lundi 14 janvier 2019

Un petit tour avec Mary Poppins - Hélène Druvert, d'après P.L.Travers.

Mary Poppins s'envole, Un petit tour avec Mary Poppins, Gautier Langereau, 2016.

  Tout est calme en cette belle matinée d'été, où seuls un petit souffle de vent et la clochette du marchand de glaces ambulant viennent troubler la quiétude de l'allée des Cerisiers. Michael et sa sœur Jane profitent de la brise pour faire voler leur cerf-volant dans le parc, où ils sont bientôt rejoints par leur gouvernante, la pétillante Mary Poppins. Cette dernière descend du ciel, accrochée à son parapluie, pour égayer leur quotidien en les entraînant dans des aventures hors du commun. Car, tout en leur faisant découvrir de grands attraits de la capitale anglaise (Buckingham Palace, Big Ben et Piccadilly Circus), elle les conduit également dans une grande réception musicale au fond de l'océan et leur offre un voyage au cœur de la Voie lactée à bord d'une comète scintillante... 

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  Il est parfois bon de se reposer les yeux devant un beau livre-objet, et quand celui-là s'accorde si bien avec ma thématique livresque du moment, pourquoi résister? Un petit tour avec Mary Poppins (aussi publié sous le titre Mary Poppins s'envole), est un superbe ouvrage entièrement conçu par l'artiste Hélène Duvert.


  Hélène Duvert est une illustratrice et designer qui travaille autant la 2D que la 3D : elle a mis en images de nombreux albums jeunesse, qu'elle enlumine de silhouettes minutieusement délimitées par des aplats de couleurs douces et tranchées. Parfois, aussi, elle met les histoires "en découpes" : c'est le cas pour ce magnifique album, qui emprunte sa technique au kirigami.


  Le kirigami, c'est le nom donné à l'art japonais du découpage du papier, une technique qui, sans aucun pliage, cisèle les silhouettes et les formes les plus minutieuses pour un résultat absolument bluffant! Le plus souvent réalisées au laser, ces illustrations d'une grande finesse s'accordent à merveille avec l'univers de Mary Poppins, ici entièrement raconté par des ombres chinoises : des scènes tout droit sorties d'une animation à la Michel Ocelot!


  Et l'univers de Mary Poppins, Hélène Druvert semble bien le connaître! Car si il n'y a pas vraiment de trame (mais après tout, on a pu voir qu'il n'y en avait jamais vraiment dans les romans de P.L.Travers donc à ce stade, c'est une question de fidélité!) et que l'album sert davantage à nous faire visiter les grands sites historiques de Londres, les scènes qui s'enchaînent sont tirées des trois premiers romans de la saga.


  Ainsi, tout comme dans Le retour de Mary Poppins, Mary et les enfants Banks s'envolent pour un cirque dans les étoiles ou achètent des ballons gonflables enchantés, et, tout comme dans Les bonnes idées de Mary Poppins, ils font la fête sous l'océan après avoir écouté la mer dans un coquillage. 


  Le texte qui accompagne les images est un peu gratuit et, même si l'auteure y place des rimes pour y ajouter quelque musicalité, on comprend que c'est davantage une façon d'y glisser un fil rouge. Peu importe, les images nous suffisent!


En bref : Un livre-objet aux décors et silhouettes découpés absolument superbe, d'une grande finesse. Une façon très originale de mettre en images Mary Poppins et qui sert à merveille cet univers. 

 

samedi 12 janvier 2019

Gourmandise littéraire : Le sirop qui aide la médecine à couler.


