samedi 25 janvier 2020

Gourmandise littéraire : Nerine.


  Poursuivons dans l'ambiance festive des Années Folles, faisons durer encore un peu le plaisir de la compagnie de l'honorable Miss Fisher, dansons et... buvons encore quelques cocktails! Comme nous avons déjà eu l'occasion d'en parler, il en coule à flots à l'occasion de la "Dernière Grande Fête" de 1928 à laquelle participe Phryne à Werribee Mansion dans Murder in the dark. Un chapiteau, dressé dans le parc du célèbre manoir australien, a même été entièrement destiné aux rafraîchissement, à quelques mètres de celui réservé à la musique.

  Phryne y retrouve une vieille connaissance : la chanteuse de jazz Nerine, rencontrée quelques temps plus tôt au cours de l'intrigue de Crime au moulin vert. Embauchée par les jumeaux Templar – hôtes et organisateur – pour assurer l'ambiance musicale de la soirée, Nerine fait danser les invités grâce à sa voix unique et à son groupe plein d'énergie. Le soir de la Saint Sylvestre, la chanteuse propose à Miss Fisher et à son cavalier de boire un Nerine, un cocktail inventé en son honneur par ses partenaires musiciens...


"— Venez prendre un verre avec moi, mes agneaux, proposa Nerine.
— C'est un nouveau cocktail inventé en son honneur, précisa Tommy.
— A base de menthe, de sucre, de bourbon et de jus d'ananas, et c'est dé-li-cieux, dit Nerine d'une voix sensuelle.
— Et baptisé un Nerine, conclut Tabitha. A la vôtre!
— Cul sec, dit Nicholas (...).
  Il trouva le Nerine délicieusement acide.
— Je dois y aller, leur dit Nerine. Profitez de la musique : vous n'avez jamais entendu un concert comme celui auquel vous allez assistez ce soir!".

Murder in the dark, K.Greenwood, chapitre 19, Constable (2018).

  Nous vous avons déjà raconté l'histoire des cocktails et leur importance au cours de la décennie des Roaring Twenties. Pour ceux qui auraient loupé les derniers épisodes ou qui auraient manqué d'attention, vous pouvez retrouver nos précisions historiques dans nos précédents articles sur le Nursery Fizz et sur le White lady, deux authentiques cocktails des années 20 croisés dans l'univers de Phryne Fisher. 

 Nerine dans la série Miss Fisher enquête!

  Attardons-nous cette fois plus particulièrement sur le Nerine. Comme le laisse entendre cet extrait, il ne s'agit pas d'un cocktail réel mais d'une totale invention de Kerry Greenwood pour les besoins de son roman. Cela n'empêche en rien de le réaliser si vous avez les bons ingrédients et un shaker : l'avantage des cocktails, c'est que quoi qu'on y mélange, c'est rarement mauvais! Ceci dit, même si Kerry Greenwood nous donne la composition du Nerine, nous ne disposons d'aucune précision sur les quantités ; or, c'est là que se joue toute la réussite de la recette. Afin d'obtenir le meilleur des résultats, nous avons recherché les cocktails similaires pour nous en inspirer...

  Les ingrédients de base de cette boisson sont le jus d'ananas et le bourbon, qu'il n'est pas rare de croiser dans la composition de cocktails classiques déjà existants. Le bourbon est un whisky américain fabriqué pour moitié à partir de maïs ; son nom vient du comté de Bourbon (Kentucky), celui-là même hérité de Louis XIV, roi français de la famille de Bourbon (le comté avait été baptisé en son honneur après que la France soit venue en aide aux colons américains dans leur conflit pour l'indépendance contre les Anglais).


  Parmi les nombreux cocktails comprenant du bourbon, nous pouvons citer, entre autres, l'Arcadia, le Boston Sour, le Bittersweet, l'Algonquin, ou encore le Royal Julep. Ce sont ces deux derniers qui peuvent nous aider à élaborer une recette équilibrée pour ce Nerine : l'Algonquin parce qu'il se compose principalement de jus d'ananas et de bourbon, et le Royal Julep parce qu'il est préparé à base de bourbon, de menthe et de sucre. Le Royal Julep n'est par ailleurs pas sans nous faire penser au Mint Julep, cocktail à base de menthe fraîche rendu célèbre par Gatsby le Magnifique, dont raffole Nerine dans Murder in the dark (Phryne la croise toujours avec un verre de Mint Julep à la main). Il n'est pas impossible que son goût prononcé pour le Julep ait motivé l'ajout de menthe à la composition de son Nerine...

