samedi 26 mai 2018

Les sorcières du clan du Nord, vol.2 "La reine captive" - Irena Brignull

The Hawkweed Legacy, Weinstein books, 2017 - Editions Gallimard Jeunesse (trad. d'E.Casse-Castric), 2018.

  Alors qu'elle doit devenir reine des sorcières, Poppy s'est enfuie en Afrique, où elle est bientôt retenue prisonnière. L'amour de Leo pourra-t-il la libérer ? Sans blesser la douce Clarée, qui cherche sa voie dans sa nouvelle communauté ?

  Quand la réalité et la magie se mêlent, quand le passé rencontre le présent... Révélations, passion, dangers : retour au cœur d'une aventure fascinante.

Certaines histoires d'amour ne s'oublient pas.
Certaines amitiés résistent à la distance.
Et certains ennemis ne meurent jamais. 

***

  Souvenez-vous : en Octobre dernier, je vous présentais le premier volume du cycle Les Sorcières du Clan du Nord, premier roman de la scénariste britannique Irena Brignull et gros coup de cœur du blog. Si l'intrigue suivait une trame que l'on pouvait définir de très classique, ce choix sonnait davantage comme le plus beau des hommages aux tragédies shakespeariennes (avec leur lot de prophéties familiales, de trahisons, et de destinées implacables), relevé juste ce qu'il faut d'une puissante énergie contemporaine et de sentiments merveilleusement restitués.
  La fin du premier volume nous laissait dans l'attente de la suite que voilà, et qu'on espère à la hauteur du précédent tome...



  Nous retrouvons Poppy peu de temps après sa fuite du clan des sorcières du Nord. Tandis que ses sœurs l'attendent pour prendre la place qui lui revient sur le trône avant que les clans ennemis ne profitent de son absence pour attaquer, la jeune fille s'est envolée vers l'Afrique sous la forme d'une hirondelle. Là-bas, elle est rapidement retenue prisonnière par une sorcière locale qui prétend ainsi la protéger. Mais Poppy sent battre le cœur de Léo jusque dans la moindre fibre de son être et regrette amèrement d'avoir sacrifié leur amour en pensant ainsi lui sauver la vie, et est bien décidée à trouver la force de le rejoindre. Léo qui, de son côté, a tenté de se convaincre qu'une vie "ordinaire" pouvait se construire avec Clarée, laquelle s'émerveille chaque jour de vivre aux côtés de sa mère dans le monde normal. Mais Clarée sent que Léo, toujours éperdu d'un amour viscéral pour Poppy, s'éloigne lentement. Le garçon est bientôt approché par Charlock, la mère de Poppy, qui a dissimulé depuis des années une sombre histoire qu'il est désormais nécessaire de révéler, et qui concerne directement les origines de Léo... Très vite, les éléments se précipitent vers une nouvelle confrontation entre le monde des mortels et celui des sorcières qui se sont, par le passé, déjà rencontré et ont engendré leur lot de secrets, lesquels s'apprêtent à bouleverser les traditions du clan.


  On retrouve avec grand plaisir les protagonistes imaginés par Irena Brignull, ces personnages si forts avec lesquels le lecteur entre entièrement en symbiose tant l'écriture est évocatrice : sentiments et ressentiments, émotions et motivations ( même les plus sombres ), tout le prisme de l'âme humaine est là. On y voit, comme dans le premier tome, ces archétypes des grandes fresques dramatiques, où personne n'est totalement blanc ou noir mais où chaque personnage peut se laisser aller à commettre le meilleur comme le pire par amour, faiblesse, ou abnégation. Une histoire fantastique où les personnages sont encore une fois ce qu'il y a de plus humain...

  Si ce second tome est toujours porté par ce grand souffle romanesque, la construction est malheureusement plus cahoteuse : il y a beaucoup plus de péripéties et de retournements de situation que dans le premier opus, peut-être même trop, au point que les personnages semblent tergiverser sans discontinuer. Construit en grande partie autour de judicieux flash-back de l'adolescence de Charlock, ces retours en arrière s'alternent avec des scènes du temps présent où se jouent et s'enchainent trop d'intrigues, dont certaines sont trop survolées. L'introduction d'un jeune et ambitieux journaliste aux manigances plutôt douteuses et qui se sert de Clarée pour arriver à ses fins, par exemple, est tellement vite expédiée qu'elle sonne faux, perdue dans l’embrouillamini des autres scenarii. Dommage, car toutes les idées ne sont pas mauvaises en soi, mais auraient gagné à être mieux exploitées en deux tomes plutôt que toute condensées en un seul.