  L'univers gourmand de Mary Poppins ne se constitue pas uniquement de goûters (qu'ils soient pris dans un paysage peint, au plafond, ou la tête à l'envers, qu'on se le dise...), et la célèbre nounou est avant tout... eh bien, une nounou. Cela sous-entend que, pour garantir une douce nuit aux enfants Banks, elle leur servira tous les soirs une cuillère de sirop. Quel sirop? LE sirop. Celui qui "aide la médecine à couler", comme le dirait Mary Poppins elle-même, car n'oublions pas qu'à la base, un sirop, c'est effectivement une macération de sucre et de plantes ou de fruits aux vertus curatives. Soit une façon douce et sucrée de soigner...

  Mais les petits Banks voient ledit sirop d'un œil torve. Et à juste titre : à cette époque, il est courant de donner à boire aux enfants une cuillère d'huile de foie de morue par jour, complément alimentaire prescrit quotidiennement pour éviter le rachitisme et garantir une meilleure croissance osseuse. Fort heureusement, comme tout ce que fait découvrir Mary Poppins, même son sirop réserve quelques surprises...


"Mary Poppins exhibait maintenant une grande bouteille, munie d'une étiquette où on lisait "une cuillerée tous les soirs avant de se coucher" et d'une cuillère attachée au goulot par une ficelle. Mary Poppins versa dans la cuillère un liquide rouge foncé.
- C'est un médicament pour vous? demanda Michael, très intéressé.
- Non, pour vous, dit Mary Poppins en lui tendant la cuillère.
  Michael ouvrit de grands yeux, fronça le nez, protesta :
- Je n'en veux pas. Je ne suis pas malade. Je ne le prendrai pas, na!
  Mais les yeux de Mary Poppins étaient fixés sur lui et il découvrit tout à coup qu'on ne pouvait pas regarder Mary Poppins en face sans lui obéir. Il y avait en elle quelque chose d'étrange et d'extraordinaire, de terrible et de fascinant. La cuillère approchait... Michael ne respira plus, ferma les yeux, et avala. Un goût délicieux se répandit dans sa bouche, et un sourire de plaisir sur sa figure :
- Glace aux fraises! murmura-t-il béatement. Encore, encore, encore!
  Mais Mary Poppins, le visage toujours aussi sombre, versait une dose pour Jane.
  Cette fois-ci le liquide, qui sortait pourtant de la même bouteille, avait des reflets verts, jaunes, argentés. Jane goûta : 
- Sirop de citron! déclara-t-elle en se passant la langue sur les lèvres (...).
  Enfin, Mary Poppins en versa encore une dose et se l'administra soigneusement elle-même.
- Huile de foie de morue, annonça-t-elle en faisant claquer ses lèvres et en rebouchant la bouteille."

Mary Poppins, P.L.Travers, 1934, éditions Hachette, 1964.


  Si Mary Poppins se réserve l'huile de foie de morue, Jane et Michael ont donc droit à leurs parfums de sirop favoris! On ne sait pas si c'est vraiment médicinal, mais les enfants adhèrent!...

  Pour les recettes de sirops ci-dessous, nous vous proposons donc trois parfums différents. Nous n'avons pas encore trouver le moyen de contenir comme par magie les trois dans une seule et même bouteille comme Mary Poppins, mais au moins pourrez-vous choisir celui qui vous plaira. Ah, et aussi, nous avons préféré troquer l'huile de foie de morue de la nounou par le sirop qu'elle se choisit dans le film : sirop de punch au rhum, moins... austère.


Sirop de fraise:

Ingrédients:

- 1 kg de fraises
- 80 cl d'eau
- 600 g de sucre

A vos tabliers (empesés)!

- Laver les fraises, les équeuter et les couper en petits morceaux. Les mettre dans une bassine à confiture avec l'eau puis porter à ébullition. Poursuivre la cuisson quelques minutes puis retirer du feux.
- Écraser grossièrement les fraises(toujours dans l'eau)  à la fourchette ou au presse-purée puis laisser macérer au frais pendant 24 heures une fois le mélange refroidi. 
- Le lendemain, filtrer le mélange puis porter le liquide restant à ébullition. Laisser frémir pendant cinq minutes en écumant. 
- Verser dans des bouteilles (de préférence stérilisées) puis les refermer immédiatement.


