mercredi 13 janvier 2016

Le printemps des enfants perdus - Béatrice Egémar

Editions Presse de la Cité (collection "Terre de France"), 2013 - Editions France Loisirs, 2014 - Editions Point (collection "grand roman").

  Artistes, femmes du monde, élégants de la capitale, tous prisent la parfumerie de Manon Dupré, rue Saint-Honoré. En 1750, l'usage est de se parfumer quotidiennement de la tête aux pieds et jusqu'aux accessoires. Une coquetterie venue droit de Versailles. Pourtant, en ce mois de mai, ce ne sont pas les senteurs mais une rumeur qui court les rues de Paris, une rumeur folle de trafic d'enfants. Lorsque deux jeunes garçons de son entourage, à leur tour, disparaissent, Manon, la jeune et belle parfumeuse, s'inquiète. Trop affectée pour attendre leur hypothétique retour, trop maligne pour n'y voir qu'une simple coïncidence, trop intriguée aussi, elle se lance tous sens affûtés à leur recherche. 
  Une quête et un compte à rebours qui la mèneront dans le milieu, impopulaire et corrompu, de la police de Louis XV...

  Parfums et onguents sont au coeur de l'univers de Manon, Parisienne et parfumeuse, qui plonge son nez dans les affaires sulfureuses sous le règne de Louis XV, en plein XVIIIe siècle.

*** 

  Voilà un moment déjà que j'avais repéré ce livre lorsque Mum Rabbit (qui me gâte décidément trop et me connait décidément trop bien) me l'a offert pour les fêtes. Ni une ni deux, je me plongeais dans cette histoire mêlant siècle des Lumières, parfumerie, et meurtres : une décoction qui m'évoquait des relents du Parfum de Patrick Suskind et des Orangers de Versailles d'Annie Pietri. 


  L'intrigue nous entraîne au cœur du Paris de 1750, dans le milieu des gantiers-parfumeurs, art délicat que maîtrise impeccablement la jeune Manon, véritable "nez" qui créé les onguents et baumes qui font le succès de l'entreprise et de la boutique familiale. Mais cette jeune héroïne et son milieu artisanale raffiné servent surtout de point de départ pour nous plonger dans l'un des faits-divers des plus sombres du XVIIIème et habilement étouffé par la Justice : La Marche Rouge. Ou plutôt, les événements à l'origine de la Marche Rouge, ce violent mouvement de révoltes du peuple parisien à l'encontre des forces de polices, qu'on accusait d'enlèvement d'enfants. Le moi de Mai 1750 fut en effet marqué par de nombreuses disparitions et kidnapping, dont on imputait la faute à quelques hauts placés de la Police de la capitale. Après la disparition de son jeune apprenti, Manon part à sa recherche à travers les rues où la colère des parents endeuillés gonfle jusqu'à l'éclatement...

Le Paris Tumultueux du XVIIIème, tel que présenté dans le film Le parfum et décrit par B.Egémar.


  Verdict? Je ne reprocherai qu'une seule chose à ce roman, dont le bémol est d'être écrit dans un style qui rappellera parfois trop un roman jeunesse. En effet, Béatrice Egémar, issue de cette littérature, signe ici son premier ouvrage destiné aux adultes et l'écriture, si elle reste impeccable, est encore marquée par la fluidité et la simplicité ( comment dire? la ... "rondeur") d'un texte visant un jeune lectorat. Pour autant, cette première constatation, si elle m'a sauté aux yeux, a vite cédé le pas à bien des qualités.

 Gravure publicitaire d'un parfumeur du XVIIIème et flacon de parfum de l'époque.


  En effet, j'applaudis la restitution historique. Celle qui se situe tout d'abord dans les petits détails du quotidien, ceux que l'on croirait infimes mais qui donnent toute leur véracité à une scène : termes de mode, habitudes culinaires (aaaahhhh!) du XVIIIème, ou même le passionnant milieu de la parfumerie comme point de départ (sujet qu'elle apprécie assez pour lui avoir consacré la saga historique de littérature jeunesse Un parfum d'Histoire), tout nous immerge par petites touches raffinées dans la réalité quotidienne du siècle des Lumières. 

Scène d'achats dans la parfumerie du film Le parfum, reconstituée en musée.


  Mais surtout, ce qui m'a le plus fasciné dans ce roman, c'est la vivante façon de nous raconter les émeutes. Béatrice Egémar restitue avec fougue cette colère des familles endeuillées et du peuple parisien, que l'on sent monter, gonfler dans les premiers chapitres, jusqu'à l'explosion en véritable et révoltes. Les passages où Manon se retrouve prise dans les échauffourées sanglantes où planent horreur et violence nous captivent jusqu'à nous couper le souffle, comme si nous étions nous aussi bloqué dans le labyrinthe des mutineries.  Aussi, le ton global du récit restant très délicat, j'ai d'autant plus apprécié la confrontation des deux univers : l'atmosphère classieuse et précieuse de la parfumerie, de la beauté et du monde de la noblesse, face au milieu sombre des trafic d'enfants, des bouges insalubres et au caractère sulfureux de certains personnages.

 Cave à parfums au Siècle des Lumières :
 une véritable banque d'odeurs à mélanger pour créer de nouvelles fragrances.

En bref: Un polar historique qui, s'il est emprunt d'un style encore très marqué "jeunesse", aura le mérite d'être par-là même accessible aux lecteurs adolescent. Mais surtout, l'intrigue se rattrape par l'évocation réussie d'un fait-divers sulfureux et violent, que l'auteure confronte merveilleusement bien au caractère précieux du monde de la parfumerie et du siècle des Lumières. On attend donc quand même la suite avec impatience, puisqu'un second opus est prévu pour 2016!

2 commentaires:

  1. Ficelle for ever14 janvier 2016 à 06:59

    Ca a l'air bien! Je crois que le style clair accessible à la jeunesse ne me dérangerait pas. Où trouves-tu tout ce temps pour lire?
    Sinon, ce sont des bOuges insalubres, pas des bauges.

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    1. Eh bien tu vois, c'est là même la réponse à ta question : je lis la nuit, souvent parce que je n'arrive pas à dormir, et donc j'écris mes chronique le jour, fatigué, et je poste souvent mes articles en quatrième vitesse sans les relire, juste avant d'aller prendre mon boulot. Ainsi se répandent les coquilles ^_^... Heureusement que tu viens jouer les tantes Aggripine (ou Mam'zelle Bigoudi?). =D

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