dimanche 3 mai 2020

Son espionne royale et la fiancée de Transylvanie (Son espionne royale mène l'enquête #4) - Rhys Bowen.

Royal Blood (Royal Spyness #4), Berkley, 2010 - Editions Robert Laffont, coll. La bête noire (trad. de B.Longre), 2020.

  Sa mission : sauver un mariage princier.

  Londres, 1932. La reine demande à Georgie de s’acquitter d’une tâche bien délicate : représenter la famille royale lors du mariage de la princesse de Roumanie et du prince de Bulgarie, qui aura lieu en Transylvanie dans le fameux château de Bran. Georgie accepte avec plaisir, d’autant que la mariée se trouve être une ancienne camarade d’école. Mais le château est lugubre, l’atmosphère de la région, berceau de toutes les légendes de vampires, macabre. Et le séjour de Georgie prend un tour carrément terrifiant quand, la veille de la cérémonie, l’un des invités meurt empoisonné ! C’est à elle qu’il revient de sauver les festivités nuptiales… avant que la mort ne sépare les jeunes mariés un peu plus tôt que prévu.


  Entre Downton Abbey et Miss Marple, une série d’enquêtes royales so British !

*** 

  Et de quatre! Grâce à sa sortie simultanée avec le tome 3, on s'est jeté sur ce quatrième opus de Son espionne royale sans attendre! Au programme : un voyage en Europe de l'Est, sur les terres propices aux légendes de vampires...


"— Georgiana, ma chère. C'est très aimable à vous de venir au pied levé.
  Comme si j'avais pu lui refuser quoi que ce fût. Les souverains avaient cessé de faire trancher des têtes, mais on continuait néanmoins de leur obéir."


  Automne 1932 : Georgie gèle dans la maison londonienne des Rannoch lorsqu'elle reçoit une lettre de son frère Binky et de son horrible belle-sœur, Fig. Tous les deux vont venir passer quelques jours en ville et s'attendent à ce que la demeure soit prête à leur arrivée. Mais que s'imaginent-ils? La pauvre Georgie vivotte elle-même là depuis plusieurs mois, ne s'alimentant que de thé et de toast, ayant tout juste de quoi allumer un feu! Fort heureusement, voilà que le séduisant Darcy O'Mara l'invite au restaurant pour une soirée très arrosée, d'où la jeune fille revient très pompette... scandalisant ainsi pour son plus grand plaisir une Fig qui semble encore plus retournée que de coutume (et pour cause... elle attend un autre bébé Rannoch qui relègue Georgie à la 35ème place dans la liste d'accession au trône)! Mais les affaires ne vont pas tarder à reprendre : la jeune lady est convoquée par la reine, qui veut lui confier une mission bien particulière : représenter la famille royale à l'occasion d'un mariage princier donné en Transylvanie. Ravie d'être nourrie et logée pendant quelques jours, la jeune femme accepte quoi qu'elle reste surprise d'être envoyée à la place d'une héritière de plus grande importance. Une fois sur place, elle comprend tout : le frère de la mariée, une ancienne camarade de classe de Georgie et Belinda, n'est autre que l'insupportable Prince Siegfried, que tout le monde tente de lui faire épouser depuis plusieurs mois. Mais cela sera loin d'être la seule corvée de son séjour dans ce pays lugubre : en plein dîner de fête, l'un des convives, haut représentant politique, meurt empoisonné. Pour éviter de réveiller de vieilles rancunes étatiques et préserver la paix, Georgie décide de mener l'enquête... rendue bien compliquée par les gaffes de sa nouvelle bonne, engagée au pied levé et qui n'entend rien aux us et coutumes de l'aristocratie!


"— Nous avons organisé un événement relativement modeste, et les invités seront surtout des parents, expliqua Matty. Après tout, nous sommes tous liés à la plupart des familles royales européennes. Nous sommes tous horriblement consanguins, je le crains. Rien d'étonnant à ce que nous soyons aussi toqués." 
 

