vendredi 28 juin 2013

Hantée, tome 2 : Un mal souterrain - Maureen Johnson.

Shades of London, book 2 : The madness underneath, Harper Collins Children Books, 2013 - Editions Michel Lafon, 2013.

  Londres est hantée par les fantômes. Une brigade spéciale, les Ombres, constituée de membres ayant frôlé la mort, est chargée de les empêcher de nuire.

  Réchappée des griffes de l’Éventreur, Aurora en garde une terrible cicatrice. À peine remise de cet affrontement, la jeune fille est de nouveau appelée par les Ombres. Elle seule est capable – d’un simple toucher – d’exorciser les esprits maléfiques. Face à la nouvelle vague de meurtres qui agite la ville, l’adolescente est leur unique espoir.
  Aurora se lance alors à la poursuite de ceux qui sèment le chaos avec l’aide de son équipe et tout particulièrement de l’intrigant Stephen. Mais bientôt elle réalise qu’elle aussi est une cible. Car son don est une arme convoitée… Une arme pour laquelle on est prêt à tuer.

...Échapper aux ténèbres...

***
 
    Un an tout après avoir chroniqué Hantée, tome 1: Les ombres de la ville, on s'est précipité sur le second tome, attendu avec autant d'impatience que de curiosité. Attention à celles et ceux qui n'ont pas encore lu le premier opus, cet article pourrait contenir quelques spoilers.

    Lorsque ce second livre débute, nous retrouvons Aurora "Rory" Deveaux installée à Bristol avec ses parents. Quelques mois se sont écoulés depuis sa rencontre avec l’Éventreur, expérience au cours de laquelle elle a manqué de peu de perdre la vie. Depuis, en plus d'être en mesure de voir et communiquer avec les spectres, elle possède aussi le pouvoir de les détruire d'un simple toucher. Soumise à une psychothérapie qui l'insupporte au plus haut point, Rory est persuadée qu'elle est au mieux de sa forme malgré ces événements et souhaite plus que tout retourner à Wexford, son pensionnat de Londres. Lorsque sa psychologue suggère qu'elle réintègre l'école, la jeune fille saute sur l'occasion et reprend les cours, où elle retrouve ses amis Jazza et Jerome. Ainsi que la Brigade des Ombres, cette sombre branche des services secrets chargée de détruire les âmes égarées qui n'ont pas trouvé le repos et qui hantent la ville. Peu à peu, alors qu'elle tente de reprendre le fil d'un quotidien aussi normal que possible, Rory réalise qu'elle ne se sent pas si sereine qu'elle s'efforce de le croire. Approchée par une psychologue du nom de Jane Quaint, Rory lui confie ses secrets, mise en confiance par cette femme aussi originale qu'extravagante. Mais peu à peu, l'altruisme apparent de la thérapeute s'effrite, et ses motivations apparaissent bien plus obscures : Et si son intérêt pour Aurora n'était pas totalement désintéressé?

 
    La fin du premier tome nous avait laissé avec de nombreuses attentes et l'espoir que certains éléments seraient éclaircis, ou tout du moins approfondis. Verdict ? Maureen Johnson parvient à rebondir et à se réinventer tout en creusant le sillon du premier opus. On retrouve tout d'abord Rory avec plaisir : fidèle à elle-même, la jeune fille abreuve le lecteur comme ses interlocuteurs d'anecdotes propres à sa Louisiane natale, masquant le trauma du tome précédent derrière son humour caractéristique. Ce qui apportait de la légèreté dans Les ombres de la ville devient ici une véritable compensation, voire une stratégie d'évitement face aux questions qui lui sont posées et à une thérapie qu'elle n'investit qu'en surface – le personnage se densifie : Rory n'est plus seulement l’archétype de la nouvelle élève sympathique, elle devient un protagoniste à la psychologie de plus en plus travaillée.

Rory devant Wexford, concept-art de Cassandra Jean pour A Madness underneath.


"La normalité, ça n'existe pas (...), c'est un concept défectueux. Cela implique qu'il n'existe qu'une façon d'être fondamentale, à laquelle les gens sont censés se conformer et ça, ce n'est pas possible. L'expérience humaine est bien trop riche."
 
  Question intrigue, on craignait un peu un calque du premier tome (une série de meurtres étranges, une enquête surnaturelle, une confrontation finale, etc.) dont la seule nouveauté aurait été le pouvoir inattendu de Rory à exterminer les spectres d'un seul contact physique. Si la scène d'introduction s'ouvre bel et bien sur un crime perpétré par une force invisible, il s'agit surtout d'un prétexte scénaristique pour amener nos personnages à interroger bien plus qu'une série d'incidents étranges. Plus ténu, Un mal souterrain entraine Rory dans une aventure complexe où, de par son don, elle devient la cible de nombreuses convoitises. Convoitises des services secrets, qui voient en elle une arme fort utile, et convoitises aussi plus obscures, aux desseins encore indéterminés. Manipulations, secte, Histoire, mythologie antique... autant d'éléments qui ponctuent et rythment ce roman de multiples rebondissements. Maureen Johnson élargit petit à petit la mythologie qu'elle a instaurée et laisse entendre au lecteur des enjeux qu'il n'aurait pas suspectés dans le tome 1. Le personnage de Jane Quaint, thérapeute ambivalente aux ambitions douteuses, est l'un des éléments qui apportent tout le sel de ce deuxième opus : extravagante et fascinante, elle présente un potentiel qu'il nous tarde de voir se développer.
 
