dimanche 9 mai 2021

Petite - Edward Carey.

Little
, Riverheard Books, 2018 - Editions Le Cherche Midi (trad. de J.L.Piningre), 2021.

 
    Née à Strasbourg en 1761, la jeune Marie Grosholz, future madame Tussaud, est employée dès son plus jeune âge comme apprentie par un sculpteur sur cire. Lorsque le duo devient célèbre à Paris pour ses réalisations, Marie a pour modèles les plus grandes personnalités de l’époque : Voltaire, Rousseau, Benjamin Franklin, etc. Bientôt elle est accueillie à la Cour où elle prodigue des leçons de sculpture à la princesse Élisabeth, sœur du roi. En 1789, la capitale entre en ébullition, la foule exige des têtes. C’est le début d’une incroyable décennie pour Marie qui, échappant de peu à la guillotine, se voit chargée d’exécuter les masques mortuaires de ses amis les plus proches (Louis XVI), comme de ses ennemis les plus acharnés (Robespierre).
 
 
    Art, amour, Révolution : le récit d’une existence hors du commun.

    Avec ce récit palpitant, illustré de magnifiques dessins de l’auteur, Edward Carey nous fait entrer dans l’intimité d’une femme au destin exceptionnel.
 
*** 

    Sorti en librairie le 1er avril 2021, Petite, écrit et illustré par l'artiste aux multiples talents Edward Carey, a en l'espace de quelques semaines conquis les lecteurs français. Dramaturge, romancier, scénographe et illustrateur, l'auteur est notamment connu pour sa saga des Férailleurs, trilogie "fantasmagraphique" à mi-chemin entre Tim Burton et Charles Dickens. Avec Petite, Edward Carey frappe encore une fois un grand coup...
 
 
"Qu'est-ce qu'une vie ? Ce qu'on nous en a laissé : des histoires. Nous les portions comme des vêtements."

    Petite nous plonge dans l'Alsace du XVIIIème siècle : Marie Grosholz, fille d'une modeste domestique et d'un soldat mort des suites de ses blessures au combat, est d'apparence tellement chétive que tout le monde prend l'habitude de la surnommer "Petite". Contraintes de subvenir à leurs besoins par leurs propres moyens, mère et fille se font embaucher en Suisse comme employées de maison dans la demeure du solitaire et étrange Dr Curtius, anatomiste qui reproduit des organes humains en cire pour ses confrères médecins. La mère de Marie, psychologiquement fragile, se donne la mort quelques temps après leur arrivée, laissant Petite seule au monde. Ou presque. En dépit de son apparence commune et gracile, Petite témoigne d'un incroyable instinct pour la vie et d'une insatiable curiosité : fascinée par les créations du Dr Curtius, elle ne tarde pas à apprendre à ses côtés l'art de sculpter la cire puis de mouler des visages pour les reproduire à l'échelle. Devenue son assistante et apprentie, elle l'accompagne lorsque quelques grands noms de Paris leur fond miroiter le rayonnement que rencontrerait leur art à la capitale française. Là, en plein siècle des Lumières, leur musée de créations et de reproductions, véritable cabinet de curiosités, ne tarde pas à attirer les plus humbles comme les plus grands, désireux d'admirer ce travail confondant de vérité ou de payer pour une copie de leur propre visage. Leur logeuse, la veuve Picot, couturière, ne tarde pas à flairer les profits possibles et manipule de Dr Curtius afin de devenir son associée. Les bénéfices leur permettent rapidement de racheter un ancien hôtel particulier Boulevard du Temple et de créer un musée plus grand et plus populaire, qui fascine autant qu'il effraie les visiteurs. Reléguée au rang de simple bonne et malmenée par la veuve Picot, Petite continue cependant de créer en cachette, de dessiner et de raconter son histoire, prête à s'affranchir de cette condition à laquelle on l'assigne pour aller toucher du doigts les mystères de la vie et les reproduire dans la cire...
 
 Paris, le Bvd du Temple au XVIIIème siècle.

"La maison sans joie logeait une double famille, la première, de chair et d'os, l'autre de tissu. On ne prêtait pas attention à la seconde ; ses membres, très réservés, formaient un clan sombre et boudeur. Mais, au bout d'un moment, sous leur enveloppe rêche, leurs formes humaines étaient reconnaissables. On entendait presque leurs soupirs."
 
Le cabinet de cire du Dr Curtius, situé Bvd du Temple.
 

    Récit bouleversant à bien des égards, Petite aurait aussi pu s'appeler Simple, comme le sont à la fois l'héroïne et l'écriture d'Edward Carey. Rares sont en effet les auteurs qui cultivent le talent de toucher aussi profondément le cœur des lecteurs et susciter ainsi les plus vives émotions à travers une prose aussi sobre. La simplicité du style tient au choix de la narration, racontée par Marie elle-même à la façon d'un journal intime ou de mémoires illustrées. Le ton et le style reflètent l'humble condition de cette enfant, jeune fille puis femme qui contemple le monde et raconte les affres de l'existence à travers son regard à la fois si innocent et pourtant tellement clairvoyant.
 
 Illustration intérieure d'E.Carey.
 
" Je m'installais auprès de ces messieurs dames, qui semblaient très heureux que je leur tienne compagnie. Sans doute auraient-ils bien aimé parler, mais ils ne le pouvaient pas. C'est le triste dilemme des têtes de cire : de naissance incertaine, elles reproduisent la vie mais celle-ci leur échappe."
 
    Utilisant pertinemment ses talents d'illustrateur au profit du format choisi et de son personnage, Edward Carey parsème son roman de dessins et d'esquisses qui deviennent les croquis de Marie, laquelle cherche à capturer sous le crayon ou dans ses sculptures les personnes et les événements qui retiennent son attention. Dès lors, la création devient un exutoire, voire un étrange exercice de sublimation des traumatismes et épreuves qu'elle doit affronter, participant à gravir les étapes vers l'âge adulte et sa résilience malgré les deuils et les pertes.
 
