dimanche 21 mai 2017

Mrs Parker et le cercle vicieux - Un film de Alan Rudolph (1994).



Mrs Parker et le Cercle Vicieux
(Mrs Parker & the vicious circle)

Un film de Alan Rudolph d'après la vie de la romancière et poète Dorothy Parker, sorti en salle le 7 Septembre 1994.

Avec Jennifer Jason Leigh, Campbell Scott, Matthew Broderick, Tom McGowan, Gwyneth Paltrow...

  Dans les années 20, New York fut le lieu d'une intense activité littéraire, artistique et intellectuelle. Dorothy Parker, jeune poète, novelliste et critique de théâtre influente et redoutée se souvient de cette époque... 

***



  Il y a quelques mois, je découvrais grâce à un partenariat avec les éditions Baker Street les romans Le cercle des plumes assassines et L'affaire de la Belle Evaporée : deux récits policiers qui transformaient l'auteure et critique américaine des Années Folles Dorothy Parker en détective dilletante. Parce que moins connue en France, je n'avais quasiment jamais entendu parler d'elle et ces deux fictions historiques m'avaient donc offert un premier aperçu de cette femme avant-gardiste, perspicace et sarcastique en diable. Ma curiosité éveillée, je m'étais penché sur le parcours de cette personnalité unique, m'offrant au passage son recueil de poèmes Hymnes à la Haine, qui passe au vitriol la bonne société américaine et ses convenances. De là, la folie Dorothy Parker s'était emparée de moi : j'en voulais plus. Je ne pouvais donc que m'enthousiasmer à l'idée de ce biopic, sorti il y a de cela plus de 20 ans à l'occasion du festival de Cannes 1994. Bien que boudé par le public, ce long-métrage avait connu un certain succès auprès des critiques et avait par ailleurs reçu six nominations et quelques prix. Cependant, j'évoquais plus haut la méconnaissance de cette personnalité de ce côté-ci de l'Atlantique, ce qui explique sans doute la difficulté à trouver un dvd dans l'hexagone. A un prix correct pour les quelques rares exemplaires restants, en tout cas. Sur ce, nous ferons l'impasse sur la sommes exorbitante que j'ai accepté de débourser pour me l'offrir, et attaquons le vif du sujet.

Le célèbre "cercle vicieux" de la Table Ronde, ramené à la vie.

  Le film commence dans les années 40, dans une Amérique en Noir et blanc. Sur un studio de tournage, la célèbre auteure Dorothy Parker croise Robert Benchley, humoriste et ancien ami membre de la célèbre Table Ronde de l'Algonquin, cet hôtel où tous les grands écrivains des Années Folles se retrouvaient sous le surnom du "Cercle Vicieux". La complicité amène les souvenirs à resurgir : nous voilà plongés en plein cœur des années 1920, dans une New York rugissante et tonitruante où le bon mot est roi. Dorothy Parker, alors chroniqueuse à Vanity Fair avec Robert Benchley, loue une chambre au grand hôtel Algonquin. Journaliste en free-lance, poète désargentée, rêveuse invétérée, langue acérée, elle vivotte comme elle peut mais n'a pas à payer sa petite suite dans ce grand hôtel de luxe : sa renommée et celle de ses amis auteurs assurant le succès de l'établissement, le gérant ne lui demande jamais de régler sa note. Tous les soirs, comédiens, artistes et penseurs avant-gardistes se joignent à elle pour des soirées entière d'ivresse et de calembours. Mais derrière cette façade de fête et d'insouciance, Mrs Parker cultive une personnalité noire et torturée, qu'elle égaye seulement d'un talent certain pour le sarcasme. Séparée d'un commun accord d'un époux soldat revenu du Front alcoolique et violent, elle entretient avec son ami Benchley une complicité pleine d'affection qui suggère un amour platonique... mais, Benchley, en très grand homme, ne quittera jamais sa famille et ne s'abandonnera jamais aux bras de cette femme à qui il est pourtant dévoué corps et âme...



