samedi 4 janvier 2020

A question of death : an illustrated Phryne Fisher treasury - Kerry Greenwood (texte) & Beth Norling (illustrations).

Allen & Unwin, 2007 - Poisonned Pen Press, 2008, 2014.

  L'honorable Phryne Fisher – la seule, l'unique, celle au carré de cheveux noirs, aux yeux verts, et à la jarretière de diamants – est la plus élégante et irrésistible détective des années 1920. Ce pétillant recueil de nouvelles mettant en scène Phryne Fisher et d'anecdotes sur son univers – entre autres ses chaussures et chapeaux favoris, les recettes de ses cocktails préférés, ou encore ses conseils pour décourager un prétendant trop pressant – est un régal pour tous les fans de Phryne. Somptueusement mis en images par Beth Norling, A question of death enthousiasmera tous les lecteurs de Miss Fisher.

"Les fans de l'inimitable Miss Fisher se réjouiront de cette anthologie d'histoires courtes, recettes, listes des accessoires favoris de Phryne, et autres friandises à propos de cet équivalent féminin de James Bond"
Helene Williams, Historical Novels Review

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  On ne présente plus ici Miss Phryne Fisher, héroïne détective dans le Melbourne des Années Folles, inventée par l'auteure australienne Kerry Greenwood puis transposée à l'écran pour trois saisons puis bientôt un film. Si la série télévisée a rencontré un large succès dans le monde entier et en France, très peu des livres originaux ont été traduits dans l'hexagone : les quatre premiers sont parus chez 10/18 bien avant l'adaptation télévisée, puis deux autres chez City éditions après la diffusion de la série. Une douzaine de romans de Phryne Fisher mysteries reste donc inédite en France, dont ce titre un peu particulier...


  A question of death est en effet un hors-série unique en son genre, sorte d'ouvrage composite qui prend la forme première d'un recueil de nouvelles illustré, agrémenté de nombreux goodies : outre les 13 histoires courtes qui composent cet ouvrage, ce livre propose également les recettes des plats évoqués dans les enquêtes de Phryne, mais nous détaille aussi en image le contenu du sac à main de la détective ou encore ses tenues favorites. Ce réjouissant recueil, esthétiquement très travaillé, est une véritable plongée visuelle et littéraire dans l'univers de Phryne Fisher. Reprenons-en le contenu par le menu...

"Les maris s'égarent souvent à Paris. C'est une excellente ville pour s'égarer. Le plus souvent, ils reviennent sans le sou de Montmartre et sentent le parfum bon marché et la culpabilité."

  Les nouvelles, tout d'abord. Admettons que la première moitié de l'ouvrage est peut-être un peu inégale : certains des premiers textes, très courts (quelques uns ne comptent pas plus de trois à six pages!) déstabilisent par leur brièveté, le ton polarisant étant alors tout juste présent. C'est le cas par exemple pour The body in the library, Putt'in on the Ritz, ou quelques autres qui se concentrent le plus souvent sur une énigme résolue en l'espace de quelques dialogues par la simple observation (on pense alors à Sherlock Holmes et à la façon dont le faisait résonner Conan Doyle) ou d'un problème que vient résoudre Phryne grâce à quelque tour de passe-passe. Fort heureusement, le niveau et le style sont relevés par les autres enquêtes qui constituent ce recueil, dont plusieurs sont très plaisantes et très bien écrites.


"La vengeance est souvent douce mais rarement profitable."

  Fidèle à son amour des belles lettres (Kerry Greenwood, qui aime introduire les chapitres de ses romans par des citations d’œuvres classiques, ne fait pas exception ici), l'auteure trouve plus d'une fois l'inspiration dans la littérature. L'intrigue délicieusement hitchcockienne de Hotel Splendide (qui se déroule dans un hôtel parisien) puise ainsi sa source dans une vieille légende urbaine mise à l'écrit pour la première fois par Alexander Woollcott (célèbre critique littéraire des années 20, membre du cercle de la table ronde de l'Algonquin, et personnage du roman Le cercle des plumes assassines et de ses suites), de même que Death shall be dead plonge le lecteur dans une passionnante énigme qui trouve sa résolution grâce à l’œuvre de Geoffrey Chaucer. The Camberwell wonder, qui amène Phryne à devoir inocenter une jeune homme accusé d'un crime malgré l'absence de cadavre, est un hommage revendiqué à l'affaire réelle de the Campden wonder, survenue en Angleterre au XVIIème siècle et relayée depuis par la littérature, et The Miracle of St Mungo s'amuse de clins d’œil à un mythe biblique dans la résolution de l'affaire sur laquelle enquête l'héroïne.


"L'étude approfondie de la poésie médiévale, songea Phryne au petit-déjeuner, provoque souvent une gueule de bois similaire aux abus de cocktails d’absinthe."

  En plus de ces références on ne peut plus érudites que l'auteure se réapproprie avec fantaisie, on notera plusieurs nouvelles qui s'accordent à merveille avec la saison hivernale et la période de Noël : The voice is Jacob's voice nous invite à assister à une mort mystérieuse au cours du cocktail costumé donné par Phryne à l'occasion du solstice d'hiver, Overheard on a balcony nous convie à célébrer Noël en juillet dans un luxueux hôtel melbournais (avec un empoisonnement au menu), et Death shall be dead, évoquée plus haut, nous entraine à bord de l'Hispano-Suiza de Phryne à travers la campagne australienne enneigée. Ces trois nouvelles, on ne peut plus savoureuses, sont de délicieux petits whodunits. Parmi les autres textes les plus réussis de ce recueil, on notera The hours of Juana the Mad, qui se déroule dans l'atmosphère patinée par les ans de l'université d'Histoire de Melbourne, Carnival, dans le décor d'une fête foraine vintage), ou encore Come, sable night, qui met en scène un crime particulièrement ingénieux (pour ne pas dire insoupçonnable) au beau milieu d'une chorale de chant.

 Illustration pour Death shall be dead.

  A travers ces textes courts, on sent la volonté de Kerry Greenwood d'explorer un maximum d'ambiances et d'univers différents, une idée qui a probablement inspiré les scénaristes de la série à partir de la seconde saison. On reconnait par ailleurs les bases de quelques scénarios dans certaines des nouvelles de A question of death : à part The hours of Juana the Mad qui a été transposée intégralement (Le livre d'heures de Jeanne la folle, 2.08), les postulats de base de The body in the library et de The vanishing of Jock McHale's hat font respectivement penser aux éléments constitutifs des épisodes La petite mort (2.01) et Le bourreau assassiné (2.06).

"- Le meilleur conseil de survie que vous puissiez donner?
- Ne mourrez pas. Tant qu'il y a de la vie, il y a du Château Mouton Rothschild."

  Ces enthousiasmantes histoires courtes sont complétées d'une dimension culinaire on ne peut plus appétissante : Kerry Greenwood, qui a toujours pris un malin plaisir à s'attarder sur les plats servis dans ses romans, glisse ici et là les recettes de mets évoqués dans les nouvelles ou déjà croisées dans d'autres tomes de sa série. Elle complète ces alléchants bonus d'une interview inédite de Miss Fisher, qui nous permet de savoir quels sont ses stylistes favoris, son petit plaisir préféré, ses auteurs de prédilection, ou encore ses conseils pour voyager. Fidèle à sa personnalité pétillante et mutine, elle répond avec un sens unique de la répartie et un détachement des plus subtils.


"- Un conseil pour voyager?
- Un sourire, une chanson, et une liasse de monnaie locale pour vous permettre d'obtenir tout ce dont vous pourriez avoir besoin et que vous pourrez trouver à l'étranger... sauf du thé anglais."

  Le plaisir de lire ce recueil est parachevé par son graphisme Art-Déco et les magnifiques illustrations de Beth Norling, qui a déjà mis en image toutes les couvertures des éditions originales des Phryne Fisher mysteries. On ne regrette qu'une chose : outre l'illustration de couverture et quelques splendides enluminures ou cabochons intérieurs, la plupart des dessins en couleurs sont extraits des couvertures précédemment réalisées pour les autres tomes. On n'aurait pas été contre quelques autres créations inédites...

Les recettes voisinent avec les accessoires favoris de l'héroïne...

"- La phrase qu'on vous entend dire le plus souvent?
- Monsieur Butler, peut-on avoir un autre cocktail?"

En bref : En dépit de quelques textes trop brefs, ce recueil de nouvelles et autres courtes enquêtes de Miss Fisher est un régal de lecture qui porte bien son nom de "trésor" indiqué en sous-titre. Les différents univers tantôt érudits, tantôt bohèmes, dans lesquels nous entraine Kerry Greenwood séduiront tous les fans de la détective et de la culture chamarrée des années 20, plaisir doublé par les goodies que comporte cet ouvrage et par sa dimension graphique séduisante.


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