Chaque année, à l'anniversaire de Peter Rabbit, Mother Rabbit
avait pour coutume de lui confectionner une charlotte...
Comme tous les ans, chaque nouveau printemps voit se succéder l'article résumant mon anniversaire -ou plutôt mon "Non Anniversaire", comme j'aime à le dire en paraphrasant L.Caroll- et les cadeaux récoltés à l'occasion. Aussi, après quelques semaines de retard et une panne d'ordinateur, voici donc le petit récapitulatif des festivités de votre humble serviteur moitié Lapin...
Le jour même fut l'occasion d'un repas "sur le pouce", mais de grand luxe! Mother Rabbit m'avait depuis des lustres parlé des falafels, ces délicieuses boulettes végétariennes issues de la cuisine orientale (on en trouve dans la culture culinaire juive, libanaise, indienne, et égyptienne) qu'elle avait eu la chance de manger à Paris, quartier du Marais. Or, par bonheur, un cuisinier égyptien s'est récemment installé dans notre lointaine petite région, et vend désormais au marché ses plats traditionnels, dont les fameux falafels! Servis dans une galette avec des crudités et une sauce à base de tahin, cette petite merveille gustative m'a ravi les papilles au point d'être de mes plats favoris, et que je compte bien tenter l'expérience d'en cuisiner maison!
Vint ensuite le jour de mettre les petits plats dans les grands et d'inviter quelques proches, histoire de marquer le coup. Qui me connait devinera que je n'ai pu m'empêcher d'aller fouiner dans ma déco de secours de quoi modeler un cadre amusant ( par ailleurs en partie inspiré des conseils de Angel Adorée dans son livre Vintage Tea Time ). Ayant entamé une décoration de style bistrot du vieux Paris dans mon terrier, j'ai décidé de joué à fond cette atmosphère pour mon repas de Non-Anniversaire, mais non sans quelques éléments atypiquse quand même!
Au menu : Apéritif à étage (ou en-cas et amuses-bouches servis en leur serviteur) : olives fourrées, tomates cerises, œufs de caille, et magrets de canard aux pruneaux...
Maître Corbeau, par l'odeur alléchée...
En plat de résistance vinrent ensuite les lasagnes maison poulet-poireaux-bechamel, un coup d'essai que je ne manquerai pas de réitérer et dont il n'est quasiment pas resté de miettes! Néanmoins, cela n'a pas découragé mes invités qui, après s'être resservis, n'ont pas boudé le dessert!
Et quel dessert! Depuis tout petiot, j'ai toujours été très friand de charlottes à l'occasion de mes anniversaires (puis de mes Non-Anniversaires). Longtemps préparées par Mother Rabbit, ce premier Non-Anniversaire au terrier fut l'occasion pour moi de réaliser ma toute première charlotte de A à Z, avec des biscuits roses de Reims et... sans gélatine, d'abord (peuuuh, tous ces grands chefs qui en bourrent leur recette de charlotte... et elle tenait très bien d'elle-même, même après avoir coupé les parts, la preuve en images ;) ).
Et les cadeaux? Ah, les cadeaux! Je n'ai jamais été un grand fan des gros cadeaux et leur préfère les petites attentions porteuses d'un sens dissimulé, où les petites bricoles chinées au débotté... J'ai donc été très touché de ces quelques présents : une poche à douille de pro avec de vrais embouts, offerte par Father Rabbit (je vais pouvoir jeter cette horreur de poche baveuse achetée ) trois euros dans un bric à brac et qui m'avait dégouté des glaçages...), ce saupoudreur à sucre vintage de la part de Mother Rabbit ( qui fait merveille dans ma cuisine rétro avec mes vieilles boites et pub des 50's) et, petit cadeau anecdotique d'une amie qui connait bien ma passion des lapins et mes envies de paternité précoces : ce coussin de bébé impriés de lapins qui conjuguent le verbe 'dormir'.
Oh et, comme tous les ans, sur un coup de tête, je me suis offert mon cadeau perso... coutume qui justifie l'achat de ce subliiiiime fauteuil crapaud à carreaux écarlates, très bien assorti avec ce coussin au style d'antan créé par Mum Rabbit à ces heures de couture...