  Quel dommage que ce film soit tombé dans l'oubli! Car il mériterait bien sa réédition et une bonne remasterisation (ainsi qu'un dvd avec VO, la seule version disponible n'ayant qu'une VF très médiocre à proposer). En effet, son premier mérite est de raconter de manière très touchante l'âge d'or de cette femme complexe et talentueuse, sans omettre le ton caustique qui lui était propre. On est plongé dans l'atmosphère assourdissante des hôtels de luxe et des clubs clandestins en pleine prohibition, avec un "Cercle Vicieux" plein de gouaille : ça bouge, ça hurle de rire, les répliques incisives fusent comme des tirs de flèches, et on boit jusqu'à plus soif. Ce joyeux bazar, très bien mis en scène même si l'impression de brouhaha peut parfois alourdir, trouve son point culminant dans une scène excellente : la descente de police inattendue au bar de l'hôtel. En une seconde, les serveurs dissimulent l'alcool derrière des panneaux secrets et tout le monde fuit par des portes dérobées dans une ambiance de fin du monde totalement euphorique.


  Ces scènes de joyeuse cacophonie sont entrecoupées de passages plus intimistes qui donnent à voir l'autre visage de Dorothy Parker : la femme solitaire, certes incisive mais qui cache derrière son mordant un éternel désespoir amoureux, et un manque déstabilisant de mordant pour la vie. Jennifer Jason Leigh, qui avait accepté de jouer le rôle pour moitié moins cher que son cachet habituel, se donne toute entière pour ramener à la vie la vraie Dorothy : lectures, voyage à l'Algonquin, écoute d'enregistrements de radio originaux... Elle a nourri son jeu de nombreuses recherches, afin d'entrer en symbiose avec son modèle. Travailler sa voix et son accent était des exercices les plus difficiles, D.Parker étant connue pour son intonation très particulière, probablement tellement unique que la prestation vocale de l'actrice ne fit pas l'unanimité. Mais laissons de côté ce que la VF ne nous donne pas les moyens d'évaluer tout entier car, du reste, il nous faut lui reconnaître un jeu vraiment travaillé. J.J.Leigh restitue parfaitement cette étrange indolence de la Dorothy Parker nostalgique, rêveuse et désespérée embrumée d'alcool, cette élégance alanguie toute en gestes qui hypnotise, de même qu'elle sait être tout aussi crédible en oratrice piquante et pétillante dès que la scène l'exige.



  Cette mélancolie se voit éclairée d'une lueur soudaine lorsqu'apparait Robert Benchley, plein d'humour et de douceur, merveilleusement bien joué par Campbell Scott (que je ne connaissais pas du tout, par ailleurs). Bienveillant et pince sans rire, sensiblement ému par Dorothy, il s'abstient cependant de tomber dans ses bras, même si l'idée peut être évoquée par l'un et l'autre à demi-mots : aller plus loin ruinerait sa vie de famille - sa femme, qu'il estime trop, ses enfants - et Dorothy elle-même. Le plus étrange, cependant, est que l'Histoire et les Archives n'ont jamais officiellement prêté de relation amoureuse à Parker et Benchley, même platonique, tandis que J.J.Murphy leur imagine également des sentiments ambigus dans ses fictions policières... l'idée lui aurait-elle été suggérée par ce film uniquement, où s'agit-il d'une hypothèse partagée par d'autres? Quoi qu'il en soit, cette relation pleine de respect et d'affection mutuelle, très bien jouée à l'écran, est l'un des intérêt de ce biopic.



En bref : Un biopic plutôt réussi, bien filmé et bien joué, même s'il mériterait une bonne remasterisation. Un film tout en nuances et le seul à ce jour à s'attarder sur cette figure unique de la littérature américaine. A voir.



Et pour aller plus loin...

samedi 13 mai 2017

Pas de pot pour la jardinière (Agatha Raisin enquête #3) - M.C.Beaton

Agatha Raisin and the potted gardener, St Martin's press, 1994 - Editions Albin Michel (trad. d'E.Ménévis), 2016.

   De retour dans les Cotswolds après de longues vacances, Agatha Raisin découvre que son voisin James Lacey, objet de tous ses fantasmes, est tombé sous le charme d’une nouvelle venue au village. Aussi élégante qu’amusante, Mary Fortune est une jardinière hors pair, et la journée portes ouvertes des jardins de Carsely s’annonce déjà comme son triomphe. Mais une Agatha Raisin ne s’incline pas avant d’avoir combattu (quitte à se livrer à l’une de ces petites supercheries peu reluisantes dont elle a le secret) !
  C’est alors que la belle Mary est retrouvée morte, enfoncée tête la première dans un de ses grands pots de fleurs. De toute évidence, Agatha n’était pas la seule à souhaiter la disparition de sa rivale… 

***

  Jamais deux sans trois! Et oui, je ne quitte plus Agatha : difficile de résister à tous les tomes déjà parus en France. Après les quiches empoisonnées et les vétos gigolos assassinés, voilà une nouvelle enquête complètement barrée de notre quinquagénaire favorite!


