lundi 22 janvier 2018

Grease, la comédie musicale de Jim Jacobs et Warren Casey à Mogador.


Livret et musique : Jim Jacobs et Warren Casey
Mise en scène : Véronique Bandelier, Martin Michel, et Tim Van Der Stratten

Au théâtre Mogador du 17 septembre 2017 au 31 mars 2018.

  L’histoire se déroule en 1959 à la Rydell High School, dans la banlieue de Chicago, sur fond de musique rock. Sandy Dumbrowski, une nouvelle élève, intègre le lycée. A sa grande surprise, elle y retrouve son amour d’été, Danny Zuko, chef du gang des T-Birds. Si elle est heureuse de le revoir, lui se préoccupe plus de sa popularité et de son image de chef de bande que des sentiments de Sandy. Aidée par les Pink Ladies, Sandy va finir par s’imposer dans ce jeu d’amour et de hasard.

***

  Très honnêtement, je ne pensais pas aller voir Grease sur scène. Tout juste remis de l'annulation du Fantôme de l'Opera suite à l'incendie survenu en septembre 2016 à Mogador, j'étais prêt à boycotter le spectacle. Et puis, aussi, si j'ai pu voir le film avec John Travolta il y a looongtemps -ou peut-être seulement des extraits? ou était-ce sa suite ? (oui, il en existe une, avec Michelle Pfeiffer...)- je n'en garde quasiment aucun souvenir, en plus de n'avoir jamais été séduit par l'univers de cette comédie musicale.
  Et puis... et puis ayant de plus en plus envie de consommer du musical dès que je sors d'en prendre, je me suis dit, lorsque le rideau de la famille Addams s'est refermé, que ce n'était peut-être pas une si mauvaise idée que d'y aller. Tout d'abord, ne serait-ce que pour la scénographie, toujours impressionnante, ensuite parce que j'étais curieux d'y retrouver deux anciens artistes déjà croisés sur scène ou sur les écrans ( Alexis Loizon, qui interprétait Gaston dans La Belle et la Bête à Mogador, et qui jouait un second rôle dans le film Disney de 2017, et Nicolas "Alexander Wood" Motet, ancien Oliver Twist que j'étais allé voir l'an dernier sur la scène salle Gaveau). Puis les années 50, la brillantine, les coupés rutilants, les diners et les drive-in ont fini par avoir raison de moi...


  Petit retour en arrière? Avant d'être le très célèbre film avec John Travolta et Olivia Newton-John que tout le monde connait, Grease était bien une comédie musicale montée sur scène à Chicago puis Brodway en 1972. Le succès de l'époque fut tel que le spectacle fut nominé plusieurs fois aux Toni Awards, reconduit puis décliné au cinéma et dans de nombreux pays. Une première adaptation française avait été mise en scène en 2008 sur la scène du Comedia avec Cécilia Carra dans le rôle de Sandy.

  Cette fois, c'est donc le charismatique Alexis Loizon qui endosse le blouson de cuir de Danny et Alizée Lalande qui joue le rôle de Sandy. Tous deux se réapproprient les rôles de manière convaincante, à mi-chemin entre hommage et réinterprétation. Alexis Loizon, sans imiter son prédécesseur, s'amuse cependant à pasticher avec humour sa gestuelle tout en surjouant de temps à autre l'accent américain quand son personnage fanfaronne (ce qui nous donne des "Sêêêêêndy" hilarants déclamés avec emphase lorsqu'il s'adresse à sa partenaire). Alizée Lalande rend son personnage moins niais que dans l'original : ici elle parait seulement "sage" et beaucoup plus crédible en jeune fille comme il faut qu'Olivia Newton-John en ingénue. Ceci dit, bien que les deux comédiens aient leur jeu bien à eux, et sans compter sur le seul effet des costumes, j'avoue avoir parfois cligné des yeux avec surprise tant ils ressemblaient à Travolta/Newton-John sous certains éclairages, en particulier Alexis Loizon. L'effet était sidérant!

Vous la voyez, quand-même, la ressemblance...?

  Les rôles secondaires sont également très bien tenus, en particulier les filles de la bande des Pink, Rizzo en tête, ici interprétée par la très présente Emmanuelle Nzuzi, métisse à la voix aussi forte que le piment qu'elle donne au rôle autrefois tenu par Stockard Channing (mais oui, la tante Frances des Ensorceleuses!). Parmi ses comparses, notons Frenchy et Jan qui marquent particulièrement les esprits (surtout la première, au cours d'un chant totalement second degré et inattendu où elle danse avec un drôle d'ange de la gomina... oui, oui...). Les garçons de la bande des T-Birds sont bien, mais alors bien lourds, mais puisque cela tient aux personnages et qu'ils sont crédibles dans leur interprétation de machos gominés, c'est sans doute que c'est réussi!
  Deux rôles, certes de faire-valoir, mais néanmoins très présents : la directrice Miss Lynch et son élève fayot Eugène (le pauvre accumule quand même quelques tristes clichés...), tous deux chargés des intermèdes scéniques au rythme des annonces hurlées au micro du lycée, qui s'égrainent du début à la fin du spectacle (mais probablement pour faire oublier que, sans ces interventions totalement facultatives, le tout ne durerait qu'une petite heure et quart, me fit remarquer l'amie qui m'accompagnait...). Reste que leurs personnages ridicules nous amusent bien quand même, surtout que les deux comédiens se sont permis quelques notes d'improvisation reconnaissables à leurs fou-rires incontrôlés et communicatifs.

Miss Lynch et Eugène.

  Parmi les nombreux points positifs du show, il faut louer le visuel. Comme toujours, Mogador fait les choses en grand : les décors, toujours très ingénieux, explosent de couleurs flashy qui rappellent la palette technicolor des années 50, tandis que les formes évoquent les lignes et courbes d'un bon vieux juke box avec en son centre, le tourne-disque qui fait pivoter les comédiens. Aucun doute, ça plus les costumes travaillés dans les moindres détails, et on replonge soixante ans en arrière!


  Les chansons sont très entrainantes, cela ne fait aucun doute. Je ne me souvenais d'aucune du film, si ce ne sont celles encore régulièrement diffusées à la radio (Summer Night et the one that I want) et une troisième admirablement reprise par Olive Snook dans Pushing Daisies ( Hopelessly devoted to you). L'excellente idée était ici de conserver les textes anglais pour certains chants, en particulier les plus connus : idée très pertinente pour la célèbre chanson de clôture ainsi que pour la très dynamique chanson d'introduction. Certaines ont bénéficié d'un mélange des deux, comme c'est le cas pour Summer Night, pour laquelle on passe de l'anglais au français du refrain aux couplets... mouais, bof, l'effet ne m'a qu'à moitié convaincu, mais peut-être un peu plus que la traduction intégrale de Hopelessly devoted to you, qui devient Je ne peux me passer de nous (Oui, je vous ai dit que c'était l'une des seules que je connais, donc j'ai le droit d'être tatillon!). Ne pas oublier un des points forts musicaux : la présence d'un orchestre (ce qui m'avait manqué dans la Famille Addams!) qui plus est intégré de manière très pertinente sur la scène et associé directement à l'histoire.

 Medley du spectacle, filmé lors de la présentation à la presse (ci-dessus)
...et la prestation d'Olive Snook, pour le plaisir!


  Mais SURTOUT, ce qu'il faut absolument applaudir car moi-même j'en suis resté baba du début à la fin, c'est l'énergie déployée sur scène : les danses, les chorégraphies, et tout cela sur un rythme et une synchronisation quasi-millimétrée (et sans cesser de chanter, s'il vous plait! Est-ce qu'on cache une pompe dans les coulisses pour les regonfler?!). Les annonces du musical vantaient "Une énergie dingue", eh bien ce n'est pas mensonger, plus encore : c'est même en dessous de la vérité. Rien que pour ça, Grease est à voir!




  ... Oui parce qu'il faut bien admettre que s'il n'y avait pas la qualité des décors, des costumes, des voix, et de la danse, il ne faudrait pas tabler sur l'intrigue pour justifier du déplacement. Les personnages sont quand même archi-stéréotypés, et si le thème de l'histoire est la difficulté de s'accepter à l'adolescence, l'issue du musical prône quand même de préférer le dévergondage à la fidélité à soi-même. Il parait que la toute première mouture du spectacle de 1972 était beaucoup plus machiste et choquante, d'où une légèreté plus mesurée dans les versions montées depuis... les valeurs du scénar' restent malgré tout toutes relatives, mais c'était une autre époque, et c'est peut-être aussi ce qui fait le côté culte du show - sans dire que cela n'enlève évidemment rien aux prestations des comédiens ;)


En bref: Un spectacle à voir pour l'énergie déployée sur scène et le vintage craquant du show. Qu'on aime ou pas le film avec Travolta, on se laissera entraîner par le dynamisme du spectacle à coup sûr!

6 commentaires:

  1. Hou! Soooo vintage!
    Comme toi je pense que le francais n'est pas toujours une bonne idée pour un musical anglo saxon. Mais j'adorerais voir ce spectacle.

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    1. Le plus drôle, c'était les écrans avec les sur-titres anglais pour le public étranger : Le texte restait écrit en anglais même pour les passages chantés en anglais, la logique aurait voulu qu'on les mette en français pour le public français non bilingue, non? Ou alors c'était un karaoke et personne n'a compris...
      Ah, oui, coté vintage, j'en ai eu pour mon argent ! :D

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  3. Ficelle for ever26 janvier 2018 à 05:28

    Le jour où on joue Grease en Karaoke, façon Rocky Horror, tu m'appelles!

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  4. Oh ! Ca me plairait bien de voir cette comédie musicale même si je pense que j'aurais du mal à m'enlever de la tête le film dont je suis totalement fan et que j'ai regardé un nombre incalculable de fois avec ma maman.

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  5. L'amie avec qui je suis allé voir le spectacle, aussi celle qui m'a initié aux comedies musicales à l'américaine ou à l'anglaise ( les seules, les vraies!), m'a dit un jour " tu verras qu'entre le film et la version comédie musicale, tu découvriras que tu préfères la comédie musicale". Elle avait cent fois raison! D'abord parce que la plupart des films en questions sont tirés de comedies musicales scéniques, justement, et que d'un coup, la version spectacle semble de par son rythme et sa construction tellement évidente (alors qu'on realise à tel point cela sied mal à un film), et puis tout le coté direct : Tout est joué en live, tous les dialogues et les chants sont récités d'une traite sur scène, et es changements de décor...
    Je crois que je réagis à ces spectacles comme ob devait réagir aux debuts du cinématographe, à l'époque où les effets spéciaux de bric et de broc faisaient battre le coeur des spectateurs, tenus en haleine devant de tels prodiges. Ce que les effets spéciaux actuels ne suscitent plus du tout... À une comédie musicale, j'ai la chair de poule et je danse intérieurement pendant trois heures :D

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