samedi 25 février 2012

Que le spectacle commence! - Ann Featherstone


Walking in Pimlico, John Murray, 2009 - Editions 10/18, 2011.


Dans le monde du spectacle les apparences sont reines et les secrets mortels.
Et s'il y a bien un rôle que l'amuseur public Corney Sage aurait préféré ne pas endosser c'est être témoin du meurtre de la jeune actrice Bessie Spooner! Le Constellation Concert Rooms devra se passer de ses services, il préfère prendre la fuite.
Mais sous ses nombreux déguisements, l'assassin rôde et se rapproche...





Après avoir parlé de mon penchant pour les énigmes sur le thème de l'art, voici un autre de mes petits plaisirs: les thrillers d'inspiration victorienne! Le XIXème siècle anglais comme cadre temporel d'un roman fait partie de mes critères de sélection, et encore plus s'il s'agit d'un roman policier ou d'un thriller (sûrement de vieux restes de mes lectures holmesiennes...). Le synopsis de ce livre était particulièrement alléchant (de même que cette superbe couverture!), mêlant ces thèmes qui me sont chers au monde du spectacle et promettant un cocktail à mi-chemin entre Moulin Rouge! et une histoire à la Jack l'éventreur.

J'eu cependant quelques difficultés à me plonger dedans, et ce en raison de la narration très particulière du premier chapître. Raconté par un homme de scène issu des quartier populaires anglais, il est écrit comme l'on parlait dans les bas-fonds londonien de l'époque: un jargon des rues traduit en français à grands renforts de mots "mâchés" et abrégés, le tout étant un dialecte familier vite agaçant. Une fois habitué, je me suis cependant laissé porter par cette intrigue d'une grande qualité narrative et scénaristique, dont la réussite doit beaucoup à la reconstitution du monde du spectacle et de l'univers forain sous l'ère victorienne. L'auteur connait son sujet: avant de se lancer dans la fiction, elle y avait déjà consacré plusieurs thèses et met ici ses connaissances au service de son roman, ce qui ne le rend que meilleur.

Victorian scene, Richard Hook, 1975.

Mention spéciale pour la construction narrative du récit: le meurtrier, adepte du déguisement et du travestissement, adopte quantité de fausses identités auxquelles peuvent correspondre autant de nouveaux narrateurs (ou narratrices) survenant dans l'histoire, et cela sans qu'on le réalise immédiatement! Ann Featherstone prend donc un malin plaisir à nous manipuler constamment et à se jouer du lecteur.

Affiche pour un cirque de rue sous l'Ere Victorienne.

Bien que je garde de cette lecture un bon souvenir pour l'audace de la narration et l'atmosphère du roman, je lui reproche une certaine lourdeur: les incessants changements de narrateurs dynamisent le récit un temps, mais finissent par lasser (il m'arrivait souvent de "mesurer" l'épaisseur de pages qu'il me restait à lire). J'ai également été quelque peu déçu par le dénouement, beaucoup trop lapidaire à mon goût et qui donne l'impression que l'auteur elle-même, épuisée par son récit, a soudain décidé de le clore en un tour de main pour reprendre son souffle...

Now you see him; now you don't!

vendredi 24 février 2012

Le premier jour - Marc Levy


Editions Robert Laffont, 2009 - Pocket, 2010.

Un étrange objet trouvé dans un volcan éteint va révolutionner tout ce que l'on croit savoir de la naissance du monde. Il est astrophysicien, elle est archéologue. Ensemble, ils vont vivre une aventure qui va changer le cours de leur vie et de la nôtre.







Il fut un temps où je ne jurais que par cet auteur. Je devais être en quatrième et je faisais alors la transition entre littérature jeunesse et littérature adulte lorsque je découvris Et si c'était vrai... avant d'enchaîner avec ses autres romans. J'avoue sans honte avoir passé de très bons moments même si, les ayant tous dévoré d'une traite, j'étais ensuite passé à tout autre chose (j'avais eu ma dose, en quelques sortes). J'appris ensuite que Marc Levy n'était en fait guère apprécié dans le paysage littéraire français et que ses écrits, très critiqués, étaient relégués au rang de "romans de gare". Certe l'écriture est simple et les histoires toutes en légèreté, mais on est quand même loin des romans d'Harlequin ! J'ai toujours trouvé cette critique très poussée car, aussi loin que je m'en souvienne, Marc Levy n'a jamais prétendu écrire de la grande littérature mais de simples divertissements accessibles au plus grand nombre.