  Cependant, il faut reconnaître une issue très bien pensée par l'auteure. En effet, pour ceux qui se plaignaient du poids trop pressant du déterminisme dans le premier volume, Irena Brignull montre dans La reine captive que chacun peut d'affranchir du poids de la tradition et composer avec ce que sa culture lui a imposé comme étant "le" destin, pour faire le choix du libre-arbitre.

En bref: Un second opus qui brille toujours par l'écriture quasi-incantatoire d'Irena Brignull, mais qui s'égare peut-être un peu au milieu de ses trop nombreuses intrigues traitées à la fois. Reste une très belle fin, lumineuse et pleine d'espérance, qui clôt à merveille ce cycle de fantasy entre hommage classique et modernité.

Un grand merci aux éditions Gallimard Jeunesse.

Et pour aller plus loin...


dimanche 6 mai 2018

C'est une pastèque? - Pierre Charentus

Editions Margot, 2018.



  Vous vous demandez ce que peuvent bien se raconter Miranda le chameau et Jean-Michel l’oie lorsqu’ils se croisent ? Vous avez toujours rêvé d’assister à la rencontre entre Zorro et un type déguisé en le mont Blanc ? Alors ce livre est fait pour vous ! 

  Interrogations existentielles, discussions autour du pâté végétal, tranches de vie et aventures épiques... Plongez les yeux fermés dans ce bain d’humour et de poésie !



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  Voilà un bien étrange ouvrage! Un titre on ne peut plus bizarre, une couverture atypique, et un résumé qui laisse présager quelque chose de totalement barré. Pourtant, l'auteur Pierre Charentus est loin d'être un imposteur : après avoir étudié l'illustration à l'école Pivaut de Nantes, il a participé à mettre en images deux livres collectifs sur Brel et Brassens déjà parus aux éditions Margot.

  Pour sa première BD, ne vous attendez pas à une trame ou une quelconque histoire : jamais le terme de sketch (qu'on utilise en français pour parler d'une scénette humoristique mais qui signifie en anglais  "esquisse") n'aura aussi bien convenu à cette enfilades de mini dialogues complètement perchés, comme gribouillés par un enfant.


  Miranda, Jean-Michel, Bebert, John Borris... une folle galerie de personnages dont certains animaux humanoïdes, qui se croisent dans les situations les plus cocasses, voire totalement incongrues, faisant émerger des discussions où le non-sens est roi. Ou pas. Car derrière la futilité souvent hilarante de certaines page se dessine parfois une vision sur la société ou sur le simple principe de la divergence de points de vue. Mais cette prise de conscience est tellement fugace qu'on se demande parfois si on intellectualise trop ce qu'on lit ou si ce livre relève du génie.


  Alors on cesse de réfléchir et on continue la lecture... avec plaisir.

 (cliquez sur les images pour les voir en grand)


En bref: Un véritable OVNI qui peut laisser ses lecteurs perplexes devant le non-sens omniprésent de ses historiettes... Si les avis seront probablement mitigés, il faut néanmoins jeter un oeil (voir deux) sur ces dialogues hilarants et pleins de fraîcheur.


Un grand merci aux éditions Margot et à L&P Conseils pour cette lecture.

samedi 5 mai 2018

Les soeurs de Fall River - Sarah Schmidt

See what I've done, Hachette, Tinder Press, 2017 - Éditions Rivages (trad. de M.Bach), 2018.

  « J’ai regardé Père. Touché sa main en sang… » Le 4 août 1892, à Fall River (Massachussetts), Lizzie Borden découvre son père et sa belle-mère sauvagement assassinés. Très vite, son attitude oriente les soupçons. Sa fragilité la rend-elle coupable pour autant ? Et comment une telle violence a-t-elle pu surgir dans une ville si paisible ? D’après une histoire vraie, Sarah Schmidt a fait un roman fascinant, réinventant l’un des crimes les plus célèbres d’Amérique. Elle plonge dans les secrets d’une famille, mettant à nu la relation bouleversante de deux sœurs, Lizzie et Emma, leur besoin d’indépendance aux prises avec les carcans de l’époque. Au-delà du fait divers, ce conte hypnotique lève le voile sur la part d’ombre de chacun.

Sarah Schmidt vit à Melbourne, où elle travaille dans une bibliothèque. Devenu un best-seller dans plusieurs pays, Les Sœurs de Fall River est en cours d’adaptation pour le cinéma et la télévision.

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  Nous sommes 1892, dans la petite bourgade de Fall River, perdue dans le fin fond du Massachussetts. Cette matinée caniculaire du 4 Août marque le début d'une nouvelle journée "ordinaire" dans la maison des Borden : le père rentre du travail et va faire une sieste dans le salon, son épouse et belle-mère des enfants prépare la chambre d'ami pour la visite du beau-frère de son époux, L'aînée de 42 ans Emma s'offre quelques jours chez une amie, la cadette de 32 ans Lizzie ère comme un fantôme dans la maison, et Bridget la gouvernante irlandaise se repose après sa besogne épuisante. Puis voilà que Lizzie hurle : elle vient de trouver son père assassiné à coup de hache, à même le canapé du salon. Quelques heures plus tard, alors que la police et le médecin de la ville arrivent sur les lieux, c'est Mrs Borden qu'on retrouve dans un bain de sang à l'étage. Emma, dévouée et toujours sérieuse, revient de son voyage pour prendre la fragile Lizzie sous son aile, bien qu'une question persiste : alors que toute la demeure des Borden était verrouillée de l'intérieur, comment un assassin a-t-il pu entrer pour commettre ces méfaits?... Ou alors, qui à l'intérieur de la maison a commis de meurtre...? La police inculpe Lizzie, qui entre dès lors dans la légende...

L'angoissant trailer diffusé pour la sortie du roman en VO

  ... Car ce sanglant mais véridique fait-divers, qui a défrayé la chronique aux Etats-Unis, est resté profondément ancré dans la culture populaire américaine. Comme toutes les grandes affaires criminelles historiques qui suscitent encore aujourd'hui la curiosité des spécialistes comme des amateurs, l'histoire de Lizzie Borden a fait couler beaucoup d'encre et on spécule encore sur le mobile de la jeune femme, qui fut finalement acquittée au bout d'un an de procès avant de mener une vie tumultueuse et on ne peut plus mystérieuse. Ce qui scandalisa tout le pays lors de sa libération, c'est que rien, pourtant, ne penchait en sa faveur, si ce ne sont les jurés qui semblaient croire "une jeune femme incapable de telles horreurs". 

 Couvertures des éditions en VO.

  Après deux longs-métrages (dont un dans les années 70 avec Elisabeth "Ma Sorcière Bien Aimée" Montgomery, qui n'était autre qu'une descendante de Lizzie Borden!), une série télévisée, et plusieurs ouvrages documentaires, biographiques, ou fictionnels, Sarah Schmidt en fait le thème de son premier roman. Et quel premier roman! L'auteure australienne signe ici un pur bijou de littérature. Si elle suit méticuleusement les faits historiques et rapportés par l'enquête menée en 1892, elle leur insuffle un souffle inédit, un nouvel éclairage romanesque, et une narration on ne peut plus audacieuse.

Emma et Lizzie Borden

  En effet, Sarah Schmidt nous raconte cette tragique journée du 4 Août 1892 ainsi que les quelques jours qui l'entourent via les récits de Lizzie, Bridget, et Emma, qui se succèdent, s'alternent et s'entremêlent. En partant de la découverte du corps par Lizzie, puis en nous faisant faire au départ de cette "heure zéro" des bonds quelques temps avant ou après au gré de cette macabre polyphonie, l'auteure permet au lecteur, lentement mais sûrement, de relier entre eux les différents éléments qui émergent de chaque discours.

  Les personnages se racontent et son racontés avec un réalisme criant de vérité que vient renforcer la narration à la première personne. Lizzie, celle étrange femme-enfant orgueilleuse et cleptomane qui ère tel un spectre dans les couloirs de la vaste demeure familiale, Emma, la sœur aînée qui alterne entre l'amour maternel à l'égard de sa cadette et la haine de devoir éternellement tout sacrifier pour elle, et Bridget, yeux et oreilles de la maison et dont la position de domestique permet de poser le regard peut-être le plus juste sur cette étrange famille.

 La famille Borden à l'époque de l'enfance des sœurs.