Sirop de citron:

Ingrédients:

- 1 kg de citrons bios (mélangez citrons verts et jaunes pour plus de subtilité!)
- 1,5 kg de sucre
- 50 cl d'eau

A vos tabliers (empesés)!

- Faire un sirop en portant à ébullition l'eau et le sucre dans une casserole.
- Prélever les zestes des citrons, les ajouter au sirop puis poursuivre la cuisson 5 minutes. Retirer du feu.
- Presser les citrons, verser le jus et le sirop dans un récipient. Tout comme pour la recette précédente, laisser macérer pendant 24 h puis filtrer avant de mettre en bouteille.


Sirop de punch au rhum:

Ingrédients:

- 1 L d'eau
- 1 kg de sucre
- 250 mL de rhum
- 1 gousse de vanille
- 4 bâtons de cannelle 

A vos tabliers (empesés)!

- Verser le sucre et l'eau dans une casserole. Ajouter le rhum et la gousse de vanille fendue dans la longueur.
- Porter à ébullition puis faire frémir jusqu'à ce que le sucre ait disparu.
- Retirer du feu, ôter la vanille et les bâtons de cannelle.
- Verser dans des bouteilles stérilisées.


Et bien évidemment, vous pouvez les réutiliser dans des sorbets maison, cocktails ou... simplement avec de l'eau (mais ce sera tout de suite plus sage...)!



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mercredi 9 janvier 2019

Les nouvelles aventures de Sabrina : un conte d'hiver - Un épisode spécial Noël de R.Aguirre-Sacasa d'après sa propre BD.


Les nouvelles aventures de Sabrina : un conte d"hiver
(Chilling adventures of Sabrina : A midwinter's tale) 
Un épisode Netflix réalisé par Roberto Aguirre-Sacasa d'après sa bande-dessinée et le personnage de Archie comics,

Avec : Kiernan Shipka, Ross Lynch, Lucy Davis, Chance Perdomo, Miranda Otto, Michelle Gomez...
Disponible dès le 14 décembre 2018 sur Netflix.
 Les sorcières fêtent le solstice d’hiver, la nuit la plus longue de l’année. Mais quand les esprits s’en mêlent la fête vire vite au cauchemar…
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  Hip-hip-hip, Hourra! Alors que les excellentes Nouvelles aventures de Sabrina nous avait laissé au terme d'une saison 1 de dix épisodes, les fêtes ont offert aux fans deux très bonnes surprises. La première : la saison 2 débarquera sur nos écrans dès Avril 2019. La seconde : Avec le mois de décembre arrivait aussi un épisode inédit spécial Noël. Bien qu'indiqué sur les listings comme étant l'épisode 11 de la première saison, il est plutôt à percevoir comme un épisode pivot entre les deux saisons. 


  Tandis que les mortels s'apprêtent à fêter Noël, les Spellman et les autres confréries de sorciers se préparent à la fête du Solstice : le 21 décembre, qui les fera entrer dans l'hiver, portera avec lui sa nuit la plus longue et le danger de voir des forces maléfiques traverser le voile qui sépare les deux mondes. Pour éviter tout désagrément, la famille de Sabrina respecte les coutumes de Yule dans leurs détails les plus strictes : décorer l'arbre du Solstice, par exemple, mais, surtout, faire bruler dans la cheminée la bûche de Yule, qui protègera la maison des mauvais esprits... C'est évidemment sans compter Madame Satan qui, toujours dissimulée derrière l'apparence de la professeure d'Histoire de Sabrina, parvient à distance à faire éteindre la bûche. Voilà le manoir Spellman envahi par les Lutins des montagnes, les esprits malins d'orphelins descendus de la montagne pour semer le carnage dans les maisons des sorcières non protégées. Pour les renvoyer d'où il viennent, il faudra se confronter à leur mère, la terrifiante Gryla des Montagnes. Et comme ce n'est pas suffisant, il semblerait aussi qu'un démon hivernal kidnappe des enfants à Greendale...


