mercredi 31 décembre 2025

Christmas somewhere over the rainbow : voeux d'entre-deux fêtes au pays d'Oz.



    On vous avait promis des fêtes à Oz, vous aurez des fêtes à Oz ! On ne vous offrira probablement pas la Cité d’Émeraude, mais on quittera le Kansas à coup sûr. Quelque part de l'autre côté de l'arc-en-ciel, peut-être ? Somewhere over the rainbow ? Oui, cela conviendra certainement. Il ne vous en coûtera qu'un cyclone. Ou une petite tornade. Un ouragan fera aussi bien l'affaire. Comment ça, vous n'avez pas ça sous la main ? Bon, empressez-vous de rejoindre Dorothy sur l'exploitation d'oncle Henry et de Tante Em, car il semblerait qu'une tempête s'annonce à l'horizon...
 
"Le vent du nord leur arrivait avec une sourde plainte ; ils pouvaient voir les hautes herbes se coucher à l'approche de la tempête. Un sifflement strident dans l'air leur fit tourner la tête vers le sud ; ils virent alors des vagues de vent accourir dans l'herbe de ce côté aussi."
 
 
 
 
    Alors que les tuteurs de la fillette s'empressent de rejoindre la cave où ils seront à l'abri des intempéries, Dorothy, partie chercher son chien Toto, n'a plus d'autre choix que de s'abriter dans la petite fermette familiale lorsque le cyclone s'approche. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire ouf, voilà que la maison de bois se soulève du sol...
 
"La maison tournoya deux ou trois fois sur elle-même et s'éleva lentement dans les airs. Dorothy se crut transportée en ballon. Le vent du nord et le vent du sud se rencontrèrent à l'endroit où se trouvait la maison et en firent le centre exact du cyclone. Au cœur même d'un cyclone, l'air est calme d'habitude, mais la forte pression des vents, de part et d'autre de la maison, la poussait si haut, si haut qu'elle se retrouva à la pointe du cyclone ; elle y resta perchée et fut emportée comme une plume à des lieues et des lieues de là."
 
    Ce n'est cependant pas le tout de s'envoler, il faut aussi se poser. Pour ce qui est de l’atterrissage, on vous recommande de vous accrocher car il ne sera pas tendre. Par chance, Dorothy s'est assoupie dans son lit, mais vous, rien n'amortira votre chute...
 
 
 
 
 
"Dorothy fut réveillée par un choc si brusque et si violent que, si elle n'avait été allongée sur son lit moelleux, elle aurait pu se faire mal. La soudaineté de la secousse lui coupa le souffle."
 
    C'est bon ? Tout va bien ? Vous êtes en un seul morceau ?... Parfait ! Voilà qui n'était donc pas si terrible, au final. Mais vite, vite, précipitez-vous dehors avec notre jeune amie : un tout nouveau décor vous attend, un monde, disons, plus... coloré – oui, c'est cela, coloré. Après tout, ne sommes-nous pas au-delà de l'arc-en-ciel ?
 
 
 
 
"Le cyclone avait déposé la maison tout doucement – pour un cyclone – au beau milieu d'un pays d'une beauté prodigieuse. De ravissants parterres de gazon verdoyaient sous des arbres majestueux, lourds de fruits savoureux. Des fleurs superbes formaient des massifs de tous côtés et des oiseaux au plumage rare et étincelant chantaient et voletaient dans les arbres et les buissons. Un peu plus loin bondissait un ruisseau dont les eaux scintillaient entre ses rives moussues."

    Jamais vous n'avez vu pareil décor, n'est-ce pas ? Et encore moins en cette saison, même sans venir du Kansas ! Car, une chose est sûre : "On est bien loin du Kansas". Comme pour le confirmer, voilà que d'étranges petits personnages s'approchent de vous. Coiffées de chapeaux pointus et de vêtements bleus constellés d'étoiles scintillantes, ils se parlent à l'oreille ou dans leurs moustaches, l'air mi-inquiet, mi-impressionné. Une petite dame se détache du groupe et remercie la fillette d'avoir tué la Méchante Sorcière de l'Est qui avait réduit le peuple des Munchkins en esclavage.
 
    Tué ? Sorcière ? Muchkins ? Voilà bien trop d'informations à la fois.
 
"Voyez ! poursuivit-elle en montrant un coin de la maison, on voit encore ses deux orteils qui dépassent de sous ce gros morceau de bois.