  Après un troisième opus qui avait gagné en qualité, autant dire que ce tome fraîchement arrivé chez nous était attendu au tournant! Le premier tiers, fidèle aux codes de la série, permet une fois encore de poser le décor et de faire entrer tour à tour les personnages de l'histoire. On y retrouve avec plaisir Darcy O'Mara, que les activités probablement liées aux services secrets rendent de plus en plus intéressant au-delà de son idylle avec Georgie, même si on s'amuse franchement de voir ces deux-là batifoler de plus en plus, quitte à créer de vrais scandales. 

 
"La chasse est un passe-temps sain pour les jeunes hommes. Cela leur évite de s'appesantir sur leurs pulsions sexuelles."
 
  On sent rapidement que l'auteure est certainement une admiratrice du Dracula de Bram Stoker, tant l’œuvre s'invite voire s'impose dans l'intrigue de ce quatrième tome. C'est peut-être même en hommage à ce chef-d’œuvre de la littérature de l'horreur que Rhys Bowen a tenu à écrire ce roman. Dès lors, il faut justifier le déplacement en Europe de l'Est, ce qu'elle parvient à expliquer de façon assez crédible avec cette histoire de mariage princier. Avant même que l'héroïne n'arrive sur place, l'écrivaine amène dans les discussion la légende du vampire pour préparer le terrain... vampire que l'on guette à la moindre page dès que la jeune lady pose son premier pied en Transylvanie : les paysans brandissant des croix à tout bout de champs, le château de Bran (qui a appartenu au vrai Dracula), une silhouette drapée dans une cape qui grimpe sur le mur de la bâtisse en pleine nuit... voilà qui sonne un peu trop "Bram Stoker". L'affluence de référence est un peu too much, là où de simples suggestions auraient peut-être été suffisantes mais reconnaissons que le château offre un décor de choix, propice aux intrigues et que cette lecture donne furieusement envie de visiter!

"Il faut te rendre à l'évidence, Georgie : passer d'un lit à l'autre est un sport d'importance majeure pour notre classe sociale. Cela permet de tuer le temps entre deux parties de chasse, de tir et de pêche."

Une chambre du château qui pourrait fort bien avoir inspiré celle de Georgie dans le roman,
et un escalier dérobé véritable qui a peut-être soufflé à l'auteure l'idée de passages secrets...
 
"Les gens ont tous la même tête dans cette région du monde (...). C'est la faute des Huns. Ils étaient si doués pour violer et pour piller que tout le monde leur ressemble à présent."

  Heureusement, le mariage princier reprend vite la place centrale de l'histoire et, une fois le meurtre survenu, l'enquête est fort bien écrite et rondement menée. L'auteure, en évoquant les guerres de territoires et conflits politiques des pays de l'Est à cette époque, montre une fois encore qu'au-delà de la légèreté de cette série, elle continue de reconstituer un contexte toujours nourri de nombreuses recherches qui donnent du corps au roman. On apprécie de voir Georgie mise en avant par Darcy pour participer aux investigations et rester dans le secret de l'enquête lorsque le meurtre survient : même si ce rôle qui lui est donné laisse perplexe de nombreux personnages masculins, la jeune femme s'impose, forte de son expérience... on l'imagine bientôt se voir confiée des missions plus importantes, peut-être à quatre mains avec le mystérieux Darcy?

"— Il te faut savoir que les hommes n'ont que deux pensées en tête : tuer et copuler.
— Il existe quantité d'hommes qui possèdent des sentiments plus raffinés et qui s'intéressent à l'art et à la culture, j'en suis certaine.
— Oui, ma chérie, naturellement. On les appelle les homosexuels. Et ils sont adorables, toujours pleins d'esprit et fort divertissants. Mais au cours de ma longue et singulière vie, j'ai découvert que ceux qui sont le plus en verve sont des incapables au lit, et vice versa."


