jeudi 6 avril 2017

La pluie, avant qu'elle tombe - Jonathan Coe

The rain before it falls, Viking Books, 2007 - Editions Gallimard (trad. de S.Chauvin et J.O.Chauvin), 2009 - Editions Folio, 2010.

  Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences? 

  Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d'inscrire l'intime dans l'Histoire, l'obsession des coïncidences et des échos qui font osciller nos vies entre hasard et destin. Et s'il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave, le plus poignant, le plus abouti. 

*** 

  Décidément, je ne cesse de revenir à ces éléments : des familles, des descendances, des transmissions invisibles, des secrets. Bien sûr, j'ai toujours admis rechercher ces éléments d'une lecture à l'autre, surtout après avoir terminé un ouvrage qui m'invite à poursuivre dans la même atmosphère. Et même si c'est effectivement dans cette optique que j'ai enchaîné sur ce roman de J. Coe dans la foulée de Double secret, c'était sans imaginer que j'en sortirai à ce point secoué.


"Il n'y avait pas de désordre, il n'y avait pas de hasard. Il y avait une cohérence à déchiffrer."

  Lorsque Rosamond décède, sa nièce Gill est mandatée par le testament de la défunte pour assurer la transmission de ses biens. Et d'une histoire. Cette histoire, elle est racontée par Rosamond elle-même, enregistrée sur plusieurs cassettes audio dans la journée qui précéda sa mort. Les bandes, accompagnées d'une série de vingt photographies, doivent être remises à une certaine Imogen ; et le testament est claire : si jamais Gill ne retrouvait jamais la jeune femme en question, alors elle pourra les écouter. Mais Imogen semble avoir disparu de la surface de la terre, et il n'en reste à Gill qu'un vague et lointain souvenir, celui d'une fillette aveugle rencontrée au cinquantième anniversaire de Rosamond, il y a de cela vingt ans... Alors un soir, Gill glisse la première cassette dans un poste et écoute le récit de sa tante, l'histoire de trois générations de femmes : sa cousine Beatrix, sa fille Théa, et sa petite fille Imogen, une histoire étroitement liée à la sienne, et marquée d'un enchaînement de correspondances dramatiques.


“Eh bien moi, j’aime la pluie avant qu’elle tombe. Bien sur que ça n’existe pas. C’est bien pour ça que c’est ma préférée. Une chose n’a pas besoin d’exister pour rendre les gens heureux.” 


  Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre, n'ayant jamais rien lu d'autre de cet auteur pourtant bien connu de la littérature britannique, et dont la bibliographie témoigne d'un certain éclectisme. Ce roman se distingue semble-t-il de ses autres écrits en s'attardant de façon très psychique et intime sur l'histoire féminine d'une famille, et sur l'idée d'une transmission  transgénérationnelle. Rien d'effrayant derrière cette idée, si ce n'est les étranges correspondances, les répétitions sybillines d'une génération à l'autre, et le sentiment d'une même boucle, d'une même trame qui se revit jusqu'à ce qu'une issue enfin se profile.

" Une photo, finalement, c'est bien peu de chose. Elle ne peut capturer qu'un seul moment, sur des millions, de la vie d'une personne, ou de la vie d'une maison. Quant aux photos que j'ai sous les yeux, elles n'ont de valeur que dans la mesure où elles corroborent ma mémoire défaillante. Elles sont la preuve que les choses que je me rappelle se sont vraiment produites, qu'elles ne sont pas des souvenirs fantômes ou des chimères, des fantasmes. Mais qu'en est-il des souvenirs pour lesquels il n'y a pas de photos, pas de corroboration, pas de preuve ?"

  La réussite de cet ouvrage est de ne pas imposer cette idée comme une théorie mais de la laisser se dessiner d'elle même, en filigrane de ces trois destins qui se succèdent, sujet à raconter tant de choses et d'événements qui font de ce roman un récit riche et passionnant. L'enfance dans l'Angleterre du Blitz, la vie dans la campagne britannique, le statut de la femme et de la mère à travers un demi-siècle d'évolution sociale, l'homosexualité féminine... Autant d'éléments qui, brodés autours d'un unique fil rouge, viennent lui apporter intensité et densité.


 "On dit que dans les moments d'émotion intense une fraction de seconde équivaut à une éternité..."

  Les dernière lignes nous laissent dans un flou étrange : on ne sait si, enfin, le cycle des générations trouve la paix, ou si notre seule consolation en tant que lecteur (ainsi que celle de Gill elle-même) est d'approcher un incroyable savoir devant les coïncidences qui semblent marquer la même branche d'un arbre généalogique. On referme le livre en suspens, troublé et ému par tant d'étrangeté et d'une logique presque invisible entremêlées, à moins que la révélation et la résolution de l'histoire ne résident justement dans cette prise de conscience d'un héritage invisible...


" Il n’y a rien à dire, je crois, d’un bonheur qui ne comporte aucun défaut, aucune ombre, aucune tache — si ce n’est la certitude qu’il aura une fin."

