jeudi 8 août 2019

Son espionne royale mène l'enquête ( L'espionne royale #1) - Rhys Bowen.

Her Royal Spyness solves her first case (Royel Spyness #1), Berkley Publishing Group, 2007 - Éditions Robert Laffont, coll. La Bête Noire (trad.de B.Longre), 2019. 

   Londres, 1932. Lady Victoria Georgiana Charlotte Eugenie, fille du duc de Glen Garry et Rannoch, trente-quatrième héritière du trône britannique, est complètement fauchée depuis que son demi-frère lui a coupé les vivres. Et voilà qu'en plus ce dernier veut la marier à un prince roumain !
   Georgie, qui refuse qu'on lui dicte sa vie, s'enfuit à Londres pour échapper à cette funeste promesse de mariage : elle va devoir apprendre à se débrouiller par elle-même. Mais le lendemain de son arrivée dans la capitale, la reine la convoque à Buckingham pour la charger d'une mission pour le moins insolite : espionner son fils, le prince de Galles, qui fricote avec une certaine Américaine...

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  Les éditeurs s'arrachent décidément les cosy mysteries! Sinon, comment expliquer l'arrivée en France de cette nouvelle série près de douze ans après sa publication en langue originale? Après Agatha Raisin et les détectives du Yorkshire, voilà une nouvelle saga d'enquêtes so british teintées d'humour, mais la noblesse en plus : l'héroïne, membre de la famille royale, nous entraîne dans des investigations pleines de surprises dans le cercle de Sa Gracieuse Majesté...

Trailer pour la sortie des deux premiers tomes en VF
 (toute ressemblance avec le générique de Downton Abbey est volontaire). 

  Écosse, 1932. Lady Gorgianna de Rannoch – affectueusement surnommée Georgie – est trente-quatrième dans la liste d'accession au trône d'Angleterre. Fille d'un noble (suicidé après de trop nombreuses dettes de jeux) et d'une actrice – so shocking! – (depuis remariée et divorcée plusieurs fois), elle réside gracieusement au château familial de Rannoch auprès de son demi-frère Binky et de sa pingre de  belle-sœur Fig, tous les deux aussi fauchés qu'elle, en attendant que la Couronne britannique lui trouve un époux. Il faut dire que la noblesse, à moins de vivre à Buckigham, ce n'est plus ce que c'était, depuis la grande dépression... et lorsqu'elle apprend qu'elle va probablement être mariée à un prince de l'Europe de l'Est, Georgie se sauve à Londres sous un faux prétexte, espérant d'ici là trouver une solution pérenne. Sans un penny en poche et sans domestique, l'héritière désargentée utilise la débrouillardise héritée de ses années de pension en Suisse pour s'en sortir seule. Au diable l'étiquette : il lui faut un travail! En usant de son nom comme référence, elle fonde une société de ménages dont elle est à la fois la propriétaire et... l'unique employée, ce qui ne manque pas de la plonger dans des situations des plus embarrassantes. Quand la Reine l'invite à prendre le thé au palais, Georgie est certaine qu'elle va se voir mariée de force ou envoyée jouer les dames de compagnie d'une vieille lady acariâtre, mais Sa Majesté souhaite l'embaucher... comme espionne! Le prince de Galle se serait entiché d'une Américaine, qui plus est mariée, et La Reine a besoin d'une taupe qui les surveille de près pour s'assurer de la respectabilité de l'étrangère. Georgie accepte mais doit bientôt régler ses propres problèmes lorsqu'elle découvre un cadavre dans sa baignoire ; tout accuse son frère Binky, promis à la potence. Pour l'innocenter, l'apprentie espionne royale devra mener l'enquête...

 Couvertures des éditions en VO.

"Pour ceux d'entre-vous qui l'ignoreraient, une jeune fille de bonne famille se doit de prendre part à cette succession de bals et autres divertissements lors desquels elle débute dans le grand monde et est présentée à la cour. C'est une manière polie d'annoncer : Voilà, messieurs. Maintenant, pour l'amour du ciel, que quelqu'un l'épouse et nous en débarrasse."