...Un nouvel ami fort confortable pour bouquiner les lectures à venir où celles qui patientent dans ma PAL, jusqu'à l'année prochaine =D
Vous y croyez, vous, au prince charmant ?
Jubella, une jeune journaliste, n'y croyait pas avant de rencontrer Lord
Denholm, ancien magnat de la presse aujourd'hui retranché dans son
manoir.
Alors qu'il lui accorde une interview exclusive, Lord Denholm lui
dévoile un secret : des individus sont capables de ramener des morts à
la vie grâce à un simple baiser.
Folie ? Mensonge ?
Le lendemain de cette révélation, il meurt mystérieusement. Jubella se
lance alors dans sa propre enquête...
***
Après avoir découvert cet auteur majeur de la littérature jeunesse contemporaine avec Carabosse (relecture noire et sinueuse de La Belle au Bois Dormant), je me suis laissé tenter par ce livre à la couverture tout aussi alléchante que son titre et son synopsis étaient énigmatiques lors d'une sortie au salon du livre jeunesse de Montreuil...
Jubella, jeune reporter en free-lance indépendante et frontale, accepte l'étrange invitation de Lord Denlhom. Cet ancien magnat de la presse qui vit aujourd'hui reclus dans un manoir victorien perdu au fond du Sussex a choisir Jubella, pourtant inconnue dans le métier, pour lui accorder cette interview qu'il refuse à tant de grands professionnels... Attisée par la curiosité, la jeune fille le rejoint sur place, où le vieil homme distingué lui confie un étrange secret : il serait le dernier d'une longue lignée d'êtres exceptionnels baptisés "Les Eveilleurs", capables de ressusciter d'un seul et unique baiser la femme de leur vie si elle venait à décéder. Ce don véridique qui dépasse pourtant l'entendement serait à l'origine des célèbres princes charmants des contes de fées... Pour preuve, Lord Denlhom montre à Jubella un tableau inconnu de l'artiste William Turner, le val de la morte embrassée, sublime toile qui détiendrait la clé du pouvoir des Eveilleurs. Mais bientôt, tout sera fini : le vieil homme est persuadé qu'il sera bientôt assassiné.
Aussi, lorsqu'on retrouve son corps sans vie le lendemain matin et que Jubella constate la disparition du tableau, elle comprend que le discours du vieillard n'était peut-être pas celui d'un fou... Lancée à la poursuite de la toile et de la vérité, la jeune reporter se trouve prise en chasse par les assassins eux-mêmes, une étrange société secrète baptisée "les Vicaires". Pendant son périple, elle rencontre le séduisant et énigmatique Even, fils caché de Lord Denlhom qui se joint à elle dans l'aventure. Ensemble, il s'embarquent dans une folle course-poursuite à travers une Europe poétique et mythique, du Londres brumeux aux quais de la Seine, et de la campagne Anglaise aux villas d'une Prague mystérieuse...
Shoreham, Sussex... la petite ville où démarre notre étrange histoire...
Jamais, en commençant ce livre, je ne me serais attendu à une histoire aussi riche d'originalité et aussi grisante, venant confirmer le talent de conteur hors-pair de l'écrivain. Michel Honaker parvient en effet à mélanger des éléments tellement divers et des références si opposées que peu de ses congénères auraient pu aboutir à un résultat aussi fluide et réussi. Avec un point de départ qui évoque Le Treizième conte, le val de la Morte embrassée épouse ensuite la tournure d'une énigme artistique (inventer un Turner inconnu, il fallait y penser! ) comme je les aimes, matinée de références à Poe (jeune femme morte mais bien vivante dans des caveaux anglais, serviteurs effrayants dans des manoirs à la Hammer...)et aux mythes féériques (ah, ce fameux baiser qui guérit du sommeil éternel...), le tout dans un thriller au rythme effréné. Polar hypnotique et poétique emprunt juste ce qu'il faut d'un relent gothique, cette histoire étrange et addictive m'a aussi fortement évoqué une version jeunesse de la femme dans le miroir de par son atmosphère si particulière de romance et de mort...