La bibliothèque du château de Bran, où les personnages se réunissent pour faire le point sur leurs investigations...
 
  L'humour revient en force dans cet opus, plus proche des scènes vaudevillesques du premier et du second tomes, principalement grâce au personnage de Queenie, la bonne engagée à la dernière minute et véritable catastrophe ambulante. L'auteur en fait peut-être un peu trop avec cette dernière, mais on est content d'apprendre que Georgie décide de la garder à son service et de la retrouver dans les tomes suivants : sa maladresse peut parfois relever du génie et on s'attend à la voir devenir une aide précieuse à l'avenir. Parmi les autres personnages secondaires, Georgie se voit accompagnée d'un chaperon royal du nom de Lady Middlesex (l'entrée en scène de cette agaçante mais non moins courageuse femme d’ambassadeur laisse planer un instant d'humour en raison de son nom très connoté, passage qui marche cependant mieux en VO qu'en VF) et de la demoiselle de compagnie de cette dernière, Mlle Bickett, paranoïaque mais perspicace. Cependant, les traits de tous ces personnages secondaires sont beaucoup plus forcés que dans les opus précédents et parfois un peu trop caricaturaux. Le final est aussi un peu plus inégal : l'écrivaine multiplie les atermoiements pour augmenter le suspens et essayer de brouiller les pistes mais la révélation reste malgré tout trop transparente.  
 
 
"Elle parvint à afficher un franc sourire et me tendit la main.
— Middlesex, déclara-t-elle.
— Je vous demande pardon?
— C'est mon nom. Lady Middlesex."
 
 
 La véritable famille royale de Roumanie,
mariage de la princesse Ileana en 1931


En bref : Un opus qui a de bons côté dans l'évolution du personnage principal et sa relation – voire son association – avec Darcy, mais dont l'intrigue est plus inégale que les précédents. L'ombre du Dracula de Stoker est trop présente et l'histoire que brode Rhys Bowen justifie davantage les références utilisées qu'elle n'existe pour elle-même. Ce quatrième tome reste agréable à lire mais on espère un niveau d'un cran au-dessus à l'occasion du prochain opus...
 
 
 

Pour aller plus loin...

A very Roaring Winter : cocktails & speakeasy...


   Le temps nous file entre les doigts malgré son apparente immobilité : la crise du covid 19 et le confinement mis en place en fin d'hiver ont quelque peu perturbé notre rapport à la chronologie, si bien que de mémoire de Terrier, jamais nous n'avons fait le bilan saisonnier aussi tard. Mieux vaut tard que jamais ; après notre printemps, notre été, et notre automne 2019 façon Années Folles, voici le récap' de cet hiver marquant le centenaire des Roaring Twenties...

Bar clandestin et porte dérobée :


  C'était un de mes objectifs de cette année. Après avoir dîner dans un sublime restaurant du nom de Speakeasy au cours de l'été dernier, je rêvais de prendre un verre dans un véritable speakeasy d'inspiration années 1920. Enfin, "véritable", façon de parler car ces bars clandestins sont bien évidemment typiquement américains puisqu'on les avait aménagés secrètement pendant la prohibition, alimentant ces débits de boisson connus des seuls habitués en alcool de contrebande (souvent mauvais et justifiant dès lors de les utiliser dans des cocktails souvent détonants)... 


  S'il n'existe donc aucun speakeasy authentique à Paris, on a vu poindre plusieurs bars "à la mode de" depuis quelques années dans la capitale : l'entrée de l'un est caché dans la machine à laver d'un vrai lavomatique, la porte dérobée d'un autre derrière une cabine téléphonique, etc... Le speakeasy d'inspiration Art Déco que nous sommes allés voir, le bien nommé Moonshiner (le Moonshine était le nom donnée à l'alcool de contrebande dans les années 20), 5 rue Sedaine, dans le 11ème arrondissement de Paris, est quant à lui caché dans... une pizzeria! Il vous faudra traverser le petit restaurant italien sous l’œil amusé des pizzaiolos jusqu'à la chambre froide, dont l'austère et large porte vous guette depuis le fond de l'échoppe. La porte du frigo est en fait une porte dérobée vers un monde jazzy de lumières tamisées, de fauteuils en cuir et de cocktails aussi fantaisistes qu'inventifs.