  Quel plaisir que de retrouver l'univers si bien pensé de cette nouvelle Sabrina! Avec cet épisode surprise, la série renoue avec la tradition très américaine du "Christmas Special", mais fait aussi écho aux comics originaux des années 60, lesquels mettaient toujours Noël en scène lors des publications de fin d'année. D'ailleurs, le générique fait un sympathique clin d’œil à la bande-dessinée en glissant une vignette extraite d'un ancien opus imprimé, rétro à souhait.

Sabrina et ses tantes version comics des 60's apparaissent en caméo dans le générique.

  Cet épisode, en plus de faire patienter les fans en leur servant une petite gourmandise, permet véritablement de faire une "pause" : si l'intrigue est clairement en lien avec des éléments évoqués dans la première saison, mais traite aussi de questions dont nous n'aurons pas de réponse avant la seconde, elle offre une parenthèse rendue d'autant plus sympathique par son accent saisonnier et son scénario très "one shot".


  Et là, autant dire que les scénariste s'en donnent à cœur joie : jamais la sorcellerie et Noël n'auront fait aussi bon ménage! S'inscrivant dans la même charte mythologique que la saison 1, cet épisode offre un savant mélange de références païennes et de pop culture, le tout dans un cadre de carte postale d'hiver gothique. Proprement à l'histoire de la sorcellerie, c'est la Yule (nom donné au sabbat d'hiver mais aussi aux fêtes du solstice d'avant la christianisation) que fêtent les Spellman et les pratiques mises en scène sont celles des légendes rattachées à l'Hiver. Il en va ainsi de la bûche de Yule, véritable tradition des temps anciens (qui, comme de nombreuses coutumes païennes, a donné naissance à des pratiques encore connues de nos jours : devinez d'où vient la bûche de Noël!?), qui doit brûler de la nuit la plus courte de l'année jusqu'aux douze jours qui suivent.


  Les deux antagonistes majeurs de cet épisode sont tirés de la mythologie de la vieille Europe et des légendes scandinaves. Les lutins de Yule et l'ogresse Gryla, personnages clés des contes islandais, sont réutilisés avec pertinence dans l'univers de Sabrina lorsque la créature des montagnes viendra réclamer un enfants des Spellman, et qu'un chapitre clef de l'Ancien Testament sera rejoué pour départager les deux parties. L'autre méchant de ce "Christmas Special" sera bien plus effrayant encore : il s'agit ni plus ni moins que du Krampus ( démon qui, dans les pays d'Europe de l'Est, accompagne St Nicolas pour punir les enfants méchant tandis que son comparse récompense les autres) qui agit ici sous un autre nom (nous n'en dirons pas plus pour ne spoiler personne, si ce n'est qu'il s'agit du patronyme sous lequel ledit monstre est connu dans les mythes australiens).



  Conformément à l'atmosphère de toute la saison 1, l'épisode évolue dans une ambiance gothique feutrée et délicieusement pop mais, cette fois sous les guirlande de houx. Le manoir Spellman sous la neige, les cidres chauds aux épices d'Hilda, les chaussettes accrochées à la cheminée... ajoutez à cela quelques vieux standards de Noël chantés par des crooners et des clins d’œil au Grinch ou à Dickens et vous avez là un merveilleux cocktail pour les soirées d'Hiver. Même la fin de l'épisode, à mi-chemin entre rires et frissons, nous rappelle qu'on aime vraiment cette friandise au goût pétillant de magie et d'humour... noir.



En bref : On retrouve dans cet épisode spécial tout ce qui a fait la réussite de la saison 1, merveilleusement bien traduit et adapté pour les fêtes de Noël : mythologie païenne, références littéraires et pop culture sont savamment dosés et l'atmosphère envoutante à souhait. Un excellent cadeau pour les fêtes! 


dimanche 6 janvier 2019

Best wishes from Cherry Tree Lane...