  Les couvertures au visuel vintage, girly et très lisse (peut-être un peu trop) pouvaient nous laisser craindre un contenu sympathique mais convenu. La lecture nous réserve finalement une surprise plutôt agréable et, il faut l'admettre, assez prometteuse en ce que l'intrigue va bien au-delà du synopsis peu convainquant de la quatrième de couverture. Les cent premières pages se lisent avec délice : pleines d'humour, elles servent essentiellement à planter le décor et présenter les personnages. On fait ainsi connaissance avec Georgie, jeune lady qui refuse de se soumettre à un mariage arrangé, sa famille haute en couleurs, la vie très humble qu'ils se doivent de mener dans leur austère et glacial château écossais (dont les W.C. horriblement tapissés de tartan ont déjà provoqué quelques insomnies et même un suicide), bref, l'auteure nous dresse un exemple désopilant et à peine romancé de ce qu'est la noblesse britannique après la grande dépression. La vie de l'héroïne, qui tente de survivre sans le sou en plein Londres, comporte également quelques bons passages : entre sa meilleure amie l'extravagante Belinda qui veut l'aider à perdre sa virginité et un lord tout aussi fauché qu'elle qui l'invite à s'incruster aux réceptions de mariages pour manger à l’œil, on ne s'ennuie pas une seconde.

 Couvertures de plusieurs éditions étrangères.

"— Pourquoi ne peut-il trouver quelqu'un de convenable et s'assagir ? Cela me dépasse. Il n'est plus de la première jeunesse, et j'aimerais le voir établi avant qu'il ne doive monter sur le trône. Pourquoi n'épouserait-il pas quelqu'un comme vous, par exemple ? Vous feriez très bien l'affaire.
— Je n'y verrais pas d'objection. Mais je crains qu'il ne me considère encore comme une petite fille. Il aime les femmes mûres et sophistiquées.
— Il aime les traînées qui mériteraient des tartes, déclara froidement Sa Majesté.
Elle leva les yeux à l'instant même où les portes s'ouvraient ; un ensemble impressionnant de plateaux fut apporté.
— Ah, des tartes, répéta-t-elle, au cas où son commentaire serait arrivé aux oreilles des domestiques."

Buckingham Palace dans les années 30.

   Si bien qu'arrivé à plus du premier tiers du livre sans le moindre début d'un crime ou d'une enquête, on se demande s'il est vraiment nécessaire de faire de cette très amusante comédie de mœurs un polar. D'ailleurs, quand la Reine demande à Georgie d'espionner le prince de Galles et sa maîtresse pour le compte de la Couronne, on a trouvé ça moyennement sérieux, ou du moins pas assez solide pour en faire les bases d'une vraie intrigue. Heureusement, un cadavre retrouvé dans la baignoire, c'est tout de suite mieux! Feu la victime faisait chanter Binky, en plus! L'affaire se pimente sérieusement, et notre intérêt grandit encore plus lorsque notre jeune et adorable Lady échappe de justesse à plusieurs tentatives de meurtre. En très peu de chapitres, on passe donc d'un tableau parodique de la noblesse à une enquête légère et pleine d'humour mais dont les rebondissements suffisent à nous faire tenir jusqu'à la fin sans désintéresser.


"— Je ne fais pas confiance à cet O'Mara. Il n'est jamais rien sorti de bon d'Irlande.
— Le whisky. Et la Guiness."

  Les personnages sont parfois un peu faciles ( sauf peut-être la très glamour et libérée Belinda, et l'adorable grand-père cockney de l'héroïne) et le crime sera probablement résolu rapidement par les lecteurs de polars chevronnés, mais le cadre historique et mondain est plutôt bien restitué et le tout est relevé de quelques dialogues hilarants et de bonnes situations cocasses lorsque conventions et bonnes manières se heurtent à l'urgence et à la nécessité de passer outre. On referme ce premier tome avec l'envie, le plaisir coupable même, de vouloir découvrir le second.


En bref : Entre cosy mystery et comédie de mœurs, R.Bowen inaugure ici une série de polars légers qui égratigne avec humour la noblesse anglaise des années 30. Si on est loin d'une intrigue noire et complexe, on a en revanche une enquête qui surprendra davantage le lecteur que la quatrième de couverture le laissait penser, et qui présente un petit goût de reviens-y...

 Un grand merci à NetGalley et aux éditions Robert Laffont pour cette lecture!

 Et pour aller plus loin....
-Découvrez toute la série : le tome 2, et les suivants à venir...





4 commentaires:

  1. Je me demandais justement ce que ça donnait cette nouvelle série !

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    1. Je suis en train de lire le second : ça gagne en épaisseur sans se départir de l'humour de départ. J'espère que les autres tomes paraîtront en France car la série promet de se bonifier au fur et à mesure !

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  2. Oh oh oh, je note ! ça devrait être réjouissant !!

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