 
 
    La fin de Un mal souterrain joue parfaitement la carte du cliffhanger : entre une romance naissante (mais qu'on espérait bien voir apparaître depuis un moment) et un événement particulièrement tragique, l'autrice est désormais certaine de nous retenir prisonniers. On cherche, en vain, une page supplémentaire, quelques lignes encore qui nous donneraient un indice... Il faudra pour cela nous armer de patience jusqu'au tome 3, Le cabinet des ténèbres.


En bref : Un deuxième tome qui approfondit les thématiques du premier opus sans jamais faire dans la redite. Plus psychologique, plus intime et plus ténu, Un mal souterrain nous promène dans un Londres brumeux et hanté aux côtés de personnages de plus en plus denses. Maureen Johnson maîtrise d'un bout à l'autre les ressorts dramatiques de son intrigue et laisse le lecteur sur un final tragique en point d'interrogation. Inutile de préciser qu'on attend le prochain tome avec impatience.



Et pour aller plus loin...

jeudi 27 juin 2013

Bal de Givre à New-York - Fabrice Colin

Éditions Albin Michel (Collection "Wiz"), 2011 - Éditions Le livre de poche, 2012.

  Anna Claramond ne se souvient plus de rien. Seul son nom lui est familier. La ville autour d’elle est blanche, belle, irréelle. Presque malgré elle, la jeune fille accepte les assiduités du beau Wynter, l’héritier d’une puissante dynastie. Bal de rêve et cadeaux somptueux se succèdent avec lui mais Anna sent que quelque chose ne va pas. Qu’elle est en danger. De plus, des indices et des messages sont semés à son attention par l’insaisissable Masque, un fugitif recherché. Qui est son ennemi, qui est son ami ? Anna sait qu’elle doit se souvenir. Mais que lui réservera sa mémoire une fois retrouvée ? 




  Voilà plus d'un an maintenant que j'ai lu ce roman, sans trouver le temps d'en publier une chronique sur le blog... Heureusement, j'avais alors pris le temps de noter toutes mes impressions et mon appréciation globale de ce livre pour les publier ici-même dès que l'occasion se présenterait! Le récent commentaire d'une internaute à propos des livres de Fabrice Colin ( Jill, si tu m'entends...;-)!) m'a alors rappelé que je m'étais promis de vous parler de ce roman agréablement surprenant à plus d'un titre.

  Bien avant de l'acheter, j'avais repéré cet ouvrage en librairie mais sans pour autant remarquer qui en était l'auteur. Je me disais d'ailleurs, face à l'apparence très "Princesse des temps modernes" de la couverture, qu'il devait s'agir d'un livre pour la jeunesse sûrement insipide et sirupeux à souhait...et je mérite des baffes pour ces mauvaises pensées! Apprenant que l'écrivain n'était autre que l'excellent et talentueux Fabrice Colin (si, si, celui de La malédiction d'Old Haven, un grand coup de coeur de ce blog), j'ai vite fait demi-tour et mis la main au porte-monnaie sans hésitation aucune! A noter d'ailleurs que les critiques littéraires d'RTL avait encensé l'ouvrage en question, indicateur supplémentaire d'un nouvel écrit de qualité comme sait en faire le Sieur Colin!

 New-York sous la neige... cadre confiné et mystérieux qui donne tout son corps au roman.

  Le premier tiers de la lecture m'a un peu surpris: on évolue dans un New-York hivernal qui semble bien différent de celui que l'on connait, même si l'on ne parvient pas à dire en quoi exactement... au fil des descriptions de la ville semblent poindre des détails étranges, presques anodins mais qui éveillent la curiosité et nous interrogent quand au réel cadre spatio-temporel de l'histoire. New-York nous apparaît comme auréolée de givre, dominée de tours cristallines et autres constructions vertigineuses post-modernes de verre et de métal. Anna Claramond, l'héroïne, se trouve suite à un accident, embarquée dans un conte de fée à la Cendrillon qui la dépasse totalement, avec prince charmant et vie de château à la clef. Mais ce retournement de situation dans son quotidien bien rangé, ajouté à sa mémoire défaillante en raison de l'accident en question, font naitre en elle de nombreux doutes. L'avalanche de scènes romantiques, cadeaux somptueux et bals féériques pourrait être lassante et laisser cette impression "insipide et sirupeuse" que j'évoquais et craignais initialement, mais c'est sans compter sur le talent de Fabrice Colin!