" La neige tombait régulièrement et ses gros flocons recouvraient peu à peu le parc, les trottoirs et les maisons de l'Allée des Cerisiers d'un manteau blanc d'une moelleuse épaisseur. Il n'avait pas cesser de neiger depuis une semaine et, pendant tout ce temps, les enfants n'avaient pas pu sortir une seule fois."

  Mieux vaut tard que jamais! Tel que j'avais pu l'annoncer dans mon article Supercalifragil... iatus, j'ai été considérablement retardé dans mes publications par un séjour hivernal loin de toute connexion internet! Aussi, impossible de publier mes annuels Vœux d'entre-deux fêtes dans les temps...

  Mais voilà : après neuf jours de vacances dans les lointaines terres du froid et du givre, nous sommes revenus au Terrier, enfin disons plutôt que nous sommes revenus à... Cherry Tree Lane! Eh oui, rappelez-vous : cette année, c'est Mary Poppins que nous mettons à l'honneur. Nous vous présentons donc cette fois nos Vœux d'après les fêtes :

Merry Christmas
(très très en retard)
and
Happy New Year!
(un peu moins en retard)

Bref, 
Best Supercalifragilisticexpialidocious Wishes!


"-Cela sent la neige, dit Jane en descendant de l'autobus.
-Cela sent le sapin, dit Michael.
-Cela sent le poisson frit! dit Mary Poppins."

  En effet, pour célébrer le retour de Mary Poppins au cinéma plus de cinquante ans après le premier film, nous traversons cette période de fêtes hivernales avec les livres originaux de P.L.Travers (si vous êtes lecteurs assidus du blog, vous avez déjà découvert avec nous les quatre premiers tomes de la saga de la Nounou magique), et même le Terrier s'est redécoré en son honneur!


" -Quel drôle de sac!
-Tapisserie, dit Mary Poppins en introduisant une clef dans la serrure.
-Ah, fit Jane. Un sac à ouvrage?
-Non. De voyage... en tapisserie."

  Nous voilà donc sur les toits de Londres -et plus précisément de Cherry Tree Lane- couverts de neige, en compagnie de Mary, Bert, et des enfants Banks. Afin de mener une valse effrénée avec ses amis ramoneurs, la nounou très guindée a posé tout son attirail au pied des cheminées...


"Ainsi donc, Mary Poppins mit ses gants blancs, passa son parapluie sous son bras et sortit. A vrai dire, il ne pleuvait pas, mais la poignée du parapluie était si belle qu'on ne pouvait décidément pas le laisser à la maison. La poignée du parapluie représentait une tête de perroquet : ce n'est pas le genre de parapluie dont on peut se séparer."


  Et quel attirail! Car sans ses accessoires fétiches, Mary Poppins ne serait certainement plus... Mary Poppins! Outre un sac en tapisserie sans fond (qui peut contenir du simple tablier au miroir vénitien en passant par... un lampadaire), elle porte toujours sur sa tête un petit chapeau en paille noir rigide orné de rubans et de marguerites, et, bien sûr, son célèbre parapluie à tête de perroquet

  (Votre humble serviteur remercie son élégante arrière grand-mère d'avoir laissé sur le grenier un chapeau décidément très Poppins, et une armée entière de parapluies centenaires, dont l'un s'est vu customisé de cette tête de fier oiseau. Oui, oui, le parapluie ci-dessus est une création cent pour cent home made du Terrier ;) )


"Devant eux, par delà la rangée de cerisiers, des lumières commençaient à apparaître - pas aussi brillantes que celles au-dessus d'eux, mais tout de même assez vives. C'était comme si chaque maison de l'allée s'était allumée en se penchant assez près de sa voisine déjà éclairée. Il y avait des constellations au-dessus et au-dessous et ciel et Terre semblaient habiter côte à côte."


" Le gel faisait miroiter les toits pointus de l'allée des cerisiers et la lumière de la lune glissait sur leurs pentes luisantes avant de tomber sans un bruit dans les gouffres noirs qui séparaient les maisons. Tout brillait et scintillait."

 (cliquer pour voir les images en grand)

   Parce que Mary Poppins a aussi été adapté sur scène en magnifique spectacle musical (que nous ne désespérons pas de voir un jour), notre vue des toits de Londres a été pensée comme les différents plans d'un décor de théâtre à l'ancienne, façon diorama. Sous la voûte étoilée et vaporeuse de ce ciel de bric et de broc s’alignent et se chevauchent briques rouges et ardoises grises, éclairées par les réverbères de la ville... 

  Un parfait terrain de danse pour une troupe de ramoneurs, non? 


A moins que vous ne préfériez allumez les réverbères avec les falotiers...


  Mais que serait Noël sans sapin? Si Mary Poppins passe plusieurs hivers chez les Banks dans les romans, on ne parle jamais de la fête et de la décoration de Noël au 17 de l'Allée des Cerisiers. On suit néanmoins la petite troupe dans les grands magasins pour faire les derniers achats du 25 décembre, discuter avec le Père-Noël, et admirer les vitrines. Comment serait le sapin de Mary? Probablement comme ça...


"L'allée des Cerisiers et le monde tout entier était aussi petit et scintillant que des jouets déposés au pied d'un sapin de Noël."



"C'était le pingouin qui approchait en dansant, en agitant ses courtes ailes et en chantant de toutes ses forces."


"Elle se jeta un regard approbatif dans le miroir avant de se pencher pour ouvrir son sac de voyage. En tout et pour tout, il n'y avait dedans qu'un mètre de couturière.
-C'est pour quoi faire, Mary Poppins? demanda Jane.
-Pour vous mesurer, répondit Mary Poppins. Pour voir dans quel sens vous avez grandi (...). Je m'en doutais! déclata-t-elle. Vous avez grandi en mé-chan-ce-té!"


"Elle déroula le mètre jusqu'à ses pieds et le tint à hauteur de sa propre tête. Un sourire de contentement se répandit sur sa figure:
-Moi j'ai grandi en PERFECTION, déclara-t-elle."



 "Le cerf-volant n'était plus vert et jaune. Il avait changé de couleur et tirait à présent sur le bleu marine. Il continua à descendre par à-coups (...) mais à sa place dansait une silhouette qui semblait aussi étrange que familière, une silhouette vêtue d'un manteau bleu à boutons d'argent et coifée d'un chapeau de paille orné de pâquerettes. Calé sous son bras se trouvait un parapluie dont la poignée était une tête de perroquet sculptée. D'une main, l'étrange apparition tenait un grand sac de voyage en toile marron et, de l'autre, elle s'accrochait fermement à la ficelle du cerf-volant."


  Voilà, c'était donc le parement du Terrier pour ce Noël 2018! Mais la fête n'est pas finie : le challenge Christmas Time joue les prolongations et avec, nous aussi. A venir : la fin des chroniques des romans de la saga Mary Poppins, notre avis sur le film Le retour de Mary Poppins, et quelques ultimes articles avant de clore nos festivités hivernales!





Alors à très très vite et encore tous nos meilleurs vœux!

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Mary Poppins en promenade - P.L.Travers

Mary Poppins in the park, Collins, 1952 - Éditions Hachette (trad. De J.Reschofsky), 1966.




  Qui mieux que Mary Poppins pour emmener les enfants Banks dans de merveilleuses aventures? Avec elle, ils découvriront le conte de la gardeuse d'oies, voyageront jusqu'à une planète habitée par des chats, feront connaissance avec ceux qui vivent sous les pissenlits, et feront la fête avec leurs propres ombres! Et ce n'est qu'un début!