En bref : Un récit intime et bouleversant qui dresse des portraits de femmes fascinantes, et questionne avec une finesse tortueuse la prédestination familiale. On pourrait presque penser rester sur notre faim, mais c'est que J.Coe ne prétend pas apporter de réelle réponse à ce mystère de l'existence et laisse le lecteur apprécier cette idée, en prendre toute la mesure ; caresser avec subtilité cette possibilité qu'un lien invisible mais ténu relie les membres d'une famille au-delà des générations...



mardi 4 avril 2017

Double secret - Willa Marsh

The Summer House (sous le nom de Marcia Willett), Corgi Books, 2010 - Editions Autrement (trad. d'A.Weill), 2015 - Editions J'ai Lu, 2016.


  «Matt ouvrit l'enveloppe avec curiosité. Elle était vide, mis à part une photographie. Il la prit et se trouva face à face avec son propre visage.» Matt, jeune écrivain londonien, est en pleine crise existentielle. Depuis le succès inattendu de son premier roman, il est devenu incapable d'écrire la moindre ligne. La jolie Annabel lui reproche de ne pas s'investir davantage dans leur relation. La découverte d'étranges photos dans un coffret ayant appartenu à sa mère libère les fantômes du passé. Qui est l'auteur de ces clichés ? Pourquoi sa sœur n'apparaît-elle jamais à ses côtés ? Désorienté, Matt retourne à Exmoor, sur les lieux de son enfance. Chassés-croisés amoureux, secrets de famille et scones à volonté : un roman délicieusement british !

***

  Après le très bon Meurtres au manoir et sa couverture délicieusement dérangeante il y a quelques années, c'est de nouveau le visuel de ce dernier roman de la même Willa Marsh qui m'a poussé à l'achat.

"- Tu crois aux fantômes?
- Je crois que, partout où il y a eu des émotions fortes, des échos demeurent."

  Matt, trentenaire rêveur, est devenu en moins d'un an l'auteur le plus connu de la littérature fantastique grâce à un premier roman best-seller inspiré de ses peurs enfantines. Mais alors que sa mère, qui avait depuis longtemps sombré dans la démence, décède, l'angoisse qui l'habitait petit resurgit. Un sentiment qui se fait plus fort lorsqu'il ouvre le coffret légué par la défunte, contenant toute une série de photographies de lui qu'il ne connait pas, et qui provoque chez lui étrangeté et perplexité. Afin de prendre la distance nécessaire sur cette situation qui lui échappe, il rejoint sa famille de cœur, ceux qui les ont élevés lui et sa sœur Imogen : Milo et Lottie. Le vieil homme et sa belle-sœur qui résident ensemble depuis de nombreuses années avaient accueilli sous leur toit les deux enfants à la mort de leur père. Lottie, ce substitut de grand-mère bienveillante, cette femme aimante dont le regard semble toujours porter plus loin que le commun des mortels... comme un don de double vue? 
  Alors que Matt les rejoint dans la campagne anglaise, retrouvant en même temps tout le petit monde qui gravite autour d'eux, il sent qu'un voile s'apprête à se lever sur plusieurs secrets de famille qui sommeillent depuis trop longtemps.


"Sa réputation avait grandi autour d'elle, un peu comme les broussailles autour de la Belle au bois dormant ; elle fascinait les autres, mais les tenait également à distance."

  Quel plaisir de retrouver le style si caractéristique de Willa Marsh, tout en illustrant un univers différent de ses précédents romans. Exit le mélange de soap-opera pastiché et de thriller familial gothique de Meurtres au manoir ; ici, on a quelque chose de beaucoup moins carnavalesque et malsain, et en même temps tout aussi fin et réussi. Sa plume s'avère aussi aiguisée pour l'écriture caustique que pour la mélancolie, qu'elle véhicule avec subtilité pour conter cette histoire de famille atypique.

"C'est pour ça que nous écrivons. Nous créons à partir de notre vide, c'est ce manque d'une chose essentielle qui nous pousse à inventer des mondes parallèles."


"On a peur du silence, n'est-ce pas? On allume la télé, on prend un livre, on passe un coup de fil. Tout plutôt que rester dans le silence. On cherche toujours à échapper à l'endroit où on est, à l'ici et maintenant. On pense que la vie va commencer demain, ou quelque part ailleurs. Mais parfois attendre patiemment, en silence, laisse entrevoir les choses."

  Une histoire qui pourrait être très classique, tant elle déborde des aspects du réel. Et pourtant, parallèlement, Willa Marsh égraine çà et là ces petits éléments qui lui sont propres : un personnage de vieille lady grinçante, l'omniprésence d'une nature luxuriante et poétique, des maisons chargées d'Histoire(s) et, surtout, l'évocation de la frontière entre le visible et l'invisible, mais toujours à peine devinée - voire juste caressée - pour ne pas briser la solidité profonde de sa trame. 
  L'autre intérêt de Double secret est de se pencher sur un sujet que j'aime tout particulièrement, à savoir celui de la psychogénéalogie : l'idée que certains non-dits se transmettent insidieusement d'une génération à l'autre et que les situations se répètent parfois sur plusieurs descendances. Mais elle est surtout évoquée , et il est presque dommage que Willa Marsh ne creuse pas cette voie plus avant.

"J'ai toujours eu la sensation d'avoir une case en moins qui m'empêche de communiquer avec le reste des humains. C'est extrêmement gênant et on se sent très seul. Il me semble que tout le monde parle une langue que je ne peux pas tout à fait comprendre et observe une série de règles que personne ne m'a jamais expliquées. Je tâtonne, en tâchant de les saisir au fur et à mesure, mais je n'ai jamais très bien réussi."