Et c'est justement de divertissement que j'avais besoin ces derniers temps: éprouvé par le rythme de ma formation en alternance et par l'investissement qu'elle demande, je réalisai dernièrement que j'avais grand besoin d'un peu de légèreté, histoire de décoller un peu. Après 7 ans d'abstinence, je décidai de ré-essayer un roman de Marc Levy, ce dernier ayant au moins le mérite de se réinventer et de ne pas se répéter (alors que certains auteurs dans la même veine se rabâchent tellement que je confonds tous leurs romans). Je portai donc mon choix sur Le premier jour, dont le résumé avait piqué ma curiosité... m'évoquant presque un roman à la Barjavel!
Le site de Stonehenge, dont les secret restent encore à découvrir...

Je ressors de cette lecture très satisfait, le livre ayant rempli sa mission: pendant ma semaine de lecture, j'y ai réellement trouvé la légèreté dont j'avais besoin en ce moment, en plus d'une histoire qui, je l'avoue, m'a surpris plus d'une fois! En effet, le ton est très différent de ce que j'ai pu lire de lui jusqu'ici et Marc Levy nous entraine dans une vraie aventure, menée tambour battant par une archéologue et un astrophysicien désireux de percer les secrets de l'origine de l'homme et de l'univers. Ce roman fait à ce titre de nombreuses parenthèses culturelles, historiques, mais aussi philosophiques, montrant par là que l'auteur s'est bien documenté, ce qui apporte beaucoup d'épaisseur au roman. Les recherches effectuées par les principaux personnages les mènent peu à peu au coeur d'un complot concernant toutes les grandes nations de ce monde, avides de découvrir les secrets de l'univers. Des sites archéologiques célèbres (Stonehenge) aux artefacts mystérieuses (le disque de Nébra), Marc Levy nous fait voyager d'un pays à un autre à un rythme effréné.

Le disque de Nebra, datant d'environ 1600 ans avant J.C.

En bref, une lecture fluide, propre à la détente mais non moins intéressante et surprenante! Au point qu'il me tarde de lire la suite, La première nuit.

jeudi 23 février 2012

Malédiction du sang - Celia Rees


Blood sinister, Scholastic, 1996 - Editions Seuil Jeunesse, 2011.


Ellen est une jeune fille de 16 ans atteinte d'une grave infection du sang contre laquelle aucun remède n'a encore été découvert. Suivie par des médecins de Londres, elle part s'installer dans la maison de sa grand-mère en plein coeur de la capitale le temps que dureront les nouveaux examens médicaux. Physiquement affaiblie par la maladie qui la tue à petit feu, Ellen tue le temps en contemplant la vue du gigantesque cimetière depuis sa fenêtre ou en fouillant parmi les trésor que recèle le grenier. Elle y découvre alors, rangés dans une vieille malle, les journaux intimes d'une aïeule.
Cette ancêtre, également baptisée Ellen, n'est pas inconnue de la jeune fille puisqu'elle jouit dans la famille ainsi dans l'Histoire de la médecine d'une certaine renommée, célèbre pour avoir été la première femme médecin en pleine Ere Victorienne. Se plongeant dans la lecture des carnets, l'adolescente découvre peu à peu la vie de son aïeule: Orpheline de mère, elle vivait avec son père au sein même de l'asile d'aliéné dont il était le médecin-chef. Un jour, ce dernier accueillit dans son établissement un noble venu d'Europe de l'Est pour se faire soigner une étrange maladie du sang. Présenté à Ellen comme invité très spécial, le compte ne tarde pas à se rapprocher de la jeune fille, envoutée par le charme fascinant de son nouvel ami. Mais ce dernier laisse très vite entrevoir une sombre personnalité...Au fil des pages des journaux intimes de son ancêtre, l'Ellen du présent voit toutes ses certitudes s'effondrer, le récit qu'elle lit sombrant dans une atmosphère fantastique impossible. Alors qu'elle ne sait si elle doit croire à l'histoire terrifiante qu'elle découvre, le passé resurgit en pleine époque moderne et Ellen devient la proie d'un sombre individu...

