dimanche 29 avril 2012

Rouge Rubis (La trilogie des gemmes #1) - Kerstin Gier

Rubinrot ; Liebe geht durch alle Zeiten (Edelstein Trilogie #1), Arena Verlag, 2009 - Éditions Milan, 2011.


  Gwendoline est une lycéenne londonienne comme les autres, enfin presque: depuis son plus jeune âge, elle peut voir et communiquer avec les esprits des défunts! Enfin, ça n'arrive pas si souvent, et puis en dehors de ça, elle mène une vie des plus ordinaires: profs barbants, mère exigeante, et frères et sœurs casse-pieds. Cependant, sa famille est loin d'être aussi banale qu'elle semble l'être, chaque nouvelle génération voyant naître un enfant porteur d'un gêne exceptionnel, permettant de voyager dans le temps. De nos jours, c'est Charlotte, la cousine de Gwendoline, qui doit normalement hériter de ce don et bénéficie à ce titre d'une éducation toute particulière et hautement secrète, en partie dispensée par Lady Arista Montrose, la doyenne de la famille.
  Mais lorsque Gwendoline se retrouve soudainement projetée dans le passé l'espace de quelques minutes, sa famille réalise que c'est elle la véritable porteuse du gène, et non sa cousine Charlotte. La jeune adolescente cède à la panique: on ne l'a jamais préparée à gérer un tel don!
  Bon gré, mal gré, elle est alors initiée aux secrets familiaux et forcée d'honorer cet héritage hors du commun en rejoignant la société secrète des Veilleurs, loge créée par le Comte de Saint-Germain. Cette société secrète qui siège dans le quartier du Temple compte parmi ses membre les descendants de son fondateur, la famille de Villiers, également porteuse du gène de voyage dans le temps. Gwendoline est alors contrainte de s'associer au charmant mais insupportable Gidéon de Villers pour accomplir de mystérieuses missions à travers les âges.

  Des quartiers secrets de Temple Lane au Londres du XVIIIème siècle en passant par l'Albion de 1912, Gwendoline apprend au cours de son aventure qu'elle est la dernière des douze voyageurs du temps annoncés par une ancienne prophétie. Tous symbolisés par une pierre précieuse, elle est le Rubis, celle par qui un terrible secret doit être révélé...

***

  Il y a quelques temps, j'avais raconté dans un article par quel curieux hasard j'étais entré en possession de ce livre (pour les retardataires: je l'ai trouvé abandonné au pied d'une benne à papiers!), livre que j'avais déjà repéré en librairie à plusieurs reprises mais que je n'avais jamais acheté malgré sa couverture sympathique, de peur qu'il ne s'agisse d'un énième roman bit-lit (la photo rappelant fortement les couvertures de la série Damnés, de Lauren Kate). Mais ayant acquis l'ouvrage euh... gratuitement, je ne perdais rien à tenter de le lire... Résultat? Eh bien j'avoue avoir été agréablement surpris!

L'amusante couverture de l'édition originale allemande.

  En effet, comme vous l'aurez compris au résumé, ce n'est pas vraiment de la bit-lit, au bout du compte: il n'est pas du tout question de vampires, mais de voyages dans le temps, ce qui constitue un premier point d'originalité! L'histoire sort vraiment des sentiers battus et mêle avec audace fiction et éléments historiques : on croise ainsi le Comte de Saint-Germain (et l'aura de mystères qui accompagne ce personnage très secret et son penchant pour l'ésotérisme:  alchimie, quête de la pierre philosophale, sociétés secrètes...) ainsi que la Française Madame d'Urfé, noble dame qui fréquenta réellement le Comte en son temps (elle devient pour les besoins de l'histoire une ancêtre de Gwendoline). Temple Lane et son passé maçonnique ont une place importante dans l'intrigue (les rumeurs disent en effet que ce quartier a longtemps abrité Franc-Maçons, Rose-Croix et autres loges secrètes), et on se laisse bercer par le talent de guide touristique de l'auteure, qui nous fait parcourir les rues de Londres en ponctuant ses délicieuses descriptions d'anecdotes historiques qui donnent de l'épaisseur au roman.

L'entrée de Temple Lane, à Londres et un portrait du Comte de Saint-Germain.