Ingrédients (pour une personne):

- 4 cl de bourbon
- 3 cl de jus d'ananas
- 3 feuilles de menthe
- 1 cuillère à café de sucre

A vos shakers!

- Mettre les feuilles de menthe dans le shaker puis ajouter les autres ingrédients.
- Secouer vigoureusement.
- Servir sans attendre.



A boire à toute heure du jour ou de la nuit, du moment que c'est sur un air de jazz!

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jeudi 23 janvier 2020

Miss Fisher and the crypt of tears : dernière bande-annonce et dernières news!


  Tic-tac, tic-tac... le temps passe et la sortie de Miss Fisher and the crypt of tears approche! Alors que nous lui avons consacré tout spécialement nos fêtes de fin d'année, les news et infos abondent dans l'autre hémisphère et de l'autre côté de l'Atlantique! Étant moi-même producteur du film – oui, enfin, à très petite échelle, mais rappelons que le financement de cette suite cinématographique de la série a été possible grâce à un crowdfunfing et que j'ai à ce titre cédé quelques billets pour participer, comme des centaines d'autres fans à travers le monde, à l'aboutissement du projet – j'ai reçu mon invitation pour l'avant-première privée, réservée aux contributeurs. Génial, n'est-ce pas? Oui, tout ça c'est très bien, mais on ne m'offrait pas le billet d'avion pour l'Australie, donc je n'ai malheureusement pu bénéficier de cette place de cinéma prestige pour voir le film avant tout le monde...

Invitation pour la projection privée (ci-dessus).

  Pour patienter, il ne me restait donc que ces quelques clichés de promo issus du tournage dans le désert marocain et diffusés au compte-goutte sur la toile depuis le mois de septembre. Comme l'a si bien fait remarquer une amie, si l'incarnation cinématographique d'Adèle Blanc-Sec frimait déjà un peu sur son dromadaire, cette Miss Fisher au comble de l'élégance et imperturbable du haut de son camélidé, c'est du lourd!

  
  Par bonheur, passée cette projection privée, nous avons enfin pu en voir plus. Outre une première affiche officielle saturée de style (en tête d'article) au slogan accrocheur ("Si glamour, c'est criminel") dévoilée quelques jours à peine après l'avant-première, une bande-annonce longue a été diffusée à partir de mi-décembre. La musique jamesbondienne en diable, la même que pour le tout premier teaser, est intitulée Nothing but diamonds par le groupe Atomic Overture. 


  On a également appris quelques éléments supplémentaires grâce au dernier synopsis publié sur le web, plus complet de quelques détails que les moutures précedentes relayées jusqu'ici : 

  L'intrigue commence à Jérusalem, où Phryne se trouve pour sauver d'une condamnation injustifiée Shirin Abbas (Izabella Yena), une jeune bédouine emprisonnée à tord et traumatisée par le massacre de son village pendant la Première Guerre mondiale. La détective l'aide à s'évader et s'envole avec elle pour Londres, où elles trouvent toutes les deux refuge dans le manoir de Lord et Lady Lofthouse (Daniel Lapaine et Jacqueline McKenzie), où réside également le frère cadet de Lord Lofthouse, Jonathan (Rupert Penry-Jones), des amis de la famille Fisher. Phryne promet à Shirin de l'aider à résoudre le mystère qui entoure le massacre de son village et à réclamer que justice soit faite. Les frères Lofthouse, anciens combattants, seraient impliqués dans le saccage du village de Shirin mais nient les faits. L'affaire aurait pu s'arrêter là mais prend un autre tournant lorsque l'inspecteur Robinson, qui rejoint Phryne, est témoin avec la détective du meurtre d'un déserteur de l'armée ; la victime leur confie juste avant de mourir un médaillon contenant un mystérieux message crypté qui les conduira à poursuivre leurs investigations à Jérusalem...