   Les lecteurs rodés aux intrigues familiales parviendront probablement à deviner le secret de famille au centre de l'histoire avant la révélation finale. Mais ce n'est pas là un point faible du récit qui, au contraire, sème les indices tout exprès à l'attention des lecteurs. La conclusion reste par ailleurs bien pensée, même si elle nous est amenée au terme d'une narration au rythme parfois inégal. Fort heureusement, c'est un élément que notre attention oublie vite, tant on est captivé par la superbe galerie de protagonistes tous impeccablement brossés et captivants.

"L'espoir est-il pareil que l'optimisme? Les optimistes ont des attentes concrètes, non? Que le temps se dégage, que la situation politique s'améliore... L'espoir, lui, tient de la foi - cette "démonstration des choses qu'on ne voit pas " ."


"- Nous sommes tous plus ou moins perturbés d'une manière ou d'une autre, annonça-t-elle. Certains arrivent plus facilement à surmonter leur handicap - et beaucoup les nient.
- C'est une mauvaise chose?
- Pas tant qu'ils ne méprisent pas ceux qui les acceptent..."


En bref : Un roman de Willa Marsh qui aborde avec émotion et pudeur le secret de famille et son poids transgénérationnel. L'auteure parvient à glisser avec finesse un soupçon de suprasensible qui ne gâche pas mais, au contraire, renforce le réalisme émotionnel du récit, porté par des personnages fascinants et certainement le point fort du roman.


Et pour aller plus loin

vendredi 24 mars 2017

La Belle et la Bête - Un film de Bill Condon pour les Studios Disney.


La Belle et la Bête
(Beauty and the Beast)

Un film de Bill Condon pour les Studios Disney,
d'après le film animé la Belle et la Bête de Walt Disney, et le conte de Mme Leprince de Beaumont.

Avec : Emma Watson, Dan Stevens, Kevin Kline, Emma Thomson, Luc Evans, Ewan McGregor, Josh Gad, Ian McKellen, Stanley Tucci...


  Fin du XVIIIè siècle, dans un petit village français. Belle, jeune fille rêveuse et passionnée de littérature, vit avec son père, un vieil inventeur farfelu. S'étant perdu une nuit dans la fôret, ce dernier se réfugie au château de la Bête, qui le jette au cachot. Ne pouvant supporter de voir son père emprisonné, Belle accepte alors de prendre sa place, ignorant que sous le masque du monstre se cache un Prince Charmant tremblant d'amour pour elle, mais victime d'une terrible malédiction.

***

  Même en se disant que le filon du conte de fée et de la réadaptation live par Disney de ses propres classiques devient presque une rengaine commerciale, l'annonce de la transposition de La Belle et la Bête en prises de vues réelles l'an dernier a vite fait l'unanimité. En 2014, alors que sortait l'adaptation grand spectacle du français C.Gans, une version alternative de Guillermo del Toro avec Emma Watson était également en projet, avant d'être très vite tuée dans l’œuf. Mais l'éventualité d'Emma en Belle avait semble-t-il éveillé l'appétit des Studios Disney, qui s'empressèrent de lui proposer le rôle dans leur propre version.


  Il y a un an, le net montrait les premières images preview, en même temps que les noms des acteurs officiels étaient annoncés au compte-goutte : de la sublime Emma Thomson (qu'on ne présente plus) à Ewan McGregor, ou encore au grand McKellen, le casting se promettait d'être des plus prestigieux. Et même si les premiers extraits laissaient deviner une copie conforme du chef-d’œuvre animé, peu importait, on voulait tous voir le résultat... et même échaudé par le Cendrillon de 2015, je trépignais d'impatience de voir ce Belle et la Bête, dont la version de 1991 est mon Disney préféré.
  Aussi, lorsque j'ai eu l'occasion d'assister à l'avant-première, autant vous dire que je ne me suis pas fait prier... Bon, allez, je ne vous fais pas languir plus longtemps.


  A vouloir adapter presque au plan par plan la version d'origine, Bill Condon risquait de perdre toute crédibilité et voir son film manquer cruellement d'un intérêt propre. On pourrait y voir une absence totale de prise de risque et une volonté un peu facile de jouer la facilité, mais il n'en est rien. Pourquoi? Parce qu'au-delà d'emprunter la ligne narrative racontée dans le scénario original de Linda Woolverton, cette version live remplit le pari de sublimer l'histoire et, comble de la réussite, de la rendre quasi-réaliste aux yeux du public.


  Cette crédibilité est rendue possible d'une part grâce à une atmosphère visuelle qui puise son inspiration dans l'imagerie populaire du XVIIIème français : dès lors, tout respire l'authenticité. Des décors aux costumes, le conte se pose concrètement dans une charte stylistique qui lui confère la solidité dont n'avait pas bénéficié le visuel certes travaillé mais trop patchwork du Cendrillon de 2015. Du petit village de Belle qui respire bon la campagne française d'antan (intégralement reconstitué en extérieur d'après les modèles de Conques ou Noyer sur Serein) aux décors typiquement baroques du château qui nous évoquent directement la Cour d'un Louis XV ou XVI (et en prime so frenchie, une silhouette qui rappelle clairement celle du Mont Saint Michel, ornée de la même statue de l'archange terrassant le dragon!), en passant par les costumes dignes d'une reconstitution historique, toute l'esthétique du film est une vraie réussite.