  En effet, pas de recettes classiques au Moonshiner : la carte, régulièrement renouvelée, propose des boissons originales et sophistiquées qui s'amusent du mélange des saveurs. Nous avons inauguré cette première soirée dans un speakeasy en trinquant au Who killed Willy Wonka?, qu'on nous a servi bien frappé avant d'y ajouter à la pipette quelques gouttes d'un liquide rouge parfumé à... la truffe (le sang de Willy Wonka, nous a expliqué le serveur...).


  Verdict? L'atmosphère est évidemment topissime et l'on ressent presque une montée d'adrénaline lorsqu'on s'empresse de s'engouffrer dans la chambre froide sans être tout à fait certain que c'est autorisé (sans parler de l'étonnement des familles attablées autour d'une pizza et qui vous dévisagent lorsqu'elle vous voient sortir d'un frigo...). La carte est un peu chère (comptez environ 14 euros pour un cocktail) mais c'est une expérience à vivre au moins une fois. Question saveurs, je ne peux que reconnaître l'originalité des cocktails (enfin de celui que nous avons essayé, en tout cas) mais mon estomac pas toujours copain avec les alcools forts a eu quelques difficultés à terminer le verre qu'on m'avait servi... peut-être, cependant, que c'est LE verre qui tiendra éloigné le covid 19...

Magie à l'Opéra : 


  Cet hiver, j'ai profité d'un weekend à Paris pour retourner à l'opéra Garnier. Pas pour le simple plaisir de me perdre dans ses corridors (je n'ai pas besoin d'excuse supplémentaire pour y faire un saut dès que l'occasion se présente) mais aussi pour préparer une future visite à l'occasion d'un voyage scolaire prévu avec un groupe d'enfants et adolescents dont j'ai la charge, prévu pour le Printemps (et, comme vous l'imaginez, depuis annulé pour les raisons qu'on ne connait tous que trop bien...). J'en ai profité pour m'attarder longuement devant les costumes exposés et devant les miniatures des décors, absolument magiques de minutie...




Doctes activités pendant le pré-confinement :


  Bien avant que nous soyons tous officiellement confinés, j'avais déjà de l'expérience en la matière : après mon assignation à résidence suite à ma chute de vélo et à une fracture du fémur l'an dernier, j'ai de nouveau joué les gueules cassées suite à une seconde opération tout début 2020. Non, je n'ai pas refait de folies sur la bicyclette : je devais en revanche passer une nouvelle fois sur le billard pour me faire enlever le piquet de tente qui tenait mon fémur en place. J'ai donc bénéficié de plusieurs semaines de confinement avant la quarantaine et en ai profité pour préparer ma demande d'admission à Poudlard. Car oui, si tout va bien, votre humble serviteur devrait retourner à l'école à la rentrée... Des préparatifs qui m'ont pris tout mon temps, puisqu'en plus de la paperasse et de l'écrit de présentation/motivation de dix pages, il fallait aussi se bagarrer avec le service des bourses de la banque Gringotts, pas franchement généreux. Tout mon dossier est parti par hibou pour Poudlard, d'où j'attends une prochaine convocation pour l'oral de sélection. Une fois tout cela terminé, c'est à peine si j'ai eu le temps de remettre le pied à la pédale qu'il fallait déjà remiser le vélo au fond du terrier pour cause de grippe espa... pardon, de covid.