"En effet, juste sous l'angle de la grosse poutre qui soutenait la maison, deux pieds dépassaient, chaussés de souliers de rubis à bout pointu."

 
 
 
    Force est de constater que la maisonnette s'est bien posée sur quelqu'un. Ou, plutôt, sur quelqu'une, et pas une quelqu'une quelconque, mais une sorcière du genre tortionnaire – et ce bien qu'elle semblait avoir fort bon goût en matière de soulier. D'autant que ceux-là ne sont pas des souliers comme les autres : ils sont magiques ! Évidemment, puisqu'il s'agit de souliers de sorcière, ils ne pouvaient en aucun cas être ordinaires. Leur origine réelle, vous racontent les Munchkins, est inconnue : des rumeurs circulent à leur sujet et certains prétendent qu'elles ont été ensorcelées par Glinda la bonne sorcière, à moins peut-être que ce ne soit par la Méchante Sorcière de l'Ouest, sœur de la défunte, du temps de leurs jeunes années ? On dit aussi qu'ils n'ont pas toujours été de rubis, mais d'argent, et que leur couleur change parfois grâce aux centaines de perles de verre qui les composent et qui captent les différentes teintes portées par la lumière.
 
     Mais peut-être s'agit-il seulement de vieux accessoires de théâtre auxquels on prête un pouvoir qui n'existe pas, à la façon de ces anciennes reliques dont la légende aura dépassé la triste et fade réalité. Toujours est-il que la magie est réelle pour ceux qui y croient et, comme la Bonne Sorcière du Nord aime à le rappeler :
 
"Dans les pays civilisés, il ne reste plus de sorcières, ni de magiciens, ni d'enchanteresses, ni d'enchanteurs. Par contre, voyez-vous, le pays d'Oz n'a jamais été civilisé, car nous sommes coupés du reste du monde. C'est pourquoi il existe encore des sorcières et des magiciens parmi nous."
 
    En parlant de magicien, il s'en trouve un qu'on dit très puissant et qui réside au centre du pays dans un somptueux palais qu'on appelle la Cité d’Émeraude. Puisque vous êtes là, pourquoi ne pas faire un peu de tourisme ? Loin du frimas hexagonal de décembre, le soleil ozien semble doux et la saison, quelle qu'elle soit ici, est plutôt belle. Pour rejoindre le cœur du royaume, il faut suivre la route de briques jaunes sur laquelle la maison s'est posée ; vous y serez en quelques jours à peine. Dorothy, en vraie fille de la campagne, sait s'organiser : voilà qu'elle prépare un panier garni de bonnes choses pour la route.
 

 
 
 "Elle prit un petit panier qu'elle remplit du pain du buffet et le recouvrit d'un torchon."


    On ne saurait trop vous conseiller que d'emporter avec vous cette burette d'huile : elle pourrait vous être d'une grande aide, même si vous l'ignorez encore pour l'instant. Par ailleurs, prenez garde pendant votre voyage : aussi fabuleux que semble être ce pays, il n'est pas sans danger. On raconte qu'on y trouve des créatures monstrueuses tapies dans les buissons, des champs de coquelicots mortels et, bien sûr, au moins encore une méchante sorcière...



    Mais l'heure tourne tandis que nous parlons ! Aussi, alors que vous vous éloignez sur le chemin pavé d'or en chantonnant, puisqu'il ne nous reste que quelques minutes avant de sauter à pieds joints (chaussés de souliers de rubis, bien sûr) dans 2026, nous vous souhaitons...
 

Un Très Joyeux Noël

(avec un petit retard)

et

Une Belle et Heureuse Année

(avec une minuscule avance) 







    Comme de coutume, nous continuerons bien évidemment nos publications de fêtes dans les semaines à venir, d'autant qu'il nous reste encore à chroniquer de nombreuses œuvres livresques du monde d'Oz ainsi que leurs adaptations. Au programme : les suites du Magicien d'Oz, un film oublié et une mini-série méconnue...



We're off to see the wizard !

 
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mardi 30 décembre 2025

Le Magicien d'Oz - Un livre pop-up de Robert Sabuda d'après L. Frank Baum.

The Wonderful Wizard of Oz
, Simon and Schuster Children's Publishing Division, 2000 - Éditions du Seuil jeunesse (trad. de P. Paringaux), 2005.
 