  Car au-delà du fait-divers à l'origine du roman, c'est avant-tout une histoire de famille que nous sert Sarah Schmidt. Elle nous la relate dans ce qu'elle peut avoir de plus ambigu, de plus malsain, et ce en instaurant une ambiance lourde, étouffante, voire même par moment répugnante. L'ambivalence réside jusqu'au style tellement propre, parfois même élégant, avec lequel elle nous raconte les miasmes des différents membre de la famille Borden, soumis sans aucune intimités aux effluves que laissent les uns et les autres dans leur sillage. Prisonniers avec eux de cette demeure toujours verrouillée, sous la chape de plomb de cet été caniculaire, et voilà que l'on sent presque la nausée poindre tandis que, sous la plume suggestive de l'auteure, l'on pense parfois déceler quelque ignoble secret de famille. La maison Borden devient, comme hantée par ses propres occupants, l'objet symptôme d'un mal qui ronge de l'intérieur...

En bref: En partant d'un célèbre fait-divers criminel, Sarah Schimdt offre une interprétation romanesque inédite dans sa construction et sa narration, mais en même temps profondément véridique dans l'expression des passions ou des sentiments de répulsion mêlés. En articulant son récit polyphonique à la façon d'une pièce dramatique (unité de lieu, de temps, et d'action - à peine complétée d'un petit saut de dix ans dans le futur) que recouperait une intrigue policière, elle signe un huis clos familial macabre, intime et dérangeant mais réellement brillant qu'on ne lâche qu'une fois achevé. Un petit bijou de noirceur qui n'est pas sans évoqué Shirley Jackson et son Nous avons toujours habité le château, à découvrir d'urgence.

 La maison des Borden... reconvertie en Bed & Breakfast pour tourisme horrifique!

Et pour aller plus loin:

jeudi 26 avril 2018

Un hiver résolument émilien...

Pedro Pan Rabbit et la divine Emilie, ou luge sur la Blaise gelée.

  
  Voilà le billet de blabla saisonnier retardataire coutumier! C'est que pour clore officiellement l'hiver, nous avons attendu ici que nous quittent définitivement les températures hivernales... pour passer directement à l'été (puisque nous voulions du soleil, nous somme servis, et nos pauvre thermomètres ne sont pas loin d'exploser). Petit récapitulatif de cette hiver 2017/2018, résolument émilien.

 Image de Pascale Debert pour sa conférence sur Émilie.

  Pourquoi émilien? Parce qu'il y a eu la sortie tant attendue du livre de Pascale Debert, Emilie du Châtelet, philosophe des Lumières, sortie marquée quelques semaines plus tôt par une conférence de l'auteure sur la divine marquise : Emilie du Châtelet, une marquise avant-gardiste! Quelle joie de rencontrer enfin cette grande spécialiste du XVIIIème siècle et chroniqueuse du pétillant blog historique Histoires Galantes! Pour marquer l'occasion, j'avais emmené avec moi un petit flacon de Parfait Amour maison en cadeau : un présent lourd de sens lorsqu'on sait qu'il s'agissait de l'une des boissons préférées d'Emilie..


Visites érudites et promenades givrées:

  Pour persévérer dans la docte atmosphère des Lumières, j'ai continué de creuser le sujet des sciences et techniques made in XVIIIème siècle en faisant un tour par Paris et son très beau musée des Arts et Métiers : s'il on regrette le manque d'explications sur les objets exposés, on en prend quand même plein les yeux. Des sphères armillaires au laboratoire de l'Abbé Nollet puis des Lavoisier en passant par les premières machines à calculer, c'était un petit voyage dans le temps de l'érudition et des techniques de Jadis. Avant de partir, je n'ai pas oublié de faire un détour par la machine volante qui plane dangereusement au-dessus du grand escalier et de jeter un œil au pendule de Foucault qui continue d'osciller mystérieusement depuis déjà quelques années.


  Après les sciences, les curiosités : direction le Musée de la Chasse et de la Nature (!) car, oui, derrière son nom si peu sexy se cache un lieu digne du cabinet d'étrangetés. Entre les animaux naturalisés et les armes exposées, c'est une atmosphère fantastique et mystérieuse qui habite cet ancien hôtel particulier du XVIIème siècle. Outre leur superbe papier peint totalement improbable (ces adorables bambis décapités feraient merveille dans un récit de Stephen King...) et ses galeries de portraits capiteuses dignes du Phantom Manor de Disneyland, il y avait une exposition de Sophie Calle délicieusement dérangeante, et ce même si l'on ne comprenait pas toujours où elle voulait en venir (mais j'ai adoré le cerf déguisé en petit chaperon rouge ^^'). 

Hum... curious and curiouser...




  Ajoutons à cela un petit tour chez les ducs de Lorraine (Nancy), puis un dernier weekend hivernal sous une épaisse couche de neige (il aurait été dommage de passer au printemps sans une vraie et belle chute de flocons!), et la saison était faite (enfin! Adieu froid, givre, humidité...).





Popotes et casseroles:

  Moins d'essais culinaires exceptionnels et de nouveautés que d'habitude, par manque de temps. Ceci dit, on ajoutera au cahier de recettes du Terrier ce crumble de potiron plutôt convainquant et les courges Délicatas farcies au risotto, sans omettre le velouté de Butternut à la poudre d'amande (c'est fou qu'après tant d'années à réinventer les cucurbitacées on trouve encore des recettes inédites! :-D ). Dans les mêmes couleurs, n'oublions pas une réconfortante purée de patates douces, cuisinée par kilos (oui, parce que c'est comme son nom, la patate douce, c'est réconfortant, donc il en faut plein en hiver). Côté poissons, à part les habituelles papillotes, on a essayé la quiche au saumon, histoire d'oublier une horrible quiche au saumon de cantine et pour ne pas rester sur un mauvais souvenir. Conclusion : c'est toujours mieux quand c'est fait maison, mais ça on le savait! Enfin, pour le sucré, nous avons préparé par dizaine des pots de cotignac, une confiture issue des cuisines de la divine Emilie dont je vous parlerai plus avant dans une prochaine gourmandise littéraire!





Bricoles et fariboles... ou pas... ou bien...

    Peu ou pas de temps, en effet, pour s'atteler à de quelconques bricolages ou créations manuelles. Je suis en effet tout occupé à un projet professionnel culturel/historique qui me prend tout mon temps depuis quelques mois (dont de nombreuses heures en nocturne sur l'ordinateur, parce que ces maudites journées n'ont pas assez d'heures et qu'il y a des échéances à respecter...). Pour autant, la créativité n'a pas été mise de côté, loin de là, car il y a beaucoup de créations informatiques! Je ne vous en dis pas plus maintenant mais dévoile quelques visuels (et en plus il y a ENCORE Emilie! ;) ).

 Emilie du Châtelet fashion victim, Voltaire gagnant du loto, et Louise Michel Wonder Woman...

Acquisitions livresques:

  Pas le temps de lire, mais on compense en achetant à profusion. Si ma boulimie acheteuse livresque est le signe d'un trouble ou d'un manque émotionnel, je pense être bon pour quelques séances chez le psy...


  Des carnets illustrés de Benjamin Lacombe, un ouvrage sur la Comtesse de Simiane (petite nièce d'Emilie... voui, voui, encore), la suite de Petits meurtres à Mangle Street, La BD Mauvais Genre, adaptée de la Garçonne et l'assassin, un roman de la délicieusement british Willa Marsh, la biographie rééditée d'Emily Bronte, le roman Shirley de sa sœur Charlotte, L'amusante et inattendue BD C'est une pastèque, le comics Bandette (américain mais qui puise son inspiration dans les récits d'aventures franco-belges... et une héroïne qui ressemble beaucoup à notre Fantômette nationale!), la suite des Sorcières du Clan du Nord, le roman à paraître La maison en partenariat avec l'éditeur, et, pour retourner dans le XVIIIème, Deux hommes de bien, d'A.P.Reverte.

  Eh bien oui, quoi, on ne sait jamais si on ne pas être à court à un moment donné...

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  Voilà pour cet hiver émilien! Avec le printemps arrivent doucement les échéances de fin d'année scolaire, et on se sent déjà dans la dernière ligne droite. Malgré le gros projet en cours, j'ai quelques lectures qui attendent leur chronique et le blog ne sera pas abandonné, même si les publications se feront peut-être un peu en pointillés d'ici Juillet. Je viendrai vous rendre compte des résultats au prochain article saisonnier... D'ici là profitez bien du printemps et des premières lectures au soleil!


mercredi 4 avril 2018

Un assassin de première classe (Les enquêtes trépidantes du club Wells & Wong #3) - Robin Stevens

First Class Murder (Wells & Wong #3), Corgi, 2015 - Editions Flammarion Jeunesse (trad. de Faustina Fiore), 2018.


«Nous étions au milieu du wagon, trop loin de la porte pour partir en courant. Nous devions nous cacher, sinon ils nous surprendraient! Nous n’avions pas le choix. J’ai plongé sous la nappe et Daisy s’est enfoncée près de moi comme un lapin dans un terrier.»