  Et cette réussite s'étend aussi à la transposition à l'écran des personnages ensorcelés du château. Leur ton cartoonesque cède ici la place à un réalisme qui rend presque palpable l'existence de ces objets dans le décor et l'époque donnés, de même que leur mise en mouvement. Big Ben devient une très belle horloge Louis XV, Lumière un candélabre tout ce qu'il y a de plus rococo, et Mrs Samovar un très beau service en porcelaine de Chine. Mais mention spéciale à l'animation de l'Armoire, Mme de Garderobe, dont le visage se devine dans le mouvement de ses rideaux inspirés d'une scène d'Opéra.

  Avec ce film, c'est véritablement le dessin-animé qui prend vie, moyennant un petit quelque chose en plus. Il faut dire que quelques rajouts viennent combler les trous de l'histoire originale ou ajuster quelques incohérences ; ainsi, l'on sait pourquoi aucun villageois n'avait connaissance de l'existence de ce gigantesque château à deux pas de chez eux, pourquoi Belle se sent si différente des autres (un élément qui prend alors tout son sens dans le contexte XVIIIème siècle du scénario, la rapprochant ainsi de ces féministes en avance sur leur temps qui se heurtaient aux conventions typiquement masculines et au regard porté à l'époque sur le sexe dit faible) et le pourquoi de son installation à la campagne (venant apporter quelques informations intéressantes sur sa mère), etc... Le tout participe à donner une réelle épaisseur aux personnages, une dimension psychologique qui nous les rend d'autant plus vrais. C'est probablement Maurice qui gagne le plus à cette refonte des protagonistes, passant de l'inventeur étourdit au père protecteur débordant d'imagination.



  Le film se permet aussi quelques clins d’œils bienvenus au conte d'origine ainsi qu'à la superbeversion de Jean Cocteau. Tout d'abord, le village est baptisé Villeneuve, en référence évidente à Madame de Villeneuve, qui fut la première femme de Lettres avant Madame Leprince de Beaumont à coucher sur papier l'histoire de la Belle et la Bête. Puis, plus qu'un clin d’œil, le scénario réintroduit la rose demandée par Belle à son père, et qui déclenche la colère de la Bête lorsqu'il la cueille dans le jardin du château. Et Cocteau, me direz-vous? Les admirateurs du cinéaste français et de sa version de la Belle et la Bête auront reconnu, dans le décor de la roseraie, les arcades ornées de statues ce chasses exactement similaires à la muraille entourant le château de Raray, lieu de tournage de l'ancienne version française, et abondamment mise en avant dans le film de 1947. La caméra de B.Condon insiste aussi fortement sur les candélabres tenus à bout de bras sculptés sortant du mur, comme ceux, iconiques, du film de Cocteau...




  Côté casting, Emma Watson ne se contente pas d'être un copié-collé du personnage animé : pleine de fraicheur, elle dégage en même temps une vraie force qui en fait une très belle héroïne à l'écran. Très convaincante, elle est aussi beaucoup plus crédible que Léa Seydoux dans le même rôle (dans le film de Christopher Gans de 2014) dans les scènes d'émotion. L'excellent Dan Stevens (connu pour son rôle dans Downton Abbey), endosse quant à lui le double rôle du prince, mais aussi de la Bête, pour lequel il a joué tout le long du tournage perché sur des échasses avant que son image à l'écran soit entièrement recréée par ordinateur. La Bête, si elle reste plutôt réussie, manque ceci dit du charisme du dessin-animé ou de l'élégance de celle de Gans, et j'ai comme eu l'impression qu'un décalage persistait entre elle et le reste de l'image. Côté personnages secondaires, Luc Evans était à l'évidence l'homme de la situation pour camper Gaston et livre une prestation irrésistible dans les bottes du Narcisse qu'on adore détester. A ses côtés, l'hilarant Josh Gad parvient à rendre crédible le personnage très cartoonesque de LeFou. Si son rôle fait d'ailleurs l'objet d'une polémique autour de sous-entendus homosexuels (ce qui a valu au film une censure démesurée dans certains pays), c'est que les gens ont véritablement l'esprit mal-tourné : le clin d’œil à la sexualité du personnage n'est ni vain, ni indécent.


  A noter que la distribution compte quelques comédiens français, dont deux habitués des comédies musicales : Alexis Loizon, qui avait justement joué Gaston dans la version française du Musical à Mogador, endosse le rôle de Stanley ; vous ne pourrez pas le louper puisque ce comparse de Gaston est plusieurs fois mis en avant à l'écran. Ensuite, parmi le trio de pimbêches qui pâment devant Gaston se trouve également une comédienne française : Raphaëlle Cohen, qui interprétait le rôle féminin du Bal des Vampire à... Mogador également.


  Oui, des comédiens de comédies musicales, donc. Car ce Belle et la Bête est bien une comédie musicale : sans être la transposition à l'écran du Musical Disney de Broadway, on retrouve dans ce film toutes les chansons du dessin-animé de 1991, complétée de quelques autres inédites. Rien d'étonnant à cela tant la musique et les paroles originales d'Alan Menken et Howard Ashman, plusieurs fois primées, sont sublimes et mémorables. On regrettera seulement la VF, dont les textes manquent cruellement de style avec cette autre traduction (de qualité inégale) que celle bien connue des chansons du dessin-animé. Préférons la VO, qui permet en plus de découvrir les talents de chanteur du casting, Emma Watson en tête.



