The Sinclair's Mysteries #1 : The mystery of the clockwork sparrow, Egmont UK Limited, 2015 - Editions Poulpe Fictions (trad. de F. Fiore), 2026.
Bienvenue chez Sinclair, le plus grand et le plus élégant magasin de
Londres ! Sophie, une jeune orpheline débrouillarde, vient d'y être
embauchée comme vendeuse. À elle les robes en soie, les chapeaux à
plumes et les vitrines somptueuses ! Mais le rêve tourne au cauchemar
lorsque l'inestimable Moineau d'Or y est volé... et que Sophie est
accusée ! Accompagnée de Billy, garçon d'étage fan de romans policiers,
et de Lil, une mannequin qui rêve de devenir actrice, réussira-t-elle à
faire éclater la vérité ?
Une enquête palpitante, pleine de mystère, d'amitié et de courage !
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Voilà bientôt dix ans qu'on a entendu parler de cette série jeunesse écrite par l'autrice britannique Katherine Woodfine. Souvent comparé aux Enquêtes trépidantes du club Wells & Wong de Robin Stevens, le cycle des Mystères de Sinclair est en effet paru simultanément outre-Manche et présente quelques similitudes : il s'agit dans les deux cas de polars junior se déroulant dans la première moitié du XXème siècle, le décor est celui d'une Angleterre vintage de carte postale, et même les designs des couvertures (des silhouettes rétro qui sentent bon l'intrigue policière à l'ancienne) se ressemblent. A n'en pas douter (la presse littéraire le dit elle-même) : si vous avez aimé les enquêtes de Daisy Wells et Hazel Wong, vous vous régalerez des mésaventures de la jeune Sophie.
Pour autant, si les deux séries se situent dans une même veine, les intrigues sont radicalement différentes. Là où Robin Stevens s'appuie sur une ambiance à la Agatha Christie dans un décor de pensionnat, Katherine Woodfine choisit le cadre du grand magasin. Elle s'inspire pour cela de plusieurs enseignes qui ont vu le jour à Londres dans les années 1900 : Selfridges en tête, mais aussi Liberty, Harrods ou encore Fortnum and Mason, des lieux historiques devenus iconiques d'une nouvelle façon de vendre et d'acheter. Symboliques des mutations sociales de leur époque, les grands magasins constituent des lieux on ne peut plus romanesques (Zola, avec Au bonheur des dames, avait déjà flairé le filon dès la fin du XIXème siècle) et l'autrice a l'excellente idée d'en faire le théâtre d'un mystère. Concept on ne peut plus séduisant.
Selfridges en 1909.
L'histoire nous emmène donc dans un Londres mouvementé : sur Piccadilly Circus se tient le tout nouveau magasin Sinclair, commerce de luxe de plusieurs étages qui s'apprête à ouvrir ses portes. A l'intérieur, une fourmilière d'employés s'affaire pour l'événement. Sophie, une jeune fille fraichement recrutée au rayon des chapeaux, met tout en œuvre pour se distinguer. Orpheline issue d'un milieu très aisé, elle est aujourd'hui dans l'obligation de subvenir à ses besoins par ses propres moyens, et trouver sa place n'est pas toujours chose facile... surtout quand certaines de ses collègues, animées par la concurrence ou la jalousie, n'hésitent pas à lui mettre des bâtons dans les roues dans son travail. Mais il y a bien pire : le jour de l'ouverture, on découvre un employé agressé, à l'article de la mort, en même temps qu'on constate le vol d'un objet inestimable, un moineau mécanique en or appartenant au propriétaire du magasin. Parce que Sophie s'est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, elle est accusée et mise à la porte. Fort heureusement, elle peut compter sur ses nouveaux amis pour lui venir en aide : Billy, apprenti commis maladroit et passionné de feuilletons policiers, et Lil, adolescente haute en couleur embauchée comme mannequin. Forcés de jouer les détectives, les trois compagnons découvriront que cette affaire est bien plus complexe qu'une simple histoire de vol et devront affronter le pire criminel de la ville : le Baron.
Selfridges en 1909, rayon du prêt-à-porter pour dames.
Difficile de ne pas tomber sous le charme de ce premier tome. Les descriptions du magasin Sinclair, la restitution du Londres de 1900 et les personnages, tous profondément attachants à leur manière, font de ce livre un savoureux bonbon anglais. On pense parfois à l'atmosphère des romans d'Edith Nesbit, célèbre autrice britannique d'ouvrages pour la jeunesse, et pour cause : Katherine Woodfine la cite parmi ses inspirations. Elle évoque également Carolyn Keene (parfois orthographié Caroline Quine, nom de plume qui signa pendant des décennies les enquêtes d'Alice détective / Nancy Drew) et, évidemment, Arthur Conan Doyle. Impossible, en effet, de ne pas penser à Moriarty, roi des criminels, lorsque l'autrice introduit le mystérieux personnage du Baron. Pour le reste, le roman se distingue des whodunit sur le retour et verse davantage dans le roman d'espionnage, faisant de l'ensemble une aventure menée tambour battant.
Selfridges en 1909, restaurant du magasin.
La mise en image est assurée par Julia Sarda, illustratrice espagnole connue pour le superbe album Mary, auteure de Frankenstein. Outre la très jolie couverture, elle propose à l'intérieur du roman plusieurs cabochons inspirés de gravures de mode à l'ancienne (furieusement évocatrices du glamour et du style en vigueur chez Sinclair) et de nombreuses vraies-fausses coupures de presse et autres encarts publicitaires illustrant la progression de l'intrigue. Son coup de crayon, candide et délicieusement désuet, colle à merveille à l'univers de Katherine Woodfine.
En bref : Souvent comparé aux Enquêtes trépidantes du club Wells & Wong, le cycle des Mystères de Sinclair voit enfin son premier opus paraître en France. Roman d'aventure et d'espionnage pour la jeunesse se déroulant dans le décor d'un grand magasin anglais, Le vol du moineau d'or séduit par ses personnages attachants, son cadre inédit et une intrigue rythmée. Un audacieux mélange entre les univers d'Edith Nesbit et de Conan Doyle. On en redemande !

Et pour aller plus loin...




















































