samedi 15 novembre 2014

Le treizième conte - Diane Setterfield.

The thirteenth tale, Atria Books, 2006 - Éditions Plon (traduction de Claude et Jean Demanuelli), 2006 - Éditions France-Loisirs, 2006 - Éditions Pocket, 2007, 2008, 2011.

  Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l'écart du monde, s'est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd'hui âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l'extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à sa biographe Margaret Lea est une injonction : elle l'invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l'imaginaire ; et elle ne croit pas au récit de Vida. Les deux femmes confrontent les fantômes qui participent de leur histoire et qui vont les aider à cerner leur propre vérité. 

  Dans la veine du célèbre Rebecca de Daphné Du Maurier, ce roman mystérieux et envoûtant est à la fois un conte gothique où il est question de maisons hantées et de sœurs jumelles au destin funeste, et une ode à la magie des livres.

   Diane Setterfield, spécialiste d'André Gide, vit à Harrogate (Yorkshire). Le Treizième Conte, son premier roman, vendu dans 34 pays, est devenu d'emblée un best-seller, en particulier aux Etats-Unis où il est entré n° 1 sur la liste du New York Times.

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"Les mots ont un étrange pouvoir. Entre des mains expertes, manipulés avec adresse, ils vous retiennent prisonnier. S'enroulent autour de vos membre comme une toile d'araignée, et quand vous êtes ensorcelés au point de ne plus pouvoir faire un geste, ils vous transpercent la peau, s'infiltrent dans votre sang, paralysent vos pensées. Au dedans de vous, ils accomplissent leur magie."

  Ultime chronique de la petite sélection halloweenesque de cette année, à laquelle je tenais absolument -même tardivement- à ajouter cet ouvrage après ma relecture. Découvert il y a de cela environ 6 ans, ce roman, maintes fois évoqué par delà ce blog, reste à mes yeux LE livre, LA théière d'or, LE coup de cœur, inégalable et indétrônable.

Couvertures des éditions espagnole, indonésienne, et anglaise.

"Une naissance n'est pas vraiment un début. Notre vie à son commencement ne nous appartient pas réellement, elle n'est que la continuité de l'histoire de quelqu'un d'autre."

  Margaret Lea, jeune femme solitaire et secrète, partage son quotidien entre la librairie familiale et ses écrits biographiques posthumes d'hommes de lettres renommés. Aussi quelle n'est pas sa surprise lorsque l'auteure la plus célèbre de Grande Bretagne, Vida Winter, l'envoie chercher pour rédiger ses mémoires. D'autant qu'à chaque interview qu'elle ait donnée précédemment, l'écrivaine s'inventait une toute nouvelle vie, laissant planer un épais brouillard sur son existence. Quel but vise-t-elle aujourd'hui? Un coup de publicité? Vida Winter n'en a pas besoin : Best-Seller depuis 60 ans, la mystérieuse femme préfère éviter les foules et vit d'ailleurs recluse dans un austère manoir anglais. Mue par une étrange curiosité et un appel presque viscéral, Margaret cède et, comme sous l'effet d'un sortilège, rejoint Vida Winter. Là, la femme en réalité à l'article de la mort a décidé de confier la vérité. La vérité et ce conte inédit, ultime histoire manquante à son plus célèbre recueil de nouvelles : 13 contes de la métamorphose et du désespoir, qui ne comptait que douze récits. Ce conte, c'est le sien, celui de sa naissance, de sa vie, et de sa mort. Un conte oppressant et capiteux au croisement de manoirs victoriens, de jumelles criminelles et de monstrueux secrets de famille ; une histoire de fantômes qui la hante depuis bien trop longtemps.

 Pièces oppressantes, manoir à l'abandon et brumes anglaises... toute l’atmosphère du Treizième conte est là!

"Les vies humaines ne sont pas des bouts de ficelle que l'on peut démêler d'un nœud d'autres bouts semblables pour les tendre bien droit. La famille est une toile d'araignée. Impossible d'en toucher une partie sans en faire vibrer la totalité."

  Le Treizième conte est une toile d'araignée dans laquelle le lecteur féru de littérature à l'anglaise et de classiques gothiques se laisse capturer comme une mouche. Diane Setterfield, que l'on ne peut qu'assimiler à son personnage de Vida Winter, nous happe dans une trame débordante de références : des Sœurs Brontë à Daphné Du Maurier, de Henry James à Poe sans oublier Dickens, elle nous emprisonne dans un univers fait de clair-obscures, de tentures poussiéreuses, jardins anglais et atmosphères capiteuses. Comme Hansel et Grëtel avec la maison de pain d'épice, on s'engouffre avec une boulimie littéraire dans cette histoire étourdissante et addictive, tout en sachant qu'elle est sans retour.