  Ce résumé et les bribes que l'on peut glaner à travers la superbe bande-annonce nous permettent de dégager quelques informations et d'imaginer les possibles pistes qu'explorera le film. Cette nouvelle vidéo nous confirme le magnifique décor du manoir Werribee, que l'on connait pour avoir servi de cadre à l'adaptation télévisée de Pique-nique à Hanging Rock, mais qui est aussi le décor de Murder in the dark, le roman de la saga Miss Fisher mysteries se déroulant à Noël, récemment chroniqué. Il semble, de plus, que la superbe bâtisse accueille une réception on ne peut plus chic, à laquelle l'inspecteur Robinson rejoint Miss Fisher avec un paquet cadeau. Simple présent de retrouvailles ou cadeau de Noël




  Le scénario ferait-il quelques clins d’œil à Murder in the dark? Nous ne disposons d'aucune preuve pouvant corroborer nos suppositions, d'autant que le combat d'escrime avec Lord Lofthouse, filmé dans le superbe escalier de Werribee Mansion, semble en même temps indiquer que la scène se passe dans le manoir londonien des Lofthouse. Idem pour la scène de retrouvailles avec Jack, sensée se dérouler en Angleterre, où Miss Fisher lui avait fait promettre de le rejoindre à la fin de la saison 3. Essayerait-on de nous faire passer Werribee Mansion pour une demeure londonienne? Ce serait criminel pour le patrimoine australien mais tout semble pourtant l'indiquer ( un tour de passe-passe courant au cinéma, notamment pour les décors historiques : combien de productions anglaises racontant des scènes versaillaises n'ont-elles pas poser leurs caméra dans des châteaux gallois qu'on nous faisait alors passer pour la demeure du Roi Soleil?!).

  
    Ceci dit, l'équipe s'est bien déplacée à Londres pour le tournage de plusieurs scènes. Miss Fisher et Jack Robinson retenus sur le sol britannique dans le cadre de l'enquête, discutent sur un pont qui laisse entrevoir un paysage tout londonien : on jurerait apercevoir un bout du Tower Bridge au-dessus de la Tamise...




  Le goût pour l'orientalisme propre aux années 1920 est très présent dans cette bande-annonce visuellement époustouflante. Quelques scènes que l'on croirait filmées dans la vieille réserve d'un musée nous laisse entrevoir une statue de Bastet qui n'est pas sans rappeler l'atmosphère égyptienne de la fin de la première saison...



  Mais bien sûr, ce qui est le plus impressionnant dans ces images, ce sont les scènes tournées en plein désert. L'inspiration jamesbondienne vient se recouper là avec un petit côté Indiana Jones (le film A la poursuite du diamant vertRomancing the stone en V.O. – est également cité dans les inspirations) par ailleurs revendiqué par Deb Cox et Fiona Eagger, les créatrices et scénaristes du film. Voyage à dos de dromadaires sous un soleil de plomb, crypte dissimulée sous le sable et éboulements dans des conduits souterrains... Faut-il préciser à quel point tout ce romanesque est prometteur?




  Ah, on oublierait presque la petite anecdote : comme elle l'a déjà fait dans la série, Kerry Greenwood apparait en caméo avec son compagnon dans le film. On les aperçoit tous les deux, assis à une table de la grande salle de réception de Werribee Mansion, au début de la bande-annonce :



    Cet ultime trailer est donc une réussite en tout point, un aperçu très attrayant de ce que sera ce film qui, on l'espère, marquera le premier chapitre d'une trilogie, comme les deux créatrices l'ont envisagé à la genèse du projet. Un projet dont ces extraits des plus alléchants reflètent l'important travail de pré et de post-production. En effet, des révélations ont également été faites à ce sujet dans les derniers communiqués de presse publiés sur le net.

  On a ainsi appris que plus de 400 effets spéciaux ont été conçus pour la version définitive du film, de même qu'un soin important a été apporté aux costumes. On a cependant eu la surprise de ne pas retrouver la talentueuse styliste Marion Boyce à la création : elle a été remplacée par Margot Wilson, qui a par ailleurs travaillé avec elle aux costumes du film Haute-Couture (adapté du roman australien Vengeance haute-couture de R.Ham) en 2015. Margot Wilson a créé une quinzaine de tenues rien que pour Phryne, dont certaines étaient un véritable défi en terme de conception puisqu'elles devaient allier l'élégance des années 20 et le  côté pratique nécessaire aux exigences physiques du personnage (dont une scène où la détective saute d'une falaise pour atterrir sur le toit d'un train et une autre où elle passe à travers une fenêtre avant de partir à moto dans le désert).


