dimanche 19 juin 2022

Blackwater II : La digue - Michael McDowell.

Blackwater II : The levee
, Avon Books, 1983 - Editions Monsieur Toussaint Louverture (trad. de Y.Lacour avec H.Charrier), 2022.
 
    Tandis que la ville se remet à peine d’une crue dévastatrice, le chantier d’une digue censée la protéger charrie son lot de conséquences : main d’œuvre incontrôlable, courants capricieux, disparitions inquiétantes. Pendant ce temps, dans le clan Caskey, Mary-Love, la matriarche, voit ses machinations se heurter à celles d’Elinor, son étrange belle-fille, mais la lutte ne fait que commencer. Manigances, alliances contre-nature, sacrifices, tout est permis. À Perdido, les mutations seront profondes, et les conséquences, irréversibles.

    Découvrez le deuxième épisode de Blackwater, une saga matriarcale avec une touche de surnaturel et un soupçon d’horreur.
 
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     Après le premier tome du cycle Blackwater dévoré à sa sortie, difficile de ne pas se jeter avec voracité sur la suite. Il faut dire qu'au rythme d'un tome tous les quinze jours et avec ces couvertures dignes de véritables bijoux, les éditions Monsieur Toussaint Louverture savent cultiver l'addiction. On avait terminé le précédent opus sur l'installation dans leur nouvelle maison d'Oscar et d'Elinor après des mois de conflit avec Mary-Love, matriarche des Caskey. Cette dernière n'avait finalement toléré le départ de son fils et de sa belle-fille qu'en contrepartie de leur premier enfant... Jusqu'à quelles extrémités va cette fois-ci conduire l'étrange guerre qui anime les deux femmes ?
 
 
"Quand j'étais à l'université de Huntingdon, répondit-elle, j'avais un cours sur les civilisations anciennes, et chaque fois qu'elles commençaient la construction de quelque chose de très grand, par exemple un temple, un aqueduc ou un palais, ces sociétés lui offraient quelqu'un en sacrifice qu'elles enterraient sous la première pierre. La victime encore en vie, on lui arrachait les bras et les jambes, et on empilait les morceaux, qu on recouvrait ensuite de pierres, de briques, ou de quoi que ce soit dont on se servait pour bâtir le monument. Ces civilisations croyaient que le sang aidait à solidifier le mortier. En tout cas, c'était leur façon d'honorer les dieux."

    Tandis que la digue se construit afin d'éviter les crues à venir, Elinor, qui n'a pas manqué de faire sentir son aversion pour ce projet (sans qu'on en comprenne la cause), fait contre mauvaise fortune bon cœur en affichant une dignité implacable en toute circonstance. Tandis que sa belle-mère et Sister, sa belle-soeur, élèvent sa fille dans la maison voisine, Elinor s'apprête à donner naissance à un nouvel enfant. De quoi rendre tout le monde heureux, alors ? Pas sûr, car secrètement, il semble que les habitants de Perdido ne savent pas faire autre chose que de s'entre-déchirer. Ne supportant plus d'être sous la coupe de Mary-Love, Sister est prête à tout pour s'enfuir de la maison familiale, quitte à verser dans les arts occultes afin d'envouter Hearly Haskew, l'ingénieur chargé d'élaborer les plans de la digue. Parallèlement, comme dans une tragédie antique où les bouleversements se succèdent, James Caskey voit débarquer en ville Queenie, son insupportable belle-sœur, bien décidée à s'installer là avec son insupportable marmaille afin d'y être généreusement entretenue. Quant aux travaux du barrage, ils avancent péniblement, comme si les rives boueuses de la rivière refusaient d'y laisser bâtir quoi que ce soit... A moins qu'en échange de cette construction, la Perdido ne réclame du sang ? Les Caskey devraient pourtant savoir qu'on n'obtient jamais rien sans sacrifice...
 

"Les enfants de Perdido ne se faisaient pas mordre par des chiens enragés et ne tombaient pas au fond de puits asséchés, ils ne succombaient pas à un tragique accident en "jouant" au barbier ou en se déchargeant un pistolet dans le crâne. A Perdido, les enfants malchanceux se noyaient dans la rivière, un point c'est tout."
 
    On rejoint avec délectation l'univers à la fois étrange et pourtant tellement réaliste de Blackwater. Car c'est dans ce mystérieux clivage, sur cette ligne de crête entre deux tonalités farouchement opposées et pourtant en totale adéquation grâce au talent de M.McDowell, que réside probablement tout l'intérêt du roman. On suit cette saga familiale comme on le ferait d'une grande saga historique racontant la destinée d'une famille de propriétaires américains à la veille de la grande dépression, avant de se rappeler que certains éléments, à Perdido, sont décidément loin d'être tout à fait normaux...
 

    Cette anormalité, évidemment, elle suit le personnage d'Elinor partout ou cette dernière passe. Et pourtant, bien que l'auteur ne fasse pas totalement de mystère de sa véritable nature, il parvient tout à la fois à narrer la chose de manière à toujours susciter un peu plus la curiosité du lecteur. Passée la soudaine surprise provoquée par quelques scènes de morts aussi violentes que théâtrales (et loin d'être très naturelles), le lecteur retourne à des préoccupations plus terre à terre : savoir, qui d'Elinor ou de Mary-Love, va remporter la bataille que ces deux-là ont décidé d'entretenir depuis leurs porches respectifs.
 