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  Après trois tomes qui semblent constituer une véritable trilogie, voilà que Pamela L.Travers rempile avec une quatrième aventure de Mary Poppins. Encore ? Les enfants seraient-ils devenus si désobéissants, ou Mary Poppins deviendrait-elle tellement nécessaire à la famille Banks que la maisonnée ne puisse plus tourner sans elle ? Admettons. Mais comment l'auteure va-t-elle justifier d'un énième retour de la nurse alors qu'une boucle semblait définitivement bouclée ?



  Eh bien elle ne le fait pas, tout simplement ! Le roman, constitué de cinq chapitres, ne raconte pas dans quelles conditions Mary Poppins revient au 17 de l'allée des cerisiers ou comment elle le quitte en fin de volume : elle ne part pas, elle n'arrive pas, elle est là, c'est tout. L'explication ? Ces cinq historiettes (car on rappelle que chez P.L.Travers, les chapitres constituent chacun une mini-intrigue qui se suffit à elle-même) sont en fait des chapitres inutilisés issus des manuscrits initiaux du Retour de Mary Poppins et des Bonnes idées de Mary Poppins.

« -Mary Poppins aussi, elle doit être déguisée. Tout le monde est déguisé.
-Oh non, affirma Michael, très sûr de lui. Pas Mary Poppins.
Justement, la nurse venait de rentrer.
-De quoi s'agit-il ? Qui n'est pas quoi ?
-Vous, Mary Poppins ! Cria Michael. Jane dit que vous êtes quelqu'un d'autre ! »


  Supprimés par l'éditeur ou simplement mis de côté par l'auteure, on ne saura jamais lequel des deux a véritablement relégué ces chapitres au tiroir et lequel les en a sortis. On peut néanmoins subodorer que l'idée de ce volume aux allures de spin off vient du premier, probablement pour des visées purement commerciales (les lecteurs réclament encore du Mary Poppins mais l'auteure n'ayant pas encore écrit ni même prévu un nouveau tome, on les satisfait avec une compilation de chapitres inédits – quelque chose qui fonctionnerait encore très bien de nos jours!).

  Malheureusement, un tel procédé, s'il a ses avantages, a aussi ses défauts. Parmi les avantages, on imagine le succès en librairie lors de la sortie de ce quatrième tome probablement inespéré (rappelons tout de même que la publication des six tomes de la série – voire huit ou neuf si on compte Mary Poppins in the kitchen, Mary Poppins from A to Z ou encore Stories from Mary Poppins, trois ouvrages qui ne sont pas tout à fait des romans composant le « canon » mais plutôt des ouvrages dérivés – s'est étalée de 1934 à 1988!). Aussi, on peut concéder que ces quelques chapitres permettent de confirmer ce qu'on supposait déjà des pouvoirs de Mary Poppins.

Le plan du parc de l'Allée des Cerisiers, illustration de l'édition originale.

« -Quelle horrible soirée ! Quel vent ! Comment se fait-il qu'il ne vous aut pas emportée ?
Mary Poppins sourit d'un air supérieur. Le vent ne l'emportait que lorsqu'elle le voulait bien. »