"Jubella s'approcha du chef-d’œuvre, une huile aux contrastes absolument saisissants, saturée de couleurs tout à la fois violentes et fondues, et parcourue d'une lumière froide et diffuse propre à inspirer l'inquiétude autant que que la fascination (...). Un ravin ombrageux, coupant une forêt tourbillonnante à la manière d'un tranchant de hache, hérissé d'herbes folles et de buissons menaçants. Au centre, un dégradé lumineux décline une jeune fille en robe blanche, étendue sur une pierre inclinée que l'on devine profondément enracinée dans le sol. Le visage n'est qu'une touche de peinture laiteuse tournée vers le spectateur, sur lequel se devine une expression apaisée. Les yeux sont clos, la bouche fermée. Le bras gauche s'abandonne avec grâce jusqu'à terre, l'autre se replie sur un petit bouquet de fleurs déposé sur son corsage. Dans l'ombre au-dessus d'elle, la silhouette à peine perceptible d'un homme émerge des ombres environnantes et, se penchant légèrement, semble la contempler."
Et au-devant de cette trame fort réussie, M.Honaker met en scène des personnages d'un profond réalisme, attachants et complexes comme peu d'auteurs jeunesse savent en créer. Jubella, ancienne adolescente rebelle écorchée vive devenue jeune adulte frontale et indépendante, évoquerait presque une lointaine cousine de Lizbeth Salender (héroïne de Millenium). Son tempérament direct et cartésien vient contrebalancer le parfum de fantastique de l'histoire et participe à crédibiliser l'intrigue dans son ensemble. Even, le fils caché de Denlhom, est un jeune homme posé, calme et énigmatique particulièrement bien dessiné : loin d'être le stéréotype du "grand ténébreux", il est au contraire un personnage certes séduisant et fascinant, mais avant tout artiste, sensible, avec juste ce qu'il faut de mélancolie. L'un et l'autre, que l'on pourrait croire si opposés, se complètent donc fort bien en un tandem atypique et attachant. J'ai adoré les suivre et découvrir leurs secrets et leurs douleurs, au fur et à mesure qu'ils se confient l'un à l'autre pendant leur chasse au trésor...
Pendant ma lecture, je n'ai pu m'empêcher de visualiser les acteurs Rooney Mara et Hugh Dancy dans la peau de Jubella et Even...
Ajoutez à cela des décors de rêve pour finaliser l'atmosphère : la lande anglaise brumeuse et ses manoirs, les quai de Seine et le Paris des artistes, puis une Prague ensorcelante (La Villa Bertramka -ancienne demeure de Mozart- en tête), et vous obtiendrez un roman captivant qui dépasse de très haut le tout-venant de la littérature jeunesse actuelle. Et puis, je ne peux m'empêcher d'évoquer un passage qui m'a particulièrement touché : dans le premier tiers du livre, Jubella, perdue dans ses pensées, va se ressourcer auprès de la statue de Peter Pan à Kesington Garden, pélerinage qu'elle a l'habitude d'effectuer depuis l'enfance... aucun doute que ce livre était fait pour me plaire!
Des manoirs victoriens à la Villa Bertramka, en passant par les quai de Seine...
En bref : Un roman jeunesse qui vise un peu plus haut dans le genre, avec un style impeccable, un mélange des genres inattendu mais totalement réussi, et des protagonistes furieusement attachants. Ce thriller emprunt de fantastique et d'un soupçon de gothique nous ensorcelle jusqu'à la fin.
The book of blood and shadow, Atom, 2012 - Editions la Martinière Jeunesse, 2013.
Certaines connaissances peuvent s'avérer mortelles, mais certains hommes sont prêts à tout pour les posséder.
Lycéenne brillante, Nora passe son temps libre à traduire la
correspondance d'Elizabeth Weston, la fille d'un alchimiste du XVe
siècle qui prétend avoir inventé une machine, le Lumen Dei, permettant
de communiquer avec Dieu.
Mais un matin, sa vie bascule dans le cauchemar : Chris, son confident,
est assassiné et son petit ami, qui a disparu, est accusé du meurtre.
Un manuscrit mystérieux... Des sociétés secrètes en quête de l'ultime
pouvoir.. Une Héroïne moderne, brillante et passionnée, à la recherche
de la vérité pour prouver l'innocence de celui qu'elle aime..
Un thriller à la Dan Brown, intense et fascinant.