Popotes et casseroles : 


  Peu de temps à consacrer à la cuisine également... j'ai donc surtout refait quelques classiques du Terrier, dont la tourte au poulet, adoptée à l'unanimité depuis son inauguration pour la gourmandise littéraire de Pique-nique à Hanging Rock, ainsi que les lasagnes butternut/épinard/mozzarella, que je n'avais pas faites depuis quelques années déjà. Côté nouveautés, Mother Rabbit s'est invitée un midi avec de sympathiques mini-charlottes aux mûres qui ont eu un certain succès, et j'ai profité d'un panier garni de légumes du jardin de Father Rabbit pour cuisiner une flamiche aux poireaux tout ce qu'il y a de simple et rapide...





Acquisitions...



   De nombreuses nouveautés de librairie et papeterie ont rejoint mes étagères cet hiver, dont certaines déjà chroniquées sur le blog au cours des dernières semaines. Un partenariat avec les éditions de l'Archipel m'a permis de découvrir le roman de L.Ashford La dame de l'Orient-Express qui romance un passage de la vie d'Agatha Christie, Agatha Christie sur laquelle une passionnante encyclopédie a par ailleurs été éditée il y a quelques années et que mon amie Grenadine m'a récemment offert.


 (cliquez sur les images pour élargir et vous amusez des consignes de préparation...)

  Mon adorable Clochette/Tinker Bell m'a comme de coutume bien gâté lorsque nous nous sommes brièvement croisés à Paris pendant l'hiver : un sublime livre documentaire sur l'Orient-Express, illustré dans un style très Art Déco fort à propos, de nombreux flyers délicieusement graphiques, et une boite d'Alice in Wonderland Tea, magnifique, qui a rejoint mon meuble à thé déjà bien trop rempli...

    
  Pour rester dans la thématique, je me suis offert un carnet paperblanks Lewis Carroll qui me faisait de l’œil depuis bien trop longtemps, vite rejoint sur les étagère de mon secrétaire par des carnets lapins printaniers. Afin d'infuser le Thé "Alice" comme il se doit, ma sœur avait eu la bonne idée de m'offrir une boule à thé Mrs Samovar qui a bien évidemment fait mon bonheur...
  Au détour d'un magasin culturel, je suis également tombé par hasard sur un biopic de la BBC sur les sœurs Brontë dont j'ai hâte de vous parler, de l'album J'aimerais te parler d'elles, déjà chroniqué à l'occasion de la dernière journée du Droit des femmes, et sur la superbe BD Dans la forêt des Lilas, que j'espère vous présenter à l'occasion du futur challenge Halloween...

***

  Voilà pour cet hiver à la mode des Roaring Twenties, moins fourni que les précédentes saisons en raison de l'assignation à résidence pour raison de santé, suivie de près par le confinement général. Alors que j'ai célébré pendant un an le centenaire du tournant des années 1920, la crise sanitaire actuelle s’apprête peut-être seulement à nous faire entrer dans de nouvelles Années Folles, une fois tous sortis de cette étrange parenthèse... Affaire à suivre...

lundi 27 avril 2020

Son espionne royale et la partie de chasse (L'espionne royale mène l'enquête #3) - Rhys Bowen.

Royal flush (Royan spyness #3), Berkley, 2009 - Editions Robert Laffont, coll. La bête noire (trad. de B.Longre), 2020.

  Londres, 1932. Les affaires de Georgie sont loin d’être au beau fixe. Afin de se faire un peu d’argent, elle a alors l’idée du siècle (selon elle) : tenir compagnie à des gentlemen de passage dans la capitale. Une pièce de théâtre, un bon dîner, un brin de conversation et le tour est joué ! Sauf que son premier client attend visiblement une conclusion bien différente à cette soirée...
Pour éviter un scandale, Georgie est renvoyée fissa en Écosse. Mais il ne s’agit pas seulement d’une punition. En effet, Scotland Yard lui confie une tâche de la plus haute importance : surveiller la partie de chasse royale qui se tient au château de Balmoral. Quelqu’un vise les héritiers du trône britannique, et qui d’autre que Georgie, avec son flair légendaire, pourrait démasquer le coupable ?  
 
