samedi 23 novembre 2013

La cité des ténèbres #1 : La coupe mortelle - Casandra Clare.

City of Bones (The Mortal Instuments #1), Margaret K. McElderry Books, 2007 - Éditions Pocket Jeunesse, 2008, 2012, 2013 (collection "PKJ").

Clary n'en croit pas ses yeux. Elle vient de voir le plus beau garçon de la soirée commettre un meurtre. Et, détail terrifiant : le corps de la victime a disparu d'un seul coup !
Mais le pire reste à venir... Sa mère a été kidnappée par d'étranges créatures et l'appartement complètement dévasté. Sans le savoir, Clary a pénétré dans une guerre invisible entre d'antiques forces démoniaques et la société secrète des chasseurs d'ombres... Une guerre dans laquelle elle a un rôle fatal à jouer.






  S'il y a bien une série littéraire que j'avais volontairement dédaignée jusqu'ici, c'est bien celle-là : Ni les thèmes, ni les couvertures, ni l'auteure n'avaient alléché mes papilles livresques de bookaddict. Puis, comme cela s'est déjà fait par le passé pour d'autres romans laissés pour compte, c'est la mise en chantier d'une adaptation cinématographique qui a finalement attisé ma curiosité pour l’œuvre originale. Sans pour autant me captiver totalement, la bande-annonce et la présence intéressante de Lily Collins (La Blanche-Neige de Mirror Mirror) m'ont donné l'envie, par pure curiosité passagère, de mettre mes préjugés de côté le temps de jeter un œil aux livres de Cassandra Clare. Une nouvelle occasion de "tester" un exemple de la catégorie "young adult" aux accents à la tendance bit-lit' et fantasy.

Couvertures de l'édition américaine et de l'édition bulgare, qui offre une mise en page proche de l'originale. 

  Mais cette fois, pas de petite bourgade glaciale à la Twilight ou de cité uchronique façon Hunger Games : nous sommes plongés dans un New-York tout ce qu'il y a de plus contemporain, bouillonnant et bourdonnant d'activité. Clarissa "Clary" Fray, 16 ans, vit au cœur de la Grosse Pommes aux côtés d'une mère artiste et de la présence rassurante de Luke, ami de longue date de cette dernière. Vive et indépendante, la jeune fille apprécie de sortir en ville avec son camarade Simon, un adolescent de son âge un brin geek, souvent drôle malgré lui mais d'autant plus sympathique qu'il ne peut s'empêcher de jouer les protecteurs. Alors qu'ils se rendent dans un tout nouveau night-club, Clary assiste à un meurtre dont elle seule a la capacité de voir les coupables! Elle se découvre par-là même un don de double-vue et tombe dans un tourbillon d'événements surnaturels : Elle apprend ainsi être la descendante d'une longue lignée d'êtres mi-anges, mi-humains, baptisés "Les Chasseurs d'Ombre" et réunis depuis des siècles au sein d'une confrérie missionnées pour lutter contre des créatures démoniaques. Car le New-York nocturne et souterrain abrite autre chose que des rongeurs et des chats errants: Vampire, loup-garous et zombies pullulent dans les rues et sèment le trouble tout en gardant leur existence secrète aux yeux des mortels.
  Engagée auprès de ses nouveaux compagnons Chasseurs d'Ombres -et plus particulièrement de Jace, au charme duquel elle n'est pas insensible - elle devra apprendre à lutter contre les forces du mal mais, pire encore, contre Valentin. Ce dernier, un Chasseur d'Ombre renégat, semble avoir monté toute une armée pour servir ses intérêts, à savoir retrouver une coupe mystique à l'origine de tous les pouvoirs. Aussi, lorsque Valentin kidnappe la mère de Cary, la jeune fille n'a d'autre choix que de se lancer à ses trousse et éclaircir son passé pour mieux affronter son avenir...et découvrir qu'elle n'est pas sans lien avec son nouvel ennemi.

 Dans des styles visuels proches, les couvertures des éditions tchèque, espagnole, et chinoise.