  Sur cette solide base inspirée d'éléments véridiques, Kerstin Gier nous régale d'une mythologie de son invention qui rend joliment compte de son imagination très fertile: on découvre ainsi la société secrète des Veilleurs, les règles et codes de cette loge, son Histoire et la mystérieuse prophétie qui concerne les voyageurs du temps. Leur mission est des plus étranges et n'a fait que redoubler mon intérêt pour l'intrigue : Gwendoline et Gidéon doivent voyager à travers les époques aller à la rencontre de leurs ancêtres également porteurs du gène, afin de récupérer...une goute de leur sang! Les divers échantillons collectés doivent ensuite être versés dans une machine construite par Saint-Germain lui même, conformément aux instructions qu'il a laissées à ses descendants, le Chronographe (charmant petit objet rappelant une horloge, constitué de rouages, de pierres précieuses, de cadrans et décorées de symboles alchimiques). Au fur et à mesure qu'on progresse dans l'histoire, les questions se multiplient: quelle est la véritable fonction de ce mécanisme? Dans quel but a-t-il été construit? Que se passera-t-il une fois le sang des 12 voyageurs collectés?...On sent très vite une tension monter chez les personnages et on en vient à se demander si les motivations secrètes des Veilleurs ne visent pas finalement à remplir de sombres desseins...

 Couvertures des éditions grand format et poche américaines, et de l'édition indonésienne.

  Du point de vue de l'écriture, j'ai trouvé que le début manquait de finesse : j'avais l'impression que le roman était écrit à la façon dont parlent les jeunes de nos jours (c'est à dire très mal *hum* ; mais peut-être était-ce une volonté de l'auteure pour collerdavantage à la génération de ses personnages, ou d'un  parti-pris de la traduction ).Toujours est-il que cela s'améliore ensuite, le style devenant beaucoup plus fluide et agréable à la lecture. Concernant le ton de ce roman, l'incipit m'avait laissé craindre une atmosphère à la Twilight, pleine de looongs discours romantico-niais (les quelques extraits de Rouge Rubis que l'on peut d'ailleurs voir sur nombre de sites donnent également cette impression, ce qui dessert fortement ce roman!) mais j'avoue avoir été une fois de plus agréablement surpris, car ce livre est en fait écrit avec énormément d'humour! Loin des tournures de phrases grandiloquentes d'une Bella Swan, Gwendoline, en anti-héroïne moderne et déboussolée dans une aventure fantastique qu'elle ne maîtrise pas, dynamise l'intrigue par son ironie et confère ainsi au roman un ton très second degré. L'auteure trouve donc à mes yeux un juste équilibre entre humour, action et magie, et nous propose une comédie d'aventure trépidante!

Couverture des éditions anglaise, vietnamienne, et japonaise.

En bref: une lecture vraiment très sympathique, plus steampunk que bit-lit, qui a le mérite de faire dans l'originalité. A noter que ce roman n'est pas traduit de l'Anglais comme c'est souvent le cas mais de l'Allemand! Ce premier tome d'une trilogie est d'ailleurs un véritable phénomène de société dans son pays d'origine et est depuis devenu un best-seller traduit au-delà de l'Europe; on ne s'étonne donc guère qu'il ait été récemment adapté au cinéma!

 Couvertures des éditions polonaise, chinoise, et norvégiennes.

En attendant de voir ce que le film donnera, je suis déjà impatient de lire le tome 2 et vous recommande vivement la lecture de cette série!

 Trailer pour la sortie du livre aux États-Unis.

Trailer pour la sortie du livre en Espagne.

 Trailer pour la sortie du livre en Italie.


Et pour aller plus loin:

samedi 28 avril 2012

Blanche-Neige (Mirror, mirror) - Un film de Tarsem Singh


Blanche-Neige (Mirror, Mirror), deTarsem Singh
Avec: Julia Roberts, Lily Collins, Armie Hammer, Nathan Lane...

Lorsque son père, le Roi, meurt, Blanche Neige est en danger. Sa belle-mère, cruelle et avide de pouvoir, l’évince pour s’emparer du trône. Quand la jeune femme attire malgré tout l’attention d’un Prince aussi puissant que séduisant, l’horrible marâtre ne lui laisse aucune chance et la bannit. Blanche Neige se réfugie alors dans la forêt… Recueillie par une bande de nains hors-la-loi au grand cœur, Blanche Neige va trouver la force de sauver son royaume des griffes de la méchante Reine. Avec l’aide de ses nouveaux amis, elle est décidée à passer à l’action pour reconquérir sa place et le cœur du Prince… 
 Il y a quelques mois, j'avais parlé de ma fascination pour les contes de fées et en particulier l'histoire de Blanche-Neige; j'avais alors consacré un article aux deux adaptations cinématographique prévues cette année, dont la première est sortie le 11 Avril dernier. Comme vous vous en doutez, je ne pouvais manquer l'événement et j'y suis donc allé en tachant de rester ouvert, ne sachant pas vraiment à quoi m'attendre. En effet, j'avais été au départ plutôt rebuté par la bande-annonce (trop d'humour, trop de couleur, trop de froufrous, trop de tout...) puis j'avais finalement vu les choses sous un nouvel angle en apprenant que le réalisateur n'était autre que Tarsem Singh, à qui on doit les sublimes et saisissants The Fall et The Cell. Au final, je suis ressorti de la séance plutôt satisfait de cette adaptation!