Voilà donc le livre avec lequel je me lançais dans le petit challenge personnel évoqué en précédent post. Le choix de ce titre n'est pas un hasard; en apparence, on s'accordera à dire qu"il a tout du dernier né de la bit-lit: titre évocateur, couverture noire, blanche et rouge, etc... Croisé maintes fois au détour de mes promenades en librairie, un détail (et pas des moindres) avait cependant piqué ma curiosité: l'auteur. Celia Rees, connue et reconnue pour ses écrits de qualité, fut primée de nombreuses fois pour ses ouvrages, dont certains sont d'ailleurs considéré comme des classiques! Je pense par exemple au célèbre Journal d'une Sorcière, désormais au programme des collèges anglophones. Je me suis donc dis qu'elle ne pouvait pas avoir écrit un navet et je tentais l'expérience.Ajouter une image
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Celia Rees
La préface et les informations relatives à la publication du livre indiquent que, loin d'être le dernier de la Bit-Lit, ce roman a en fait été écrit il y a plus de dix ans, bien avant l'avalanche de Twilight et de ses clones. Publié pour la première fois à l'étranger en 1996, ce roman n'avait jamais été traduit en France, mais on peut supposé que sa récente sortie dans l'hexagone s'explique par le succès rencontré par les vampires dans la littérature jeunesse actuelle. Il est effectivement fort probable que cela ait incité les éditeur à ressortir ce roman de derrière les fagots pour surfer sur la vague d'un thème qui marche.

Couverture de la première édition originale de 1996... on est de loin des codes esthétiques de la bit-lit actuelle!

Cependant, contrairement aux romans de la saga Fascination et à ses congénères dans la même veine (Ahah, le jeu de mot qui fait mouche!) destinés à un lectorat adulescent, Celia Rees destine son livre à un public plus jeune (celui-là même qu'elle vise habituellement avec ses autres livres, à savoir les 12 à 15 ans). Cela nous épargne les fioritures inutiles, les effets de style redondant, les métaphores qui tombent à plat, mais surtout les looooongs discours romantico-niais. Pas de jeune fille en fleur naïve et renfermée, pas de grand palichon glacial aux dents longues et trop séduisants pour être vrais. Le style est fluide, simple mais pas simpliste, agréable à la lecture.

Le cimetière de Highgate, à Londres... le décor parfait pour une histoire de Vampire!

L'intrigue elle-même se lit avec un certain plaisir, alternant entre le quotidien de l'Ellen du présent et celui de son ancêtre via son journal intime. Plus proche de l'univers de Bram Stoker que de celui de Stephenie Meyer, Celia Rees confie elle-même en préface avoir entrepris l'écriture de ce roman après avoir vu le film Dracula de Francis Ford Coppola. Il est d'ailleurs amusant, au fil de la lecture, de tomber ça et là sur des passages qui rappellent fortement certaines scènes du films (la description que le comte fait du paysage de sa terre natale ou encore la scène de l'absinthe). Cependant, j'ai parfois trouvé que l'auteur restait trop "en surface" dans son histoire: la plongée dans le XIXème siècle est très convenue et manque de détail pour rendre toute l'atmosphère de l'époque et ainsi amener plus de piquant et d'épaisseur au récit. Dans le même esprit, Celia Rees ne nomme pas le cimetière dont il est question dans le roman (alors qu'il a une place importante dans l'intrigue): elle le présente juste comme le "plus grand cimetière de Londres". J'aurais tendance à croire qu'il s'agit du cimetière de Highgate, célèbre pour ses histoires de vampires et de revenants, d'autant plus que tout semble l'indiquer...mais pourquoi ne pas le préciser?

La superbe scène de l'absinthe dans le sublime Dracula de Coppola.

Malgré ces petites déceptions, ce livre reste une agréable surprise et je le recommande fortement aux jeunes lecteurs et lectrices qui veulent s'offrir une bonne histoire de chasse aux vampires à l'ancienne!


Quelques couvertures au fil des rééditions.

mardi 21 février 2012

La Bit-Lit : et si c'était bien?

Bit-Lit! L'amour des vampires, une étude du phénomène parue aux éditions des Moutons électriques.

Depuis quelques années, on la voit partout. Inutile de donner des exemples car le plus souvent, les couvertures parlent d'elles-mêmes: du rouge, du noir, du blanc, parfois quelques fleurs, parfois du sang... Si l'on se réfère à la brève présentation qu'en fait wikipédia, il s'agit d'un sous-genre littéraire de la fantasy urbaine (cette dernière étant également un sous genre à la rencontre du fantastique et de la fantasy, mettant en scène des personnages et créatures issus d'un univers merveilleux mais évoluant dans le monde réel). Le terme, contraction de bitten (mordre) et de literature (littérature), a été créé par les éditions Milady mais est surtout populaire depuis le succès rencontré par la célèbre saga Fascination (Twilight) de Stepheny Meyer.

A sa sortie en France en 2005, ce livre s'était montré très discret et ne bénéficiait pas de la publicité qu'on lui connait aujourd'hui. A l'époque, il ne se distinguait pas des autres publications de jeunesse qui restaient toutes dans l'ombre d'Harry Potter et n'était connu que d'un cercle de lecteurs très fermé. Le grand fan d'histoire de vampires que j'étais avait flashé sur la couverture : encore aujourd'hui, je reconnais que les éditeurs avaient proposé quelque chose d'alléchant. Mais ce n'est qu'en 2007 que je sautais le pas et, je l'avoue, non sans plaisir! J'avais trouvé l'histoire originale, inattendue, et le style m'avait à l'époque beaucoup plu. La popularité discrète renforçait mon appréciation du livre ; en effet, je n'ai jamais trop aimé lorsqu'un roman ou un film devient trop célèbre. Cela avait été le cas avec Harry Potter, dont je frôlais l'indigestion à force de le voir et d'en entendre parler partout, vu et revu à toutes les sauces.

Malheureusement, Fascination connu un sort identique avec son adaptation au cinéma. La version française conservant le titre original, tout le monde se mit désormais à parler de Twilight, mot qui revenait bien trop souvent dans la bouche de jeunes filles en fleurs, et dont le comportement tournait à l'hystérie à la simple évocation d'Edward Cullen (ou devrais-je dire d' Edwwwwwwwaaaaaaaaaaaaaaaaaard!). Cette vague de folie grandissante décrédibilisa à mes yeux la saga et toute forme de littérature approchante.

Je ne m'étendrai pas sur les nombreuses publications honteusement pompées -du synopsis aux couvertures en passant par les titres- sur Fascination et qui surchargèrent ensuite les rayons des libraires. Toujours est-il qu'avec le recul, en abordant le sujet sur un forum de littérature jeunesse, une question fut amenée sur le tapis: Si parmi cette avalanche de romans fantastico-romantico-niais dissimulés derrière de (trop) jolies couvertures ne se trouvait pas quelques perles qui mériteraient d'être lues? Je me promis donc d'essayer, de temps à autres, de mettre le nez dans un des spécimen du genre (parce qu'il ne faut pas mourir idiot et qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis! haha). Peu de temps après m'être lancé ce petit défi, l'occasion se présentait de concrétiser l'expérience...