  Too much, Phryne? Rien, en tout cas, qui soit contradictoire avec ce qu'on sait de l'héroïne. Comme cela avait été évoqué dans un de nos précédents articles, ce film met en avant le tempérament d'aventurière de Miss Fisher, qui préexiste à ses compétences de détective mais que le cadre de ses enquêtes melbournaises ne permettaient pas jusqu'ici de démontrer. Miss Fisher and the crypt of tears est l'occasion de remettre au premier plan tout ce qui fait le caractère unique de cette femme en avance sur son temps et que Kerry Greenwood et les créatrices de la série ont toujours envisagée comme une icône féministe.

"Elle peut escalader un immeuble, parler plusieurs langues étrangères, danser le tango, conduire une voiture ou piloter un avion. Elle a également été ambulancière pendant la Grande Guerre. Elle est capable de briser toutes les règles pour venir en aide à ceux qui en ont le besoin et pour défendre les droits des femmes." 
 (Fiona Eagger)




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  Après la projection privée organisée en Australie, Miss Fisher and the crypt of tears a bénéficié d'une première mondiale au Festival du film de Palm Spring le 4 janvier dernier, dont il était l'événement phare. Pour l'occasion, Essie Davis (Phryne Fisher), est apparue rayonnante au bras de Nathan Page (Jack Robinson) sur le tapis rouge.



  Tony Tilse, le réalisateur du film mais aussi des meilleurs épisodes de la série télévisée, a témoigné de son émotion au sortir de cette projection : si les premiers fans de Miss Fisher ont été conquis, les retours de spectateurs qui ne connaissaient ni les romans de Kerry Greenwood, ni l'adaptation sur le petit écran, ont été on ne peut plus enthousiastes.

  Le film sera distribué dans les salles australiennes par Roadshow : une projection exclusive aura lieu à Sydney le 20 février prochain, puis une autre trois jours plus tard à Melbourne avant d'être officiellement diffusé dans plusieurs salles à partir du 27 février. La distribution un peu particulière du film s'explique par son financement en grande partie participatif et par les nombreux sponsors qui ont permis au projet d'aboutir. Ainsi, contrairement au cheminement d'un film classique mais conformément à d'autre productions menées à bien grâce au crowdfunding, Miss Fisher and the crypt of tears ne sera visible que dans quelques salles de cinéma avant d'être rapidement disponible en VOD sur Acorn TV. La célèbre plateforme américaine (qui produit et/ou diffuse des programmes du Royaume-Unis, des Etats-Unis, du Canada, de l'Australie, mais aussi de l'Espagne) détient les droits de diffusion outre-Atlantique et a récemment annoncé la disponibilité prochaine du film à compter du 23 mars



  Et en France, me direz-vous? L'annuaire des doublages français RS-Doublage a récemment mis en ligne une fiche sur Miss Fisher and the crypt of tears, confirmant ainsi une partie du casting des voix françaises et donc laissant fortement entendre que le film serait visible prochainement dans l'hexagone. Cependant, la page en question l'a classé dans la rubrique "téléfilm : télévision/vod/dvd", ce qui laisse à penser qu'il n'y aura pas de projection en salle (logique, compte-tenu du système de financement évoqué plus haut). On peut cependant espérer une sortie en direct to dvd et peut-être aussi une diffusion sur Netflix, puisque la célèbre plateforme détient les droits de la série en France... De quoi se réjouir pour les heureux abonnés!

On ne manquera pas de vous tenir au courant des prochaines news! ;)

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dimanche 19 janvier 2020

Gourmandise littéraire : White Lady.


  La phrase qu'on entendrait dire le plus souvent Phryne Fisher serait, de son propre aveux, "Mr Butler, peut-on avoir un autre cocktail?". Rien d'étonnant à cela, tant le cocktail fait partie intégrante de l'imaginaire visuel des années 1920. La raison, déjà évoquée dans notre article sur le Nursery Fizz, trouve son origine dans la prohibition qui sévissait depuis 1919 aux États-Unis : face à l'interdiction de fabrication, transport, vente, importation et exportation d'alcool apparait un véritable commerce souterrain. Se développent ainsi les speakeasies (aussi appelés parfois des blind pigs, ou blind tingers, même si cela traduisait alors une qualité moindre), bars clandestins auxquels on accédait le plus souvent par des portes dérobées, qui continuent de fasciner aujourd'hui (au point d'en voir ouvrir pléthore alors que nous ne sommes pas, ou plus, soumis à la prohibition). 