Sa troisième mission : protéger la famille royale.



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  Après la sortie simultanée du tome 1 et du tome 2 l'an dernier, voici qu'arrivent en même temps le troisième et quatrième volumes de cette pétillante série policière so British et vintage en diable. Quel plaisir de retrouver Georgie, 34ème dans la liste des prétendants au trône d'Angleterre, aristocrate désargentée et détective improvisée à ses heures perdues. Ce sont les années 30, le prince de Galles fricote avec Wallis Simpson (au grand dam de la reine), les complots communistes et nazis se multiplient, et Georgie a créé (anonymement) une entreprise de ménages à domicile pour subvenir à ses besoins! Enjoy!



"— Tu aurais dû lui sauter dessus à la première occasion, répliqua Belinda. Un homme comme Darcy ne va pas attendre pendant des lustres.
— J'en suis consciente. C'est à cause de l'éducation que j'ai reçue au château de Rannoch et tous mes ancêtres. Je ne cesse de penser à Robert Bruce de Rannoch, qui a tenu bon lors de la bataille de Culloden et qui s'est défendu jusqu'à être taillé en pièces.
— J'ai du mal à comprendre le rapport entre cette histoire et ta virginité, ma chérie."

  Pour ce troisième opus, Lady Georgie est de nouveau dans la panade : sa société de ménages n'est pas florissante et elle en a assez de ne se nourrir que de thé et de toasts, aussi décide-t-elle de fonder une nouvelle entreprise. Après avoir remplacé au pied levé son amie Belinda à un dîner avec un vieil américain, Goergie passe une petite annonce dans la presse pour proposer de tenir compagnie – le temps d'un repas et contre rétribution – avec des hommes qui aimeraient fréquenter la haute société. L'innocente jeune fille n'envisageait pas de passer pour une escort girl et son idée tourne rapidement au vinaigre ; tirée d'affaire de justesse par le séduisant Darcy O'Mara, Scotland Yard la contacte comme par hasard le lendemain pour lui demander de quitter la ville quelques temps afin d'éviter un scandale. Voilà donc Georgie dans le Flying Scotman, direction : le château de Rannoch! Pendant son voyage en train, elle est accostée par un éminent membre des services secrets britanniques : une garden party est annoncée à Balmoral, non loin du château de Rannoch, et plusieurs des membres de l'aristocratie déjà sur place ont réchappé de peu à des tentatives de meurtre. Même Binky, le frère ainé de Georgie, est alité à la suite d'un accident suspect... La jeune femme est missionnée pour faire la lumière sur cette affaire. Une fois à destination, elle découvre la demeure familiale envahie par des Américains : le cercle de Balmoral refusant de loger Wallis Simpson, la maîtresse du prince et tout son cercle d'amis ont été envoyés à Rannoch où Fig, la belle-sœur de Georgie, est au bord de la crise de nerfs. Entre le monstre du loch voisin, des apparitions fantomatiques nocturnes, le haggis au petit déjeuner et les réveils en fanfare au son de la cornemuse, Georgie mettra à jour un sombre secret précieusement gardé par l'aristocratie...
" Au bord d'un loch, 18 août 1932, temps frais et vivifiant (ce qui signifie, en termes écossais, qu'un vent mugissant souffle par rafales)."


  Après les deux précédentes enquêtes qui prenaient essentiellement pour décor le tumulte londonien et qui amusaient le lecteur des déboires financiers de Lady Gorgiana, on apprécie de suivre cette jeune et pétillante héroïne dans le dépaysement de son Ecosse natale : le château (fictif mais tellement authentique) de Rannoch et la (réelle) demeure de Balmoral deviennent les décors de choix de cette nouvelle aventure. Sur fond de carte postale écossaise, on se régale littéralement de la restitution du quotidien de l'aristocratie en ce début de XXème siècle : l'étiquette toute britannique, les us et coutumes de la haute société, les parties de chasse à travers la campagne... Rhys Bowen met en scène un univers sur lequel elle s'est minutieusement documentée et dans lequel elle glisse sa propre fantaisie : une audacieux mélange d'Agatha Christie, d'une chronique à la Nancy Mitford, et d'un roman d'Helen Fielding!



