dimanche 12 juillet 2015

Lumen - Robin Wasserman

The book of blood and shadow, Atom, 2012 - Editions la Martinière Jeunesse, 2013.


  Certaines connaissances peuvent s'avérer mortelles, mais certains hommes sont prêts à tout pour les posséder.


  Lycéenne brillante, Nora passe son temps libre à traduire la correspondance d'Elizabeth Weston, la fille d'un alchimiste du XVe siècle qui prétend avoir inventé une machine, le Lumen Dei, permettant de communiquer avec Dieu.
Mais un matin, sa vie bascule dans le cauchemar : Chris, son confident, est assassiné et son petit ami, qui a disparu, est accusé du meurtre.


  Un manuscrit mystérieux... Des sociétés secrètes en quête de l'ultime pouvoir.. Une Héroïne moderne, brillante et passionnée, à la recherche de la vérité pour prouver l'innocence de celui qu'elle aime..


  Un thriller à la Dan Brown, intense et fascinant.

***

   J'ai repéré cet ouvrage il y a bien longtemps, lors de sa sortie en VO sous le titre The Book of Blood and Shadow en 2012... le titre et la couverture m'avaient en effet fortement évoqué Le livre perdu des sortilèges, que je venais tout juste de dévorer. Puis, surprise, l'édition française fut annoncée sous l'intitulé provisoire du Livre de L'ombre et de la lumière, avant d'être rebaptisé Lumen. Nul besoin de vous dire qu'il rejoignit de suite ma PAL, dont je l'ai exhumé il y a de cela quelques jours...


Il y a comme un air de famille, non?

"Aristote nous enseigne que la nature a horreur du vide. Mais il ne tient pas compte du vide laissé en l'absence de l'amour (...). J'ai découvert ce qui remplit ce vide laissé par l'amour. Cela s'appelle la nécessité."

  Nora est une jeune lycéenne issue d'un milieu modeste et d'une famille enfermée dans le deuil d'un fils aîné porté aux nues. Pour fuir cet univers de mélancolie  morbide, l'adolescente fait une demande de bourse et bénéficie de cours exceptionnels à l'université voisine, où elle rejoint un groupe d'étudiants en Histoire dans un passionnant travail de recherches mené par le Professeur Hoff. Ce dernier, fasciné par le manuscrit de Voynich, a mis à jour une série de correspondances datant de la Renaissance et pouvant attester de l’authenticité du parchemin. Parmi ces lettres, celles d'une dénommée Elizabeth Weston, poétesse et philosophe du Prague des années 1500, originaire d'Angleterre et fille de l'alchimiste Edward Kelley. Chargée de traduire ces documents rédigés en Latin, Nora découvre bientôt qu'Elizabeth s'était vue imposer par l'Empereur la construction  d'une machine alchimique imaginée par son père : le Lumen Dei, qui permettrait une forme de communication avec Dieu. Mais parce que Nora vient de soulever un lièvre d'une importance capitale, elle et ses amis sont désormais poursuivis par un ancien cercle de fanatiques décidés à mettre la main sur la machine. Lorsque Chris, son confident, est assassiné et que Max, son petit-ami, disparait, Nora n'a d'autre choix que de quitter les Etats-Unis pour Prague et d'y suivre les traces d'Elizabeth Weston...

 Couverture originale américaine et première couverture temporaire francophone.

"Je me disais que l'amour était un précepte moderne, une rationalisation pour préserver la monogamie dans une société fondée sur l'abondance des choix. Une illusion nourrie de sexualité et d'hormones. Un pseudo conte de fées où les jeunes filles choisissent leur prince charmant en fonction de son compte en banque et de ses biens immobiliers..."

  Voilà longtemps que je n'avais pas été captivé à ce point par une lecture! Captivé, hypnotisé, dépendant au point de lire trois heures d'affilée, avachi sur un fauteuil, incapable de décrocher, quitte à arriver en retard au boulot parce que "Oh, allez, encore une page et j'arrête...". Oubliez la qualification "young adult" de ce roman, Lumen dépasse de loin cette tranche d'âge et s'élève au niveau d'un thriller ésotérique adulte de qualité. De plus, je ne croyais pas si bien penser en rapprochant ce roman de la saga du Livre perdu des sortilèges, puisqu'on y retrouve le manuscrit de Voynich et certains éléments et personnages croisés dans la trilogie de D.Harkness ( dont le second tome se déroule en partie à Prague, où l'on côtoie entre autre E.Kelley et l'empereur Rodolphe II). Mais passons cette analogie, et allons un peu plus loin...

 Trailer du roman pour sa sortie française...

"La foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas."

  Robin Wasserman garantie des bases solides à son roman : aussi fictionnelle que soit son intrigue, elle a le mérite de puiser dans des sources historiques véridiques, et ainsi de reprendre des faits et personnages réels. J'ai eu l'excellente surprise de voir l'histoire démarrer avec le manuscrit de Voynich, cet ouvrage codé du Moyen-Âge qui laisse encore perplexe les spécialistes actuels et qui m'a toujours fasciné. De ce grimoire, on remonte ensuite à son propriétaire (et éventuel créateur frauduleux, pour les historiens partisans du canular...), l'alchimiste et astronome anglais Edward Kelley. Fascinant et intriguant au même titre qu'un Dr Dee (qui fut son comparse) ou un Nostradamus, Kelley partit vivre à la cours de l'Empereur Rodolphe avec sa famille, avant d'être retenu prisonnier par le monarque, laissant ses proches dans la misère sociale la plus totale. Parmi eux, la véridique Elizabeth Weston, encore connue sous le surnom de Westonia, dont elle signait ses poésies latines. Rare femme poète de son temps, cette mystérieuse auteure devient personnage clef du roman de Wasserman, qui en fait dernière détentrice d'un secret alchimique des plus dangereux pour l'humanité. A travers la correspondance (très réaliste) d'Elizabeth, on se laisse emporter dans une rafale fougueuse, romanesque et ésotérique à travers l'Europe de la Renaissance jusqu'à nos jours.


 gravures à l'effigie d'Elizabeth "Westonia" Weston, et l'une de ses œuvres de poésie.

"La synagogue était belle, avec quantité de vitraux et de plafonds voûtés. Il fallait vraiment aimer beaucoup Dieu pour construire un endroit pareil, juste pour le privilège de le vénérer.
Mais à quoi cela avait-il servi, finalement?
Il était plus facile de croire en l'absence de Dieu qu'en un dieu capable de vous aimer en retour."

  En toile de fond de cette intrigue historique impeccablement bien menée, R.Wasserman évite l'écueil propre à ce genre d'ouvrage en ne laissant pas de côté la psychologie des personnages au profit de son scénario. Bien au contraire. Voilà bien longtemps que je n'avais pas été à ce point habité, ému et possédé par les protagonistes d'une lecture. Transversalement au squelette historico-ésotérique et aux rebondissements de son intrigue, l'auteure tisse une véritable histoire humaine, dépeignant ce cercle d'amis avec leur vécu à chacun, leur sensibilité, leurs joies et leurs rancœurs. Aussi, plus l'histoire avance, plus leur fragilité est mise à mal, et lorsque l'enquête de Nora vient ébranler ses convictions face à la loyauté de ses amis, on vit avec elle les doutes et interrogation aussi vivement et personnellement que si l'aventure était réelle. Suspicion, mensonges, trahison... on toucherait presque du doigt une tragédie shakespearienne....

Le manuscrit de Voynich...

"Prague : comme ça depuis le début. Prophétie, vengeance, meurtre, défaite... cette ville est née dans le sang. Son cœur est fait de ténèbres."

  Au fil de l'histoire, Wasserman laisse peut à peu s'insinuer un troublant et étrange lien entre Nora et Elizabeth, une connexion qui relève à la fois du sublime et du dérangeant, tant elle se fait annonciatrice d'événements troublants pour la suite de cette dangereuse chasse au trésor. Spirituelle et touchante, Nora est un personnage d'une grande fraîcheur auquel on s'attache de façon presque viscérale et qui ouvre notre réflexion sur les fondements de la foi et des croyances. En effet, non contente de nous servir un thriller historiquement et stylistiquement réussi, R.Wasserman vient également bousculer nos préceptes et nos convictions...Une belle réussite!

 Prague et ses décors mystérieux : les ponts gothiques, l'horloge astronomique, ou encore l'ossuaire...
 autant de lieux étranges parcourus dans le roman.

"Si Dieu voulait qu'on le connaisse sans douter, il se montrerait. La foi a une valeur. Cela donne de la force de croire. De choisir de croire."

En bref : A travers l'étrange connexion entre deux héroïnes touchantes et spirituelles, R.Wasserman tisse une intrigue ésotérique et tragique aux fondements historiques d'un rare réalisme. Si les codes du thriller sont respectés et honorés à la perfection, ils sont enrichis de personnages à la psychologie particulièrement bien dessinée, avec lesquels on vit et tremble tout à la fois. Une merveille de lecture, un coup de cœur que j'ai refermé à regret avec la sempiternelle question : "Mais que vais-je bien pouvoir lire maintenant?"

2 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  2. Le thriller n'est pas mon style de prédilection, pourtant ta chronique me donne envie de découvrir ce roman; que j'ajoute donc à ma PAL. J'affectionne particulièrement les histoires qui amènent une réflexion sur des thèmes comme les limites des connaissances humaines.

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