  Ces speakeasies étaient le noyau dure du commerce d'alcools frelatés ou de contrefaçon (mais en tout cas toujours de contrebande et souvent médiocres). Leur mauvaise qualité incita alors à les utiliser dans des cocktails – dont on ne saurait dire exactement s'ils ont été inventés pour cela ou s'ils sont la remise au goût du jour de boissons plus anciennes – où le mélange des ingrédients aidaient à faire, comme qui dirait, passer la valda


  On ne doute pas cependant qu'en l'absence de prohibition en Australie, Phryne Fisher et tout son coquet petit monde bénéficient de cocktails dignes de ce nom. On en boit d'ailleurs des litres dans Murder in the dark, dont l'intrigue se passe au cours d'une fête de quatre jours et quatre nuits précédant le nouvel an 1929 : Satan's whiskers, mint juleps, gin tonic et White Lady remplissent les verres des convives sur fond de jazz torride et de bacchanales organisées tout spécialement par les jumeaux Templar, un duo de riches fêtards qui a fait ses armes dans les quartiers bohèmes du Paris d'après-guerre. Alors que Phryne fait la connaissance de deux joueuses de polo qui participeront aux nombreux amusements prévus au cours des festivités à venir, la détective en profite justement pour se faire servir un verre de White Lady...

"— Oh, voici Jill. Puis-je vous laisser un moment avec elle, le temps d'aller chercher des bières? Voulez-vous que je vous apporte un autre verre?
— Merci, dit Phryne (...), apportez-moi donc un autre White Lady, s'il vous plait, ( puis, s'adressant à l'autre jeune femme vêtue de velours et d'un chemisier blanc : ) bonjour, je m'appelle Phryne. Votre amie est allée chercher de la bière (...).
  Ann revient bientôt les bras chargés de bouteilles de bière et d'un White Lady pour Phryne. Jill décapsula deux des bouteilles avec les dents avant de recracher les capsules, Ann gloussa de rire. Phryne, impressionnée, se promit de miser quelques billets sur leur équipe pour la coupe de polo avant de goûter une gorgée de son cocktail. Un délice."

Murder in the dark, K.Greenwood, chapitre 3, Constable (2018).


  Le White Lady (littéralement "la dame blanche"), dont la composition est par ailleurs donnée en en-tête du chapitre dans lequel il apparait, est une création franco-américano-écossaise du Harry's New York Bar, situé à Paris. Initialement baptisé le New York Bar par son fondateur Tod Sloan, ancien jockey américain expatrié en France, en 1911, il fut repris plus tard par son barman d'origine écossaise Harry McElhone, qui lui donna son nom. C'est d'ailleurs ce dernier qui, outre les célèbres Bloody Mary et Blue Lagoon, inventa le White Lady en 1919.

  Le White Lady fait partie de la catégorie des fancy drinks, c'est à dire la famille la plus connue de cocktails, ceux que l'on prépare dans un shaker avec de la glace, mais surtout dont la principale particularité est qu'ils peuvent être servis à n'importe quel moment de la journée ( un fancy drink peut aussi être appelé un All day cocktail, à différencier d'un Before dinner ou d'un After Dinner) en ce qu'il n'a pas pour vocation d'ouvrir l'appétit ni d'aider à digérer.


Ingrédient (pour une personne):

- 4 cl de gin
- 2 cl de Cointreau
- 1 cl de jus de citron
- 1 blanc d’œuf
- glace pillée 

A vos shakers!

- Mettre tous les ingrédients dans le shaker.
- Secouer vigoureusement.
- Verser dans un verre à cocktail préalablement rafraîchi aux glaçons. 


Cheers!

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mercredi 15 janvier 2020

Le Noël d'Agatha (Agatha Raisin enquête - nouvelle hors-série) - M.C.Beaton.


Agatha Raisin and the Christmas crumble (An Agatha Raisin short story), StMartin's Press, 2012 - Éditions Albin Michel (trad. de N.Cunnigton), 2018.