"Mary-Love aimait s’imaginer en mécène de la famille, prodiguant sans relâche et à longueur de journée richesses et largesses. Elle s’estimait largement récompensée par la gratitude de ses enfants ; et dans le cas où, à ses yeux, celle-ci ne serait pas suffisante, elle pouvait sévir."

    Luttes de pouvoir et manipulations sur fond de matriarchie, voilà le réel noyau autour duquel Blackwater parvient finalement à construire (à notre plus grand étonnement, mais aussi pour notre plus grand plaisir) son principal ressort dramatique. Le lecteur, comme les habitants de Perdido, compte les points mais doit choisir son camp, ce qui n'est jamais facile lorsque les agissements de l'une comme de l'autre semblent tantôt louables, tantôt répréhensibles. Encore une fois, l'intrigue brille de ces personnages complexes aux nombreuses nuances. On referme ce second tome avec de brûlantes questions, dont la principale : que cherche exactement la secrète Elinor ? Pour le savoir, il faudra continuer cette saga on ne peut plus addictive !
 
 
"— Moi vivante, et tant que j’habiterai dans cette maison, il n’y aura pas de crue à Perdido, avec ou sans digue. Les rivières ne monteront pas.
— Mam’selle Elinor, vous pouvez pas…
Elinor ignora cette protestation.
— Par contre Zaddie, quand je serai morte, reprit-elle, avec ou sans digue, cette ville et tous ses habitants disparaîtront de la surface de la terre..."


En bref : Dans la continuité d'un premier tome très accrocheur, Michael McDowell tient ses promesses avec ce second tome de Blackwater. Entre intrigues familiales et meurtres rituels, entre saga historique et chimères horrifiques, l'auteur distille un genre qui n'est pas sans évoquer l'univers de Stephen King. On en redemande.


Et pour aller plus loin...

samedi 28 mai 2022

Le Cirque des Merveilles - Elizabeth Macneal.

Circus of Wonders
, Picador, 2021 - Éditions Presses de la Cité (trad. de A.Delarbre), 2022.
 
    Angleterre, 1866. Nell vit rejetée de tous à cause des taches de naissance qui constellent son corps. Lorsque le Cirque des Merveilles de Jasper Jupiter plante son chapiteau non loin de chez elle, son existence bascule : son père la vend au propriétaire comme nouveau phénomène de foire.
    Contre toute attente, la jeune fille voit son horizon s’élargir. Elle se lie d’amitié avec les autres artistes et se prend d’affection pour Toby, le « photographiste ». Elle qui n’a connu que l’obscurité entre enfin dans la lumière et c’est un véritable triomphe. Mais que lui arrivera-t-il le jour où son succès menacera d’éclipser celui de l’homme qui l’a achetée ?
 
    Entrez dans la lumière avec Nellie Moon.
 
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    Il y a trois ans, nous avions découvert le premier roman d'Elizabeth Macneal, à l'époque très bien reçu par le public et la critique : La fabrique des poupées. Inspirée par le parcours de Lizzie Siddal, modèle puis artiste du mouvement préraphaélite, la romancière avait consacré son intrigue à l'Art et à l'attrait de l'ère victorienne pour les curiosités, à mi-chemin entre prodiges et monstruosités. Ces thèmes, Elizabeth Macneal propose de les interroger de nouveau dans son second roman, Le Cirque des Merveilles.


    Campagne anglaise, dans les années 1860. Dans un petit village côtier, Nell, son frère et son père vivent tant bien que mal de la récolte des violettes, que la jeune femme enduit de sucre pour les envoyer ensuite en ville où elles orneront les plus fines et délicates pâtisseries. De très humble condition, Nell est aussi discrète et renfermée que son physique attire les regards : intégralement couverte de tâches de naissance qui constellent sa peau, elle est l'objet tantôt de la moquerie, tantôt de la méchanceté des autres. Lorsque le fabuleux cirque de Jasper Jupiter s'installe pour quelques jours avec ses artistes, clowns, funambules, animaux exotiques et monstres, Nell est de suite comparée par les villageois aux femmes à barbe, géants et autres siamois du spectacle. Allusion prémonitoire ou pas, la jeune fille se retrouve malgré elle vendue par son père à Jasper Jupiter, qui décide d'en faire sa nouvelle attraction. D'abord prisonnière, Nell ne tarde pas à découvrir un univers qui lui offre enfin la possibilité d'être fière de ce qu'elle est. Transformée en Nellie Moon, une créature céleste qui, suspendue dans les airs à une montgolfière et revêtue d'ailes métalliques, s'envole tous les soirs au-dessus du public, elle se libère enfin. Mais s'affranchit-elle totalement ? Car alors qu'elle sent naître en elle un vif et brûlant désir pour Toby, le photographe du cirque et frère cadet effacé de Jasper, c'est officiellement à ce dernier qu'elle appartient... 
 

"Tout récit est une fiction."