  Alors qu'en dire? Pour ma part, j'ai passé un moment sympathique sans être littérairement transcendé par cette lecture. Car il faut bien reconnaître qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil de la young adult ; Même si l'on n'a pas droit à une assommante relecture de Twilight (ouf), on retrouve les codes classiques du genre : triangle amoureux, culture adolescente, meilleur ami/amoureux transi, créature fantastique à poils et à crocs... Cependant, on peut noter quelques originalités bien pensées qui viennent se frotter à la rencontre de ces ingrédients bien connus. Notons tout d'abord des références à de célèbres citations de la littérature anglaise (poèmes Shakespeariens et théâtre elizabethain) ainsi que l'évocation d'un thème surprenant dans un tel roman, à savoir l'interdit de l'inceste! Retenons également une atmosphère citadine très présente (loin des villes perdues en pleine campagne généralement choisies pour ce genre d'histoire), et des techniques et scènes de combat évoquant Underworld, et qui au croisement des héros et de leur monde d'ados, m'ont énormément fait penser à l'ambiance de Buffy contre les vampires! Cette impression a été fortement renforcée par l'humour, omniprésent dans le style narratif de C.Clare, qui permet de tempérer la (trop) grosse avalanche d'éléments fantastiques de son intrigue. Je dois avouer que c'est d'ailleurs cette ressemblance, cet esprit similaire, qui m'a fait accrocher à La cité des ténèbres : loin d'être un adorateur de pure fantasy, mais ancien fan de Buffy du temps de mon enfance, j'ai su m'accrocher aux éléments qui m'y renvoyaient pour trouver des saveurs à cette lecture.

 Couvertures des éditions allemande, japonaise, et de la réédition française.

  J'avais par ailleurs remarqué un esprit à la Buffyverse similaire dans une autre série de livres : la saga Hantée (Shades of London, tomes 1 et 2) de l'Anglaise Maureen Johnson. Ses romans avaient qui plus est été plébiscité par C.Clare elle-même (on peut notamment trouver son avis sur les couverture des éditions anglaises et françaises)! Je ne suis pas surpris qu'elle ait tant apprécié l'univers de Hantée, dont la trame peut rappeler certains éléments de la Cité des ténèbres et faisant de l’œuvre de Maureen Johnson son alter-égo européen, le côté so'British en plus. Par d'autres côtés, certains personnages, événements et scènes de La coupe mortelle m'ont fortement fait penser à l'ambiance et la trame de la saga française des Chroniques d'Ewilan de Pierre Bottero ( tempérament de l'héroïne, schéma narratif, amitié-amoureuse, frère disparu dans un univers parallèle, monstre à écailles surgissant aux devants des personnages...etc) sans pour autant en atteindre la qualité et la fraîcheur.

  Car, comme je le disais plus haut, ce premier tome de La cité des ténèbres souffre à mon sens d'une trop grosse cascade de composantes horrifico-fantastiques et de créatures en tous genres : Loup-garous, vampires, zombies, anges... trop de mondes, trop de monstres, trop de tout ; ne peut-on pas s'arrêter et faire un choix? Je ne dis pas qu'il s'agit à proprement parler d'un défaut du livre, car cela aura certainement plu à certains lecteurs, mais disons que c'est ce à quoi j'ai le moins accroché : un trop grand brassage. L'ensemble reste cependant digeste car l'auteure, au lieu de réinventer une mythologie trop complexe avec ses codes et ses légendes, se fixe comme base de départ un univers magique d'anges et de démons tels que décrit dans les myhtes judéo-chrétiens (je précise bien "mythes", dans le sens où elle ne diffuse aucun message religieux engagé, entendons nous bien, hein). Ce cadre de référence culturel comme source d'imagination évite donc des dérapages trop abracadabrantesques dans le bestiaire de créatures, et c'est tant mieux.

En bref : un roman de low fantasy dans le pure style de la young-adult, qui reprend dont les codes classiques du genre. Heureusement, ces derniers restent globalement bien mis en scène et l'intrigue, au croisement d'Underworld et de Buffy, relevée çà et là d'une pointe d'Ewilan, reste sommes toutes convenable. Une ambiance fantastico-citadine dans laquelle on se laisse aller sans déplaisir, par pure curiosité.

  Et maintenant? maintenant, reste à jeter un œil au film!

The mortal instruments : la cité des ténèbres, bande-annonce officielle.


samedi 16 novembre 2013

Maleficent - Une bande-Annonce prometteuse!

Source: jonnyjuke.devianart.com

  Enfin! Enfin, Disney dévoile sa première bande-annonce pour Maleficent, le film tant attendu qui propose de raconter l'histoire de La Belle au Bois Dormant (version long-métrage animé des 40's) du point de vue de la sorcière reptilienne. On regarde, et on en recause ensuite : 


  Reconnaissons que cet aperçu est on ne peut plus alléchant! L'ensemble parait travaillé à la façon des dernières productions live adaptées de contes de fées et évoque un mix entre Le monde fantastique d'Oz et Blanche-Neige et le chasseur. Le style visuel rappelle des bribes du dessin-animé Sleeping Beauty de Disney mais tout à la fois traversé d'une aura nouvelle, si bien que le tout semble familier sans pour autant n'être qu'une banale transposition en live du bon vieux dessin-animé de notre enfance. 


  Je parlais plus haut de Blanche-Neige et le chasseur: plusieurs détails m'amusent à ce sujet. Certains l'auront peut-être remarqué également : il y a de nombreux points commun entre cette bande-annonce et les premiers teasers de Snow White and the Huntsman. Si, si, allez jeter un oeil vous même et vous constaterez que les mimiques d'Angelina Jolie (jusqu'à l'intonation de ses répliques) semblent calquées sur celles de Charlize Theron en Reine diabolique, que les battements d'ailes de corbeau, le fond musical, les mouvements de cape et les mouvances des personnages ou autre enchainement des scènes et de la narration y font fortement penser, jusqu'aux ultimes images (visage tournés de trois quarts, à demi dissimulé dans les reliefs haute-couture du costume) s'achevant sur un écran noir et un rire résonnant comme en sourdine en fond sonore. Je doute fortement que tous ces points communs soient des coïncidences!

Pas de doute, le ton est donné! =D

Les ensorceleuses - Alice Hoffman

Practical Magic, Putnam Adult, 1995 - Drôles de meurtres en Famille, Éditions Flammarion, 1996 - Les Ensorceleuses, Éditions Flammarion, 1999 - Editions J'ai lu, 1999.

  Orphelines, Gillian et Sally Owen sont élevées par leurs tantes, vieilles filles un peu sorcières, dans leur maison de Magnolia Street. A l'ombre du vieux porche ourlé de lierre, au milieu des meubles en merisier, les fillettes grandissent dans un univers enchanté, au gré des superstitions et des sorts improvisés par leurs parentes. Puis vient l'adolescence et les deux sœurs, chacune à sa manière, se débarrassent du passé : Gillian la rebelle s'enfuit avec le premier venu, tandis que la raisonnable Sally se marie. Elles se soustraient en apparence aux pouvoirs des femmes Owen, mais la magie rôde encore. Et, lorsque des années plus tard, Sally découvre une paire de couteaux croisés sur la table de la cuisine, elle en devine le présage. Le retour de Gillian, avec sur les bras un bien encombrant bagage et à ses trousses une foule d'ennuis, confirme ses soupçons. Mais, croix de bois., croix de fer, les deux sœurs resteront solidaires. Amants en cavale, enquêtes policières et manifestations magiques tissent la trame de cette ensorcelante et noire comédie.


  Tout d'abord, il faut savoir que ce roman représente pour moi une grande histoire d'amour. Tout a commencé en 2005, alors que j'avais 14 ans : zappant les chaînes de ma télévision un triste soir de semaine, je suis tombé sur le film Les ensorceleuses (Practical Magic), une petite réalisation de 1998 avec en vedettes Nicole Kidman et Sandra Bullock à une époque où elles n'étaient pas encore les stars qu'elle sont devenues depuis. Si la critique du magazine télé n'indiquait qu'une seule étoile, décrivant un film "juste divertissant", je me suis pourtant laissé convaincre par le résumé qui énumérait tous les éléments qui me sont chers dans une fiction fantastique. Et il se trouve que je fus tout simplement porté, enchanté, par ce film qui devint alors mon favoris, mon "film fétiche". Ce n'est qu'un an plus tard que j’eus l'occasion de me procurer le roman d'origine, dont il ne restait déjà plus que quelques maigres exemplaires seulement disponibles sur commande! Ce fut donc une acquisition de justesse dont je suis aujourd'hui bien fière!

Trailer VO du film.

"Cela faisait plus de deux cent ans que les dame Owens étaient tenues pour responsables de tout ce qui n'allait pas en ville..."