  Le pudding était presque parfait...

  Lorsqu'Agatha Raisin décide d'organiser le Noël des personnes âgées dans un petit village des Cotswolds, elle ne s'attend pas à ce que la fête tourne au drame. Ni une ni deux, la voilà pourtant avec un cadavre sur les bras, accusée de meurtre ! L'arme du crime ? Le dessert le plus british qui soit : un pudding ! Il faudrait un miracle ou l'intervention du père Noël pour la sortir de ce bourbier. Mais Agatha compte bien pister le vrai coupable...


  En tête des meilleures ventes, M.C. Beaton est devenue la reine du mystère à l'anglaise et Agatha Raisin la plus célèbre détective après Miss Marple : une nouvelle délicieuse, à savourer sans modération.

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  C'est quelques jours après le nouvel an que nous avons appris la triste nouvelle : M.C.Beaton, l'auteure d'Agatha Raisin, est décédée le 30 Décembre dernier, laissant des milliers de lecteurs en deuil à travers le monde. Nostalgique, j'ai alors eu envie de remettre le nez dans les drôlatiques enquêtes d'Agatha, dont j'ai un peu abandonné la lecture depuis un moment par manque de temps (et parce que la publication française effrénée était anxiogène). Sa disparition en cette saison hivernale me donnait envie d'un Agatha se déroulant à Noël, mais comme je m'interdis de lire la série dans le désordre malgré les nombreux tomes parus, cela m'aurait forcé à avaler plus de dix opus d'un coup avant d'arriver à celui, tout juste paru en France, se déroulant pendant les fêtes. Fort heureusement, j'ai appris tout en même temps la publication de cette nouvelle inédite, et donc hors série, se déroulant pendant Noël. Perfect!

  Offerte au format papier chez les libraires ou gratuite au téléchargement numérique, cette histoire courte a vitement rejoint ma liseuse pour une soirée de lecture, confortablement installé sous un plaid à boire du jus de pomme chaud...


"— Pour moi, le véritable esprit de Noël, c'est de s'occuper des autres – par exemple des personnes âgées ou infirmes.
— Bonne idée!
— Plaît-il?
— Il y a beaucoup de petits vieux décatis dans ce village. Parfois, je me dis que les Cotswolds, c'esr comme la salle d'attente du bon Dieu, avec une voix tombée du ciel qui dit "Numéro 5, à votre tour, entrez." C'est décidé, je vais leur offrir un super repas de Noël!"

  Pour oublier la mélancolie et la solitude que réveillent chez elle les fêtes de Noël, Agatha décide de faire cadeau d'un réveillon à six personnes âgées isolées du village, qu'elle invite à dîner le soir du 24 décembre. Matilda Glossop, 84 ans, accepte bien qu'elle trouve son hôtesse terrifiante, Harry Dunster, 90 ans, était enchanté, Freda Pinch, vieille peau de 82 ans, répond par l'affirmative bien qu'elle considère Agatha comme ni plus ni moins qu'une trainée, Simon Trent, 82 ans, est ravi d'être convié à un dîner par une détective dont il admire les talents, et Len Leech, vieux libidineux, est persuadé qu'Agatha a des vues sur lui. Le soir du dîner, chacun se fait remarquer conformément à sa réputation et le vieux Len cherche toutes les occasions de pincer les fesses de leur hôtesse, jusqu'au moment fatal où Agatha, n'ayant pu esquiver ses mains baladeuses, échappe sur sa tête le pudding fait maison qu'elle avait cuisiné. Le vieux lubrique en meurt sur le coup. Alors, oui, elle l'avait tellement mal préparé qu'il y avait de fort chance qu'il provoque chez quiconque en aurait mangé une forte indigestion, mais de là à tuer... Seule la vieille Freda s'empresse de crier au meurtre et de dénoncer Agatha à la police. Rapidement innocentée, la détective reste cependant la cible de Freda, qui continue de dire à qui veut l'entendre qu'elle est une criminelle et porte plainte contre elle... avant de faire machine arrière et de se faire soudain toute petite. Quelqu'un aurait-il cherché à l'intimider? Bien que cela serve les intérêt d'Agatha, l'énergique quinquagénaire ne peut s'empêcher de s'interroger...

L'hiver dans les Cotswolds...


"— Voilà un petit intérieur bien douillet, commenta Agatha.
— Y'a bien deux ou trois femmes du village qui s'en occupent pour moi. C'est bien mieux qu'une épouse. Une épouse, pour la virer, faut lui payer une pension."

  C'était agréable de retrouver l'univers d'Agatha pour une quarantaine de pages. Publiée en Angleterre en 2012 pour célébrer les 20 ans de la série, cette histoire courte se lit en effet sans déplaisir, à défaut d'être une vraie bonne intrigue policière. On retrouve ce côté excessif hilarant qu'on adore dans l'écriture d'M.C.Beaton, avec des personnages caricaturaux en diable et une héroïne toujours aussi peu douée malgré sa volonté de faire les choses correctement. Parmi les scènes tordantes, la confection du pudding arrive en première place (on ne vous en dit pas plus : c'est too much mais puisque cela faire rire, quelle importance?), suivie de près par une Agatha faisant le ménage sur une scène de crime qu'elle vient de découvrir pour ne pas qu'on y trouve ses empreintes et qu'on l'accuse (encore) d'un meurtre. 

  Côté intrigue, c'est assez moyen, reconnaissons-le. M.C.Beaton a voulu offrir un petit cadeau à ses lecteurs (peut-être même sur forte invitation de son éditeur) et a donc probablement choisi, pour cette petite quarantaine de pages, la facilité. La mort principale du roman n'est même pas vraiment l'objet de l'enquête et le tout est cousu de fil blanc, de même que la chute, un peu gratuite. Le pire dans tout ça (ou le mieux, peut-être), c'est qu'en fait, on n'en tient même pas rigueur à l'auteure. M.C.Beaton s'était déjà affranchie depuis longtemps des codes strictes du polar pour être surtout reconnue et adulée pour son second degré, peut-être ce qu'on recherche en premier lieu lorsqu'on achète un de ses romans. Aussi, même s'il n'y a rien à vraiment élucider dans Le Noël d'Agatha (et puisque c'est offert), on se satisfait des quelques fou-rires qu'elle nous offre avant de refermer ce petit livre.

"— Deux ou trois petites question, Mrs Raisin, dit la journaliste (...). Diriez-vous que vous êtes féministe?
— C'est une question difficile. Si vous répondez "oui", on vous soupçonne d'avoir du poil aux pattes, un caractère de cochon, de détester les hommes et de ne pas porter de soutien-gorge. Si vous dites "non", alors on pense que vous êtes du genre vieux jeu qui pense que les hommes ont toujours raison.
— Mais alors vous êtes quoi?
— Unique, répondit Agatha avec agacement."


En bref : une petite lecture de Noël sans prétention, à lire davantage pour le second degré inimitable d'M.C.Beaton que pour l'intrigue policière. L'accent est surtout mis sur l'humour, très certainement notre première motivation pour lire une nouvelle enquête d'Agatha! 

Gourmandise littéraire : Devils on horseback.


  Les fêtes sont souvent l'occasion de cuisiner hors-d’œuvres et mises en bouche à grignoter, que ce soit en introduction d'un plat plus conséquent ou pour un buffet dinatoire. Kerry Greenwood, qui prend un plaisir savoureux à décrire les mets consommés par ses personnages dans Les folles enquêtes de Phryne Fisher, évoque aussi bien les grands plats que les petits canapés et autres cocktails delights (tels qu'elle les nomme dans ses recettes de A question of death) que l'on a coutume de servir à l'occasion de toute réception chic qui se respecte. Dans Murder in the dark, Phryne participe à la Dernière Grande Fête de 1928 : quatre jours et quatre nuits de danse, de jeu, et de plaisir, du 28 au 31 décembre, donnés dans le fastueux décor du Manoir Werribee. La bâtisse, qui sert principalement à loger les invités, est complétée pour l'occasion dans ses jardins de nombreux gigantesques chapiteaux dressés tout autour du manoir : l'un est consacré aux repas, un autre aux rafraichissements, encore un autre à la musique... sans parler de ceux réservés aux plaisirs plus intimes...

  Alors que les festivités commencent à peine, Phryne passe d'un chapiteau à l'autre et fait la connaissance des convives, avant de s'arrêter pour discuter tandis qu'on leur sert de délicieux amuses-bouches, dont les très anglais "Devils on horseback", littéralement des "Diables à cheval"!