 En bref: Une transposition magique à souhait du conte original et de la version animée de 1991, qui brille par sa fraicheur et son authenticité. Enchanteur, émouvant et visuellement réussi, ce film nous fait retomber en enfance.

Et pour aller plus loin...

vendredi 17 mars 2017

Duchesses Rebelles #2 : la dangereuse amie de la reine - Anne-Marie Desplat-Duc.

Editions Flammarion Jeunesse, 2017.





  À la cour de France, Marie-Aimée de Rohan est amie de la reine d'Espagne, Anne. Cette existence de plaisirs et de fêtes aurait pu la satisfaire, mais la duchesse de Chevreuse a un tempérament de feu! Marie-Aimée ne se sent vivre que si elle anime des complots, si elle colporte des secrets et joue les espionnes... Et elle ne va pas s’en priver! Voici son histoire…





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  L'an dernier, Flammarion m'avait fait découvrir le premier tome de la nouvelle série Duchesses rebelles, par la très connue Anne-Marie Desplat-Duc, une des grandes spécialistes de la littérature jeunesse versaillaise! Après les fictives Colombes du Roi Soleil, l'auteure s'attache ici à raconter les vies de véridiques dames de la Cour, dont le point commun est d'avoir participé à la Fronde contre Mazarin. Dans le premier tome, elle ressuscitait la Grande Mademoiselle Anne-Marie-Louise, cousine du Roi, qui avait mené une armée jusqu'aux portes d'Orléans. Cette fois, c'est la Duchesse de Chevreuse, Marie-Aimée de Rohan (1600 - 1679), qui nous raconte son destin fascinant.

Marie-Aimée de Rohan, duchesse de Chevreuse.

"L'esprit est la denrée la plus rare et la plus recherchée à la cour. Il se trouve que j'en ai. Il serait navrant de ne point m'en servir."

  Oui, fascinant. Alors que l'histoire de Anne-Marie-Louise d'Orléans, parce que trop enveloppée dans le confort des palais et l'attente d'un époux, tardait à prendre un tournant quelque peu aventureux, celle de Marie-Aimée de Rohan adopte très vite un caractère rocambolesque. Ambitieuse et conspiratrice, elle est en effet de tous les complots pour assurer sa place de confidente auprès de la Reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV, qu'elle cherche à éloigner du joug du Cardinal de Richelieu tout d'abord, puis de celui de Mazarin ensuite. En effet plus âgée que Anne-Marie-Louise d'Orléans, l'intérêt de l'histoire de Marie de Rohan est qu'elle a, comme elle le dit dès le début du livre, connu le règne de trois souverains (Henri IV, Louis XIII, et Louis XIV) et fut l'ennemie de deux Cardinaux. On redécouvre avec curiosité la vie tumultueuse de cette aventurière, première en son genre, qui fut aussi impliquée dans la liaison de la Reine Anne avec le Duc de Buckingham et la légendaire affaire des ferrets (elle apparait d'ailleurs dans Les Trois Mousquetaires de Dumas, sous le pseudonyme de Marie Michon, oui, oui!).

 Le duc de Buckingham et la Reine Anne d'Autriche.

"Comploter n'était, somme toute, qu'un moyen divertissant de s'occuper."

  Ainsi, en 300 pages couvrant près de 60 ans d'Histoire, Anne-Marie Desplat-Duc nous entraine dans un tourbillon de complots et d'intrigues politiques des plus enthousiasmants, et ce même si les choix de son héroïne montrent sur la fin un certain manque de jugeote. Mais peut-on vraiment en blâmer l'auteure, puisqu'il s'agit en fait de la marche de l'Histoire telle qu'elle s'est déroulée? Bien évidemment que non, et même si le rythme des dernier chapitres est quelque peu irrégulier devant la difficulté de raconter peut-être en un minimum de pages le plus d'événements historiques possibles, il faut reconnaître le talent d'A.-M.Desplat-Duc à raconter à l'échelle de la jeunesse des ressorts et bouleversements aussi complexes et dans lesquels interviennent autant de personnages réels.

 Marie-Aimée en déesse Diane.

"L'exagération est l'arme des faibles."

En bref: Rappeler ainsi à nos mémoires de lecteurs les aventures véridiques de personnalités historiques aujourd'hui oubliées, et le faire de sorte à rendre le tout aussi intéressant pour un jeune public que pour les adultes curieux, c'est en soi une belle réussite. Ce second tome gagne en intérêt sur le premier grâce à un personnage au tempérament de feu qui donne à cette histoire des accents d'aventure palpitante, entre conspirations politiques et intrigues romanesques.

 Un grand merci à Flammarion pour leur confiance.

Et pour aller plus loin...

samedi 11 mars 2017

Miss Peregrine et les enfants particuliers - Un film de Tim Burton d'après le roman de R.Riggs.



Miss Peregrine et les enfants particuliers
(Miss Peregrine's home for peculiar children)
Un film de Tim Burton,
adapté du roman de Ransom Riggs
sorti le 5 Octobre 2016.