    Tout comme pour son précédent roman, c'est dans l'Histoire qu'Elizabeth Macneal a puisé son inspiration. C'est en feuilletant un ouvrage de photographies de l'époque victorienne qu'elle est tombée par hasard sur le daguerréotype d'une "femme à barbe anonyme" d'un quelconque cirque itinérant comme il en existait alors tant. Profondément touchée par la jeunesse du modèle et par l'absence d'informations sur sa vie, c'est l'envie de combler ce vide qui a fait naître en l'autrice l'idée du Cirque des Merveilles. Son premier projet était de rédiger la biographie romancée de "monstres de foire" célèbres, tel Joseph Merrick, plus connu sous le nom d'Elephant man, ou encore Julia Pastrana, artiste de cirque atteinte d'hypertrichose au destin tragique. Mais lors du passage à l'écrit, ses premières ébauches ont laissé à Elizabeth Macneal le désagréable sentiment de s'immiscer dans la vie privée de ces figures réelles et de se les approprier, alors que l'industrie du spectacle leur avait déjà volé leur vie, leur intimité et leur dignité. Ainsi, comme pour La fabrique des poupées qui devait initialement être un ouvrage biographique, Le Cirque des Merveilles s'est finalement transformé en récit de fiction inspiré par les nombreuses recherches de la romancière et les destins entremêlés de ces artistes longtemps réduits au silence.
 
La photographie qui a fait germer l'idée dans l'esprit d'E.Macneal...

    C'est leur mémoire à tous qu'elle convoque à travers les personnages de Nelly Moon, Stella la femme à barbe ou encore Pearl l'albinos. A travers les voix de ses personnages fictifs, Elizabeth Macneal aborde régulièrement la renommée controversée et ambiguë de figures réelles : Julia Pastrana (femme "la plus laide du monde" qui finit naturalisée dans une vitrine), Tom Pouce (l'enfant minuscule vendu au propriétaire d'un cirque alors qu'il était encore bébé), ou encore les siamois Bunker (devenus quant à eux richissimes grâce à la féconde industrie des divertissements). Ces évocations, comme la quête de son héroïne et des personnages secondaires imaginés pour Le Cirque des Merveilles, sont sujettes à interroger l'ambivalence de l'univers qui les tolère, eux, les étrangetés de la nature. Libres, d'une certaine manière, mais prisonniers d'un physique qui en fait davantage des curiosités que des personnes à part entière aux yeux du monde. Une réalité à double tranchant avec laquelle Elizabeth Macneal compose avec brio pour façonner progressivement le personnage de Nell, à la recherche de sa propre identité au milieu de celles qu'on lui invente chaque soir pour les besoins du spectacle. Pour alimenter les nombreuses métaphores qui parsèment son roman et faire naître de multiples réflexions dans l'esprit de ses lecteurs, la romancière nous régale par ailleurs de nombreuses références mythologiques et littéraires, du mythe d'Icare à Frankenstein, en passant par La petite sirène. Autant de clins d’œil qui participent à la densité de sa propre intrigue.


    La psychologie des personnages, de prime abord peu travaillée dans le premier tiers du livre, nous a laissé craindre une banale redistribution des rôles de La fabrique des poupées : une jeune femme candide atteinte de difformité (Iris / Nell), découvre finalement que sa particularité physique peut présenter un attrait dans un certain univers (la peinture / les cirque) et devient en cela l'objet de fascination de deux hommes – un artiste (Louis / Toby) et un personnage plus sombre qui désire la posséder (Silas / Jasper) – entre lesquels l'héroïne devra trouver sa place. Renforcé par des thématiques proches sinon similaires, ce parallèle entre les deux romans trouvent cependant à s'enrichir au fur et à mesure que l'on progresse dans la lecture et qu'Elizabeth Macneal ajoute ça et là des nuances à sa galerie de protagonistes. Nell éclot davantage qu'Iris et trouve sur la piste sa raison d'être en même temps qu'elle découvre des émotions qui la transcendent, voire qui lui redonnent vie. Quant au duo Toby / Jasper, la romancière ne s'arrête pas à des archétypes univoques et creuse leur psychologie en profondeur, leur prêtant un relief qui témoigne de sa propre progression en tant qu'autrice. Moins lisse qu'on pourrait s'y attendre, Le Cirque des Merveilles évite les écueils et s'offre une conclusion inattendue, mais en réel accord avec ses personnages.
 

    Les arts forains, restitués ici dans un versant moins sociologique qu'avait pu le faire la romancière Ann Featherstone avec l'univers tonitruant du spectacle victorien (on se souvient de l'excellent et en même temps malaisant Que le spectacle commence!), sont néanmoins présentés avec toute la nuance et la complexité nécessaires. Romanesque comme seules les fictions anglo-saxonnes savent l'être, Le Cirque des Merveilles nous rappelle les mondes chamarrés et vibrants de Baz LuhrmannMoulin Rouge en tête – ou de ses proches cousins De l'eau pour les éléphants et The greatest showman. Et, bien évidemment, on pense également beaucoup au film Freaks de Tod Browning, une référence en la matière. Le tout en fait un très bon roman qui confirme le talent de son autrice, dont on a déjà hâte de lire le prochain ouvrage...
 