***
J'ai repéré cet ouvrage il y a bien longtemps, lors de sa sortie en VO sous le titre The Book of Blood and Shadow en 2012... le titre et la couverture m'avaient en effet fortement évoqué Le livre perdu des sortilèges, que je venais tout juste de dévorer. Puis, surprise, l'édition française fut annoncée sous l'intitulé provisoire du Livre de L'ombre et de la lumière, avant d'être rebaptisé Lumen. Nul besoin de vous dire qu'il rejoignit de suite ma PAL, dont je l'ai exhumé il y a de cela quelques jours...
Il y a comme un air de famille, non?
"Aristote nous enseigne que la nature a horreur du vide. Mais il ne tient pas compte du vide laissé en l'absence de l'amour (...). J'ai découvert ce qui remplit ce vide laissé par l'amour. Cela s'appelle la nécessité."
Nora est une jeune lycéenne issue d'un milieu modeste et d'une famille enfermée dans le deuil d'un fils aîné porté aux nues. Pour fuir cet univers de mélancolie morbide, l'adolescente fait une demande de bourse et bénéficie de cours exceptionnels à l'université voisine, où elle rejoint un groupe d'étudiants en Histoire dans un passionnant travail de recherches mené par le Professeur Hoff. Ce dernier, fasciné par le manuscrit de Voynich, a mis à jour une série de correspondances datant de la Renaissance et pouvant attester de l’authenticité du parchemin. Parmi ces lettres, celles d'une dénommée Elizabeth Weston, poétesse et philosophe du Prague des années 1500, originaire d'Angleterre et fille de l'alchimiste Edward Kelley. Chargée de traduire ces documents rédigés en Latin, Nora découvre bientôt qu'Elizabeth s'était vue imposer par l'Empereur la construction d'une machine alchimique imaginée par son père : le Lumen Dei, qui permettrait une forme de communication avec Dieu. Mais parce que Nora vient de soulever un lièvre d'une importance capitale, elle et ses amis sont désormais poursuivis par un ancien cercle de fanatiques décidés à mettre la main sur la machine. Lorsque Chris, son confident, est assassiné et que Max, son petit-ami, disparait, Nora n'a d'autre choix que de quitter les Etats-Unis pour Prague et d'y suivre les traces d'Elizabeth Weston...
Couverture originale américaine et première couverture temporaire francophone.
"Je me disais que l'amour était un précepte moderne, une rationalisation pour préserver la monogamie dans une société fondée sur l'abondance des choix. Une illusion nourrie de sexualité et d'hormones. Un pseudo conte de fées où les jeunes filles choisissent leur prince charmant en fonction de son compte en banque et de ses biens immobiliers..."
Voilà longtemps que je n'avais pas été captivé à ce point par une lecture! Captivé, hypnotisé, dépendant au point de lire trois heures d'affilée, avachi sur un fauteuil, incapable de décrocher, quitte à arriver en retard au boulot parce que "Oh, allez, encore une page et j'arrête...". Oubliez la qualification "young adult" de ce roman, Lumen dépasse de loin cette tranche d'âge et s'élève au niveau d'un thriller ésotérique adulte de qualité. De plus, je ne croyais pas si bien penser en rapprochant ce roman de la saga du Livre perdu des sortilèges, puisqu'on y retrouve le manuscrit de Voynich et certains éléments et personnages croisés dans la trilogie de D.Harkness ( dont le second tome se déroule en partie à Prague, où l'on côtoie entre autre E.Kelley et l'empereur Rodolphe II). Mais passons cette analogie, et allons un peu plus loin...
Trailer du roman pour sa sortie française...
"La foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas."
Robin Wasserman garantie des bases solides à son roman : aussi fictionnelle que soit son intrigue, elle a le mérite de puiser dans des sources historiques véridiques, et ainsi de reprendre des faits et personnages réels. J'ai eu l'excellente surprise de voir l'histoire démarrer avec le manuscrit de Voynich, cet ouvrage codé du Moyen-Âge qui laisse encore perplexe les spécialistes actuels et qui m'a toujours fasciné. De ce grimoire, on remonte ensuite à son propriétaire (et éventuel créateur frauduleux, pour les historiens partisans du canular...), l'alchimiste et astronome anglais Edward Kelley. Fascinant et intriguant au même titre qu'un Dr Dee (qui fut son comparse) ou un Nostradamus, Kelley partit vivre à la cours de l'Empereur Rodolphe avec sa famille, avant d'être retenu prisonnier par le monarque, laissant ses proches dans la misère sociale la plus totale. Parmi eux, la véridique Elizabeth Weston, encore connue sous le surnom de Westonia, dont elle signait ses poésies latines. Rare femme poète de son temps, cette mystérieuse auteure devient personnage clef du roman de Wasserman, qui en fait dernière détentrice d'un secret alchimique des plus dangereux pour l'humanité. A travers la correspondance (très réaliste) d'Elizabeth, on se laisse emporter dans une rafale fougueuse, romanesque et ésotérique à travers l'Europe de la Renaissance jusqu'à nos jours.