  Revenons sur la trame de ce roman : Imaginez une petite bourgade perdue dans le fin fond du Massachusetts, petit microcosme traditionnel et discret hérité de l'Amérique rurale profonde. Imaginez que, pour un peu, cette petite ville secrète et repilée sur elle-même, un peu trop encroutée dans ses habitudes et ses représentations, habitent peut-être bien les mêmes familles depuis des générations et que tout le monde y vit là en totale autarcie, volontairement coupé de ce qui se passer au-dehors. Imaginez que dans cette petite cité pétrie de traditions se trouve une maison, la plus ancienne de la ville, entourée de grilles rouillées et d'un superbe jardin, abritant depuis plusieurs centaine d'années les femmes de la famille Owens. Mais dans cette Amérique profonde où l'on croit (sans pour autant de crier sur les toits, mais tout aussi intimement et fermement) aux sorts et au Mauvais Oeil, où une récolte perdue, une tempête, ou une maladie ne peuvent être que le fait d'un sortilège, la lignée des Owens se trouve avoir été officiellement désignée comme responsable, car détentrice de certains pouvoirs secrets et surnaturels. Héritières de Maria Owens, qui fut en son temps accusée de sorcellerie, les deux vieilles filles qui vivent désormais dans sa bâtisse de Magnolia Street suscitent autant les comérages et les regards en coin qu'elles intriguent et fascinent. Aussi n'est-il pas rare de voir, à la nuit tombée, quelques femmes esseulées ou célibataires desespérées aller frapper à la porte de leur cuisine pour réclamer un philtre d'amour ou un charme, moyennement quelques billets bien évidemment! Victimes de leur succès (ou de leur insuccès?) Les vieilles soeurs Owens semblent donc presque prendre plaisir à alimenter les rumeurs qui courent à leur sujet, même si on les blâme pour cela de tous les malheurs de la ville.
  Ce petit train-train trouve donc à se poursuivre lorsque les deux demoiselles doivent accueillir sous leur toit leurs jeunes nièces tout juste orphelines, les petites Sally et Gillian. Alors qu'elle grandissent au gré des ragots des grand-mères, des moqueries des enfants, et des craintes de quelques autres, toutes deux rêvent d'une autre vie loin des croyances encroûtées de leur voisins. Sally, trop sérieuse, s'impose un carcan rigide et adopte une attitude impassible et docile, tandis que sa cadette Gillian l'extravagante fait les 400 coups et devient célèbre pour ses frasques toujours plus scandaleuses. Si bien que lorsque Gillian s'enfuit courir le monde avec un amant de passage, Sally, elle, reste à s'occuper des tantes. Alors qu'elle rêve d'une vie meilleure sans pour autant la chercher ou y croire, se conformant aux signes du destin qui aiguillent sa route, elle rencontre l'amour et fonde une famille. La roue tourne enfin pour Sally: ses deux filles sont adorables, le regard des autres changent et elle s'épanouit dans une joie de tous les instants... mais le malheur qui frappe toujours la dynastie des Owens plane et tous les signes se réunissent pour annoncer une catastrophe. Le décès de son époux et le retour à l'atmosphère désagréable de son ancienne vie incitent Sally à quitter la ville pour New York, où elle s'installe avec ses filles pour démarrer sur de meilleures bases. Devenue la mère de deux adolescentes quelque peu revêches, Sally se satisfait néanmoins de son quotidien citadin loin de toute forme de superstition... Mais là encore, le calme n'est que passager et l'arrivée d'une tempête s'annonce : les signes, disséminés au fil du quotidien, préviennent de futurs soucis. Débarque alors Gillian, le cadavre de son dernier petit-ami Jimmy plié en deux sur sa banquette arrière. Une fois encore, Sally s'impose le rôle de la sœur aînée responsable et prend sur elle: en accueillant Gilly et en acceptant de la soutenir en vers et contre tout, elle sait qu'elle aura bientôt à le payer mais assume à l'avance. Très vite cependant, un mal insidieux et sournois s'infiltre dans la maison : les conflits, alimentés par les différences des deux sœurs et le secret qu'elles gardent toutes les deux, se multiplient et se propagent aux filles de Sally tandis qu'une atmosphère de malaise hante chaque pièce. Est-ce là le résultat du malêtre du à leur culpabilité, ou une âme maléfique cherche-t-elle réellement à tyranniser les sœur Owens depuis sa tombe secrète, sous le lilas du jardin...?