La bibliothèque de Miss Winter, peut-être?
 On l'imagine fort bien nous conter son histoire depuis cet intérieur capiteux...

"Le temps que nous nous éveillons à nous-même, nous sommes déjà des petits enfants, et notre venue dans ce monde nous donne l'impression de s'être produite une éternité plus tôt, au début des temps. Nous sommes alors comme ceux qui arrivent en retard au théâtre : il nous faut rattraper ce retard de notre mieux et deviner le début à la lumière d'événements ultérieurs."

  On oublie toute réalité environnante et, nous aussi coincé dans le huit-clos du manoir au chevet de Miss Winter, on se laisse hypnotiser. On entend presque le timbre rocailleux de sa voix, le souffle bientôt éteint de sa respiration, on perçoit le reflet écarlate de sa chevelure et le drapé cachemire de son étole... On se laisse ensorceler, groggy et prostré comme l'enfant qui attend la chute du conte avant le sommeil.  Goutte de sueur glacée qui nous transperce jusqu'à la moelle, ce roman aborde d'une plume magistrale le thème des secrets de famille et vient titiller notre perception tant psychologique que métaphysique de la chose, de manière aussi viscérale que sublime. Touchant presque à la psychogénéalogie, Le treizième conte montre qu'en fait de fantômes revenus d'entre les morts, les non-dits se muent en de réels spectres qui peuvent nous hanter sur plusieurs générations et asseoir leur poids étouffant à travers les siècle, jusqu'au pathologique.

 Couvertures des éditions italienne, portugaise, et de la réédition française chez pocket.

  Encensé par la critique, cet œuvre inégalée a entrainé à sa suite toute une littérature contemporaine jouant des codes classiques du gothique et du thème des secrets familiaux trans-générationnels. Si Katherine Webb et Kate Morton se sont fort bien illustrées dans cette veine, aucune n'a encore atteint l’excellence de Diane Setterfield. L'adaptation cinématographique du treizième conte, longtemps désirée par les fans, s'est vu baladées de mains en mains pour ne rester qu'à l'état de projet... avant l'an dernier. Si la publicité n'a pas résonné jusque chez nous, la BBC a bel et bien donné naissance - enfin!- à une adaptation. Malheureusement encore inédite en France, on espère pouvoir la découvrir prochainement...


 Trailer du téléfilm The Thirteenth tale, adapté du roman par la BBC en 2013.

"Il ne peut y avoir de secret dans une maison où il y a des enfants."

En bref: Monstrueux et sublime, déstabilisant et hypnotique, le Treizième conte est tout cela à la fois. Un pure chef-d’œuvre de littérature contemporaine qui rend justement hommage aux classiques tout en exploitant astucieusement le thème des secrets de famille. Une intrigue à tiroirs feutrée et angoissante dont on ne ressort pas indemne.


"Demandez à un enfant de vous raconter sa naissance, et il vous racontera une histoire. Et rien n'est plus révélateur qu'une histoire."

Et pour aller plus loin:


-Si vous avez aimez ce livre...
  -Vous aimerez les ouvrages de Kate Morton, dont Les heures lointaines.
  -Vous pourriez aimer Les monstres de Templeton, qui aborde avec un réalisme fantastique troublant les fantômes des secrets de famille...
 -Vous tomberez peut-être sous le charme de cet autre intrigue en hommage à la littérature gothique victorienne, Possession, d'A.S.Byatt.



2 commentaires:

  1. Bonsoir,

    Je suis terriblement désolée de ne pas être passée avant. Les derniers mois ont été assez mouvementés. Comment vas-tu ? Il faut absolument que je découvre ce roman. Tu m'avais déjà donné envie de le lire, mais là, c'est sûr, je veux le lire ! Je sens que je vais adorer !

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    1. Voyons, très chère, tu es toute excusée! moi-même je manque cruellement de temps en ce moment, et si je passe très souvent sur ton blog, ce n'est jamais assez posément pour y laisser un comentaire! Et pourtant Dieu sait que je voudrais t'en laisser à chaque nouvel article ;)
      Il me semble en effet que tu as ce roman dans ta PAL depuis un moment déjà, et que nous en avions déjà parlé! Tu ne peux qu'aimer ce livre ,surtout si tu as déjà un faible pour les histoires de Kate Morton ou les vieux classiques gothique ;)

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