Commençons tout d'abord par le scénario. J'ai été agréablement (même très agréablement) surpris par les tournants qu'emprunte l'histoire. Alors qu'on pouvait s'attendre à une trame convenue et sans surprise, les scénaristes ont habilement mêlé le conte de Grimm, des éléments provenant des versions de Blanche-Neige du monde entier, et des éléments originaux pour redynamiser l'histoire sans pour autant s'en éloigner totalement. A la fin du film, j'ai réalisé que je ne m'étais pas ennuyé une seule seconde: le scénario offre un parfait équilibre entre l'univers du conte que tout le monde reconnaitra, tout en orientant l'histoire de façon à proposer un regard neuf et audacieux. A noter la chute de l'histoire, qui rejoue le rôle de la pomme avec génie!
La bande-annonce m'avait laissé craindre un ton trop parodique mais je reconnais que l'humour a été savamment dosé: certes très présent, il est contre-balancée par les scènes d'action et les rebondissements du scénario. Cependant, il est vrai que certaines blagues étaient parfois de trop (notamment le sortilège jeté au prince, qui en fait un insupportable cabot) mais j'ai fait l'effort de passer outre en me rappelant que c'était avant tout un film familial et qu'il fallait bien de quoi amuser les plus jeunes (et il faut reconnaître que cela faisait son effet: la salle doit encore trembler des fou-rires des enfants venus à la séance!).

Les personnages s'inscrivent dans ce même équilibre de fidélité mêlée de nouveauté: Blanche-Neige semble au départ très proche de la princesse candide de la version d'origine (j'ai aussi parfois cru voir celle de Disney, pendant le premier tiers du film: lorsqu'elle s'est mise à parler aux oiseaux lors de sa première apparition, j'ai vraiment eu très peur!); heureusement, je pense qu'il s'agissait là d'une volonté des scénaristes et du réalisateur pour mieux surprendre le spectateur dans la suite du film: Blanche-Neige murit et se transforme en jeune femme pleine de malice, de courage, et d'audace. 
La reine, haute en couleurs, est merveilleusement interprétée par Julia Roberts, parfaite dans ce rôle qui m'a fortement évoqué une version diabolique de Marie-Antoinette: fêtarde (banquets et bals dégoulinant de pâtisseries et de rubans), dépensière (...grâce aux taxes qui appauvrissent le peuple. Le mot d'ordre de la reine étant "Le pain vaut la viande", ce qui n'est pas sans rappeler "S'ils n'ont plus de pain, qu'ils mangent de la brioche), avide, fashion victim (le passage où elle essaye ses paires de chaussures m'a de suite renvoyé au film de Sophia Coppola) et délicieuse d'extravagance (elle a par exemple l'habitude de jouer à une version grandeur nature des échecs en faisant de ses courtisans des pions vivants, et de sa salle de bal l'équivalent d'un plateau géant). Ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant dans le nouveau regard porté sur ce personnage, c'est que cette reine n'est pas à proprement parlé une sorcière: la seule magie qu'elle possède est son miroir et c'est de lui et de lui uniquement qu'elle tire sa puissance. Dans un sens, elle en est presque une victime car c'est à lui qu'elle doit faire la demande des maléfices et sorts qu'elle veut jeter, sachant qu'elle devra à chaque fois en payer le prix... Et autant dire que la note peut s'avérer particulièrement salée...
La partie d'échecs grandeur nature!
Le miroir, à la fois objet et personnage, est habilement mis en scène dans cette version: loin d'être une simple antiquité magique douée de parole, il est présenté comme un portail menant à un entre-deux mondes, un espace parallèle coupé de la réalité. En le traversant, la Reine accède à une sorte de pagode montée sur pilotis et à l'intérieur de laquelle elle conserve d'autres objets magiques et miroirs. Le personnage qui apparait sur les surfaces réfléchissantes est un alter-ego de la reine, une entité jumelle à l'apparence évanescente et douée d'une sagesse dont semble dépourvue la souveraine.