"Pam rougit et tendit à Phryne un plat de devils on horseback.
— Bel endroit, dit-elle en regardant la bâtisse, il y a même un terrain de tennis. J'ai déjà recruté quelques partenaires pour demain. Jouez-vous, Phryne?
— Occasionnellement, répondit Phryne entre deux bouchées de pruneau et de bacon."

Murder in the dark, K.Greenwood, chapitre 5, Constable (2018).



  Comme le renseigne cet extrait, les diables à cheval sont donc essentiellement constitués de pruneaux et de bacon. D'ailleurs, certaines recettes simplissimes que l'on trouve dans des ouvrages culinaires anglais traduits en Français ne mentionnent pas d'autres ingrédients et sont sobrement rebaptisés "pruneaux au bacon" (on se contente alors d'enrouler une tranche de bacon autour du pruneau dénoyautés et de les servir tels que avec une petit pique). 

  Les puristes seraient choqués de voir la recette réduite à cette simple extrémité ; en effet, la majorité des recettes originales anglaises s'accordent sur la présence d'une farce, dont on doit garnir les pruneaux (ou, dans certaines version, les dates – il n'y a pas consensus sur lequel des deux fruits secs utiliser, mais les recettes à base de pruneaux sont plus répandues). Le plus souvent, cette farce se compose d'un mélange d'amandes hachées et de fromage, mais Kerry Greenwood donne sa propre version de la recette dans A question of death et propose quant à elle un mélange de riz et de chutney...

  Pour ce qui est de la cuisson, là aussi, il y a deux écoles : ceux qui ne font frire que le bacon avant de l'enrouler autour du pruneau farci (à la façon de Kerry Greenwood), et ceux qui passe au grill les devils on horseback juste avant de les servir (à la façon de Jamie Oliver, qui est, tout le monde pourra l'admettre, une excellente référence). Nous vous proposons ici un mélange des deux versions : nous nous sommes basés sur les ingrédients de K.Greenwood mais avons cuisiné ces Devils on horseback à la façon des livres de cuisine anglaise, c'est à dire en les passant au four avant le service, ce qui exalte les saveurs sucrées/salées de cette délicieuse petite bouchée. Ah, et en lieu et place du chutney, on a aussi mis de la confiture d'oignon (parce que c'est bon, la confiture d'oignon, et parce que nos essais étaient on ne peut plus convaincants!).

  Avant de vous lancer dans la préparation de ces savoureux amuses-bouche, quelques informations sur leur origine. On ne sait pas exactement d'où vient cette recette et encore moins son nom des plus originaux. Ceci dit, des sources attestent que le terme "devils on horseback" renverrait à une pratique utilisée par les pillards normands dans les Cornouailles, au Sud de l'Angleterre, à la fin du XIXème siècle. Ces derniers se couvraient intégralement de plusieurs couches de lard lorsqu'ils venaientt piller les villages, une armure sanguinolente qui effrayait les habitants et, parait-il, protégeait aussi bien qu'un vêtement de cuir! Cette apparence effrayante leur aurait valu le surnom de "diables à cheval" avant qu'on l'attribue à la recette inventée en clin d’œil à cette légende urbaine. Une autre explication, plus simple, atteste que le nom vient tout bonnement des couleurs du pruneau et du bacon à la sortie du four, à l'inverse d'une autre recette d’amuse-bouches célèbre outre-Manche, les Angels on horseback, ceux-là constitués d'huitres enroulées de bacon. 


Ingrédients:

- 220 g de pruneaux (environ)
- 150 g de riz cuit
- 2 c-à-s de confiture d'oignon
- 4 tranches de bacon
- sel, poivre

A vos tabliers!

- Mélanger le riz et la confiture d'oignon, saler et poivrer.
- Dénoyauter les pruneaux, puis les garnir du mélange à base de riz à l'aide d'une petite cuillère.
- Couper les tranches de bacon en rubans, puis les enrouler autour des pruneaux en les maintenant à l'aide de petites piques en bois.
- Disposer tous les pruneaux ainsi farcis et préparés sur un plat de cuisson et les passer trois minutes sous le grill du four avant de les servir.


A déguster sans modération en sirotant un cocktail et en attendant le début des festivités...

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