    Partez pour le Pays d'Oz et aventurez-vous avec Dorothy et ses trois compères - l'Épouvantail, le Bûcheron en Fer-Blanc et le Lion Poltron - sur les traces du Magicien.
    Un époustouflant pop-up d'où surgissent une tornade dévastatrice, le somptueux Palais de la Cité d'Émeraude (n'oubliez pas de chausser vos lunettes magiques pour ne pas être ébloui !) ou même un ballon dirigeable !
 
Une adaptation de la fameuse histoire de L. Frank Baum merveilleusement servie par les sculptures en papier créées par Robert Sabuda.
 
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    Robert Sabuda est un talentueux artiste américain connu pour ses nombreux livres pop-up. Ingénieur et illustrateur, il entremêle ses nombreuses compétences au profit de créations complexes qui lui ont permis de remporter en trois occasions consécutives le prix Meggendorfer, soit la plus grande récompense en matière de livres animés. Ses publications, souvent tournées vers l'univers des contes traditionnels ou des grands classiques de la littérature de jeunesse, ont bénéficié d'une reconnaissance internationale. En France, trois de ses ouvrages sont sortis aux éditions du Seuil jeunesse, dont ce superbe Magicien d'Oz.
 

    Visuellement, l'ouvrage impressionne par sa densité : avant même de l'ouvrir, observer les tranches du livre suffit à donner une idée de sa complexité et des mécanismes qu'il dissimule. On distingue en effet les nombreuses couches et sous-couches de papier cartonné, les plis et replis, soufflets et languettes. La première page tournée, et voilà qu'on s'envole pour le Kansas. Le grand format de cet album offre une immersion en cinémascope dans l'univers imaginé par L. Frank Baum. L'expression "tomber dans un livre" n'aura jamais été aussi juste, de même que l'appellation de "livre animé" : les éléments se déploient sous nos yeux dans un mouvement d'une rare élégance, presque une danse – ou nous sautent parfois littéralement au visage. C'est le cas de la tornade qui se dresse comme par magie dès l'ouverture du récit, au beau milieu de l'exploitation de l'oncle Henry et de la tante Em, qu'on semble observer depuis le ciel.
  

    Il en est ainsi à chaque nouvelle double page : un élément central – souvent un bâtiment – apparait de nulle part devant les yeux du lecteur (qui se demande vraiment comment un livre peut dissimuler autant de constructions et de palais en trois dimensions) quand ce n'est pas la montgolfière du magicien qui semble se gonfler d'air en temps réel pour prendre son envol. Malgré l'abondance de papier et de pliage, malgré l'enchevêtrement de cartonnages, tout reprend sa place une fois la page tournée. On pourrait presque croire à quelque sortilège...
 
 
    Non content de nous en mettre plein la vue, Robert Sabuda s'amuse aussi de dispositifs plus discrets disséminés çà et là au fil des pages. Le texte est par exemple imprimé sur de petits livrets encadrant chaque nouvelle composition, livrets ceux-là aussi agrémentés d'animations que le lecteur a la surprise de découvrir : Dorothy pirouettant au-dessus de son lit, la Sorcière de l'Ouest se transformant en flaque d'eau ou encore les souliers d'argent qui s'entrechoquent. Parmi les autres astuces enchanteresses : la double page consacrée à la cité d'émeraude propose une paire de lunettes que le lecteur peut chausser pour, comme les personnages de l'histoire, voir la vie en vert !
 

    Bien que les illustrations soient de Robert Sabuda, ce dernier calque les très célèbres images de William Wallace Denslow, ami de L. Frank Baum et illustrateur officiel du Magicien d'Oz dans ses premières éditions. On y retrouve donc un univers visuel familier qui nous renvoie à la genèse de ce grand classique : la robe à imprimé vichy de Dorothy, le lion poltron quelque part entre la gravure et le cartoon ou, encore, la Méchante Sorcière de l'Ouest et sa tenue farfelue. Format oblige, le texte est bien sûr abrégé, mais conserve de nombreux épisodes du roman original (dont certains qui sont souvent écartés des versions tronquées) ainsi que plusieurs dialogues retranscrits dans leur quasi intégralité.
 
 
En bref : Oubliez les écrans : cette version animée du Magicien d'Oz par le génial Robert Sabuda est un petit trésor d'ingénierie. Rarement un livre pop-up aura donné à voir autant de mécanismes aussi complexes pour un résultat aussi réussi ; les images se déploient avec une étrange virtuosité, comme si les différents éléments de papier étaient doués d'une vie propre. On ne s'en lasse pas.
 