Passons aux nains: ils ne chantent pas, ne portent pas de bonnets et ne passent pas leurs journées à chercher des cailloux au fond d'une mine. Tout comme dans le roman de Gregory Maguire où l'auteur en avait fait des voleurs, les sept frères sont ici des brigands, des "bandits de grands chemins" qui volent les riches et rapportent leur butin dans leur...euh... "chaumière"(...habitation troglodyte serait plus juste) pour festoyer comme il se doit. Loin des vieux garçons auxquels on aurait pu s'attendre, les nains deviennent ici les mentors de l'héroïne dans son combat contre la reine.

Si le rôle du prince est ici plus étoffé que dans le conte d'origine (où il n'apparait qu'au moment du dénouement), il est loin du sauveur chevaleresque de Disney: gentiment ridiculisé d'un bout à l'autre du film, il est un personnage secondaire certes sympathique mais qui sert à l'évidence de faire-valoir à Blanche-Neige. Le leitmotiv de cette version est claire: cette fois, c'est la princesse qui sauve le prince charmant, ras-le-bol de la tradition!

Concernant l'aspect esthétique du film: Je me suis réellement régalé les yeux pendant presque deux heures! Fidèle aux visuels et paysages saisissants dont il nous avait gratifié dans ses précédents films, Tarsem Singh enchante le spectateur de décors entièrement construits en taille réelle (il avait insisté vouloir faire le film "à l'ancienne"). Les différents lieux de l'histoire, d'une grande diversité esthétique, m'ont presque évoqué un mini-tour du monde doublé d'un voyage à travers les époques: l'extérieur du château rappelle un palais oriental (ou une basilique russe, peut-être?) alors que l'intérieur est plutôt d'inspiration baroque (de nombreuses pièces -notamment la cuisine et la chambre de la princesse- font, je trouve, également beaucoup penser aux décors du film Le secret de Moonacre !), la forêt perpétuellement enneigée pourrait avoir été filmée dans les pays nordiques tandis qu'on croirait le village et ses pauvres habitants sortis d'un roman de Charles Dickens!

Les costumes conçus par Eiko Ishioka (à qui l'on doit les subliiiiimes tenues du Dracula de Coppola) sont tout bonnement superbes et on perçoit, tout comme pour les décors, de multiples influences: les robes de la reines et les toilettes de la Cour seraient parfaites pour une virée à Versailles, les tenues des villageois et des serviteurs auraient leur place dans un film victorien, tandis que les tissus, broderies, et imprimés utilisés renvoient à l'élégance indienne ou orientale. Oh, et mention spéciale pour les costumes portés par les courtisans forcés de jouer les pièces d'échec: les chapeaux en forme de navire ne sont pas sans rappeler, une fois encore, Marie-Antoinette et sa célèbre coiffure à "la Belle Poule":
En bref, loin d'être le film de l'année, ce Blanche-Neige est une adaptation divertissante et surprenante du conte qui trouve un bon équilibre entre tradition et nouveauté. Une comédie d'aventure familiale dynamique et esthétique qui se laisse regarder avec gourmandise! Pour conclure cet article, la scène finale du film d'inspiration bollywoodienne, chantée par Lily Collins: 



J'avais noté de nombreuses autres références possibles dans le scénario, les costumes et les décors: certains choix dans l'orientation de l'histoire et le visuel du film ne sont pas sans m'évoquer d'autres adaptations live de Blanche-Neige (en particulier une version pour la télévision tournée au début des années 2000, avec la célèbre Kristin Kreuk de Smallville dans le rôle titre), de même que certains détails dans les décors semblent également renvoyer à d'autres adaptations cinématographiques de contes (la salle de bal et ses statues grandeur nature de cerfs et de biches font penser aux décors très travaillés et fortement colorés du Peau d'Âne de Jacques Demy, avec Catherine Deneuve); Je tacherai de me pencher la-dessus dès que le dvd sera sorti : j'aurai tout le loisir d'analyser le film plus minutieusement et d'y consacrer un nouvel article, captures d'écran en main!

jeudi 26 avril 2012

Ces livres qui tombent de nulle part...