Le château de Balmoral dans les années 30.

"Je chutai dans le vide. Tout en dégringolant, je tentai de m'agripper à la paroi, mais mes doigts lâchèrent prise. Je vis la roche défiler devant moi à toute allure, et des mots se formèrent dans mon esprit : "Je vais mourir. La barbe!" Et, pour une raison mystérieuse, j'étais agacée à l'idée d'être encore vierge."


  Si, comme dans les tomes précédents, le premier tiers du livre sert essentiellement à poser le décor avant que ne survienne un meurtre, on est désormais habitué à ce qui semble être un code propre à ces romans. Cette plongée progressive mais toujours pleine de style dans l'histoire permet à l'auteure de rappeler les bases de la série, de poser celles nécessaires à l'intrigue policière à venir, et à dépeindre le décor sociologique évoqué ci-dessus. Cette première partie est de mieux en mieux amenée par la romancière, qui l'utilise à profit pour distiller l'ambiance du roman. On se laisse porter avec délice dans l'atmosphère rétro et guindée des parties de campagne anglaises, du tea time réglementaire, et des codes désuets de l'aristocratie en trépignant d'impatience à l'attente du crime...



Le couple royal et leur petite-fille, Elizabeth, dans les années 30.

"Fig n'aurait pas approuvé des démonstrations d'affection aussi indécentes. Ses parents et elle se bornaient à échanger des poignées de main. C'était à se demander comment le petit Podge avait été conçu – Je me figurais qu'elle s'était contentée de fermer les yeux et de penser à l'Angleterre, ainsi qu'on me l'avait conseillé."

  L'humour reste évidemment très présent : ce contexte est toujours un excellent prétexte à la parodie ou aux détournements jubilatoires. Mais après avoir donné dans le cocasse sans retenue dans les deux précédents opus, Rhys Bowen l'utilise ici avec davantage de parcimonie. La légèreté est toujours de mise mais, beaucoup plus nuancée, elle permet à l'auteure de consacrer tout son talent à la complexité de l'intrigue criminelle, fort bien réussie (par ailleurs la plus aboutie des trois premiers tomes)!



 Partie de chasse vintage!

En bref : Tea time et meurtre à Balmoral! Un troisième tome qui, sans se départir de la légèreté propre à cette série, fait la part belle à l'intrigue policière, finement construite. Le scénario gagne en densité et l'esprit enlevé reste de la partie ; on a déjà hâte de découvrir le tome suivant.





Pour aller plus loin...

Gourmandise littéraire : Méga-Sandwich du Diner.



  Dans le livre Un été avec Louise (The Chaperone), Laura Moriarty raconte de façon romancée l'été 1922 que passent la jeune Louise Brooks (star du cinéma muet en devenir) et son chaperon à New York. L'adolescente, alors en passe d'être une future célébrité, quitte son Kansas natal pour suivre la saison d'été de la prestigieuse école de danse de Denishawn. Sa famille a tout prévu pour subvenir à ses besoins le temps de cette session prometteuse : la tempétueuse jeune fille et son chaperon, Cora Carlisle, une mère de famille trop sérieuse, sont logées dans un très sympathique petit appartement new-yorkais situé en face d'un diner typiquement américain. L'une et l'autre traversent donc régulièrement la rue pour se rafraîchir d'un verre de lait, déjeuner d'un sandwich ou se régaler d'une crème glacée.