gravures à l'effigie d'Elizabeth "Westonia" Weston, et l'une de ses œuvres de poésie.
"La synagogue était belle, avec quantité de vitraux et de plafonds voûtés. Il fallait vraiment aimer beaucoup Dieu pour construire un endroit pareil, juste pour le privilège de le vénérer.
Mais à quoi cela avait-il servi, finalement?
Il était plus facile de croire en l'absence de Dieu qu'en un dieu capable de vous aimer en retour."
En toile de fond de cette intrigue historique impeccablement bien menée, R.Wasserman évite l'écueil propre à ce genre d'ouvrage en ne laissant pas de côté la psychologie des personnages au profit de son scénario. Bien au contraire. Voilà bien longtemps que je n'avais pas été à ce point habité, ému et possédé par les protagonistes d'une lecture. Transversalement au squelette historico-ésotérique et aux rebondissements de son intrigue, l'auteure tisse une véritable histoire humaine, dépeignant ce cercle d'amis avec leur vécu à chacun, leur sensibilité, leurs joies et leurs rancœurs. Aussi, plus l'histoire avance, plus leur fragilité est mise à mal, et lorsque l'enquête de Nora vient ébranler ses convictions face à la loyauté de ses amis, on vit avec elle les doutes et interrogation aussi vivement et personnellement que si l'aventure était réelle. Suspicion, mensonges, trahison... on toucherait presque du doigt une tragédie shakespearienne....
Le manuscrit de Voynich...
"Prague : comme ça depuis le début. Prophétie, vengeance, meurtre, défaite... cette ville est née dans le sang. Son cœur est fait de ténèbres."
Au fil de l'histoire, Wasserman laisse peut à peu s'insinuer un troublant et étrange lien entre Nora et Elizabeth, une connexion qui relève à la fois du sublime et du dérangeant, tant elle se fait annonciatrice d'événements troublants pour la suite de cette dangereuse chasse au trésor. Spirituelle et touchante, Nora est un personnage d'une grande fraîcheur auquel on s'attache de façon presque viscérale et qui ouvre notre réflexion sur les fondements de la foi et des croyances. En effet, non contente de nous servir un thriller historiquement et stylistiquement réussi, R.Wasserman vient également bousculer nos préceptes et nos convictions...Une belle réussite!
Prague et ses décors mystérieux : les ponts gothiques, l'horloge astronomique, ou encore l'ossuaire...
autant de lieux étranges parcourus dans le roman.
"Si Dieu voulait qu'on le connaisse sans douter, il se montrerait. La foi a une valeur. Cela donne de la force de croire. De choisir de croire."
En bref : A travers l'étrange connexion entre deux héroïnes touchantes et spirituelles, R.Wasserman tisse une intrigue ésotérique et tragique aux fondements historiques d'un rare réalisme. Si les codes du thriller sont respectés et honorés à la perfection, ils sont enrichis de personnages à la psychologie particulièrement bien dessinée, avec lesquels on vit et tremble tout à la fois. Une merveille de lecture, un coup de cœur que j'ai refermé à regret avec la sempiternelle question : "Mais que vais-je bien pouvoir lire maintenant?"
Petit retour en arrière, votre humble serviteur Pedro Pan Rabbit, 7 ans, arrive à l'école affublé d'un imposant parapluie. noir à manche de bambou.
Un enfant dans la cour : "C'est quoi ça?"
Pedro Pan : "Eh bien, ça se voit, non? C'est un parapluie, comme John Steed!"
L'enfant : "Comme QUI?"