 

 
 
  

dimanche 28 décembre 2025

Le Magicien d'Oz - un livre-théâtre illustré par Nicola L. Robinson d'après L. Frank Baum.

The Wizard of Oz, with three-dimensional pop-up scenes, Tango Books LTD, 2012 - Éditions Mango Jeunesse (trad. de F. Nagel), 2012.
 
    Le jour où un cyclone emporte sa maison dans les airs, Dorothée se retrouve propulsée dans un étrange pays. Pour rentrer chez elle, une seule solution : aller jusqu’à la cité d’Émeraude et demander au grand Magicien d’Oz d’exaucer son vœu…

    Un livre enchanteur où se déploie en trois dimensions l’histoire de Dorothée et de ses amis, grâce à des théâtres pop-up spectaculaires.
 
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    Si l'on n'est pas un grand collectionneur de livres pop-up, il nous arrive quelquefois de tomber sur une pépite qu'on ne peut se résoudre à laisser sur les rayonnages de la librairie. On ne se rappelle même plus où on avait trouvé celui-là, mais il nous avait fait une forte impression. Il se distinguait des livres animés classiques par une mise en page particulière, constituée, comme l'indique la première de couverture, de petits théâtres avec des scènes en trois dimensions.
 

    En effet, à l'inverse du pop-up traditionnel qui donne à voir une véritable éclosion de papier plié à chaque nouvelle page tournée, cet album, outre ses illustrations classiques parsemant le texte, propose 4 tableaux que le lecteur peut ouvrir en tirant sur de petites languettes. Celles-là font se déployer de minutieux et ingénieux dioramas où se superposent en papiers découpés les différents plans de chaque scène clé de l'histoire. 
 
 
    Par son animation unique, cet album du Magicien d'Oz est une excellente façon de faire découvrir le célèbre roman de L. Frank Baum dans une version avec un indéniable "petit truc en plus" qui retient l'attention des jeunes lecteurs. Les images sont de Nicola L. Robinson, artiste à l'univers traditionnellement proche d'Edward Gorey, qui ajoute ici une belle palette colorée à son noir et blanc habituel. Le coup de crayon, entre candeur et raffinement, est particulièrement adapté à la mise en page animée. Quant au texte adapté de L. Frank Baum, bien qu'abrégé, il présente l'intérêt de reprendre l'intrigue dans sa quasi intégralité, y compris les chapitres souvent tronqués des versions pour la jeunesse.
 

En bref : Une nouvelle façon d'aborder le pop-up ! Avec ces petits théâtres en trois dimensions façon diorama, ce Magicien d'Oz est un enchantement pour les jeunes lecteurs, le tout avec un texte certes abrégé, mais qui respecte l'intrigue de L. Frank Baum.

vendredi 26 décembre 2025

Oz dans les archives du Terrier : florilège tiré de nos chroniques passées.

 
Paper art de Jodi Harvey Brown. 
 

    Vous l'avez compris dans notre article introductif : Oz, c'est un peu chez nous. Et Oz a plusieurs fois été évoqué en ces pages par le passé. Avant de vous soumettre nos toutes nouvelles chroniques (dont certaines en gestation depuis plusieurs années – c'est qu'il nous manquait une excuse, pardi !), nous avons fait un petit tour dans nos archives afin d'y collecter tous nos anciens billets dans le thème de ce Noël 2025. Roman original, réécritures, hommages et détournements, tout y est pour aborder Oz selon l'angle qui vous plaira et vous mettre dans le bain avant de compléter votre liste de lectures dans les semaines à venir...

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    L'original, le seul et unique, le vrai, le non condensé ni abrégé. Le Magicien d'Oz, de Lyman Frank Baum, dont peu de lecteurs, à force de réécritures tronquées et simplifiées, savent qu'il s'agit initialement d'un roman et non d'un texte court à la façon des contes traditionnels. Un ouvrage qu'on considère comme préfigurateur des romans de fantasy qui feront officiellement leur apparition quelques décennies plus tard, avec son univers alternatif et sa microsociété conçue de toute pièce. A recommander vivement à toute personne en mal de son âme d'enfant.
 