 Illustration intérieure d'E.Carey.
 
"Quand je fus habituée à l'obscurité ambiante, que je pus me diriger dans le noir sans craindre de me cogner, j'ai commencé, pour ainsi dire, à y voir plus clair. Quelque chose se cachait sous le deuil. Une chose que le chagrin masquait si vous ne faisiez que passer, si vous étiez fort myope ou n'entriez que dans certaines pièces, comme la salle à manger ou le salon, dans lesquels les mannequins arboraient les confections de la veuve. Pourtant, elle était là, cette chose. Elle avait effiloché les rideaux, fendu le verre des fenêtres, élimé les draps ; elle laissait les bougies éteintes et vidait les placards. Cette chose était la misère."
 
    Si l'on apprend rapidement que l'auteur raconte ici la vie de la célèbre Mme Tussaud, créatrice du non moins renommé musée de cire de Londres, on ne peut que remarquer le caractère délicieusement fantasmagorique du roman. Biographie fantasmée et onirique, Petite est à la vie de Mme Tussaud ce que le film Fur de Steven Shainberg est à celle de la photographe Diane Arbus : un portrait imaginaire entre Histoire et étrange étrangeté, fidèlement aux création et à l'univers de son personnage. Inspiré par les propres libertés et extrapolations de Mme Tussaud herself dans ses mémoires véridiques, Edward Carey s'est imposé un contexte historique et la plupart des éléments biographiques avérés pour broder autour d'eux un univers décalé et surréaliste. Ainsi, sa vision du Dr Curtius est davantage inspirée du physique émacié et du tempérament lunaire de Hans Christian Andersen, de même qu'il fait de Louis-Sébastien Mercier (auteur du célèbre Tableau de Paris qui inspire nombre des passages de ce roman) un de ses personnages principaux, guide de la ville Lumière.

"La France, comprends-tu, est un enfant rachitique dont le crâne se nourrit, tandis que son corps reste faible et émacié. Le premier enfle et l'autre fond. Et il dévore, ce crâne, poursuivi par la faim. La France gave sa tête et affame ses membres. Combien de temps vivra-t-elle encore, à ton avis ?"
 
Ancien cliché d'une représentation en cire de Mme Tussaud, jeune.
 
 "Observe bien ... Paris, jadis appelée Lutèce, ce qui signifie - cela ne t'étonnera pas : la cité de la boue. Nous la surnommerons Ville souterraine. Ou Labyrinthe des ombres. Ou Abrégé de l'univers. Tout y est, tout y vit, tout s'y meurt"
 
    Ces libertés s'avèrent porteuses d'une portée symbolique et stylistique toujours pertinente, participant à mieux mettre en relief le parcours incroyable de cette femme qui a traversé le Siècle des Lumières, la Révolution Française et le Nouvel Empire pour terminer sa vie dans l'Angleterre Victorienne. A travers son art qu'elle présente à la face du monde tel un miroir dénué de toute prise de parti, Marie raconte le bien comme le mal, la richesse comme la pauvreté, les vices comme les vertus. Dans la cire, elle montre, en dépit des différences de classes et des inégalités d'échelle sociale, ce qui fait le commun de toute humanité, ce qui accompagne l'avènement comme la chute des rois. Derrière ses excentricités et son ton volontairement baroque, Petite restitue mieux que jamais le bouillonnement et les renversements du siècle des Lumières autant que la capacité de résilience d'un petit bout de femme qui n'avait au départ rien d'une héroïne, mais qui allait survivre à tous ses contemporains.
 
 "Ce ne sont que des miroirs, Marie. Nous créons des reflets. Voilà la mission du cabinet. Les gens n'aiment pas se voir dans la glace. Leur image leur fait honte."
 
Reproduction en cire du visage de Marie-Antoinette d'après le
moulage effectué par Mme Tussaud après décapitation de la Reine.
 
En bref : Roman d'apprentissage qui se joue des limites entre réel et fiction pour mieux toucher le lecteur, Petite est une fable fantasmagorique qui restitue à la fois les fastes et la décadence d'une époque autant qu'il fait résonner en nous les peines et les joies de son héroïne. Troublant, palpitant, touchant, profondément inspirant et délicieusement étrange, Petite est certainement le livre le plus bouleversant et le plus réussi de ce début d'année.

dimanche 25 avril 2021

Coiffeur pour dames (Agatha Raisin enquête #8) - M.C.Beaton.

Agatha Raisin and the wizard of Evesham
, St Martin's Press, 1999 - Éditions Albin Michel (trad. de M.Boraso), 2017.

    Pour toutes ses clientes, Mr John est un magicien  : un coiffeur aux doigts d'or qu'elles adorent  ! Mais, peu après avoir confirmé ses talents auprès d'Agatha Raisin qui voit poindre ses premiers cheveux blancs, Mr John meurt dans son salon, victime d'un empoisonnement, sous les yeux de la détective. Voici Agatha embringuée dans une drôle d'enquête. Qui en effet pouvait en vouloir à Mr John, adulé par ses nombreuses clientes qui lui confiaient leurs plus troubles secrets  ?

    Avec plus de 300 000 exemplaires vendus, Agatha Raisin, l'héritière très spirituelle de Miss Marple version rock, a imposé sa personnalité loufoque et irrésistible. Vous reprendrez bien un peu de Worcestershire sauce dans votre thé ?

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    Avez-vous déjà remarqué à quel point notre coiffeur se substitue parfois à un psychiatre? Sous l'habileté de ses coups de ciseaux ou la chaleur du sèche-cheveux, on se trouve bien malgré nous à lui confier nos secrets les plus intimes, sans même s'inquiéter de ce qu'il pourrait en faire. C'est exactement ce constat - pourtant on ne peut plus banal - qui a suggéré à M.C.Beaton l'écriture de ce tome d'Agatha Raisin enquête !
 