Pedro Pan : "Ben comme John Steed, l'agent secret! Tu ne connais pas?!"
L'enfant : "Pfff, nan, mais je préfère Batman de toute manière!"
Ce bref extrait d'une tranche de vie d'enfance, pour rendre hommage à Patrick MacNee, le célèbre John Steed de ma série favorite Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Le flegmatique agent au chapeau melon s'est éteint Jeudi 25 Juin 2015 à l'âge de 93 ans, à peine quelques jours après Christopher Lee (son partenaire dans de nombreux épisodes) et quelques semaines après Brian Clemens, le créateur de la série.
"Charme et subtilité font plus que force et rage."
(Steed).
En marge de ma génération, j'ai grandi avec cette série qui m'a inspiré un réel art de vivre et de penser, une façon de poser un regard décalé, enthousiaste et toujours fantaisiste sur l'existence. Mes camarades de classe avaient Batman et Superman comme super-héros, moi, j'avais John Steed. Avec lui et Patrick McNee, indissociable de son personnage tant il l'avait façonné et même calqué à son image, j'ai appris le flegme face à l'adversité et l'humour pince-sans-rire dans la difficulté. Parce qu'il a été et continue d'être un modèle, mais aussi pour son talent immense, son raffinement et sa subtilité, je tenais à lui rendre hommage.
Il avait remis au goût du jour la façon d'être gentleman, faisait du vélo en costume et chapeau melon, buvait du champagne au petit-déjeuner, pouvait faire apparaître un magnifique plateau de tea-time en plein voyage ferroviaire ou dresser une table digne d'un trois étoile au milieu d'un champ. Il respectait la femme comme son égale, la régalant et l'amusant de joutes verbales inimitables mais jamais creuses, conduisait avec panache une vieille Bentley et gardait toujours son parapluie même par grand soleil.
La période de deuil se fera dans la relecture des ouvrages novélisés de la série (dont deux écrits par McNee lui même et chroniqués sur le blog), la mise en boucle des épisodes sur dvd et de la BO de la série, pour accompagner la découverte des derniers comics inspirés de son personnage.
"Gardez toujours votre chapeau melon sur votre tête en période de danger, et gardez vous des esprits diaboliques qui pourraient vous menacer. Au revoir, Steed".
The Heart-shaped box, William Morrow, 2007 - Editions JC Lattès (trad. de V.Rosier), 2008 - Editions Le livre de poche, 2009.
On ne collectionne pas sans péril des
reliques toutes plus étranges les unes que les autres. C’est ce que va
apprendre Jude en achetant le dernier costume d’un mort. Soudain, au
pied de son lit, derrière une porte, à ses côtés en voiture, grimaçant
et assoiffé de vengeance, apparaît l’ancien propriétaire de l’habit.
Quelle terrible histoire de son passé cherche-t-il à lui faire payer ?
Aux frontières de la folie, une fuite éperdue commence… Terreur et
frissons garantis !
"Un conte d’horreur sauvage, hypnotique et diaboliquement pervers. Le Costume du mort sort tout droit de l’enfer…".
The New York Times.
***
Recommandé par un catalogue de lecture estivales du Livre de poche il y a de cela quelques années, ce livre a longtemps été sur ma wish-list avant que je ne l'enregistre en e-book sur ma liseuse, et que je ne profite d'un aller et retour en train pour m'y plonger avec frénésie... Petit retour sur l'histoire avant de vous en dire plus...
Couvertures des éditions originales américaines et de l'édition poche française.
Judas Coyne, idole vieillissante du rock gothique, a une collection…
particulière : un livre de recettes pour cannibales, la corde d’un
pendu, ou encore le crâne d’un trépané.. Mais dans sa collection, rien
ne vaut sa dernière trouvaille, un article mis en vente sur Internet : Je vendrai le fantôme de mon beau-père au plus offrant… Pour
mille dollars, Jude devient le propriétaire d’un costume prétendument
hanté par l’esprit de son ancien propriétaire. Ça ne lui fait pas peur.