Un petit post pour expliquer l'origine de ma "lecture du moment", juste parce que l'anecdote vaut le détour! Il y a environ un mois, alors que je me promène en ville, je passe à proximité d'une benne à papiers. Cet objet des plus communs retient néanmoins mon attention car il déborde de vieux papiers et autres vieilles publicités, au point que les personnes venues jeter leurs paperasses ont commencé à les empiler dans des caisses posées au sol, tout autour de la benne. Mon regard parcourt les diverses piles en question avant de s'arrêter sur une d'entre elles: à son sommet trône...un livre! Un roman en parfait état, neuf, avec l'étiquette du prix encore collée au dos! O_o


Il s'agit du roman pour la jeunesse Rouge Rubis, de Kerstin Gieir, que j'avais déjà repéré plusieurs fois en librairie depuis l'été dernier pour sa couverture très accrocheuse. Cependant, titre et photo m'évoquaient vraiment trop cette maudite bit-lit et j'avais passé mon chemin. Mais là, puisque le livre me revenait à...rien (!), pourquoi ne pas m'y essayer et ainsi lui consacrer un article pour la rubrique "bit-lit (et si c'était bien?)"? Je suis donc reparti avec le livre sous le bras... 

Comme quoi, je devrais peut-être fouiller les poubelles plus souvent? ^^'

vendredi 20 avril 2012

Les heures lointaines - Kate Morton

The Distant Hours, Mantle, 2010 - Éditions Presses de la cité, 2011 - Éditions France Loisirs, 2012.

  Lorsqu'elle reçoit un courrier en provenance du Kent qui aurait dû lui arriver cinquante ans auparavant, Meredith Burchill révèle à sa fille Edie un épisode de sa vie qu'elle avait gardé secret jusqu'alors. En septembre 1939, comme beaucoup d'autres enfants, Meredith avait été évacuée de Londres et mise à l'abri à la campagne. Recueillie par des aristocrates du Kent dans le château de Milderhurst, elle était devenue l'amie de l'excentrique et talentueuse Juniper, la cadette de la famille Blythe.
Pourquoi Meredith a-t-elle dissimulé son passé à sa propre fille ? Et pourquoi n'est-elle pas restée en contact avec Juniper, devenue folle après avoir été abandonnée par son fiancé ? Afin de reconstituer le puzzle de son histoire familiale, Edie se rend au château de Milderhurst dont les vieilles pierres cachent plus d'un secret.

***

  Voilà un livre qui me faisait de l’œil depuis longtemps! Bien que n'ayant jamais lu de Kate Morton, j'avais plusieurs fois croisé ses romans dans les librairies et en avais entendu dire le plus grand bien, mais sans jamais saisir l'occasion de m'y essayer. Pourtant, de ce que que laissaient entrevoir les résumés, ils avaient tout pour me plaire: mystères du passé qui resurgissent dans le présent, secrets de famille, landes brumeuses, et inspiration gothique. La sortie des Heures Lointaines en 2011 m'a fortement intrigué et le synopsis m'enthousiasmait beaucoup, mais c'est surtout en voyant cette vidéo, bande-annonce réalisée à l'occasion de la publication en Australie, que je me suis laissé convaincre:


  J'ai été envouté par l'atmosphère de ce trailer, ses superbes images, et sa musique grinçante; dès lors je ne tenais plus: il me fallait ce bouquin!


  Verdict? Lu en une semaine, Les heures lointaines m'a procuré une semaine de bonheur littéraire total, un superbe voyage à travers les époques et les couloirs poussiéreux d'un château décrépit hanté par l'Histoire... et les histoires. Car c'est là la grande force de ce livre: en plus d'un style littéraire d'une grande qualité, Kate Morton nous conte les vies croisées, secrètes et déchirées qui s'entremêlent et se tissent autour de son intrigue de départ. La multiplicité d'histoires confère ainsi à ce roman une superbe complexité qui, à mes yeux, ne la rend que plus réelle, plus vivante.
 

  Passionné de secrets de famille et d'atmosphère gothique, je ne pouvais qu'être séduit par les Heures lointaines, qui se permet en plus de nombreuses références à la littérature classique anglo-saxonne du XIXème (l'une des intrigues de ce livre s'articule d'ailleurs autour d'un vieux roman et du secret que son histoire recèlerait). Au fil d'une intrigue riche et superbement mise en mots, Kate Morton glisse peu à peu les éléments qui orientent le lecteur vers la découverte des secrets de la famille Blythe et des fantômes de Milderhurts Castle. Maniant de main de maître la tension dramatique de son récit, elle nous amène à recouper peu à peu les éléments entre eux pour mieux progresser vers la solution du mystère.