  Agatha est désespérée : alors qu'elle s'était offerte des vacances à la poursuite de son séduisant voisin James Lacey, voilà que celui-ci avait changé de destination, et que notre héroïne revient de son voyage toujours aussi célibataire. Pire encore : pendant son absence, une nouvelle habitante a rejoint Caresly : Mary Fortune, charmante divorcée et jardinière hors-pair qui plait autant aux hommes qu'elle fait fureur au cercle des dames du village. Tout le monde l'aime... ou se sent obligé de l'aimer. Même Agatha, qui est pourtant furieusement jalouse de voir sa nouvelle amie tourner autour de James Lacey... alors quand elle trouve un beau jour Mary Fortune assassinée, repiquée la tête la première et les pattes en l'air dans une jardinière en terre, notre détective en herbe se demande si la défunte était si charmante qu'elle en avait l'air, et si elle n'avait que des amis...


" C'est un meurtre typiquement campagnard.
- Qu'est-ce que vous entendez par là, un meurtre typiquement campagnard ?
Nous autres, citadins, ne sommes pas adeptes d'assassinats aussi pittoresques. Il y a encore beaucoup de consanguinité dans ces vieux villages des Cotswolds, sans parler de la sorcellerie et de ce genre de choses. Croyez-moi, c'est un meurtre campagnard"

  Vous l'aurez deviné, M.C.Beaton s'en donne encore à cœur joie dans ce nouvel opus, qui tourne tout autour d'un concours de jardins aménagés comme seuls les anglais savent en faire. On y retrouve notre Agatha toujours aussi brute de décoffrage et... en même temps tellement midinette! Surtout quand la voilà aux prises avec une rivale dans la course à la séduction de son beau voisin James Lacey. Entre chassés-croisés amoureux et humoristiques et conseils de jardinage, le roman semble poursuivre son chemin sans le moindre crime. Alors même si je riais à gorge déployée des déconvenues de notre héroïne, j'ai failli croire que le polar allait céder le pas à la comédie...


  En effet, il faut bien attendre la moitié du livre pour que le meurtre soit commis et voir l'enquête commencer! Une enquête certainement bien vite expédiée, me direz-vous? Eh bien même pas : s'il nous semble que la dimension policière passe un peu au second plan, les investigations d'Agatha et James, quoi que toujours rythmées d'intermèdes comiques, sont encore une fois bien menées. Et puis il faut bien admettre qu'en fait, nous serions les derniers à nous plaindre de cette ambiance de franche rigolade!


  D'autant que derrière le pastiche de roman policier et l'humour omniprésent, M.C.Beaton s'inscrit dans la digne lignée d'Agatha Christie dès qu'il s'agit, au travers de la fiction policière, de pointer les travers des charmants habitants de ces petits villages anglais idylliques. Comme l'ont si bien fait remarquer les Beresford ou Miss Marple avant Agatha Raisin, sa réflexion soudain plus sombre et si perspicace au beau milieu de toute cette dérision, c'est qu'on ne devine pas quelle noirceur dissimulent ces sourires avenants et ces jolies toits de chaume...

En bref : On continue avec un troisième tome toujours aussi hilarant de la nouvelle héroïne du polar so british. Même si l'intrigue policière disparait quelque peu derrière les personnages et leurs mésaventures domestiques, il nous en reste quand même un pastiche croustillant et savoureux.

vendredi 12 mai 2017

De l'arsenic pour le goûter (Les enquêtes trépidantes du Club Wells & Wong #2) - Robin Stevens

Arsenic for tea (Wells & Wong #2), Corgi, 2015 - Flammarion jeunesse (trad. de F.Fiore), 2017.

  «Je n’aimais pas du tout ce grossier Mr Curtis, et d’après les vibrations de colère que je percevais chez Daisy, j’ai compris qu’elle partageait mon opinion. Son rire contenu, comme s’il lançait des plaisanteries que les autres ne pouvaient pas comprendre... Les joues roses de Lady Hastings... Pas de doute, il se passait quelque chose.»