"L'amour authentique est dangereux, quand il vous tient il pourrait vous faire faire n'importe quoi en son nom ."

Couvertures de l'édition originale américaine (Oh, la jolie peinture préraphaélite!), et de la 
première édition française parue sous le titre initial de Drôles de meurtres en famille.

  Paru initialement dans l’hexagone sous le titre Drôle de meurtre en famille, Practical Magic fut donc réédité plus tard avec le même intitulé français que son adaptation cinématographique, le film que j'évoquais plus haut et qui me permit de découvrir le roman d'origine et, par extension, l'univers d'Alice Hoffman. Si le livre est différent par bien des côtés de sa transposition à l'écran, je ne parlerai pas des modifications et détournements de la réalisation ici (mais plutôt dans un prochain article dédié uniquement au film), où je vais réellement me concentré sur l'ouvrage de papier.
  Commençons par un petit retour sur l'auteure: Alice Hoffman, si elle est connue et reconnue par de très petits cercles de lecteurs en France, n'en est pas moins une écrivaine prolifique et renommée aux Etats-Unis, où elle est célèbre pour ses nombreux best-sellers. Bien que proposant des genres très variés (thriller, romance, fantastique, historique...), son succès tient énormément aux atmosphères confinées de petites bourgades renfermées sur elles-mêmes, dans lesquelles on retrouve souvent ce schéma de familles matriarcales ancestrales, de bâtisses mystérieuses et de magie mêlée de superstitions ou autres croyances populaires. En cela, Les ensorceleuses est peut-être le premier exemple type de sa bibliographie, raison pour laquelle il est devenu son roman le plus célèbre outre-Atlantique et qu'on y trouve des thème devenus récurrents dans ses écrits suivants.

"Les ennuis sont comme l'amour: ils surviennent à l'improviste et occupent le terrain avant que vous ayez seulement la chance  de reconsidérer la question ou même d'y penser."

 Couvertures des éditions poches originales successives...

  Je ne peux continuer plus loin sans le dire tout de go: ce roman est et restera l'une des "théières d'or" de ma biliothèque, un coup de coeur que je souhaitais depuis longtemps partager avec vous. Alice Hoffman nous entraîne dans une atmosphère indescritptible mais en même temps tellement palpable, réaliste tout en étant tellement étrange : on s'imagine sans peine déambuler dans les ruelles de cette petite ville côtière de l'Amérique profonde, on entend presque les chuchotements des voisines qui pointent du doigts les sœurs Owens traversant la rue, et l'on se surprend à voir dans le fil des événements anodins de tous les jours des indicateur de notre avenir. Sans décrire un univers clairement "fantastique" peuplé de sorcières et de sortilèges, Alice Hoffman met en scène un microcosme tout ce qu'il y a de plus réaliste, mais qui vit au rythme de croyances un peu perchées, et où chacun est libre d'accorder ou non du crédit à la magie supposée des lieux et des personnes. J'aime tout particulièrement cette atmosphère légèrement emprunte d'un parfum surnaturel qu'il me plait de surnommer "soupçon de magie". Chère à la bibliographie d'Alice Hoffman, elle est d'ailleurs par la suite devenue assez courante dans les romans anglo-saxons et porte outre-Atlantique le nom de magic realism ("réalisme magique"), désormais genre ou sous-genre littéraire à part-entière.

"Avec un peu de temps, tout peut toujours mal tourner... Fermez les yeux, comptez jusqu'à trois, il y a des chances pour qu'une catastrophe vous surprenne."

 Couvertures des éditions britannique, finlandaise et portugaise.

  Car c'est là la grande force de ce roman et le talent de son auteure : le pouvoir d'évocation et de suggestion de son écriture. Vous ne croiserez pratiquement jamais le mot 'sorcière' et à aucun moment les femmes Owens ne seront clairement définies ou présentées comme telles, de même qu'il n'y aura ni chaudron, ni grimoire. Pour autant, Alice Hoffman parvient par petites notes subtiles ou autres détails apparemment anodins à insinuer ses représentations et ses images à notre inconscient, si bien que l'on est très rapidement happé par cette ambiance incertaine de superstition et de magie qui plane au-dessus des personnages et des événements. Le libre choix est donc laissé au lecteur quant à l'interprétation du genre réel du roman, et la présence du surnaturel n'est jamais imposée avec violence : y a-t-il réellement une magie ou seulement celle que les personnages s'attachent à imaginer et à croire dur comme fer? Le destin glisse-t-il réellement des signes annonciateurs de l'avenir ou est-ce nous qui réinterprétons le tout après-coup, en imaginant une force occulte? Et le fantôme qui apparait au fond du jardin, cette présence qui vient pourrir les relations entre Owens : un vrai esprit revenu d'entre les morts ou le poids de la culpabilité des deux sœurs et le malaise des non-dits? Tout le piment et la réussite du livre tiennent dans cette sombre incertitude, ténue mais servie avec une plume brute et magistrale.

"La foudre, comme l'amour, n'a rien à voir avec la logique. Les accident, ça arrive, et ça arrivera toujours."

Superbe jaquette de couverture, créée par un fan à partir des éléments phares et symboliques du roman.

  N'oublions pas les personnages: au cœur de cet écrin tout particulier, Alice Hoffman met en scène des protagonistes forts, attachants et réalistes. Le panel est large et l'on se retrouve tous à un moment ou un autre en la jeune Sally trop docile, la Sally femme responsable et solide, ou encore la Gillian délurée de toujours, éternelle adolescente que l'on découvre petit à petit plus profonde. Le lien qui unit ses deux sœurs, tantôt similaires, tantôt opposées, car à la fois si proches et si différentes, propose une profonde réflexion sur les rapports fraternels tout en venant pimenter l'intrigue. Ah, et les deux tantes! Les deux vieilles filles Owens, qui apportent la touche d'extravagance : on les imagine très bien, faussement hautaines, perchées du haut de leurs bottines à lacets ou au volant de leur antique Ford, s'amusant des rumeurs et toisant les passants de leur regard énigmatique.
  En multipliant les intrigues secondaire au sein de son roman et comme toile de fond de sa trame principale, A. Hoffman met en scène plusieurs générations de femmes : après avoir évoqué les tantes, relaté l'enfance de Sally et Gillian et offert un aperçu du parcours de leur ancêtre Maria, elle poursuit en se concentrant sur la vie d'adulte des soeurs Owens en même temps qu'elle s'attarde sur la difficile adolescence des filles de Sally. Car Antonia et Kylie traversent une période charnière de leur maturation ; Au croisement de leurs quotidien respectif et de la force malveillante qui enfle dans leur demeure, Alice Hoffman raconte par le biais d'un style viscéral les transformations psychologiques des deux adolescentes, offrant à ses lecteurs des portraits complets, fouillés et profondément réalistes de ses héroïnes.

"Le beurre se mettait à fondre dans le réfrigérateur et il fallait le verser sur les tartines ou le servir à la cuillère. Voilà ce qui peut arriver, dit-on, quand l'amour est sous votre toit."

La vieille Ford des Tantes Owens?
  
  Pour la petite histoire (et parce que je ne peux m'empêcher une petite digression), ayant visionné le film avant de lire le livre, je me suis forcément plongé dans le roman avec quelques images déjà bien ancrées en tête, notamment en ce qui concerne les décors. Même si, contrairement à son adaptation, le livre s'éloigne vite de la maison des tantes et de leur petite ville en bord de mer, j'ai été particulièrement ensorcelé par l'atmosphère de cette bourgade et l'imaginais telle que présentée à l'écran, où il s'agit d'une petite île de la Nouvelle Angleterre. Le roman indique qu'il s'agit d'une petite cité de l’état du Massachusetts -ce qui fait nécessairement penser à la ville de Salem et ses histoires de sorcellerie. Je me suis longtemps représenter les paysages de Martha's Vineyard, une ancienne île de cette régions des États-Unis tout à fait dans le style des lieux de tournage du film, avant que je ne tombe finalement à ma relecture sur l'indication exacte de la ville choisie par Alice Hoffman pour son roman. Bien que cela ne soit noté qu'une ou deux fois, elle cite clairement la ville de Newburyport, située à quelques kilomètres de Boston, où mes recherches m'ont prouvé l'existence d'une rue portant le nom de Magnolia Street! Ne resterait donc plus qu'à y faire un petit pèlerinage afin de retrouver la maison des Owens, pour compléter cette ultime (re)lecture d'Halloween 2013 (postée avec quelques jours de retard mais que je ne pouvais résister de partager avec vous!)...  =D

"Après tout, il y a des principes dont Sally Owens ne démordra jamais : jetez toujours du seul par-dessus votre épaule gauche. Gardez du romarin à la porte de votre jardin, ajoutez du poivre à la purée. Plantez de la lavande et des roses, ça vous portera chance. Tombez amoureux chaque fois que vous le pourrez."