En bref: Dans la lignée du 13ème conte de Diane Setterfield sans pour autant l'égaler (mon roman favori, à mes yeux toujours indétrônable), Les heures lointaines est un excellent livre qui m'a donné envie de découvrir les autres œuvres de Kate Morton. Secrets de famille, relents gothiques et conte horrifique, époques en parallèle et demeure mystérieuse : tout est là pour nous tenir en haleine quelques centaines de pages!

Pour aller plus loin:

jeudi 19 avril 2012

Madame Pamplemousse et ses fabuleux délices - Rupert Kingfisher & Sue Hellard

 Madame Pamplemousse and her incredible edibles, Bloomsbury, 2008 - Albin Michel Jeunesse ("Witty"), 2012.


Comme chaque été, Madeleine est forcée de travailler dans l'immonde restaurant "Au cochon hurleur" tenu par son oncle, le détestable Monsieur Lard. Mais un jour, alors que celui-ci l'envoie en courses, elle découvre par hasard l'épicerie la plus mystérieuse de Paris: "Les Délices".
Cette boutique est pour le moins atypique: dissimulée dans les ruelles tortueuses de la capitale, elle ne semble pas jouir d'une grande publicité, d'autant plus que l'intérieur sombre et défraichi n'incite pas à l'achat... Mais sa propriétaire, une certaine Madame Pamplemousse, prépare les plus étranges, les plus délectables, les plus exceptionnels, les plus époustouflants délices au monde...



Il y a environ deux mois, je partai en quête d'un nouveau livre pour le projet de veillées lectures mené sur mon lieu de stage ; j'étais alors à cours d'idée et aucun titre, ni synopsis, ni couverture ne parvenait à me convaincre. Finalement, par le plus grand des hasard, j'ai posé les yeux sur un chariot où trônait une pile de livres fraîchement déballée de son carton de livraison et en attente de rangement sur les étagères. Au sommet se tenait Madame Pamplemousse et ses fabuleux délices, dont la charmante couverture a de suite accroché mon regard. Le résumé et les illustrations m'ont fortement évoqué cette littérature jeunesse "classique" et délicieusement désuète de P.L. Travers et Roald Dahl . En faisant quelques recherches sur le net, j'ai appris que c'était justement l'objectif visé par la toute nouvelle collection "Witty" dans laquelle sortait Madame Pamplemousse: proposer aux 7-12 ans des romans amusants et fantaisistes dans la lignée de l’œuvre de Roald Dahl et Quentin Blake. Cela justifie amplement l'achat car, bien que je n'ai finalement pas eu le temps de dédier une séance lecture à ce livre, je me suis en revanche offert un délicieux retour en enfance!


En plus d'être une "lecture gourmande" comme j'aime en lire, ce roman contient tout ce que j'ai toujours adoré dans mes lectures enfantines et que la nostalgie continue de me faire apprécier aujourd'hui: un Paris délicieusement bohème et rétro, une petite héroïne attachante et dégourdie, un méchant (Oncle Lard) tellement ridicule qu'on adore le détester, et surtout, un personnage énigmatique et mystérieux à souhait :...Madame Pamplemousse.


Grande, élégante, étrange et parfois presque effrayante, la propriétaire des "Délices" est merveilleusement mise en image par Sue Hellard: sa longue silhouette drapée de noir, son regard envoutant, et ses poses nonchalantes m'ont presque fait visualiser sa gestuelles langoureuse, sa démarche fluide et ses mystérieux haussements de sourcils. Fascinante et imposante, Madame Pamplemousse est à mi-chemin entre Mary Poppins et la Sorcière Suprême de Sacrée Sorcière (telle que jouée par Angelica Huston dans le film qui en a été tiré: élégante, grande et intrigante). D'ailleurs, accompagnée d'un curieux chat borgne du nom de Camembert, cette Madame Pamplemousse ne serait-elle pas elle-même un peu sorcière?



L'histoire est certes très courte mais je l'ai réellement dévorée avec un plaisir avide, une gloutonnerie littéraire, chaque évocation des délices et mets vendus dans la boutique me projetant dans un univers kitsh, pétillant, et décalé où cuisine rime avec magie. Madame Pamplemousse et ses fabuleux délices a entièrement satisfait mes attentes: roman fantaisiste à mi-chemin entre Chocolat de Joanne Harris, le film Ratatouille et le roman Charlie et la chocolaterie, ce livre coup de cœur se déguste sans modération et mérite à juste titre une théière d'or! Je l'ai refermé à regret, en salivant à l'idée de goûter au "plus fabuleux délice du monde" dont il est question dans l'histoire, et en rêvant à l'idée de trouver la boutique des "Délices" au hasard d'une ballade dans les ruelles parisiennes!