Hazel et Daisy partent en vacances à bord de l’Orient-Express avec M. Wong. Une seule interdiction : jouer les détectives.
Alors qu’un espion se cache dans le train, une riche héritière est assassinée dans une cabine verrouillée de l’intérieur. Le club de détectives est obligé de reprendre du service! Attention, elles ne sont pas les seules sur l’affaire...


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  Après Un coupable presque parfait et De l'arsenic pour le goûter, on retrouve avec plaisir Daisy Wells et Hazel Wong, les deux collégiennes anglaises férues de mystères et d'affaires criminelles, pour un voyage à bord de... l'Orient-Express



  Après les tragiques événements du second tome, Mr Wong, le richissime père d'Hazel, propose d'emmener les deux jeunes filles en voyage à bord de l'Orient Express pour un tour de l'Europe. S'il souhaite leur changer les idées, il espère surtout les tenir éloignées de toute forme d'énigmes et d'affaires mystérieuses, encourageant Hazel à servir d'exemple à l'impétueuse Daisy. S'il savait à quel point sa fille, même lorsqu'un meurtre fait ressurgir les côtés les plus timorés de sa personnalité, aime désormais mener l'enquête autant que son amie! Et quel meilleur cadre pour un crime que ce train luxueux, véritable huis-clos doré sur rails? A peines embarquées, les deux adolescentes reconnaissent leur ancienne préceptrice -accessoirement espionne au service secret de sa Majesté- sous une nouvelle identité, et font connaissance d'un couple people , Mr et Mrs Daunt, autour duquel tourne un essaim de personnes plus ou moins recommandables : une gouvernante peu amène, un frère fauché comme les blés et auteur de romans policiers à la petite semaine, une voyante un peu perchée, une comtesse russe qui les accuse du vol de son collier, et un magicien de renom. Alors lorsqu'on retrouve Mrs Daunt assassinée dans son compartiment, le club de détective Wells et Wong décide de reprendre du service! Parviendront-elles à mener l'enquête sans éveiller les soupçons de Mr Wong?... Pour cela, peut-être pourront-elles compter sur l'aide d'Alexander, le charmant petit-fils de la comtesse, lui-même détective amateur...


  Quel régal de retrouver notre pétillant duo de petites détectives! Si l'univers de Robin Stevens est un hommage assumé à Agatha Christie, ce tome est bien évidemment un clin d’œil appuyé au célèbre Crime de l'Orient-Express, l'un plus célèbres romans de la grande dame du crime. Si j'ai craint au départ que l'intrigue de Stevens ne ressemble trop à celle d'A.Christie, la poursuite de son histoire s'en détache totalement. En effet, elle y sème tout d'abord quelques références (Daisy lit le roman pendant le voyage puis s'en sert à un moment donné comme source d'informations), mais on finit par oublier totalement le Crime de l'Orient-Express. Robin Stevens aura sans doute anticiper ces mêmes craintes chez ses lecteurs puisqu'elle glisse dans son histoire un personnage d'auteur raté qui est justement en train d'écrire un roman policier qu'il plagie sans honte aucune sur le roman d'A.Christie! Si ça n'est pas de la mise en abyme...


  L'intrigue est comme toujours très bien conçue et Robin Stevens construit parallèlement deux mystères qui se chevauchent : le meurtre de Mrs Daunt et la présence d'un espion ennemi dans le train. Entre les nombreux suspects hauts en couleurs et les pièges qu'elle sème à l'attention de ses deux enquêtrices comme de ses lecteurs, l'auteure nous offre un passionnant jeu de piste, un whodunit classieux et fouillé. Comme dans ces deux précédents ouvrages, elle ne sous-estime pas son lectorat en proposant un polar trop léger mais sert un scénario qui a tout des grands mystères littéraires. Aussi, pour ne pas choquer ni trop alourdir son roman, elle ne cesse de faire des allers et retours entre les éléments purement policiers et le regard distancé que posent dessus nos deux jeunes héroïnes, entre humour et perspicacité.

En bref: Un nouveau whodunit réussi made in Wells & Wong! Dans cet hommage au Crime de l'Orient Express, Robin Stevens construit une intrigue entre référence et originalité toujours impeccablement bien conçue. On attend avec impatience le prochain tome de cette série génialissime!

Un grand merci aux éditions Flammarion pour cette lecture!