(suite au prochain post!).

dimanche 19 février 2012

La malédiction d'Old Haven - Fabrice Colin


Editions Wiz Albin Michel, 2007 - Le Livre de Poche, 2009

1723; l'Amérique des treize Colonies est sous le joug de l'Empereur, catholique mystique qui, aidé de sa Sainte Inquisition, fait la chasse aux puritains, aux hérétiques, et bien sûr aux sorcières. En ces temps mouvementés, la flamboyante Mary Campbel, jeune orpheline de 17 ans, quitte le couvent de Gotham où elle a toujours vécu et part s'installer dans une petite ville côtière du nom d'Old Haven, qui suscite chez elle un étrange sentiment de déjà-vu.
Et pour cause, c'est ici que fut brulée vive Lizbeth Wickford, grand-mère maternelle de Mary... Légataire de dons exceptionnels dont elle ne soupçonnait pas l'existence, la jeune fille devra fuir Old Haven, l'Incquisition à ses trousses. Héroïne malgré elle d'un périple haletant, Mary se voit guidée dans sa quête par une amulette héritée de son aïeule, la mystérieuse peinture d'un navire en pleine tempête, et par un chat mécanique des plus attachants.
Au cours d'un voyage initiatique à la rencontre de ses origines, elle deviendra l'enjeu majeur du conflit opposant l'Empereur à des légions de créatures diaboliques...



Lu l'été dernier en pleine période de dépression baptisée"je n'aurai jamais mon permis", je n'aurais pu trouver meilleur roman pour me requinquer et m'apporter la motivation nécessaire à chaque nouvelle journée (bibliothérapie, vous dîtes? ^^ ); car ce fut vraiment LA claque de mes lectures estivales 2011, LE coup de cœur qui mérite la théière d'or du blog à ce jour. Imaginez un savant (et savoureux) mélange de Journal d'une sorcière (de Celia Rees), du Seigneur des anneaux (de Tolkien), de Pirates des Caraïbes (!), le tout relevé d'une atmosphère légèrement burtonienne.

Le tableau de Mary?...

Une monstruosité, pensez-vous? Un carnage? Un navet? J'aurais aussi eu de tels préjugés si on m'avait présenté les choses ainsi, n'étant pas un grand admirateur de fantasy (je lui préfère le fantastique, plus léger). Mais Fabrice Colin, en véritable magicien des mots et du phrasé, nous offre un roman époustouflant. Voilà quelques temps déjà que je voulais m'essayer à cet auteur; à de nombreuses reprises, j'étais tombé sur ses livres en librairie et ma curiosité avait été piquée: chacune de ses publications paraissait toujours très différentes des autres et l'écrivain semblait se réinventer à chaque nouveau livre, passant donc par un large éventail de genres. Je crois que je ne pouvais m'offrir meilleure entrée en matière car, sur plus de 600 pages, je me suis régalé des références littéraires et historiques qui ponctuent un récit dont l'originalité reste à mes yeux inégalée.

New-York City -source d'inspiration réelle à la ville de Gotham- au XVIIIème siècle.

En effet, derrière ce qui pourrait passer pour un banal roman de fantasy jeunesse comme il en existe tant, se cache une intrigue riche, une aventure passionnante et passionnée, une histoire virevoltante et transcendante. Jamais les personnages d'une fiction fantastique m'auront à ce point ému, tous autant qu'ils sont: on se reconnait en eux, on vit avec eux, on frissonne et on pleure avec eux. Cette impression de réalisme vient sans doute de la nuance que Fabrice Colin leur a apporté: loin du schéma manichéen des "gentils contre les méchants" que la littérature de jeunesse impose parfois à ses lecteurs, l'auteur a ici façonné des héros et anti-héros aux personnalités complexes, justes reflets de la nature humaine. Dans son roman comme dans la réalité, rien n'est vraiment tout blanc ou tout noir.

Les machines volantes de Léonard de Vinci, telles qu'on en croise dans le ciel d'Old Haven...

Je recommande donc vivement ce roman, même à ceux qui ne sont pas des habitués du genre. Avec cette épopée aux rebondissements toujours inattendus, vous croiserez des personnages de W. Irving (La légende du cavalier sans tête), des machines de Léonard de Vinci, des automates, le Nécronomicon de Lovecraft, les sorcières de Salem, des pirates, des indiens, des dragons... et même Jack O'Lantern!

Exemplaire du Necronomicon créé par un admirateur de Lovecraft (source: Wikipedia).




Couverture de l'édition grand format parue chez Albin Michel en 2007, ainsi que les très belles couvertures des éditions espagnole et autrichienne.

mercredi 1 février 2012

Les Monstres de Templeton - Lauren Groff


The Monsters of Templeton, Hyperion, 2008 - Editions Plon, 2008 - Editions 10/18, 2010.

« Le jour où je revins à Templeton, en pleine disgrâce, le cadavre d'un monstre mesurant près de seize mètres émergea à la surface du lac Glimmerglass. »
Ainsi s'ouvre Les Monstres de Templeton, un roman qui balaie deux siècles d'histoire : celle d'une jeune fille à la recherche de son père, et celle d'un village, ancrée dans l'Amérique profonde, au milieu des légendes et des secrets de famille. À la suite d'une déconvenue amoureuse, Willie Upton frappe à la porte de la vieille demeure où vit encore sa mère, Vivienne, ancienne hippie devenue baptiste fervente sur le tard… Au lieu du réconfort qu'elle vient y chercher, Willie trouve un village sens dessus dessous, chamboulé par l'apparition d'un animal démesuré, et découvre un terrible mensonge : son père existe bel et bien, elle n'est pas le fruit hasardeux des amours libres de sa mère, mais bien la fille d'un homme connu et reconnu dans Templeton.
Lancée dans une enquête à rebondissements pour retrouver son père, elle part sur la trace de ses ancêtres et reconstitue la fabuleuse généalogie qui mène à son histoire. A la fois saga familiale, quête identitaire et roman fantastique, Les Monstres de Templeton se révèle être surtout une fable captivante sur la part obscur du passé et le retour des choses cachées…


C'est par hasard que j'ai entendu parler de ce roman l'an dernier, alors que je faisais des recherches sur d'éventuelles lectures sur le net. De fil en aiguille et d'un lien à un autre, je suis tombé sur un article consacré à ce roman, qui se présentait alors comme un superbe tour de force: Le premier roman plein de souffle et de mystère de Lauren Groff, une Etasunienne de 30 ans. Un best seller aux USA. Salué en Amérique aussi bien par la presse que par des écrivains de renom, dont Stephen King, Les Monstres de Templeton est une fabuleuse enquête généalogique au cœur de l’Amérique profonde brassant deux siècles d’histoire américaine. L’héroïne de ce puissant roman s’appelle Willie Upton. De retour au village natal après un échec amoureux, elle découvre l’existence d’un monstre da ns le lac Glimmerglass qui préfigure les remous qui agite à la fois le village et son histoire personnelle, entre un père à l’identité incertaine et une mère devenue baptiste illuminée après avoir été hippie…Une subtile façon de retracer l’histoire des États-Unis à travers les secrets de famille. Puis je suis tombé sur le trailer du livre (cliqué ici pour le visionner), dont la mise en scène m'avait particulièrement amusé par sa fantaisie et son originalité. Quelques mois plus tard, je tombais nez à nez avec la version poche en librairie...et le remmenais avec moi.

Image extraite du trailer du roman.

Dans sa préface, Lauren Groff confie qu'elle souhaitait au départ rédiger un ouvrage historique sur l'ancienne ville américaine de Cooperstown (dont elle est originaire), avant que son manuscrit ne prenne finalement une tournure plus romancée. En hommage à cette cité riche en faits historiques et si chère à son cœur, elle décida de la conserver comme cadre de l'action mais en la rebaptisant Templeton, nom alternatif qui lui avait également été attribué lors de sa fondation. Ainsi, Lauren Groff retrace les grands moments de sa construction et reprend ses figures historiques ou légendes urbaines à son compte et en les intégrant à une intrigue d'une passionnante complexité.

Cooperstown from three Mile Point, L.R. Mignot, 1855.

Dense et riche, ce roman est avant tout habité par une âme, un véritable souffle mélancolique, en même temps qu'il porte une profonde réflexion sur les secrets de famille qui, à l'image du monstre du roman, finissent toujours par refaire surface.

Parsemé de dizaines de croquis, gravures, et autres portraits familiaux qui nous font traverser les siècles avec délice, ce livre possède une dimension presque vivante, réelle, qui ne peut qu'émouvoir le lecteur et le captiver jusqu'à la révélation finale.



Quelques couvertures des éditions originales.