    Le point de départ? Agatha voit ses premiers cheveux blancs arriver - ô catastrophe! Mrs Bloxby, l'épouse du vicaire et amie bienveillante de la pseudo-détective quinquagénaire, lui recommande les services de Mr John, coiffeur hyper talentueux tenant salon dans la petite ville historique d'Evesham. Alors qu'Agatha découvre son coup de ciseau magique, elle constate à quel point les autres clientes se confient à lui, sans craindre que leurs secrets, malheurs et autres anecdotes honteuses ne soient seulement entendues par leurs voisines de casque chauffant. Et pour cause, Mr John cultive le don de les mettre à l'aise tout en les rendant belle. Beau, jeune, encourageant et attentionné? C'en est trop pour Agatha qui, après avoir surpris une dispute houleuse dans la cour du salon, se demande s'il ne s'y passerait pas des choses un peu louche. Lorsque son jeune coiffeur l'invite à sortir, elle y voit l'occasion d'allier l'utile à l'agréable : passer une soirée en galante compagnie et... éventuellement vérifier si Mr John ne serait pas un odieux maitre chanteur. Sa théorie : le coiffeur ferait du chantage à ses clientes sous peine de dévoiler leurs plus intimes secrets. Mais l'enquête d'Agatha ne va pas très loin : Mr John meurt brutalement entre deux coupes de cheveux, au milieu de son salon! A moins, au contraire, que cette mort ne soit pas naturelle et qu'elle soit la vengeance d'une de ses victimes...

 
"— Et cette histoire d'amour, ou en est-elle?
— Tombée à l'eau, je ne comprends pas ce qui a cloché.
— Vous l'avez présentée à la famille et tout ça? demanda Agatha avec un feint détachement.
— Oui, mais ça a cassé quand même.
    Pauvre Bill. Les parents Wong auraient fait fuir n'importe quelle fille."
 
    Ce tome présente l'amusante idée de faire commencer l'enquête avant le meurtre : si Agatha n'est pas toujours fine psychologue, sa carrière dans les relations publiques lui a forgé une perspicacité qui peut, à l'occasion, se manifester. Plus que de la perspicacité cependant, c'est l'instinct que son coiffeur cache quelque chose de louche qui l'incite à se lancer dans des investigations déraisonnables, en donnant évidemment de sa personne. Aussi ne refuse-t-elle pas les sorties que ce potentiel maitre chanteur lui propose, ni même les compliments de ce dernier. Elle s'apprête même à conclure à son innocence et à sa sympathie lorsque sa mort suspecte réveille finalement ses premiers doutes !
 
La véritable ville d'Evesham, qui sert de décor à ce roman.
 
    Confirmant ainsi les propres dires de James Lacey, selon qui Agatha n'est pas une bonne détective mais une fouineuse qui finit par découvrir la vérité à force de commettre des bourdes, l'apprentie-enquêtrice se dévoile ici plus humaine que jamais, alternant entre son désir un peu obsédant (et très infondé) de vérité et celui d'être aimée et considérée par ses pairs. Outre son caractère de cochon et ses gaffes désormais célèbres, c'est surtout pour ça qu'on aime Agatha : anti-héroïne par excellence, elle nous déculpabilise en nous rappelant nos petits défauts ou notre propre caractère dans nos mauvais jours. Au-delà de l'intrigue - attention au jeu de mots - joyeusement capillotractée (mais chez M.C.Beaton, c'est une marque de fabrique), on adore retrouver encore une fois ce personnage qui ressemble à n'importe qui plutôt qu'un héros sans peur et sans reproche.
 
"Elle alluma rageusement une autre cigarette. En Angleterre, certains médecins refusaient de soigner les fumeurs. Pourquoi? Avec toutes les taxes sur le tabac que payaient ces derniers, on aurait dû leur donner gratuitement accès à un traitement de premier ordre. Pourquoi les fumeurs et pas les alcoolos? Pourquoi pas les gros? Putain d’État Providence."
 
Agatha dans l'épisode de la série adapté du roman.

En bref : Un nouveau tome qui nous emporte le temps de quelques pages dans l'ambiance british et drôle d'Agatha Raisin, son mauvais caractère et ses défauts la rendant décidément toujours plus humaine aux yeux du lecteur.
 
 

lundi 19 avril 2021

A la claire fontaine (Agatha Raisin enquête #7) - M.C.Beaton.

Agatha Raisin and the wellspring of death
, St Martin's Press, 1998 - Éditions Albin Michel (trad. de F. du Sorbier), 2017.

    Ancombe, paisible petit village, possède une source d'eau douce réputée pour ses bienfaits. Mais l'arrivée d'une société qui veut l'exploiter échauffe les esprits et divise les habitants  : s'enrichir ou renoncer à la paix  ? Lorsque Robert Struthers, le président du conseil municipal, est retrouvé assassiné, l'affaire prend une sale tournure. Pour y voir plus clair, Agatha Raisin décide d'aller à la source et se fait embaucher par la société...

    Avec plus de 300 000 exemplaires vendus, Agatha Raisin, l'héritière très spirituelle de Miss Marple version rock, a imposé sa personnalité loufoque et irrésistible. Vous reprendrez bien un peu de Worcestershire sauce dans votre thé ? 
 
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    Après la lecture (très en retard sur la publication française) du tome précédent, Vacances tous risques, Agatha nous manquait vraiment VRAIMENT beaucoup. Un besoin urgent d'humour et de légèreté nous a incité à aller la piocher dans notre pile à lire pour reprendre la série où on l'avait arrêtée. Direction Ancombe et ses étranges meurtres...
 