 
     Un des grands coups de cœur du blog, le livre qui a redonné toutes ses lettres de noblesse au concept de réécriture. Wicked, popularisé par son adaptation en musical, est bien plus que l'histoire colorée du Magicien d'Oz racontée du point de vue son antagoniste. Non, ce livre est résolument plus complexe et profond que cela. En s'inspirant à la fois du livre de L. Frank Baum et de l'esthétique du film de Fleming sorti en 1939, Gregory Maguire nous offre là une sorte de parabole, un "texte apocryphe" qui nous invite à considérer le récit original comme la version embellie de l'histoire, celle racontée par les vainqueurs et qui aurait donc redistribué les cartes des bons et des méchants. Derrière l'excuse du conte détourné, l'ambition de Maguire n'est ni plus ni moins que de raconter comment nait un état totalitaire. Verdict ? C'est absolument brillant. 
 
 
 

 
    Au rayon des autres livres brillants, cette pépite du génial Fabrice Colin. Golden Age, un des premiers titres parus dans le label Le rayon imaginaire voyait l'auteur revenir à la fantasy qui l'a fait connaître. Ni une réécriture ni un hommage au Magicien d'Oz à proprement parler, Golden Age nous transporte aux veilles de la Première Guerre mondiale, dans la campagne britannique. Alors que le monde se prépare à s'effondrer, quatre grands auteurs anglo-saxons de littérature féérique se réunissent pour aborder un sujet tout aussi grave grave : leur imagination les quitte. Cela aurait-il à voir avec le petit peuple qui, habitant jusque-là le monde des hommes (quoique toujours invisible à leurs yeux), aurait subitement décidé de retourner en Faerie ? Rien n'est moins sûr. Derrière les noms que Fabrice Colin donne à ses personnages se dissimulent les réels Lewis Carroll, James Barrie, Kenneth Grahame et... Lyman Fank Baum !
 
 
 
 
 
     Plus anecdotique et à réserver aux plus jeunes, ce quatrième opus de la saga Le pays des contes du talentueux Chris Colfer (ancien acteur de Glee, mais aussi romancier reconnu depuis) s'amuse de nombreux clins d’œil au Magicien d'Oz. Après avoir exploité l'univers des contes traditionnels en les entremêlant dans un monde parallèle, ce nouveau tome voit les personnages passer d'un livre à l'autre, permettant à son auteur de s'amuser avec d'autres grands classiques de la littérature. Aussi, après les textes de Grimm, Perrault et Andersen, Chris Colfer emmène ses personnages à la rencontre d'Alice au pays des merveilles, de Robin des bois, de Peter Pan et du Magicien d'Oz.
 
 
 
    Après les livres, parlons des écrans – et en l’occurrence, du petit. Shilling adventures of Sabrina, l'un de nos grands plaisirs coupables et adaptation des bandes-dessinées éponymes, nous raconte l'histoire de Sabrina Spellman, célèbre apprentie sorcière issue des Archie Comics, à la sauce horrifique. Outre leurs nombreuses références à la littérature gothique et au cinéma d'épouvante vintage, les scenarii explorent également les aspects les plus sombres de la culture biblique tout autant que de la pop culture. En la matière, la saison 3 s'ouvre sur une quête qui parodie de façon assez évidente Le Magicien d'Oz, mais dans une relecture que nous qualifierons de... volontairement gore.
 
 
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    Voilà pour ce bref récapitulatif de nos précédentes excursions au pays d'Oz. Promis, on revient très vite avec des chroniques inédites. En attendant, nous clôturons le présent article sur ces quelques photographies de votre humble serviteur à l'occasion de l'Halloween 2013, aussi exhumées des archives du blog. En bons connaisseurs du pays d'Oz que vous êtes, vous y reconnaitrez certainement le Magicien himself, de son vrai nom Oscar Diggs, accompagné de la petite fille de porcelaine...
 

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jeudi 25 décembre 2025

Christmas on the Yellow Brick Road...


     Le retard est plutôt une affaire de Lapin Blanc d'Alice, or, ce n'est pas chez Lewis Carroll que nous passons ces fêtes de fin d'année (nous gardons cependant l'idée pour une prochaine fois), mais bien chez Lyman Frank Baum. Comme l'an dernier, nous commençons nos articles thématiques bien après l'Avent (sans mauvais jeu de mots), presque trop tard pour poser le décor et prendre le temps de nous immerger comme on aime à le faire de coutume. Mais comme le temps est une affaire de subjectivité, il nous appartient d'en faire ce qu'on en veut – n'a-t-on pas initié depuis de nombreuses années déjà les vœux d'entre-deux-fêtes ? Faisons donc comme il nous plaira et déclarons aujourd'hui ouverte la saison des célébrations hivernales à Oz !