En bref : Après La fabrique des Poupées, Elizabeth Macneal continue d'explorer des thèmes similaires à ceux de son premier roman. Le Cirque des Merveilles, plongée vertigineuse dans le monde exubérant et fantasmagorique (mais à double tranchant) des arts forains à l'époque victorienne, est sujet à évoquer la destinée de ses personnages au bord du monde. Monstres de foire ou prodiges de la nature ? Merveilles ou Créatures ? L'autrice questionne la terrible dualité dans laquelle la société de l'époque a catalogué ces figures en niant leur humanité à travers cette fiction aussi touchante que romanesque.
 

 
Un grand merci aux Presses de la Cité et à Babélio pour cette lecture !
 
 

dimanche 22 mai 2022

Blackwater I : La crue - Michael McDowell.

Blackwater I : The flood
, Avon Books, 1983 - Editions Monsieur Toussaint Louverture (trad. de Y.Lacour avec H.Charrier), 2022.
 
    Pâques 1919, alors que les flots menaçant Perdido submergent cette petite ville du nord de l’Alabama, un clan de riches propriétaires terriens, les Caskey, doivent faire face aux avaries de leurs scieries, à la perte de leur bois et aux incalculables dégâts provoqués par l’implacable crue de la rivière Blackwater.
    Menés par Mary-Love, la puissante matriarche aux mille tours, et par Oscar, son fils dévoué, les Caskey s’apprêtent à se relever… mais c’est sans compter l’arrivée, aussi soudaine que mystérieuse, d’une séduisante étrangère, Elinor Dammert, jeune femme au passé trouble, dont le seul dessein semble être de vouloir conquérir sa place parmi les Caskey.

    Au-delà des manipulations et des rebondissements, de l’amour et de la haine, Michael McDowell (1950-1999), ­co-créateur des mythiques Beetlejuice et L’Étrange Noël de Monsieur Jack, et auteur d’une trentaine de livres, réussit avec Blackwater à bâtir une saga en six romans aussi ­addictive qu’une série Netflix, baignée d’une atmosphère unique et fascinante digne de Stephen King.

    Découvrez le premier épisode de Blackwater, une saga matriarcale avec une touche de surnaturel et un soupçon d’horreur.
 
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    C'est le phénomène éditorial du moment : il y a quelques mois déjà, à grand renfort de publicités, de visuels léchés et de clichés de fabrication d'une couverture qui faisait déjà le buzz, les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont annoncé la parution de la saga Blackwater. Inédit en France, ce cycle littéraire est pourtant bien connu aux Etats-Unis, où la parution originale remonte à... 1983 ! Son auteur ? Michael McDowell, un nom qui n'évoque rien de ce côté-ci de l'Atlantique, mais qu'on redécouvre progressivement pour avoir été le comparse de Tim Burton aux manettes de Bettlejuice et de L'étrange Noël de Mr Jack, avant que les deux créateurs ne se séparent pour divergences esthétiques. Bien que grand nom de l'horreur au même titre que son collègue cinéaste, McDowell se situe davantage dans la veine de Stephen King, un ami de longue date auquel on le compare d'ailleurs souvent.


    De janvier à juin 1983, avant même sa période burtonienne, McDowell rencontre donc un succès commercial et critique avec Blackwater, une saga familiale en six ouvrages écrits au cours de l'année précédente. Les tomes successifs paraissent au rythme d'un volume par mois, sujets à raconter l'histoire d'une même famille sur plusieurs générations et tenir en haleine des millions de lecteurs qui binge littéralement la saga comme un feuilleton. En s'inspirant du rythme de publication original, les éditions Monsieur Toussaint Louverture proposent une parution à la chaîne avec un tome tous les quinze jours. Attention, la folie Blackwater arrive dans l'Hexagone !
 
Les six tomes de Blackwater dans leur version originale.
 
    Ce premier roman intitulée La crue nous emmène en 1919 à Perdido, petite ville de l'Alabama victime d'une crue catastrophique qui a englouti la quasi totalité de la ville, forçant les habitants à se réfugier sur les hauteurs ou dans les quartiers réservés aux Noirs. Lors d'une maraude en barque au-dessus de la ville submergée, Oscar, enfant chéri du clan Caskey et héritier de la famille de propriétaires les plus aisés de Perdido, découvre une ultime survivante réfugiée à l'étage de l'hôtel inondé. Elinor Dammert, sauvée des eaux, est une créature étrange : ses cheveux sont de la même couleur rouille que la rivière argileuse et tous ses papiers ont semble-t-il disparus dans la crue. Sous la protection d'Oscar, la jeune femme s'invite dans la communauté de Perdido. Mary-Love, veuve Caskey, mère d'Oscar et matriarche par excellence, ne voit pas d'un bon œil l'arrivée de cette étrangère qui s'apprête à provoquer un cataclysme bien plus grand qu'une rivière sortie de son lit...
 

"Certains secrets sont destinés à mourir."