  Nouvelle affaire pour les détectives privées Daisy et Hazel !
Daisy fête son anniversaire avec la famille au grand complet dans sa maison de Fallingford. Mais l’ambiance est étrange : M. Curtis, un invité surprise que tout le monde déteste, ne semble vraiment pas digne de confiance. Le thé est servi, M. Curtis tombe gravement malade, empoisonné. Que s’est-il passé ? Difficile d’enquêter quand on imagine que tout le monde a une bonne raison d’être coupable...

*** 

  Après Un coupable presque parfait, un crime au pensionnat qui avait des airs d'hommage aux romans policiers d'Agatha Christie, quel plaisir de recevoir en partenariat le second tome des enquêtes du club de détectives amateurs Wells et Wong, mené par deux fillettes qui jouent les Holmes et Watson en herbe. Dans le premier tome, Daisy, cadette d'une vieille famille anglaise, et son amie Hazel, jeune chinoise scolarisée en Grande Bretagne, toutes deux élève à l'école de Deepdean, avaient eut à résoudre un horrible meurtre commis dans les murs de leur pensionnat. On les retrouve quelques mois plus tard, dans le manoir de famille de Daisy pour y célébrer ses quatorze ans...

 Daisy et Hazel?

  Exit, donc, l'internat de Deepdean : Hazel ainsi que deux autres camarades de classe, Kitty et Beanie, passent les vacances d'Avril au manoir de Fallingford où l'excentrique mère de Daisy a convié quelques invités pour le goûter d'anniversaire de Daisy. Outre les membres les plus extravagants de la famille ( un oncle probablement agent-secret, une tante à moitié folle et cleptomane, et un grand frère insupportable qui vient accompagné de son meilleur ami de collège), on compte parmi les autres personnes présentes les quelques gens de maison, la nouvelle et mystérieuse préceptrice des filles, et Mr Curtis, un détestable jeune homme qui ne laisse pas insensible Mrs Wells... D'où vient cet homme? Pourquoi l'avoir invité, et pourquoi tout le monde semble-t-il le détester à ce point? Et, dans cette tension générale, qui l'a... empoisonné ? Car oui, c'est bien Mr Curtis que l'on retrouve raide mort au goûter d'anniversaire, après avoir ingurgité une tasse de thé rallongé à l'arsenic! Daisy, que rien ne semble jamais perturber, déclare ouverte une nouvelle enquête du club de détectives... mais saura-t-elle garder son sang froid, alors que la liste des suspects compte en majorité des membres de sa famille?

 Un manoir familial en pleine campagne anglaise, 
et une fête d'anniversaire qui réserve bien des surprises...

  Un seul mot pour décrire ce roman : jubilatoire. Alors que je craignais voir l'intérêt du récit diminuer avec l'éloignement de la vie de pensionnat (le quotidien des internats anglais étant des cadres parfaits pour des récits à suspense), ce second opus s'est avéré autrement plus palpitant! Le manoir de Fallingford, cette splendide bâtisse d'un autre âge qui tombe en décrépitude, et la famille Wells, complètement désargentée avec pour seule gloire quelques vestiges de titres de noblesse, deviennent le théâtre d'un huit-clos meurtrier réjouissant. Alors que le meurtre est commis, la maison, isolée en pleine campagne inondée, est coupée du reste du monde avec un meurtrier en ses murs! De quoi faire flancher la stabilité d'esprit des invités...

Qui, parmi les nombreux suspects présents à la fête, est le meurtrier?
Cette nouvelle étrange préceptrice, peut-être...?

  Une tension qui se voit complètement détournée avec l'intervention du groupe de fillettes apprenties détectives : à travers le filtre de leur enthousiasme et surtout celui de Daisy, l'affaire de meurtre prend des allures de jeux grandeur nature. Daisy, d'ailleurs, que j'avais tant de mal à cerner dans le premier tome, m'est apparue cette fois plus distinctement et j'ai adhéré totalement à sa personnalité : son décalage, la hauteur avec laquelle elle persiste à intégrer les événements, et la distance qu'elle s'impose avec obstination et ironie même lorsqu'elle devrait être personnellement touchée. Le fait que le meurtre implique sa famille et que l'auteure nous la présente en train d'évoluer dans l'intimité de son univers la rendent d'autant plus intéressante.

 

 L'intrigue policière, digne d'un vrai cluedo, respecte avec une délicieuse complexité des codes du whodunit : des suspects hauts en couleurs issus de différentes classes sociales, des intrigues secondaires, des alibis trompeurs, des doubles identités, des fausses pistes... On ne peut qu'applaudir Robin Stevens pour la rigueur et l'imagination dont elle a fait preuve!