    Le village d'Ancombe, à quelques kilomètres de Carsely, est le théâtre d'événements on ne peut plus houleux : alors qu'une compagnie veut mettre en bouteille et vendre à grande échelle l'eau de source du village, les habitants du patelins, en fort désaccord, ont prévu de soumettre l'autorisation d'exploitation au vote. Lorsque le président du conseil municipal, dont la voix allait être décisive, est retrouvé le crâne fracassé près de la fontaine, Agatha accepte de reprendre du service dans les relations publiques pour mener l'enquête. Embauchée par la société d'eau minérale, elle s'infiltre dans leurs bureaux pour mieux interroger les employés et découvrir à qui profite le crime... mais le meurtre n'était que le premier d'une série qui allait donner du fil à retordre à la détective!

 
    Suite à l'agréable surprise du tome précédent dans le cadre très estival de Chypre, on apprécie la fraîcheur de la campagne anglaise et ses villageois au caractère bien trempé. C'est un régal de retrouver l'ambiance des premiers tomes et une Agatha qui tente d'oublier les hommes (enfin, surtout James. Et Charles. Bref, les deux) en se lançant à corps perdu dans de nouvelles investigations... pour mieux finir avec un toy boy dans son lit !

"— Alors, qu'est-ce que cette guenon avait à dire pour sa défense?
— Elle a plus ou moins laissé entendre que c'est vous qui l'avez tué.
— Mauvaise comme elle est, elle ne recule devant rien. Avec tous les liftings qu'elle a eus, elle a la peau tellement tirée que quand elle ouvre la bouche, elle ne peut plus s'asseoir."

    Alors, oui, l'enquête est un peu foutraque, mais on sait que cette série est inégale ; quand on commence un nouveau tome, c'est avec le risque que l'intrigue ne soit pas forcément d'une grande qualité dramatique. Mais cet opus sauve la mise avec sa galerie de personnages qu'on aime tant : Bill Wong et ses parents qui s'évertuent à gâcher sa vie amoureuse, la généreuse et avisée Sarah Bloxby, et même Roy, l'ancien collègue et pseudo ami d'Agatha, auquel on s'est attaché malgré son hypocrisie.

Photo tirée de l'épisode télévisé adapté du roman.

    Sans être le meilleur de la série, ce septième opus se lit sans déplaisir aucun : le point de départ est plutôt bien trouvé (M.C.Beaton a confié dans une interview que l'histoire lui avait été soufflée par un fait-divers survenu dans un village près de chez elle, dans les Cotswolds) et si le roman ne se distingue pas par ses accents policiers, on ne devine pas forcément la clef de l'énigme facilement. Du reste, on avait surtout ouvert ce livre pour la distraction : l'ambiance british et le caractère de cochon de l'héroïne. La lecture a en cela été satisfaisante, et on en redemande.
 
Photo tirée de l'épisode télévisé adapté du roman.
 
"Bien qu'on ne fut qu'en milieu d'après-midi, la tenue de Robina aurait mieux convenue pour une soirée. Avec son tailleur, elle portait des boucles d'oreilles scintillantes et un collier en strass. Elle était chaussée d'escarpins de satin noir à talons. De même que certaines femmes seules laissent les lumières allumées dans leur arbre de Noël longtemps après les fêtes, d'autres aiment porter des tenues de soirée dans la journée, comme si les paillettes et le clinquant pouvaient prolonger la jeunesse encore un peu."

En bref : Un opus sympathique qui remplit son office de lecture légère et cosy. On ne se lasse pas de la personnalité d'Agatha, toujours à contre-emploi dans ce décor de carte postale anglaise, et on a déjà hâte de la retrouver dans le tome suivant.
 
 

samedi 17 avril 2021

Les éditions Baker Street ont besoin de vous !!!

 

 
     Il y a quelques jours, nous avons partagé avec vous notre chronique du dernier des éditions Baker Street, Les enragés de Paris, de Kirby Williams. Maison d'édition indépendante fondée en 2007 par Cynthia Liebow, Baker Street nous a fait découvrir et redécouvrir de très belles pépites littéraires : des Enquêtes de la Table Ronde de l'Algonquin de J.J.Murphy à l'hitchcockien Miasmes d'E.S.Holding, des pastiches holmesiens aux mémoires flegmatiques de Michael Caine, et des perles de libraires aux portraits satiriques de Trump, Baker Street fait partie de nos éditeurs favoris. 
 
    Or, le contexte de crise sanitaire a considérablement touché le monde livresque, Baker Street y compris. La maison d'édition fait aujourd'hui appel à ses lecteurs à travers une entreprise de financement participatif pour aider à mener à bien ses prochains projets. Même la plus petite contribution sera la bienvenue pour soutenir ces futures publications.

    Nous relayons ci-dessous la dernière newsletter de l'éditeur ; vous y trouverez les liens nécessaires pour soutenir le ou les projets de votre choix (et recevoir vos goodies!). Merci pour Baker Street!

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Les Éditions Baker Street ont de jolis projets à vous annoncer...

Les deux confinements et la fermeture des librairies pendant de longues semaines ont assené un coup dur à tous les éditeurs, mais nous persévérons, et avec un peu de soutien venu du crowdfunding nous espérons pouvoir publier les livres présentés ci-dessous - fiction, dessins humoristiques, flânerie dans l'Histoire de France et de Paris.  
 
Ces présentations vous donneront un avant-goût de chaque livre : vous pourrez en lire quelques pages, voir les illustrations s'il y en a...

Les projets ci-dessous - d'autres suivront bientôt - sont en ligne pour un maximum de deux à trois semaines (il faut consulter les dates selon chaque projet). En cliquant sur "Pour soutenir le projet ou pour plus d'informations, c'est ici !", vous pourrez découvrir plus d'informations sur chaque projet ainsi que les petits cadeaux qui vous sont proposés en échange de votre contribution (livres signés, affiches, Print, tote bags ornés d'un dessin original, etc.).
Nous sommes heureux d'être en partenaariat avec Youboox dans cette campagne, dont le cadeau d'un abonnement des plus intéressants fait partie des contreparties proposées en échange de votre participation.


Merci de votre participation - les contributions, petites ou grandes, (les paliers vont de 20 à 150 euros) sont toutes bienvenues - et de votre présence à nos côtés dans cette aventure éditoriale !
 