 Newburyport, Massachusetts : le décor du roman (au centre, en haut : peut-être LA fameuse épicerie de l'histoire, dont la vendeuse a une certaine importance dans l'intrigue...).


   En bref: Un excellent exemple de ce genre typiquement américain qu'est le magic realism ; une intrigue familiale sombre et fantaisiste à la fois sur les rapports fraternels, les sentiments amoureux, et la magie que l'on s'attache à voir dans notre existence. Tout en suggestion et surprenant par son pouvoir d'évocation, ce roman dégage une aura forte et indescriptible. Vrai, juste, et ensorcelant.


samedi 2 novembre 2013

Witch craft - M.McGuire & A.Kachmar


 Quirk Books, 2011.



  Un bonbon ou un sort? Les instructions proposées par ce livre vous permettront de réaliser jusque 25 petits trésors horrifiques et autres bricolages d'Halloween, du collier "morsure de vampire" aux cupcakes "pierres tombales" en passant par les chauve-souris décoratives en feutre et fourrure. Vous trouverez également des astuces et autres techniques pour transformer des objets du quotidien en de terrifiants et ensorcelants accessoires!










  J'inaugure avec ce livre deux nouvelles rubriques, à savoir les libellés "Loisirs et Art de vivre", ainsi que "Ouvrage pratique", qui décrivent fort bien ce charmant livre de bricolages festifs pour Halloween! Comme J'ai déjà pu le montrer au travers de certains articles estampillés "Bricoles et Fariboles", je suis un adepte des loisirs créatifs et des arts-plastiques en général. Rien de m'enchante plus qu'un pot de vernis-colle et de la pâte polymère, sans parler des perles et des breloques! =P Mais si j'avais pour cela l'habitude de chercher des tutoriels sur le net ou dans les librairies françaises, j'ai tout de même craquer pour ce petit livre en anglais!

  Car c'est tout à fait par hasard que je suis tombé dessus, en flânant d'un site à un autre et par association de recherches et d'idées sur les librairies en ligne. Le contenu, au regard de la table des matières et des photos, avait tout d'alléchant, si bien que je n'ai pas su résister! Et je ne regrette pas, car on trouve de quoi contenter tout le monde au fil de ces 94 pages de joyeuses bricoleries:


  Côté décoration, vous trouverez comment faire très simplement d'amusantes chauve-souris en feutrine et fausse fourrures, des boules de cristal au contenu pailleté et horrifique, ou encore des bouteilles de potion colorée à aligner sur les étagère pour une ambiance de fête appropriée. D'ailleurs, si vous préparez un goûter pour une ribambelle de petits monstres costumés, rien de mieux que la recette des doigts de sorcière à croquer, des têtes de mort en guimauve, des crâne-sandwiches, ou des toasts fantomatiques pour la soupe à la citrouille! Si vous êtes plutôt tendance mode et beauté, suivez pas à pas la recette du baume à lèvres "Poison Ivy" cent pour cent naturel, les techniques de création hyper fastoche d'un tutu en dentelle à la Burton, des chausson à tête de chat noir, boucles d'oreille araignées ou encore, must du must, des soulier de rubis de Dorothy!



  Si le contenu et les créations proposées sont si diversifiés, c'est que les différents bricolages, recettes et idées ont été glanées par les auteures sur plusieurs blog créatifs, dont elle nous fournissent en fin d'ouvrage un annuaire complet. De quoi étendre les possibilités en partant explorer ces petites mines à trésor! Un petit livre de loisirs pratique et facile d'accès comme tout, même si l'on n'est pas un champion de la langue anglaise : Le tout est assez simple et visuel pour qu'on réussisse sans problème! Alors c'est parti, à votre matériel, prêt? Feu, bricolez!