Premier opus d'une série comprenant déjà trois tomes en Amérique, Madame Pamplemousse et ses fabuleux délices verra sa suite paraître en France en Mai 2012! =D


lundi 16 avril 2012

Snow - Tracy Lynn

Turtleback Books, 2003 - Simon Pulse, 2006.


Pays de Galle, époque Victorienne: L'enfance de la jeune duchesse Jessica commence avec une tragédie, la mort de sa mère lorsqu'elle la met au monde. Son père, le Duc, dévasté par la perte de son épouse, se désintéresse totalement de l'enfant qui se retrouve alors livrée à elle-même dans les couloirs du manoir familial. Élevée par les gens de maison, Jessica grandit avec les enfants des serviteurs et passe toutes ses journées en cuisine ou aux écuries, où elle reçoit une éducation bien loin de correspondre à sa condition.
Quelques années plus tard, le Duc décide de se remarier afin de donner un héritier mâle à sa famille. Sa nouvelle épouse, la Duchesse Anne de Mogador, apporte alors avec elle sa suite de rumeurs effrayantes: veuve plusieurs fois, on raconte qu'elle aurait tué ses précédents maris ; femme de sciences, on la dit aussi sorcière et adepte du mesmérisme... Mais Jessica, elle, espère trouver en cette femme une mère de substitution capable de la prendre sous son aile et de l'aimer comme l'aurait fait la défunte duchesse, dont seul lui reste le portrait dans un médaillon en forme de cœur.
A peine installée dans ses nouveaux appartements, Anne de Mogador envahit le manoir de ses traités de sciences et de son matériel de chimie et d'astronomie, en même temps qu'elle reprend non sans fermeté les rênes de l'éducation de Jessica, afin d'en faire une jeune duchesse à son image. Elle lui impose alors un précepteur à longueur de journée, des cours de maintien et le port de tenues appropriées à sa caste (corsets douloureux et jupons à n'en plus finir), soit tout ce que Jessica a en horreur mais accepte en silence...
Cependant, tandis que les années passent, Anne réalise qu'elle perd ses chances de donner un héritier à son époux et sombre peu à peu dans une obstination et une obsession proches de la folie: Jessica, symbole de beauté, de jeunesse, et de fécondité, devient alors l'objet de colère de sa belle-mère, qui décide de la faire assassiner pour apaiser sa jalousie. Avertie à temps des intentions de la duchesse, Jessica, sous le pseudonyme de Snow, quitte clandestinement le manoir pour les rues brumeuses de Londres. Elle y est recueillie par une étrange bande de pickpockets vivant cachée des regards extérieurs dans les bas-fonds de la ville... Mais dans le cabinet secret où elle se livre à d'étranges expériences alchimiques, la duchesse Anne prépare sa vengeance...


Je poursuis ici mes lectures sur le thème de Blanche-Neige, avec Snow, premier tome de la série "Once Upon a Time", qui se compose uniquement de réécritures de contes classiques. Je suis tombé sur les titres de cette collection l'an dernier et le concept m'avait assez amusé pour que j'ai envie d'y jeter un œil; c'était donc l'occasion ou jamais de me lancer, même si ce Snow risquait fort de souffrir de la comparaison après ma lecture de Mirror Mirror...

D'emblée, l'entrée en matière est moins audacieuse que chez Gregory Maguire et beaucoup plus classique (car plus dans l'esprit du conte original, à ceci près que la "princesse" est baptisée ici Jessica). L'action est sensée se dérouler dans l'Angleterre Victorienne, mais j'ai eu quelques difficultés à le percevoir au-travers de la lecture: tout d'abord, j'ai énormément de mal à associer le conte de Blanche-Neige à un cadre spatio-temporel autre que "médiéval" (atmosphère souvent attribuée aux visuels de contes de fées classiques), d'autant plus que les descriptions et la plume de l'auteur n'aidaient pas à visualiser un décor de type XIXème siècle. Il me fallut attendre une bonne moitié du livre et la fuite de Snow pour que les descriptions des gares grouillantes de monde et des rues brumeuses du vieux Londres instaurent enfin cette ambiance victorienne.