 

Une Abondance de Pigeons
de Steve Martin et Harry Bliss

La rencontre d'un des comiques les plus aimés de l'Amérique et d'un dessinateur chevronné du magazine The New Yorker, qui s'amusent et nous amusent dans leur premier livre de dessins ensemble: devenu vite un besteller aux Etats-Unis dès sa parution il y a quelques mois.

 

Les auteurs :

Steve Martin, acteur, musicien et comique célèbre pour ses sketchs désopilants à la télévision ou en "stand-up", avec une longue carrière de cinéma derrière lui, s'insinue pour la première fois dans le monde du dessin, art qui l'a toujours fait rêver. Il a imaginé des légendes qu'il a glissées au dessinateur, Harry Bliss, et en sens inverse, Bliss lui a parfois envoyé des dessins pour qu'il trouve les légendes. (Leur processus créatif est d'ailleurs chroniqué avec un brin d'amusante auto-dérision dans plusieurs des dessins du livre.)

C'est un livre pour tous publics, mélangeant gags visuels et humour fin et décalé, d'une subtilité caractéristique du New Yorker. Les animaux y ont une place de choix, tous parlants bien sûr - chiens, chats, perroquets, dindes, poissons, voire hérissons et éléphants - ainsi que des personnages des plus romanesques : pirates, hors-la-loi, naufragés sur une île déserte. Bref, l'imagination est au pouvoir, au service du rire et parfois même d'un léger délire...


Parution : fin mai 2021
Format 18 cm x 20,5 cm
210 pages illustrées 

Pour soutenir le projet ou pour plus d'informations, c'est ici!

Lire quelques pages

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Paris-Métro : Une Lettre d'Amour
de Mark Crick

 

Un guide inédit et fantaisiste pour tous les amoureux de Paris, où ils en apprendront long sur une ville qui depuis toujours fascine le monde entier.  Une flânerie originale dans l'histoire de la France, à travers 32 stations de métro, en compagnie d'un Anglais passionné de Paris. 
 

Accompagné de dessins de sa propre main, Mark Crick nous livre un apprentissage très personnel d’une ville d’abord admirée de loin puis explorée et étudiée de près…

À l’âge de 13 ans, alors qu’il n’est encore qu’un écolier anglais de province, l’auteur tombe amoureux de Paris en compulsant un livre de tableaux impressionnistes. Trois ans plus tard, il découvre Paris « pour de vrai », grâce à une bourse qui lui permet de venir faire un mois d’études dans un lycée de la capitale, et la séduction que la ville exerce sur lui ne fait que grandir. Enfin, cinq ans plus tard, il tombe amoureux d’une Parisienne et, en sa compagnie, il a enfin l’impression que Paris l’accepte et lui ouvre ses secrets…

Dans ce petit volume, il nous dévoile quelques-unes des anecdotes qu’il a découvertes en cherchant l’origine des noms de stations du métro parisien, et à travers lesquelles il a pris un grand plaisir à étudier l’histoire de France.

La station « Parmentier » l’incite à tout apprendre sur la pomme de terre, de ses débuts compliqués à son triomphe sur la famine. « Robespierre » lui donne envie de se replonger dans les annales de la Révolution. De « Pigalle » à « Voltaire », il imagine un échange animé entre le sculpteur et l’écrivain posant pour lui… Autant d’histoires insolites et insoupçonnées racontées avec l'humour qu'on lui connaît.

L'auteur, Mark Crick est dessinateur, photographe, écrivain et humoriste anglais dont la série de pastiches littéraires : La Soupe de KafkaLa Baignoire de Goethe et Le Jardin de Machiavel (portant respectivement sur la cuisine, le bricolage et le jardinage), a été très remarquée en France, avec des critiques élogieuses et des lectures au théâtre auxquelles ont participé, entre autres, Irène Jacob, Isabelle Carré, Denis Podalydès, Marie-France Pisier, Jérôme Kircher et Marie- Christine Barrault.

Paris Métro : Une Lettre d’Amour est son premier livre depuis dix ans.

Parution printemps 2021
Format 14 cm x 19 cm

215 pages 

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Sergeant Salinger
Jerome Charyn

traduit de l’américain par Isabelle D. Philippe
(couverture américaine, provisoire)

 
Le nouveau roman de Jerome Charyn reconstitue la vie de soldat du jeune  J.D.  Salinger, dit Sonny, nous dévoilant un pan relativement peu connu de la vie du futur grand auteur, devenu par la suite une icône avec son roman L'Attrape-cœurs qui a capté l'imagination de plusieurs générations,  et jetant un nouvel éclairage sur son œuvre. "Un tour de force littéraire,", selon le magazine Publishers Weekly.
 
Depuis les cafés et restaurants chics de New York, où il a déjà publié quelques nouvelles et où il tombe amoureux d'une jeune personne irrésistible, la fille du célèbre écrivain Eugène O'Neill - qui lui préférera Charlie Chaplin -, le récit suit Sonny lors de ses premiers pas dans l'armée, en Angleterre, puis au cours du débarquement en Normandie auquel il participe, lors de l'entrée des alliés dans le Paris libéré (il y rencontre Hemingway, à l'hôtel Ritz), et jusqu'en Allemagne où il découvre l'horreur des camps de concentration...

Pendant tout ce temps, sur les champs de bataille, sur les routes... ses manuscrits l'accompagnent, et s'esquisse déjà cette thématique de la désaffection existentielle qui habitera beaucoup de ses héros face à une monde factice et matérialiste...