    Fasciné par les histoires de famille et les relations inégales qui animent un système familial, Michael McDowell a toujours admis s'être inspiré de sa propre généalogie pour nourrir l'intrigue de Blackwater. C'est probablement cette source véridique, cet ancrage empirique, qui donne à Blackwater, au-delà de son estampillage "littérature de genre", toute sa densité. Car si l'auteur n'a jamais réfuté son statut d'écrivain populaire ni renié sa bibliographie "à consommer sur place", on ne peut que constater la grande qualité d'écriture de ce premier opus et l'aura qui s'en dégage. Blackwater est, effectivement, bien plus que la littérature de gare à laquelle McDowell a souvent été assimilé.
 

"Sister, je m’étonne parfois que tu en saches aussi peu. Les femmes découvrent les choses en premier, puis elles en parlent aux hommes – autrement, les hommes ne découvriraient jamais rien -, ensuite ce sont les domestiques et, en dernier, les enfants."

    Cela tient principalement à l'épaisseur donnée aux personnages et à leurs nombreux reliefs. Le principal talent de l'auteur réside certainement dans sa galerie de protagonistes et dans le système qu'ils constituent. Aucun d'eux n'est univoque et le lecteur sera amené à les aimer autant qu'à les détester parce que, ni entièrement bons ni entièrement mauvais, tous seront capables du meilleur comme du pire pour obtenir ce qu'ils désirent. En cela, McDowell parvient à se saisir de la complexité de l'être-humain gouverné par ses passions. On parlait plus haut de "système" ; le terme est choisi à dessein : tout système quel qu'il soit repose en équilibre sur les interactions entre ses différents membres. Elinor est l'élément déclencheur qui vient bousculer le système, forçant dans un jeu déstabilisant de manipulation ses membres même les plus retors à s'adapter s'ils veulent y conserver leur place. A moins que dans l'étrange lutte des apparences et des stratégies qui s'engage, certains y perdent bien plus qu'un statut...
 
 
 "Voilà la plus grande méprise au sujet des hommes : parce qu'ils s'occupent de l'argent, parce qu'ils peuvent embaucher quelqu'un et le licencier ensuite, parce qu'eux seuls remplissent des assemblées et sont élus au Congrès, tout le monde croit qu'ils ont du pouvoir. Or, les embauches et les licenciements, les achats de terres et les contrats de coupes, le processus complexe pour faire adopter un amendement constitutionnel - tout ça n'est qu'un écran de fumée. Ce n'est qu'un voile pour masquer la véritable impuissance des hommes dans l'existence. Ils contrôlent les lois, mais à bien y réfléchir, ils sont incapables de se contrôler eux-mêmes. Ils ont échoué à faire une analyse pertinente de leur propre esprit, et ce faisant, ils sont à la merci de leurs passions versatiles ; les hommes, bien plus que les femmes, sont mus par de mesquines jalousies et le désir de mesquines revanches. Parce qu'ils se complaisent dans leur pouvoir immense mais superficiel, les hommes n'ont jamais tenté de se connaître, contrairement aux femmes qui, du fait de l'adversité et de l'asservissement apparent, ont été forcées de comprendre le fonctionnement de leur cerveau et de leurs émotions."
 
    Face à l'intrigue familiale et sociale qui constitue le plus gros de ce page turner, on en oublierait presque que Blackwater est aussi un roman d'horreur. Il faut admettre que l'auteur n'en abuse pas et dose juste ce qu'il faut les éléments horrifiques pour provoquer à son lecteur de courtes mais intenses bouffées de terreur. Exceptés un événement réellement étrange au tout début du roman et deux morts on ne peut plus mystérieuses (McDowell s'amusant particulièrement à jouer avec les codes narratifs et esthétiques de l'horreur pour raconter la seconde, véritable festival), Blackwater repose sur des bases très solides qui participent à rendre cet univers particulièrement réel, presque palpable, dans la représentation que s'en fait le lecteur. L'ensemble permet de poser la structure d'une saga dont on a hâte de dévorer la suite.
 

"En vérité, chacune aimait taire ses petits secrets, des secrets qui pourraient ensuite être révélés à un moment opportun pour produire un maximum d'effet - un peu comme un petit garçon lancerait des pétards sous le lit de sa sœur alors qu'elle fait la sieste par un chaud après-midi d'été."


En bref : Ce premier tome de la saga Blackwater tient toutes ses promesses et pose les fondations d'une saga familiale de haute volée, épicée ça et là d'éléments horrifiques qui en font toute l'originalité. Les personnages, denses, réalistes et psychologiquement fouillés, sont probablement l'élément le plus réussi de ce premier opus, qui nous engage vivement à découvrir la suite...
 
 
Et pour aller plus loin... 

dimanche 8 mai 2022

La revanche des Méchants - Fabien Clavel.

Fleurus, 2022.

    Lycie a un problème : Hachem. Enfin, non, son premier problème, c'est qu'elle ne maîtrise pas ses crises de colère, mais Hachem arrive en seconde position : il passe son temps à la faire sortir de ses gonds. Ah ! et elle a un autre problème, aussi : ses poils repoussent à une vitesse vertigineuse ! Bref, ça fait beaucoup de problèmes pour cette ado de 5e B ! Alors, quand Lycie découvre une annonce promettant aux gens comme elle de les aider, elle n'hésite pas à se rendre à l'adresse indiquée. Et là, Lycie découvre qu'elle a un plus gros problème, encore... Mais la situation dérape carrément lorsque des clones de Prince Charmant se mettent à la pourchasser ! Car Lycie est une descendante de méchant des contes de fées, et les Gentils ne sont peut-être pas les gentils de cette histoire...
 