    Un Noël à Oz ? Et pourquoi pas ? L'univers pensé par l'auteur américain, ses nombreuses adaptations et réinterprétations, ainsi que l'iconographie qui les entoure font partie d'un imaginaire collectif qui sera pour toujours rattaché à l'enfance, un âge qui correspond sans nul doute à cette période de l'année (et c'est quelqu'un qui n'aime pas fondamentalement Noël qui vous le dit ; mais reconnaissons une chose : s'il y a un bien une période qui autorise les plaisirs régressifs, c'est celle-là). Il existe même un musical baptisé Christmas in Oz, et puis d'ailleurs, n'est-ce pas le meilleur moment de l'année pour rediffuser le célèbre film de Victor Fleming de 1939 ? Probablement. Ça et bien d'autres encore...
 
 
 
    Car Le Magicien d'Oz, c'est à fois bien plus et autre chose que ça. Dans son excellente postface au premier opus du Cycle d'Oz sorti au Cherche Midi en 2013, Fabrice Colin nous disait : "Oui, il y a bien eu un film en 1939, avec Judy Garland et une chanson à pleurer. Mais à part ça ?". L'auteur et chroniqueur français y dépeignait alors les origines et multiples ramifications de l'oeuvre de L. Frank Baum, des plus connues (ou qu'on croit connaître) aux plus secrètes, en tout cas de ce côté-ci de l'Atlantique qui a mystérieusement boudé le "miroir déformant le plus singulier dans lequel l'Amérique s'est jamais mirée". Premier opus d'un gigantesque cycle préfigurateur de l'Heroic Fantasy dans lequel semble avoir infusé quelque reliquat de folklore européen, Le Magicien d'Oz a donné naissance à un univers complexe, pensé par le romancier américain jusque dans ses détails historiques, politiques et religieux. A un multivers également, si on considère les réappropriations aussi fortes de sens que l'original, à l'instar du célèbre Wicked, de Gregory Maguire, transposé en comédie musicale elle-même récemment adaptée à l'écran. La deuxième partie est en effet sortie en salle il y a peu, justifiant ainsi ce Noël aux couleurs de rubis et d'émeraude (ceci pour nous donner une excuse, comme si on en avait besoin).
 

    Mais revenons à nos moutons. Oz, on le disait à l'instant, c'est du sérieux. On l'évoquait dans notre chronique du roman de L. Frank Baum, publiée en ces pages il y a plus de dix ans (ça ne nous rajeunit pas) : les interprétations possibles sont nombreuses, presque trop. Allégorie religieuse ? Politique ? Socio-économique ? Médiatique, peut-être ? Voire un peu de tout cela à la fois ? Des analystes et des chercheurs sont ainsi persuadés que le roman se veut une métaphore de la situation historico-financière des États-Unis de la fin du XIXe siècle, notamment l'endettement des agriculteurs de l'ouest et la crise de l'étalon-or. D'autres iront de leur lecture plus philosophique ou humaniste, mais on peut aussi s'attacher à n'y voir que ce qu'on souhaite. Peut-être Le Magicien d'Oz n'est-il que la simple histoire d'une gamine de la campagne qu'un cyclone transporte un jour dans un monde parallèle dont elle deviendra la nouvelle héroïne. Ah, d'ailleurs, on a failli oublier l'interprétation féministe ! Saviez-vous que Le Magicien d'Oz fait partie de ces malheureusement célèbres livres censurés par les bibliothèques publiques américaines ? La raison ? Il met en scène des images de femmes fortes – une hérésie ! Sachez-le : lire le roman de L. Frank Baum à la table du 25 décembre sera désormais la meilleure arme que vous pourrez dégainer face à votre oncle facho-sexiste-rétrograde.
 

    Mais voilà que l'on s’égare à nouveau.
   Que disions-nous, déjà ? Ah, oui : une simple fable. C'est peut-être tout ce que ce récit était voué à devenir lorsque, cherchant un titre et un nom au pays qu'il était en train d'inventer, Lyman Frank Baum posa les yeux sur le tiroir "O-Z" de son secrétaire à classement alphabétique. Une histoire pour enfants, petits et plus grands. Un conte, soit un espace de projection et d'introspection qui appartient dès lors à chaque lecteur et à  chaque auditeur, peu importe ce qu'en disent chercheurs, historiens, analystes et autres empêcheurs de lire en silence.
 