Avec : Eva Green, Asa Butterfield, Ella Purnel, Samuel L.Jackson, Judy Dench, Rupert Everett...

  Jake Portman, 16 ans, écoute depuis son enfance les récits fabuleux de son grand-père Abe. Ce dernier, un juif polonais, a passé une partie de sa vie sur une minuscule île au Pays de Galles, où ses parents l'avaient envoyé pour le protéger de la menace nazie. Le jeune Abe Portman y a été recueilli par Miss Peregrine, la directrice d'un pensionnat pour enfants « particuliers ». Selon ses dires, Abe y côtoyait une ribambelle d'enfants doués de capacités surnaturelles, comme Bronwyn, une fille avec une force exceptionnelle, Emma une jeune fille plus légère que l'air, Millard un garçon invisible... Abe avait aussi un don, les protéger des « monstres » qu'il était le seul à pouvoir voir.
  Un soir, Jake trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s'enfuit sous ses yeux. Bouleversé, Jake part avec son père Frankiln, en quête de la vérité sur l'île si chère à son grand-père. En découvrant le pensionnat en ruines, il n'y a plus aucun doute : les enfants particuliers ont réellement existé. Mais étaient-ils dangereux ? Pourquoi vivaient-ils reclus, cachés de tous ? Et s'ils étaient toujours en vie (et toujours jeunes) ? Aussi étrange que cela paraisse...

***


   Parce que je n'ai pas eu le temps de vous en parler à sa sortie en salle, je profite de la récente sortie dvd de Miss Peregrine pour vous donner mon avis sur ce film que j'avais tant attendu! Les lecteurs qui me suivent depuis longtemps doivent se souvenir à quel point le roman de Ransom Riggs m'avait chamboulé, aussi l'idée d'une adaptation me laissait-elle rêveur et très impatient. Mais contrairement à ce que pense la plupart des critiques presse, je n'ai jamais eu cette impression que Miss Peregrine aurait pu être écrit à destination de Tim Burton... aussi le voir à la réalisation ne me semblait pas si évident que cela. Lors de ma lecture, j'aurais plutôt imaginé l'histoire transposée à l'écran par Guillermo del Toro, d'une esthétique plus sobre. C'est dire si l'annonce de sa participation m'a fait grincer des dents... Oui, pourtant je suis un grand admirateur de Burton, mais davantage à ses debuts : Celui des premiers films, à l'époque où il savait se serrer la bride et quand il était encore "l'étrange étrangeté" du monde cinématographique.


  Cette impression, renforcée par ses derniers films très "grand spectacle" me laissait craindre la déception ressentie face à son Alice : un récit creux, des personnages vides, et une esthétique tellement poussée à son paroxysme qu'elle en faisait mal au yeux, bref, l'impression de Burton se parodiant lui-même. Le sentiment que le réalisateur avait lui-même perdu sa "plussoyance", le feu sacré, sa sincérité. C'est donc non sans appréhension d'une grosse farce commerciale que je suis allé voir ce Miss Peregrine, juste rassuré par la présence au casting d'Eva Green...


  Verdict? *roulement de tambours... Cymbales* Ouf! Bon, d'accord, j'explicite : plus que ça, j'ai vraiment aimé cette transposition, et ce avec son lot de modifications. J'irai même jusqu'à dire que la réussite de ce film est que, même avec ses réajustements, il est d'abord l'histoire de Ransom Riggs avant d'être un film de Burton, ce dernier ayant accepté de mettre de côté ses habituels codes trop "burtoniens" (ceux-là mêmes que j'appréhendais voir envahir l'écran) pour laisser davantage d'émotions transparaitre. En jouant la carte d'une certaine sobriété par rapport à sa récente filmographie, Burton retrouve toute sa superbe, cette flamme vive et incandescente de l'enfance qu'on avait pas ressenti depuis longtemps.


   Alors la métaphore du nazisme disparait un peu, certes, et peut-être est-ce plus à cause des allers et retours mentaux que je faisais avec le roman que mes glandes lacrymales m'ont chatouillé. Mais, quand même, le réalisateur parvient à toucher son public par les relations qu'il tisse à l'écran entre ses personnages, en particulier l'attachement de Jacob pour son grand-père Abe, et qui n'est pas sans évoquer la relation de l'aïeul conteur à son fils dans le début de Big Fish. Et c'est dans cette façon de retrouver la patte de Burton par petits clins d’œil -parfois à peine devinés- qu'on profite vraiment de son style : les poupées rafistolées qui prennent vie en stop-motion, une beauté blonde et diaphane (comme beaucoup de ses héroïnes), et un contraste intéressant dans les couleurs d'un même endroit sur deux époques différentes (l'île du pays de galle, morne à notre époque, devient colorée et luxuriante une fois Jacob retourné en 1940 - rappelant ainsi les tons tristes du monde des vivants qui s'opposent au pep's de ceux du monde des morts dans Les noces funèbres, ou même le retour du soleil dans le plan final de Sleepy Holow).


