dimanche 3 mai 2015

Rouge Rubis - un film de Felix Fuchssteiner d'après le roman de Kerstin Gier.



Rouge Rubis (Rubinrot)
Un film de Felix Fuchssteiner
adapté du roman éponyme de Kerstin Gier,
Sorti le 13 Mars 2013 en Allemagne et le 24 Septembre 2014 en France.

Avec : Maria Ehrich, Jannis Newhöner, Jennifer Lotsi, Veronica Ferres, Laura Berlin...

  Gwendolyn est une jeune londonienne ordinaire. Un jour, alors qu’elle rentre du lycée, elle est soudainement transportée en 1900 par une force inconnue. De retour dans le présent, elle est approchée par une société secrète qui la surveille depuis sa naissance. Elle est en fait la dernière voyageuse, le Rubis. Aux côtés de son charmant partenaire Gideon de Villliers, elle devra voyager à travers les âges pour accomplir de mystérieuses missions… 

***

 Image promo diffusée au lancement de la pré-production, en 2012.

  Depuis que je vous rebats les oreilles de cette saga, il était peut-être temps que je fasse un petit retour sur son adaptation cinématographique, surtout maintenant que le public français a pu bénéficier d'une édition dvd du premier puis, tout récemment, du second film! Comme toute saga young adult qui se respecte au jour d'aujourd'hui, l'adaptation cinématographique était attendue au tournant! Il était tout naturel qu'il en soit de même pour Rouge Rubis, même si la nationalité de l'ouvrage posait problème. Pourquoi? Si l'histoire se déroule intégralement en Angleterre avec des héros cent pour cent britanniques, l'auteure et la langue d'écriture du roman sont bien d'origine... allemande! Alors, quelle production pour l'adaptation? Le cinéma allemand est peu versé dans le blockbuster international, et on sait d'ailleurs que les pays anglo-saxons  sont plus habitués qu'eux de ce genre de réalisation...

  Et pourtant, c'est bien une maison de production allemande, avec un casting entièrement allemand, qui fera le film! L'histoire se passe à Londres? Et alors, les Américaines ne se privent pas pour adapter l'Histoire de France ou la littérature francophone avec des casting entièrement anglais, on ne voit donc pas pourquoi le cinéma allemand ne pourrait pas s'offrir le même luxe... 
  Et au bout du compte, le verdict?

 Bande-annonce VF.

  Résultat au-dessus de mes espérances! En effet, malgré un budget tout relatif et l'inexpérience du cinéma allemand dans le genre, Rouge Rubis est l'adaptation parfaite pour le roman de Kerstin Gier malgré la dangerosité de l'entreprise! L'histoire, tout d'abord, est globalement très fidèle et les lecteurs sauront apprécier ce soucis de l'adaptation. Les quelques différences de scénario ne m'ont, personnellement, pas dérangé outre mesure car elles ne trompent pas le matériau d'origine mais permettent à la version cinématographique de se construire son propre rythme. A titre d'exemple, alors que la prophétie concernant le Rubis est connue depuis le départ dans le roman, elle est gardée secrète dans le film, et devient l'objet d'une véritable quête de Gwendolyn pour être finalement révélée à la fin, en guise de conclusion de ce premier opus de la trilogie. Fin qui est ainsi complétée d'une sorte de "chapitre supplémentaire", imaginé par les scénariste et qui lance Gwen et Gidéon dans un saut dans le passé pour accéder à cette prophétie... un passage inédit qui surprendra donc ceux-là même qui ont lu le livre et pensent tout connaître du scénario...
  Les autres modifications sont plus anecdotiques, à l'exemple des voyages dans le temps, inversés dans le scénario par rapport au roman. On notera aussi quelques différences physiques : Madame Rossini, qui devient grande et imposante et non plus petite et ronde, ou encore Leslie, la meilleure amie de Gwen, jouée par une jeune actrice de couleur.

  Le casting , entièrement allemand, parlera donc peu au public français. On reconnaîtra cependant quelques têtes habituées des téléfilms germaniques diffusés sur M6 ou encore Veronica Ferres (célèbre actrice et cantatrice, interprète ici de la mère de Gwen) et Laura Berlin (qui jouait une douce et virginale Blanche Neige dans la série Les contes de Grimm diffusée sur NT1, ici transformée en Charlotte aussi piquante et peste que rousse). Les reste s'est principalement constitué au fil d'auditions "à la sauvage" comme on dit dans le métier : c'est à dire via des déplacements de toute l'équipe de production à travers l’Allemagne pour dénicher les anonymes qui auront le talent d'interpréter les protagonistes. Résultat? Tous m'ont convaincu et pas un seul ne m'a semblé dénoter du livre! Maria Ehrich est parfaite en Gwendolyn : loin d'être un canon type, elle est dotée d'une beauté naturelle très bien mise en valeur par ses tenues fantaisistes, comme chinées dans des friperies. Ainsi mise en scène, sa prestation m'a rappelé le côté atypique de Alice Englert dans Sublime Créature, le côté un peu barré en plus. Jannis Newhöner est très crédible en Gidéon et colle en tout point à son personnage de papier : guindé, belle gueule, et ... imbu de lui-même! Laura Berlin, quant à elle, sert un jeu à mille lieu de Blanche Neige : flamboyante en rousse, elle est LA Charlotte de Kerstin Gier : terriblement belle et prétentieuse, venimeuse comme une vipère, mais jamais pimbêche. 
  Que dire du reste du casting? Une grande tante Maddy foldingue à souhait, une Lady Arista qui a avalé son parapluie... non, vraiment, même Monsieur George est juste... Monsieur George, sans doute aucun! Ma seule infime déception (allez, j'en ai quand même trouvé une...) revient au Comte de Saint Germain : non que l'acteur (Peter Simonisheck) soit mauvais, mais j'imaginais un Comte d'allure plus filiforme, d'une stature plus distinguée et qui aurait davantage collé à sa personnalité reptilienne, à la façon dont le jouait Tom Novembre dans la série française Nicholas Le Floch.