  C'est tout particulièrement le cas pour le chapitre 4, malgré sa longueur interminable : Jane et Michael lisent un conte mettant en scène trois princes et le laissent ouvert à une page illustrée représentant les trois personnages, eux-mêmes face à un livre ouvert à une page enluminée du dessin de deux enfants. La magie opère quelques minutes plus tard : les princes sortent du conte et leur univers se confronte de plein fouet à celui de l'Allée des Cerisiers, où la licorne qui les accompagne provoque un certain... effet de masse. Les trois princes sont ravis de rencontrer Jane et Michael, qu'ils disent être les personnages du livre qu'ils étaient en train de lire, tandis que Jane et Michael, eux, soutiennent que ce sont les trois princes qui viennent de leur histoire favorite. De plus, la discussion entre les princes et Mary Poppins semblent induire qu'ils se connaissent et qu'elle aurait également été leur nounou... Le tout vient confirmer que la nurse a donc bien le pouvoir d'ouvrir des passages entre les mondes et, surtout, de passer de l'un à l'autre. En outre, ce n'est pas la première fois que Mary Poppins donne vie à des personnages de fiction (même si, cette fois, on ne sait plus très bien qui relève de la fiction et qui serait le véritable lecteur, une situation là encore très « Lewis Carrollienne ») et que le discours de Pamela Travers sur la littérature et ses effets transparaît à travers son texte : elle vient ici rappeler le pouvoir immuable des livres et des contes ancestraux.


  Le tout dernier chapitre est également une excellente surprise et renvoie aux inspirations mystiques et païennes chères à l'auteure : intitulé « La nuit de la Toussaint », il se déroule bien évidemment le soir du 31 octobre et nous plonge dans une atmosphère de mystères et de légendes très bien restituée. Pas de fantômes, certes, mais on retrouve Mrs Corry et ses filles (les vendeuses de pains d'épices du premier tome, aussi croisées lors des adieux à Mary Poppins dans le troisième volume), Mrs Corry étant le personnage qui se rapproche le plus de la bonne sorcière (ou de la fée-marraine de contes) traditionnelle. Elle et Mary Poppins conduisent une cavalcade d'ombres qui, le soir d'Halloween, se détachent de leur propriétaires pour aller danser au parc de l'Allée des Cerisiers. En outre, ce qui est dit sur les ombres dans ce chapitre n'est pas sans rappeler ce qu'en raconte James Barrie dans son Peter Pan, qui était l'un des ouvrages favoris de Pamela L.Travers...

Le bal des ombres, la nuit de la Toussaint.

« Il faut prendre soin de vos ombres, sinon elles ne prendront jamais soin de vous. Cela vous ferait-il plaisir de vous éveiller un matin et de vous apercevoir qu'elles se sont sauvées sans vous ? Qu'est-ce qu'une personne qui n'a pas d'ombre ? Rien du tout. »

  Parmi les gros défauts de ce quatrième volume qui n'en est pas vraiment un, on ne peut que regretter l'absence de trame : s'il y en avait déjà assez peu dans les trois premiers volumes, des liens pouvaient néanmoins se tisser de chapitre en chapitre au fur et à mesure, et les allées et venues de Mary Poppins suggéraient tout de même une certaine chronologie. Ici, le seul semblant de lien existant est celui qui donne son nom au titre, en français mais surtout en version originale : Mary Poppins in the park, puisque tous les chapitres se déroulent essentiellement pendant les sorties et balades au parc en face de la maison Banks, théâtre des mésaventures de cet ouvrage.

 L'aventure de Michael au royaume des chats évoquerait presque un conte de Mme d'Aulnoy...

  De plus, si ce livre vient confirmer certaines suppositions quant aux pouvoirs de Mary Poppins, il ne nous apprend guère voire pas du tout d'informations supplémentaires sur la célèbre et toujours aussi énigmatique nounou. Même, les chapitres que l'on sent bien calqués sur les schémas qu'affectionnent P.L.Travers commencent à nous lasser, et ne nous restent que quelques passages bien écrits pour compenser de l'ensemble.

« Personne ne disait rien. Il y a des choses qu'on ne peut exprimer. Du reste, qu'importait ? Les ombres qui voisinaient sur le plancher avaient tout compris. »

En bref : Un volume qui tient davantage du spin off en ce qu'il compulse des chapitres supprimés des tomes précédents. Mary Poppins en promenade est un livre inégal qui laisse l'impression d'être assez artificiel de par son manque de liens et de chronologie, et dont l'intérêt tient à trop peu de choses, malheureusement.





Et pour aller plus loin...