Il est déjà environné de fantômes, un père indigne, les femmes qu’il a
abandonnées, les membres de son groupe qu’il a trahis. Alors un de plus
ou de moins… Pourtant, ce qu’il reçoit à domicile dans une boîte
noire en forme de cœur n’est pas un fantôme pour rire, une créature
métaphorique. Mais un vrai. Soudain le mort à qui appartenait le costume
est partout : derrière la porte de la chambre de Judas… assis dans sa
Mustang… debout devant la fenêtre… sur son grand écran. Il attend,
tenant dans sa main décharnée une lame de rasoir pendue au bout d’une
chaîne… Judas Coyne tente bien de s'en débarrasser mais il est trop tard, car il découvre alors être la malheureuse victime d'un coup minutieusement bien monté : Ce fantôme est celui de Cradock McDermott, le père d'une ancienne maîtresse récemment retrouvée morte suicidée, ce dont la famille tient Jude pour responsable. La sœur de la défunte, élevée dans les croyances surnaturelles de leur père magnétiseur et radiesthésiste, lui a donc envoyé son fantôme comme vengeance. Commence alors une course-poursuite à travers l'Amérique pour renvoyer cet esprit d'où il vient et lever le voile sur des secrets et mensonges insoupçonnés.
Couvertures des éditions finlandaise, hongroise et indonésienne.
Quelle étrange surprise que ce roman! Vraiment, je ne m'attendais pas à ce que l'histoire prenne une telle direction et j'en ai été d'autant plus captivé. Le résumé m'avait laissé entendre une trame très classique et j'imaginais donc une histoire de fantôme presque à l'ancienne, avec huit-clos, parquet qui grince et portes qui claquent. Que nenni : c'est une histoire de fantôme très moderne et marquée d'une culture contemporaine qui sort des sentiers battus. Avec son héro rockeur, l'auteur nous plonge dans un univers de hard rock et de metal hérité des années 80 trashs, une atmosphère totalement inattendue mais utilisée à si bon escient qu'on se laisse convaincre sans mot dire. Parcouru de références musicales (Heart-shaped box, le titre VO, est aussi une chanson de Nirvana), le roman prend qui plus est pour cadre l'Est des Etat-Unis et nous embarque dans un voyage aux allures de road movie moite et étouffant. Et oui, le fantôme voyage, un autre élément totalement inattendu et superbement bien pensé!
Partant avec sa dernière conquête féminine dans ce road trip sanglant pour remonter la piste du fantôme, le personnage de Jude retourne aussi à ses origines et l'auteur le confronte, sinon à un esprit revenu des morts, à ses propres démons famililaux. Si cette double lecture psychologique se noie un peu dans l'enchaînement de mésaventures horrifiques (voire un peu gores par moment), je me suis laissé happer par ce roman, sursautant au moindre bruit environnant. Best-seller outre-Atlantique, couronné par de nombreux prix, Le costume du mort m'a fortement rappelé ce que j'ai pu entrevoir de Stephen King. Je ne croyais pas si bien dire : faisant quelques recherches pour rédiger cet article, j'ai découvert que Joe Hill n'était autre que le fils du célèbre romancier de l'horreur!
Joe Hill et son père, Stephen King.
En bref : Une histoire de fantôme grunge totalement inattendue, menée à un rythme effréné dans une atmosphère moite et dérangeante. Au croisement d'un road movie américain et d'une histoire d'horreur, un thriller fantastique effrayant, quelque peu extrême par moment mais très réussi!
The Woebegone Twins (Tales from Scwhartzgarten #2), Orchard books, 2013 - Editions Flammarion (trad. d'A.Coagolou) - 2015.
Les jumeaux Mortenberg s'attendaient souvent au pire, ce en quoi ils n'avaient pas forcément tort. Depuis leur plus jeune âge, ils étaient affublés du surnom de "jumeaux Traîne-Malheur". Abandonnés à leur triste sort par leurs parents, Greta et Feliks avaient été adoptés par tante Gisela. Ainsi vivaient-ils heureux avec elle au sein du quartier le plus sombre et le plus inquiétant de Sinistreville. Jusqu'au jour où leur destin croisa celui de la célèbre Olga Van Veenen. Pour le meilleur...mais surtout pour le pire...