 Couverture américaine.

En bref : Un second tome encore plus passionnant! Un véritable cluedo qui fait honneur au policier à l'anglaise, des personnages encore plus approfondis et attachants et une atmosphère entre tension et humour très bien posée. Agatha Christie a trouvé son alter ego en littérature jeunesse!

 Avec un grand merci aux éditions Flammarion pour leur confiance!


Et pour aller plus loin...

mardi 2 mai 2017

Agatha Raisin and the quiche of death - Un téléfilm de G.Sax, d'après le roman de M.C.Beaton



Agatha Raisin and the quiche of death

Un film de Geoffrey Sax pour Sky 1, d'après le roman de M.C.Beaton

Avec : Ashley Jensen, Hermione Norris, Robert Bathurst, Matthew Horne, Jamie Glover...

Diffusion originale : 26 décembre 2014.


  Agatha Raisin, gérante de sa boite de RP, prend sa retraite anticipée avec l'espoir de commencer une nouvelle vie dans le paisible village de Caresly, loin de l'agitation londonienne. Mais lorsqu'elle se trouve suspectée de meurtre après que sa quiche ait empoisonné le juge du concours culinaire de la paroisse, elle décide de laver sa réputation en menant l'enquête elle-même pour résoudre le mystère de la quiche fatale. 

***

  Après l'arrivée dans l'hexagone des savoureuses aventures littéraires d'Agatha Raisin, il m'était impossible de me retenir et d'attendre la diffusion française pour voir ce téléfilm, diffusé en 2014 sur la chaine Sky 1 et encore inédit en France. D'une durée approximative de deux heures, cette adaptation du génial roman de M.C.Beaton pouvait en fait être considérée comme le pilote de la série produite l'année suivante : le succès ayant été au rendez-vous, la chaine a en effet commandé dans la foulée une saison complète inspirée des autres romans. En attendant la programmation prochaine de la série sur France Télévision (qui a racheté les droits pour la diffusion en France), petit retour sur ce long-métrage de comédie policière.


  Tout d'abord, on ne peut reconnaître qu'une seule chose : l'adaptation est très fidèle, et on retrouve avec le même plaisir l'Agatha et le petit monde de Caresly du papier à l'écran. Le scénario se permet juste d'actualiser son héroïne, ce qu'on remarque à peine car on avait déjà oublié que les romans datent de 1992, et qu'il n'y avait à l'époque ni smartphone ni tablette (les premiers énormes portables évoqués dans les romans semblent être la pointe du progrès et pour le reste, c'est appareil à développement instantané et caméscope). Si le spectateur est à peine heurté par la transition c'est, d'une part, que contrairement aux personnages d'A.Christie, Agatha n'est pas associée à une époque précise, et d'autre part, que cette ère du hashtag lui va comme un gant. On la découvre donc au début du film en pleine discussion via tablette avec son psy pendant qu'elle dévore une barquette chauffée au micro-onde, tout en en râlant. On a retrouvé notre Agatha...

Agatha, endimanchée comme pour un couronnement à l'office du dimanche...

  Et ce sentiment de familiarité ne serait pas le même sans le casting détonnant de ce téléfilm, Ashley Jensen en tête. Quoi qu'un peu plus jeune peut-être que la Agatha des romans, elle endosse comme un gant le rôle de la jeune retraitée caractérielle et entêtée, aussi bien que ses côtés les plus attachants. Même le ton de voix et les jeux de regards hypocrites y sont (aahh, cette banane éclatante face aux têtes d'enterrement des femmes autochtones quand elle arrive au cercle des dames de Carsely !). Le reste du village est tout aussi crédible : les horribles Mr et Mrs Bogle, les Cummings-Brown, ou encore Matt McCooey qui endosse à merveille le timide Bill Wong. Restent le révérend et son épouse, qui m'ont un peu déstabilisé de par leur jeune âge, et l'interprétation que les scénaristes ont fait de la femme de ménage d'Agatha, qui a un rôle ici plus important mais très finalement très bien employé.


  Tout comme dans les romans, on a l'impression d'assister à un épisode d'Inspecteur Barnaby dynamité façon parodie, et les codes classiques sont également détournés à l'écran (un des meilleurs exemples est la voiture de police, qui met le gyrophare et fait des dérapages en mode film d'action même s'il n'y a que 15 mètres à parcourir, et même pas pour une urgence!). L'humour est omniprésent et j'ai gloussé à plusieurs reprises, parfois même j'ai ri aux éclats. Je pourrais d'ailleurs vous décrire en détails toutes ces petites scènes inédites ajoutées au scénario et autres moments de solitude hilarants des protagonistes, mais je vous laisse le plaisir de les découvrir par vous-même. En tout cas, on ne pouvait imaginer meilleure transposition pour le roman de M.C.Beaton : drôle, british, désinvolte, bref, notre Agatha!


En bref : Une adaptation très réussie et hilarante à souhait du roman de M.C.Beaton, portée par un casting très convaincant dont Ashley Jensen en tête. Vivement que ce téléfilm et la saison 1 tournée dans la foulée soient diffusés en France!


Et pour aller plus loin...

vendredi 28 avril 2017

Remède de cheval (Agatha Raisin enquête #2) - M.C.Beaton.

The vicious vet, St Martin's press, 1993 - Albin Michel (trad. d'E.Ménévis), 2016.

  Après la pluie, le beau temps ! Agatha Raisin est désormais bien installée dans son cottage de Carsely en compagnie de ses deux chats. Cerise sur le pudding, le nouveau vétérinaire du village ne semble pas insensible à ses charmes. Quand le beau véto succombe à une injection de tranquillisant destinée à un cheval rétif, la police locale conclut à un malencontreux accident. Mais pour Agatha, dont le flair a permis de résoudre l'affaire de La Quiche fatale, il s'agit bien d'un meurtre. A l'étonnement de tous, le séduisant colonel James Lacey partage pour une fois l'avis de son entreprenante voisine. Et nos deux détectives-amateurs se lancent dans une enquête bien plus périlleuse qu'ils ne l'imaginaient...

***

  Tombé sous le charme inattendu d'Agatha Raisin après ma lecture le La quiche fatale, je me suis empressé d'acheter ce second tome afin de poursuivre les aventures de cette détective peu ordinaire.


  Nous retrouvons donc notre dynamique quinqua bien installée dans le paisible village de Caresly, refrénant ses envies de reprendre sa vie londonienne juste pour suivre de près son nouveau très séduisant voisin, James Lacey, qui semble désespérément la fuir. Agatha décide donc de changer de cible au profit du tout nouveau vétérinaire local, auprès duquel elle s'empresse de prendre un faux rendez-vous pour ses chats. Mais une fois dans la place, elle constate que le jeune homme fait des émules : toutes les femmes de Carelsy semblent être tombées sous le charme du vétérinaire! Alors quand on le retrouve mort d'une overdose de tranquillisant pour chevaux, notre perspicace héroïne suspecte immédiatement quantité de maîtresses bafouées et de maris jaloux, alors même que la police locale n'y voit qu'un malheureux accident. Chose étonnante, James Lacey partage le même avis qu'Agatha, et voilà que les deux se mettent en quête du coupable à travers la campagne anglaise... Mais leurs investigations devront cependant compter avec le caractère et les gaffes légendaires de notre détective de choc...


  Alors là, on tient vraiment une perle : Quand le Times dit qu'Agatha est "un véritable trésor national", c'est on ne peut plus juste, car cette héroïne est mémorable à plus d'un titre et ce second tome vient bien le confirmer. On pourrait craindre de vite se lasser, la bonne et inattendue surprise de La quiche fatale maintenant passée, mais c'est sans compter sur M.C.Beaton, qui nous entraîne avec son personnage décidément hilarant dans les situations plus tordantes les unes que les autres.

 Caresly, un village où il fait bon se faire assassiner ...

  Car certes, sans Agatha, le reste de l'histoire et l'enquête elle-même passerait pour une fiction policière très anglaise façon téléfilm britannique du dimanche soir, mais tout l'intérêt est une fois encore de pimenter des ficelles très classiques d'un humour moderne et décalé amené par ce personnage utilisé à contre-emploi. Si l'intrigue parait plus convenue, on a donc heureusement de nombreux passages encore plus drôles que dans le premier opus!

  En effet, je ne me souviens pas avoir ri à ce point - à me faire mal au ventre- à la lecture d'un roman! Agatha, exaspérante à souhait entre son obsession de séduire son voisin et sa brusquerie à mener une enquête, accumule les bourdes et les situations au cocasse inimaginable! Et le village de Caresly n'est pas non plus en reste : à la galerie de protagonistes classiques du cosy mystery vient s'ajouter toute une tripotées de cougars tenaces et autres nymphomanes vieillissantes désopilantes!

La salle d'attente bien remplie du séduisant vétérinaire, 
dans l'épisode de la série télévisée adaptée des romans de M.C.Beaton.


En bref : un second tome à l'intrigue de fond un peu plus convenue, mais toujours pimentée de cette héroïne à contre-emploi hilarante. On ri encore plus que dans le premier opus, et on a hâte de poursuivre avec le troisième!

dimanche 23 avril 2017

Road to Riverdale (Archie comics) - collectif

Archie comics Publications, 2016 - Stories by Mark Waid, Chip Zdarsky, Adam Hughes, Marguerite Bennett, Cameron DeOrdio & Tom DeFalco ; Art by Fiona Staples, Erica Henderson, Adam Hughes, Audrey Mok, Sandy Jarrell, Andre Szymanowicz, José Villarrubia, Jen Vaugh, Kelly Fitzpatrick & Jack Morelli.

  Au cours des deux dernières années, la petite ville de Riverdale a radicalement changé, et l'ensemble de l'univers Archie s'est vu entièrement réactualisé. Road to Riverdale présente aux lecteurs tous les premiers numéros de chacune des nouvelles séries nées du monde des Archie Comics, y compris Archie, Jughead, Betty and Veronica, Josie and the Pussycats, et Reggie & Me, qui ont toutes inspirées la nouvelle série télévisée de la CW Riverdale . Ce roman graphique présente des histoires fascinantes et des œuvres éblouissantes d'auteurs et d'artistes confirmés comme Mark Waid, Adam Hughes, Marguerite Bennett, Fiona Staples, Chip Zdarsky et de nombreux autres. Vous ne pouvez passer à côté de cette collection unique qui vous fera découvrir la toute nouvelle Riverdale et servira de guide ultime aux nouveaux lecteurs et aux amateurs de longue date.

***




  Avant de vous en dire plus sur le contenu de cette bande-dessinée, peut-être faut-il passer tout d'abord par quelques indications? A moins que vous ne soyez fan de série et ayez récemment découvert Riverdale sur Netflix, cela ne vous évoquera probablement pas grand chose. Mais, si vous êtes comme moi natif des années 1990 et que vous avez passé tous vos mercredi après-midi devant M6 Kid, peut-être vous souviendrez-vous du dessin-animé Archie, mystères et compagnie, et de son générique mémorable? Bon, allez, je vous aide un peu :


 
  Ah, voilà, ça vous revient! Mais ce qu'on sait moins de ce côté-ci de l'Atlantique, c'est qu'à l'origine, Archie est le héro d'une série de comic books née en 1941! L'éditeur MLJ Comics fondé en 1939 avec des récits de justiciers comme ces collègues de chez Marvel se distingua donc quelques années plus tard avec ce personnage d'ado rouquin qui rencontra un tel succès qu'il eu bientôt sa propre série, puis que la maison d'édition adopta son nom pour devenir Archie comics. Cette BD suivait le quotidien idéalisé d'une bande de lycéens devenus très rapidement des icônes de la culture pop américaine : autour d'Archie retrouvait-on ainsi son meilleur ami Jughead (rebaptisé Doudingue -hum- dans la vf du dessin-animé), son ennemi Reggi, et surtout ses deux fiancées en alternance, Betty (la blonde, intellectuelle et garçon maqué) et Veronica (la brune, riche héritière). Le succès rencontré par cette petite bande d'amis du lycée fictif de la ville de Riverdale se constate sur la longévité de la série, qui n'a cessée d'être publiée depuis sa création, traversant les générations sans prendre une ride et en s'adaptant à toutes les modes.


 Couvertures des comics d'origine et vignette d'une des
 premières apparitions du trio Archie, Betty et Véronica.


  Dès lors, afin de conquérir un plus large public, les personnages secondaires et amis d'Archie eurent droit à leur propre série dérivée : à Archie succédèrent les comics Jughead, puis Betty and Veronica, ou encore Josie and the pussycats (trio de lycéennes qui on fondé leur groupe de musique et vivent autant d'aventures que de concerts). Une autre lycéenne un peu particulière de la bande finit elle aussi par avoir sa BD : Sabrina Spellman, plus connue sous le nom de Sabrina l'apprentie sorcière, oui oui, celle-là même qui connu son adaptation en série télévisée par la suite. Car Archie comics fut aussi décliné à la sauce horreur ou fantastique, ainsi que le montrent le comic Afterlife with Archie et Archie Weird mysteries, le dessin-animé connu chez nous sous le titre Archie, Mystère et Compagnie arrivé en 2000 sur les écrans français (alors que le format papier est toujours inédit chez nous). A noter qu'Archie comics est également à l'origine d'une chanson très connue : Sugar sugar, imaginée par le groupe The Archies dans ses aventures fictives.