L'auteur :

Jérôme Charyn est l'auteur de plus d'une cinquantaine de livres de fiction et de non-fiction, dans tous les genres, du roman à l'essai, du polar à la biographie ou à la biographie romancée. Entre autres prix et honneurs, ses livres ont figuré parmi les finalistes pour le Prix PEN / Faulkner, il a reçu une bourse de travail Guggenheim ainsi qu'un prix de l'American Academy of Arts ans Letters.
En France, il a été nommé chevalier, officier, et commandant des Arts et des Lettres, a été primé au Festival d'Angoulême et a reçu le prix de fiction du Festival de Deauville. Il a été reconnu par le romancier Michael Chabon comme "l'un des écrivains les plus importants de la littérature américaine" ; New York Newsday l'a comparé à un "Balzac américain contemporain" Natif du Bronx, il vit à New York.

 
 
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Invisibles Visiteurs
Illustrations par Pancho et Williams Julian-Damazy

 
Trois fictions fantastiques de trois grands auteurs du XIXème siècle, Edgar Allan Poe, Guy de Maupassant et Henry James:  des histoires de  fantômes, ou de  fous, des chefs-d'œuvres  de suspense psychologique ! Et toujours aussi actuels. Récemment adapté par Netflix en série, Le Tour d'écrou est devenu The Haunting of Bly Manor.

 

Dans le célèbre Tour d’écrou, une gouvernante anglaise croit voir des figures sinistres surgir de nulle part pour menacer les enfants dont elle est chargée : réalité ou illusion ? James laisse planer l’ambiguïté tout au long de l’œuvre, et le suspense monte jusqu’à la chute, aussi soudaine que terrible.

Dans Le Horla, Maupassant relate les terreurs d’un homme qui croit déceler une présence palpable à ses côtés : elle s’infiltre dans la maison, déplace les meubles, laisse des signes de son passage, mais reste toujours insaisissable. Réel ? Imaginaire ? Est-il en train de devenir fou, ou un danger imminent le menace-t-il ?

Et dans le texte de Poe, « Souffle coupé », un homme se trouve étrangement dépossédé de son souffle et s’engage pour le retrouver dans un périple mouve- menté, au cours duquel il connaît la mort, l’enterrement et la résurrection, et croise divers malfaiteurs, le tout en l'espace d'une trentaine de pages ! 

 (La publication de cet ouvrage date de novembre. Mais là aussi, nous aurions encore besoin de votre soutien, pour finir de régler divers collaborateurs.)


Paru le 18 novembre 2020
Format 19 cm x 13 cm
311 pages
Collection Littérature, Essai
 
 

 Pour ceux qui souhaiteraient en apprendre plus sur ce dernier titre déjà paru fin 2021, direction ICI. Merci encore par avance pour les éditions Baker Street, qui comptent sur vous pour que ces beaux ouvrages puissent voir le jour!

mardi 13 avril 2021

Les enragés de Paris - Kirby Williams.

Rage in Paris, Pushcart Press, 2013 - Editions Baker Street (trad. de S.Guyon), 2021.

    Urby Brown, jazzman métis de La Nouvelle-Orléans, après avoir combattu dans la Légion étrangère en 1914-1918, a choisi de rester en France pour échapper à la ségrégation raciale régnant alors dans le sud des États-Unis. Établi comme détective privé à Paris, en février 1934 - lors des plus violentes manifestations d'extrême droite contre le gouvernement en place - il se voit confier par un riche homme d'affaires américain le soin de retrouver sa fille kidnappée. Une enquête qui se révèle bien plus complexe et semée d'embûches qu'il ne s'y attendait et qui l'amène, après bien des péripéties, non seulement à découvrir un complot nazi dirigé contre les États-Unis, mais à retrouver à la tête des mouvements fascistes son propre père, aristocrate français qui a abandonné sa mère à la veille de sa naissance et qu'il n'a jamais connu.

    Mêlant histoire, politique et crime, ce roman noir s'inspire des oeuvres de Dashiell Hammet, de Chester Himes et de Jean-Patrick Manchette pour examiner une période trouble où l'intolérance et le fanatisme portent en germe la seconde guerre mondiale
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    Derrière cette couverture aux accents art-déco se cache le dernier né des éditions Baker Street, jamais avares de pépites. Les enragés de Paris, premier roman de l'Américain francophile Kirby Williams, met en scène un personnage qui n'est pas sans évoquer l'auteur...
 

    L'intrigue nous emmène dans le Paris animé et jazzy des années 30. Urby Brown, jazzman métis et orphelin originaire de la Nouvelle-Orléans, s'y est reconverti en détective privé. Né d'un Français inconnu et d'une prostituée noire, Urby a grandi hanté par la mise à mort de son tuteur par un groupe de fascistes. Le fascisme, justement, semble se faire une place même dans l'hexagone : les partisans d'Hitler commencent à faire du bruit et les émeutes se multiplient dans les rues. C'est dans ce contexte mouvementé qu'Urby est approché par Barbett Robinson III, un riche homme d'affaires américain au passé et à l'histoire de famille complexes, pour retrouver sa fille, enlevée par son amant musicien. La double casquette de détective et de clarinettiste d'Urby lui permet, grâce à ses relations dans les milieux musicien de la capitale, de facilement retrouver la jeune femme... et de tomber sous son charme. Mais bien plus qu'une simple disparition, l'affaire mène le détective à la rencontre du comte d'Urbé-Lebrun, aristocrate à la tête d'un mouvement fasciste qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Urby. Tandis que les affaires s'entremêlent, le détective musicien découvre les liens qui l'unissent au comte...
 

    Sympathique mélange d'Histoire et de fiction, Les enragés de Paris plonge le lecteur dans la capitale mouvementée des années 30, plus particulièrement le quartier hautement musical de Montmartre. Point de chute des musicaners et lieu pivot de la vie haute en couleurs de l'époque, les ruelles de la butte ainsi que ses cabarets deviennent, sous la plume de Kirby Williams, le théâtre d'intrigues et d'aventures menées tambour battant. L'ensemble se veut un hommage réussi aux romans noirs américains de l'entre-deux guerre, recontextualisé dans le Paris tonitruant que l'on connait. Le choc des cultures et des ambiances fait mouche.