 Le New-York bleu glacé d'Anna...

  Petit à petit et avec la plume toujours si puissante qui le caractérise, l'auteur vient nous titiller d’éléments étranges et autres détails de plus en plus inquiétants qui rehaussent l'intrigue et lui confèrent une réelle qualité. Car apparaissent alors un majordome manchot mais télékinesiste, un kidnappeur qui signe ses forfaits de sonnets de Shakespeare, et des songes qui se matérialisent en chauve-souris si on se laisse aller à rêver! Surprenant et réussi, ce livre m'a captivé d'un bout à l'autre et je me suis laissé emporté avec plaisir dans cette histoire, dont les dénouement inattendu donne tout son sens aux éléments étranges de l'intrigue.

  Dans un tout autre registre que ce qu'il a pu offrir précédemment à ses lecteurs, Fabrice Colin a encore une fois frappé très fort! Un très bon roman que je recommande à tous ceux qui aiment se laisser surprendre par une lecture!



mardi 25 juin 2013

La jeune fille au miroir vert - Elizabeth McGregor

The Girl in the green glass mirror, Bantam, 2004 - Éditions J.C.Lattes, 2008.

  Experte en art, Catherine voit sa vie basculer quand son mari si discret la quitte brutalement, sans explication. Sa rencontre avec John, un architecte solitaire retiré du monde qui souhaite se débarrasser d'une partie de ses tableaux, va bouleverser son existence. Tous deux partagent la même fascination pour l'insolite peintre victorien Richard Dadd, qui passa sa vie dans un asile où il peignit ses plus belles toiles. Alors qu'ils tombent profondément amoureux l'un de l'autre, John montre à Catherine plusieurs œuvres de Dadd dont il a hérité avec sa sœur Helen. Il est temps pour lui de se délivrer d'un lourd secret de famille... 

  Une magnifique histoire sur la transmission des sentiments, où le récit se partage entre l'intrigue contemporaine et la vie mystérieuse du peintre disparu à l'époque victorienne. Un roman poignant sur l'emprise que l'art peut exercer sur nos vies.



  Pour continuer dans les "énigmes artistiques" après vous avoir parlé de l'Ensorceleuse d'Elizabeth Hand, voici La jeune fille au miroir vert, qui me faisait de l'oeil depuis un moment et que je me suis finalement décidé à commander en occasion sur le net il y a peu. Tout comme pour l'Ensorceleuse, il est ici question d'art préraphaélite puisque le peintre mis à l'honneur dans l'intrigue n'est autre que Richard Dadd, représentant renommé de ce mouvement pictural, célèbre pour ces toiles de créatures féériques et représentent du "Petit Peuple".

 Couvertures des éditions grand format et poche originales.


  Si le synopsis avait tout d'alléchant, j'avoue cependant être légèrement déçu. L'histoire se concentre autour de Catherine, jeune femme fraîchement séparée de son époux, ce dernier l'ayant soudainement quitté pour une raison qu'elle ignore et qui la laisse profondément dubitative. Le roman suit surtout la reconstruction de cette femme qui, face à cet événement, fait un retour sur elle-même et sur ses expériences familiales douloureuses passées tout en cherchant à affronter l'avenir. On découvre ainsi comment elle en est venue à s'intéresser au monde des arts pour en faire son métier, ainsi que sa fascination pour Richard Dadd, auquel elle a consacrer un livre. Alors qu'elle traverse ce tournant de sa vie de femme, elle rencontre John, architecte veuf encore hanté par le souvenir de sa défunte épouse et le mal-être d'une sœur cadette suicidaire fichtrement étrange. Alors que John et Catherine se découvrent la même passion pour l'oeuvre de Dadd, ils tombent peu à peu profondément amoureux l'un de l'autre et leur quotidien semble habité, traversé par l'oeuvre de l'artiste. Mais bientôt, Claire, la soeur cadette de John, survient dans leur quotidien en amenant avec elle son lot de troubles... fragile et manipulatrice à la fois, elle fait rapidement comprendre à Catherine que sa famille n'est pas sans lien avec Richard Dadd et qu'un secret depuis longtemps gardé la relie au peintre...


 The fairy feller's master stroke et The child's problem, deux œuvres de Dadd au centre de cette intrigue.