***
 
    Est-il nécessaire de présenter Fabien Clavel ? Auteur français prolifique connu pour ses ouvrages de fantasy autant que ses thrillers pour la jeunesse, il ne craint pas de s'essayer à la bit-lit, de réinventer le mythe arthurien, ou d'écrire pour les adultes, du moins quand il n'est pas occupé à concevoir des livres-jeux et autres escape-books. Ah, et vous a-t-on dit qu'il avait aussi longtemps enseigné le Latin et le Français ? Oui, chers lecteurs, il semble que certains êtres-humains disposent de plusieurs vies en une. Ou de plus d'heures que nous autres dans une même journée (ou d'un retourneur de temps, qui sait...?). Mais comme tant d'autres auteurs connus et reconnus que nous croisons régulièrement dans les étagères des librairies, nous n'avions encore pas eu l'occasion de nous essayer à l'un de ses titres... jusqu'à ce que l'éditeur nous propose son petit dernier, une plongée pétillante et surprenante dans l'univers des contes de fées...

 
    Lycie est une jeune adolescente presque comme tout le monde. En pleine crise d'identité, elle tente de dominer quotidiennement des accès de colère soudains et dont les conséquences sont souvent catastrophiques. La faute à Hachem, son camarade de classe farceur et probablement hyperactif, qui n'a de cesse de venir la titiller. Lycie souhaite plus que tout trouver une solution à ces explosions de rage qui la submergent et décide de répondre à une petite-annonce qui tombe à pic en proposant de venir en aide à ceux qui rencontrent des difficultés similaires. Il faut dire aussi que l'affaire est plus mystérieuse encore qu'on pourrait le croire : Lycie a remarqué que ces colères seraient liées aux phases de la lune, et elle a constaté sur ses bras une sombre pilosité, anormale même à l'adolescence. Serait-elle en train de se transformer en... loup-garou ? Elle découvre peu à peu qu'elle descend du Grand Méchant Loup des contes de fées et que les héritiers des Gentils cherchent à éradiquer les individus comme elle par le biais de petites annonces qui les attirent dans des pièges... Leur but ? Ôter leurs particularités aux descendants des Méchants pour en faire des êtres lisses et sans défense. La sempiternelle lutte entre les Bons et les Méchants des contes s'engage, mais dans le sens inverse... et avec son lot d'interrogations. Qui est vraiment bon ou méchant dans cette histoire ? Lycie doute plus que jamais de qui elle est et de ce qu'elle doit faire...
 
Blanche-Neige ? Une psychopathe !

"— Apprenez, jeune fille, que "Gentils" n'est qu'un nom que les vainqueurs se sont donnés. En retour, ils nous ont appelés "Méchants". Ils sont persuadés d'être parfaits et d'avoir droit de pourchasser ceux qui ne sont pas comme eux (...).
— Attendez : ça veut dire que Blanche-Neige et le Prince Charmant sont les vrais méchants de l'histoire ? Je m'en doutais ! C'est trop bizarre de parler aux oiseaux et de sourire tout le temps. C'est un truc de psychopathe!"
 
     Fabien Clavel nous sert ici un roman débordant de fantaisie et de surprises qui évite les codes éculés propres aux réécritures de contes de fées. En choisissant de renverser les rôles entre bons et méchants, il réussit à donner un coup de peps inédit à cet univers pourtant mille fois réinventé ( cf Les sœurs Grimm, Le pays des contes...). Cette audace est payante : elle permet à La revanche des Méchants de sortir son épingle du jeu et d'en faire une aventure à la fois rafraîchissante et pleine de sens. Pourquoi ? Parce qu'en mettant en scène des personnages imparfaits (de par l'âge ingrat de l'adolescence, les émotions envahissantes, les petits défauts de chacun...) hors-normes et hors-cases, l'auteur parvient à puiser dans ce manichéisme inversé des contes de fées leur droit à s'affranchir et à exister avec leurs différences.
 
"— Judith a parlé de magie, la dernière fois (...). J'imagine que c'est ça qui fait fonctionner les tapis volants et le fuseau. Mais comment ça marche vraiment ?
— Eh bien, si tu questionnes Gwenaël, il te répondra qu'il s'agit du système TGCM.
— TGCM ? Qu'est-ce que c'est que ça ?
— Ta Gueule C'est Magique. Il apprécie beaucoup cette blague." 
 
 
"Hachem et Lycie demeurent un moment immobiles, admirant les lieux.
— On dirait le début de Dowton Abbey, remarque Hachem.
Il précise presque aussitôt :
— C'est ma mère qui m'oblige à regarder avec elle.
— Bien sûr..."