    Pour nous, Le Magicien d'Oz sera, un peu à la façon de Peter Pan et de son Neverland (mais pas tout à fait de la même manière, parce que pas tout à fait pour les mêmes affects), le pays de l'éternel retour. Celui d'une ferme qui se soulève de terre, celui de souliers scintillants qui dépassent de façon incongrue des ruines d'une grange, celui d'une silhouette toute de noir vêtue qui fond au contact de l'eau, celui, encore, d'un champ de coquelicots mortels. Des images empreintes d'une esthétique forte qui ont durablement marqué notre machine à rêver.
 


"La marque des grandes œuvres est de prêter le flanc aux interprétations les plus diverses et terribles. Vous trouverez la vôtre, à n'en pas douter. Vous la trouverez si vous y tenez, car Oz est le pays de votre solitude et de votre joie panique (...).
Suivre la route de briques jaunes, c'est accepter d'en ignorer la destination."
 
(Fabrice Colin)
 
 
    Alors, prêts à voyager en notre compagnie ?
 

 Accrochez-vous à votre panier, calez votre chien sous le bras et claquez des talons trois fois...
 
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mercredi 24 décembre 2025

Un automne pour aménager son Terrier...

 

    Presque ponctuel, une fois encore, pour le bilan saisonnier (moins pour les publications de Noël, cela dit, mais on ne peut décemment pas être toujours bon en tout, pas vrai ?). Alors que l'automne a récemment tiré sa révérence et que l'hiver vient drainer avec elle ses habituels parfums de marrons glacés et de sucre d'orge, venons ensemble nous rappeler ces derniers mois aux teintes mordorées et aux tapis de feuilles couleur sépia. Pendant que notre électricien s'afférait à tirer des fils et faire passer des câbles dans les cloisons de notre nouveau Terrier, nous, on est allé se promener.
 
 
Escapades :
 
 
    On a entamé l'automne avec encore de belles randonnées à vélo, parce que le bien nommé "été indien" nous invitait à prolonger un peu nos loisirs estivaux. Les températures n'étaient plus les mêmes, mais passés les cinq premiers kilomètres, on n'y sentais plus rien (nos doigts non plus, d'ailleurs...). On n'a cependant pas pu poursuivre au-delà de la mi-octobre, la météo devenant de moins en moins encourageante. On a donc troqué les roues contre la marche afin d'arpenter la campagne autour du Terrier...






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    Pour Halloween, on a profité de la présence (une tradition) de notre cousine au Terrier pour une grande promenade photographique à Auberive, village perdu dans les tréfonds du département (celui-là même perdu dans les tréfonds du pays), dont on avait gardé de très bons souvenirs d'enfance. Une ancienne abbaye y accueillait alors un festival de musique celtique plutôt qualitatif (mais la mémoire étant par essence trompeuse, il n'est pas impossible qu'on se fourvoie complètement) ainsi que des classes vertes pour les établissements scolaires. Les lieux sont restés figés dans quelque chose d'étrange et de charmant à la fois, l'endroit résumant à lui seul ce que peut être l'image d’Épinal du parfait village d'Halloween. Jugez plutôt :
 
 
 









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     Après ces promenades au grand air, on a décidé de rejoindre la capitale pour aller voir le musical du Fantôme de l'opéra au Théâtre Antoine. Pas le célèbre spectacle d'Andrew Lloyd Webber (malheureusement), mais une tout nouvelle création originale (malheureusement) française (malheureusement – bon, d'accord, on arrête). Si l'écrin du Théâtre Antoine était particulièrement enchanteur et l'ambiance dans la salle, tout à fait réussie, on doit bien admettre avoir été très déçu du résultat, dont on vous parle ICI. De quoi nous donner envie de traverser la Manche pour aller voir le seul, le vrai, l'unique Fantôme qui mérite de monter sur les planches.


 
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Achats & acquisitions :
 
 