  Moi qui n'avais pas poursuivi la trilogie de Ransom Riggs au-delà du premier tome (je préférais rester sur sa conclusion ouverte et incertaine), j'ai apprécié la direction prise ici par le scénario, qui, passés les événements du premier opus, poursuit l'histoire dans une orientation différente du corpus littéraire. Les événements deviennent dès lors plus farfelus, mais cela se fait assez progressivement pour qu'on ne le ressente pas trop violemment. Je regrette seulement la fin un peu trop vite expédiée, et les incohérences dans l'utilisation du cadre temporel (une donnée trop importante dans l'histoire pour qu'on puisse se permettre de la traiter avec légèreté), assurément un piège dans lequel Riggs ne serait jamais tombé.


  Enfin, cerise sur le gâteau, le casting est très convainquant: Asa "Hugo Cabret" Butterfield (qui a bien grandi!) campe impeccablement Jacob, et on croise avec plaisir Judy Dench et le trop rare Rupert Everett (toujours aussi classe, même en personnage secondaire!). Bien évidemment, la palme revient à Miss Peregrine, campée avec un indéniable style par l'incandescente Eva Green, dont le talent est d'hypnotiser le public sans éclipser les autres acteurs. Son jeu donne totalement vie à la femme oiseau imaginée par Riggs : le costume et les cheveux bleu jais, les doigts recroquevillés comme des serres, ou encore les gestes volubiles du rapace prêt à se jeter sur sa proie. Oh, et ce regaaaard!



En bref : Malgré les quelques incohérences et rapidités du scénario, ce dernier film de Burton prouve que le fameux metteur en scène n'est pas mort artistiquement. Avec ce Miss Peregrine au style plus sobre mais non moins travaillé, le réalisateur retrouve toute sa superbe et son film se laisse d'autant plus apprécier. Le tout est porté par un excellent casting, dont le convaincant Asa Butterfield et la superbe Eva Green, sublime.

Et pour aller plus loin...

jeudi 9 mars 2017

Blood family - Anne Fine

Doubleday, 2013 - Éditions L'école des Loisirs (trad. de D.Kugler), 2015.


  Il revient de loin, Edward. Jusqu'à l'âge de sept ans, il a vécu enfermé dans un appartement avec sa mère, sous l'emprise d'un homme alcoolique et violent. Lorsqu'il est délivré de son bourreau, il peut enfin découvrir le monde qui l'entoure. Mais est-il libre pour de bon?
  Recueilli par les services sociaux, puis ballotté de famille d'accueil en famille d'adoption, Edward se construit en tentant d'oublier son passé. Mais au fil des années ce passé le suit pas à pas et ne cesse de se rappeler à lui. La force, le courage et la volonté lui suffiront-ils pour lui échapper?



***

  Anne Fine, c'est cette grande auteure britannique , principalement connue en France pour sa série du Chat assassin et le très célèbre Mrs Doubtfire. Après le très angoissant, inattendu, et réussi  Passage du diable dévoré l'an dernier, ce roman également inscrit dans une veine très sombre avait de quoi titiller ma curiosité. Le synopsis laissait d'ailleurs un sentiment de "déjà lu", évoquant fortement celui du Passage du diable! Anne Fine se plagiant elle-même? Non, impossible, il devait forcément y avoir autre chose à découvrir derrière ce résumé très succinct.



  Et effectivement : exit le contexte rétro et l'atmosphère mi-hitchockienne, mi-fantastique (on s'amusera cependant d'un clin d’œil plus qu'appuyé au Passage du diable, pour ceux qui avaient noté la similitude des synopsis). Ici, l'histoire n'a nul besoin d'effet de style ou d'ambiance, le glauque est celui d'une réalité tout ce qu'il y a de plus vraie, Anne Fine abordant cette fois le placement d'un enfant retiré à sa famille maltraitante. En temps normal, j'évite à tout prix ce que j'ai l'habitude d'appeler les "lectures ou films d'éduc" : étant de la profession et ayant moi-même eu une expérience d'assistant socio-éducatif dans un service d'Aide Sociale à l'Enfance, j'ai vite le nervomètre qui grimpe devant ce type de récit, qui accumule régulièrement les clichés. Mais là, j'avoue, le nom d'Anne Fine m'a incité à passer outre mes codes habituels.



  Et j'ai bien fait, car ce roman est une pépite! Anne Fine s'attaque à un sujet d'autant plus complexe qu'il se trouve au croisement de nombreux autres ( réalité sociale, famille, psychologie, adolescence, et même les addictions ) tout en parvenant à éviter les écueils classiques (et autant dire que je la guettais au tournant). Alors certes, on pourrait lui reprocher de raconter une famille dont l'horreur touche à tous les extrêmes quand la réalité des situations de maltraitance s'exprime souvent de façon plus sournoise, mais l'image a le mérite de parler à tout le monde, surtout qu'elle traite le tout avec grande pertinence. Son regard, d'un grand réalisme, s'écarte progressivement de la situation initiale pour raconter au fil de plusieurs narrateurs l'évolution du jeune garçon au fil de son placement. La voisine curieuse qui a prévenu les travailleurs sociaux, l'éducateur chargé de placer l'enfant, la famille d'accueil, la psychologue, la sœur adoptive, l'institutrice, et évidemment Eddie lui-même. Du personnage secondaire simplement de passage aux protagoniste récurents, cette polyphonie permet une pluralité des points de vue qui évite de tomber dans des raisonnements trop étroits.