 Le comte de St Germain, Peter Simonisheck vs Tom Novembre.

  Enfin, esthétiquement parlant, le film est une totale réussite. Ne serait-ce que dans le challenge réussit des décors londonnien... en Allemagne! En effet, excepté les quelques vues des monuments célèbres (Millenium Bridge, Big Ben...), tout le tournage de Rouge Rubis s'est fait outre-Rhin (probablement pour des questions budgétaires). En choisissant des décors réels qui ressemblent à l'architecture britannique, l'équipe artistique les a complétés de détails typiquement anglais, ajoutant çà et là cabines téléphoniques rouges ou encore pancarte de métro "underground". Ainsi, la salle de bal du château de Wartburg devient la salle du Dragon et le château Kentschendorf de Cobourg et son style néo-gothique sont devenus les murs du manoir Montrose...L'illusion est totale, avec un petit côté carte postale qu'on adore. 


  Quant à la reconstitution historique, qu'il s'agisse des décors ou des costumes, elle force l'admiration : les nombreux sauts dans le temps et à différentes époques suscitent de nombreux panels et gammes de tenues propres à chaque décennie. La magnificence des ensembles Renaissance ou des gardes robes "Belle Epoque" a remporté mon adhésion : compte-tenu du budget tout relatif de la production, on aurait pu craindre des costumes de bric et de broc façon téléfilm à la petite semaine, mais il n'en est rien, et le tout vaut largement un film historique à grand budget.



Esquisse préparatoire du chronographe.
  Enfin, dans l'esthétique plus générale du film, la réalisation a vraiment su élargir et s'approprier l'univers imaginé par Kerstin Gier pour se créer sa propre mythologie visuelle, et ainsi parachever ce que donnent à lire les romans. On notera ainsi tous les codes vestimentaires des Veilleurs (cape, mais aussi la tenue d' "introduction" de Charlotte, qui évoque l'entrée d'une jeune religieuse du temps jadis dans les Ordres) qui a su puiser dans tout l'historique des sociétés secrète.s Il en va de même pour la mise en scène de leurs codes, rites, et symboles, qui lorgnent vers les appartenances réelles du vrais Comte de Saint Germain aux Roses-Croix ; on notera à ce titre les chevalières de chaque Veilleur, à la forme de la fameuse rose à quatre pétales indissociable de cet ordre. Enfin, parmi tout l'univers visuel que les équipes de création ont eu à reconstituer, on retiendra également le fameux chronographe, même s'il tient ici davantage d'un énorme générateur que de l'horloge steampunck que je m'étais imaginé...
  Je pourrais ainsi disserter des heures sur cette explosion de froufrous et allers-retours temporels, de batailles chevaleresques entre passé et présent, et de l'humour omniprésent (même s'il est plus raisonnable et censuré que dans les livres), mais je vous laisse vous-même le découvrir et l'apprécier ;).


En bref : En dépit d'un budget moyen, l'adaptation de Rouge Rubis a mis dans le mille. Casting impeccable et réalisation archi-soignée avec magnificence des décors et des costumes, cette transposition fait prendre corps à la mythologie inventée par Kerstin Gier et la complète avec rythme et malice. On ne pouvait rêver meilleure transformation des pages à l'écran!


Pour aller plus loin...

Redécouvrez les livres d'origine : Tome 1, le tome 2 et le tome 3...

2 commentaires:

  1. J'ai déjà vu les romans mais jamais oh grand jamais entendu parler d'un film ! Contrairement aux idées reçues, les Allemands ont plus (ou tout autant) de moyens que les français côté cinéma ;)
    J'avoue quand même avoir quelques préjugés sur leur film mais en regardant la bande d'annonce, j'ai été agréablement surprise !

    L'histoire a l'air sympathique, pourquoi pas ?!?

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    1. Si tu n'as pas lu mon avis sur les livres, va jeter un oeil et laisse toi convaincre! =P c'est une série qui mérite vraiment d'être connue! =D Et les films tout autant, même si le second prend beaucoup plus de libertés. La réalisation est d'une grande finesse esthétique et de l'humour si décapant des romans! Vraiment, l'histoire sort des entiers battus par la "young adult", et rien que ça c'est un bon point ;)

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