    Étonnamment peu d'achats livresques cette saison, mais c'est surtout parce qu'on est contraint de racheter plusieurs de nos livres. Oui, vous avez bien lu : racheter. Pourquoi ? Pas pour le seul et unique plaisir d'avoir plusieurs exemplaires du même bouquin sur nos étagères (ça aurait pu, et d'ailleurs, ça nous est déjà arrivé), mais pour remplacer de nombreux livres que nous n'avons pas pu sauver du pire de nos ennemis : la moisissure. Nous avons en effet découvert en quittant notre ancien terrier que celui-là avait été attaqué par l'humidité. Bien qu'on était persuadé d'avoir mis en carton des livres sains, des moisissures probablement invisibles au moment du déménagement on continué de proliférer dans les cartons. Aussi, depuis quelques semaines, le vinaigre blanc est devenu notre meilleur ami. Malheureusement, certains livres, irrécupérables, ont du partir à la benne une fois un remplaçant (r)acheté, ce qui explique qu'on n'ait que peu investi dans les nouveautés.
     Cela étant, parmi les inédits qui ont rejoint le Terrier, il y a évidemment le Frankenstein illustré par Mina Lima, sorti tout récemment et à côté duquel on ne serait passé pour rien au monde. Dans les poches parus ces dernières semaines, on a craqué pour L'énigme de Turnglass, roman à énigme en deux parties, imprimé tête-bêche, et The house of windows, dont l'esthétique très MichaelMcDowellLike nous tentait depuis un moment. Pour ce qui est des classiques, on s'est offert deux opus des Mondes de Chrestomanci, célèbre cycle de littérature jeunesse que nous n'avions pas réussi à lire enfant, mais qu'on a hâte de redécouvrir aujourd'hui ! 
 
 
Popotes et casseroles :
 
 
     Le bon côté d'avoir du monde à dîner, c'est qu'on met les petits plats dans les grands et qu'on se permet de prendre un peu plus de temps que d'habitude aux fourneaux. On a toujours aimé cuisiné – et d'ailleurs, on aime toujours autant – mais le rythme très intensif qu'on connait depuis quelques années réduit de beaucoup le temps qu'on aimerait prendre en cuisine pour, à nouveau, s'amuser avec des recettes un peu plus élaborées.
    Cela fait donc autant de temps qu'on fait et refait les mêmes classiques qui, même s'ils demandent parfois quelques heures, sont suffisamment entrés dans nos habitudes pour qu'on parvienne à les faire plutôt rapidement. On a donc remis la main à la pâte pour la tourte au cheddar et aux courgettes de Jamie Oliver, mais aussi nos célèbres lasagnes butternut, épinards et mozzarella. Toujours du côté des courges (parce que c'est la saison et qu'on adore ça, il suffit de faire un tour sur tous les articles automnaux de ces treize dernières années pour le voir), on a aussi recuisiné le gratin de butternut (à défaut de buttercup) au cheddar (oui, le cheddar aussi, on aime beaucoup)



    Avec l'automne est venue l'envie de cuisiner les légumes anciens et de tester une nouveauté qui nous tentait depuis un moment : le clapshot, traditionnelle purée irlandaise de pommes de terre et de rutabagas. Pour un coup d'essai, c'était un coup de maître (en même temps, quoi de plus simple qu'une purée?) : on a refait la recette au moins deux ou trois fois depuis. Toujours dans les délices de saison : on a célébré Halloween autour d'un goûter home made de carrot cake (THE best recette ever, évidemment) accompagné d'un pumpkin spice latte maison.
 


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Bricoles et fariboles :
 
 

    Manque de temps / course dans fin / burnout – bref, toujours les mêmes excuses pour si peu alimenter cette rubrique. Fort heureusement, la traditionnel colis de saison de Pouchky/Ficelle sauve notre honneur (bien qu'un peu maigre : on aurait adoré lui envoyer la créature de Frankenstein en kit, à reconstruire façon paper doll, pour la forme). Néanmoins, ce superbe mug fantôme et cette bougie citrouille (pas mûre ?) ont compensé notre manque de fantaisie. Le tout livré avec une tisane de sorcière et deux romans sur la thématique de Frankenstein, pour faire bonne mesure avec notre thème du moment.
 

Great News :
 
 

     Au printemps dernier, nous vous avons parlé de la dernière création de nos loustics au travail : Heurs et malheurs de l'étrange famille Dyscornu, à la fois lecture interactive, album jeunesse et exposition explorant les thématiques croisées de la famille et des différentes formes de monstruosité. En attendant la sortie du livre sur les librairies en ligne, nous avons été invités à présenter le projet au cours d'un gigantesque colloque organisé à Saint-Étienne. Notre intervention a fait salle comble et a rencontré un vif succès. On espère que ce n'est que le début (notre petit doigt nous le confirme)...
 
 
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    Voilà pour cet automne au Terrier, entre la poussière des travaux et les spores des livres morts d'avoir été trop confinés. On se presse de mettre le point final à ce bilan saisonnier pour, enfin, entrer pleinement dans la période des fêtes, qui ne nous a pas attendu pour commencer...