 
    Car c'est peut-être dans les ambiances que l'auteur excelle le plus : son talent à restituer un Paris d'antan où se côtoieraient privés en borsalino, femmes fatales et criminels fonctionne à merveille grâce aux atmosphères singulières qu'il parvient à recréer de toutes pièces. Le ton, unique, use autant de l'humour qu'il se réclame du polar, le tout dans un jeu de machination et de manipulation des plus rocambolesques. Rocambolesque? C'est à se demander si, non content de puiser dans la littérature d'outre-Atlantique, Kirby Williams ne s'inspirerait pas aussi de nos bons vieux romans feuilletons : on y retrouve le même goût pour les mésaventures romanesques à l'excès (mais toujours pour le plaisir du lecteur), et un certains sens de la narration qui semble s'amuser avec impertinence de son propre style. Kirby Williams prend un plaisir manifeste à écrire, et nous, à le lire.


    Il persiste dans le scénario quelques hasards un peu trop heureux, ou, disons, quelques coïncidences un peu trop prononcées pour être totalement crédibles ; le lien qui unit Urby Brown au comte d'Urbé-Lebrun, par exemple. Mais on peut aussi y voir le prolongement du rocambolesque évoqué précédemment, les polars et romans pulp d'antan s'affranchissant souvent des contraintes du plausible au profit du romanesque.

    Les personnages, mixtes, sont parmi les autres points forts de ce livre : outre le héros qui semble être une projection fictionnelle de l'auteur (Urby/Kirby, et leurs origines similaires... cela fait beaucoup de coïncidences!), et auquel le lecteur s'attache dès les premières lignes, on croise une galerie de protagonistes dont le punch s'apparente au monde enfiévré du jazz. Le mélange audacieux de fiction et de réalité nous permet ainsi de redécouvrir le Paris Noir des années 30, à la veille des grands bouleversements que le monde s’apprêtait à connaître, et de croiser quelques figures véridiques de l'époque, de Joséphine Baker à Louis Amstrong.
 

En bref : Dans la lignée d'un roman noir américain qu'on aurait recontextualisé en plein Montmartre, Les Enragés de Paris mêle Histoire, politique et fiction aussi bien qu'il allie humour, style et aventure. Parfois un tantinet excessif mais porté par des personnages charismatiques, ce roman raconte la communauté noire du Paris jazzy des années 30 sous un jour nouveau qui nous fait refermer le livre à regret. On a hâte de lire la suite, annoncée pour la fin d'année.

Avec un grand merci aux éditions Baker Street pour cette lecture!

mercredi 7 avril 2021

Un hiver dans le monde à l'envers...

Source : Pinterest
 
    Voilà. Un an. Un an que nous alternons entre confinement et déconfinement, un an que le temps semble s'affranchir de ses propres règles, pouvant s'étirer démesurément ou tourner sur lui même. Après un printemps dans le monde du dedans, un été entre deux-monde, puis un automne dans le monde du dehors (enfin, pas pour longtemps), cet hiver a décidément été celui du monde à l'envers.
    Nous ne commenterons pas l'actualité politique ou sanitaire (votre télé et votre radio s'en chargent très bien). Très égoïstement, au Terrier, nous n'en sommes impactés qu'après les affres de la vie étudiante, lesquelles imposent à elle seules de se cloitrer des heures durant, plusieurs weekends d'affilée, pendant qu'au dehors le monde s'agite (enfin, s'agit confiné, quoi...). Pendant ce temps, le baromètre des émotions s'emballe et joue les montagnes russes ; il y avait longtemps qu'on n'avait pas été aussi dépassés et mélancoliques, au Terrier. La dernière fois, ça devait être... ah, eh bien, oui : ça remonte aux années fac.
    
    Bon. Bref. Rappelons-nous les quelques heureux moments de cet hiver. Si, si, je suis sûr qu'il y en a.
 
Promenade dans la neige en semaine,
Tea Time confiné le weekend...
 
 
    L'automne dernier, nous avions pris l'habitude de nous aérer les méninges en fin de journée, c'est à dire dans l'ultime heure de liberté qui séparait la fin du bachotage de l'heure du couvre-feu. Le rituel s'est poursuivi cet hiver, la contrée offrant son pelage de saison et son beau duvet blanc : d'abord un givre bien ferme puis une épaisse couche de neige comme on en n'avait pas vue depuis quelques années déjà... 
 
 
 
    
    Le besoin de réconfort avait aussi suggéré depuis quelques mois l'instauration de petits-déjeuners ou de tea time dominicaux ; ce rituel-là aussi s'est poursuivi au cours de l'hiver, avec une pause imposée les dimanches autour d'un goûter partagé – devenu un moment de convivialité ô combien salvateur en ces temps troublés. Tartes, jalousies aux pommes et clafoutis pommes-myrtilles ont fait le bonheur de ces instants sucrés pour mieux recharger les batteries. On a même retrouvé au congélateur quelques ultimes parts de pudding aux fruits secs façon Meert cuisiné il y a de cela déjà quelques temps...

 


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Popotes et casseroles
(oui, vous avez noté la transition hyper subtile...)

 
    Nous devons à Mother Rabbit d'avoir survécu à ces mois d'hiver : Mère Lapin est venue plus d'une fois déposer (en même temps que les goûters du dimanche) quelques généreux paniers de vivres, bienvenus pour affronter la semaine entre travail, cours et révisions tardives. Heureusement, certaines périodes un tantinet moins chargées que d'autres ont permis qu'on se remette aux fourneaux. Cette fois encore cependant, pas trop le temps d'innover : on a rejoué les classiques, Mulligatwany en tête (cuisiné et recuisiné au moins 3 fois pendant l'hiver... quand on aime, on ne compte pas). Pour ceux qui l'ignorent, le Mulligatwany est un plat anglais à mi-chemin entre la soupe et le mijoté d'inspiration indienne, composé de potimarron, de carottes, de tomates, de bœuf haché et de curry, particulièrement réconfortant en hiver.


