieu très modeste, Charlie et sa mère doivent leur survie à la "générosité" de ses aïeules du côté paternel, les sinistres tantes Yeldim qui les hébergent tous deux pour on ne sait quelle obscure raison. Très vite, la vérité éclate: descendant d'un illustre magicien connu sous le nom du Roi Rouge, chaque membre de la famille Bone se voit hériter de pouvoirs magiques et d'un don particulier qui lui vaut de bénéficier d'un enseignement spécial à l'institut Bloor. Lorsque Charlie commence à entendre les voix des personnes prises en photo rien qu'en regardant des clichés, les vieilles sorcières Yeldim prennent en main son éducation et l'envoie perfectionner ses dons au pensionnat Bloor. Là Bas, l'enfant apprend à maîtriser son pouvoir et découvre les étranges coutumes de l'école, se confronte à des professeurs douteux mais, heureusement, se fait aussi des amis dignes de confiance. Cependant, le vieux directeur de l'Institut, caché dans la plus haute tour de l'établissement, semble dissimuler quelques sombres secrets: quelques années plus tôt, une étudiante de l'école aurait mystérieusement disparu au cours du "Jeu des Ruines", sorte de tournoi annuel et rite de passage ancestral. Les rumeurs jurent que le vieillard n'y serait pas étranger... Le hasard lance Charlie et ses amis sur la piste de la jeune fille, enquête qui révèlera au héros que son père n'est peut-être pas décédé et que sa famille lui a caché bien d'autres secrets...

 L'institut Bloor?

  L'inspiration de l'univers créé par J.K.Rowling est donc évidente et les points communs sont nombreux: Charlie a une personnalité des plus banales, est issu d'un milieu difficile et d'un contexte familial complexe, l'institut Bloor a lui aussi ses "maisons d'étudiants" (caractérisées par la couleur différente de leurs capes et rattachées à des talents artistiques particuliers, tels que la musique ou le théâtre). Par moment, certains éléments font réellement penser à un simulacre de HP: le "Jeu des Ruines" rappelle le tournoi labyrinthique des trois sorciers de La coupe de feu, et la présence d'un loup-garou semble renvoyer au prisonnier d'Azkaban. Bien que destiné à un très jeune lectorat, le tout est cependant habité d'une atmosphère plus sombre que les premiers livre de Rowling, une tonalité plus mélancolique et emprunte d'un humour noir aux accents fantaisistes qui lorgne du côté des Orphelins Baudelaire mais sans en atteindre ni même en frôler la perfection narrative ; l'humour noir de Jenny Nimmo, sans pour autant tomber à plat, fait tout de même pâle figure à côté de l’inégalable plume de Lemony Snicket, il faut le reconnaître! De même, l'intrigue mêle les genres fantastique et policier de fort belle façon, mais dans une énigme qui mène à une résolution un peu trop convenue car trop rapide et sans surprise!

En bref :Il en reste cependant quelques bons éléments originaux et des questions en suspens qui donnent envie de poursuivre, par curiosité. Ce livre sympathique peut effectivement être recommandé à un jeune lecteur qui a dévoré tous les HP et cherche quelque chose à se mettre sous la dent (ou sous les yeux!). Mais attention: selon ce qu'il a lui même aimé dans l’œuvre de J.K. Rowling, il pourra totalement adhérer à l'univers de Charlie comme il pourra n'y trouver qu'un intérêt tout relatif.

Pour aller plus loin...

jeudi 7 février 2013

Quand le danger rôde (La communauté du Sud #1) - Charlaine Harris

Dead Until Dark (Sookie Stackhouse #1), Ace Books, 2001 - Éditions J'ai Lu, collection " Pour elle / Amour et mystère", 2005 - Éditions J'ai Lu, 2009 - Éditions Pygmalion, collection "Darklight", 2010 - Éditions France Loisirs, 2010.

«Moi, Sookie Stackhouse, j'ai un faible pour les vampires. Et à La Nouvelle-Orléans, ce n'est pas ça qui manque ! D'ailleurs, un soir, un gentleman amateur d'hémoglobine, Bill Compton, a débarqué dans le bar où je travaille, Chez Merlotte. Comme j'ai la faculté de lire dans les pensées, j'ai vite compris qu'il avait de gros ennuis...»
Les vampires vivent désormais parmi les humains grâce à un substitut leur permettant de se nourrir sans tuer. Mais la méfiance règne toujours à Bon Temps, petite ville de l'Amérique profonde. L'arrivée de Bill, ténébreux vampire du XIXe siècle va bouleverser la vie de la jeune serveuse télépathe, Sookie, d'autant qu'une vague de crimes s'abat sur la ville. 

Les amours de Sookie la télépathe et de Bill le vampire dans les fins fonds d’une Louisiane moite et déliquescente où rôde un serial killer… Ce roman plein de suspense est à l'origine de la série TV désormais culte "True Blood", proposée par le créateur de "Six Feet Under". 




Au  rayon "bit-lit, et si c'était bien?", je demande les romans True Blood! Qui n'a pas entendu parler de cette série désormais culte? Ce qu'on sait moins, c'est qu'elle est inspirée d'une série de livres publiée bien avant l'ère Twilight et qu'elle a connu une première existence en France chez "J'ai Lu" sous de -hum- très jolies couvertures aux couleurs rosées, estampillées de la collection "Pour elle", qui plus est additionnées d'une mise en page au style gothique. Le tout donnait alors l'impression d'un croisement entre les novélisations de la série Buffy (qui sortaient à l'époque chez "Fleuve Noir", et rencontraient un large succès) et les romans de chez "Harlequin". Ce qui est amusant, c'est que je me rappelle très bien des livres de La communauté du Sud et me souviens les avoir croisés plus d'une fois en rayon, notamment quand j'allais réclamer les aventures de la tueuse de vampire ^_^'. Si vous voulez mon avis, ces vieilles couvertures ne rendent pas justice à l'atmosphère réelle des romans et n'ont de valeurs que pour leur petit côté cheap et leur rareté, ce qui cependant suffit à en faire d'amusants articles de collection! =P

La première édition française du roman, chez "J'ai lu pour elle"...on est bien loin de l’esthétique de True Blood!

  Concernant la série télévisée, j'avoue peu la connaître, en réalité: lorsqu'elle a été diffusée pour la première fois et même lorsqu'elle faisait beaucoup parler d'elle, je m'en suis volontairement détourné de peur de tomber sur un nouveau Twilight. Puis j'ai vu deux ou trois bouts d'épisode par hasard, en zappant sur la tnt... le cadre de l'action se situant dans le Sud des Etats-Unis, il y a avait une ambiance particulière et qui, au final, me plaisait assez! Mais c'est surtout une très bonne amie, rencontrée en entrant à l'école d'éducateur spécialisé, qui m'a fait découvrir l'univers de Charlaine Harris. Grande lectrice de ses romans qu'elle dévorait en VO, elle m'a présenter les Sookie Stackhouse novels (titre original de la communauté du Sud) sous un jour nouveau et, après bien des tatillonnages et hésitations, je me suis décidé à m'y essayer le mois dernier!

Couverture de la première édition en VO... un style original et décalé des plus esthétiques!

  Ce premier tome nous entraine dans le Nord de la Louisiane, dans la bourgade reculée de Bon-Temps, où les vampires vivent désormais au grand jour et côtoient les humains comme leurs semblables (même si la communauté des vivants ne les apprécie pas énormément, il faut bien le reconnaître). Ce revirement d'ordre quasi-sociologique révolutionnaire est du à l'invention d'un sang de synthèse, qui a permis aux créature de la nuit de faire leur coming-out et d'acheter leurs bouteilles de boisson plutôt que d'aller se servir à la gorge des êtres humains. Bien malheureusement, certains préfère encore l'inégalable qualité des vrais globules rouges, si bien qu'il n'est pas rare de voir survenir deux ou trois meurtres commis par des vampires... (d'où la tolérance encore toute relative vis-à-vis de ces charmants personnages). C'est dans ce contexte des plus originaux que nous faisons connaissance de Sookie, trentenaire serveuse au dinner et bar "Chez Merlotte". Cette jeune femme pétillante et bien souvent drôle malgré elle, d'un tempérament électrique, n'en est pas moins très solitaire. En effet, on dit d'elle qu'elle est un peu siphonnée et le plus grand nombre l'évite et la croit cinglée à cause de ses réactions imprévisibles. Mais Sookie est loin d'être folle et son comportement est en réalité du à un pouvoir de télépathie qu'elle qualifie elle-même de handicap... Orpheline depuis toute petite, elle mène donc une vie des plus tranquille auprès de sa pétulante grand-mère, les journées s'enchaînant et se ressemblant toutes... jusqu'à ce que Bill, beau vampire d'environ 400 ans, vienne s'installer en ville. Étrange et décalé, il est le seul dont Sookie n'entende pas les pensées! Très vite, l'un et l'autre se rapprochent et la jeune femme tombe sous son charme. Mais parallèlement débute une série de meurtres dont Bill se voit accusé, ce qui contraint le couple atypique à mener l'enquête pour prouver son innocence...

Couvertures des éditions allemande, anglaise, et turque.

  En instaurant l'existence des vampires comme une réalité des plus banales, Charlaine Harris parvient à nous faire entrer dans son univers complètement barré sans qu'on puisse y relever la moindre fausse note. Le décor ainsi planté, elle s'amuse à y faire évoluer des personnages tantôt noirs, tantôt loufoque, laissant ainsi la part belle à l'humour et aux rebondissements cocasses sans pour autant tomber dans une farce facile. Bien au contraire, elle sait tempérer à merveille horreur et drôlerie, alterner entre un ton décalé puis gothique, servant l'ensemble d'un suspens extrêmement bien maîtrisé. Ce "roman de bit-lit' avant la bit-lit'" est donc un excellent exemple du genre "southern gothique", qui sait jouer des références du roman d'horreur classique en bombardant le lecteur de clins d’œil bien pensés (Anne Rice et son univers en tête), et en instaurant une atmosphère moite et déliquescente que j'ai adoré (la lecture de 16 Lunes ayant précédé celle-ci de quelques semaines, j'étais encore habité de cette ambiance mystique et étouffante du Sud des Etats-Unis, contexte que j'ai pris grand plaisir à retrouver ici!).

Couvertures des éditions bulgare, suédoise, et slovaque.

  Vous l'aurez compris, il s'agit donc d'un roman qui m'a beaucoup plus. Bien évidemment, nous sommes très loin du Dracula de Bram Stocker et ne venez pas y chercher le futur prétendant au prix Pullitzer, mais c'est là un excellent divertissement qui mérite le détour! Maintenant, il me tarde de découvrir avec plus d'attention la série True Blood afin de la comparer au roman d'origine! Si le cinéma trouvait matière à faire des films en adaptant des oeuvres littéraire, j'ai constaté que la télévision prenait un plis similaire depuis quelques années maintenant ; l'exercie est cependant d'autant plus intéressant qu'il doit être compliqué puisque retranscrire un nombre limité de roman en une série aux épisodes et saisons multiples doit être à la fois passionnant et extrêmement difficile! J'ai donc hâte de voir comment les scénaristes auront su jouer entre fidélité et nouvelles idées pour retranscrire La communauté du Sud en programme télévisuel... Affaire à suivre, donc ;-)

Couvertures des éditions espagnole ( hum... on y retrouve l'esprit romantico-érotique des premières éditions françaises!), polonaise, et thaïlandaise.

Et pour aller plus loin...

mercredi 6 février 2013

Café Givré - Suzanne Selfors


Coffeehouse Angel, Walker Childrens, 2009 - Editions Flammarion (collection "Tribal"), 2012.


« Vous croyez aux signes ? La foudre qui frappe une voiture dont vous sortez à l'instant, un chat noir qui traverse votre chemin... Vous voyez ce que je veux dire ? Le hasard, peut-être. Moi, je n'y ai jamais cru, à ce genre de trucs. Avant de le rencontrer, lui. » Chez Anna est un petit café où le temps s'est arrêté. Katrina y vit paisiblement avec sa grand-mère. Jusqu'au jour où la magie et la poésie s'immiscent dans sa vie : Alors qu'elle vient d'offrir un café à un sans-abri, ce dernier lui propose d'exaucer son vœu le plus cher.




 Comme vous commencez certainement à le savoir, j'apprécie de m'offrir de temps à autres ce que j'appelle une "lecture gourmande", c'est à dire un de ces romans légers et sucrés qui fait la part belle à la popote et à la cuisine, propres à faire saliver et inspirer des recettes à reproduire! L'an dernier, j'avais entendu parler de Café Givré par l'excellent blog de Mya's books et me l'étais par la suite procuré au Salon du Livre de Paris. Sa couverture et le résumé promettaient tous deux une histoire légère à l'ambiance hivernale, parfumée d'émanations de torréfaction et de pâtisserie. Parlons peu mais parlons bien, tout laisse à penser une bien jolie guimauve, mais Dieu sait que ça peut faire du bien quand on a besoin d'une "lecture détente" qui ne prenne pas la tête et qui envoie du rêve! Personnelement, je ne dis pas non et le revendique, comme pour les téléfilms de l'après-midi sur M6! :-P Peu motivé par la fin des vacances de Noël et plutôt tristounet de reprendre les cours et le stage, je me suis donc permis cette petite lecture pour coller à l'atmosphère enneigée qui régnait alors au-dehors, histoire de me réchauffer les neurones, installé dans un fauteuil au coin du feu et une tasse de cappuccino à la main.

 Couverture de l'édition originale grand-format.

  Katrina est une adolescente de 16 ans qui vit à Nordby, petit village côtier de l'Etat de Washington ancré dans ses coutumes et son atmosphère scandinaves. Orpheline depuis sa petite enfance, la jeune fille, simple et sans histoire, vit chez sa grand mère et l'aide à tenir Chez Anna, son petit café norvégien traditionnel. Mais le petit troquet parvient à peine à survivre dans cette Amérique moderne où le commerce voisin, Java Heaven, est devenu LE lieu à la mode, le carrefour où toute la jeunesse dorée et populaire se retrouve autour de cafés bios et originaux. Alors que Chez Anna est menacé de fermeture par son concurrent direct et que la situation empire de jour en jour, Katrina fait par hasard la connaissance d'une jeune sans abris endormi dans les poubelles et lui offre un café pour le réchauffer. Le garçon, prénommé Malcolm, se dit alors être un "messager", envoyé en mission par des forces supérieurs, et qu'il se doit désormais d'honorer le vœu le plus cher de Katrina pour la remercier. L'adolescente, à qui il n'est jamais rien arrivé d'extraordinaire et qui estime sa vie trop banale pour qu'un tel prodige soit possible, refuse d'y croire... mais les événements surprenants et inexpliqués s'enchaînent et bientôt, elle ne sait plus que penser. Après tout, si tout cela était vrai? Et puis de toute façon, elle ne perdrait pas grand chose à formuler un souhait... Mais alors, quel serait-il, que voudrait-elle par-dessus tout? Réussir dans la vie? Devenir populaire? Trouver l'amour? Ou encore sauver le café et ainsi venir en aide à sa grand-mère?...

 Couverture de l'édition originale en format poche.

  Que dire de cette lecture? Même avec quelques semaines de recul, j'ai encore des difficultés à me prononcer. Je dirais que je suis mitigé, en fait: il y a là d'excellentes idées, une excellente base à un pure roman de détente, et en même temps, j'ai eu le sentiment que ce potentiel n'était pas abouti. En effet, tout dans le résumé laisse envisager une intrigue sympathique, à l'image de ces téléfilms à la guimauve d'M6, comme je le disais plus haut. Mais Suzanne Selfors, jusque là habituée à écrire de la littérature enfantine, semble avoir du mal à donner du "corps" à ses personnages et -à mes yeux en tout cas- à les rendre  crédibles. Leurs personnalités est trop caricaturales et pas assez exploitées à mon goûts, alors qu'il y avait vraiment une matière de départ intéressante à développer. Le tout donne une galerie de portraits qui lorgne plutôt du côté des teen-movies et des ficitions télévisées à la petite semaine des chaînes Disney: une héroïne tout ce qu'il y a de plus banal, son meilleur ami, sa pire ennemie du lycée (hyper populaire mais potiche type, et qui plus est fille du proprio' du café voisin... so prévisible!), un personnage fantastique débarque et propose de réaliser les rêves de la jeune fille grâce à des grains de café magiques (*ahem*, mouais...); s'en suit un enchaînement de rebondissements qui frôlent par moment le ridicule (le chat qui, après avoir avalé un grain de café, devient mondialement célèbre - jusqu'au Japon - et attire les foules de touristes) et amène à un dénouement plutôt prévisible.


"Hot shots Java", à Poulsbo, coffeehouse où l'auteure à passer le plus de temps à rédiger son livre... ce lieu aurait-il inspiré le café "Java Heaven" du roman? Rien n'est moins sûr!

  MAIS, mais...car il y a un "mais"... chacun sait que je suis plutôt bon public (ou "bon lecteur" dans le cas présent) et que je trouve toujours des points positifs à une lecture. Ici, c'est l'atmosphère hivernale du roman, si semblable à celle qu'il y avait de l'autre côté de la vitre, qui m'a aidé à accroché à l'histoire et à mieux m'imprégner de son atmosphère. Même si le style littéraire n'y était pas forcément, je me suis laissé happé par l'ambiance de Nordbye et visualisais parfaitement les décors de cette petites villes côtière -extérieurs enneigés et intérieurs chaleureux - encore habité par ses coutumes nordiques. En faisant des recherches sur le site officiel de l'auteure, j'ai découvert qu'elle s'était inspirée de la vraie ville de Poulsbo, petite bourgade scandinave de l'Etat de Washington, pour créer Nordby. Les photos visibles sur le site correspondent en tout point à l'image que je m'étais faite de la petite ville de Katrina et ont quelque peu redoré l'image que j'avais du roman ^_^. Les recettes du café d'Anna, issues de la cuisine scandinave, font également partie des détails que j'ai apprécié et qui m'ont permis de profiter de ce livre pour ce qu'il est: une lecture qui a le mérite de ne pas prendre la tête et de laisser les méninges au repos! Dans un sens, ce roman aura donc remplis sa mission, preuve qu'il n'est donc pas totalement raté à défaut d'être vraiment abouti.

Poulsbo, ville scandinave qui a servi de source d'inspiration à l'auteure pour créer la bourgade de Nordby.

 Petit commerce de Poulsbo qui a servi de source d'inspiration au café Chez Anna.

  Au final, j'en retiens donc un livre qui avait un bon potentiel de base, des idées de départ intéressantes et une atmosphère sucrée prometteuse, mais dont le traitement de l'histoire aurait mérité d'être plus exploité, plus travaillé, pour en faire un roman réussi.

lundi 28 janvier 2013

L'armoire des robes oubliées - Riikka Pulkkinen

 Totta, Otava, 2010 - Éditions Albin Michel, 2012 - Éditions France Loisirs, 2012.


Alors que sa grand-mère Elsa se meurt d'un cancer foudroyant et que tous ses proches se rassemblent pour adoucir ses derniers jours, Anna découvre que, derrière le mariage apparemment heureux de ses grands-parents, se cache un drame qui a marqué à jamais tous les membres de sa famille.
Une vieille robe trouvée par hasard, et dont elle apprend qu'elle aurait appartenu à une certaine Eeva, va réveiller le passé. Cette Eeva, dont on ne lui a jamais parlé, aurait été, dans les années 60, la nourrice de sa mère. Mais Anna ne tarde pas à comprendre qu'elle a été beaucoup plus qu'une employée et que son grand-père, peintre célèbre, l'a profondément aimée...




  Voilà déjà plusieurs mois que, tout accaparé par les études, je me consacrais à des lectures jeunesse, young adult, ou purement fantastiques. En effet, une grosse part de mon temps étant occupée par le bachotage nécessaire à la rédaction des dossiers et la préparation des diverses évaluations, il me fallait de quoi m'envoyer du rêve et sortir de la plate réalité pour compenser des lectures purement scolaires (très intéressantes, certes, mais il faut l'avouer, aussi très terre-à-terre ^^'). Cependant, j'ai dernièrement eu envie d'un roman à l'intrigue plus dense, plus "nourrissante", riche et profonde. J'avais en mémoire l'excellent moment passé avec Le langage secret des fleurs et souhaitais quelque chose s'inscrivant dans la même lignée: une histoire véridique, une expérience humaine à la fois simple et complexe, mêlant habilement légèreté et profondeur. En bref, une "belle" lecture. Je me tournai donc vers L'armoire des robes oubliées, qui m'avait déjà fait de l’œil lors de sa sortie l'an dernier, et que je venais de retrouver au détour d'une virée chez France-Loisirs.

 Couverture de l'édition originale.

Et alors, verdict? Que dire de ce retour à une littérature plus "mature"? ... Ma foi, que du bien! Premier roman issu de la littérature nordique (l'auteure est finnoise et l'intégralité de l'intrigue se déroule au bord de la Baltique) à rejoindre ma bibliothèque, j'ai découvert une écriture toute en simplicité, qui aborde les secrets de famille d'une plume légère malgré la gravité du thème. Dans une maison de famille qui a vu se suivre plusieurs générations, Elsa attend patiemment la fin. Atteinte d'un cancer en phase terminale, cette psychologue de renom issue du féminisme des années 60 a décidé de mener sa mort comme elle a mené sa vie, c'est à dire comme elle l'entend. Refusant de finir ses jours en soins palliatifs, elle veut couler ses derniers instants en toute simplicité auprès de son époux Martti, peintre rendu célèbre grâce à son style abstrait inimitable. Dans cette grande maison de campagne se rassemble alors toute la famille du vieux couple, la chair et le sang qui découlent de la charismatique matriarche en fin de vie : la fille, Eleonoora, froide quadragénaire, et les deux filles de cette dernière, dont Anna qui se distingue par sa fragilité. Mais cette jeune étudiante, redécouvrant les plaisir de l'enfance au côté de sa grand-mère, met à jour bien plus que de simples souvenirs: en fouillant dans le grenier pour se prêter au jeu du déguisement avec Elsa, elle exhume d'une vieille armoire la robe d'une femme oubliée. La robe de l'Autre femme: Evéa. Celle qui fut, dans les années soixante, la maîtresse de Martti et que le couple a sacrifié. Au moment ou la délicate Anna décide de porter la tenue, elle franchit une porte, marque un pas décisif ; le lecteur découvre alors, au filigrane d'une multiplicité de voix et d'époques, l'histoire de cette femme et comment son passage a marqué la descendance d'Elsa bien au-delà du temps.