***
Avec cette suite à Hubert très très méchant, je continue avec Flammarion mon partenariat pour la succulente série des Affreusement sombres histoires de Sinistreville. Après la truculente histoire d'Hubert, surdoué qui devient un amusant tueur en série, je me demandais quelle tournure allait prendre la suite la saga : une nouvelle aventure avec les mêmes protagonistes ou bien de tous nouveaux personnages? C.W.Hill a choisi la deuxième option, offrant donc avec chaque tome une nouvelle "chronique" issue de l'Histoire de Sinistreville...
Couverture en VO.
Il s'agit donc ici de Greta et Feliks, jumeaux orphelins d'une dizaine d'années qui vivent auprès de leur adorable tante Gisela. Cette femme de caractère qu'il prenne pour une simple logeuse leur révèle un jour avoir été une très célèbre actrice de films d'horreur dans sa jeunesse! Elle emmène donc ses neveux au Cinéma du sang et aux anciens studios où elle tournait du temps de sa renommée et leur présente son grand ami de toujours : Morbide, acteur spécialisé dans les rôles de monstres. Les enfants sont absolument fascinés par cet univers mais le bonheur tourne court : Bientôt, l'ancien metteur en scène de Gisela est assassiné, puis Gisela elle-même est retrouvée morte! Alors que Morbide est accusé du meurtre, les enfants sont envoyés en foyer à la maison de redressement de la ville. Mais la chance semble enfin leur sourire lorsqu'ils sont adoptés par la riche et célèbre Olga Van Veenen, auteure de romans d'aventures pour la jeunesse. Une fois dans le grand manoir de l'écrivaine, cependant, le vernis s'effrite et les jumeaux ne tardent pas à lever un lièvre...
Les toits aiguisés de Sinistreville?
J'ai été ravi que l'auteur nous emmène dans une autre direction, à la rencontre de nouveaux personnages! Aussi, ce roman peut tout a fait être lu indépendamment de l'autre et reste une histoire unique, un autre fait divers sombre survenu à Sinistreville. On retrouve donc l'atmosphère rétro en diable et délicieusement gothique de cette bourgade biscornue mais avec un tout nouvel univers à la clef. Ces jumeaux malchanceux diffèrent par bien des points d'Hubert, et s'inscrivent davantage dans la lignée des orphelins Baudelaire au point de vivre une aventure qui évoque le schéma d'un roman de L.Snicket (orphelins abandonnées, péripéties exagérément malencontreuses, et, surtout, un personnage de tuteur -ici tutrice- aux motivations plutôt meurtrières...).
"Devant eux se dressa le cinéma du sang. La façade extérieure représentait le visage d'une hideuse gargouille au regard perçant et diabolique. (...) La porte d'entrée était en forme de bouche, sous des crocs acérés dégoulinant de sang écarlate."
Les héros n'étant pas ici des criminels en puissance comme Hubert, l'histoire est donc un peu plus politiquement correcte que le précédent opus, sans pour autant se démordre de son humour noir truculent. Avec Les jumeaux Traîne-Malheur, C.W.Hill nous régale d'un double pastiche : celui des vieux films d'horreur et de l'univers des romans d'aventure pour la jeunesse. En effet, il semble s'amuser comme un fou des codes du cinéma de monstres façon Hammer films, et des schémas classiques des séries clubdescinquesques façon "bibliothèque rose" : c'est un enchaînement de péripéties rocambolesques en diable sans mesure aucune, tirées par les cheveux à en devenir chauve. Passages secrets à tire larigot, énigmes à qui mieux-mieux et autres courses poursuites à n'en plus finir... avec quelques effusions de sang grand-guignolesques jubilatoires! Cependant, si l'auteur s'éclate, il oublie de s'arrêter dans son exercice de style et les derniers chapitres, à partir ainsi dans tous les sens, commençaient à devenir quelque peu longuets. Mais l'ensemble reste d'une qualité égale au premier ouvrage et on attend de pied ferme de nouvelles aventures dans les rues de Sinistreville!
Le château d'Olga Van Veenen...
En bref : Parodiant les vieilles séries B d'horreur et les romans d'aventure pour la jeunesse classiques, ce nouveau tome emmène le lecteur dans un enchainement d'aventures menées tambour battant sur le ton à la fois sarcastique et élégant de l'auteur. Certes un peu plus inégal dans la durée, ce deuxième opus reste quand même une morbide et délicieusement drôle réussite!
Un grand merci aux éditions flammarion pour cette découverte!