    L'humour – omniprésent – permet de faire glisser le message avec légèreté, sans rendre l'ensemble pompeux ou moralisateur (loin de là!). La revanche des Méchants est une intrigue farfelue dans le fond comme dans la forme – jusqu'aux dialogues dans lesquels les protagonistes s'interpellent pour évoquer les Méchants et les Gentils avec une majuscule comme marqueur de l'archétype et non de simple qualificatif. Fabien Clavel s'amuse avec les codes et les clins d’œil : les chandeliers en forme de bras sortant des murs sont une référence évidente à l'adaptation de La Belle et la Bête par Cocteau, ou encore le repère des Méchants, qui est ici un château de pain d'épices... Sans oublier le jeu tordant des anachronismes (le miroir magique qui fonctionne comme une tablette, une trouvaille hilarante). On s'attache énormément aux deux personnages principaux et à la galerie de personnages secondaires issus de l'univers des contes de fées, de même qu'aux caractéristiques de chacun qui renvoient à leurs illustres ancêtres. Le roman s'achève sur une fin qui pourrait aussi bien clore l'histoire que tendre à une suite, aussi ne serait-on pas surpris de voir naitre une série si le succès venait à être au rendez-vous... (*fingers crossed*).
 
"Elle oblique dans un long couloir agrémenté de bras qui sortent des murs et tiennent des torches.
— Méfiez-vous de ceux-là, prévient la Méchante Sorcière. Dès qu'on a le dos tourné, ils font n'importe quoi.
Comme pour lui donner raison, Lycie en surprend deux occupés à jouer à ce qui se révèle être une partie de Pierre Feuille Ciseau, pendant que d'autres jonglent avec plusieurs torches." 
 
 
"Elle claque des doigts et les torches s'éteignent. Puis Liane va tirer sur le drap qui recouvre le Miroir magique. La glace s'allume à la manière d'un écran. Le mot "Loading" apparait dans un coin en rouge avec une barre de chargement.
— Je suis désolée, fait la Reine de Cœur, c'est un vieux modèle..."

En bref : En jouant avec les archétypes et en renversant la logique manichéenne des bons et des méchants (pardon, des Bons et des Méchants), Fabien Clavel opère le twist le plus enthousiasmant rencontré depuis longtemps dans un roman jeunesse inspiré de l'univers des contes de fées. Fantaisie, surprises et inclusion sont au rendez-vous de cette aventure aussi pétillante que rafraîchissante.
 
 
 
Un grand merci aux éditions Fleurus et à NetGalley pour cette lecture !
 

samedi 7 mai 2022

Un hiver en chapeau melon...

Promenade hivernale pour Steed, Purdey et Gambit (mais en sifflant).
 
 
    Voilà, voilà : le temps file et en digne lapin blanc, c'est (vraiment très) en retard que nous venons clôturer officiellement notre saison hivernale placée sous le signe des Avengers (the british ones, bien sûr). Malgré un travail conséquent de nombreuses missions top secrètes, nous avons trouvé le temps, comme nos héros, de faire quelques sorties théâtrales par ici ou d'aller trinquer au champagne par-là. Bref, le récap saisonnier est arrivé. Pour l'occasion, ce sont les ultimes partenaires de Steed, l'énergique Purdey et le dynamique Gambit, associés du gentleman au melon dans le spin-off des 70's The New Avengers, qui nous accompagnent...
 
Escapades
 
Une virée à moto avec Purdey ?

    Le travail et les études (n') aidant (pas), il est devenu difficile de s'offrir de vraies escapades au cours des deux dernières années. Mais prenant notre courage à deux mains (c'est dire si cela relève du tour de force, dans le planning qui est le nôtre), nous avons réussi à poser un weekend complet à Paris début janvier. Au programme ? Du théâtre avec Les producteurs de Mel Brooks mis en scène par Michalik puis Charlie et la chocolaterie au théâtre du gymnase. Nous avons complété ces réjouissantes soirées d'un peu de tourisme, avec une marche épique (sous la pluie) jusqu'au château de Champs-sur-Marne, dans lequel se préparait d'ailleurs le tournage de la future série Marie-Antoinette pour Canal +. 
 


 Champs-sur-Marne côté jardin...



Accessoires entreposés au château en attendant le tournage du Marie-Antoinette de Canal +.

    Il faisait froid, on avait faim, bref, toutes les occasions étaient bonnes pour aller exploser notre taux de glycémie dans le premier salon de thé venu (l'Angelina, parce que, hein, et pourquoi pas d'abord) ou dès qu'on croisait un Marks & Spencer sur notre route (c'est à dire de moins en moins, malheureusement, car tous semblent disparaître petit à petit de la capitale). Lustres, marbre, vaisselle de porcelaine et millefeuille : nous étions à deux doigts d'un syndrome de Stendhal...
 



    Chocolat onctueux et pâtisseries n'auront pas été de trop pour affronter les températures glaciales qui nous attendaient au terrier une fois de retour...
 



Bricoles et Fariboles
 
Do it yourself avec les New Avengers : cybernaute à encoller soi-même.
 