  J'ai tout d'abord été charmé par l'écriture: cette histoire est racontée en toute simplicité, avec une sobriété poétique qui lui confère à la fois qualité et fluidité. L'auteure ne cherche pas à "ensorceler" le lecteur ou le séduire par des formulations alambiquées, bien au contraire: le style a a quelque chose de limpide, brut et clair...oserais-je dire "aérien"? Cette écriture qui touche directement au cœur m'a renvoyé à l'esthétique sobre et toute en clarté propre à ces pays nordiques et à leur culture.
 
  Les personnages sont vrais: aucun n'est totalement blanc ou totalement noir et chacun est présenté avec sa part de travers et ses défauts, ce qui instaure un réalisme frappant au delà de toute conception manichéenne, et permet au lecteur de mieux s'identifier dans ces personnages et au travers des situations difficiles qu'ils traversent. Je me suis énormément attaché à Anna, douce et fragile, véritable écorchée vive dont le destin semble étrangement lié à la maîtresse de son grand-père: alors qu'on passe d'une voix à l'autre et qu'on alterne entre le présent et les années 60, on perçoit de réelles similitudes entre les deux jeunes femmes, au point de se demander si elle ne sont pas une seule et même personne ayant eu droit à deux vies! La découverte de la robe semble donner une raison de vivre à Anna: alors que la jeune fille sort d'une passe difficile (et qui reste longtemps floue, avant de s'éclaircir au fil du récit et de la vie d'Evea racontée en parallèle), le secret qui entoure la relation de son grand-père avec cette autre femme devient son but quotidien et elle se lance dans une aventure qui a tout de l'enquête policière. Pourquoi est-elle animée d'un besoin si viscéral, si profond et douloureux d'en savoir plus? A-t-elle inconsciemment ressenti, comme le lecteur, qu'un lien la rattachait intimement à cette inconnue?

Au terme de ses recherches, sa découverte la chamboule tout autant que nous et le ressort scénaristique utilisé par l'auteure, d'une nature presque métaphysique, fait dépasser à cette intrigue le stade du simple drame familiale pour aller explorer la psychogénéalogie. Cette révélation d'une logique imparable malgré son côté presque supranormal donne alors sens au cheminement d'Anna et à ses douleurs, la libérant ainsi du poids des secrets de famille et des non-dits destructeurs.

  L'auteure explore donc avec une égale qualité de nombreuses dimensions (généalogie, secrets familiaux, relations mère-filles, féminisme, art, psychologie...) qui font de ce livre un roman complet, fort et profondément marquant. Véritable succès littéraire dans tous les pays où il a été publié, l’armoire des robes oubliées a été transposé en pièce de théâtre et est en cours d'adaptation cinématographique... Je recommande donc à tous cette vraie réussite littéraire!

 Photographie de la pièce inspirée du roman.


"Personne ne peut nier son origine, ses conditions premières. Chacun doit se débrouiller avec son enfance pour mettre quelque chose d'autre à la place. Et ce n'est que comme ça que les gens s'en sortent, qu'ils accèdent au bonheur."

"A quel moment les gens de votre famille deviennent-ils un miroir douloureux à regarder ? 
 Les relations entre les gens sont comme des bois touffus.Ou bien les gens eux-mêmes sont des forêts, les sentiers s'ouvrent en eux l'un après l'autre, chemins se demeurant mutuellement inconnus, ne débouchant que par hasard sur les voies qui conduisent au bon endroit."
" Ainsi sont les artistes:ils ont le pouvoir de voir,ils expriment des vues sous une forme qui témoigne de leur portée absolue,ils rendent réel ce qui,autrement,resterait à guetter sur les seuils,aux arrêts de bus,au coin des rues,au détour d'une subordonnée."
 
"Les gens portent en eux toutes leurs personnalités passées. 
 Le cœur des jeunes gens est parfois fait de plomb.Il tire sa pesanteur d'expériences fortuites,tout et rien le rend plus dense, au point de le déchausser. Mais,aussi facilement,voilà qu'il s'allège à nouveau, oublie sa gravité."