dimanche 30 décembre 2012

16 Lunes (Le livre des Lunes / Sublimes créatures #1) - K.Garcia & M.Stohl

Beautiful Creatures (The Caster Chronicles series #1), Little, Brown, and company, 2009 - Éditions Hachette (collection Blackmoon), 2010 - Éditions le livre de poche jeunesse, 2011.


J’ai longtemps rêvé de cette fille. Elle apparaissait dans un cauchemar où, malgré tous mes efforts, elle tombait sans que je ne puisse la sauver. Je me savais lié à elle d’une façon particulière. Et puis un jour, elle est arrivée en chair et en os au lycée de Gatlin, notre petite bourgade du Sud des Etats-Unis. Elle était belle et mystérieuse. Si j’avais su qu’en même temps que cette fille surgirait aussi une malédiction... J’étais éperdument amoureux, mais cet amour était perdu d’avance.



  Comme le temps passe vite! Annoncé dans mes lectures d'Halloween, voilà seulement que je termine ce roman pour m'attaquer à des intrigues disons plus... hivernales! Mieux vaut tard que jamais car ce livre mérite tout de même qu'un petit article lui soit consacré! 
  Comme je l'avais dit à l'occasion de mon "post automnal", j'ai croisé pour la première fois ce roman alors qu'il venait de sortir en grand format : couverture accrocheuse certes, mais titre et maison d'édition obligent, je craignais qu'il ne s'agisse que d'une énième relecture du mythe des bêbêtes à crocs dans la veine de Fascination, versant Loup-Garou cette fois-ci (compte-tenu de l'allusion aux Lunes). Mais le résumé indiquait tout autre chose et je me promis alors de m'y pencher à l'occasion, ne dédaignant pas -comme chacun sait- le genre bit-lit, et acceptant parfois de me laisser convaincre par quelques uns de ses rejetons pas toujours ratés (il faut le reconnaître!). Me fiant au succès qu'il a rencontré auprès du lectorat young adult et à la bande-annonce réussie de l'adaptation cinématographique prochaine (sous le titre Sublimes créatures), je me suis lancé dans sa lecture le mois dernier et en sors globalement satisfait.

Book Trailers officiels, réalisés à l'occasion de la sortie du livre en éditions originale grand format et poche.
La première est un peu fade mais je trouve les deux autres très accrocheuses et vraiment fidèle à l'ambiance du roman!

  Petit retour sur le synopsis, histoire d'en dire un peu plus que la 4ème de couverture (dont la tonalité très mièvre visait certainement à épingler les lecteurs de Twilight - hihi!-): 
  Ethan Wate est un jeune lycéen de 16 ans résidant à Gatlin, ville située au cœur de la Caroline du Sud. Orphelin de mère depuis quelques temps, le jeune garçon vit aujourd'hui avec un père dépressif et la gouvernante de la maison, Amma, qui l'aime et s'occupe de lui comme de son propre fils. Discret et passionné de lecture, Ethan n'en est pas moins grand sportif et basketteur émérite ; cependant, il reste globalement "en marge" de cette jeunesse populaire, dorée et très "comme il faut", représentative de la ville. Le jour de la rentrée des classe, le quotidien jusque là paisible et sans histoire de Gatlin est bouleversé par l'arrivée d'une nouvelle élève, belle et mystérieuse, secrète et renfermée: Lena Duchannes, nièce de "ce vieux fou de Ravenwood", vieil original qui vit reclus dans les tours de son terrifiant manoir. Dès qu'il la voit, Ethan se sent lié à la jeune fille par une force invisible : il le sait, il le sent, elle est celle qui hante ses cauchemars et ses rêves depuis de nombreuses années. Ses impressions se renforcent lorsque les deux adolescents découvrent qu'ils peuvent communiquer par la pensée, signe mystérieux mais évident du lien qui les unit. Peu à peu, d'autres phénomènes encore plus étranges se manifestent en présence de la jeune fille, qui s'attire les foudres de la population guindée de Gatlin : pointée du doigt et perçue comme une sorcière au vu des légendes qui entourent son histoire familiale, Lena est rejetée de tous. Seul Ethan recherche son amitié, de plus en plus attiré qu'il est par l'adolescente. Alors qu'une profonde amitié se noue entre eux, elle finit par lui révéler son secret : issue d'une longue lignée d' "enchanteurs", Lena possède des pouvoirs magiques qu'elle penne encore à contrôler, d'autant plus qu'elle est la victime d'une curieuse malédiction. En effet, à son seizième anniversaire, elle sera choisie par les forces du bien ou du mal, "Appel" qui fera d'elle un enchanteur de la Lumière ou une créature des ténèbres pour le reste de son existence...
  Alors que leur amitié se mue peu à peu en amour, Lena et Ethan, guidé par un mystérieux et ancien camée, se lancent dans une course contre le temps pour déjouer la malédiction. Très vite, il découvrent que leur histoire ne dépend pas du simple hasard mais que leurs deux familles sont liées par de nombreux secrets, et que leur destinée commune est écrite depuis bien longtemps...