  Plus encore, Anne Fine vient aborder avec finesse la question du déterminisme biologique (mais si, vous savez, même Zola en parlait déjà!), une donnée qui entre en compte dans la parcours de ces jeunes sauvés in extremis de situations familiales pathogènes : quel héritage psychologique recevront-ils de ces parents violents? Le mal se transmet-il, ressurgit-il d'une génération à l'autre? Pourquoi cette impression d'un destin auquel on ne peut échapper? Le thème, d'autant plus risqué qu'on est en littérature jeunesse, est traité avec sagacité et profondeur, sans tomber dans les clichés vains comme on aurait pu le craindre.

En bref : Anne Fine montre ici l'étendue de son talent en abordant le parcours d'un enfant à vif, hanté par une histoire familiale violente. Perspicace et fin, son roman parvient à aborder le passage à l'âge adulte via l'épineuse question de l'héritage psychologique, et traite du placement de l'enfant en évitant les écueils propres au sujet. Aussi intéressant pour les plus jeunes que pour les lecteurs adultes, ce roman coup de poing est une réussite dans le genre.

Et pour aller plus loin...

mercredi 1 mars 2017

Gourmandise littéraire : Pâtes à la Puttanesca des orphelins Baudelaire.


  Avec la récente diffusion sur Netflix de l'excellente adaptation télévisée des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, on compense la fin de la saison 1 en remettant le nez dans les romans originaux de Lemony Snicket! Et on constate que d'aventures désastreuses à aventures culinaires, il n'y a qu'un pas. En effet, on trouve dans chaque tome au moins un passage qui se penche sur le sort gustatif réservé aux orphelins : le gâteau à la noix de coco de leur oncle Monty, la fameuse soupe froide au concombre de la Tante Aggripine, et... les inoubliables pâtes à la Puttanesca préparées pour le comte Olaf!
  Rappelez-vous : dans le premier tome, à peine arrivés chez leur nouveau tuteur que les voilà relégués au rang de serviteurs. Une des tâches mémorables qui leur est confiée est la confection d'un plat digne de ce nom pour toute la troupe de théâtre du comte. Avoir avoir compulsé plusieurs ouvrages de cuisine, nos trois bambins se prononcent pour ce plat d'origine italienne, qui aura...un succès tout relatif auprès des convives...

"Alors un cri monta dans la pièce voisine: A manger! A manger! Et toute la troupe se mit à frapper sur la table en cadence, ce qui est de la dernière impolitesse.
- On ferait mieux de servir cette Puttanesca, dit Klaus. Sinon, va savoir de quoi le comte est capable! 
Viloette se souvint des mots du chauve, "démolir un si joli minois", et elle acquiesça en silence. Tous deux se tournèrent vers le grand faitout frémissant de sauce, si amical, si réjouissant tout au long de l'après-midi ; à présent, on aurait dit un horrible chaudron de sang. Alors, stoïquement, laissant Prunille à la cuisine, ils firent leur entrée dans la salle à manger, Klaus portant un grand plat empli des pâtes et Violette le faitout de sauce Puttanesca, avec une énorme louche pour le service."

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, tome 1 "Tout commence mal", Lemony Snicket.

  Contrairement à ce que dit Klaus dans la version cinématographique de 2004, "spaghetti alla puttanesca" ne signifie pas "spaghettis faites avec les fonds de tiroir" (ce que, du coup, j'ai longtemps cru également). Non, non : traduisez de l'Italien et vous obtiendrez littéralement "spaghettis à la putain". Oh, désolé si je vous choque, l'explication reste tout simplement historique, rassurez-vous. Le fait est que ce plat d'origine napolitaine apparu au milieu du XXème siècle trouve son nom dans la légende suivante : il aurait été inventé par des prostituées, soit pour attirer des clients par son odeur alléchante, soit pour elles-même, afin de ... euh... retrouver des forces après leur labeur.
  Bref, loin de cette origine quelque peu scabreuse, pour nous, c'est juste LE plat symbolique des orphelins Baudelaire et du comte Olaf.



Ingrédients pour 4 personnes:

. 500 g de spaghettis
. 400 ml de sauce tomate (celle de chez Picard est parfaite)
. 2 gousses d'ail
. 5 anchois à l'huile
. 50 g d'olives noires dénoyautées
. 1 c-à-s bombée de câpres
. Quelques feuilles de basilic
. 1 c-à-s d'huile d'olive
. 1 pincée de piment en poudre
. sel, poivre noir, parmesan.


A vos tabliers!

-Faire chauffer l'huile d'olive, ajouter l'ail émincé et le piment. Ajouter les anchois et mélanger pendant environ 1 minute jusqu'à ce qu'ils se décomposent.
-Ajouter les câpres égouttés et les olives. Mélanger en les écrasant légèrement avec le dos d'une cuillère ou d'un spatule en bois. Ajouter la sauce tomate et poivrer. 
-Augmenter le feu et laisser mijoter environ 10 minutes afin que la sauce épaississe. Rectifier l'assaisonnement si besoin.
-Porter une grande casserole d'eau à ébullition. Saler et y jeter les pâtes. Laisser cuire à gros bouillons le temps indiqué sur l'emballage. 
-Egoutter les pâtes et les servir généreusement arrosées de sauce, le tout parsemé de basilic et de parmesan râpé.


  Idéal si vous recevez une troupe d'acteurs ratés assoiffés de sang... ou pour votre propre plaisir personnel, parce que c'est désastreusement bon!