Divers Spin-off d'Archie Comics (dont Sabrina l'apprentie sorcière),
et la célèbre chanson Sugar, Sugar, dont on a oublié l'origine due à Archie!




  En 2016, la fondation Archie Comics, toujours au sommet de son succès, propose un revival de ses BD : faire renaître ses personnages sous forme de tous nouveaux comics se détachant du visuel cartoonnesque d'antan et confiés à de tous nouveaux artistes. L'Archie 2.0 voit le jour, plus actuel que jamais, et le Lycée de Riverdale renait à l'ère du hashtag. Le succès est immédiat et les séries parallèles Jughead, Betty and Veronica, Reggie & me et les autres ont rapidement droit à leur reeboot elles-aussi. Chaque BD se voit ainsi scénarisée par son auteur attitré, tandis que le graphisme est confié à plusieurs artistes qui se relayent ou se renouvellent sans arrêt. L'intérêt de cette pluralité d'illustrateurs est de réinventer l'univers visuel des personnages et des décors dans lesquels ils évoluent, tout en respectant les signes distinctifs nécessaires pour assurer une continuité d'un épisode à l'autre. Et le résultat est des plus enthousiasmant, puisqu'entre les nombreux dessinateurs américains, on retrouve même la frenchie Marguerite Sauvage (qui a entre autre mis en images certains Alice détective à la bibliothèque verte).


 Couverture des premiers épisodes de chaque nouvelle série Archie comics,
et couvertures illustrées par la talentueuse Française Marguerite Sauvage.
 
  Il est donc peut surprenant, après cette réussite, de voir le projet d'une nouvelle adaptation télévisuelle mainte fois reporté enfin se concrétiser : la chaine CW, connue pour ses programmes young adult, lance en janvier 2017 Riverdale, un teen-drama qui réunit tous les célèbres protagonistes du comics, avec en tête la bande Archie-Jughead-Betty-Veronica. Pas de comédie ni de fantastique pour cette nouvelle déclinaison de l'univers d'Archie Comics : cette fois, le ton, beaucoup plus sombre, est celui du thriller ado avec meurtre à la clef et coupable à démasquer façon cluedo lycéen.




  Peu de temps avant la diffusion du premier épisode, l'éditeur table donc sur le suspense généré par les premiers trailers pour proposer Road to Riverdale, un florilège des premiers épisodes de chaque franchise du revival ayant inspiré la CW. Dans ce recueil découverte se succèdent donc les premiers épisodes d'Archie, Jughead, Betty & Veronica, Josie and the Pussycats, et même Reggie and me. Le but est clairement de conquérir de nouveaux lecteurs en tablant sur le succès de l'adaptation télévisée ; en proposant cet échantillon, l'éditeur est sûr que son nouveau public se découvrira un personnage favori et qu'il choisira de continuer à suivre les publications le concernant. Et ça marche! Pour ma part, le choix est vite fait : les tribulations musicales des Pussycats ne m'ont pas franchement passionné, ni les aventures narcissiques de l'insupportable Reggie, ni-même celles un peu trop barrées de Jughead. Betty & Veronica aurait presque pu me plaire mais était définitivement trop romantico-féminin, aussi me suis-je prononcé tout naturellement pour... Archie.

Archie, par Fiona Staples.
 
  Et moi qui m'étais promis de me contenter de cet échantillon et de ne pas aller plus loin, j'ai déjà dévorés les deux premiers volumes d' Archie, achetés dans la foulée, et j'attends le troisième avec impatience. Je vous en redis plus très prochainement!

En bref : Un coup de marketing qui fonctionne : en faisant découvrir un florilège des comics à l'origine d'une série télévisée au succès assuré, l'éditeur parvient à conquérir un nouveau lectorat. Côté France, ce sont surtout les fans de Riverdale et/ou les anciens gamins adorateurs d'Archie mystères et Cie, qui trouveront de l'intérêt à cet échantillon et s'y attarderont le temps de choisir la série qu'ils voudront suivre par la suite.