Les paysages si particuliers de la Caroline du Sud, dont l'atmosphère exotique parcourt le roman de bout en bout...

  Même si l'intrigue de base peut évoquer un Twilight où les rôles masculins et féminins seraient inversés, on est au final bien loin de l'univers de S.Meyer. Tout d'abord, l'intrigue nous plonge dans l'atmosphère moite et mystérieuse du Sud des Etats-Unis, au coeur de ses bayous, de son passé colonial et de ses traditions empruntes de magie vaudou et de superstitions. Traversé par de parfum exotique d'un bout à l'autre et par des références historiques qui ajoutent de l'épaisseur, 16 Lunes parvient donc à se distancer de son cousin vampirique en revendiquant son appartenance au genre "southern gothic", notamment via de nombreuses références littéraire clefs (Harper Lee en tête de liste). On notera au passage quelques petits clins d’œil amusant des auteures à certaines scènes ou éléments clefs de la saga Fascination, gentiment tournée en dérision pour l'occasion.

Bien que n'existant pas "réellement", voici la carte "officielle" de Gatlin : Pour ceux qui voudront s'immerger un peu plus dans l'histoire ;-)
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

  Exit les vampires, donc, et bonjour la Magie. Si la sorcellerie a également eu sa part avec Harry Potter, 16 Lunes prend là encore un tournant différent dans l'exploitation de ce thème déjà maintes fois mis en scène. Bien sûr, les ressorts utilisés rappellent des schémas narratifs assez courants dans la fiction fantastique (familles ancestrales, manoir terrifiant, malédiction, etc...), mais le tout étant savamment agencé, ne cherchant qu'à divertir le lecteur, et ne prétextant en aucun révolutionner le monde du livre, je suis sorti enjoué de ma lecture. J'ai donc passé un moment agréable en compagnie de 16 Lunes: la galerie des protagonistes est plutôt bien imaginée (notamment l'oncle de Lena, gentleman du Sud ambivalent à souhaits, ou encore la gouvernante Amma et ses croyances populaires), et le scénario est globalement bien construit, les auteures ne laissant pas une minute de repos au lecteur et se jouant de lui au rythme de nombreux rebondissements.

 Couvertures des éditions originale américaine, allemande, bulgare,
serbe, italienne,
et thaïlandaise.

J'ai particulièrement aimé les références à la Guerre de Sécession, partie de l'Histoire américaine qui m'a toujours énormément intéressé et qui est utilisée de façon très pertinente dans l'intrigue, nous offrant au passage des flash-back captivants. Oh, et petit coup de cœur pour le Ravenwood Manor : en plus d'avoir le même nom que le manoir hanté du parc Disneyland, la demeure familiale de Lena ne cessait de m'y faire penser, à la fois dans la description du bâtiment et l'histoire de la lignée Ravenwood (je me demande d'ailleurs si, plus qu'une coïncidence, il ne s'agirait pas d'une référence assumée de la part des deux auteures...).

 Ravenswood Manor, à Disneyworld.

En résumé, je sors donc satisfait de cette lecture : Pure divertissement, ce roman évite les écueils du genre et permet de passer un bon moment de détente. J'ai déjà noté le tome 2 sur la liste de mes achats et suis maintenant très impatient de voir ce que donnera l'adaptation au cinéma! =D

Bande-Annonce de Sublimes Créatures.

jeudi 13 décembre 2012

Rose et la maison du magicien (Rose #1) - Holly Webb

Rose, Orchard books, 2009 - Éditions Flammarion, 2011 - Éditions France Loisirs, 2012 - Éditions Flammarion poche, 2013.



Rose quitte son orphelinat pour travailler au service du célèbre magicien, Mr Fountain. Une drôle de vie commence : formules, potions, mais surtout, une maison dans laquelle il se passe des choses étranges. Un jour Rose réalise qu'elle n'est pas une petite fille comme les autres et qu'elle aussi, maîtrise la magie... Alors quand des orphelins disparaissent mystérieusement, Rose n'hésite pas à se servir de ses pouvoirs...



***



  Lorsque ce roman est paru dans les rayonnages français en Mai 2011, sa couverture toute en fraicheur et magie, évoquant quelques univers teintés d'Alice au Pays des Merveilles, a de suite attiré mon attention (vous qui me connaissez maintenant sûrement très bien, vous aurez compris que, lorsqu'il s'agit de couvertures, l'expression "attiré mon attention" signifie en fait chez moi "DONNER ENVIE D'ACHETER *_*" ^^'). Mais à cette époque, j'étais encore fort raisonnable et j'ai su me retenir. Quelques temps plus tard, j'ai appris que le roman avait été traduit de l'anglais par...Faustina Fiore! Faustina Fiore, traductrice d'ouvrages pour la jeunesse que j'ai l'immense chance de connaître et qui a publié son premier roman il y a peu, Les oiseaux noirs, chroniqué ici même en Mai dernier. Elle m'a alors littéralement mis le roman entre les mains, me recommandant sa lecture en me le présentant comme une petite fiction fort sympathique.
  A l'heure où le 4ème et dernier tome vient de paraître, petit retour sur ce premier opus...