    Dahl de lentilles corail à l'indienne, curry de poulet aux carottes et wok asiatique de pois gourmands... Une fois n'est pas coutume, les épices semblent avoir envahi la cuisine. Côté sucré, on a préparé des piles et des piles de pancakes aux flocons d'avoine (notre recette favorite), généreusement arrosées de sirop d'agave (à défaut de golden syrup de chez Marks & Spencer...) ou tartinées de cédratine confite inspirée de la recette de Tante Eudoxie, personnage des roman La trilogie des Charmettes d'E. Boisset (à qui nous avons envoyé un petit pot joliment étiqueté en cadeau).


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Créations et bricolages


    Évidemment, par manque de temps, cette saison a été peu marquée par des réalisations ou créations personnelles. Cela dit, nous poursuivons dans le cadre du travail avec nos petits monstres notre projet culturel annuel. Après leur avoir fait participer à l'écriture d'un livre épistolaire, d'un mini-album, de recueils de poésie, d'une pièce de théâtre et d'un ouvrage de slam, nous travaillons cette année sur un album illustré inspiré du concept de livres comme Culottées de P.Bagieu ou J'aimerais te parler d'elles, de S.Carquain : une galerie de portraits féminins de l'Histoire (certes, mais de l'Histoire locale en ce qui nous concerne !) racontés à travers leurs yeux d'ados, pour défendre de façon originale la place et les droits des femmes. A la fois culturel, artistique et citoyen, ce projet a débuté avec une phase de recherches historiques, puis s'est poursuivi avec une phase d'écriture. Nous sommes actuellement dans la phase créative : chaque enfant illustre selon la méthode de son choix quelques étapes de la vie de la femme dont il est le porteur de voix. Dessin, scrapbooking, roman photo en légos, collage... le résultat promet d'en mettre plein les yeux. Tous ont également réalisé un portrait graphique de la personnalité choisie façon Andy Warhol. Mary Stuart, Émilie du Châtelet, Eponine de Langres, Jeanne Mance, Louise Michel, Aurélie Picard, Camille Claudel, et Simone de Beauvoir (oui, oui, elles sont toutes de / ont vécu chez nous ^_^) sont ainsi mises à l'honneur et brillent de leurs couleurs Pop Art!
 


    Afin de leur montrer différentes techniques de mise en lumière possibles, nous nous sommes également prêtés au jeu en mettant en images la vie de Mary Shelley (non, elle n'est pas de chez nous, mais elle y a quand même fait un détour au cours de ses voyages à travers l'Europe), en nous inspirant (mais de façon très simplifiée) de la technique du paper-art telle que la pratiquent les artistes Su Blackwell et Jody Harvey Brown. Pour un exemple fait à la va-vite, nous sommes plutôt contents du résultat (cliquez pour voir en grand) :
 
 
De gauche à droite et de haut en bas : 
Mary, enfant, sur la tombe de a mère ; Mary voyageant à travers l'Europe avec Percy Shelley et Claire Clairmont ;
Mary, Percy et Claire à la villa Diodati ; Mary Shelley, devenue auteure de Frankenstein.

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Acquisitions et cadeaux
 

 Alors, certes, l'attachement aux choses matérielles, c'est mal. Oui, oui, oui, mais avouons-le : en ces temps de déprime générale, on accueille les cadeaux et marques d'affection de ses amis comme autant de bénédictions descendues du ciel pour arriver directement dans la boîte à lettres. Il y a eu le traditionnel colis de goodies hivernal de Pouchky Ficelle, avec un Sherlock à colorier, du thé à boire et des shortbreads à manger. Ah, et de la poussière de fées. Oui, oui, même que ça se met dans le chocolat chaud et dans les gâteaux (c'est le petit pot, à droite).
    Et puis il y a eu ce jour particulièrement déprimant où le facteur a égayé notre semaine entière en nous apportant ce joli paquet cadeau envoyé par the British Countess. Il contenait les tasses et soucoupes assorties à la très dispendieuse théière Royal Albert à motifs Old Country Roses que nous avions acquise il y a peu pour nous remettre des examens de premier semestre (ça s'appelle un auto-cadeau ; on fait ce qu'on peut pour se remonter le moral).
 

    Côté bibliothèque, il y a eu beaucoup d'autres cadeaux et auto-cadeaux (nous avouons sans honte notre tendance à la fièvre acheteuse en cas de moral en berne (après tout, c'est mieux que se droguer, non mais oh) ). Nous avons acquis en occasion la célébrissime biographie James Barrie and the lost boys, le roman Le serpent de l'Essex (présenté dans la veine de Miniaturiste), ainsi que deux tomes de la série Le club des philosophes amateurs d'A.McCall-Smith, cosy mystery avant l'heure, entre considérations philosophiques et esprit 100 % écossais (on a cruellement besoin de lectures doudou ces temps-ci). On continue parallèlement de compléter notre collection d'Agatha Raisin : les opus 15 et 16 ont rejoint nos étagères, et on a dégoté dès sa sortie la réédition du Jeu de la Dame (un empressement certainement inutile puisqu'on ne sait pas du tout quand on aura le temps de le lire, mais nos amis bookaholic comprendront). Nous avons reçu de la part de l'auteur les deux derniers tomes de Au service secret de Marie-Antoinette, adorablement dédicacés, de la part des éditions Baker Street, leur dernier né, les Enragés de Paris, et de la part de Pouchky Ficelle, une réédition de la diabolique Willa Marsh, Meurtres entre sœurs. Enfin, on a craqué pour la réédition de Crimes entremêlés, de la baronne Emmuska Orczy, une "autre" grande dame du crime vintage un peu oubliée.

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    Voilà pour l'inventaire de cette saison. On espère vivement que le printemps, son soleil, ses bourgeons et son rhume des foins apporteront le renouveau qu'on attend depuis une dizaine de mois. Allez, on y croit ; la suite au prochain numéro!