Au départ, j'ai cru que Lynn proposait une réécriture "réaliste" du conte (j'entends par là sans magie ou élément fantastique): En effet, le miroir n'a aucun pouvoir et c'est le musicien et serviteur attitré de la Duchesse qui remplit son rôle, répondant aux questions de sa maîtresse lorsqu'elle admire son reflet. Cependant, l'auteure instaure peu à peu des éléments plus ou moins fantastiques, même si ces derniers sont ensuite expliqués "scientifiquement" par des pratiques tels que l'Hypnose et le Mesmérisme. Plus tard, l'auteure ajoute même des éléments d'inspiration très steampunk qui m'ont parfois fait l'effet d'un "cheveu sur la soupe", le temps que je me fasse à cette atmosphère inattendue! Cet ensemble assez inégal m'a un peu agacé; à peine m'étais-je fait à l'ambiance victorienne qui avait tardé à venir qu'il me fallait imaginer un Londres envahit de mécaniques infernales, et où le réalisme jusque là prégnant est en fait largement habité par des éléments fantastiques: je ne savais plus sur quel pied danser!

Le "Clockwork Man", créature mécanique issue des légendes urbaines du XIXème siècle londonien et que s'est depuis réapproprié le mouvement steampunk, est par exemple l'un des personnages du livre de Tracy Lynn! La représentation ci-dessus vient d'un épisode de la série Dr Who mettant en scène cet homme mécanique, dont le mythe raconte qu'il vivait dans les égouts de Londres...

Heureusement, cette lecture s'est vue relevée par de nombreux points positifs: j'ai tout d'abord trouvé tous les personnages très attachants et j'ai adoré la personnalité de l'héroïne qui, au contact des enfants des serviteurs, grandit en vrai garçon manqué (elle a d'ailleurs l'habitude, pour plus d'aisance, de se vêtir en dessous de sa condition et bien souvent avec des tenues masculines). Également passionnée de littérature et de philosophie, elle m'a ainsi rappelé une héroïne à mi-chemin entre celle du film A tout jamais; une histoire de Cendrillon et celle de la série de livres Les enquêtes d'Enola Holmes. La duchesse Anne a également quelque chose de fascinant: passionnée de sciences et féministe acharnée, elle fait de nombreuses références à toutes ces grandes femmes de connaissances en avance sur leur temps (elle cite d'ailleurs Marie Curie et George Sand comme ses modèles!). L'évolution de son personnage est particulièrement bien racontée lorsque, sombrant peu à peu dans la folie, elle mêle à ses expériences scientifiques des éléments alchimiques pour espérer concevoir un enfant (ce qui nous offre quelques passages horrifiques à souhait!).

 L'un des traités alchimiques de Nicolas Flamel, peut-être de ceux que possède la perfide Anne de Mogador?

L'équivalent de la fratrie des sept nains est à mes yeux le point fort de cette réécriture. Baptisés les "Lovely Ones", il s'agit en fait d'un groupe de cinq "freaks", véritables "monstres de foire" mi-humain, mi-animaux, comme on en voyait dans les cirques itinérants de l'époque. Cachés dans les quartiers mal-famés de Londres, ils ont pris l'habitude de dormir le jour et de ne sortir que la nuit pour se dissimuler des regards extérieurs. Mention spéciale pour le personnage de Raven, mystérieux et poétique à souhait (Aaahh, la scène où il conduit Jessica sur les toits pour admirer le lever de soleil...^^), dont les bras sont couverts de plumes noires. La condition et la nature de ces personnages se voient expliquées à la fin du roman par une révélation inattendue mais efficace, sacrément bien imaginée au regard de l'histoire entière!
Le masque porté par Raven lors du bal final?

Au final, malgré quelques déceptions (notamment l'absence de pomme empoisonnée, remplacée par une machine électrico-alchimique baptisée "Chronofin", qui plonge Snow dans le comas...ouais, bof...), je garde tout de même de cette lecture un bon souvenir grâce aux personnages très attachants de l'histoire. En outre, j'ai trouvé que l'auteur maîtrisait très bien la tension dramatique de son intrigue, dosant à merveille les instants de suspens et faisant tomber à pic des révélations toujours surprenantes! Ce livre est également ponctué de quelques scènes que j'ai pris grand plaisir à visualiser, tels que le bal masqué de la fin du roman (théâtre du dénouement et où le suspens est à son comble) et les alléchantes description des moments de "tea time" et autres "brunch" (ahh, thés, muffins et sandwich à la confiture!). Loin d'être un coup de cœur, ce roman se lit donc sans déplaisir et permet de passer un bon moment tout de même.