  Comme vous le ressentez probablement vous-même à la lecture de ce synopsis, on ne peut s'empêcher de conjecturer quant à ce que nous réserve ce roman... attendant, langue pendante, LA révélation, LE tournant romanesque, LE retournement de situation... Bref, on s'imagine, tout comme pour l'Ensorceleuse ou Les voleurs de Cygne, un récit captivant mêlant Histoire de l'art, thriller psychologique et énigme picturale... mais non. Le style -néanmoins excellent, il faut le reconnaître- est davantage lyrique et le monde de l'art sert plutôt de toile de fond à la mise en scène et en mots des sentiments amoureux et de l'attachement de deux êtres l'un pour l'autre. Par moment, j'ai eu peur de sombrer dans un récit similaire à Ainsi puis-je mourir et à la déception qu'il avait suscité face à mes attentes de lecteur. Heureusement, les chapitres rétrospectifs consacrés au quotidien de Richard Dadd enfermé à l'asile de Bedlam ajoutent une dimension intéressante, de même que le "mystère artistique" révélé à la fin et ce même s'il n'était pas à la hauteur de mes espérances. Reste cependant l'aura secrète et obsédante du préraphaélisme, qui suffit à elle seule à donner de l'épaisseur à l'histoire et se complète de fort belle manière tout de même à la plume de qualité d'Elizabeth McGregor.

Photographie de Richard Dadd.

vendredi 21 juin 2013

L'ensorceleuse - Elizabeth Hand


Mortal Love : a novel, William Morrow, 2004 - Éditions Denoël, 2007 - Éditions folio SF, 2009.

  Venu à Londres dans l'espoir de terminer son livre sur le mythe de Tristan et Iseult, le journaliste américain Daniel Rowlands s'est installé chez son ami Nick, une rock star avec laquelle il a fait les quatre cents coups au temps du Swinging London. Lors d'un dîner, Daniel rencontre une ancienne maîtresse de Nick, la mystérieuse Larkin Meade, une femme aux pouvoirs de séduction incroyables qui semble connaître sur le  bout des doigts les préraphaélites et le romantisme anglais. Alors que Daniel s'enflamme immédiatement pour cette compagne idéale, Nick le met en garde : le passé de Larkin recèle de lourds secrets... 

  Thriller gothique et sensuel, L'ensorceleuse croise sur plusieurs décennies les destins d'artistes maudits et de leur muse. A travers des personnages imaginaires ou des figures connues comme le peintre Rossetti et le poète Swinburne, Elizabeth Hand reprend à son compte le thème fascinant de l'amour et du désir éternel pour mieux questionner les affres de la création. 


  Bien que je ne sois pas fervent lecteur de science-fiction et, par là même, jamais très attiré par les éditions aux couvertures gris métallique des collections SF, L'ensorceleuse avait retenu mon attention. Pourquoi? Question stupide, me direz-vous, quand on reconnait sous un titre aussi alléchant une reproduction de Beata Beatrix, tableau issu du mouvement Préraphaélite dont je suis un admirateur sans borne! Ma curiosité ainsi titillée, j'avais fait quelques recherche sur le net et appris que Mortal Love (titre original et autrement plus approprié lorsqu'on a lu le roman) relevait plutôt de la fantasy gothique typiquement anglaise plutôt que de la science-fiction (ouf, pas de petits hommes verts à l'horizon, donc!) et avait été couronné de multiples prix et reconnaissances littéraires! Le Préraphaélisme étant au centre de l'intrigue et constituant en cela LA cerise sur le gâteau, je ne pouvais résister à l'appel de ce roman, à classer dans ce que j'aime surnommer les "énigmes artistiques".

Couverture originale...Autrement plus attrayante que l'édition française!

  Le récit débute dans le Londres contemporain, où le journaliste américain Daniel Rowland vient s'offrir une année sabbatique pour se consacrer à un rêve qui le démange depuis longtemps: écrire un récit le plus exhaustif possible du mythe de Tristan et Iseult, en se basant pour cela sur toutes les versions existantes ou les œuvres et documents disponibles sur le sujet en terres britanniques. Il est accueilli chez son ami Nick, rock-star un peu déclinante du Swinging London, qui lui présente la sublime et étrange Larkin Mead. Cette jeune femme à la chevelure de feu et au regard d'émeraude, à la fois fragile et vénéneuse, suscite immédiatement la fascination et la passion de Daniel. Spécialiste ès légendes médiévales et mythes anglo-saxon, Larkin se fait un devoir de guider le journaliste dans ses recherches, lui faisant découvrir l'envers du décor de Londres et ses lieux secrets, où sont cachés manuscrits inestimables et tableaux préraphaélites légendaires. D'où la jeune femme tient-elle ces reliques? Comment en connait-elle autant sur l'univers des préraphaélites et leurs travaux? Quels sombres secrets dissimule-t-elle? Tour à tour effrayante et attirante, le pouvoir de séduction qu'elle semble exercer malgré elle sur Daniel le possède totalement, au point que très vite, il sombre dans une folie inexplicable et en ressente même des souffrances physiques au-delà de tout entendement...

Tristan et Iseult partageant le philtre d'amour, par J.Waterhouse.

  Si le début m'a été difficile à digérer (j'ai bien failli céder face à la lourdeur apparente du style, et abandonner trois fois avant d'avoir fini les cent premières pages...), je me suis laissé convaincre petit à petit puis, tout comme le personnage principal, totalement absorber par l'intrigue certes complexe mais hautement captivante. Si le roman débute avec l'histoire de Daniel dans l'Angleterre actuelle, le récit est entrecroisé du destin de plusieurs personnages d'autres époques, développés en parallèle. On suit ainsi le quotidien de Val et son frère Simon, qui, environ trente ans plus tôt, découvrent une série d’œuvres préraphaélites dans leur appartement ; Et le récit de Radstock, jeune peintre américain fraichement débarqué dans le Londres du XIXème siècle, où il rencontre l'étrange Professeur Learmont, psychiatre spécialisé dans le traitement des artistes devenus déments.

 Dante Gabriel Rossetti, autoportrait.

  Peu à peu et comme souvent dans les romans à récits multiples, on avance à tâtons avant de repérer ici ou là d'infimes points communs, puis de voir se relier avec une logique imparable et fascinante les différents faits et protagonistes pourtant aux antipodes les uns des autres au commencement. On se laisse alors happer dans une lecture électrique et frénétique jubilatoire, au point de ne plus pouvoir décrocher ne serait-ce qu'un seul œil du livre! Mais revenons au genre du roman en question: oublier la collection "SF" dans laquelle les éditions folio ont classé l'ensorceleuse, c'est bien un roman fantastique, disons de fantasy gothique avec tout ce que cela sous-entend. Mais si le récit nous confronte effectivement à des éléments supra-normaux, il n'en est pas moins basé sur la réelle histoire du Préraphaélisme et fait intervenir de nombreuses figures véridiques de ce mouvement artistiques (D.RG.Rossetti, E.B.Jones...). Témoignant de réelles connaissances à ce sujet et faisant preuve, par-dessus le marché, d'une écriture magnifique,  Elizabeth Hand propose avec l'Ensorceleuse un récit de qualité indéniable et transcendant, qui m'a presque évoquer un équivalent fantastique au sublime Possession d'A.S.Byatt. En entrelaçant des éléments véridiques à une interprétation fantastique (mais très bien pensée!) du concept de la Muse, Elizabeth Hand nous transporte dans une intrigue hypnotique aux relents capiteux, posant la question des origines créatrices d'une œuvre d'art. Comment un peintre en vient à la réalisation d'un chef-d'oeuvre? Mais, surtout, à quel prix?... Elle dresse alors un interessant parallèle entre la prédisposition pour les Arts et la fragilité mentale, tous deux marqués de l'hypersensibilité intrinsèque aux artistes et à leur autre forme d'appréhension du monde. Sorte de don de double vue que l'ont s'acharnerait à appeler folie.

 Quelques uns des superbes portraits de Rossetti...et toujours cette femme aux cheveux de feu... Peut-être l'envoutante Larkin Mead?

  Artistes créateur, création destructrice, Inspiration divine, Muse mortelle... autant de concepts que la plume d'Elizabeth Hand mêle avec une virtuosité et un talent sidérants. L'ensemble est envoutant, ensorcelant, parfois dérangeant mais toujours captivant. L'ensorceleuse est une oeuvre magnifique et surprenante, hallucinatoire à la façon de l'opium (on croirait presque voir les volutes de fumée s'échapper des pages, si, si!), d'un verre d’absinthe, ou d'une lanterne qui attire les papillons de nuits jusqu'à les consumer. On veut se perdre dans cette histoire, s'y plonger comme dans la gueule du loup, s'y laisser dévorer avec frénésie. A la façon de Daniel pour Larkin, on s'en délecterait presque avec morbidité...

Bref, une merveille, un chef-d’œuvre qui mérite d'être classé au rayon "Coup de coeur et théière d'or"!

mardi 18 juin 2013

Colorado Kid - Stephen King

The Colorado Kid, Turtulback Books, 2005 - Éditions J'ai lu, 2006.

Pour deux vieux busards du journalisme tels que Dave Bowie et Vince Teague, la présence dans leur petit hebdomadaire local de la ravissante Stephanie McCann est un bain de jouvence. Et comment donner plus sûrement à l'exquise stagiaire l'envie de rester, si ce n'est en lui révélant l'insoluble énigme qui les tenaille et qu'ils gardent jalousement depuis vingt-cinq ans ? Cet homme retrouvé sur une plage, mort dans des circonstances insolites et inexplicables, livrera-t-il son secret à la jeune fille happée par cette histoire ?

Universellement reconnu comme le grand maître de l'épouvante (Shining, Ça), de la S-F et de la fantasy (La Tour Sombre), il sait aussi se faire le critique virulent de la société libérale américaine (Marche ou crève) ou relever le défi du feuilleton (La ligne verte). Renouant avec la grande tradition du mystère policier, il rend ici un vibrant hommage à Raymond Chandler et à Agatha Christie.



  Ce livre représente une grande première pour moi puisqu'il marque mon entrée dans l'univers de de Stephen King, que je n'avais jamais lu jusqu'ici. En effet, j'avais de nombreux aprioris sur cet auteur, dus au peu que je connaissais de sa bibliographie plutôt "horrifique" et aux nombreuses adaptations télévisées et cinématographiques qui en ont été faites. Cependant, j'avais adoré le film La ligne verte et avais ainsi revu mon opinion de Stephen King en apprenant qu'il s'agissait à l'origine de l'un de ses romans... peut-être m'étais-je trompé à son sujet? Si d'autres points et découvertes me faisaient peu à peu envisager cette éventualité, je n'avais jamais eu l'occasion de réellement le lire jusqu'à Colorado Kid.

  Je me souviens avoir vu ce livre au détour du rayon bouquins d'une grande surface, lors de sa sortie en 2006 : déjà alléché par les atmosphères vintage, javais été particulièrement attiré par le style rétro de la couverture, mais sans pour autant aller au delà. Et puis, tout comme pour les romans de Tanya Huff avec la série télévisée Blood Ties, c'est une fois de plus une adaptation télévisuelle qui m'a incité à découvrir Colorado Kid. L'an dernier, je suis en effet tombé par hasard sur deux ou trois passages de la série Les mystères de Haven, qui avait attisée ma curiosité... quelques recherches m'avaient alors appris qu'il s'agissait d'une transposition (certes libre, mais transposition quand même) de ce court récit de Stephen King. Les récentes rediffusion sur la TNT m'ont alors rappelé que je m'étais promis d'y jeter un oeil à l'occasion, et je me suis donc lancé dans la lecture de Colorado Kid la semaine dernière.


Photo promotionnelle des Mystères de Haven, saison 1.

  Bien que l'histoire se passe de nos jour, elle est rédigée dans un style très classique, volontairement rétro et évocateur de l'âge d'or des romans noirs et des serials américains. Cela explique l'orientation choisir pour le visuel de l'édition française, mais surtout pour le style graphique de la couverture originale, référence évidente aux vieux romans policiers à sensations des années 40 et 50. Ainsi, à la façon d'une nouvelle "à l'ancienne", on a là une histoire dans une autre histoire: en tant que lecteur, nous sommes placés dans la même position que la jeune Stephanie, à écouter avec attention le sombre fait-divers relaté par le duo de journalistes plein de gouaille et de fantaisie. Tout comme elle, nous sommes amenés à rebondir sur les pistes éventuelles et les indices, à élaborer des hypothèses, voire chercher à dresser une liste de suspects... Cette dimension, renforcée par l'atmosphère secrète de l'île du Maine où se déroule l'intrigue, plonge le lecteur dans une ambiance à la fois tendue et ... délectable! Je ne pouvais résister, à la lecture de Colorado Kid, de m'immerger avec régal dans ces paysages côtiers baignés d'une lumière sourde et étouffée ; Cadre envoûtant et saisissant.

Couverture de l'édition originale.

  Et pourtant, la chute a de quoi faire enrager... mais la lecture de la poste-face, rédigée par Stephen King lui-même, vient éclairer un tel choix et permet de nous questionner, au-delà du mystère évoqué dans l'intrigue, sur le principe même de ce concept de "mystère" et en quoi il suscite la fascination des hommes. Transformant alors cette nouvelle en vraie réflexion philosophique qui tient autant du récit initiatique, cette dimension de l'histoire fait de Colorado Kid un ouvrage passionnant de bout en bout et un tour de force littéraire. Une curiosité à découvrir!

  Maintenant, j'avoue avoir du mal à imaginer comment des scénaristes peuvent partir d'une telle intrigue pour pondre une série à multi-épisodes !... qui en est aujourd'hui à sa troisième saison, qui plus est! J'ai donc hâte de remettre le nez dans les mystères de Haven (Eh bien... ça m'en fait des séries à regarder cet été!) pour découvrir de quelle manière les éléments de Colorado Kid ont été refondus pour le petit-écran...

Générique de la série.

Piste sanglante (Les aventures de Vicki Nelson #2) - Tanya Huff


Blood Trail ( Victoria Nelson #2), DAW, 1992 - Éditions J'ai lu, collection "Pour elle/Mondes mystérieux", 2007 - Éditions J'ai lu, 2011.

Ex-flic, Vicki Nelson a dû quitter la police de Toronto parce qu'elle perd la vue. Devenue détective privé, elle semble vouée aux enquêtes peu banales. Cette fois, c'est son ami Henry Fitzroy - bâtard de Henry VIII, ancien duc de Richmond et accessoirement vampire - qui lui demande d'aider ses amis, Rose Heerkens et son frère jumeau, membres d'une famille de loups-garous pacifiques. En effet, quelqu'un a découvert leur nature secrète et s'acharne à les abattre, avec des balles en argent. Bien sûr, pas question d'aller voir la police. Vicki est donc leur seul recours. 




  Après avoir lu le premier tome des aventures de Vicki Nelson, romans à l'origine de la série Blood Ties, j'ai décidé de poursuivre avec le second opus. Si j'avais apprécié Le prix du sang, j'avais regretté que l'atmosphère à la fois prenante et réaliste bien que relevant du genre fantastique sombre peu à peu dans des histoires d'invocations sataniques à la petite semaine... Je craignais que cette suite ne poursuive dans ce (mauvais) sens et me passe ainsi le goût naissant pour l'univers de Tanya Huff, mais il me faut reconnaître que piste sanglante est loin d'être déplaisant!

 Couvertures de l'édition originale et de sa réédition.

  En effet, j'ai trouvé ce nouvel opus presque mieux que le précédent: contrairement à ce que je craignais, Tanya Huff ne s'enlise pas dans un scénario de série B mais relève le niveau et fait oublier les bévues du tome 1. Cette fois, Henry fait appel à Vicki pour mener une enquête bien particulière puisqu'impliquant une famille de... Loups-Garous! Plus qu'une famille, c'est un clan, une meute, dont les membres incroyablement soudés vivent leur quotidien à l'écart de voisins susceptibles de surprendre leurs métamorphoses. Cependant, la ferme où ils résident tous ne semble encore pas assez isolée puisque depuis peu, un mystérieux meurtrier s'acharne à les abattre un à un aux balles d'argent. De par les récentes expériences "supranormales" qu'elle a vécues, Vicki est donc la mieux placée pour mettre ses talents de détective à contribution de cette famille sans que leur secret ne s'en trouve en péril. Mais à peine son enquête commence-t-elle que son ancien coéquipier à la criminelle et accessoirement amant jaloux ne vienne y mettre son nez...

Couverture de la première édition française.

  La façon dont la famille de loups-garous et leur mode de vie sont présenté n'est pas sans rappeler les Twilight, si ce n'est que Piste sanglante a bien été rédigé plus de 10 ans avant! La façon dont les éléments fantastiques sont présentés, c'est à dire au-travers du regard très terre-à-terre de Vicki, permet justement de garder un équilibre dans l'atmosphère entre fantastique et réalité et ainsi de mieux se retrouver dans les situations et ressentis mis en mots. On retrouve donc avec plaisir le caractère fort de l'héroïne, toujours aussi directe et incisive face aux événements déstabilisants... ou à son ex-coéquipier plutôt tenace! La relation avec Henry évolue (ah, ça oui, et pas qu'un peu!) mais évite les écueils du genre et reste, comme je le disais pour le premier tome, en "demi-teinte". Au bout du compte, ma seule vraie déception tient à la résolution du mystère: Tanya Huff laisse peu de place au suspens et révèle l'identité du meurtrier eu lecteur dans le premier tiers du livre. Elle gâche ainsi le suspens qu'elle aurait pu instaurer si elle l'avait fait en même temps que Vicki le découvre elle-même.

  Au final, et même s'il ne s'agit pas de "grande littérature", il reste de ce second opus de la série un roman très sympathique qui se laisse lire pour le pure plaisir de la détente, et qui n'a pas pris une ride malgré ses 21 ans!

mercredi 12 juin 2013

Le prix du sang (Les aventures de Vicki Nelson #1) - Tanya Huff

Blood Price (Victoria Nelson #1), DAW, 1991 - Éditions J'ai Lu, collection " Pour elle / Mondes mystérieux", 2007 - Éditions J'ai Lu, 2010.

Soudain, un cri horrible retentit dans une station de métro déserte. Vicki Nelson se précipite. Trop tard. La victime est morte, la gorge déchiquetée. Vicki entrevoit une silhouette fantasmagorique qui disparaît dans le tunnel. D'autres victimes exsangues sont découvertes, et on chuchote qu'il y aurait un vampire à Toronto ! Ex-flic devenue détective privée depuis qu'elle est atteinte d'une maladie dégénérative qui la prive peu à peu de l'usage de la vue, Vicki décide de mener une enquête parallèle à celle de la police. Les vampires n'existent pas, il doit y avoir une explication rationnelle. Mais, lorsque Vicki se verra proposer l'aide de Henry Fitzroy, séduisant écrivain âgé de quatre cent cinquante ans, toutes ses belles certitudes vacilleront...


   Après les romans True Blood, je poursuis l'aventure Bit-Lit, et si c'était bien?, avec les romans Blood Tie. Pourquoi cette série plus qu'une autre, face à l'avalanche de romans sur les vampires? Tout comme les romans La communauté du Sud adaptés à la télévision sous le titre de True Blood, il se trouve que les enquêtes un peu particulières de Vicki Nelson on donné naissance à une série télévisée, certes de moindre facture, mais qui avait retenu mon attention lors de sa diffusion l'été dernier. De réalisation canadienne, Blood Tie évoquait une sorte de "petite soeur" de True Blood, une production mineure et discrète que l'on pourrait croire lancée pour "faire à la manière de", un peu comme c'était le cas pour Sydney Fox, l'aventurière avec Tomb Rider ou Mutant X avec X-Men en leur temps. Pourtant, les livres de Tanya Huff datent du début des années 90, soit plus de dix ans avant le premier tome de la Communauté du Sud, de même que la série Blood Tie a commencé en 2007, un an avant le lancement de True Blood. Après avoir vu deux ou trois passages de la série l'an dernier lors de sa diffusion sur la TNT, il m'a pris l'envie d'essayer les livres d'origine et ce même si les éditions J'ai lu, après une première sortie dans la collection "Pour elle" (même sort réservé à la communauté du Sud, décidément...), n'ont pas offert de meilleures couvertures aux rééditions.

 Couverture de la première édition française de 2007, collection "Pour elle" (hum...)

  Malgré l'apparence très "roman de gare" de l'objet (Dieu bénisse la liseuse numérique qui, pour la peine, fait vite oublier la couverture ^^'), l'intérieur est tout a fait potable, pour ne pas dire prenant, pour peu qu'on cherche juste une lecture détente et pas forcément studieuse. L'héroïne est attachante par son caractère bien trempé et sa fierté, qui la rend d'autant plus crédible: reconvertie en détective privée après avoir quitté la criminelle en raison de son handicap visuel, elle ne doit pas moins s'en résoudre à oublier les avantages de son passé d'enquêtrice officielle et le statut que cela comportait. Apportant son lot de frustration, une telle situation conduit régulièrement à compliquer ses investigations et à la renvoyer aux nombreux inconvénients de la maladie. Vive et terre-à-terre, Vicki est donc un personnage crédible auquel on peut facilement s'identifier et s'attacher en ce qu'elle présente ses forces et ses faiblesses.

 Couvertures de l'édition originale de 1991, et de la réédition de 2004.
  L'autre personnage principal, Henry Fitzroy, est un vampire des plus intéressant livresquement parlant. Contrairement aux autres écrits récents qui cherchaient à se distancer du vampire à la Bram Stocker, Tanya Huff propose une vision assez classique de la créature, mais sait en jouer et la mettre en scène avec modernité pour ne pas tomber dans le ringard. Les références à Dracula ou autres clins d’œil à Nosferatu sont donc plus souvent l'occasion de faire des notes d'humour que d'asseoir des théories traditionnelles sur le vampirisme. L'auteure a de plus le mérite d'avoir travailler les origines de son personnage, et ajoute une dimension historique à son roman: elle fait de lui Henry Fitzroy, duc de Richmond et Somerset, alias le véridique fils illégitime du roi Henri VIII. Cette anecdote scénaristique est l'occasion de flash back racontant les diverses époques et pays traversés par le vampire, retours en arrière fort bien écrits ma foi, et qui rendent compte d'un minimum de recherches et de connaissances.

  La relation qui se noue peu à peu entre ces deux personnages principaux est intéressante et ne tombe pas dans le schéma répétitif de la jouvencelle sans défense qui tombe sous le charme du beaaaauuuu et ténébreux vampire. En dehors des particularités évidemment hors-normes d'Henry et de l'étrange fasscination qu'il peut susciter chez Vicki, cette dernière ne se comporte pas comme la dernière des groupies et leur relation, si elle se traduit par une attirance mutuelle mais discrète, n'est pas clairement définie (Vicki continuant d'ailleurs de mener une vie sexuelle et sentimentale en parallèle, et n'est même pas présentée comme étant "amoureuse" d'Henry). Cette demie-teinte dans les sentiments qui les lient l'un à l'autre, ajoutée à leur caractère fort à tous les deux, renforce la crédibilité de leurs échanges et participe à rendre la lecture intéressante.

Photo promotionnelle de la série adaptées des romans de Tanya Huff.

  Concernant l'intrigue en elle-même, même si elle est assez mince, elle reste là encore plaisante puisque les personnages sont là pour sauver les faiblesses du scénario. J'ai cependant regretté que l'aspect "fantastique" de l'enquête, initialement justement dosé (en tout cas assez pour moi), tombe dans le too-much par la suite: l'apparition de démon et d'éléments lovecraftiens du type pentacles à gogo et invocations sataniques pourrait vite plomber l'ambiance et faire oublier les points positifs du début. Cependant, je sors de cette lecture assez satisfait et désireux de lire la suite! alors ma foi, pourquoi pas? D'autant plus que cela pourra être complété d'un petit visionnage de la série télévisée et d'une petite étude comparative! 

 Trailer promotionnel de la série.