  Devenues rapidement des habituées, Cora et Louise se lient d'amitié avec Floyd, le jeune serveur, toujours prêt à rendre service et qui espère réussir à séduire l'adolescente. Mais Louise, insaisissable et plus dangereuse qu'on ne pourrait le croire, se sert de lui pour se faire inviter dans un speakeasy... confus, Floyd la ramène ivre en pleine nuit à Cora tout en se confondant en excuses. Sous prétexte d'acheter un sandwich, Cora se présente au diner le lendemain pour évoquer l'événement avec le jeune homme...


"— Vous n'auriez pas dû l'inciter à s'éclipser en douce pour vous rejoindre. (Elle croisa son regard et observa ses longs cils, les taches de rousseur discrètes sur son nez.) Mais merci de l'avoir ramenée à la maison.
  Il était surpris. C'était là tout ce que Cora pouvait induire de son expression, de la façon dont il la dévisageait en plissant le front. La sonnette de la cuisine retentit et il se retourna pour réceptionner la commande sur le passe-plat. Cora se replongea dans la lecture du menu et son regard s'attarda sur la description détaillée du méga-sandwich : de fines tranches de rosbif. Du fromage suisse. Un mélange spécial d'herbes et d'épices. Du pain frais."

L.Moriarty, Un été avec Louise (The chaperone), Pocket, 2014.


Louise et Floyd au comptoir du diner dans le film adapté du roman de L.Moriarty.

    Les diners américains ont été très popularisés à travers les fictions cinématographiques et télévisées américaines des années 50 et 60 si bien que leur esthétique et leur ambiance sont devenues synonymes de la culture vintage de l'outre-Atlantique : banquettes colorées, tables en formica, sol en damier, comptoir en chrome rutilant et jukebox en fond sonore. On ignore que les diner existaient déjà dans les années 1920 et que leur création remonte bien avant cela encore. Leur origine date des années 1850, quand un jeune typographe de Rhode Island du nom de Walter Scott (rien à voir avec le poète écossais) décide de distribuer des repas aux journaliste qui travaillent de nuit pour arrondir ses fins de mois. Il aménage ainsi une roulotte en cantine itinérante et traverse la ville à la recherche de clients. A sa suite, cette astuce se propage comme une trainée de poudre à travers l'état jusqu'à devenir réglementaire et voir de nombreux vendeurs ouvrir leurs cantines. Dès lors, les diners deviennent des lieux de restauration fixes et gagnent en confort : on les agrémente d'un comptoir, de tables, de chaises, etc...

Illustration publicitaire pour un diner dans les années 20.

  Dans les années 20, la révolution sociale, culturelle et industrielle qui suit la Grande Guerre gagne les milieux de la restauration. L'industrialisation alimentaire et l'apparition de la restauration rapide profitent aux diners qui gagnent en chic, tout en continuant de proposer une alimentation à moindre coût (essentiellement des sandwiches). Leur style s'inspire de l'esthétique Art Déco et leur aménagement copie celui des wagons-restaurants des trains de luxe. L'American Diner, qu'on associe donc tellement dans l'imaginaire collectif aux années 50 et 60, avait déjà sa place dans dans la culture populaire des années 1920, ce qui explique que Laura Moriarty en fasse un décor de choix dans The chaperone.



Ingrédients (pour un sandwich):

- Deux larges tranches de pain de seigle moelleux
- Deux tranches de rosbif froid
- Deux fines tranches d' Appenzeller (fromage suisse à pâte mi-dure)
- Un brin de cerfeuil
- Une gousse d'ail
- Aneth

A vos tabliers!

- Emincer le plus finement possible la gousse d'ail ou la passer au presse-ail. Réserver.
- Sur une première tranche de pain, disposer une tranche de fromage puis une tranche de rosbif.
- Saupoudrez d'ail et d'aneth avant de couvrir de la seconde tranche de rosbif et de la seconde tranche de fromage.
- Disposer le brin de cerfeuil frais, refermer avec la seconde tranche de pain.
- A manger froid ou passé sous le grill du four.



Cora Carlisle vous recommande ce déjeuner sur le pouce avec un grand verre de lait frais!

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