     Peu de temps pour bricoler cet hiver mais nécessité fait loi : les fêtes de Noël étaient aussi la saison du traditionnel colis pour Pouchky / Ficelle. Quel meilleur thème pour ce paquet hivernal 2021/2022 que nos chers Avengers eux-mêmes ? Dans une jolie boite revêtue de papier psychédélique comme seules en connaissaient les sixties, le roman A la recherche de Mrs Wynter (hommage pétillant à Chapeau melon & bottes de cuir que nous avons chroniqué l'été dernier), le comics The Avengers, Steed and Mrs Peel (auquel nous avons consacré un article cet hiver), et une petite trousse "Mrs Peel, we're needed" tout à fait dans le ton.
 

    Ah, et pour notre cousinette bien aimée (et probablement première des potterheads de l'histoire) que nous voyons malheureusement beaucoup trop peu : ce carnet et une carte joliment assortie.
 
 
 
Achats, cadeaux et acquisitions
 
Purdey en solde...

    Nous avons complètement oublié de faire la liste des livraisons du Père Noël dans l'article de clôture de nos fêtes hivernales ! Petite rétrospective, donc, pour partager avec vous les nombreux colis et présents arrivés par conduit de cheminée ou voie postale. Notre collègue chroniqueuse de la page Jane Austen lost in France a fait des folies avec ce coffret de Noël débordant de cadeaux : un ouvrage sur le dandysme, du thé, des marques-pages so british, des épices pour le cidre chaud, un magnifique calendrier "the reading woman" et un cahier de notes probablement volé dans une salle de cours de Poudlard. On est fan ! Merci, Jane Austen lost in France !





 
    De la part de Pouchky / Ficelle : un Agatha Raisin à ajouter à la collection, la traduction française d'un inédit de Shirley Jackson (*Ah, Shirley Jackson*), pour affronter le froid, des chaussettes à motifs polarisants (un avant-goût de notre Quai du polar lyonnais) et de jolies mitaines home made toutes douces. Pas de doute, Pouchky nous connait bien ! Idem avec ce cadeau de notre amie Fofo : le Peter Pan illustré par Mina Lima, enfin édité en France ; un petit bijou sur lequel on lorgnait depuis... probablement plus de dix ans ! Enfin, glissé par Mother Rabbit sous le sapin le soir du 24, ce réjouissant melting pot de bricoles et présents divers : un petit plateau à tête de lapin, du thé encore et encore, des serviettes tartan et le dernier essai de Lenoir consacré à Jung, pour quelques heures de lecture studieuse...

    De la part de la camarade Grenadine, nous avons reçu par courrier express en provenance du Pôle Nord cette adorable cuillère "Drink tea, read books, be happy" (autant dire que ça nous correspond tout à fait), ustensile des plus nécessaires que nous avons rangé avec deux autres outils on ne peut plus utiles ceux-là aussi : des emporte-pièces lapin et Fantômette (non, ce n'est pas "juste un masque", c'est celui de Fantômette, na).

 
     Enfin, ultimes acquisitions livresques de la saison, juste histoire de battre le record de la plus haute PAL de l'Hexagone : une bible des codes secrets (nécessaire quand on est un agent de sa Majesté, isn't it?), un livre Écrire son premier roman en dix minutes par jour (on y croit) et un passionnant essai, La vérité tue, sur les secrets de famille dans l’œuvre d'Agatha Christie. Du côté des beaux livres : ce magnifique album Dans les pas de Jane Austen, et une édition illustrée Art Déco visuellement époustouflante de Gatsby le magnifique.




Popotes et casseroles 
 
Tomate nucléaire à la mayonnaise à la table des New Avengers : vous en prendrez bien une part ?

     Peu de temps (là aussi) pour s'amuser aux fourneaux, une frustration compensée par quelques cadeaux gourmands et ravitaillements familiaux qui ont été les bienvenus pendant ces périodes d'intense bachotage d'investigations et d'aventures : des shortbreads à déguster avec un breakfast tea des plus british ou des tartelettes aux pommes généreusement saupoudrées de cannelle (parce que la cannelle, c'est la vie).

 
    Vous connaissez certainement notre passion pour les citrouilles et autres cousins du potiron : chaque année au Terrier, c'est la même chose, on ne peut s'empêcher de les décliner à toutes les sauces, quitte à faire et refaire à l'infini les mêmes plats (quand on aime...). Les traditionnelles lasagnes butternut, épinard et mozarella ou le désormais culte Mulligatwany ont enchanté nos repas hivernaux. Côté nouveautés, on a tenté et adoré cette tatin de butternut, cheddar et bacon.


      

 
Revue de presse :
 

    Petite anecdote (mais pas des moindres) pour conclure en beauté ce récap saisonnier : nous avons eu la chance d'apparaître dans le communiqué de presse du dernier ouvrage des éditions Baker Street. Entre Publisher's Weekly et Babelio, oui, oui, oui :-D
 
 
***
 
 
    C'est ainsi que nous clôturons cet hiver et une année entière rythmés par l'élégance des Avengers, à l'occasion des soixante ans de l'une de nos séries favorites. Mais, comme le dirait Mère-Grand lui-même à la fin de la saison 6 : "Ne vous inquiétez pas, ils reviendront bientôt". Car il y aura toujours une place pour Steed et ses fantastiques partenaires au Terrier. Et puis, à défaut de thé, il y aura toujours du champagne...
 

 Cheers !