 Exemple d'orphelinat pour filles sous l'ère victorienne...

  Nous faisons donc connaissance avec Rose, petite fille d'une dizaine d'années élevée au sein de l'orphelinat St Bridget, en plein Londres victorien. Ne connaissant rien de ses origines, Rose ne s'est cependant jamais laissée abattre par les difficultés de l'existence et s'efforce, malgré le quotidien plutôt rude de l'établissement et ses conditions de vie difficiles, de toujours voir le bon côté des choses et soutenir ses camarades. Un beau matin, une dénommée Miss Bridges, gouvernante d'un certain Mr Fountain, se présente à St Bridget dans l'idée d'y trouver une future femme de chambre pour travailler chez son maître. Quelle n'est pas la surprise de Rose de se voir choisie! La fillette quitte donc l'orphelinat et rejoint les gens de maison de Mr Fountain, étrange à bien des égards: mystérieux, secret et distingué, l'homme est avant tout un alchimiste réputé et... un magicien! En même temps qu'elle apprivoise ses nouvelles fonctions de domestique, Rose découvre peu à peu les secrets de  la fantaisiste demeure, animée jusque dans ses moindres recoins par la magie. Une magie qui est familière à la fillette car Rose ne tarde pas à témoigner de dons particuliers elle aussi! Détentrice de pouvoirs étonnamment puissants pour son âge, la petite fille apprend en secret à les utiliser aux côtés du caractériel mais attachant apprenti du magicien, et de Gustavus, son charismatique félin. 
Mais le quotidien déjà bien extraordinaire de Rose prend bientôt une tournure plus dramatique et dangereuse lorsque des enlèvements d'orphelins défrayent la chronique londonienne; la petite fille apprend alors la disparition de l'une de ses anciennes camarades de St Bridget et décide de mettre ses nouveaux dons à contribution en partant à l'aventure pour retrouver les enfants...

 Exemple d'enfant domestique au XIXème (ne ferait-elle pas une Rose parfaite, avec sa petite robe et son tablier? ^^).
- "This is the Way we Wash our Clothes", François Rivoire, 1887 -

  Destiné à un lectorat plutôt jeune, le style ne s'encombre pas de fioritures complexes et de tournures trop recherchées mais a le mérite de rester accessible tout en étant agréable; En bref: fluide et clair, ce qui permettra même aux réticents de la lecture de ne pas être rebuté par le texte, et ainsi de s'offrir une plongée dans les mœurs de l'époque victorienne et le monde plein de potins et d'animation des bonnes et des domestiques. Avec Rose, on découvre à travers le regard d'une héroïne attachante le Londres de la fin du XIXème et les conditions de vie des orphelins en cette fin de siècle, en même temps qu'on profite des plaisirs d'une fiction d'aventure et relevant du genre fantastique. Il n'est donc pas surprenant d'apprendre que les sources d'inspiration de Holly Webb étaient les romans de Frances H.Burnett (Le jardin secret, le petit lord Fauntleroy, La petite princesse...), qu'elle souhaitait pimenter d'une bonne dose de magie!


Domestiques victoriens au travail.
Ne pourrait-on se laisser aller à imaginer toute la maisonnée de Mr Fountain s’affairant en cuisine, Rose au premier plan? ^_^

  Le scénario et le déroulement des événements sont quelque peu prévisibles et on devine rapidement les dessous de l'histoire mais peu importe: les personnages sont attachants et ce petit roman remplit entièrement son rôle de divertissement et de "lecture plaisir". L'histoire peut être présentée comme un mélange des Mondes de Chrestomanci et de Madame Pamplemousse, avec un petit côté Coraline pour le personnage horrifique à souhait de "la méchante" (dont je tairai le nom pour ne pas gâcher l'effet de surprise, même si cela se devine très vite...). Cette dernière n'est en effet pas sans rappeler - à la fois dans son double-jeu, son physique, son caractère et aussi la façon dont le personnage est inséré et utilisé - la "mère démoniaque" du livre de Neil Gaiman.

Ensorcelante et dérangeante réalisation de l'artiste Dan Hillier, créature arachnide qui n'est pas sans m'évoquer la diabolique ennemie de Rose dans ce tome 1...

  En bref: Rose et la maison du magicien est un roman à la fois ludique et fantastique qui plaira aux plus jeunes. Sans prétention, l'intrigue est tout simplement charmante même si les éléments et ressorts utilisés sont parfois cousus de fil blanc. Il en reste une lecture très agréable avec des personnages attachants et une atmosphère feutrée et sucrée comme un bonbon, pleine de magie, qui donnent envie de lire la suite! A recommander à tous les petits lecteurs coutumiers du genre et aux grands-enfants qui voudront, comme moi, s'offrir une petite bulle de légèreté...

Couvertures des éditions grand format et poche originales et de l'édition allemande.

Et pour aller plus loin: