samedi 31 octobre 2015

Happy Halloween from the rabbit hole : Horror books, mapple tea time & bittersweet pumpkin pie!


Le jour des festivités automnales est enfin arrivé...

Je vous souhaite un effrayant et ensorcelant Halloween !


  Et pour partager ma joie en plus des récentes chroniques "lectures d'Halloween" pour vous plonger dans l'atmosphère propice, je vous invite dans mon terrier pour vous montrer ce que j'ai moi-même découvert en me levant aujourd'hui... Il semble que la Méchante Sorcière de l'Ouest, encore chaussée de ses souliers de rubis, se soit écrasée dans mon salon! L'occasion ou jamais de tirer profit de cette déconvenue (enfin, surtout pour elle) et d'en faire la décoration de saison...
 

   Après les grimoires et les pommes empoisonnées mis à l'honneur l'an dernier, c'est donc une avalanche de chapeaux pointus, d'animaux étranges et, surtout, d'une des paires de chaussures magiques les plus célèbres des contes de fées, qui envahissent mon chez moi. Halloween reste pour moi une madeleine de Proust au pouvoir d'évocation surprenant, et qui fait ressurgir la nostalgie des Automnes de mon enfance. Aucunement besoin de vous le dire, une part de moi est profondément atteinte du syndrome de Peter Pan, et je regrette cette époque et son goût de fantaisie. Un paradis perdu que je m'offre le plaisir de frôler, l'espace de quelques semaines. Le temps de quelques lectures fantomatiques, de quelques citrouilles, ou encore de ballades dans les feuilles au couleurs mordorées. Octobre et Novembre se vivent pour moi au rythme des sabbats et des légendes, et, comme par magie, même ma penderie ne semble comporter que des vêtements ocres, rouilles, marrons et bordeaux. Même les nœuds papillons sont atteints, c'est pour dire...


"Si vous n'êtes pas capable d'un peu de sorcellerie, ce n'est pas la peine de vous mêler de cuisine" 
Colette



  Et la magie elle-même se glisse dans les fourneaux tandis que je m'extasie des potimarrons et courges butternut qui ont envahi le potager de Father Rabbit pour les décliner sous toutes les formes. Alors que je relance la chaudière, je pétris et fait lever les premiers pains maison de l'année, et je me lèche les babines pendant la cuisson, alors que je sirote un réconfortant thé à l'érable...


  Parce qu'il est hors de question de cesser toute activité de sorcellerie trop brutalement, je vous réserve encore quelques "lectures d'Halloween" pour les jours prochains : je viens d'en terminer une que je meurs d'envie de partager avec vous, et viens tout juste d'en commencer une autre chaleureusement recommandée par Mya's books. En attendant ces derniers soubresauts de spectres avant leur profond sommeil jusque l'année prochaine, ce soir est l'occasion ou jamais de ressortir quelques valeurs sûres du petit et grand écrans. Je vous recommande donc vous aussi de buller devant Les Sorcières (d'après sacrées sorcières de R;Dahl) avec Anjelica Huston en ténébreuse sorcière, Hocus Pocus, ou le Blanche Neige de M.Cohn qui, dans les années 90, avait déjà proposé une relecture sombre et gothique du conte, dans un décor automnal magnifique. Quoi encore? La compagnie des loups, dans une ambiance proche, malsaine et enchanteresse à la fois, à moins que vous ne préfériez du plus léger avec le charme des Ensorceleuses dont je me régale sans borne. 


  Pour moi, ce soir, ce sera The good witch, en VO : une série dans la lignée des Ensorceleuses et qui fait suite à une saga de téléfilms débutées avec Un soupçon de magie, parfois rediffusé à la télévision. Oui, c'est parfois profondément guimauve et american way of life avec overdose de bons sentiments mais Dieu (et le diable aussi) sait que la sorcellerie, je l'aime aussi avec trois tonnes de meringue sur la tarte à la citrouille...


Sur ce, chers amis, je vous souhaite encore une fois un terrifiant et délicieux Halloween. 

 

jeudi 29 octobre 2015

Ma vie à Rose Red : Le journal intime d'Ellen Rimbauer - présenté par le Dr J.Reardon.

The Diary of Ellen Rimbauer: My Life at Rose Red, Hyperion 2001 - Albin Michel, 2003.

  " Durant l'été 1998, au cours dune vente aux enchères, j'ai acquis un journal intime cadenassé et recouvert de poussière, persuadée que ces écrits appartenaient à Ellen Rimbauer Au début du XXe siècle, John et Ellen Rimbauer faisaient partie de l'élite de la haute société de Seattle. Le couple fit construire une gigantesque résidence sur les hauteurs de Spring Street. Baptisé par la suite " Rose Red " - Rose rouge -, cet édifice a été l'objet de nombreuses controverses. En effet, sur une période de quarante et une années, au moins vingt-six personnes ont soit perdu la vie, soit disparu mystérieusement entre ses murs. Le journal intime de Ellen Rimbauer, dont je vous propose des extraits, m'a conduite à faire certaines découvertes, qui m'ont poussée à organiser une expédition. Dans peu de temps, je serai à la tête d'une équipe d'experts en phénomènes paranormaux, au cœur de la propriété des Rimbauer, afin de sortir cette gigantesque force psychique qu est Rose Red de sa torpeur. J'espère ainsi venir à bout de certains mystères que mon mentor, Max Burnstheim, n'a pu résoudre avant sa disparition à Rose Red en 1970. Au nom de la science, je continue ma poursuite de la vérité sur Rose Red ; advienne que pourra. " 
  Dr Joyce Reardon, Département des Phénomènes paranormaux Université de Beaumont Seattle, Etat de Washington, USA.

***

  Voilà longtemps que l'on m'a parlé de cet ouvrage et vanté ses qualités, me le présentant comme la publication du vrai journal d'Ellen Rimbauer, dont la véridique histoire de maison hantée aurait inspiré Stephen King pour son film Rose Red. Dans cette fiction télévisée, une équipe de parapsychologues se rend à Rose Red, gigantesque manoir réputé hanté, pour y mener une enquête d'un genre bien spécial. Depuis la fondation de la maison sur une nécropole indienne, elle n'a cessé d'être le théâtre d'événements sanglants et mystérieux. Ces événements, notamment vécus par la première propriétaire des lieux, ont été racontés dans son journal intime ici présenté par la prétendue Dr Reardon, celle dont se serait également inspiré S.King pour le personnage homonyme de son film.

La fiction de Stephen King, tournée pour la chaine ABC en 2001.

  Le journal d'Ellen nous plonge donc au tout début des années 1900, alors que la jeune fille timide et inexpérimentée se laisse courtiser par John Rimbauer, de vingt ans son aîné. Elle finit par l'épouser et convoler en juste noces au cours d'une lune de miel à travers le monde tandis que le riche propriétaire lui fait partir Rose Red, leur future habitation. Mais si leur pérégrinations révèlent à la jeune femme le comportement rustre et frivole de son époux, la maison qui les attend a également ses secrets. Dès qu'elle s'y installe, Ellen confie dans son journal le malaise qu'elle y ressent... puis, peu à peu, au fil des travaux d'agrandissement, des membres du personnel de Rose Red disparaissent mystérieusement, pour parfois réapparaître sous une apparence spectrale. Pour Sukeena, la gouvernante noire et confidente d'Ellen, la maison est comme vivante, animée d'une énergie diabolique, et se nourrit des âmes des vivants...

 


    Agrémenté de nombreuses esquisses et photographies d'époque, ce document véridique a tout d'enthousiasmant. Au début. Car ne vous y méprenez pas, ce prétendu journal intime n'est qu'un vaste canular, une fausse-vraie histoire imaginée de toute pièce par Stephen King pour créer le buzz autour de son feuilleton télévisé Rose Red, et confié à l'auteur Ridley Pearson (oui, oui, celui de Peter et la poussière d'étoiles!) pour la rédaction. Reconnaissons que le travail de reconstitution est correct, même si de nombreux passages m'avaient déjà mis la puce à l'oreille par leur approche trop...comment dire, "rétrospective"? Trop de détails tue le détail, et j'avais le sentiment que cette Ellen Rimbauer se sentaient obligée de nous bombarder de références historiques faussement anodine toutes les deux lignes, comme pour prouver qu'elle écrivait bien en 1907. Cela fait merveille dans un roman jeunesse historique à la Mary Hooper mais là, dans une vessie horrifique qu'on essaye de nous faire prendre pour une lanterne véritable, ça sonnait justement faux.


                                              Le Manoir de Thornfield, en Californie, qui a servi de décor au film de S.King et d'illustration au livre.

  Si Stephen King avait tout de même été inspiré par la véritable histoire de la Maison Winchester ( cherchez donc sur le net, la légende a fait les belles heures des 30 histoires les plus mystérieuses ), les ressorts utilisés évoquent davantage un roman d'horreur moderne (et tiré par les cheveux, en plus) qu'une histoire d'esprits frappeurs à l'ancienne mode. Autre détail intéressant, pour son film Rose Red, nombre d'éléments lui ont été suggéré par le roman The haunting of Hill House de Shirley Jackson, adapté au cinéma en 1999 sous le titre Hantise. Frustré d'être passé à côté des droits d'auteur, le Maître de l'horreur avait à la suite écrit le scénario de Rose Red et fait mettre en chantier l'écriture de ce journal faisant office de préquelle. Bref, résultat des courses, même si on frissonne à la lecture, le ton résolument moderne de ce roman d'horreur ajouté à la déception de s'être fait entourlouper par l'auteur peut casser l'enthousiasme...


La véridique Sarah Winchester et la gigantesque maison qu'elle aurait construite sur commande des esprits,
un fait divers réel qui a suggéré à Stephen King et Ridley Pearsons l'histoire d'Ellen Rimbauer.
 En bref : Une vraie fausse histoire de fantômes qui pourrait fonctionner comme roman d'horreur moderne mais échoue à mes yeux en tant que pseudo témoignage historique. Pas inintéressant mais, quand même, ce canular, je n'ai pas réussi à le digérer... 

samedi 24 octobre 2015

La villa des mystères - Frederico Andahasi

Las piadosas, Plazza & Janés, 1998 - Editions Métailier (traduction de C.Bleton), 2000 - Editions Folio, collection SF, 2004.

  Été 1816 : le temps est exécrable sur les rives du lac Léman. Désœuvrés, Lord Byron, Percy et Mary Shelley, Claire Clairmont et le docteur Polidori, hôtes illustres de la villa Diodati, se lancent un défi littéraire : écrire l'histoire gothique ultime, la plus sombre, la plus originale. Polidori, secrétaire et souffre-douleur de Byron, jaloux du talent de son maître, reçoit d'étranges lettres anonymes qui l'informent de l'existence des jumelles Legrand, des comédiennes scandaleuses, courtisanes, célèbres et méprisées. Et qui surtout lui proposent un étrange pacte littéraire...
Qui lui écrit ces lettres scellées à la cire noire ?
Que devra-t-il donner en échange du chef-d'œuvre dont il rêve ?
  
  Cette Villa des mystères est le théâtre d'un roman gothique moderne qui explore des régions insoupçonnées, troublantes, de la sexualité, et revisite avec malice un moment fondateur des littératures de l'imaginaire : la création du Frankenstein de Mary Shelley.

***
  Étrange roman que cette œuvre qui mérite davantage appellation de nouvelle, et qui correspond fort bien à ces festivités d'Halloween. Trouvé au hasard d'une recherche d'e-book, ce court récit, aussi fantasmagorique qu'il puisse être, mérite d'être découvert.


  L'auteur nous plonge dans un événement réel et bien connu de l'Histoire de la littérature : le séjour que passèrent le couple Shelley et leur demi-soeur Claire Clairmont à la villa Diodati, sur invitation du célèbre Poète Lord Byron et de son secrétaire particulier John Polidori. En effet, c'est lors de ces quelques jours cloîtrés à l’abri du mauvais temps que nos cinq convives se sont lancés au défi de rédiger des récits horrifiques à se lire au coin du feu... de leurs ébauches alors rédigées naquit le roman Frankenstein, par Mary Shelley, aujourd'hui parmi les plus célèbres ouvrages gothiques classiques. Un autre récit créé lors de ces soirées mais moins connu aujourd'hui : Le vampire, écrit par Polidori mais paru sous le nom d'auteur de Byron. Cet étrange mystère autour de la paternité de l’œuvre est encore flou de nos jours : on suppose que le discret secrétaire aurait utilisé le nom de son maître pour jouer de sa célébrité et être édité plus facilement, ou peut-être qu'il aurait subtilisé un brouillon inachevé au poète pour le finaliser. Ici, F.Andahasi s'empare de ces quelques éléments réels et du séjour des amis littéraires à la villa pour en faire une fable gothique diaboliquement pastiche, se jouant des codes de l'horreur que Polidori, Byron ou Shelley eux-même ont fait naître à la suite de leurs publications respectives.

 La villa Diodati.

  "Faire naître"... tout l'intérêt de La villa des Mystère est là. Car au travers de ce court et addictif récit qui pioche parfois dans la caricature hilarante pour de suite reprendre le chemin de l'effroi, l'auteur questionne de façon amusante la paternité d'un chef-d'oeuvre et la naissance d'un roman. L'ambiance est racontée comme serait mis en scène un vieux film de la Hammer, mais les personnages sont parfois parodiques à l'excès, à l'image de Polidori, vrai-faux héro de cette histoire en auteur raté pathétique et pleurnichard.
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 Byron, Polidori
Percy Shelley, Mary Shelley, et sa demi-sœur Claire Clairmont.

  Le plus surprenant dans cette intrigue, c'est peut-être l'orientation très crue qu'elle prend. Plus que de l'érotisme ou juste un ton fortement sexualisé, F.Andahasi ajoute à son histoire un voyeurisme déplacé et, même, une certaine pornographie d'un penchant -hum- disons particulier. Et pourtant... pourtant, malgré la gêne qu'inspire ce "roman gothique dans le roman gothique", on ne peut s'empêcher de le dévorer jusqu'au bout, un peu comme les jolies horreurs d'un cabinet de curiosité qui tient notre regard accroché grâce à son pouvoir de fascination...


En bref : un "roman gothique dans le roman gothique", un diabolique et addictif récit qui s'empare d'un fait réel de la Littérature pour le transformer en pastiche mordant, cru, et en même temps réussi. On passe de l'hilarité au frisson sans demi-mesure.

 

jeudi 22 octobre 2015

Gagnez votre clef d'entrée pour le terrier du Lapin - Concours exclusif de Pedro Pan Rabbit!

Oyez, oyez!

Chers amis, lecteurs, internautes et blogueurs,

  A l'occasion du prochain Salon du livre et de la presse Jeunesse de Montreuil, qui se tiendra du 2 au 7 Décembre prochains, je vous propose de gagner votre clef d'entrée pour le Pays des Merveilles, mis à l'honneur cette année.


  Pour remporter votre droit de me suivre dans mon terrier, aucun besoin de potion pour grandir ou de biscuit pour rapetisser. Il vous suffira de répondre à l'énigme que je vais vous poser, et retrouver le nom d'une délicieuse inconnue qui mérite de ne pas être oubliée...

Les deux premiers vainqueurs qui parviendront à la nommer seront contactés pour recevoir chacun deux entrées...

Alors, qui est cette douce jeune fille?


  Vous avez jusqu'au 10 Novembre pour répondre! N'oubliez pas d'indiquer votre mail ou votre blog pour que je puisse vous joindre...

vendredi 16 octobre 2015

La main de la nuit - Susan Hill

 The small hand ; A ghost story, Profile Books, 2010 - Editions de l'Archipel, 2014 - Editions Archipoche, 2015.

  « C’est alors que je sentis une petite main se glisser dans ma main droite, comme si un enfant s’était matérialisé à côté de moi dans l’obscurité pour s’en saisir. Elle était fraîche et ses doigts se replièrent avec confiance dans ma paume. Nous restâmes ainsi pendant un moment, ma main d’homme serrant la toute petite main. Mais l’enfant était invisible… »
Adam Snow, un libraire de livres anciens se perd dans la campagne anglaise et se retrouve dans le jardin d’une propriété qui semble abandonnée. Là, il ressent cette présence, menaçante…
  
  Roman fantastique, histoire de fantômes… Un conte dans la veine de La Dame en noir, un classique de la littérature anglaise.

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  Si le nom de Susan Hill ne vous est pas inconnu, c'est qu'elle est l'auteure du célèbre roman La dame en noir, à l'origine du film avec Daniel Radcliff. Lu et chroniqué sur ce blog il y a quelques années, ce roman m'avait beaucoup plu et j'avais hâte de découvrir un nouvel ouvrage de cette grande écrivaine, aujourd'hui reconnue comme étant la Reine du roman gothique contemporain. Après m'être fait vanté les mérites de cet ouvrage par Mya, les éditions de l'Archipel ont eu la gentillesse de me le faire parvenir dans le cadre de notre partenariat...

Trailer du livre pour la sortie en VO.

  Contrairement à La dame en noir qui nous plonge dans une époque victorienne furieusement suggestive en terme d'histoire de fantôme, La main de la nuit se déroule à notre époque. Et pourtant, le récit, très court, évoque presque une nouvelle à l'ancienne, tant dans son style que sa construction. C'est déjà une constatation que j'avais pu faire avec son précédent récit : loin de faire dans le pastiche, Susan Hill écrit d'une plume à la fois sobre et impeccable, ponctuant les rares passages d'action de longs extraits tout en lyrisme et en poésie. Aussi ne faut-il pas s'attendre à une avalanche de clichés qui nous fera frissonner ; l'auteure nous plonge dans l'intimité et les tortueux questionnements de son héro, en proie au doute face aux quelques bribes d'éléments quasi surnaturels qui se sont récemment immiscés dans son quotidien.

  Le doute plane, tant le fantastique s'invite par petites touches: est-ce réellement une manifestation surnaturelle? Le hasard? Des hallucinations? Puis, comme dans toute nouvelle fantastique gothique qui se respecte, les suppositions se recoupent petit à petit et conduisent à une chute sonnante et trébuchante qui, loin de nous faire sombrer dans l'effroi, instaure une douce poésie mêlée de mélancolie...

  J'ai lu sur de nombreux sites et plateformes littéraires que La main de la nuit avait été largement critiqué, amenant ainsi à des avis mitigés. Pour ma part, j'ai apprécié la juste dose (pour ne pas dire "homéopathique") d'éléments paranormaux vécus par ce personnage avec lequel on vit et ressent les choses de façon quasi-sensorielle, ajoutant au tout un réalisme saisissant.

En bref: Un roman gothique moins pastiche que le laisse à penser la renommée de Susan Hill. Avec La main de la nuit, l'auteure signe un roman qui s'inscrit dans la sobriété classique de ces nouvelles à l'ancienne et où doute plane jusqu'à une résolution implacable. Loin d'enchainer les stéréotypes horrifiques, ce court roman enchante de sa plume toute en ambiance et de sa douce mélancolie.
Un grand merci à L&P Conseils et aux éditions de l'Archipel pour cette découverte!

Et pour aller plus loin:

dimanche 11 octobre 2015

Alice au pays de Montreuil : Introduction...


  La semaine passée, je vous ai parlé de la conférence de présentation au prochain salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ) de Montreuil, pour laquelle j'ai eu l'immense honneur de recevoir une invitation. Chose promise, chose due : on m'a demandé un petit compte-rendu, voici donc un retour sur ce premier aperçu du SLPJ à venir.

   Jeudi 8 octobre, rue des Abesses à Paris. Un étroit passage dans les bâtiments bordant la route ouvre sur une spacieuse cour intérieure et une imposante bâtisse évoquant un temple romain. Quelques passants s'écartent de temps à autres de la foule courant d'un métro à un autre, glissent leur tête dans la ruelle, s'assurent que l'adresse correspondent à leur invitation, puis franchissent les portes. Peu à peu, un petit troupeau de journalistes et professionnels du livre (auxquels on ajoutera deux ou trois blogueurs) sont rassemblés dans le hall. Après nous avoir remis une documentation fournie, un dossier de presse pressé (comme le lapin d'Alice) et -summum des goodies- une petite boite de bonbons "eat me", on nous fait rejoindre nos places face à la scène.


  Alors que des gravures d'Alice par J.Tenniel sont projetées au format cinémascope, la très belle Véronique Ovaldé, auteure, vient nous lire de sa voix enchanteresse et impeccablement ponctuée quelques passages d'Alice au pays des merveilles. Car pour les 150 ans de l'oeuvre de Lewis Carroll, le SLPJ 2015 prend les couleurs du Pays des Merveilles et en fait le point central de son thème "Pour de vrai, pour de faux : les modes imaginaires dans la littérature jeunesse". Un axe que la directrice du salon Sylvie Vassallo nous présente avec davantage de détails. Outre une vaste exposition mettant en avant des originaux de l’œuvre, le salon proposera de nombreuses rééditions d'ouvrages sur l'univers d'Alice et de toutes nouvelles publications spécialement conçues pour l'événement.
  
  Au-delà de ce thème majeur, S.Vassallo reprend par le menu les nombreux événements et "pépites" de l'édition 2015, et qui mettent en lumière à quel point la littérature jeunesse, loin de n'être qu'un loisir ou un passe-temps élitiste, se fait vraiment actrice du monde actuel. La preuve en est de l'événement Eux c'est nous, un livre conçu par plusieurs éditeurs réunis et une pléiade d'auteurs bénévoles qui ont écrit sur le thème des réfugiés. Destinée à être largement diffusé auprès des écoles, cette publication vise aussi à rassembler des fonds pour venir en aide aux migrants.
  Toujours dans cet esprit de dynamisme et de modernisme, le SLPJ continue d'ouvrir la littérature à tous les publics -même les plus démunis- en développant de nouvelles plateformes de diffusion mêlant habilement Social et Culturel, ou de développer de nouvelles façon d'appréhender les livres grâce au numérique.

  Si le contenu de cette conférence aura visé à transmettre le programme du salon à la presse et aux curieux de l'univers littéraire, il laisse rêveur quant aux multiples scènes et événements du salon à venir! J'aurais donc été très content de participer à cette petite cérémonie, et en remercie très chaleureusement les organisateurs et attachés de presse du salon (sans oublier un petit clin d'oeil au traiteur, dont le buffet de cloture était excellent ;) ).

Prochain rendez-vous début décembre, pour un voyage dans le terrier du lapin!...

vendredi 9 octobre 2015

La fille aux esprits - Laura Amy Schlitz

A drowned Maiden's hair, Candlewick press, 2006 - Editions Casterman, 2009.



  La jeune Maud Flynn ne connaît du monde que le sévère orphelinat où elle grandit, privée de toute affection, sous la poigne d'une directrice qui la déteste. Un matin d'automne, les sœurs Hawthorne, deux riches vieilles dames, proposent de l'emmener loin de cette prison, de la chérir, de la gâter et de lui offrir la meilleure éducation. Maud se prend alors à rêver d'une vie nouvelle, au sein d'une véritable famille. Mais un lourd secret pèse sur la maison Hawthorne.


***


  Il y a environ deux ans, enchanté par ma lecture du Velvet de Mary Hooper, j'avais entendu parler de La fille aux esprits. Les lecteurs l'avaient en effet recommandé comme lecture similaire de par les nombreux points communs qui liaient les deux intrigues, à savoir l'embrigadement d'une jeune fille dans une frauduleuse affaire de spiritisme. Halloween était l'occasion rêvée de découvrir ce titre et de voir s'il égalait le très bon ouvrage de M.Hooper.



  Nous sommes en 1909, dans un bien triste orphelinat. Après l'adoption de sa petite sœur et de son frère aîné, Maud est la seule à ne pas avoir trouvé de famille et endure chaque jour le quotidien difficile de l'austère institution. Puis un matin, Les sœurs Howthorne, deux vieilles ladies, se présentent à l'orphelinat et contre toute attente, portent leur choix sur la fillette. Maud part donc vivre dans la villa des deux femmes, auprès de leur aînée qui se montre assez réfractaire à l'arrivée de la jeune enfant. La petite orpheline, trop heureuse d'avoir trouvé une famille, fait d'énormes efforts pour se conformer aux attentes de ses nouvelles tantes : ne pas sortir au-dehors, restée cachée à l'étage, et ne jamais se présenter en présence d'invités. Très vite, les trois vieilles femmes lui révèlent le but de ces étranges recommandations : elles sont médiums et organisent régulièrement des séances de spiritisme dans le grand Monde pour subvenir à leurs besoins. Mais leurs prétendus pouvoirs ne sont qu'une vaste fraude et toutes les séances sont bien évidemment truquées. Or, les soeurs Howthorne ont pêché un gros poisson : une de leurs clientes cherche à entrer en contact avec l'esprit de sa défunte fille, morte noyée, raison pour laquelle elles ont besoin de Maud pour se glisser dans le rôle du fantôme... La fillette tente de se convaincre du bien fondé de la supercherie, mais sa conscience la met bientôt à mal...

Drowned maiden's hair?

  Partir de Velvet pour découvrir un ouvrage dans la même veine amène certainement le réflexe de la comparaison et il faut reconnaître qu'à ce jeu là, Mary Hooper remporte la partie haut la main. La fille aux esprits, tout en restant un roman agréable, va en effet beaucoup moins loin dans l'exploration du spiritisme mondain du début du XXeme siècle. Si l'histoire suit une trame similaire, elle se consacre surtout sur les sentiments, rêves et aspirations de Maud, et le reste est plutôt survolé : les séances de communication avec les morts, trucages et éléments fantomatiques sont racontés en fait assez brièvement, en tout cas trop peu pour instaurer une ambiance sombre et glaciale propre au sujet du livre. Ajoutez à cela quelques longueurs et il faut reconnaître qu'on s'ennuie parfois un peu. Le contexte historique lui-même aurait gagné à être plus détaillé pour insuffler le souffle quasi sociologique de... de... eh bien oui, de Mary Hooper...

"Esprit, es-tu là?"

  Côté personnages, Maud a un côté revêche intéressant mais qui cède vite le pas à une docilité trop ennuyeuse à mon goût. En revanche, les sœurs Howthorne, ces ladies en pleine décrépitude, sont assez charismatiques. On appréciera d'ailleurs que l'auteure joue avec les apparences et que le premier visage donné à voir de ces trois vieilles femmes ne soit pas le vrai...Aussi le lecteur sera peut-être surpris desquelles sont véritablement les plus malfaisantes, sans que ce retournement suffise pour autant à insuffler le dynamisme nécessaire au roman 

En bref: Une histoire certes agréable mais qui n'instaure pas l'atmosphère glaciale propre au thème du spiritisme. L'ensemble est bien écrit mais manque d'une dimension historique plus fouillée et d'un rythme plus soutenu.



Et pour aller plus loin: